Quand Bose découvre qu’ouvrir une API vaut mieux que bricker des enceintes
Bose vient de faire quelque chose que l’on ne voit quasiment jamais dans le monde de l’audio connecté : ouvrir (un peu) les entrailles d’une gamme avant de la débrancher du cloud.

Bose débranche… mais ne bricke plus tout à fait
Après avoir annoncé en 2025 la fin du cloud SoundTouch pour février 2026, Bose s’est pris en pleine figure le retour de bâton classique : clients furieux de voir leurs enceintes multiroom haut de gamme transformées en simples boîtes Bluetooth, comparaisons peu flatteuses avec Sonos, threads Reddit en feu, et vidéos expliquant en détail pourquoi ce genre de décision est un scandale industriel parfaitement évitable.
En février 2026, les enceintes intelligentes de Bose vont devenir bêtes
Face à la bronca, la marque corrige la trajectoire. La coupure est toujours au programme, mais la date glisse à mai 2026, et surtout le scénario change : au lieu d’un grand blackout cloud qui laisse les SoundTouch 10, 20, 30, barres 300 & co limitées à Bluetooth/AUX/HDMI, Bose promet désormais une mise à jour de l’app qui continuera de piloter les enceintes en local, tant qu’elles sont sur le même Wi‑Fi que le smartphone.
Les services distants (Spotify intégré, TuneIn, multiroom via les serveurs Bose) restent condamnés, mais on évite au moins le passage brutal de « système multiroom connecté » à « vulgaire enceinte amplifiée » du jour au lendemain.

La vraie nouveauté de la news d’ArsTechnica, c’est ce que Bose appelle pudiquement des « options open source ». En pratique, la société publie la documentation et les spécifications de l’API SoundTouch, avec des termes de licence dédiés, pour permettre à la communauté de développer ses propres outils et interfaces capables de dialoguer avec les enceintes en local.
On est loin d’un dépôt GitHub avec firmware complet sous licence libre, mais ce geste change la donne :
- Les développeurs tiers, qui bidouillaient déjà depuis des années en reverse‑engineering, ont désormais une base officielle pour maintenir, prolonger et enrichir l’écosystème SoundTouch.
- Les utilisateurs pourront continuer à automatiser, intégrer et piloter leurs systèmes au‑delà de la mort du cloud, via des apps alternatives, des scripts ou des ponts domotiques.
- Spotify Connect et AirPlay resteront utilisables.
Dit autrement : Bose ne sauve pas le service qu’elle a décidé d’éteindre, mais elle cesse de considérer ces enceintes comme un simple passif à enterrer et accepte de laisser la communauté reprendre le flambeau. Pour une marque qui, il y a encore quelques mois, expliquait noir sur blanc qu’elle n’ouvrirait rien et ne prolongerait rien, le virage est notable.
Un précédent pour tout l’IoT audio?
La question intéressante, c’est la jurisprudence informelle que ce cas pourrait créer dans l’audio connecté. SoundTouch a été lancé en 2013, l’architecture cloud de l’époque n’est plus rentable aujourd’hui, et Bose ne veut manifestement plus financer indéfiniment l’infrastructure et les mises à jour de sécurité.
Mais plutôt que de tout couper en mode « tant pis pour vous », la marque finit par faire exactement ce que les utilisateurs réclament depuis des années :
- un mode purement local, sans dépendance à un serveur central pour des fonctions de base (contrôle, groupage, réglages) ;
- une documentation suffisante pour que la communauté prolonge l’usage des appareils le plus longtemps possible.
Ce n’est pas encore le monde idéal où chaque enceinte connectée arrive avec son firmware flashable et son SDK complet, mais c’est un pas concret dans cette direction. Et si Bose, archétype de la marque fermée et très marketing, se résout à documenter officiellement une plateforme en fin de vie, difficile pour les autres acteurs de continuer à expliquer que « ce n’est pas possible ».