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Pétrolier russe saisi par les Etats-Unis : les contours d'une course-poursuite dans l'Atlantique

7 janvier 2026 à 22:14

Une énième tension diplomatique, entre Washington et Moscou, prend des allures de bataille navale au milieu de l'océan Atlantique. Les Etats-Unis ont intercepté ce mercredi 7 janvier au large de l'Islande un pétrolier battant pavillon russe, et escorté à distance par un sous-marin russe, après une traque de plus de deux semaines dans l'Atlantique. Cette opération intervient dans le cadre de leurs efforts pour entraver les exportations de pétrole du Venezuela par la mer, ont déclaré des responsables américains.

Si les Etats-Unis ont multiplié les interventions contre des pétroliers depuis le début de leur blocus maritime du Venezuela, bloquant de nombreux tankers chargés de brut au large de ce pays d'Amérique latine depuis le mois dernier, il semble qu'il s'agisse de la première interception américaine d'un navire battant pavillon russe. Ce pétrolier sous sanctions américaines, appelé initialement Bella-1 et désormais enregistré sous le nom de Marinera, avait échappé le mois dernier au blocus américain dans les Caraïbes et son équipage avait refusé de laisser les garde-côtes américains monter à son bord. Le commandement de l'armée américaine en Europe a déclaré dans un message sur X que ce pétrolier avait été intercepté dans l'Atlantique Nord pour violation des sanctions américaines.

"Le blocus du pétrole vénézuélien illicite et sanctionné reste PLEINEMENT EFFECTIF, partout dans le monde", a écrit le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, en commentaire de cette publication sur X.

YOU CAN RUN, BUT YOU CAN'T HIDE 🔥

In predawn operations this morning, the U.S. Coast Guard boarded two "Ghost Fleet" Tankers in the North Atlantic Sea and in international waters near the Caribbean. Both vessels were either last docked in Venezuela or en route to it. pic.twitter.com/4ftu01lqIg

— The White House (@WhiteHouse) January 7, 2026

L'opération a été conduite par l'US Coast Guard et l'armée américaine au large de l'Islande, ont indiqué deux responsables américains ayant requis l'anonymat. Des bâtiments de la marine militaire russe, dont un sous-marin, naviguaient dans les parages au moment de l'intervention, ont-ils ajouté, sans préciser à quelle distance. Aucun affrontement entre forces américaines et russes n'a été signalé. Le média russe RT a cité une source anonyme selon laquelle un hélicoptère avait déposé sur le pont du Marinera ce qui semble être des militaires américains.

Une première tentative d'interception

Le ministère russe des Transports a dénoncé une violation du droit maritime et a dit avoir perdu contact avec le Marinera. "Aucun pays n'a le droit de recourir à la force contre des navires dûment enregistrés auprès des juridictions d'autres Etats", a-t-il dit dans un communiqué. On ignore vers quelle destination le pétrolier va désormais être emmené mais, selon plusieurs sources, il devrait entrer dans les eaux territoriales britanniques.

Les garde-côtes américains avaient tenté une première fois d'intercepter le Bella-1 le mois dernier mais l'équipage avait refusé de les laisser monter à bord. Il s'est depuis enregistré sous pavillon russe.

Un autre pétrolier saisi

L'armée américaine a annoncé que l'US Coast Guard avait intercepté ce mercredi un autre pétrolier sous sanctions, le supertanker M Sophia battant pavillon du Panama, dans les eaux proches de l'Amérique latine. Il a quitté le littoral du Venezuela début janvier au sein d'une flotte transportant du pétrole vénézuélien à destination de la Chine de manière clandestine, avec les transpondeurs éteints, selon des données maritimes et des sources.

Le président américain Donald Trump a décidé d'étouffer les exportations de pétrole du Venezuela par la mer dans le cadre de sa campagne contre les autorités en place à Caracas. Ces nouvelles interceptions de pétroliers interviennent quelques jours après la capture par les forces spéciales américaines du président vénézuélien Nicolas Maduro, accusé de "narcoterrorisme" par Washington,lors d'un raid à Caracas le week-end dernier. Donald Trump exige des autorités vénézuéliennes qu'elles permettent aux compagnies pétrolières américaines d'exploiter les réserves du Venezuela, considérées comme les plus importantes au monde. Les responsables vénézuéliens accusent les Etats-Unis de vouloir piller le pétrole de leur pays.

© Hakon Rimmereid via REUTERS

Le pétrolier Bella 1 dans le détroit de Singapour en mars. La Russie a dépêché au moins un navire de guerre pour l'escorter. L'armée américaine poursuit et tente de saisir le pétrolier.

Venezuela : une vague de répression s'abat sur le pays depuis la capture de Nicolas Maduro

7 janvier 2026 à 13:00

Après l’arrestation de Nicolas Maduro, dans la nuit du 2 au 3 janvier, le Venezuela connaît une vague de répression qui rappelle les heures les plus sombres du régime. Depuis plusieurs jours, journalistes, civils et opposants vivent sous un contrôle strict des forces de sécurité et des groupes paramilitaires loyalistes, les "colectivos". Dans les rues de Caracas, la peur s’est installée : beaucoup évitent désormais de célébrer ou de manifester ouvertement. "Nous avons gagné, mais nous avons aussi perdu", résume une quinquagénaire au Washington Post en comparant la situation actuelle à la dernière élection présidentielle de 2024, où Nicolas Maduro avait revendiqué la victoire malgré des résultats favorables à l’opposition.

Au moins quatorze journalistes et employés de médias ont été arrêtés lundi 5 janvier, dont onze appartenant à la presse internationale, selon le Syndicat national des travailleurs de la presse. La plupart ont été relâchés après plusieurs heures, mais plusieurs ont vu leurs téléphones fouillés par des agents du contre-espionnage militaire. Plusieurs arrestations ont eu lieu près de l’Assemblée nationale, au moment où Delcy Rodríguez prêtait serment comme présidente par intérim lors d’une cérémonie présidée par son frère, Jorge Rodríguez, président du Parlement.

Malgré cette transition de façade, l’appareil militaire reste arrimé à l’ancienne architecture du pouvoir. Lundi, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, a réaffirmé le soutien de l’armée à Delcy Rodríguez, assurant que les forces armées "se tiendront à ses côtés dans la tâche difficile que les turbulences géopolitiques et les impératifs de la patrie exigent d’elle". Le rôle précis que l'ex vice-présidente sera amenée à jouer demeure toutefois flou. Donald Trump a indiqué que la supervision de l’engagement américain au Venezuela serait confiée à un cercle restreint de hauts responsables — parmi lesquels le secrétaire d’État Marco Rubio ou encore le secrétaire à la Défense Pete Hegseth. Lundi, le président a par ailleurs affirmé sur NBC que le Venezuela n’était pas en mesure d’organiser des élections.

"Le peuple vénézuélien mérite que justice soit faite"

L’état d’urgence, publié lundi mais daté du 3 janvier, étend également les pouvoirs du gouvernement, s'inquiète de son côté le Financial Times. Selon le décret, les autorités doivent "procéder immédiatement à la recherche et à l’arrestation de toute personne impliquée dans la promotion ou le soutien de l’attaque armée menée par les États-Unis contre le territoire de la République"". Il prévoit également des restrictions à la circulation, la suspension des droits de réunion et de manifestation, et la saisie de biens jugés nécessaires à la "défense nationale".

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé son inquiétude face à cette situation. "Le peuple vénézuélien mérite que justice soit faite dans le cadre d’un processus équitable et centré sur les victimes", a déclaré Ravina Shamdasani, soulignant que l’état d’urgence "suscite de sérieuses inquiétudes" quant aux libertés fondamentales.

"Effrayants, terrifiants"

Dans Caracas, les colectivos, héritiers de l’appareil sécuritaire créé sous Hugo Chavez, patrouillent dans les rues et installent des barrages, notamment le long de l’autoroute Cota Mil. Des Vénézuéliens rapportent avoir été arrêtés, interrogés et contraints de remettre leurs téléphones, tandis que leurs messages et réseaux sociaux sont scrutés pour détecter le moindre soutien au raid américain. Ces groupes restent en grande partie sous le contrôle du ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, figure de l’aile dure du régime. Ce dernier a d'ailleurs publié une photo de lui posant avec des policiers armés qui scandaient "Toujours loyaux, jamais traîtres", rapporte The Guardian.

Pour les habitants, le climat est devenu oppressant. Jeaneth Fuentes, médecin de 53 ans, assure - toujours dans le média britannique - que la présence de groupes armés, en uniforme ou en civil, rend ses trajets domicile-travail "effrayants, terrifiants". Pour l’opposition, représentée par Maria Corina Machado, également prix Nobel de la Paix 2025, la répression actuelle est "très alarmante". Elle appelle la communauté internationale, et en particulier les États-Unis, à suivre de près l’évolution de la situation et à soutenir une transition démocratique réelle.

© REUTERS

Depuis l'enlèvement de Nicolas Maduro, le peuple vénézuelien connaît une forte vague de répression de la part du régime chaviste toujours en place, menée par la présidente par intérim Delcy Rodriguez.

Etats-Unis : les visées de Donald Trump sur le Groenland divisent le camp des républicains

7 janvier 2026 à 08:32

Après le kidnapping de Nicolas Maduro, président vénézuélien, l'envie de Donald Trump de redessiner le monde semble loin d'être rassasiée. Comme un enfant qui déplace ses pions sur un plateau à sa guise, le chef de l'Etat a réaffirmé son ambition d’annexer le Groenland, qu’il considère comme indispensable à la sécurité nationale des États-Unis. La Maison-Blanche a indiqué mardi 6 janvier que son administration étudiait les options en vue d’une acquisition du territoire, le recours aux forces armées américaines restant "toujours une option". Une priorité jugée essentielle pour dissuader les adversaires de Washington dans la région arctique.

Cependant, les ambitions de Donald Trump divisent jusque dans son propre camp. Son insistance récente pour que les États-Unis s'emparent du Groenland a suscité incrédulité et consternation au Capitole, où certains élus républicains estiment qu’une telle prise de contrôle serait trop dangereuse pour être envisagée. Plusieurs d’entre eux, pourtant majoritairement favorables à la mission américaine au Venezuela, jugent ainsi les menaces d’annexion du Groenland inappropriées, comme le rapporte le Wall Street Journal.

"Les menaces d’annexion du Groenland sont inutilement dangereuses", a par exemple tancé le représentant républicain de l'Utah, Blake Moore, dans une déclaration conjointe avec le démocrate Steny Hoyer (Maryland). Les coprésidents du groupe parlementaire bipartisan des Amis du Danemark ont rappelé que le Danemark était un allié de l’Otan et l’un des partenaires les plus proches des États-Unis, estimant qu’une attaque contre le Groenland "reviendrait tragiquement à une attaque contre l’Otan". Les élus ont également fait valoir que Copenhague répond de longue date aux exigences sécuritaires de Washington au Groenland.

"Mépriser ses alliés ne sert à rien"

Le représentant Don Bacon (républicain du Nebraska), critique ponctuel de Donald Trump et qui quittera le Congrès à l’issue de son mandat, a pour sa part dénoncé sur les réseaux sociaux une stratégie contre-productive. "Mépriser ses alliés ne sert à rien et n’apporte aucun bénéfice", a-t-il écrit, avant d’ajouter : "Il faut arrêter avec ce stupide 'nous voulons le Groenland'." D’autres élus ont dit douter du sérieux de cette perspective, tout en affichant leur scepticisme. "On ne peut pas annexer le Groenland", a ainsi déclaré le sénateur Thom Tillis (républicain de Caroline du Nord).

Il n’est pas le seul à ne pas prendre les déclarations de Donald Trump au sérieux, à en croire le Wall Street Journal. Le sénateur John Kennedy (républicain de Louisiane) a balayé l’hypothèse d’une invasion : "Pensez-vous vraiment qu’il va envahir le Groenland ? Non. Le président aime parler à voix haute… Parfois, c’est simplement pour vous agacer". Le chef de la majorité au Sénat, John Thune (républicain du Dakota du Sud), a lui aussi écarté toute perspective d’attaque. De son côté, le secrétaire d'État Marco Rubio a assuré aux parlementaires que les récentes menaces de l'administration contre le Groenland ne présageaient pas d'une invasion imminente et que l'objectif était plutôt de racheter l'île au Danemark.

Avant-poste stratégique

La question de l’avenir du Groenland a ressurgi après l’intervention militaire américaine au Venezuela. Le lendemain de ce raid, Katie Miller, épouse d’un proche conseiller de Donald Trump, a publié sur les réseaux sociaux une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain, assortie du mot "Bientôt". Lundi, son mari, Stephen Miller, a affirmé que "la position officielle du gouvernement américain est que le Groenland doit faire partie des États-Unis". Le New York Times souligne que le contrôle de l’île offrirait à Washington "un avant-poste dans un corridor maritime stratégique reliant l’Atlantique à l’Arctique". Le Groenland abrite par ailleurs d’importantes réserves de terres rares, un marché aujourd’hui dominé par la Chine.

Le Groenland, peuplé de 57 000 habitants, bénéficie d’une large autonomie depuis 1979, même si sa défense et sa politique étrangère demeurent sous la responsabilité du Danemark. Si une majorité de Groenlandais se disent favorables à une indépendance future, les enquêtes d’opinion montrent une opposition massive à un rattachement aux États-Unis, qui disposent déjà d’une base militaire sur l’île, souligne la BBC. Cette perspective reste également marginale outre-Atlantique : selon un sondage, seuls 7 % des Américains soutiendraient une prise de contrôle militaire du territoire. Une hostilité qui pourrait toutefois ne pas suffire à dissuader Donald Trump, habitué à tester les lignes rouges.

© Reuters

Donald Trump a fait part à plusieurs reprises de sa volonté d'acquérir le Groenland.
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