Après MAGA (Make America Great Again), un nouvel acronyme circule dans le monde trumpiste, et gagne du terrain dans les pages de la presse américaine. Surnommée "FAFO. Pour "Fuck Around and Find Out", il traduit une dynamique qui tend à se confirmer chaque mois un peu plus : les dirigeants mondiaux qui défient Donald Trump s’exposent à des représailles violentes et complètement dénuées de considérations diplomatiques. Autrement dit, l'approche préférée du président milliardaire consiste à punir immédiatement ceux qui s’opposent aux intérêts américains, ou en tout cas à l’image qu'il s’en fait.
Cette pseudo-doctrine doit son nom au chef du Pentagone, Pete Hegseth, qui l'a résumée en déclarant que le président vénézuélien Nicolas Maduro, capturé le 3 janvier par les forces américaines car accusé de narcoterrorisme, "effed around, and he found out" ("a tenté le coup, et il a vu ce qui se passait"). "Je ne comprends toujours pas comment ils n’ont pas encore compris", s’exclamait quant à lui le secrétaire d’Etat Marco Rubio aux journalistes à Mar-a-Lago, quelques heures après la capture du chef d'Etat sud-américain. Une doctrine qui repose finalement moins sur un cadre stratégique formalisé que sur une démonstration de force personnelle du président, présenté par son propre entourage comme imprévisible et prêt à agir sans délai.
Le concept déjà viral sur les réseaux
Chez les adeptes de MAGA, le terme prend. Sur les réseaux sociaux, des vidéos virales décorellées floquées "FAFO" circulaient déjà ces derniers mois, montrant des enfants à la mine déconfite, découvrant les conséquences auto-punitives de leurs bêtises : croquer dans un piment, jouer avec le tuyau d’arrosage… Bien qu’il existait déjà sur internet, le terme semble bénéficier d’un nouveau coup de projecteur et d’un tournant éditorial avec sa trumpisation. Les vidéos de parents hilares ont peu à peu été remplacées par des montages des images de Nicolas Maduro menotté, superposées sur les expressions faciales d’un Trump triomphant sur fond de bandes son épiques.
La Maison-Blanche n’a pas tardé à adopter une communication autour de ce concept, en diffusant une image de Trump légendée "FAFO" après sa conférence de presse à Mar-a-Lago samedi 3 janvier. Marco Rubio a quant à lui averti les nations étrangères de ne pas "jouer avec le président Trump". "Le 47ᵉ président des Etats-Unis n’est pas un joueur. Si vous ne le saviez pas, maintenant vous savez", a-t-il menacé. Le chargé de La Défense américaine Pete Hegseth a quant à lui cité plusieurs exemples d’application de la doctrine FAFO, notamment l’Iran, les rebelles houthis au Yémen et la frontière sud des Etats-Unis, déclarant que "beaucoup de politiciens veulent parler… Le président Trump agit par l’action".
"Il ne faut pas magnifier la politique de Trump"
Pour le journal américainThe Atlantic, Donald Trump semble pour l’heure réserver la doctrine FAFO à l’ouest du planisphère, qu’il considère comme une zone où les Etats-Unis peuvent agir plus librement que dans le reste du monde. Dans cette logique, il a adressé un avertissement direct à Delcy Rodríguez, devenue présidente par intérim du Venezuela après la capture de Nicolas Maduro : si elle ne se conforme pas aux exigences américaines, elle s’exposerait à une nouvelle action militaire. "Si elle ne fait pas ce qui est juste, elle va payer un très gros prix, probablement plus gros que Maduro", a-t-il déclaré d’un ton menaçant auprès d’un correspondant du journal dimanche 4 janvier. Une stratégie qui s’inscrirait dans une vision plus large visant à affirmer la domination américaine dans les Amériques et à dissuader toute ingérence de puissances rivales comme la Russie ou la Chine.
Selon le journal américain pourtant, certains experts contestent néanmoins que cette approche constitue une véritable doctrine. "Il n’y a pas de Trump Doctrine : quoi qu’il fasse, il n’existe pas de grand cadre conceptuel ; c’est juste ce qui lui convient à l’instant" estime ainsi auprès du journal John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale du président. Pour Kori Schake, directrice des études de politique étrangère à l’American Enterprise Institute, "il ne faut pas magnifier la politique de Trump en disant qu’il y a une doctrine".
Surnommée FAFO, l'approche préférée du président milliardaire consiste exposer immédiatement quiconque s'oppose à lui à des représailles violentes et dénués de considérations diplomatiques.
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a déclaré mercredi 7 janvier qu'il s'entretiendrait la semaine prochaine avec des responsables danois à propos du Groenland, sans signaler une quelconque volonté de Washington de renoncer à l'objectif exprimé par Donald Trump de prendre le contrôle du territoire. Une rencontre confirmée par la cheffe de la diplomatie de l'île arctique, Vivian Motzfeldt, qui annonce que le Groenland y participera également.
L'intervention militaire des Etats-Unis au Venezuela le week-end dernier, lors de laquelle l'armée américaine a bombardé la capitale Caracas et a capturé le président Nicolas Maduro, a exacerbé les craintes du Danemark et de ses alliés européens de voir le Groenland faire face à un scénario similaire. D'autant que la Maison-Blanche a répété mercredi que "toutes les options" sont sur la table pour acquérir, pour des raisons de sécurité nationale selon le président américain, l'île de l'Arctique semi-autonome.
Une porte-parole de la présidence américaine a déclaré mardi qu'une intervention militaire était "toujours une option", alors même que des dirigeants européens, dont le président français Emmanuel Macron, ont marqué leur soutien au Danemark et au Groenland.
Interrogé mercredi sur la proposition de Copenhague de dialoguer sur la situation au Groenland, où les Etats-Unis disposent d'une base militaire, Marco Rubio a déclaré aux journalistes qu'il rencontrerait la prochaine semaine des responsables danois. "Nous allons discuter", dit-il.
Première volonté : acheter le Groenland
Le secrétaire d'Etat américain a rappelé que la volonté de Donald Trump a toujours été d'acheter le Groenland, sans toutefois exclure une opération militaire. "Si le président identifie une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis, chaque président conserve l'option d'y répondre par des moyens militaires", a-t-il déclaré. "En tant que diplomate (...), ce sur quoi nous travaillons, c'est plutôt de régler la situation de manière différente - cela inclut le Venezuela", a-t-il ajouté.
Le Premier ministre du Groenland a exhorté Donald Trump à mettre en sourdine ses velléités d'annexion de l'île, déjà exprimées par le président américain en 2019 lors de son premier mandat à la Maison-Blanche. Donald Trump juge le Groenland comme essentiel à la stratégie militaire américaine et reproche au Danemark de n'avoir pas ouvré suffisamment à la protection du territoire.
Une intervention militaire de Washington au Groenland provoque une vague de choc au sein de l'Otan, dont les Etats-Unis et le Danemark sont tous les deux membres.
Le président Donald Trump s'adresse aux républicains de la Chambre lors de leur réunion annuelle de la conférence sur les questions, au Kennedy Center, rebaptisé Trump-Kennedy Center par le conseil d'administration nommé par Trump, à Washington, D.C., États-Unis, le 6 janvier 2026.
C'était jusqu'ici un tabou, presque un sujet de plaisanterie : depuis des années, Donald Trump clame son ambition d'annexer le Groenland, territoire immense qui fait partie du royaume du Danemark. Le 3 janvier, tout a changé. L'intervention militaire américaine pour enlever Nicolas Maduro, à Caracas, a ébranlé toutes les certitudes européennes. Oui, les Etats-Unis de Donald Trump sont capables d'agir à l'intérieur de pays souverains, sans aucun respect pour le droit international. Oui, le président américain répète, ces derniers jours, sa détermination à "s'occuper" du Groenland dans les semaines qui viennent. Oui, il faut prendre au sérieux ce que dit Donald Trump.
"Les liens transatlantiques se défont à toute vitesse", constate Cathryn Clüver Ashbrook, politologue germano-américaine et vice-présidente de la fondation Bertelsmann Stiftung, inquiète des manoeuvres de l'administration Trump à la fois aux Etats-Unis et en Europe. Mais les Européens peuvent agir contre cette agressivité inédite, assure-t-elle, à condition de s'en donner les moyens.
L'Express : Depuis l'intervention américaine au Venezuela, les Européens redoutent les visées de Donald Trump sur le Groenland, territoire danois dont le président américain dit vouloir s'occuper "dans environ deux mois". A quel point ce scénario doit-il inquiéter les Européens ?
Cathryn Clüver Ashbrook : Nous devons prendre au pied de la lettre ce que l'administration américaine a écrit dans sa Stratégie de sécurité nationale, parue en décembre. Il s'agit d'un changement extrêmement important par rapport à la première administration Trump [2017-2021], pendant laquelle il fallait "prendre au mot Donald Trump, mais pas au sérieux". A présent, ses décisions ont des conséquences très concrètes pour l'ensemble de la planète.
Les Européens doivent établir une stratégie diplomatique vis-à-vis de cette administration américaine, mais aussi une stratégie de défense commune pour le Groenland comme pour tous les territoires et intérêts européens dans le monde. Il s'agit d'une nouvelle urgence : définir clairement les intérêts stratégiques communs et concentrer nos forces sur la région arctique. Ces dernières heures, les pays nordiques, notamment la Finlande et bien sûr le Danemark, ont esquissé les premiers pas de cette stratégie en contestant les plans de la Maison-Blanche pour le Groenland et en prenant très au sérieux la situation, même si leurs réponses restent vagues.
Les liens transatlantiques se défont à toute vitesse, ce qui requiert un partage d'informations sans précédent entre Européens et une coordination extrêmement étroite. Ce que font les Américains actuellement n'a aucun équivalent dans les 80 dernières années de collaboration entre nos deux continents.
Les Européens doivent-ils considérer les Etats-Unis, qui assurent pourtant leur protection depuis la Seconde Guerre mondiale, comme des ennemis ?
Oui, au moins dans la préparation stratégique. L'intervention militaire au Venezuela montre que le système d'alerte entre alliés n'existe plus, y compris pour les Five Eyes [l'alliance des services de renseignements des Etats-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande]. Au sein de ses propres institutions, l'administration américaine n'a pas respecté les processus prévus et n'a prévenu ni le Congrès ni l'ensemble des services de renseignements. Ces derniers mois, les zigzags américains sur l'Ukraine montrent que Washington n'est pas un partenaire fiable.
Après le coup de force américain au Venezuela, les réactions des dirigeants européens ont été pour le moins timides. Emmanuel Macron a, dans un premier temps, salué la chute de "la dictature Maduro" sans mentionner le droit international. Est-ce un aveu de faiblesse, de la peur ou simplement de la realpolitik ?
C'est un jeu de realpolitik avant tout. Les Européens connaissent leur degré de dépendance aux Américains sur les questions de sécurité et de défense, malgré leurs immenses efforts entamés l'année dernière. De nombreux sujets doivent être abordés d'urgence, notamment celui du parapluie nucléaire qui provoque beaucoup d'émotions en France et au Royaume-Uni. Aussi, comment changer l'Otan sur le court terme, puisque les Etats-Unis sont prêts à en déchirer les fondations ?
La réaction timide au coup de force au Venezuela exprime cette relation complexe avec les Etats-Unis. Tout le week-end, les chefs d'Etat européens ont tenté de gagner du temps pour pouvoir coordonner leur approche. Il s'agit de réagir à un moment historique car, même en le comparant à l'Irak, la Libye ou l'Afghanistan, nous n'avions jamais été dans une situation semblable, dans laquelle les Etats-Unis, pouvoir fondateur du droit international, torpillent à ce point les fondements des relations internationales.
En décembre, l'administration américaine a sanctionné cinq individus européens, dont l'ancien commissaire européen Thierry Breton, pour leur supposée atteinte à la liberté d'expression. Là aussi, la réaction européenne a été faible, voire inexistante…
Nous, Européens, avons été pris au dépourvu, parce que nous n'avons pas anticipé que des sanctions américaines pourraient viser des individus européens d'une telle façon. C'est de l'hubris absolu de la part des Américains et la marque de fabrique des systèmes autoritaires, ou au moins de la naissance des systèmes autoritaires. Ils ne s'entourent que de gens loyaux, incapables de donner une opinion divergente, ce qui aveugle les gouvernants et leur donne une idée démesurée de leur propre pouvoir. L'idée qu'en contrôlant toutes les ressources — pétrole, informations, technologie — vous n'avez plus besoin de respecter les relations internationales, constitue une caractéristique des systèmes autoritaires.
Nicolas Maduro lors de son arrivée à New York, le 6 janvier.
De quelles armes dispose l'Europe pour contrer cette administration américaine ? Si demain son armée intervient au Groenland ou si davantage de sanctions touchent des dirigeants européens, que se passe-t-il ?
C'est la question la plus cruciale du moment. Nous avons besoin de stratégies qui planifient ces scénarios jusqu'au bout : s'il y a une invasion du Groenland, quelles réactions à la fois diplomatiques et militaires engageons-nous à chaque étape ? Jamais nous ne nous étions permis d'élaborer ce genre d'hypothèses, et surtout pas de les communiquer entre capitales européennes. Mais c'est la réalité aujourd'hui : l'espoir n'est pas une stratégie. Il est illusoire de penser que les Américains n'envahiront pas le Groenland pour des raisons de morale ou de respect de l'ordre mondial. Ces concepts ne signifient rien pour cette administration américaine.
La priorité doit être l'unité absolue. Ce qui signifie augmenter la coordination entre toutes les capitales, entre les conseils de sécurité nationaux, entre les services de renseignements. Les Britanniques vont avoir un rôle majeur à jouer sur ce dossier, notamment en convainquant les autres Five Eyes [Canada, Australie, Nouvelle-Zélande] d'aider les Européens à atteindre leurs objectifs de planification et de stratégie. Les Européens doivent s'aligner et coordonner leur action diplomatique au maximum, puis déterminer qui sera le porte-parole du continent sur des questions spécifiques et à des moments spécifiques. Ils le font déjà sur l'Ukraine, il faudra maintenant le faire pour tous les sujets relatifs aux Américains : le Groenland mais aussi les tentatives d'ingérence dans les élections en Allemagne cette année et, encore plus important, dans la présidentielle française de 2027.
Comment contrer ces ingérences américaines dans les élections en France et en Allemagne ?
Ces ingérences vont se produire : la Stratégie de sécurité nationale indique clairement que des ressources américaines seront dévolues à cet effet, ce qui jusqu'à présent se faisait de manière clandestine via des réseaux de droite, qui se sont développés dans l'ombre depuis dix ans et opèrent maintenant en pleine lumière. La principale réponse doit consister à renforcer nos propres systèmes. En Allemagne, les réseaux Maga cherchent les failles dans nos démocraties, en particulier les aspects qui reposent sur des habitudes et ne sont pas protégés par des normes. Le système allemand a par exemple des faiblesses sur les dons d'argent faits aux partis politiques, qui devraient être bien plus encadrés et régulés.
Dans toutes les démocraties, ces mouvements commencent par menacer et affaiblir les réseaux d'éducation publique, puis ils sapent la confiance dans les autorités et dans les médias avec de la désinformation. Ils visent tous les secteurs où demeurent des insécurités, d'ordre législatif ou structurel. Nous devons renforcer ces secteurs d'urgence, dans les six prochains mois en Allemagne, puisque les premières élections régionales ont le lieu le 6 septembre prochain. C'est à nous, Européens, de faire nos devoirs.
L'AfD, parti d'extrême droite allemand, semble particulièrement important pour l'Amérique Maga : Elon Musk l'a soutenu publiquement, plusieurs de ses dirigeants ont voyagé à Washington… Pourquoi ce parti politique paraît-il central en Europe pour l'administration Trump ?
En France, le Rassemblement national est très bien organisé, complet sur la stratégie et opérationnel. Jordan Bardella a du charisme et peut gagner les élections. Ce genre de profil n'existe pas en Allemagne. L'AfD, à l'inverse des autres mouvements à tendance autoritaire en Europe, a besoin d'aide pour se renforcer politiquement, structurellement et stratégiquement. Si ce parti trouve autant d'écho à Washington, c'est parce qu'en Allemagne il leur reste beaucoup à faire pour concrétiser leur ascension politique et que les stratèges Maga pensent qu'il peut réussir.
Le président Trump a tenu une conférence de presse à Palm Beach samedi 3 janvier, à la suite de l'attaque militaire américaine au Venezuela.
Des élections vont aussi avoir lieu aux Etats-Unis cette année, avec les midterms en novembre…
Cette administration est tellement remplie de courtisans et de partisans que, soit elle ne s'intéresse même plus aux élections à venir, soit elle se pense capable de manipuler le système électoral et le mode de scrutin pour garder la main sur son électorat, malgré un rejet très net de ses décisions. Tous les sondages parus aux Etats-Unis depuis le 3 janvier indiquent que les Américains, de tous bords politiques, ne veulent pas que leur pays soit impliqué au Venezuela. Les électeurs veulent voir leurs problèmes résolus à la maison, sur leur territoire, ils veulent des solutions pour le coût de la vie, et leur gouvernement n'agit pas sur ces questions. Sur cette base, les démocrates mènent de 16 points sur l'ensemble du pays.
A moins que les changements du système électoral ne bouleversent largement la motivation des électeurs américains, le contrôle des deux chambres par les Républicains se trouve plus que jamais en danger. Mais cette administration, qui redéfinit le pouvoir exécutif, semble n'en avoir rien à faire : ils pensent que, quand viendra l'heure des élections, ils auront arraché tellement de pouvoir aux institutions de contrôle démocratique — les deux chambres du Congrès, la Cour suprême, le département de la Justice — qu'elles ne pourront plus les stopper.
Dans un essai paru dans Foreign Policy, vous encouragez les Européens à aider la démocratie américaine. Mais, concrètement, que peuvent faire les Européens ?
Le premier élément consiste à faire prendre conscience aux Américains que tout un système travaille de manière déterminée à détruire la démocratie américaine et les démocraties dans le monde. Il faut aussi soutenir les poches de résistance, non seulement ceux qui manifestent dans les rues des Etats-Unis mais aussi les Etats américains directement : vous avez par exemple onze procureurs généraux qui mettent en cause la légalité des droits de douane devant la Cour suprême, décidés par le président sur la base de ses pouvoirs d'urgence. Sur les questions médicales, plusieurs Etats — qui ont des gouverneurs démocrates comme républicains — s'allient contre le département de la Santé afin de protéger leurs citoyens avec leurs propres recommandations vaccinales. Ces décisions ouvrent de nouveaux canaux diplomatiques aux Européens, différents de la Maison-Blanche mais essentiels pour préserver le dialogue transatlantique et les valeurs américaines, alors que les Etats-Unis célèbrent leur 250e anniversaire cette année.
Les Européens n'ont pas l'habitude de ces procédés et ne sont, là encore, pas dotés des bonnes stratégies : ils doivent pourtant les mettre en place d'urgence, alors que les gouverneurs américains cherchent des moyens pour préserver la viabilité économique de leur Etat, sa santé, sa capacité à organiser des élections… Ils auront besoin d'un soutien international, à la fois moral mais aussi structurel. Ce sont des opportunités pour les Européens.
Il semble gagner en notoriété à mesure que les politiques trumpiennes gagnent en extrémisme. Stephen Miller s’est imposé ces derniers mois aux yeux de la presse américaine comme "l’un des hommes les plus influents de la Maison-Blanche", "le bureaucrate non élu le plus puissant des Etats-Unis" ou encore "l’architecte du plan du président pour remodeler l’Amérique". Fidèle de la première heure depuis le premier mandat de Donald Trump, il est devenu en janvier 2025 le chef adjoint du personnel pour la politique de l’administration Trump, et conseiller très spécial à la sécurité intérieure du président.
Orateur connu pour sa brutalité verbale et son ton criard, il émerge sur la scène médiatique comme l’idéologue en chef du trumpisme, jouant un rôle central dans la définition des priorités politiques du président. De l’obsession migratoire aux discours de reconquête géopolitique chers au président, jusqu’aux fantasmes d’expansion comme le Groenland, Spehen Miller façonne pour le président des Etats-Unis une rhétorique de confrontation permanente, centrée sur une vision ultra-nationaliste où l’Amérique est présentée comme un territoire assiégé. Contre qui se bat-il ? Contre "la culture communiste woke cancérigène qui détruisait notre pays, nous conduisant à croire que les hommes sont des femmes, que les femmes sont des hommes, que la discrimination raciale contre les Blancs est bonne, que le mérite est mauvais, et que la sûreté et la sécurité physique importent moins que les sentiments des idéologues libéraux", raillait-il en mai dernier.
Anti-migration obssessif
Selon Le Monde, Stephen Miller est le principal architecte de la ligne chaque jour un peu plus dure de l’exécutif américain sur l’immigration. Il décrit les migrants illégaux comme une menace criminelle, justifiant un recours massif aux mesures coercitives, y compris la mobilisation de l’armée dans des villes démocrates pour réprimer les manifestations contre les expulsion de masse qui s’intensifient au fil des mois. Il était aussi l’un des premiers à pousser l’idée de déclencher la loi d’exception, l’Alien Enemy Act de 1798, qui permet au président — en temps de guerre seulement — d’expulser sans formalités les participants à une invasion étrangère. Donald Trump l'a finalement invoquée pour expulser les membres d’un gang vénézuélien en mars dernier.
Sous sa direction, selon Reuters, l’administration Trump a doublé les arrestations liées à l’immigration, repoussé les limites légales des expulsions, interdit l’entrée aux voyageurs de 19 pays, tenté de restreindre le droit du sol et aidé les républicains à faire adopter un projet de dépenses allouant environ 170 milliards de dollars à la répression migratoire. A sa demande et dès les premiers mois du second mandat de Donald Trump, la police de l’immigration (ICE) avaient reçu l’ordre d’accélérer la traque aux immigrés sans papier en arrêtant au moins 3 000 clandestins par jour, contre 400 auparavant, selon le média américain Axios. Poussant les agents de l’ICE à intervenir dans davantage de communautés et d’entreprises. S’en est suivie depuis l’automne une multiplication des vidéos d’arrestations plus violentes les unes que les autres, parfois tournées en clip promotionnels par l’équipe de communication de l’administration Trump.
L’été dernier, le conseiller spécial a réagi aux affrontements et aux dégradations survenus à Los Angeles lors de manifestations liées à la politique anti-migrants, alors que la Garde nationale était déployée à Chicago, Portland et LA. Sur les réseaux sociaux, il avait alors présenté Los Angeles comme le théâtre d’une guerre civilisationnelle : "Nous reprendrons l’Amérique", a-t-il promis, se focalisant sur un drapeau mexicain brandi par un manifestant. "Regardez tous ces drapeaux étrangers. Los Angeles est un territoire occupé", ajoutait-il.
Les yeux fixés sur le Groenland et le Venezuela
Stephen Miller étend désormais son influence au-delà de l’immigration, vers la projection militaire et stratégique américaine à l’étranger. Selon le New York Times, il joue un rôle clé dans la stratégie de Donald Trump envers le Groenland et le Venezuela, en promouvant une approche agressive : "le monde est gouverné par la force et le pouvoir", déclarait-il il y a peu à CNN, présentant l’annexion potentielle du Groenland comme un moyen de protéger la sécurité nationale américaine. Sous ses conseils, juge le NYT, ce qui était "une plaisanterie du premier mandat est devenue une menace présidentielle du second mandat : attaquer et annexer le territoire danois du Groenland par la force si nécessaire".
Toujours sur CNN, il a réitéré l’intention de Donald Trump de contrôler le Venezuela et d’exploiter ses vastes réserves pétrolières après la capture de Nicolas Maduro et de son épouse par une opération militaire américaine. Selon le Financial Times, Stephen Miller supervise par ailleurs un vaste personnel et coordonne ces initiatives avec le Homeland Security Council, consolidant son rôle central dans la projection militaire et économique américaine.
Pour un renforcement du pouvoir exécutif
L’influence de Stephen Miller dépasse donc largement la seule question migratoire. Son dernier cheval de bataille n’est d’ailleurs pas le moins dangereux : le conseiller spécial défend ardemment le renforcement du pouvoir exécutif, où plutôt celui de Donald Trump. Selon LeMonde, il aurait ainsi participé en 2020 à la tentative de renversement du résultat électoral lors des élections qui avaient porté Joe Biden au pouvoir, en promouvant de fausses listes de grands électeurs.
Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, il pousserait explicitement le président à en étendre "au maximum les limites", rapport le quotidien français, y compris face aux juges fédéraux. En plus de soutenir l’usage de décrets présidentiels massifs, la mobilisation de l’armée et le recours à l’Alien Enemy Act, Stephen Miller défend publiquement la possibilité de suspendre l’habeas corpus en cas d'"invasion". Suspendre ce principe fondamental permettrait d’expulser des personnes sans contrôle judiciaire immédiat, concentrant l’autorité politique entre les mains du président et portant un coup brutal à l’Etat de droit.
Celui qui semble bénéficier de la confiance totale du président dispose d’un personnel de plus de 40 personnes. Selon Le Monde, il est aussi devenu un intermédiaire obligatoire entre Donald Trump et les membres du parti républicain, dont il filtre les demandes. Un gardien de l'idéologie et de l'identité américaine selon Donald Trump, chargé de transformer les intuitions politiques du président en décisions exécutives concrètes.
Le Conseiller Stephen Miller a récemment réitéré l’intention de Trump de contrôler le Venezuela et d’exploiter ses vastes réserves pétrolières après la capture de Nicolás Maduro.
Cinq jours après l’intervention des Etats-Unis au Venezuela, Donald Trump vient de préciser ses plans concernant l’or noir du pays. Le président américain a annoncé hier soir avoir obtenu "entre 30 et 50 millions de barils de haute qualité de pétrole sous sanction" de la part des "autorités intérimaires" du Venezuela. Un pétrole "remis" par Caracas qui pourrait être vendu aux prix du marché, ce qui représente un pactole de 2,5 milliards de dollars aux cours actuels. Reste à savoir à qui les Etats-Unis le destinent, alors que jusqu’à présent la Chine achetait 80 % de la production vénézuélienne ?
"Derrière cette intervention, Donald Trump cherche d’abord à fragiliser la Chine", avertit Adina Revol, enseignante à Science Po et auteur de Rompre avec la Russie, le Réveil énergétique européen aux éditions Odile Jacob (2024).
L'Express : Le marché pétrolier a finalement peu réagi à l’intervention américaine au Venezuela et au départ du président Maduro. Comment expliquez-vous cette relative stabilité ?
Adina Revol : Ce n’est pas très étonnant car ce qui compte à court terme sur le marché pétrolier, ce sont les flux physiques. Or, nous sommes dans une situation où l’offre au niveau mondial est abondante. Tous les analystes anticipent par ailleurs un surplus et un accroissement des stocks. Cette situation permet donc de mieux résister aux chocs géopolitiques.
En outre, même si les réserves de pétrole vénézuéliennes sont gigantesques, l’état des infrastructures du pays, après des années de sous-investissement et de sanctions économiques, fait qu’il faudra attendre longtemps pour que les capacités d’extraction retrouvent les niveaux d’il y a vingt-cinq ans. Tout cela explique la relative stabilité des cours depuis le coup de force de Trump.
La mainmise américaine sur les réserves pétrolières vénézuéliennes bouleverse-t-elle la géopolitique mondiale de l’énergie ?
En fait, je dirais même qu’elle renverse totalement la géopolitique du monde. Cette intervention - concomitante avec la révolution larvée en Iran que soutiennent les Etats-Unis - fait suite aux sanctions américaines contre les géants énergétiques russes Lukoil et Rosneft. Tout cela n’a qu’un seul but : casser l’axe qui relie le Venezuela, l’Iran, la Russie et la Chine. Avec un seul et même objectif à la fin, la fragilisation de l’empire du Milieu dont la puissance économique obsède le président américain.
On l’oublie souvent, mais le talon d’Achille de la Chine, et la principale vulnérabilité de son modèle, c’est sa dépendance énergétique. Pékin est le premier importateur mondial de pétrole. Le pays achète à l’étranger 70 % de ses besoins pétroliers. Or, 80 % de la production vénézuélienne était exportée à très bas coût en Chine. Potentiellement, l’intervention américaine et la redirection de la production du pays vers les Etats-Unis impactent la sécurité énergétique de la Chine à court terme. Même si Pékin a les moyens de s’approvisionner ailleurs, elle le fera à un prix supérieur.
C’est là que s’ajoutent les sanctions américaines contre Lukoil et Rosneft, qui rendent les approvisionnements chinois en pétrole russe plus risqués puisque la Chine s’exposerait à son tour à des sanctions. Le géant asiatique sort clairement affaibli de la séquence récente car il est mis face à ses fragilités internes.
La Russie est donc elle aussi touchée par le coup de force de Trump ?
Certes, Donald Trump admire Vladimir Poutine, mais il est en concurrence énergétique avec le maître du Kremlin. Et les sanctions sur les deux compagnies pétrolières russes ont clairement pour objectif de réduire les revenus de la flotte fantôme et donc le financement de la guerre en Ukraine. Finalement, Trump apparaît comme le maître du jeu énergétique mondial. La guerre géoéconomique entre la Chine et les Etats-Unis se tisse de plus en plus autour de l’énergie.
La Chine a-t-elle les moyens de répondre à Trump ?
Oui, et de façon presque symétrique. Trump est le champion de la géopolitique liée à l’énergie fossile. Aujourd’hui, les États-Unis sont les premiers producteurs mondiaux de pétrole et de gaz. A l’inverse, la Chine, aujourd’hui, détient le quasi-monopole du raffinage des matières premières critiques, une technologie essentielle pour la transition énergétique. Et Pékin en use. Avec les mêmes instruments d’extraterritorialité et de chantage que les États-Unis, à l’image des restrictions d’exportation de terres rares.
A court terme, Donald Trump cherche à utiliser tous les leviers à sa disposition, et ils sont nombreux, pour affaiblir la Chine et potentiellement dissuader Xi Jinping d’envahir Taïwan. Si on regarde les choses froidement, l’approvisionnement énergétique est essentiel quand un pays souhaite se lancer dans une opération militaire. C’est d’ailleurs pour cela que les Ukrainiens bombardent les raffineries en Russie.
Avec ce cadre d’analyse, comment expliquez-vous la réponse assez mesurée de l’Europe à l’exfiltration de Maduro ?
Là encore, je pense que la géopolitique de l’énergie joue un rôle. L’Europe, aujourd’hui, ne peut pas se passer du gaz américain. C’est l’une des clés de lecture de la réaction européenne.
Le président américain Donald Trump est assis dans le Bureau ovale pour signer un décret recommandant un assouplissement des réglementations fédérales sur le cannabis, à la Maison-Blanche, à Washington (D.C.), le 18 décembre 2025.
Une énième tension diplomatique, entre Washington et Moscou, prend des allures de bataille navale au milieu de l'océan Atlantique. Les Etats-Unis ont intercepté ce mercredi 7 janvier au large de l'Islande un pétrolier battant pavillon russe, et escorté à distance par un sous-marin russe, après une traque de plus de deux semaines dans l'Atlantique. Cette opération intervient dans le cadre de leurs efforts pour entraver les exportations de pétrole du Venezuela par la mer, ont déclaré des responsables américains.
Si les Etats-Unis ont multiplié les interventions contre des pétroliers depuis le début de leur blocus maritime du Venezuela, bloquant de nombreux tankers chargés de brut au large de ce pays d'Amérique latine depuis le mois dernier, il semble qu'il s'agisse de la première interception américaine d'un navire battant pavillon russe. Ce pétrolier sous sanctions américaines, appelé initialement Bella-1 et désormais enregistré sous le nom de Marinera, avait échappé le mois dernier au blocus américain dans les Caraïbes et son équipage avait refusé de laisser les garde-côtes américains monter à son bord. Le commandement de l'armée américaine en Europe a déclaré dans un message sur X que ce pétrolier avait été intercepté dans l'Atlantique Nord pour violation des sanctions américaines.
"Le blocus du pétrole vénézuélien illicite et sanctionné reste PLEINEMENT EFFECTIF, partout dans le monde", a écrit le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, en commentaire de cette publication sur X.
YOU CAN RUN, BUT YOU CAN'T HIDE 🔥
In predawn operations this morning, the U.S. Coast Guard boarded two "Ghost Fleet" Tankers in the North Atlantic Sea and in international waters near the Caribbean. Both vessels were either last docked in Venezuela or en route to it. pic.twitter.com/4ftu01lqIg
L'opération a été conduite par l'US Coast Guard et l'armée américaine au large de l'Islande, ont indiqué deux responsables américains ayant requis l'anonymat. Des bâtiments de la marine militaire russe, dont un sous-marin, naviguaient dans les parages au moment de l'intervention, ont-ils ajouté, sans préciser à quelle distance. Aucun affrontement entre forces américaines et russes n'a été signalé. Le média russe RT a cité une source anonyme selon laquelle un hélicoptère avait déposé sur le pont du Marinera ce qui semble être des militaires américains.
Une première tentative d'interception
Le ministère russe des Transports a dénoncé une violation du droit maritime et a dit avoir perdu contact avec le Marinera. "Aucun pays n'a le droit de recourir à la force contre des navires dûment enregistrés auprès des juridictions d'autres Etats", a-t-il dit dans un communiqué. On ignore vers quelle destination le pétrolier va désormais être emmené mais, selon plusieurs sources, il devrait entrer dans les eaux territoriales britanniques.
Les garde-côtes américains avaient tenté une première fois d'intercepter le Bella-1 le mois dernier mais l'équipage avait refusé de les laisser monter à bord. Il s'est depuis enregistré sous pavillon russe.
Un autre pétrolier saisi
L'armée américaine a annoncé que l'US Coast Guard avait intercepté ce mercredi un autre pétrolier sous sanctions, le supertanker M Sophia battant pavillon du Panama, dans les eaux proches de l'Amérique latine. Il a quitté le littoral du Venezuela début janvier au sein d'une flotte transportant du pétrole vénézuélien à destination de la Chine de manière clandestine, avec les transpondeurs éteints, selon des données maritimes et des sources.
Le président américain Donald Trump a décidé d'étouffer les exportations de pétrole du Venezuela par la mer dans le cadre de sa campagne contre les autorités en place à Caracas. Ces nouvelles interceptions de pétroliers interviennent quelques jours après la capture par les forces spéciales américaines du président vénézuélien Nicolas Maduro, accusé de "narcoterrorisme" par Washington,lors d'un raid à Caracas le week-end dernier. Donald Trump exige des autorités vénézuéliennes qu'elles permettent aux compagnies pétrolières américaines d'exploiter les réserves du Venezuela, considérées comme les plus importantes au monde. Les responsables vénézuéliens accusent les Etats-Unis de vouloir piller le pétrole de leur pays.
Le pétrolier Bella 1 dans le détroit de Singapour en mars. La Russie a dépêché au moins un navire de guerre pour l'escorter. L'armée américaine poursuit et tente de saisir le pétrolier.
Après l’arrestation de Nicolas Maduro, dans la nuit du 2 au 3 janvier, le Venezuela connaît une vague de répression qui rappelle les heures les plus sombres du régime. Depuis plusieurs jours, journalistes, civils et opposants vivent sous un contrôle strict des forces de sécurité et des groupes paramilitaires loyalistes, les "colectivos". Dans les rues de Caracas, la peur s’est installée : beaucoup évitent désormais de célébrer ou de manifester ouvertement. "Nous avons gagné, mais nous avons aussi perdu", résume une quinquagénaire au Washington Posten comparant la situation actuelle à la dernière élection présidentielle de 2024, où Nicolas Maduro avait revendiqué la victoire malgré des résultats favorables à l’opposition.
Au moins quatorze journalistes et employés de médias ont été arrêtés lundi 5 janvier, dont onze appartenant à la presse internationale, selon le Syndicat national des travailleurs de la presse. La plupart ont été relâchés après plusieurs heures, mais plusieurs ont vu leurs téléphones fouillés par des agents du contre-espionnage militaire. Plusieurs arrestations ont eu lieu près de l’Assemblée nationale, au moment où Delcy Rodríguez prêtait serment comme présidente par intérim lors d’une cérémonie présidée par son frère, Jorge Rodríguez, président du Parlement.
Malgré cette transition de façade, l’appareil militaire reste arrimé à l’ancienne architecture du pouvoir. Lundi, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, a réaffirmé le soutien de l’armée à Delcy Rodríguez, assurant que les forces armées "se tiendront à ses côtés dans la tâche difficile que les turbulences géopolitiques et les impératifs de la patrie exigent d’elle". Le rôle précis que l'ex vice-présidente sera amenée à jouer demeure toutefois flou. Donald Trump a indiqué que la supervision de l’engagement américain au Venezuela serait confiée à un cercle restreint de hauts responsables — parmi lesquels le secrétaire d’État Marco Rubio ou encore le secrétaire à la Défense Pete Hegseth. Lundi, le président a par ailleurs affirmé sur NBC que le Venezuela n’était pas en mesure d’organiser des élections.
"Le peuple vénézuélien mérite que justice soit faite"
L’état d’urgence, publié lundi mais daté du 3 janvier, étend également les pouvoirs du gouvernement, s'inquiète de son côté le Financial Times. Selon le décret, les autorités doivent "procéder immédiatement à la recherche et à l’arrestation de toute personne impliquée dans la promotion ou le soutien de l’attaque armée menée par les États-Unis contre le territoire de la République"". Il prévoit également des restrictions à la circulation, la suspension des droits de réunion et de manifestation, et la saisie de biens jugés nécessaires à la "défense nationale".
La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé son inquiétude face à cette situation. "Le peuple vénézuélien mérite que justice soit faite dans le cadre d’un processus équitable et centré sur les victimes", a déclaré Ravina Shamdasani, soulignant que l’état d’urgence "suscite de sérieuses inquiétudes" quant aux libertés fondamentales.
"Effrayants, terrifiants"
Dans Caracas, les colectivos, héritiers de l’appareil sécuritaire créé sous Hugo Chavez, patrouillent dans les rues et installent des barrages, notamment le long de l’autoroute Cota Mil. Des Vénézuéliens rapportent avoir été arrêtés, interrogés et contraints de remettre leurs téléphones, tandis que leurs messages et réseaux sociaux sont scrutés pour détecter le moindre soutien au raid américain. Ces groupes restent en grande partie sous le contrôle du ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, figure de l’aile dure du régime. Ce dernier a d'ailleurs publié une photo de lui posant avec des policiers armés qui scandaient "Toujours loyaux, jamais traîtres", rapporte The Guardian.
Pour les habitants, le climat est devenu oppressant. Jeaneth Fuentes, médecin de 53 ans, assure - toujours dans le média britannique - que la présence de groupes armés, en uniforme ou en civil, rend ses trajets domicile-travail "effrayants, terrifiants". Pour l’opposition, représentée par Maria Corina Machado, également prix Nobel de la Paix 2025, la répression actuelle est "très alarmante". Elle appelle la communauté internationale, et en particulier les États-Unis, à suivre de près l’évolution de la situation et à soutenir une transition démocratique réelle.
Depuis l'enlèvement de Nicolas Maduro, le peuple vénézuelien connaît une forte vague de répression de la part du régime chaviste toujours en place, menée par la présidente par intérim Delcy Rodriguez.
Il y a de quoi faire tourner la tête de bookmakers. Qui sera la prochaine cible de Donald Trump ? Le Groenland ? L’Iran ? Cuba ? A moins que le patron de la Maison-Blanche ne crée la surprise ailleurs ? Depuis la capture éclair du dictateur venezuelien Nicolas Maduro le 3 janvier dernier, au mépris total du droit international, tout semble possible. Un nouveau grand partage du monde se dessine en temps réel. L’Europe, estomaquée, a peu d’options. Et l’année 2026 ne fait que commencer… La suite pourrait s’avérer bien plus dangereuse d’après Stéphane Audrand, consultant en risques géopolitiques. Entretien.
L’Express : Quel monde est en train de se recomposer sous nos yeux ?
Stéphane Audrand:L’Europe assiste à la sortie brutale des grands compromis de l’après Seconde Guerre mondiale qui avaient permis de trouver un modus vivendi à l’issue de 200 ans de soubresauts marquant l’entrée dans la modernité. A l’échelle internationale, la création de l’ONU actait l’engagement des puissances à se restreindre et accepter un cadre normatif commun. Ce tournant reposait sur un intérêt compris pour une organisation plus pacifique du monde, avec des marchés économiques mieux organisés. Le corollaire, c’est que les petites nations pouvaient vivre sans dépendre du bon vouloir des grandes. Tout cela fonctionnait bon an mal an, avec des actions hybrides, parfois des guerres, mais l’Europe semblait protégée grâce à ses démocraties avancées et à une relation transatlantique solide.
Aujourd’hui, ce compromis craque. L’idée que la puissance est porteuse de sa propre légitimité en dehors du droit revient. Cela ne veut pas dire que le droit international va disparaître ou que l’on ne commercera plus, mais on le fera comme au XVe siècle, avec le fusil sur l’épaule. Les petites nations se chercheront des protecteurs plus que des amis. La France a son arme nucléaire et une armée à peu près complète, mais des pays comme la Belgique, le Luxembourg ou les États baltes ont du souci à se faire.
Longtemps, Trump s’est dit non-interventionniste, opposé aux changements de régime par la force. Le revirement semble spectaculaire…
En fait, Donald Trump est assez cohérent à la fois avec lui-même et avec une vision américaine de la projection de puissance, proche de la doctrine du Royaume-Uni à l’époque de la Pax Britannica au XIXe siècle, c’est-à-dire la volonté d'une grande puissance maritime de pouvoir régler un certain nombre de problèmes par un usage unilatéral de la force, en faisant des coups de projection sans se laisser entraîner dans une guerre au sol.
Trump a une pratique féodale du pouvoir.
C’est ce que firent les Britanniques en bombardant Zanzibar en 1896, furieux de ne pas avoir été consultés pour la succession du sultan probritannique. La guerre la plus courte de l’histoire, dit-on : en 38 minutes, le palais était bombardé, la flotte locale coulée et un nouveau souverain imposé.
130 ans plus tard, les Etats-Unis capturent Nicolas Maduro en une nuit. Trump fait bien la différence entre une guerre et un acte de guerre, qu’il peut parfaitement mettre en scène. "Regardez comme l’Amérique a le bras long et musclé, je peux frapper n’importe quel pays quand et comme je veux depuis mon sanctuaire nord-américain." C’est rapide, ça ne coûte pas cher au contribuable américain, ça ne tue pas de soldats.
Trump s’inscrit ici dans une tradition américaine. Dès la fin du XIXe siècle, les Etats-Unis interviennent fréquemment dans l’arc des Caraïbes, qu’ils considèrent comme leur arrière-cour. Ils ont accepté de se restreindre avec l’administration Roosevelt puis dans l’après-guerre, tout en poursuivant des actions moins directes ou cinétiques. Aujourd’hui, Washington revient à cet usage unilatéral de la puissance, car Donald Trump et la sphère Maga ne voient plus aucun profit à tirer de l’ordre international.
La différence est peut-être là : avant, les Etats-Unis acceptaient d'être le Léviathan bienveillant qui garantissait la liberté de navigation pour tous et respectait l’ordre international, car ils pensaient y avoir intérêt. Aujourd’hui, la galaxie Maga estime que les lois et les traités des autres lui nuisent.
Quels dividendes réels peut obtenir Trump par cette politique de la canonnière ?
Trump cherche d’abord à s’enrichir personnellement, c’est sa marque de fabrique. Il y a eu d’autres présidents corrompus à la Maison-Blanche, mais ce niveau de prédation personnelle pour lui et sa famille est unique dans l’histoire américaine et le rapproche de dictateurs de certains pays émergents dans les années 1960. Ensuite, il ne faut pas négliger l’agenda intérieur dans l’affaire vénézuélienne. En ce moment, les mauvaises nouvelles se succèdent : l'affaire Epstein, les contre-attaques démocrates, l’inflation… Le président occupe le terrain à l’étranger par ces démonstrations de force, en espérant arriver aux élections de mi-mandat dans des conditions plus favorables.
Le roi du Danemark devrait peut-être songer à le faire "comte de Thulé", "prince du Grand Nord" ou "archiduc de Nuuk".
Enfin, au-delà de l’accès des ressources qui obsède la clique de Trump, le retour des Etats-Unis dans leur "pré carré" marque la volonté de bouter tous leurs compétiteurs stratégiques hors des Amériques, du grand nord canadien à la Terre de Feu. Sur le Donbass, on ne sait pas très bien ce que Poutine et Trump ont dealé. Mais le président américain a déjà prévenu qu’il serait le garant à titre personnel du "plan de paix".
Il veut la gloriole. Le roi du Danemark devrait peut-être songer à le faire "comte de Thulé", "prince du Grand Nord" ou "archiduc de Nuuk". Qui sait, peut-être que cela suffira à satisfaire sa vanité et à calmer ses ardeurs !
Trump et son clan Maga semblent pratiquer une forme de tribalisme politique ?
Trump a une pratique féodale du pouvoir. En plus de l’approche transactionnelle, il exige maintenant une soumission idéologique de ses alliés. C’est pourquoi les Etats-Unis considèrent désormais la Hongrie, l'Italie ou la Pologne comme des pays plus proches que le Royaume-Uni ou la France.
Que peut encore l’Europe face à cet impérialisme débridé ? Les 27 ont semblé tièdes face au "coup" de Trump au Venezuela…
Cette passivité n’a rien d’inédit, même devant des événements majeurs. Quand les Etats-Unis envahissent la Grenade en 1983, une île-Etat des Caraïbes qui faisait parie du Commonwealth, la Reine d’Angleterre qui était pourtant formellement la cheffe d’Etat était furieuse… mais a mangé son chapeau. Ce que la France a fait en 2003 en condamnant l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis semble inconcevable aujourd’hui, car ce serait trop dangereux.
En 2003, on était dans un autre monde, et on n’avait rien à craindre des Etats-Unis, à les clouer au pilori au Conseil de sécurité avec le discours de Dominique de Villepin. Les seules conséquences ? Quelques portes claquées et du "french bashing", mais à l’époque Washington n’a même pas réduit les coopérations militaires ! On a continué d'entraîner des pilotes français à Pensacola [NDLR : la plus grande base de l’aéronavale américaine en Floride], ils ont continué de nous livrer le matériel, etc.
Si aujourd'hui on adoptait, pour le Venezuela, la même attitude que la France en 2003 face à l'invasion de l'Irak, Trump pourrait dire : terminé, plus de pilotes français formés à Pensacola, plus de catapultes pour vos porte-avions, plus d'avions radars et plus de pièces de rechange pour vos avions radars… En un mot : rideau ! Et pourquoi pas des sanctions contre Emmanuel Macron, son gouvernement, contre la France… Bref, c'est un bras de fer, qu’il faudra peut-être faire demain sur le Groenland, mais il aura un coût : celui de s’opposer à la puissance quand on n’est pas soi-même puissant.
Assistons-nous aux prémices d’un nouveau grand partage du monde ?
Oui, c’est le retour à une logique de puissances désinhibées. La Chine partage la même approche que Trump, régionaliste plutôt que mondialiste. Elle veut avoir la main libre dans son étranger proche. De même que la Russie. Les Européens, eux, ont très tôt essayé de mettre en place des contre-pouvoirs pour ne pas retomber dans les travers du passé, ils ne sont pas équipés pour ce monde qui arrive.
Une chose est sûre, les États-Unis nous montrent aujourd’hui deux choses. D'abord, qu'ils ne sont pas déclassés face à la Chine. Et ensuite, qu'ils conservent des avantages de puissance considérables par rapport à leurs compétiteurs et leurs alliés. Aujourd'hui, personne ne peut ni faire ce que les Américains font, ni s'y opposer.
L’Europe n’est pas condamnée, mais elle est au pied du mur. Et malheureusement, selon qu'on est petit ou grand en Europe, on n’a pas le même réflexe. Un des grands défis des 27 sera de rassurer les petites nations et leur faire passer de l'envie d'aller se soumettre, car ce sera leur premier réflexe naturel.
Je ne suis toutefois pas totalement pessimiste car les Européens, qui passent leur temps à s’engueuler sur la couleur des poireaux et la longueur des pieds de chaise, ont montré qu’ils étaient capables de se serrer les coudes début 2022, quand ils ont aperçu le feu à la grange après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Ce sursaut a existé, malheureusement il n’a pas duré. Mais l’Europe a ce réflexe de solidarité naturelle en elle, nous avons co-construit notre destin ensemble depuis 70 ans. A contrario, les Chinois, les Iraniens et les Russes savent hurler ensemble en temps de paix, mais quand l'un d'entre eux est en danger, il n’y a plus personne. Les Indiens et les Pakistanais se sont battus, personne n'a soutenu personne. Idem quand l'Iran s‘est fait bombarder, personne n'est venu à son secours, pareil pour le Venezuela. Dans l’adversité, ces pays se retrouvent seuls. Les Européens ont ce réflexe qui peut les sauver au bord du gouffre…
Quels sont, selon vous, les plus grands risques qui nous attendent en 2026 ?
Le destin de l'Occident et du monde se jouera dans les six prochains mois, sur la capacité qu'aura ou non la société américaine à organiser des élections justes et équitables dans le cycle qui commence aux midterms – les élections de mi-mandat - et qui se finit à la prochaine présidentielle. Il y a un vrai risque que la combinaison du gerrymandering [NDLR : le redécoupage des circonscriptions à but partisan], de toutes les actions électorales du Parti républicain, de l'atmosphère délétère sur le plan sécuritaire, de la propagande massive des grandes boîtes de la tech qui soutiennent Trump… fassent que les élections américaines se tiennent formellement, mais ne soient pas libres et démocratiques. Bref, que la sphère trumpiste parvienne à confisquer durablement le pouvoir en Amérique du Nord. Cela aura des répercussions sur le monde entier. C’est le quitte ou double de l’année.
Après le kidnapping de Nicolas Maduro, président vénézuélien, l'envie de Donald Trump de redessiner le monde semble loin d'être rassasiée. Comme un enfant qui déplace ses pions sur un plateau à sa guise, le chef de l'Etat a réaffirmé son ambition d’annexer le Groenland, qu’il considère comme indispensable à la sécurité nationale des États-Unis. La Maison-Blanche a indiqué mardi 6 janvier que son administration étudiait les options en vue d’une acquisition du territoire, le recours aux forces armées américaines restant "toujours une option". Une priorité jugée essentielle pour dissuader les adversaires de Washington dans la région arctique.
Cependant, les ambitions de Donald Trump divisent jusque dans son propre camp. Son insistance récente pour que les États-Unis s'emparent du Groenland a suscité incrédulité et consternation au Capitole, où certains élus républicains estiment qu’une telle prise de contrôle serait trop dangereuse pour être envisagée. Plusieurs d’entre eux, pourtant majoritairement favorables à la mission américaine au Venezuela, jugent ainsi les menaces d’annexion du Groenland inappropriées, comme le rapporte le Wall Street Journal.
"Les menaces d’annexion du Groenland sont inutilement dangereuses", a par exemple tancé le représentant républicain de l'Utah, Blake Moore, dans une déclaration conjointe avec le démocrate Steny Hoyer (Maryland). Les coprésidents du groupe parlementaire bipartisan des Amis du Danemark ont rappelé que le Danemark était un allié de l’Otan et l’un des partenaires les plus proches des États-Unis, estimant qu’une attaque contre le Groenland "reviendrait tragiquement à une attaque contre l’Otan". Les élus ont également fait valoir que Copenhague répond de longue date aux exigences sécuritaires de Washington au Groenland.
"Mépriser ses alliés ne sert à rien"
Le représentant Don Bacon (républicain du Nebraska), critique ponctuel de Donald Trump et qui quittera le Congrès à l’issue de son mandat, a pour sa part dénoncé sur les réseaux sociaux une stratégie contre-productive. "Mépriser ses alliés ne sert à rien et n’apporte aucun bénéfice", a-t-il écrit, avant d’ajouter : "Il faut arrêter avec ce stupide 'nous voulons le Groenland'." D’autres élus ont dit douter du sérieux de cette perspective, tout en affichant leur scepticisme. "On ne peut pas annexer le Groenland", a ainsi déclaré le sénateur Thom Tillis (républicain de Caroline du Nord).
Il n’est pas le seul à ne pas prendre les déclarations de Donald Trump au sérieux, à en croire le Wall Street Journal. Le sénateur John Kennedy (républicain de Louisiane) a balayé l’hypothèse d’une invasion : "Pensez-vous vraiment qu’il va envahir le Groenland ? Non. Le président aime parler à voix haute… Parfois, c’est simplement pour vous agacer". Le chef de la majorité au Sénat, John Thune (républicain du Dakota du Sud), a lui aussi écarté toute perspective d’attaque. De son côté, le secrétaire d'État Marco Rubio a assuré aux parlementaires que les récentes menaces de l'administration contre le Groenland ne présageaient pas d'une invasion imminente et que l'objectif était plutôt de racheter l'île au Danemark.
Avant-poste stratégique
La question de l’avenir du Groenland a ressurgi après l’intervention militaire américaine au Venezuela. Le lendemain de ce raid, Katie Miller, épouse d’un proche conseiller de Donald Trump, a publié sur les réseaux sociaux une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain, assortie du mot "Bientôt". Lundi, son mari, Stephen Miller, a affirmé que "la position officielle du gouvernement américain est que le Groenland doit faire partie des États-Unis". Le New York Times souligne que le contrôle de l’île offrirait à Washington "un avant-poste dans un corridor maritime stratégique reliant l’Atlantique à l’Arctique". Le Groenland abrite par ailleurs d’importantes réserves de terres rares, un marché aujourd’hui dominé par la Chine.
Le Groenland, peuplé de 57 000 habitants, bénéficie d’une large autonomie depuis 1979, même si sa défense et sa politique étrangère demeurent sous la responsabilité du Danemark. Si une majorité de Groenlandais se disent favorables à une indépendance future, les enquêtes d’opinion montrent une opposition massive à un rattachement aux États-Unis, qui disposent déjà d’une base militaire sur l’île, souligne la BBC. Cette perspective reste également marginale outre-Atlantique : selon un sondage, seuls 7 % des Américains soutiendraient une prise de contrôle militaire du territoire. Une hostilité qui pourrait toutefois ne pas suffire à dissuader Donald Trump, habitué à tester les lignes rouges.
Comparer les lois, les chiffres, les phénomènes de société, les politiques publiques... Chaque semaine, L'Express explore les pratiques de nos voisins européens afin de trouver les meilleures inspirations sur notre continent et nourrir ainsi le débat en France.
Comment l’Etat peut-il faire des économies sans augmenter les impôts ? Partout en Europe, la question se pose, avec un secteur dans le viseur : l’audiovisuel public. Alors que des coupes budgétaires sont attendues en 2026 aux Pays-Bas, en Allemagne ou encore en France, plusieurs voix s’élèvent en faveur d’une privatisation de Radio France et de France Télévision, en particulier au sein de Reconquête et du RN qui reprochent au service public d’être tout à la fois dispendieux et partial - une commission d'enquête sur sa "neutralité", son "fonctionnement" et son "financement" a notamment été ouverte fin novembre au Palais Bourbon à la demande du groupe UDR d'Eric Ciotti, allié des frontistes.
Une double charge qui s’entend dans plusieurs des 24 langues du Vieux Continent, et ce depuis quelques années déjà. Des projets de privatisation ont même été amorcés, mais aucun n’a abouti. "Même lorsque la privatisation a été présentée comme une solution évidente, en particulier dans les années 1980 et 1990, l’expérience a montré ses limites, décrypte Jo Bardoel, chercheur associé à l’Amsterdam School of Communication Research. Les responsables politiques ont constaté qu’en laissant l’information, l’actualité politique ou la culture aux acteurs commerciaux, la quantité et la qualité des contenus d’intérêt général diminuaient." Il n'en reste pas moins que certains de nos voisins ont entrepris d'importantes réformes. Preuve qu'entre maintien du statu quo et privatisation, d'autres voies existent. Tour d’horizon européen.
Le Royaume-Uni met la BBC en chantier
Outre-Manche, une consultation a été lancée début décembre sur le devenir du mastodonte BBC qui continue à dominer le marché de l’audiovisuel malgré une récente crise précipitée par un montage à charge contre Donald Trump qui a conduit à la démission de son directeur général, Tim Davie. Pour l’essentiel, le débat ouvert fin 2025 s’articule sur le maintien ou non de la redevance, qui demeure jusqu’à présent l’unique source de financement du service public dont le budget tutoie les 6,7 milliards de livres sterling.
Plusieurs alternatives sont à l’étude, à l’instar de l’ouverture aux annonceurs - selon le modèle de Channel 4, financée par la pub ; mais aussi des pistes plus originales, comme un abonnement premium, ou la mise en place de contenus payants. L’exécutif travailliste a, en revanche, déjà écarté le remplacement de la redevance par un financement via le budget de l’Etat, qui accroîtrait la dépendance de la BBC au politique en soumettant son financement aux arbitrages budgétaires annuels. Mais c’est seulement à l’issue de cette consultation, le 10 mars prochain, que le gouvernement présentera sa vision globale pour l’avenir de l’historique BBC.
En Italie, les dessous très politiques de la RAI
Pas de grande consultation dans la botte de l’Europe, en dépit des nombreuses contestations de l’audiovisuel public transalpin, lui aussi financée pour l’essentiel par une redevance, laCanone. Dès son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni a été accusée par l’opposition de vouloir prendre le contrôle de la RAI dont les 8 chaînes de télévision et les trois stations de radios se partagent une enveloppe de quelque 2,8 millions d’euros et détiennent près de 40 % des parts d’audiences. Certains reprochent même au service public d'avoir muté en "Télé Meloni" depuis l'arrivée à sa tête de de Giampaolo Rossi, placé par la patronne de Fratelli d'Italia. Une nomination rendue possible par une réforme de Matteo Renzi qui, en 2015, a donné au gouvernement un rôle central dans la désignation du directeur général de la RAI. À l'époque, l’objectif était de tordre le cou à la vieille lottizzazione (une pratique jugée très politisée, consistant à répartir les postes de direction entre les partis politiques) et ainsi, de rendre l’audiovisuel public plus indépendant du politique. Loupé !
Le singulier modèle "Yle" finlandais
Avec 43 % de parts de marché TV, et une radio écoutée chaque semaine par 92 % de la population adulte, l’audiovisuel public finlandais, Yle, compte parmi les plus populaires du Vieux continent. Des performances remarquables, qui se cumulent à un modèle économique unique en Europe. En 2013, plutôt que de remplacer la redevance par un financement adossé au budget de l’État, comme le fera la France en 2022, la Finlande a opté pour un impôt progressif prélevé sur les revenus et bénéfices des entreprises, et directement affecté à son service public, dont le budget gravite autour de 550 millions d’euros. Un mode de financement qui a permis de collecter en 2024 548 millions d’euros, et surtout, qui protège la radio-télévision publique finlandaise d’éventuelles coupes budgétaires, son budget n'étant pas renégocié chaque année lors du vote de la loi de finances.
D'après RSF, la Suède est le pays d'Europe où les médias publics sont les plus indépendants. La France ne pointe qu'à la 11e place.
En Suisse, l’audiovisuel public plébiscité
En 2018, un petit séisme a secoué l’audiovisuel public de la plus directe des démocraties européennes. Une initiative citoyenne visant à supprimer la redevance audiovisuelle et à interdire toute aide publique structurelle au secteura recueilli les 100 000 signatures requises pour être soumise à un référendum. L’enjeu du scrutin était de taille car l'adoption du texte condamnait l’audiovisuel public sinon à la privatisation, à puiser ses recettes auprès des annonceurs ou des consommateurs via un système d’abonnements payants. Mais à cette logique commerciale, les Helvètes ont préféré le maintien de la SSR et de son financement public ; 72 % d’entre eux (le taux de participation était de 54 %) se sont prononcés contre l’initiative. L’audiovisuel public a néanmoins subi quelques secousses : la réduction progressive de la redevance audiovisuelle a contraint la SRG/SSR a engagé un plan de restructuration. 900 emplois devraient être supprimés d’ici 2029.
Table rase en Slovaquie
C’est probablement à Bratislava que la remise en cause de l’audiovisuel public a pris la tournure la plus radicale. En 2024, le leader d’extrême droite Roberto Fico, de retour au pouvoir à la tête d’une coalition de partis nationalistes et pro-russes, réussit à faire voter au Parlement la dissolution de la RTVS. Le radiodiffuseur public historique est remplacé par une nouvelle entité, la STVR, au sein de laquelle la majorité au pouvoir détient un rôle clé dans les nominations. Avant la réforme, la direction du service public était désignée directement par le Parlement, ce qui laissait théoriquement la place à des équilibres, voire à des compromis entre forces politiques. Depuis, ce mécanisme a été remplacé par un conseil composé de membres désignés par le gouvernement et par un Parlement dominé par sa majorité. De nombreuses manifestations ont émaillé le pays pour empêcher cette reprise en main par le politique sur l’audiovisuel public. En vain.
Avocat international et essayiste, auteur notamment de Guerre ou paix, essai sur le monde de demain (Grasset, 2007) et Résistances, la démocratie à l’épreuve (L’Observatoire, 2018), Laurent Cohen-Tanugi est un fin connaisseur du droit et des institutions politiques américains. Sous le titre, Les Etats-Unis sont-ils encore un Etat de droit ?, il dresse un bilan un an après le retour de Donald Trump au pouvoir.
L’Express : L’agression des Etats-Unis contre le Venezuela sonne-t-elle le glas du droit international et l’avènement de la loi du plus fort ?
Laurent Cohen-Tanugi :Le droit international est malmené de tous côtés depuis longtemps. Il s’est construit sur plusieurs siècles et survivra à cette opération, qui n’est pas en elle-même la plus grave des violations qu’il a subies ces dernières années. De même, l’avènement de la loi du plus fort et le changement de paradigme géopolitique sont en germe depuis le début des années 2000 ; je les avais anticipées dans un essai de 2007 intitulé Guerre ou paix.
Les Etats-Unis ont souvent pris des libertés avec le droit international. Les Européens s’alarmeraient sans doute moins de l’opération Maduro si elle ne s’inscrivait pas dans une visée impérialiste et prédatrice affirmée, qui englobe le Groenland, donc l’Europe et l’Otan eux-mêmes. C’est là que se situe la gravité du moment présent.
Cette opération militaire a mis les dirigeants européens dans l’embarras. Ils sont apparus divisés. L’Europe, comme puissance normative internationale, n’est-elle pas en train de prendre conscience de son impuissance ?
En effet, et il était temps ! L’Europe apparaît aujourd’hui comme seule porteuse des valeurs du droit contre la force et de la coopération internationale contre la confrontation et la transaction généralisées. Le défi pour elle est de parvenir à rejoindre le club des puissances mondiales ou régionales sans pour autant renoncer aux valeurs qui fondent son identité.
Peser à son juste poids dans le monde est depuis longtemps la finalité de la construction européenne : l’Europe en a les moyens, à condition d’approfondir son unité politique, de renforcer sa compétitivité économique et de se doter d’une capacité de défense autonome.
Vieille antienne, mais la Russie de Poutine, la Chine de Xi Jinping et aujourd’hui surtout l’Amérique de Donald Trump en ont fait une urgence absolue.
La Chambre des représentants et le Sénat n’ont été ni consultés ni informés avant l’opération vénézuélienne. Un pas de plus vers la marginalisation du pouvoir législatif aux Etats-Unis ? Ne disposant pas de majorité parlementaire, Donald Trump préfère légiférer par décret.
Le second mandat de Donald Trump se caractérise par une extension à l’extrême des pouvoirs présidentiels, déjà historiquement très importants depuis Franklin Roosevelt et en expansion continue depuis. Au cours de l’année écoulée, nombre de décrets présidentiels ont empiété sur les pouvoirs du Congrès ou contrevenu à des lois votées ou à des financements déjà attribués. Le Congrès n’exerce plus sa fonction de contre-pouvoir, les démocrates y étant minoritaires et les républicains, qui ne disposent que d’une courte majorité, restant officiellement muets face à la Maison-Blanche. Mais les opérations militaires de ces derniers mois dans les Caraïbes et au large de l’Amérique centrale ont commencé à faire des vagues.
Un an après sa réélection, l’Etat de droit américain est "fortement dégradé", écrivez-vous dans votre contribution au dernier numéro de la revue Commentaires. Jusqu’à quel point ?
Il est clair que l’administration américaine actuelle n’a qu’un respect très relatif pour l’Etat de droit, qu’elle instrumentalise ou dévoie de manière opportuniste. La mise sous tutelle du département de la Justice, donc du ministère public, par un exécutif qui s’assoit sur le principe d’impartialité et les droits de la défense est à cet égard particulièrement préoccupante.
Cependant, l’Etat de droit résiste et cette résistance est portée par les tribunaux fédéraux et les institutions qui les saisissent quasi quotidiennement pour combattre les décrets et les mesures individuelles de l’exécutif : États, villes, associations, universités, syndicats... Et ces recours judiciaires invalident ou suspendent fréquemment les actes de l’administration, contrainte de se justifier sur le terrain du droit.
Les pères fondateurs de l’Amérique, rappelez-vous, avaient conçu les institutions afin que "le pouvoir arrête le pouvoir". Qui peut encore arrêter le pouvoir trumpiste aujourd’hui ?
Les tribunaux fédéraux aujourd’hui, le Congrès demain si les démocrates y retrouvent une majorité, mais aussi les marchés, comme ce fut le cas en avril dernier lors de la première salve de droits de douane lancée par Donald Trump, ou encore l’opinion publique américaine. La popularité du président a fortement baissé, et il n’est pas sûr que l’aventure vénézuélienne la renforce.
La Cour suprême peut-elle encore faire respecter ces principes alors qu’elle paraît acquise à Trump ? A ce stade, elle n’a pas encore rendu de décisions de fond.
Le camp conservateur y dispose en effet d’une majorité de six contre trois, dont trois juges nommés par Donald Trump, et la Cour, saisie en urgence par l’administration pour invalider certaines décisions des juridictions inférieures qui lui étaient défavorables, lui a souvent donné provisoirement raison. Mais les décisions de fond restent à venir, notamment sur la légalité des tarifs douaniers ou le droit du sol, et la Cour a récemment invalidé le recours à la garde nationale à Chicago.
Elle est traditionnellement prudente et cherche à éviter une confrontation directe avec le président, mais elle joue sa crédibilité et sur certains sujets clés, une majorité de cinq juges contre quatre peut parvenir à défendre les principes fondamentaux.
Dans votre conclusion, vous expliquez que "la mondialisation ne permet plus aujourd’hui d’insulariser les atteintes à l’Etat de droit". Pourquoi ?
Je faisais allusion à la théorie de "l'Etat dual" caractéristique de l’Allemagne nazie, où l’Etat de droit coexistait formellement avec les pires violations des droits de l’homme pour certaines minorités, notamment les juifs.
Aujourd’hui, la mondialisation de l’économie et de l’information interdit tout cantonnement national d’un effondrement de l’Etat de droit : l’impact sur les flux d’investissements internationaux, les marchés, la monnaie serait immédiat.
Réunis lors d'un nouveau sommet, les 35 pays de la "coalition des volontaires" ont affiché un front uni ce mardi 6 janvier à Paris, en s'engageant à fournir des garanties de sécurité "robustes" à l'Ukraine, en cas d'accord de cessez-le-feu avec la Russie, une perspective encore lointaine.
Ces garanties de sécurité, prévues dans la "déclaration de Paris", que les pays essentiellement européens prévoient d'apporter sont "la clé pour que jamais un accord de paix ne puisse signifier une reddition ukrainienne et que jamais un accord de paix ne puisse signifier une menace nouvelle pour l’Ukraine" de la part de la Russie, a assuré Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse.
La réunion de Paris acte une unité sans précédent entre la Coalition des volontaires, I'Ukraine et les États-Unis sur la dimension centrale des garanties de sécurité pour une paix juste et durable en Ukraine. pic.twitter.com/n1DxjGP0cU
"Cette déclaration de la coalition des volontaires vient pour la première fois reconnaître une convergence opérationnelle entre les 35 pays qui composent la coalition des volontaires, l'Ukraine et les Etats-Unis d'Amérique, pour bâtir des garanties de sécurité robustes", a encore déclaré Emmanuel Macron. Les alliés promettent de fournir à Kiev une aide militaire à long terme, dont la livraison d'armes, ainsi que la constitution d'une force multinationale qui appuierait la reconstruction de l'armée ukrainienne tout en renforçant la dissuasion. "Ces engagements pourraient inclure l'utilisation de capacités militaires, le soutien en matière de renseignement et de logistique, l'adoption de sanctions supplémentaires", dit la déclaration.
Le déploiement d'une force multinationale
Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président ukrainien Volodymyr Zelensky ont signé une déclaration d'intention sur "le déploiement d'une force multinationale après un cessez-le-feu" en Ukraine. Cette force, à l'étude depuis plusieurs mois et formée par les pays volontaires de la coalition, sera menée par les Européens et soutenue par les Etats-Unis, selon la déclaration finale publiée par la présidence française.
Un peu plus tard dans la soirée, Emmanuel Macron a indiqué sur France 2 que "des milliers de soldats français" pourraient être déployés au sein de cette force, avec l'objectif de maintenir la paix en Ukraine. "Ce ne sont pas des forces qu’on engage au combat. C’est une force de réassurance", a-t-il assuré.
Le rythme des discussions pour mettre fin au conflit s'est accéléré depuis le mois de novembre, mais la question des territoires reste une pierre d'achoppement majeure entre la Russie et l'Ukraine , et rien n'indique que Vladimir Poutine soit disposé à accepter un cessez-le-feu si toutes les revendications de Moscou ne sont pas satisfaites.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer se serrent la main à l'occasion de la signature de la déclaration sur le déploiement de forces en Ukraine après le cessez-le-feu, lors du sommet dit de la "Coalition des volontaires", au palais de l'Élysée à Paris, le 6 janvier 2026.
Il est 21h58 (heure de Caracas et de Washington) ce vendredi 2 janvier, lorsqu'un mystérieux trader parie en ligne sur la plateforme Polymarket (qui permet des paris en fonction d'événements sportifs ou non) près de 34 000 dollars (29 000 euros) sur la chute du président vénézuélien Nicolas Maduro "avant le 31 janvier 2026".
Moins de 5 heures plus tard, des explosions retentissent dans la capitale vénézuélienne. L'opération américaine "Absolute Resolve" vient d'aboutir à la capture du dirigeant, alors en route par les airs vers New York, où il sera incarcéré et déféré devant un juge. Le compte anonyme empoche alors 400 000 euros, soit douze fois plus que sa mise. De quoi alimenter les théories au sujet d'un délit d'initié et ainsi la fuite d'informations pourtant classées confidentielles jusqu'à l'assaut.
Valeur multipliée par douze
La valeur des paris du compte anonyme, d'environ 34 000 dollars avant la capture de Nicolas Maduro, a grimpé juste après l'annonce de l'opération militaire américaine contre le dirigeant vénézuélien, selon les données de Polymarket, rapporte l'agence de presse britannique Reuters. Le compte du trader, anonyme, a été créé le mois dernier, tandis que le 27 décembre, celui-ci a acheté pour 96 dollars de contrats gagnants en cas d'invasion par les Etats-Unis du Venezuela avant le 31 janvier, et multipliant les paris similaires dans les jours qui ont suivi, alors que la tension montait entre Washington et Caracas.
Ces paris sur la chute de Maduro avant le 31 janvier 2026 n'étaient affichés qu'au prix de 8 cents chacun (soit 68 centimes), ce qui implique que les utilisateurs de Polymarket n'ont vu qu'une probabilité de 8 % que l'homme fort vénézuélien perde du pouvoir ce mois-ci, selon les données de la plate-forme, analyse le quotidien économique The Wall Street Journal. Plusieurs heures plus tard, après les premières explosions, les paris ont pris de la valeur. Finalement, le commerçant a réalisé près de 410 000 dollars de bénéfices sur environ 34 000 $ de paris, alors que plus de la moitié de la valeur totale du pari a été placée la veille de l'attaque. "Il est probable qu'il s'agisse d'un délit d'initié. C'est beaucoup d'argent à mettre sans informations", a estimé Tre Upshaw, fondateur de Polysights, une start-up qui fournit des outils d'analyse aux traders de Polymarket, y compris une fonctionnalité pour signaler les activités privilégiées potentielles.
Délit d'initié ?
Si le délit d'initié est illégal en bourse, où les régulateurs surveillent régulièrement les transactions suspectes avant les grandes nouvelles du monde économique afin de pouvoir poursuivre les initiés qui tentent de s'enrichir en utilisant des informations non publiques, il est moins encadré sur un site comme Polymarket. Le site permet aux utilisateurs de parier sur une variété d'événements futurs, allant des nominations politiques du président Trump à la Coupe du monde de cette année (juin 2026) en passant par les personnages qui mourraient dans la récente saison de la série Netflix "Stranger Things", note The Wall Street Journal. L'opération devrait néanmoins attirer l'attention des parlementaires américains, qui poussent en faveur de règles plus strictes en matière de délits d'initiés, notamment en interdisant aux élus du Congrès d'acquérir des actions. Pour ce cas précis, il pourrait s'agir d'un fonctionnaire lui-même ou bien de la fuite d'information à propos de l'opération. Annoncée ultrasecrète avant le déploiement des effectifs américains à Caracas, l'opération a toutefois nécessité une coopération entre plusieurs branches militaires, la mobilisation de 150 avions de guerre et de 20 bases dans l'hémisphère occidental.
Après la révélation publique des transactions du trader sur Polymarket, l'élu démocrate à la Chambre des représentants Ritchie Torres a dit prévoir de présenter cette semaine un projet de loi qui interdirait aux représentants élus, aux parlementaires et aux fonctionnaires fédéraux de placer des paris sur des plateformes de marché prédictif. Polymarket a déjà fait l'objet d'un examen minutieux concernant d'éventuels délits d'initiés. Si la plateforme est pour l'heure largement inaccessible aux Etats-Unis, de nombreux traders utilisent des réseaux privés virtuels (VPN) pour contourner l'interdiction.