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Guerre en Ukraine : les garanties de sécurité américaines conditionnées à la cession du Donbass ?

27 janvier 2026 à 13:19

Volodymyr Zelensky face à un choix crucial. Le président ukrainien acceptera-t-il de céder le Donbass à la Russie ? Le Financial Times rapporte ce mardi 27 janvier que Washington exercerait actuellement une forte pression sur Kiev pour contraindre l'Ukraine à laisser à Moscou le contrôle des deux oblats de Donetsk et de Louhansk. Les forces du Kremlin sont déjà présentes sur 90 % de ces deux territoires aujourd'hui. Vladimir Poutine avance régulièrement le fait de posséder leur totalité comme un des éléments sur lesquels il ne reculera pas dans le cadre de négociations de paix avec les Ukrainiens. L'administration Trump ne cherche d'ailleurs pas particulièrement à dissuader le président russe d'une telle ambition.

La position américaine saluée par le Kremlin

En tout cas, le pouvoir ukrainien risque d'être forcé de faire évoluer sa position sur ce point. Certes, Volodymyr Zelensky a toujours fait du respect de la souveraineté de son pays une ligne rouge dans les négociations pour mettre fin à la guerre. Mais désormais, il a aussi inexorablement besoin du soutien américain à long terme. Dimanche, le dirigeant a affirmé qu'un accord sur des garanties de sécurité conclues avec les États-Unis était "prêt à 100 %" à être paraphé par les deux pays. Mais, d'après le FT, Donald Trump conditionne la signature de ce texte à un traité de paix entre l'Ukraine et la Russie, qui comprendrait la cession du Donbass. Huit sources différentes ont confirmé ce rapport de force au prestigieux journal britannique.

L'information est rapidement arrivée jusqu'au Kremlin. "Le retrait du Donbass est la voie vers la paix pour l'Ukraine", a réagi l'envoyé spécial de Vladimir Poutine, Kirill Dmitriev, sur le réseau social X, ce mardi. Ce nouvel épisode intervient après une nouvelle session de négociations entre les deux puissances belligérantes et des responsables américains à Abou Dhabi (Émirats arabes unis), ce week-end. Une réunion qui s'est tenue dans "un esprit constructif", selon le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. Lundi, Volodymyr Zelensky a par ailleurs indiqué que "des préparatifs" étaient en cours pour de nouveaux échanges tripartites cette semaine.

Des armes en plus pour Kiev si le Donbass est cédé ?

Le Financial Times souligne qu'un autre point a été avancé auprès de Kiev par Washington dans les pourparlers des dernières semaines. Selon deux personnes proches du dossier, les États-Unis seraient prêts, en cas d'accord de paix comprenant la cession du Donbass, à fournir à l'Ukraine davantage d'armes une fois la guerre terminée. L'offre présentée par l'administration Trump prévoit par ailleurs une "riposte militaire coordonnée en cas d'attaque prolongée" de l'Ukraine après la signature d'un traité de paix, souligne le quotidien économique. Mais, rappelle la même source, Washington s'impatiente de plus en plus face à la lenteur des négociations, alors que Donald Trump avait promis de régler la guerre ukrainienne "en 24 heures" à son retour à la Maison-Blanche.

En marge d'une rencontre outre-Atlantique entre le milliardaire républicain et le président ukrainien organisée en décembre, plusieurs responsables américains avaient déjà mis une certaine pression sur Kiev, arguant que la proposition formulée par Washington "ne restera[it] pas indéfiniment sur la table". Pour aller vite, Donald Trump est-il donc prêt à accéder à l'une des exigences territoriales les plus importantes pour Moscou, quitte à mettre le couteau sous la gorge à son partenaire ukrainien ? "C'est totalement faux : le seul rôle des États-Unis dans le processus de paix est de réunir les deux parties pour parvenir à un accord", a balayé d'un revers de main Anna Kelly, porte-parole adjointe de la Maison-Blanche, toujours auprès du FT.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump reçoit son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à Mar-a-Lago (États-Unis), le 28 décembre 2025.

"Le pari de L'Express sur l'Europe est judicieux" : nos lecteurs commentent notre nouvelle formule

27 janvier 2026 à 12:48

Groenland : Trump isolé

​Sylvio Le Blanc, Montréal (Canada)

Le président états-unien Donald Trump a déclaré qu’il s’emparerait du Groenland "d’une manière ou d’une autre", et que s’il ne le faisait pas, "la Russie ou la Chine le feraient". Or, selon des experts et de hauts responsables, cette crainte est infondée. "Zebigbos" souhaite en réalité s’emparer des ressources de cette île. Problème : le prétexte invoqué – la sécurité nationale – ne passe pas auprès de ses concitoyens ni auprès des Etats membres de l’Otan, car les Etats-Unis peuvent pleinement garantir leur propre sécurité et celle du Groenland sans posséder l’île. Espérons que la perspective des élections de mi-mandat prévues en novembre tempérera les ardeurs expansionnistes du président. (S’emparer du Groenland, mais à quel prix ?, L’Express du 15 janvier.)

Déficit : la France creuse encore…

Jacques Canier, Colombes (Hauts-de-Seine)

Je souhaite apporter mon soutien à vos excellents chroniqueurs, et notamment au professeur Denys de Béchillon et à Nicolas Bouzou, qui dénoncent de la persistance du déni de responsabilité collective à propos de la funeste "boule de neige" des déficits publics et de notre endettement subséquent. Dérives ardemment entretenues par divers partis politiques ou syndicats, mais aussi une partie de la presse, avec un résultat très clair : en France, si on touche le fond, on creuse encore... (En 2027, le président sera impopulaire ou ne sera pas, par Nicolas Bouzou, L’Express du 15 janvier.)

Les éleveurs et leurs "collègues"

Armand Garonne, Pruniers-en-Sologne (Loir-et-Cher)

Bravo à Gérald Bronner pour sa fine perception de la relation si particulière qu'entretient l'éleveur avec ses bêtes. Pour rédiger mon essai Allo Paris ? Ici La Terre, j’ai moi-même rencontré une éleveuse qui nomme ses vaches "mes collègues". Heureusement que certains "Parisiens" comme vous tentent de faire comprendre ces nuances. (Les éleveurs ont-ils vraiment de l’affection pour leurs vaches ?, L’Express du 24 décembre.)

Europe : un pari judicieux…

​​​​Guylaine Remeur, Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes)

Le "pari de l'Europe" va contribuer à nous éclairer, nous humbles citoyens et lecteurs. Je me suis précipitée sur ce nouveau numéro, riche d'articles, de points de vue, d'explications... Ces éclairages politiques, scientifiques et diplomatiques nous aident à comprendre l'Europe d'aujourd’hui. Pourquoi les politiques publiques de nos voisins fonctionnent-elles mieux que chez nous ? Vos analyses nous invitent à nous interroger, à réfléchir, à comparer et peut-être à changer nos points de vue. Oui, nos visions diffèrent, mais, sans compromis et sans réforme, le reste du monde ne nous attendra pas. Votre initiative est inspirante, responsable, utile, judicieuse. Bravo !

… des articles fiables…

Dominique Meyer, Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)

Fidèle abonnée à votre magazine, je constate avec plaisir que, malgré le changement de présentation, vos articles restent sérieux, documentés et fiables. J'encourage tous les membres de votre hebdomadaire à continuer dans cette voie, la seule qui permette de lutter contre la désinformation.

… une mise en page réussie…

René Hurstel, Rossfeld (Bas-Rhin)

Permettez-moi de vous remercier pour la nouvelle présentation de L’Express, aussi agréable à lire qu’enrichissante sur le plan intellectuel.

… mais un modèle institutionnel à revoir

René Andron, Marseille (Bouches-du-Rhône)

L'orientation annoncée de la ligne éditoriale de L'Express vers l'Europe est certes louable, mais bien insuffisante. En effet, pour que l'Europe existe dans le nouvel ordre mondial, il aurait fallu qu'elle soit d'ores et déjà beaucoup plus intégrée, avec un modèle institutionnel de type confédéral, et une gouvernance supra nationale, disposant des pouvoirs nécessaires pour déployer les plans et stratégies utiles pour conserver son rang, son rôle et sa sécurité. Nous en sommes loin.

© FORUM/MAXPPP

13 December 2015. Warsaw, Poland. Anti government demonstration near the house of Jaroslaw Kaczynski - leader of ruling party Low and Justice (PiS). Jaroslaw Kaczynski is known as unformal leader of Poland since he had chosed the candidates for presidential and PM offices. The demonstration took place in the 34 anniversary of martial low in Poland. Photo: Krystian Maj/FORUM (MaxPPP TagID: maxnewsfrthree680559.jpg) [Photo via MaxPPP]

Pourquoi Gabriel Zucman devrait lire "Retour de l’URSS" d’André Gide : l'édito d'Eric Chol

27 janvier 2026 à 12:00

Fin décembre, une tribune publiée dans un grand journal du soir a suscité quelques remous chez les économistes. L’auteur en question, Gabriel Zucman, fait pourtant figure de grand "loser" de l’année écoulée : en dépit d’une opération de communication sans précédent, l’ancien élève de Thomas Piketty n’a pas réussi à convaincre nos députés d’adopter sa proposition de taxe antiriches : celle-ci est restée lettre morte, et tant mieux pour l’économie française, comme nous avons eu l’occasion de le montrer.

Qu’importe : l’auteur de l’essai Les milliardaires ne paient pas d’impôts sur le revenu et nous allons y mettre fin (Seuil, 2025) est vite remonté sur son cheval, pour batailler contre une "idée à la mode", une "antienne", un "refrain", selon ses mots, qui consisterait à peindre en noir une Europe à la remorque des Etats-Unis.

On a trop dit, ici dans les colonnes de L’Express, notre foi dans les forces de ce continent européen pour ne pas risquer de se faire taxer de décliniste par le premier idéologue venu quand il s’agit de lever le voile sur la réalité européenne. Car c’est bien de cela dont il s’agit.

Dans l’ère de post-vérité dans laquelle nous vivons, la comparaison trompeuse entre l’économie européenne et celle des Etats-Unis à laquelle se livre Gabriel Zucman ne serait pas grave si elle n’introduisait pas un grand méchant doute. Or c’est précisément son objectif : mettre en pièces les soubassements du rapport Draghi, le fameux document de l’ancien patron de la Banque centrale européenne, qui pose avec clarté les raisons du décrochage européen à l’œuvre et les solutions pour en sortir.

Les contre-vérités de Gabriel Zucman

Hostile aux solutions présentées, Zucman estime qu’il est plus habile d’attaquer le diagnostic, en évoquant le mythe d’une "sclérose européenne, face à un supposé eldorado américain". Gare à la FAKE NEWS ! Et c’est précisément pour démonter ce mensonge - car c’en est un - que nous donnons dans L’Express la parole à un des meilleurs experts : Antoine Levy, qui enseigne à l’université de Berkeley. Avant lui, plusieurs économistes ont commencé à mettre en pièces la démonstration du directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité, parmi lesquels François Bourguignon, Philippe Aghion ou Xavier Jaravel.

Cette fois-ci, Antoine Levy va plus loin, en démasquant les contre-vérités de Gabriel Zucman. Mais celui qui passe pour "la rock star de l’économie" préfère vivre dans ses mirages. A l’inverse d’un André Gide, dont le voyage en URSS au milieu des années 1930 dessilla les yeux face à la réalité soviétique. "Le mensonge, fût-ce celui du silence, peut paraître opportun, et opportune la persévérance dans le mensonge, mais il fait à l'ennemi trop beau jeu, et la vérité, fût-elle douloureuse, ne peut blesser que pour guérir", écrit-il. (Retour de l'URSS, Payot).

Chez Gide, il y avait une part d’anticonformisme, impossible à trouver dans l’alignement idéologique de nos nouveaux propagandistes.

© L'Express

Eric Chol

"C'est un petit Napoléon" : Gregory Bovino, le visage glaçant de la police de l'immigration de Donald Trump

27 janvier 2026 à 11:35

Sa longue veste verte, sa mâchoire carrée et ses déclarations tonitruantes sont désormais bien connues des Américains. Depuis la mise en place par Donald Trump d'une sévère politique anti-immigration aux États-Unis, Gregory Bovino est devenu un visage omniprésent dans les médias et sur les réseaux sociaux. Commandant "itinérant" de l'ICE, la police chargée d'arrêter les étrangers clandestins, le responsable a supervisé les principales opérations ordonnées par l'administration américaine dans plusieurs villes du pays. Los Angeles, Charlotte, Chicago... Le policier se déplace sur l'ensemble du territoire américain pour commander ses hommes, aux méthodes plus que musclées. Ces derniers jours, Gregory Bovino a mené les opérations à Minneapolis, dans le Minnesota.

Mais, avec deux Américains tués en quelques jours par des agents sous ses ordres dans la ville, son image à Washington semble enfin s'écorner. Le président américain, qui défendait jusque-là coûte que coûte les pratiques de l'ICE sur le terrain, a adopté depuis ce week-end un ton plus conciliant à l'égard des critiques. À quelques mois des élections de mi-mandat, pas question pour Donald Trump de s'empêtrer dans une crise commençant même à choquer une partie de son propre camp. Résultat : Gregory Bovino devrait faire les frais de cette approche – un peu – moins radicale de Donald Trump. Selon Reuters et The Atlantic, le policier devrait être démis de ses fonctions, puis retourner à son précédent poste de patrouilleur en chef à El Centro, en Californie, pour surveiller la frontière mexicaine. Cependant, le département de la Sécurité intérieure dément pour le moment toute rétrogradation.

Fasciné par la police aux frontières

Une chose est sûre : le rôle de l'ultramédiatique Gregory Bovino dans les violences de l'ICE à Minneapolis est loin d'être anodin. Au lieu de tenir un discours d'apaisement, le policier n'a cessé de mettre de l'huile sur le feu, tout en justifiant sans réserve les coups de feu ayant conduit à la mort de Renee Good, début janvier, et à celle d'Alex Pretti, samedi. Dans la première affaire, il avait "tiré son chapeau" à l'auteur du tir, évoquant un "environnement difficile". Dans la seconde, il a accusé l'infirmier de 37 ans tué lors d'une manifestation ce week-end d'avoir souhaité "massacrer les forces de l'ordre". "Le fait que [les policiers] soient hautement entraînés a empêché toute fusillade spécifique contre les forces de l'ordre, donc bravo à nos forces de l'ordre de l'avoir neutralisé avant qu'il ne puisse passer à l'acte", a-t-il félicité, lors d'une émission diffusée sur CNN.

Jusqu'au-boutiste assumé, Greg Bovino est loin d'avoir laissé uniquement des bons souvenirs aux connaissances qui l'ont côtoyé lors de ses expériences passées. Dans un long article fouillé, le Chicago Sun-Times est revenu sur les traces de cet homme fasciné par la police aux frontières. D'après cet article, basé sur de nombreuses sources, il serait passionné par ce monde sécuritaire depuis son enfance. Le visionnage du film The Border, dans lequel Jack Nicholson et Harvey Keitel incarnent des agents aux frontières, l'aurait à la fois émerveillé et révolté. Séduit par la profession mise en avant dans le long-métrage, il aurait en revanche détesté l'image médiocre renvoyée par les personnages tout au cours de l'intrigue. Un sentiment qui l'aurait ensuite poussé à vouloir rejoindre lui-même la police aux frontières. Son ambition : faire honneur aux couleurs vertes de l'uniforme de ce service.

Au même moment, le jeune Gregory Bovino fait face à une enfance cabossée. En 1981, son père est condamné à de la prison pour avoir tué, ivre, une jeune femme de 26 ans alors qu'il était au volant d'un camion. L'homme doit vendre son bar, puis divorce de son épouse. Malgré cet épisode difficile, Gregory Bovino reste attaché à sa région de Caroline du Nord, où il réalise une partie de ses études. Après une maîtrise, il rejoint la police en 1996 et touche du doigt son rêve de devenir un patrouilleur aux frontières. Il rejoint l'unité tant espérée, puis est envoyé dans différents États américains, mais aussi à l'étranger. Petit à petit, au fil de responsabilités toujours plus importantes, il gravit les échelons. En 2020, le voilà nommé responsable de la police aux frontières du secteur d'El Centro, où il affirme diriger environ 900 policiers.

Issu d'une famille... d'immigrés

La frontière mexicaine devient le lieu de prédilection de Gregory Bovino pour développer ses méthodes pour le moins rudes. Avec ses hommes, il traque les migrants venus du Mexique pour les empêcher d'entrer sur le territoire américain. "C'est un petit Napoléon qui veut vous faire croire qu'il est un héros, l'homme le plus moral et le plus compétent au monde, et que tout autour de vous est dangereux", décrit auprès du Chicago Sun-Times Jenn Budd, une ancienne agente de patrouille qui l’a connu. "Mais c'est lui qui va vous sauver. Tout ça n'est qu'une mise en scène pour lui." Cette ex-policière décrit une brigade à l'atmosphère sexiste, où plusieurs femmes ont déposé des signalements pour des agressions sexuelles et des viols.

Selon elle, certains migrants étaient par ailleurs frappés par des agents. "Ici, la pratique courante consiste à porter de fausses accusations contre les personnes que l'on vient de tabasser", déplore l'ex-professionnelle. Pourtant, à la lumière de son histoire familiale, le sort réservé par Gregory Bovino aux immigrés qu'il pourchasse a de quoi interpeller. En effet, ses ancêtres étaient eux-mêmes des immigrés italiens, qui ont rejoint les États-Unis dans les années 20 en quête d'une vie meilleure. À l'époque, leur arrivée dans le pays avait été compliquée par la loi Johnson-Reed de 1924, restreignant grandement la possibilité pour les étrangers de venir résider outre-Atlantique. Un texte eugéniste et raciste, aujourd'hui cité par certains trumpistes... pour justifier l'actuelle politique anti-immigration dans le pays.

Qu'importent ses racines familiales, Gregory Bovino a poussé à l'extrême les méthodes employées par les policiers de l'ICE sous sa responsabilité. Pour freiner les contestations dans la rue, il promeut ce qu'il appelle des "opérations de destruction massives". "Elles sont très rapides et très agressives", explique dans un podcast de CNN la journaliste du New York Times Lulu Garcia-Navarro, qui a travaillé sur le sujet. "[Les policiers] brisent des vitres, entrent et arrêtent des gens. Gregory Bovino justifie ces tactiques par la volonté de ne pas mettre ses agents en danger et d'empêcher que des manifestations ne dégénèrent." Le principal intéressé, lui, nie toute brutalité gratuite. "Nos agents agissent toujours dans le respect de la loi, de l'éthique et de la morale", assurait-il en octobre dernier, toujours sur CNN.

Au vu des dernières évolutions de la situation, cette vision semble avoir atteint ses limites. Gregory Gavino pouvait jusqu'ici compter sur le soutien sans faille de la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, pas en reste en matière de dérapages incontrôlés et de saillies polémiques. Mais, d'après deux sources citées par The Atlantic, elle aussi serait actuellement sur la sellette à cause des violences à Minneapolis. L'ICE est en effet placé sous la responsabilité de son département. Coutumier des publications provocantes sur les réseaux sociaux, Gregory Bovino avait comparé son action à la tête de la police de l'immigration à Minneapolis comme à celle de Dark Vador, le méchant de la saga Star Wars. En substituant, bien entendu, la "guerre des étoiles" à la "guerre des frontières" menée à tous crins sur le territoire américain.

© REUTERS/Evelyn Hockstein/File Photo

Gregory Bovino, commandant "itinérant" de l'ICE, participe à une opération des forces de l'ordre à Minneapolis (États-Unis), le 21 janvier 2026.

Mort d'Alex Pretti à Minneapolis : Donald Trump tente de jouer l'apaisement après la bavure de l'ICE

27 janvier 2026 à 09:37

Le Wall Street Journal y voit "un revirement spectaculaire sur une politique qui est au cœur de l'identité politique de Donald Trump" : dans une volonté apparente d'apaiser les tensions provoquées par la mort par balles d'un deuxième citoyen américain en l'espace de deux semaines, à Minneapolis, dans le cadre d'opérations de la police fédérale de l'immigration (ICE), le locataire de la Maison-Blanche a adopté lundi 26 janvier un ton conciliant, à l'issue d'un échange téléphonique privé avec le gouverneur du Minnesota.

Autre signal du changement de cap que semble amorcer le président républicain, un cadre de la police fédérale de l'immigration, Gregory Bovino, considéré comme le visage de la brutalité décomplexée de l'ICE, va quitter le Minnesota, de même que certains agents qui y étaient déployés, a déclaré un représentant de haut rang de l'administration Trump. Gregory Bovino est la cible de vives critiques de la part de démocrates et d'activistes des droits civiques.

Tom Homan, fait "tsar des frontières" par Donald Trump à son retour au pouvoir il y a un an, va être chargé de superviser les opérations dans le Minnesota, a également précisé ce représentant. Donald Trump avait annoncé plus tôt dans la journée que Tom Homan allait être dépêché dans l'Etat du Midwest.

D'après une autre personne au fait de la question, Gregory Bovino a été démis de son rôle de "commandant spécial" des opérations anti-immigration et va retrouver ses fonctions de chef des patrouilles des douanes dans un poste californien à la frontière avec le Mexique. Il est attendu qu'il prenne sa retraite prochainement, a ajouté cette source. L'information de la mise en retrait de Gregory Bovino a été rapportée en premier lieu par The Atlantic, citant un représentant du département de la Sécurité intérieure (DHS), auquel sont rattachées la police aux frontières et les troupes anti-immigration. Une porte-parole du DHS a toutefois démenti cette information. "Le chef Gregory Bovino n'a PAS été relevé de ses fonctions", a écrit Tricia McLaughlin sur le réseau social X.

Discussions "productives"

Plus tôt, Donald Trump a dit être "sur la même longueur d'onde" que le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, lequel avait fustigé les agents de l'ICE. Les services de Tim Walz ont décrit comme "productif" l'entretien téléphonique entre ce dernier et Donald Trump qui, selon eux, a promis de réduire le nombre d'agents de l'ICE déployés dans le Minnesota.

Ils ont également rapporté que le président avait accepté de demander au DHS de garantir que les autorités locales puissent mener leur propre enquête sur la mort d'Alex Pretti, infirmier de 37 ans abattu samedi par un agent de l'ICE alors qu'il était au sol lors d'une confrontation entre l'ICE et des manifestants.

Donald Trump s'est également entretenu lundi par téléphone avec le maire de Minneapolis, Jacob Frey, écrivant sur son réseau social Truth que "beaucoup de progrès" allaient découler de cette discussion. Jacob Frey a déclaré avoir convenu avec le président américain que "la situation actuelle ne peut pas continuer", ajoutant que certains agents fédéraux devraient quitter la ville à compter de mardi.

Jusqu'ici, Donald Trump avait apporté un soutien total aux troupes fédérales de lutte contre l'immigration, qualifiant les deux victimes - Renee Good et Alex Pretti - de "terroristes intérieurs" en dépit de vidéos accablantes pour les agents de l'ICE.

Critiques et inquiétudes dans le camp républicain

Tim Walz, ancien candidat à la vice-présidence américaine au côté de Kamala Harris en 2024, n'a eu de cesse de fustiger, comme d'autres responsables démocrates, la politique ultra-répressive et brutale de Donald Trump en matière d'immigration, accusant les agents de l'ICE de semer le chaos et de mettre en péril la sécurité publique dans les villes où ils se déploient massivement.

Au cours d'une audience qui s'est tenue lundi, le bureau du procureur général du Minnesota a demandé à une juge de bloquer le déploiement de quelque 3 000 agents fédéraux à Minneapolis, mais celle-ci n'a pas semblé très réceptive à ses arguments, disant juger difficile d'établir que la Maison-Blanche a commis un "abus de pouvoir" en ayant recours à l'ICE.

L'un des principaux candidats républicains au poste de gouverneur, Chris Madel, a en revanche pris dans la journée ses distances avec l'administration Trump, annonçant renoncer à sa candidature parce que la répression est allée trop loin et a rendu l'élection ingagnable pour un républicain. "Je ne peux pas soutenir les représailles déclarées des républicains nationaux contre les citoyens de notre État, et je ne peux pas non plus me considérer comme membre d'un parti qui le ferait", a-t-il déclaré.

Selon un récent sondage Reuters, près de quatre électeurs républicains sur dix critiquent désormais la politique musclée de Donald Trump en matière d'immigration. Le Wall Street Journal rapporte que le changement de ton du président est survenu après que des élus républicains et d'autres alliés ont exprimé leurs inquiétudes quant à la perte du soutien populaire à son principal thème de campagne, les scènes chaotiques de Minneapolis étant de plus en plus perçues comme un handicap politique. Lors d'un appel téléphonique avec Donald Trump, l'influent sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham l'aurait ainsi prévenu que les images passant en boucle à la télévision éclipsaient le succès d'autres aspects de son programme anti-immigration.

À Washington, les sénateurs démocrates ont annoncé qu'ils s'opposeraient à un projet de loi de financement du ministère de la Sécurité intérieure, qui supervise l'ICE, ce qui augmente la probabilité d'un nouveau "shutdown" gouvernemental à partir de dimanche. Les élus républicains ont approuvé l'an dernier une augmentation massive du budget consacré à la lutte contre l'immigration, mais certains d'entre eux exigent désormais des réponses de la part de l'administration Trump.

© REUTERS

Des affrontements entre l'ICE et des manifestants, le 24 janvier 2026 à Minneapolis.

En Iran, le régime veut dissimuler les massacres : "Le sang n’a pas le temps de se répandre sur le sol"

27 janvier 2026 à 05:45

Depuis plusieurs jours, des miliciens vêtus de noir et masqués sillonnent les rues iraniennes à moto ou en pick-up, à la manière des terroristes de Daech et du Hamas. Ils installent des barrages routiers, confisquent les téléphones des passants et les fouillent à la recherche de signes de participation aux manifestations, les 8 et 9 janvier derniers. Ces actes témoignent des efforts du gouvernement iranien pour détruire les preuves et dissimuler les conséquences d’un massacre dont on peine encore à mesurer l’ampleur pour cause du black-out. Combien de manifestants ont été abattus par les forces de l’ordre à Téhéran et dans les autres villes du pays ? 3117, d’après le bilan diffusé par les autorités iraniennes, le 21 janvier. Mais ce chiffre serait largement sous-estimé, selon l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, et deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé cités par le Time. Tous deux avancent des estimations terrifiantes, comprises entre 25 000 et 30 000 morts.

Comment le savoir ? Trouver des témoins oculaires reste difficile, alors que l'accès à Internet reste extrêmement limité et que la terreur instaurée par la République islamique empêche la population, notamment les proches des victimes, de parler. Les services de sécurité diffusent des avertissements stipulant que toute collaboration avec les médias étrangers constitue un crime et que les citoyens qui envoient des vidéos ou des photos des événements à ces médias étrangers seront arrêtés.

Dans la propagande initiale de la République islamique, les manifestants étaient qualifiés d'"émeutiers", mais après la répression armée, Ali Khamenei, le guide suprême, les a traités de "terroristes" dans un discours visant à légitimer le meurtre de civils, à l’instar de l’ancien dirigeant syrien, Bachar el-Assad. À cet égard, la propagation d’histoires de "Corans et de livres religieux brûlés" par les manifestants fait partie de la propagande gouvernementale.

Des cours d'école comme bases temporaires

Mardi, le président de la Commission nationale de sécurité du Parlement a annoncé des chiffres préliminaires sur l'étendue des dégâts causés par les récentes manifestations. Il a déclaré que 250 écoles, 300 mosquées et 90 écoles religieuses avaient été attaquées et endommagées par les manifestants.

Pourquoi attaquer ces bâtiments ? Il y a une raison. Samedi 10 janvier, j’ai personnellement vu des gaz lacrymogènes tirés du toit de l’école religieuse Al-Ghadir, un immeuble de 12 étages situé rue Madani à Téhéran. Des officiers postés sur le toit dirigeaient les forces de l’ordre dans la rue par radio et menaçaient les manifestants avec un faisceau laser. De nombreuses vidéos publiées par des citoyens montrent des tirs provenant du toit de bâtiments gouvernementaux et de commissariats. Un témoin oculaire et des proches de deux victimes m'ont indiqué que celles-ci avaient été abattues d'une balle dans la tête alors même qu’elles ne participaient à aucun rassemblement : une jeune fille tuée devant chez elle et une femme médecin abattue en quittant son cabinet.

Nous savons également, grâce à des rapports et des images de manifestations précédentes, que les forces de l'ordre et de sécurité, telles que les Gardiens de la révolution et les Bassidj [NDLR : une force paramilitaire iranienne qui dépend des Gardiens de la Révolution] utilisent systématiquement les cours d'école et les mosquées comme bases temporaires. Un témoin habitant le village olympique de Téhéran [NDLR : quartier de Téhéran qui abritait les jeux asiatiques en 1974] affirme avoir vu des femmes préparer de la nourriture pour les forces de répression dans la mosquée de leur quartier, car on leur avait dit que les manifestants brûlaient des Corans et que leur but était de détruire l'islam. Un avocat, citant le directeur d'un immeuble administratif situé sur la place Vali Asr, à Téhéran, rapporte qu’il a vu des tireurs d'élite du corps Ansar Allah postés sur le toit qui surplombe la place.

Dans les mots de l’horreur, ceux qui resteront gravés à jamais dans l’imaginaire collectif, figurera certainement celui de "Kahrizak". Une morgue, située dans le sud de la capitale, où les jeunes manifestants, fauchés par les balles, ont été emmenés, après la tuerie. "Le sang des jeunes n’a pas eu le temps de se répandre sur le sol", déclare Mohammad, venu de Mashhad à Téhéran pour retrouver son cousin Mehdi, âgé de 21 ans. Trois jours plus tard, son corps a été retrouvé dans l'un des hangars médico-légaux de Kahrizak. Des images choquantes des corps des dépouilles de manifestants entassés dans ce centre gouvernemental ont été diffusées. Mais ceux qui, comme Mohammad, ont vécu cette atmosphère apocalyptique, livrent des témoignages encore plus glaçants. "Les hangars de Kahrizak n'étaient pas un lieu approprié pour entreposer des corps. La température n'y était pas froide et l'odeur de sang était insoutenable. Les macchabées étaient empilés les uns sur les autres, et pour sortir ceux du bas, il fallait jeter ceux du haut. Nos semelles étaient collées par le sang qui coulait sur le sol." Dans le corps de Mehdi étaient logées quatre balles : une dans l'épaule, une dans le flanc et deux dans la jambe. Mohammad affirme que la balle qui s’est logée sous la poitrine avait manifestement été tirée à bout portant, car sa peau portait des marques de brûlure. Mardi 20 janvier, le journal Hammihan a été fermé pour avoir publié des articles sur le centre médico-légal de Kahrizak et sur l'attaque militaire contre trois hôpitaux à Téhéran et dans les villes environnantes.

Un de ces articles citait le frère d'un manifestant tué, qui avait été transporté à l'hôpital Sattari de Téhéran après avoir été blessé, mais que sa famille l'avait trouvé sans vie, une balle logée sous le nombril. Le scénographe et comédien Ahmad Abbasi a également appelé sa famille, le soir du 8 janvier, pour les informer qu'il avait été blessé et qu'il était hospitalisé, mais celle-ci l’a retrouvé mort. C’est à Karaj [NDLR : 30 kilomètres à l’ouest de la capitale] que j'ai entendu parler pour la première fois, de ces tirs à bout portant sur des manifestants blessés. Le personnel médical d’un hôpital de la ville (Qasem Soleimani) aurait ainsi déclaré que les Gardiens de la révolution avaient tiré sur les blessés. La situation a pris une tournure grave lorsque des images de corps ont révélé la présence de tubes respiratoires, de sondes urinaires ou d'électrodes de monitoring cardiaque. Et ce, alors que certaines de ces victimes avaient été tuées d'une balle dans la tête ou le cœur. Selon les experts, le fait que ce matériel médical n’ait pas été retiré ne peut être attribué à de la négligence ou de la précipitation. Il est plus probable que ces victimes aient été tuées pendant leur prise en charge. Plus tard, un groupe de médecins iraniens a déclaré dans un communiqué que l'examen des images révélait de graves violations des principes fondamentaux de la médecine et des droits humains.

Un déluge de balles

D'autres cas de manifestants tués pendant ou après leur arrestation sont signalés. Babak, 45 ans, touché à la tête par un tir de fusil de chasse, confirme les récits du massacre du bazar de Rasht [NDLR : dans le nord-ouest]. Lorsque le vieux bazar a pris feu et que les manifestants ont été contraints de se diriger vers les forces de l'ordre, ils ont été accueillis par un déluge de balles, raconte-t-il : "Les gens levaient les mains comme des prisonniers de guerre. Beaucoup ont été tués." Saideh, une enseignante de Téhéran, pleure également un adolescent de sa famille, transféré à la caserne de la place Sepah, à Qazvin, après son arrestation. Bien qu’il ait réussi à appeler sa famille depuis la cour, il est mort quelques heures plus tard : "Ils l'ont étranglé ! Comment ont-ils pu emmener ce garçon plein de vie, libre comme l'air, et annoncer le lendemain matin qu'il était mort ?"

Mais l'une des choses les plus troublantes que l'on entend constamment en Iran ces jours-ci est l'argent demandé aux familles des victimes en échange de la restitution des corps. Beaucoup affirment avoir été extorquées de 400 millions à 1 milliard de tomans [NDLR : entre 3100 et 7820 euros]. Ainsi, la famille de l'acteur de théâtre Ahmad Abbasi, tué le 8 janvier, a vu le médecin légiste exiger 1 milliard de tomans pour récupérer le corps. Un témoin oculaire, interrogé au cimetière Behesht-e Sakineh de Karaj, m'a expliqué pourquoi il y avait différents tarifs : "On dit que cela dépend du nombre de balles reçues par la victime, et que pour chaque balle, nous devons payer 250 millions de tomans à l'État [NDLR : 1957 euros]. Le reste correspond aux frais de la morgue et de la médecine légale. Il semble que le prix soit fixé en fonction de la situation des familles."

La République islamique percevait autrefois cette somme, surnommée "argent des balles", auprès des familles des victimes lors de la restitution des corps de personnes exécutées pour raison politique. Mais aujourd'hui, ce sont les citoyens ordinaires qui sont confrontés à cette situation horrible. J'ai entendu dire qu'au moins deux familles ont refusé de payer pour le corps de leur enfant et que le gouvernement a été contraint de le leur remettre. Mohammad, venu de Mashhad à Téhéran pour récupérer le corps de son cousin, affirme qu'en "négociant", il est parvenu à descendre à 400 millions de tomans. Un avocat a également confirmé que le corps d'"Ali Dehghan", frère de la militante politique Masoumeh Dehghan, a été remis gratuitement, car depuis le 12 janvier, les autorités ont ordonné qu’aucun paiement ne soit exigé, même pour l’inhumation des victimes : "Après la diffusion de la vidéo sur la morgue de Kahrizak, les forces de sécurité ont reçu l’ordre d’enterrer tous les corps, même ceux des personnes non identifiées. Le gouvernement veut étouffer l’affaire au plus vite, faire disparaître les preuves."

Un témoin des manifestations à Karaj a déclaré : "les Bassidj et leurs alliés en civil tentaient d’enlever les blessés pour les empêcher de tomber entre les mains de la population. Ils leur tiraient dessus et les emmenaient afin d’extorquer de l’argent aux familles et les faire taire. Ils savaient exactement ce qu’il en était." Les corps des défunts étaient ensuite remis sans ménagement, au prix d'insultes et d'humiliations infligées aux familles, qui devaient promettre de vivre leur deuil en privé, d'inhumer les corps dans des cimetières situés hors de Téhéran ou des capitales provinciales et de ne parler à aucun média. Voilà ce que je peux dire aujourd’hui de ce qui constitue, à mes yeux, l’un des plus grands crimes contre l'humanité qui ait jamais eu lieu. Et dont l’horreur nous apparaît chaque jour un peu plus.

*Journaliste pour des médias iraniens en exil, l'auteur, qui vit en Iran, a été emprisonné par le passé. Il fait partie de ces activistes qui documentent les crimes contre l'humanité commis par le régime.

© via REUTERS

Des personnes assistent aux funérailles des forces de sécurité tuées lors des manifestations qui ont éclaté à Téhéran, en Iran, le 14 janvier 2026
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