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Pétrolier russe saisi par les Etats-Unis : les contours d'une course-poursuite dans l'Atlantique

7 janvier 2026 à 22:14

Une énième tension diplomatique, entre Washington et Moscou, prend des allures de bataille navale au milieu de l'océan Atlantique. Les Etats-Unis ont intercepté ce mercredi 7 janvier au large de l'Islande un pétrolier battant pavillon russe, et escorté à distance par un sous-marin russe, après une traque de plus de deux semaines dans l'Atlantique. Cette opération intervient dans le cadre de leurs efforts pour entraver les exportations de pétrole du Venezuela par la mer, ont déclaré des responsables américains.

Si les Etats-Unis ont multiplié les interventions contre des pétroliers depuis le début de leur blocus maritime du Venezuela, bloquant de nombreux tankers chargés de brut au large de ce pays d'Amérique latine depuis le mois dernier, il semble qu'il s'agisse de la première interception américaine d'un navire battant pavillon russe. Ce pétrolier sous sanctions américaines, appelé initialement Bella-1 et désormais enregistré sous le nom de Marinera, avait échappé le mois dernier au blocus américain dans les Caraïbes et son équipage avait refusé de laisser les garde-côtes américains monter à son bord. Le commandement de l'armée américaine en Europe a déclaré dans un message sur X que ce pétrolier avait été intercepté dans l'Atlantique Nord pour violation des sanctions américaines.

"Le blocus du pétrole vénézuélien illicite et sanctionné reste PLEINEMENT EFFECTIF, partout dans le monde", a écrit le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, en commentaire de cette publication sur X.

YOU CAN RUN, BUT YOU CAN'T HIDE 🔥

In predawn operations this morning, the U.S. Coast Guard boarded two "Ghost Fleet" Tankers in the North Atlantic Sea and in international waters near the Caribbean. Both vessels were either last docked in Venezuela or en route to it. pic.twitter.com/4ftu01lqIg

— The White House (@WhiteHouse) January 7, 2026

L'opération a été conduite par l'US Coast Guard et l'armée américaine au large de l'Islande, ont indiqué deux responsables américains ayant requis l'anonymat. Des bâtiments de la marine militaire russe, dont un sous-marin, naviguaient dans les parages au moment de l'intervention, ont-ils ajouté, sans préciser à quelle distance. Aucun affrontement entre forces américaines et russes n'a été signalé. Le média russe RT a cité une source anonyme selon laquelle un hélicoptère avait déposé sur le pont du Marinera ce qui semble être des militaires américains.

Une première tentative d'interception

Le ministère russe des Transports a dénoncé une violation du droit maritime et a dit avoir perdu contact avec le Marinera. "Aucun pays n'a le droit de recourir à la force contre des navires dûment enregistrés auprès des juridictions d'autres Etats", a-t-il dit dans un communiqué. On ignore vers quelle destination le pétrolier va désormais être emmené mais, selon plusieurs sources, il devrait entrer dans les eaux territoriales britanniques.

Les garde-côtes américains avaient tenté une première fois d'intercepter le Bella-1 le mois dernier mais l'équipage avait refusé de les laisser monter à bord. Il s'est depuis enregistré sous pavillon russe.

Un autre pétrolier saisi

L'armée américaine a annoncé que l'US Coast Guard avait intercepté ce mercredi un autre pétrolier sous sanctions, le supertanker M Sophia battant pavillon du Panama, dans les eaux proches de l'Amérique latine. Il a quitté le littoral du Venezuela début janvier au sein d'une flotte transportant du pétrole vénézuélien à destination de la Chine de manière clandestine, avec les transpondeurs éteints, selon des données maritimes et des sources.

Le président américain Donald Trump a décidé d'étouffer les exportations de pétrole du Venezuela par la mer dans le cadre de sa campagne contre les autorités en place à Caracas. Ces nouvelles interceptions de pétroliers interviennent quelques jours après la capture par les forces spéciales américaines du président vénézuélien Nicolas Maduro, accusé de "narcoterrorisme" par Washington,lors d'un raid à Caracas le week-end dernier. Donald Trump exige des autorités vénézuéliennes qu'elles permettent aux compagnies pétrolières américaines d'exploiter les réserves du Venezuela, considérées comme les plus importantes au monde. Les responsables vénézuéliens accusent les Etats-Unis de vouloir piller le pétrole de leur pays.

© Hakon Rimmereid via REUTERS

Le pétrolier Bella 1 dans le détroit de Singapour en mars. La Russie a dépêché au moins un navire de guerre pour l'escorter. L'armée américaine poursuit et tente de saisir le pétrolier.

Venezuela : une vague de répression s'abat sur le pays depuis la capture de Nicolas Maduro

7 janvier 2026 à 13:00

Après l’arrestation de Nicolas Maduro, dans la nuit du 2 au 3 janvier, le Venezuela connaît une vague de répression qui rappelle les heures les plus sombres du régime. Depuis plusieurs jours, journalistes, civils et opposants vivent sous un contrôle strict des forces de sécurité et des groupes paramilitaires loyalistes, les "colectivos". Dans les rues de Caracas, la peur s’est installée : beaucoup évitent désormais de célébrer ou de manifester ouvertement. "Nous avons gagné, mais nous avons aussi perdu", résume une quinquagénaire au Washington Post en comparant la situation actuelle à la dernière élection présidentielle de 2024, où Nicolas Maduro avait revendiqué la victoire malgré des résultats favorables à l’opposition.

Au moins quatorze journalistes et employés de médias ont été arrêtés lundi 5 janvier, dont onze appartenant à la presse internationale, selon le Syndicat national des travailleurs de la presse. La plupart ont été relâchés après plusieurs heures, mais plusieurs ont vu leurs téléphones fouillés par des agents du contre-espionnage militaire. Plusieurs arrestations ont eu lieu près de l’Assemblée nationale, au moment où Delcy Rodríguez prêtait serment comme présidente par intérim lors d’une cérémonie présidée par son frère, Jorge Rodríguez, président du Parlement.

Malgré cette transition de façade, l’appareil militaire reste arrimé à l’ancienne architecture du pouvoir. Lundi, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, a réaffirmé le soutien de l’armée à Delcy Rodríguez, assurant que les forces armées "se tiendront à ses côtés dans la tâche difficile que les turbulences géopolitiques et les impératifs de la patrie exigent d’elle". Le rôle précis que l'ex vice-présidente sera amenée à jouer demeure toutefois flou. Donald Trump a indiqué que la supervision de l’engagement américain au Venezuela serait confiée à un cercle restreint de hauts responsables — parmi lesquels le secrétaire d’État Marco Rubio ou encore le secrétaire à la Défense Pete Hegseth. Lundi, le président a par ailleurs affirmé sur NBC que le Venezuela n’était pas en mesure d’organiser des élections.

"Le peuple vénézuélien mérite que justice soit faite"

L’état d’urgence, publié lundi mais daté du 3 janvier, étend également les pouvoirs du gouvernement, s'inquiète de son côté le Financial Times. Selon le décret, les autorités doivent "procéder immédiatement à la recherche et à l’arrestation de toute personne impliquée dans la promotion ou le soutien de l’attaque armée menée par les États-Unis contre le territoire de la République"". Il prévoit également des restrictions à la circulation, la suspension des droits de réunion et de manifestation, et la saisie de biens jugés nécessaires à la "défense nationale".

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé son inquiétude face à cette situation. "Le peuple vénézuélien mérite que justice soit faite dans le cadre d’un processus équitable et centré sur les victimes", a déclaré Ravina Shamdasani, soulignant que l’état d’urgence "suscite de sérieuses inquiétudes" quant aux libertés fondamentales.

"Effrayants, terrifiants"

Dans Caracas, les colectivos, héritiers de l’appareil sécuritaire créé sous Hugo Chavez, patrouillent dans les rues et installent des barrages, notamment le long de l’autoroute Cota Mil. Des Vénézuéliens rapportent avoir été arrêtés, interrogés et contraints de remettre leurs téléphones, tandis que leurs messages et réseaux sociaux sont scrutés pour détecter le moindre soutien au raid américain. Ces groupes restent en grande partie sous le contrôle du ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, figure de l’aile dure du régime. Ce dernier a d'ailleurs publié une photo de lui posant avec des policiers armés qui scandaient "Toujours loyaux, jamais traîtres", rapporte The Guardian.

Pour les habitants, le climat est devenu oppressant. Jeaneth Fuentes, médecin de 53 ans, assure - toujours dans le média britannique - que la présence de groupes armés, en uniforme ou en civil, rend ses trajets domicile-travail "effrayants, terrifiants". Pour l’opposition, représentée par Maria Corina Machado, également prix Nobel de la Paix 2025, la répression actuelle est "très alarmante". Elle appelle la communauté internationale, et en particulier les États-Unis, à suivre de près l’évolution de la situation et à soutenir une transition démocratique réelle.

© REUTERS

Depuis l'enlèvement de Nicolas Maduro, le peuple vénézuelien connaît une forte vague de répression de la part du régime chaviste toujours en place, menée par la présidente par intérim Delcy Rodriguez.

Etats-Unis : les visées de Donald Trump sur le Groenland divisent le camp des républicains

7 janvier 2026 à 08:32

Après le kidnapping de Nicolas Maduro, président vénézuélien, l'envie de Donald Trump de redessiner le monde semble loin d'être rassasiée. Comme un enfant qui déplace ses pions sur un plateau à sa guise, le chef de l'Etat a réaffirmé son ambition d’annexer le Groenland, qu’il considère comme indispensable à la sécurité nationale des États-Unis. La Maison-Blanche a indiqué mardi 6 janvier que son administration étudiait les options en vue d’une acquisition du territoire, le recours aux forces armées américaines restant "toujours une option". Une priorité jugée essentielle pour dissuader les adversaires de Washington dans la région arctique.

Cependant, les ambitions de Donald Trump divisent jusque dans son propre camp. Son insistance récente pour que les États-Unis s'emparent du Groenland a suscité incrédulité et consternation au Capitole, où certains élus républicains estiment qu’une telle prise de contrôle serait trop dangereuse pour être envisagée. Plusieurs d’entre eux, pourtant majoritairement favorables à la mission américaine au Venezuela, jugent ainsi les menaces d’annexion du Groenland inappropriées, comme le rapporte le Wall Street Journal.

"Les menaces d’annexion du Groenland sont inutilement dangereuses", a par exemple tancé le représentant républicain de l'Utah, Blake Moore, dans une déclaration conjointe avec le démocrate Steny Hoyer (Maryland). Les coprésidents du groupe parlementaire bipartisan des Amis du Danemark ont rappelé que le Danemark était un allié de l’Otan et l’un des partenaires les plus proches des États-Unis, estimant qu’une attaque contre le Groenland "reviendrait tragiquement à une attaque contre l’Otan". Les élus ont également fait valoir que Copenhague répond de longue date aux exigences sécuritaires de Washington au Groenland.

"Mépriser ses alliés ne sert à rien"

Le représentant Don Bacon (républicain du Nebraska), critique ponctuel de Donald Trump et qui quittera le Congrès à l’issue de son mandat, a pour sa part dénoncé sur les réseaux sociaux une stratégie contre-productive. "Mépriser ses alliés ne sert à rien et n’apporte aucun bénéfice", a-t-il écrit, avant d’ajouter : "Il faut arrêter avec ce stupide 'nous voulons le Groenland'." D’autres élus ont dit douter du sérieux de cette perspective, tout en affichant leur scepticisme. "On ne peut pas annexer le Groenland", a ainsi déclaré le sénateur Thom Tillis (républicain de Caroline du Nord).

Il n’est pas le seul à ne pas prendre les déclarations de Donald Trump au sérieux, à en croire le Wall Street Journal. Le sénateur John Kennedy (républicain de Louisiane) a balayé l’hypothèse d’une invasion : "Pensez-vous vraiment qu’il va envahir le Groenland ? Non. Le président aime parler à voix haute… Parfois, c’est simplement pour vous agacer". Le chef de la majorité au Sénat, John Thune (républicain du Dakota du Sud), a lui aussi écarté toute perspective d’attaque. De son côté, le secrétaire d'État Marco Rubio a assuré aux parlementaires que les récentes menaces de l'administration contre le Groenland ne présageaient pas d'une invasion imminente et que l'objectif était plutôt de racheter l'île au Danemark.

Avant-poste stratégique

La question de l’avenir du Groenland a ressurgi après l’intervention militaire américaine au Venezuela. Le lendemain de ce raid, Katie Miller, épouse d’un proche conseiller de Donald Trump, a publié sur les réseaux sociaux une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain, assortie du mot "Bientôt". Lundi, son mari, Stephen Miller, a affirmé que "la position officielle du gouvernement américain est que le Groenland doit faire partie des États-Unis". Le New York Times souligne que le contrôle de l’île offrirait à Washington "un avant-poste dans un corridor maritime stratégique reliant l’Atlantique à l’Arctique". Le Groenland abrite par ailleurs d’importantes réserves de terres rares, un marché aujourd’hui dominé par la Chine.

Le Groenland, peuplé de 57 000 habitants, bénéficie d’une large autonomie depuis 1979, même si sa défense et sa politique étrangère demeurent sous la responsabilité du Danemark. Si une majorité de Groenlandais se disent favorables à une indépendance future, les enquêtes d’opinion montrent une opposition massive à un rattachement aux États-Unis, qui disposent déjà d’une base militaire sur l’île, souligne la BBC. Cette perspective reste également marginale outre-Atlantique : selon un sondage, seuls 7 % des Américains soutiendraient une prise de contrôle militaire du territoire. Une hostilité qui pourrait toutefois ne pas suffire à dissuader Donald Trump, habitué à tester les lignes rouges.

© Reuters

Donald Trump a fait part à plusieurs reprises de sa volonté d'acquérir le Groenland.

Pourquoi Donald Trump a-t-il choisi Delcy Rodriguez, une fidèle de Maduro, pour diriger le Venezuela ?

4 janvier 2026 à 17:20

Le fauteuil de l’exécutif ne pouvait pas rester vide. La capture de Nicolas Maduro à l’issue d’une opération menée par les États-Unis dans la nuit de vendredi à samedi a laissé le pouvoir aux mains de la vice-présidente exécutive Delcy Rodríguez. Le chef d’État américain Donald Trump a martelé, samedi 3 janvier, que cette dernière avait prêté serment après son arrestation et s’était entretenue avec le secrétaire d’État Marco Rubio. La Constitution vénézuélienne, en vertu des articles 233 et 234, prévoit que Delcy Rodríguez assume les fonctions de présidente par intérim en l’absence du chef de l’État, une disposition que la Cour suprême vénézuélienne a ordonné d’appliquer samedi soir.

Peu après les déclarations de Donald Trump, Delcy Rodríguez s’est coulée dans son rôle de présidente en s’exprimant à la télévision d’État, entourée de son frère Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale, du ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello et du ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez. Lunettes carrées sur le nez et l’air sévère, elle a affirmé que Nicolás Maduro restait le seul président légitime du Venezuela, appelant au calme et à l’unité face à "l’enlèvement" du dirigeant. Une position à rebours de celle décrite par Donald Trump, qui alléguait qu’elle était prête à coopérer avec les États-Unis après la capture de Nicolás Maduro.

Donald Trump a écarté l’idée de travailler avec la cheffe de file de l’opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, estimant qu’elle manquait de soutien dans le pays. Une position d’autant plus surprenante que l’opposante, longtemps perçue comme une interlocutrice naturelle de Washington, semblait plus en phase avec les positions du président américain. Pour Maria Corina Machado, la présidence devait désormais être assurée par Edmundo Gonzalez Urrutia, que l’opposition, Washington et les observateurs internationaux considèrent comme le vainqueur de l’élection de 2024 et dont Emmanuel Macron a affirmé samedi qu’il souhaitait le voir assurer une période de transition.

Une fidèle de Nicolas Maduro

De son côté, Delcy Rodríguez apparaît comme un pur produit du chavisme. Âgée de 56 ans, elle est la fille de Jorge Antonio Rodríguez, ex-guérillero d’extrême gauche et fondateur du parti révolutionnaire Liga Socialista dans les années 1970, rappellent nos confrères du Monde. Avocate diplômée de l’université centrale du Venezuela, Delcy Rodríguez a rapidement gravi les échelons du pouvoir. En août 2013, lors d’un hommage rendu par le nouveau président Nicolás Maduro à son prédécesseur défunt Hugo Chavez, elle est propulsée ministre de la Communication et de l’Information.

En 2017, elle prend la tête de l’Assemblée constituante progouvernementale, qui contribue à élargir les pouvoirs de Nicolas Maduro. La même année, le président vénézuélien la qualifie de "tigresse" pour sa défense acharnée du gouvernement socialiste. Le 14 juin 2018, Delcy Rodríguez est nommée vice-présidente de la République par Nicolas Maduro, qui la décrit alors comme une "jeune femme courageuse, expérimentée, fille d’un martyr, révolutionnaire et éprouvée dans mille batailles".

Proche des "élites économiques vénézuéliennes"

Cette ascension s’accompagne de sanctions internationales : en 2018, l'Union européenne gèle ses avoirs et lui interdit l’entrée sur son territoire, avant que les États-Unis ne prennent, le 25 septembre de la même année, des sanctions économiques à son encontre. Jusqu’à vendredi encore, Delcy Rodríguez cumulait les portefeuilles du Pétrole et des Finances, et pilotait la riposte à l’escalade des sanctions américaines visant l’industrie clé du pays, qui détient les plus importantes réserves de pétrole au monde.

Parallèlement, comme le souligne le New York Times, Delcy Rodríguez est aussi connue pour avoir "tissé des liens avec les élites économiques vénézuéliennes, les investisseurs étrangers et les diplomates, se présentant comme une technocrate cosmopolite au sein d’un gouvernement militariste et largement dominé par les hommes". Après la grave crise économique qu’a traversée le Venezuela de 2013 à 2021, elle a impulsé une réforme libérale ayant permis d’instaurer une relative stabilité économique, avant la campagne militaire américaine visant Nicolas Maduro.

"Un jeu de chaises musicales"

Figure clé du régime au pouvoir, elle incarne sans nul doute la continuité. Selon Imdat Oner, analyste politique au Jack D. Gordon Institute, "elle n’est pas une alternative modérée à Maduro. Elle a été l’une des figures les plus puissantes et les plus intransigeantes de tout le système", a déclaré cet ancien diplomate turc en poste au Venezuela à CNN. Pour Eduardo Rios, docteur en sciences politiques à Sciences Po Paris, interrogé sur France 24, sa nomination ne changera rien : "Tout cela n’est qu’un jeu de chaises musicales du chavisme."

Depuis plus d’une décennie, le pouvoir au Venezuela est concentré entre les mains d’une poignée de hauts responsables, soutenus par un réseau de loyalistes et d’organes de sécurité alimentés par la corruption et la surveillance. Un fragile équilibre y oppose civils et militaires : Delcy Rodríguez et son frère représentent le volet civil, tandis que Diosdado Cabello et Vladimir Padrino Lopez incarnent le pendant militaire. Reste à voir quel rôle Delcy Rodríguez pourra réellement jouer dans les semaines à venir, alors que Donald Trump a rapidement annoncé que les États-Unis allaient "diriger le pays jusqu’à ce qu’[ils puissent] effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse". Affaire à suivre.

© REUTERS

Après la capture de Nicolás Maduro, Delcy Rodriguez, la vice-présidente du pays, en a pris la tête conformément à la décision de la Cour suprême vénézuélienne

"De lourdes incertitudes", "un risque stratégique" : la presse mondiale s’emballe après l’enlèvement de Nicolas Maduro

4 janvier 2026 à 13:27

Après la capture du chef d’État vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse, samedi 3 janvier, l’opération américaine a pris de court les médias du monde entier, à commencer par ceux des États-Unis. "Trump a incontestablement éliminé un mauvais dirigeant et porté un coup décisif dans la lutte pour la suprématie mondiale", écrit Bloomberg. D’après le média en ligne, le raid illustre la méthode de guerre privilégiée par le président américain : "Maximiser le secret et l’effet de surprise." Une stratégie susceptible d’offrir "des avantages stratégiques immédiats", mais qui fait également "peser de lourdes incertitudes" pour la suite.

C’est en premier lieu la question de la légalité d’une telle opération, au cœur d’un pays étranger, qui a fait tiquer le New York Times. "Nous savons que la politique belliciste de Donald Trump est illégale", clame d’entrée le quotidien américain. Ce dernier rappelle au passage les frappes meurtrières effectuées sans fondement juridique dans les Caraïbes sur des embarcations accusées, sans preuve, de participer au trafic de drogue. Le quotidien new-yorkais dénonce le piétinement du droit américain et international. L’attaque du 3 janvier signe le retour de l’impérialisme en Amérique latine, poursuit le quotidien.

Le Washington Post s’attarde de son côté sur les conséquences de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro. "Lors du raid au Venezuela, le spectre d’un changement de régime plane à nouveau sur l'Amérique latine. En prenant un risque stratégique aux conséquences imprévisibles dans une région profondément divisée, l’administration Trump modifie radicalement la dynamique sécuritaire du continent", écrit le quotidien. Le Wall Street Journal se projette, lui aussi, sur les enjeux politiques à venir : "L’opération militaire américaine visant à renverser Nicolas Maduro a été rapide, précise et décisive, mais la suite est semée d’embûches et de risques d’erreurs", estiment des responsables américains, actuels et anciens.

"Un usage de la force à la fois inédit et imprévisible"

Alors que le XXᵉ siècle a été marqué par de nombreuses interventions et occupations militaires américaines en Amérique centrale et dans les Caraïbes, l’offensive menée samedi contre le Venezuela constitue "la première frappe militaire directe et ouvertement reconnue" de Washington contre un gouvernement sud-américain, souligne encore The Washington Post. Bloomberg estime pour sa part que ce raid confirme la réalité du "corollaire de la doctrine Monroe" invoqué par le président Donald Trump — cette doctrine du XIXᵉ siècle affirmant la prééminence des États-Unis sur le continent américain — et illustre son penchant pour un usage de la force à la fois inédit et imprévisible.

Sur la chaîne d’information en continu CNN, le direct tourne à plein régime, comme s’il s’agissait d’une saga à plusieurs épisodes. Pour l’un des journalistes de la chaîne, l’enlèvement de Nicolas Maduro "illustre un nouveau degré de puissance mondiale débridée" et constitue une "manifestation flagrante de cette puissance sans limites". Politico consacre de son côté un bref article à la position de Bruxelles, qui se contente de formuler de discrètes mises en garde : "L'Union européenne a exhorté au respect du droit international après l’annonce, tôt samedi matin, par le président américain Donald Trump de la capture du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro."

L’impuissance européenne se reflète dans la presse belge. Dans un dessin signé Le Kroll pour Le Soir, on voit les dirigeants iraniens, chinois, russes et Donald Trump interroger une voyante sur ce que sera l’année. Elle répond : "Cela dépendra essentiellement de vous." Par ailleurs, El País relève un "tournant dans l’histoire contemporaine du Venezuela", soulignant également le rôle central du pétrole. "Trump a promis de relancer l’industrie des hydrocarbures en difficulté, en s’appuyant sur des investissements massifs américains et en ouvrant un nouveau front dans la bataille politique vénézuélienne, désormais entrée dans une phase sans précédent", note le quotidien espagnol. Dans tous les journaux, la stupeur domine.

© REUTERS

Le président Trump a tenu une conférence de presse à Palm Beach samedi 3 janvier, à la suite de l'attaque militaire américaine au Venezuela.

Opération "Absolute Resolve" : les coulisses de l’intervention américaine au Venezuela

4 janvier 2026 à 11:18

Moins de cinq heures. C’est le temps qu’il a fallu pour capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro. Son homologue américain Donald Trump a justifié l’opération "Absolute Resolve", une "opération brillante" selon ses mots, par la lutte contre le trafic de drogue et par sa volonté de traduire le dirigeant devant la justice américaine, sur la base d’accusations de "narcoterrorisme".

Samedi 3 janvier, lors d’une conférence de presse organisée en Floride, le président des États-Unis a laissé son chef d’état-major, le général Dan Caine, détailler les contours de cette intervention militaire surprise. Selon le New York Times, il s’agissait de l’opération militaire américaine "la plus risquée" menée par les commandos d’élite de la Delta Force depuis l’assaut des SEAL Team 6 contre Oussama ben Laden, tué en 2011 dans une maison sécurisée au Pakistan.

L’enlèvement du président vénézuélien, au pouvoir depuis 2013, serait l’aboutissement de "mois de travail" des services de renseignement américains. Dès le mois d’août dernier, une équipe clandestine d’agents de la CIA se serait infiltrée chez son voisin afin de collecter des informations sur Nicolas Maduro. Son objectif, assure le général Dan Caine : "Comprendre comment [le président vénézuélien] se déplaçait, où il vivait, où il voyageait, ce qu’il mangeait, ce qu’il portait, ainsi que ses animaux de compagnie." Une fois ces informations collectées, l’opération est entrée dans sa phase d’exécution.

22h46 : début de l’opération

Vendredi 2 janvier, Donald Trump a donné l’ordre de lancer la mission à 22 h 46, heure de Washington, depuis sa terrasse de Mar-a-Lago, son club floridien, où il a dîné avec ses conseillers et les membres du cabinet. Selon le New York Times, l’armée américaine avait choisi la période des fêtes de fin d’année, estimant que de nombreux responsables gouvernementaux et un nombre important de militaires vénézuéliens seraient en congé, selon un responsable américain. Des conditions météorologiques exceptionnellement mauvaises ont toutefois retardé l’opération de plusieurs jours.

Au Venezuela, l’opération a débuté par une cyberattaque provoquant des coupures de courant dans de vastes zones de Caracas, plongeant la ville dans l’obscurité afin de permettre l’approche discrète des avions, drones et hélicoptères. Plus de 150 aéronefs militaires — drones, avions de chasse et bombardiers — ont été mobilisés, décollant de 20 bases militaires et de navires de la Marine.

Les appareils ont longé les côtes vénézuéliennes à très basse altitude, à moins de 50 mètres de l’eau. À l’approche du littoral, l’armée américaine a commencé "à démanteler et à désactiver les systèmes de défense aérienne du Venezuela, en utilisant des armes pour assurer le passage en toute sécurité des hélicoptères". Il s’agit des premières frappes menées sur le territoire vénézuélien.

Une riposte américaine "écrasante"

Alors que certaines des explosions publiées sur les réseaux sociaux semblaient spectaculaires, un responsable américain a déclaré qu’il s’agissait principalement d’installations radar et de tours de transmission radio qui étaient détruites. S’il n’y a eu aucune victime côté américain, au moins 40 personnes ont été pourtant tuées lors de l’attaque, parmi lesquelles des militaires et des civils, d’après un haut responsable vénézuélien qui a requis l’anonymat pour évoquer les premiers bilans dans le New York Times.

Les hélicoptères de la force d’intervention ont atteint le lieu où Nicolás Maduro et son épouse avaient été localisés — dont l’emplacement précis n’est pas connu à ce stade — à 1 h 01 du matin, heure de Washington, soit 2 h 01 à Caracas. Sur place, les appareils ont essuyé des tirs et "riposté avec une force écrasante", selon le général Dan Caine. Un des hélicoptères a été endommagé, mais a pu rentrer aux États-Unis. "Nicolas Maduro et son épouse, tous deux inculpés, se sont rendus et ont été placés en détention par le ministère de la justice", a-t-il ensuite ajouté, selon Le Monde.

Donald Trump a précisé, en réponse à une question de journaliste, que Nicolas Maduro avait tenté de se réfugier dans une "safe room", un bunker dont disposent de nombreux chefs d’État dans leur résidence. Sans succès. Les soldats déployés sur le terrain ont ensuite regagné les hélicoptères avec Nicolas Maduro et son épouse. Le couple a embarqué à bord d’un navire de l’armée américaine, à 3 h 29 du matin, avant de rejoindre New York où le président vénézuélien a été incarcéré. De son côté, le locataire de la Maison Blanche dit avoir suivi cette opération "comme s’il regardait une série télévisée". Reste désormais à mesurer les conséquences humanitaires, diplomatiques et régionales de cette capture – elles, bien réelles.

© REUTERS

Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores sont arrivés en détention par hélicoptère avant leur comparution prévue devant le tribunal fédéral de Manhattan, à l'héliport de Westside à New York.
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