Succession de Tim Cook : Apple affine ses scénarios en coulisses
La question n’est plus taboue. Longtemps cantonnée à un exercice purement théorique, la succession de Tim Cook apparaît désormais comme une perspective de plus en plus crédible à court terme. Sans évoquer une date précise, plusieurs médias américains expliquent qu’Apple a enclenché une réflexion bien plus concrète sur l’après-Cook. Le New York Times apporte cette semaine de nouveaux éléments sur l’état des discussions internes et sur les profils qui émergent en interne.
Apple anticipe la succession de Tim Cook
Tout comme le Financial Times, le New York Times affirme qu’Apple aurait accéléré dès l’an dernier la planification de la succession de Tim Cook. Trois sources proches de l’entreprise, s’exprimant sous couvert d’anonymat, expliquent que le CEO d’Apple, aujourd’hui âgé de 65 ans, aurait fait part à plusieurs cadres dirigeants de sa fatigue et de son souhait de réduire sa charge de travail.
Nouvelles spéculations sur la succession de Tim Cook… et sur sa santé
Tim Cook pourrait quitter Apple dès 2026 !
Un départ ne signifierait pas pour autant une rupture nette. Toujours selon ces sources, Tim Cook pourrait rester au sommet de l’organigramme en devenant président du conseil d’administration, conservant ainsi un rôle d’arbitre et de garant de la culture maison.
John Ternus, favori naturel
Un nom s’impose progressivement : John Ternus. Peu médiatique, rarement mis en avant, le patron de l’ingénierie matérielle serait aujourd’hui le favori pour succéder à Tim Cook. En parallèle, plusieurs autres profils internes seraient également « préparés », sans pour autant faire figure de choix évidents.
Sont notamment cités Craig Federighi, responsable des logiciels, Eddy Cue, en charge des services, Greg Joswiak, à la tête du marketing mondial, ou encore Deirdre O’Brien, qui supervise le retail et les ressources humaines.
Mais ces profils ont leurs limites. Craig Federighi, pourtant souvent cité par les observateurs, ne serait tout simplement pas intéressé par le poste. Les autres ont déjà dépassé — ou s’apprêtent à dépasser — la soixantaine, un âge relativement tardif pour prendre la tête d’Apple sur le long terme. À l’inverse, John Ternus, quinquagénaire, offre une perspective de continuité sur une décennie ou plus. Un argument loin d’être anodin.
Portrait : John Ternus, l’homme qui visse le futur d’Apple
Un manager qui fait consensus
Le New York Times insiste sur un point : John Ternus ferait largement l’unanimité en interne. Il est décrit comme un manager proche de ses équipes, loin de l’image parfois distante associée aux plus hauts niveaux de la hiérarchie d’Apple.
Une anecdote résume bien le personnage. Promu manager environ trois ans après son arrivée chez Apple, au moment où l’entreprise réorganise ses bureaux pour favoriser les espaces ouverts, John Ternus a la possibilité de récupérer un bureau fermé. Il décline et choisit de rester installé au milieu de son équipe. Il fera le même choix en 2011, lorsque le départ à la retraite de son supérieur, Steve Siefert, libère à nouveau un bureau individuel.
Pour son ancien manager, cette proximité n’avait rien d’anecdotique : elle a largement contribué à sa capacité à fédérer, motiver et faire avancer ses équipes.
Au-delà du style managérial, John Ternus coche une case essentielle chez Apple : l’exécution. Il a participé à la conception de quasiment tous les produits majeurs de l’entreprise ces dernières années et dispose d’une connaissance très fine de la chaîne de production, de la phase d’ingénierie à l’industrialisation.
Dans une entreprise où la maîtrise opérationnelle est souvent aussi stratégique que l’innovation elle-même, ce profil pèse lourd.
Continuer sur la lancée ou changer de cycle ?
« Si vous voulez fabriquer un iPhone chaque année, John Ternus est votre homme », résume Cameron Rogers, ancien cadre d’Apple. La formule est brutale, mais elle met le doigt sur le véritable dilemme.
Sous Tim Cook, Apple n’a plus connu de ruptures aussi spectaculaires que l’iPhone ou l’iPad à leurs débuts. En revanche, l’entreprise a enchaîné les succès incrémentaux, tout en restant l’une des sociétés les plus rentables au monde. Dans le même temps, les défis se sont durcis : tensions géopolitiques, politiques douanières changeantes sous Donald Trump, dépendance persistante à la production chinoise.
Dans ce contexte, John Ternus apparaît moins comme un visionnaire flamboyant que comme un exécutant attaché aux produits et redoutablement efficace. Reste à savoir si Apple estime être à l’aube d’un nouveau cycle d’innovation majeure — ou si elle préfère prolonger, avec méthode et rigueur, un modèle qui continue, pour l’instant, de fonctionner.