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Vue normale

Un crime signé Ankara… et des silences français : l’incroyable affaire du triple assassinat de la rue La Fayette

4 janvier 2026 à 18:00

Ce 2 décembre 2025, face au juge d’instruction Vincent Raffray, la mémoire de Manuel Valls flanche sérieusement. Certes, l’affaire pour laquelle l’ancien premier ministre est entendu comme témoin date de 2013, mais quelle affaire ! L’exécution de trois militantes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), guérilla séparatiste et bête noire de l’Etat turc, en plein Paris… Au moment même où des négociations de paix commençaient, à 3 000 kilomètres de là, pour mettre fin à ce conflit vieux de trente ans. Au 147, rue La Fayette, à deux pas de la gare du Nord, un pistolet semi-automatique de calibre 7,65 millimètres a tiré dix balles. Aucune n’a loupé sa cible. Les victimes se nomment Sakine Cansiz, l’une des fondatrices du PKK réfugiée en France, Fidan Dogan et Leyla Saylemez. Un triple assassinat sans meurtrier condamné, sans commanditaire inculpé, treize ans plus tard. Bref, un crime sans coupable. Le mystère tient en deux mots : raison d’Etat. Car nul n’ignore aujourd’hui les liens qui unissaient le principal suspect, Omar Güney et les services secrets turcs. A fortiori pas Manuel Valls, ministre de l’Intérieur à l’époque.

Au juge Raffray, ce 2 décembre, Valls concède que ce crime était "une opération, comme ça l’a été démontré, des services de renseignement turcs", selon le procès-verbal d’audition, que L’Express a pu consulter. En revanche, l’ex-socialiste n’a aucun souvenir de son rendez-vous avec l’ambassadeur de Turquie à Paris le 21 janvier 2013. Soit onze jours seulement après la tuerie. "Je n’en ai aucune trace dans mon agenda, et mes deux collaborateurs ne se rappellent pas non plus cette entrevue" réitère Manuel Valls à L’Express. Le diplomate turc aurait pourtant envoyé à sa hiérarchie un compte rendu de cet entretien, d’après un document confidentiel obtenu par les avocats turcs des parties civiles. Ce jour-là, le ministre fait état à l’ambassadeur de l’avancée de l’enquête, évoque des meurtres "réalisés d’une manière très professionnelle", liste les éléments de preuve contre le suspect, désigné comme "le responsable de ces assassinats". Et rassure son interlocuteur : "Nous allons continuer de combattre le PKK" - classé organisation terroriste par la Turquie comme par la France. "Ces propos attestent de la collaboration intime entre Paris et Ankara, s’étrangle l’un des avocats des parties civiles. Cela explique peut-être le laisser-faire des autorités françaises dans cette affaire." Un diplomate français abonde : "La France s’est écrasée pour ne pas compromettre ses relations avec la Turquie."

Il faut retracer la chronologie de cet incroyable dossier, où s’empilent les éléments à charge contre Omar Güney, et à travers lui le service de renseignement turc du "Millî İstihbarat Teşkilatı", plus connu sous l’acronyme "MIT", pour saisir l’ampleur de ce scandale d’Etat et le poids des silences français. C’est bien simple : tout accuse Omar Güney. Ce trentenaire turc est le dernier à avoir vu vivantes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez le 9 janvier 2013. Il avait toute leur confiance, ayant approché depuis l’automne 2011 la communauté, en quête, disait-il, de ses racines kurdes. Les caméras de vidéosurveillance l’ont filmé entrant dans l’immeuble peu de temps avant les crimes. L’ADN de l’une des victimes a été retrouvé sur sa parka et des traces de poudre identifiées sur sa sacoche.

Un "Loup gris" grimé en kurde

L’enquête révèle rapidement le vrai visage du suspect, incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes : un ultranationaliste, membre des Loups gris, la milice affiliée au parti nationaliste turc MHP, vivier connu des services secrets pour leurs basses besognes. Des photos de la précédente vie de Güney en Allemagne le montrent arborant la moustache caractéristique des Loups gris, redescendant de part et d’autre de la bouche, tels deux crocs. Le téléphone portable de l’assassin présumé complète le portrait : les enquêteurs y trouvent, dans les fichiers supprimés, 329 photos des fiches d’adhérents de l’association kurde de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise), dont il était membre. Clichés pris la veille du crime, entre 4h23 et 5h33 du matin et envoyés à un mystérieux correspondant. S’ajoutent à ce tableau une série d’allers-retours en Turquie dans les semaines précédant le triple assassinat, voyages dont Güney s’était bien gardé de parler à ses "amis kurdes". Tout indique que Güney est un infiltré. Mais au service de qui ?

Deux documents fracassants font bientôt basculer l’affaire. D’abord cet enregistrement diffusé sur YouTube le 12 janvier 2014. La conversation se déroule en turc entre trois hommes, supposément Omer Güney et deux membres du MIT, qui évoquent les cibles potentielles du tueur, plusieurs hauts dirigeants du PKK, et le plan pour s’en débarrasser sans se "faire attraper" (sic). L’audio n’a pas été formellement authentifié, mais plusieurs proches de Güney y reconnaissent sa voix et la police scientifique de Lyon a conclu à une très forte analogie entre les deux voix. Deux jours après cette fuite, un second document, plus accablant encore, est publié par le quotidien Sol, fervent opposant au gouvernement Erdogan. Présenté comme une note d’information des services secrets, il porte la mention "gizli" : "confidentiel". Le rapport, daté du 18 novembre 2012, détaille par le menu le plan d’assassinat de Sakine Cansiz. Deux individus, désignés comme "la Source" et "le Légionnaire" en seront chargés. Le premier, dont le profil correspond a celui de Güney, a reçu la somme de "6 000 euros", utilisable "pour mettre hors d’état de nuire" la cible.

Plan d’évasion

Au même moment, à Paris, le dossier d’instruction s’épaissit. La section antiterroriste vient de mettre la main sur une nouvelle pièce à conviction. Le 4 janvier 2014, Omer Güney reçoit une visite au parloir de Fresnes. La justice a donné son feu vert pour enregistrer la conversation du détenu avec son ami Ruhi Semen, un Turc d’Allemagne, ancien collègue d’usine de Güney. La pêche est bonne : le prisonnier charge son visiteur d’aller voir "Mutti" à Ankara ("maman", en allemand) pour lui apporter "des nouvelles de Paris" et lui glisse un mystérieux papier à transmettre. Le message est codé. Mutti désigne en fait le MIT. Ruhi Semen l’avouera lui-même à la police allemande trois semaines plus tard. L’analyse de son téléphone révèle la nature du document passé ce jour-là au parloir, sobrement intitulé : "plan d’évasion". Il consiste à organiser la fuite de Günen lors d’une de ses hospitalisations, régulières, à l’hôpital de la Pitié-Salpètrière. Les lieux sont repérés, l’arsenal nécessaire détaillé. Le plan tombe finalement à l’eau.

L’implication des services secrets turcs pointée

Après deux ans et demi d’enquête, le parquet réclame le renvoi devant une cour d’assises d’Omer Güney, pour assassinats en relation avec une entreprise terroriste. Fait inédit, il écrit noir sur blanc que "de nombreux éléments de la procédure permettent de suspecter l’implication du MIT dans l’instigation et la préparation des assassinats." Une inconnue demeure : "Les investigations n’ont pas permis d’établir si ces agents du MIT ont participé à ces faits de façon officielle, avec l’aval de leur hiérarchie, ou s’ils l’ont fait à l’insu de leur service, afin de le discréditer ou de nuire au processus de paix."

Le doute est permis, vu les dissensions qui ébranlent l’Etat turc depuis le début des années 2010. Erdogan fait la chasse aux traîtres, dont les membres de la confrérie de l’influent prédicateur Fethullah Gülen, autrefois son allié. Les fuites en série dans l’affaire du triple assassinat du 147, rue La Fayette ont-elles à voir avec ces règlements de compte ? Possible. Le principal suspect ne saurait y répondre : il est mort en décembre 2016 d’un cancer du cerveau, à un mois de l’ouverture du procès. L’instruction court toutefois toujours, relancée par une nouvelle plainte de la défense contre X, pour poursuivre les commanditaires.

Mais l’enquête piétine. Les rares documents déclassifiés, à la demande des avocats, arrivent sur leurs bureaux si caviardés qu’ils n’apportent aucune valeur ajoutée. A l’évidence, ni l’Etat français ni l’Etat turc n’ont intérêt à ce que la vérité soit dite. Aujourd’hui pas plus qu’il y a treize ans. "En 2013, les interrogations qui surgissent rapidement sur les liens entre Omer Güney et de possibles commanditaires au sein de l’Etat turc tombent en fait au plus mal dans l’agenda franco-turc", rappelle la journaliste Laure Marchand dans son livre-enquête Triple assassinat au 147, rue La Fayette. A l’époque, les années Sarkozy ont abîmé la relation entre Paris et Ankara. Le président français, très hostile à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, méprise au plus haut point les Turcs. Ces derniers n’ont pas digéré la visite express du président français, le 25 février 2011 : 300 minutes, pas une de plus. Le vote, en janvier 2012, de la loi pénalisant la négation du génocide arménien - finalement retoquée par le Conseil constitutionnel - n’a rien arrangé. En Turquie, les personnels d’ambassade voient la coopération se déliter. "On était clairement ostracisés, se souvient l’attaché de défense d’alors, Patrice Moyeuvre. Il y avait à l’époque à Ankara une centaine d’attachés de défense étrangers, j’étais le seul à ne pas être invité aux cérémonies officielles."

L’homme du dégel s’appelle François Hollande. Il s’y attelle vite, d’autant que la France a grand besoin des services turcs pour interpeller les djihadistes français, de plus en plus nombreux, en 2013, à transiter par la Turquie pour rejoindre les rangs de l’Etat islamique en Syrie. "En échange de ces services, la France a-t-elle accepté de fermer les yeux sur l’affaire des militantes kurdes assassinées à Paris ? C’est une hypothèse", concède Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques, auteur de La Turquie, un partenaire incontournable (Eyrolles, 2021).

Treize ans plus tard, la Turquie d’Erdogan, plus répressive que jamais en interne, est devenue un poids lourd sur la scène géopolitique : allié militaire indispensable de l’UE, sponsorisé par elle pour lutter contre l’immigration irrégulière, pratiquant habilement la diplomatie du pendule entre la Russie et l’Ukraine. Elle est aussi un partenaire d’affaires pour la France, qui a vu ses échanges commerciaux bondir de 17,1 % en 2023 à 23,4 milliards d’euros, au-delà, de l’objectif des 20 milliards fixé en 2014 par François Hollande lors de la visite d’Etat en Turquie, une première depuis 22 ans. "La France n’a aucun intérêt à se fâcher définitivement avec la Turquie" résume une source diplomatique. Quitte à protéger des agents du MIT sur son sol ? Le cas de Zekeriya Çelikbilek, ancien militaire turc naturalisé français interroge pour le moins. En avril 2024, l’individu a été condamné en appel à cinq ans de prison par la justice belge pour sa participation à une organisation criminelle en vue de commettre des assassinats à Bruxelles… contre des cadres du PKK. Là encore, ses liens avec le sommet de l’Etat turc font peu de doutes. Çelikbilek a d’ailleurs été entendu dans l’affaire du triple assassinat de la rue La Fayette. Vingt mois après sa condamnation, la justice belge n’a toujours pas requis son arrestation en France, où il coule des jours paisibles à Reims. Le MIT peut dormir sur ses deux oreilles.

© MAXPPP

Les trois militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, ont été retrouvées mortes le 10 janvier 2013 au Centre d'information du Kurdistan, dans le Xe arrondissement de Paris.

Pourquoi Donald Trump a-t-il choisi Delcy Rodriguez, une fidèle de Maduro, pour diriger le Venezuela ?

4 janvier 2026 à 17:20

Le fauteuil de l’exécutif ne pouvait pas rester vide. La capture de Nicolas Maduro à l’issue d’une opération menée par les États-Unis dans la nuit de vendredi à samedi a laissé le pouvoir aux mains de la vice-présidente exécutive Delcy Rodríguez. Le chef d’État américain Donald Trump a martelé, samedi 3 janvier, que cette dernière avait prêté serment après son arrestation et s’était entretenue avec le secrétaire d’État Marco Rubio. La Constitution vénézuélienne, en vertu des articles 233 et 234, prévoit que Delcy Rodríguez assume les fonctions de présidente par intérim en l’absence du chef de l’État, une disposition que la Cour suprême vénézuélienne a ordonné d’appliquer samedi soir.

Peu après les déclarations de Donald Trump, Delcy Rodríguez s’est coulée dans son rôle de présidente en s’exprimant à la télévision d’État, entourée de son frère Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale, du ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello et du ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez. Lunettes carrées sur le nez et l’air sévère, elle a affirmé que Nicolás Maduro restait le seul président légitime du Venezuela, appelant au calme et à l’unité face à "l’enlèvement" du dirigeant. Une position à rebours de celle décrite par Donald Trump, qui alléguait qu’elle était prête à coopérer avec les États-Unis après la capture de Nicolás Maduro.

Donald Trump a écarté l’idée de travailler avec la cheffe de file de l’opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, estimant qu’elle manquait de soutien dans le pays. Une position d’autant plus surprenante que l’opposante, longtemps perçue comme une interlocutrice naturelle de Washington, semblait plus en phase avec les positions du président américain. Pour Maria Corina Machado, la présidence devait désormais être assurée par Edmundo Gonzalez Urrutia, que l’opposition, Washington et les observateurs internationaux considèrent comme le vainqueur de l’élection de 2024 et dont Emmanuel Macron a affirmé samedi qu’il souhaitait le voir assurer une période de transition.

Une fidèle de Nicolas Maduro

De son côté, Delcy Rodríguez apparaît comme un pur produit du chavisme. Âgée de 56 ans, elle est la fille de Jorge Antonio Rodríguez, ex-guérillero d’extrême gauche et fondateur du parti révolutionnaire Liga Socialista dans les années 1970, rappellent nos confrères du Monde. Avocate diplômée de l’université centrale du Venezuela, Delcy Rodríguez a rapidement gravi les échelons du pouvoir. En août 2013, lors d’un hommage rendu par le nouveau président Nicolás Maduro à son prédécesseur défunt Hugo Chavez, elle est propulsée ministre de la Communication et de l’Information.

En 2017, elle prend la tête de l’Assemblée constituante progouvernementale, qui contribue à élargir les pouvoirs de Nicolas Maduro. La même année, le président vénézuélien la qualifie de "tigresse" pour sa défense acharnée du gouvernement socialiste. Le 14 juin 2018, Delcy Rodríguez est nommée vice-présidente de la République par Nicolas Maduro, qui la décrit alors comme une "jeune femme courageuse, expérimentée, fille d’un martyr, révolutionnaire et éprouvée dans mille batailles".

Proche des "élites économiques vénézuéliennes"

Cette ascension s’accompagne de sanctions internationales : en 2018, l'Union européenne gèle ses avoirs et lui interdit l’entrée sur son territoire, avant que les États-Unis ne prennent, le 25 septembre de la même année, des sanctions économiques à son encontre. Jusqu’à vendredi encore, Delcy Rodríguez cumulait les portefeuilles du Pétrole et des Finances, et pilotait la riposte à l’escalade des sanctions américaines visant l’industrie clé du pays, qui détient les plus importantes réserves de pétrole au monde.

Parallèlement, comme le souligne le New York Times, Delcy Rodríguez est aussi connue pour avoir "tissé des liens avec les élites économiques vénézuéliennes, les investisseurs étrangers et les diplomates, se présentant comme une technocrate cosmopolite au sein d’un gouvernement militariste et largement dominé par les hommes". Après la grave crise économique qu’a traversée le Venezuela de 2013 à 2021, elle a impulsé une réforme libérale ayant permis d’instaurer une relative stabilité économique, avant la campagne militaire américaine visant Nicolas Maduro.

"Un jeu de chaises musicales"

Figure clé du régime au pouvoir, elle incarne sans nul doute la continuité. Selon Imdat Oner, analyste politique au Jack D. Gordon Institute, "elle n’est pas une alternative modérée à Maduro. Elle a été l’une des figures les plus puissantes et les plus intransigeantes de tout le système", a déclaré cet ancien diplomate turc en poste au Venezuela à CNN. Pour Eduardo Rios, docteur en sciences politiques à Sciences Po Paris, interrogé sur France 24, sa nomination ne changera rien : "Tout cela n’est qu’un jeu de chaises musicales du chavisme."

Depuis plus d’une décennie, le pouvoir au Venezuela est concentré entre les mains d’une poignée de hauts responsables, soutenus par un réseau de loyalistes et d’organes de sécurité alimentés par la corruption et la surveillance. Un fragile équilibre y oppose civils et militaires : Delcy Rodríguez et son frère représentent le volet civil, tandis que Diosdado Cabello et Vladimir Padrino Lopez incarnent le pendant militaire. Reste à voir quel rôle Delcy Rodríguez pourra réellement jouer dans les semaines à venir, alors que Donald Trump a rapidement annoncé que les États-Unis allaient "diriger le pays jusqu’à ce qu’[ils puissent] effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse". Affaire à suivre.

© REUTERS

Après la capture de Nicolás Maduro, Delcy Rodriguez, la vice-présidente du pays, en a pris la tête conformément à la décision de la Cour suprême vénézuélienne

Manfred Weber : rencontre avec l’Allemand le plus puissant de Bruxelles

4 janvier 2026 à 17:00

Autrefois imberbe, Manfred Weber arbore depuis six ans une barbe poivre et sel. Beaucoup y voient le stigmate d’un traumatisme politique impossible à oublier : à l’été 2019, justement, Emmanuel Macron a broyé les ambitions de ce Bavarois inconnu des Français, qui, fort de la première place obtenue par sa famille politique aux élections européennes, s’imaginait à la présidence de la Commission.

Las ! Le jeune président français ne voulait pas de ce pur produit parlementaire, dépourvu d’expérience gouvernementale comme de charisme, et trop à droite à ses yeux. A l’époque, les macronistes ne cachaient d’ailleurs pas leur mépris pour celui qu’ils surnommaient "l’ectoplasme". Finalement, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 imposeront une autre Allemande de centre droit, Ursula von der Leyen, infligeant une cinglante humiliation à son compatriote. "Weber n’est pas un tueur et, ce jour-là, il s’est fait tuer", résume un connaisseur des arcanes bruxellois.

Le leader incontestable du puissant PPE

"Un revers devient une défaite uniquement si vous ne vous relevez pas", écrit aujourd’hui le quinquagénaire dans la biographie publiée sur son site Internet. Six ans plus tard, Manfred Weber a fait bien plus que se relever. Patron du plus grand groupe politique au Parlement de Strasbourg, président depuis 2022 du Parti populaire européen — le PPE, la puissante famille de la droite chrétienne-démocrate qui revendique 14 commissaires et 13 dirigeants autour de la table du Conseil européen —, le voilà plus central que jamais dans une Europe qui se droitise.

"A travers ses réseaux, c’est l’un des responsables politiques qui dispose de l’une des plus fortes capacités d’influence sur le continent", affirme le Républicain Arnaud Danjean, vice-président du PPE de 2019 à 2024. Un signe : le 12 décembre, Manfred Weber s’est permis d’annoncer en primeur qu’Ursula von der Leyen allait lâcher du lest sur la fin du moteur thermique en 2035, l’un des totems de son premier mandat.

Adversaire de la première heure de cette mesure, son ancien rival peut savourer sa revanche. Sa ligne s’impose d’ailleurs depuis des mois sur les grandes priorités européennes, de la compétitivité aux législations environnementales en passant par l’immigration. La résultante d’un choix délibéré : l’élu de l’Union chrétienne-sociale bavaroise (CSU) a décidé de tirer avantage des rapports de force au sein du Parlement européen, osant s’appuyer sur l’extrême droite pour faire passer sa vision des textes. Cela s’est encore vu lors de la dernière session plénière de 2025 : un texte autorisant le transfert de migrants hors d’Europe pour l’examen de leur demande d’asile a été adopté grâce aux voix des droites antieuropéennes.

Fort de ses 188 sièges sur les 720 de l’hémicycle, le puissant groupe du PPE a arithmétiquement le choix entre la "Majorité von der Leyen", l’alliance avec la gauche et le centre, et la "Majorité Venezuela", l’alliance des droites qui s’est dessinée pour la première fois sur une résolution concernant le pays d’Amérique latine. La pratique est sans précédent à Strasbourg où centre gauche et centre droit travaillent de concert depuis toujours. "En construisant cette possibilité d’une alternative, il a installé une nouvelle dynamique de pouvoir, décrypte l’écologiste allemand Daniel Freund. Il demande qu’on accepte sa position à 100 % ou il se tourne vers l’extrême droite et ce sera pire. C’est du chantage."

"Un caméléon hors pair"

Venant d’un pro-européen convaincu, eurodéputé depuis plus de vingt ans, ce choix n’en finit pas d’intriguer. "Est-ce qu’il faut comparer Manfred Weber au Nicolas Sarkozy de 2007 qui siphonne les voix de l’extrême droite pour sauver la République ou au Sarkozy de 2012 qui a quasiment basculé à l’extrême droite ?", s’interroge un opposant perplexe. Derrière ses lunettes rondes, le catholique pratiquant, fan de guitare et de musique classique, très attaché aux traditions de sa Bavière d’origine, reste une énigme pour nombre de ceux qui le côtoient. Si ses adversaires saluent un interlocuteur toujours courtois qui respecte sa parole, ils peinent à cerner sa personnalité. "C’est un caméléon hors pair qui n’aime pas les conflits ouverts", résume l’un d’eux. Même au sein de son propre groupe, le Bavarois est connu pour ne pas avancer frontalement. Dans les réunions internes, il invite des personnalités à discourir ou il souhaite longuement les anniversaires pour que les sujets qui fâchent se retrouvent relégués à la fin, quand tout le monde veut partir…

L’ancien ingénieur spécialisé dans le développement durable se décrit avant tout comme un démocrate-chrétien centriste et pragmatique, décidé à se démener pour que l’Europe prouve son utilité aux citoyens. "Il faut faire avec les gens et pas contre eux, plaide-t-il auprès de L’Express. Ainsi, j’ai toujours dit qu’interdire le moteur thermique était absurde. En Allemagne, les salariés de l’industrie automobile abandonnent la gauche et votent pour l’AfD. Il faut être moins idéologique."

Le patron du PPE affirme opérer une claire distinction entre droites démocratiques et extrêmes. "Mes idées n’ont pas changé, répond Weber. Et tous ceux qui voudront travailler avec nous devront respecter nos lignes rouges : ils doivent être pro-Ukraine, pro-Europe et pro-Etat de droit. Sur cette base, nous avons d’ailleurs expulsé Viktor Orban du parti." C’est aussi sur cette ligne que le patron de la droite européenne a, très tôt, jugé fréquentable la Présidente du conseil italien, même si elle dirigeait le parti eurosceptique des Conservateurs réformistes européens. Depuis octobre 2022, Giorgia Meloni gouverne en coalition avec Forza Italia, l’ancienne formation de Silvio Berlusconi, membre de la famille PPE. "Nous ne l’avons pas fait par hasard, nous avons analysé la situation, parlé en amont avec la société civile, l’Eglise ou encore les syndicats italiens, explique Manfred Weber. Nous avons estimé qu’elle respecterait nos lignes rouges et aujourd’hui encore, je n’ai pas de critique à formuler."

Manfred Weber reste plus prudent sur un éventuel rapprochement entre LR et le Rassemblement national après la présidentielle de 2027, s’interrogeant sur le financement de Marine le Pen par des banques russes. Et pas question d’accepter une quelconque alliance avec l’Alternativ für Deutschland (AfD), pourtant en pole position dans les sondages outre-Rhin. "Nous ne travaillerons jamais ensemble, affirme le président du PPE. Il faut se souvenir de l’expérience de la République de Weimar dans les années 1930. Des nationalistes néonazis ne doivent jamais accéder au pouvoir exécutif."

Le tacticien sur un fil avec l’extrême droite

Certains l’accusent toutefois de jouer avec les allumettes. "Ce n’est pas viable dans la durée d’osciller entre plusieurs options, on risque le blocage généralisé ou la censure de la Commission", s’inquiète un diplomate européen. Les choix de Manfred Weber le placent en effet en porte-à-faux avec Ursula von der Leyen. Si elle a été choisie par Emmanuel Macron pour son premier mandat, la présidente de la Commission doit le second au soutien de son compatriote, et le rapport de force s’est inversé. "Elle lui demande régulièrement de ne pas s’en prendre publiquement aux sociodémocrates et aux centristes, qui la soutiennent, mais il le fait quand même", raconte l’un de ceux qui fréquentent les deux.

Conséquence, les relations avec ces deux formations se détériorent au fil des votes et la confiance s’étiole. "Cette configuration détruit la capacité des pro-européens à faire des compromis, s’alarme l’eurodéputé Renew Pascal Canfin. Progressivement, Weber risque de ne plus pouvoir avancer sur les sujets ambitieux. Sa stratégie est incompatible avec une stratégie de puissance pour l’Europe." Les partisans du Bavarois veulent au contraire croire qu’il œuvre pour maintenir durablement la droite au centre de l’échiquier européen. "C’est politiquement courageux de braver les critiques pour sauver l’Europe chrétienne-démocrate telle qu’il la conçoit", salue le français Arnaud Danjean.

Sauver l’Europe chrétienne-démocrate, serait-ce le grand dessein de Manfred Weber ? Le revenant barbu de 53 ans reste peu disert sur ses ambitions personnelles. "Le plus important, c’est d’avoir des résultats. En 2029, je veux pouvoir me présenter devant les citoyens et leur dire que la situation est meilleure qu’avant", assure-t-il. De la présidence de la Commission, il ne parle plus.

© IMAGO/Sven Simon via Reuters Con

Manfred Weber, le chef du Parti populaire européen, le 13 décembre 2025.

"De lourdes incertitudes", "un risque stratégique" : la presse mondiale s’emballe après l’enlèvement de Nicolas Maduro

4 janvier 2026 à 13:27

Après la capture du chef d’État vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse, samedi 3 janvier, l’opération américaine a pris de court les médias du monde entier, à commencer par ceux des États-Unis. "Trump a incontestablement éliminé un mauvais dirigeant et porté un coup décisif dans la lutte pour la suprématie mondiale", écrit Bloomberg. D’après le média en ligne, le raid illustre la méthode de guerre privilégiée par le président américain : "Maximiser le secret et l’effet de surprise." Une stratégie susceptible d’offrir "des avantages stratégiques immédiats", mais qui fait également "peser de lourdes incertitudes" pour la suite.

C’est en premier lieu la question de la légalité d’une telle opération, au cœur d’un pays étranger, qui a fait tiquer le New York Times. "Nous savons que la politique belliciste de Donald Trump est illégale", clame d’entrée le quotidien américain. Ce dernier rappelle au passage les frappes meurtrières effectuées sans fondement juridique dans les Caraïbes sur des embarcations accusées, sans preuve, de participer au trafic de drogue. Le quotidien new-yorkais dénonce le piétinement du droit américain et international. L’attaque du 3 janvier signe le retour de l’impérialisme en Amérique latine, poursuit le quotidien.

Le Washington Post s’attarde de son côté sur les conséquences de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro. "Lors du raid au Venezuela, le spectre d’un changement de régime plane à nouveau sur l'Amérique latine. En prenant un risque stratégique aux conséquences imprévisibles dans une région profondément divisée, l’administration Trump modifie radicalement la dynamique sécuritaire du continent", écrit le quotidien. Le Wall Street Journal se projette, lui aussi, sur les enjeux politiques à venir : "L’opération militaire américaine visant à renverser Nicolas Maduro a été rapide, précise et décisive, mais la suite est semée d’embûches et de risques d’erreurs", estiment des responsables américains, actuels et anciens.

"Un usage de la force à la fois inédit et imprévisible"

Alors que le XXᵉ siècle a été marqué par de nombreuses interventions et occupations militaires américaines en Amérique centrale et dans les Caraïbes, l’offensive menée samedi contre le Venezuela constitue "la première frappe militaire directe et ouvertement reconnue" de Washington contre un gouvernement sud-américain, souligne encore The Washington Post. Bloomberg estime pour sa part que ce raid confirme la réalité du "corollaire de la doctrine Monroe" invoqué par le président Donald Trump — cette doctrine du XIXᵉ siècle affirmant la prééminence des États-Unis sur le continent américain — et illustre son penchant pour un usage de la force à la fois inédit et imprévisible.

Sur la chaîne d’information en continu CNN, le direct tourne à plein régime, comme s’il s’agissait d’une saga à plusieurs épisodes. Pour l’un des journalistes de la chaîne, l’enlèvement de Nicolas Maduro "illustre un nouveau degré de puissance mondiale débridée" et constitue une "manifestation flagrante de cette puissance sans limites". Politico consacre de son côté un bref article à la position de Bruxelles, qui se contente de formuler de discrètes mises en garde : "L'Union européenne a exhorté au respect du droit international après l’annonce, tôt samedi matin, par le président américain Donald Trump de la capture du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro."

L’impuissance européenne se reflète dans la presse belge. Dans un dessin signé Le Kroll pour Le Soir, on voit les dirigeants iraniens, chinois, russes et Donald Trump interroger une voyante sur ce que sera l’année. Elle répond : "Cela dépendra essentiellement de vous." Par ailleurs, El País relève un "tournant dans l’histoire contemporaine du Venezuela", soulignant également le rôle central du pétrole. "Trump a promis de relancer l’industrie des hydrocarbures en difficulté, en s’appuyant sur des investissements massifs américains et en ouvrant un nouveau front dans la bataille politique vénézuélienne, désormais entrée dans une phase sans précédent", note le quotidien espagnol. Dans tous les journaux, la stupeur domine.

© REUTERS

Le président Trump a tenu une conférence de presse à Palm Beach samedi 3 janvier, à la suite de l'attaque militaire américaine au Venezuela.

Opération "Absolute Resolve" : les coulisses de l’intervention américaine au Venezuela

4 janvier 2026 à 11:18

Moins de cinq heures. C’est le temps qu’il a fallu pour capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro. Son homologue américain Donald Trump a justifié l’opération "Absolute Resolve", une "opération brillante" selon ses mots, par la lutte contre le trafic de drogue et par sa volonté de traduire le dirigeant devant la justice américaine, sur la base d’accusations de "narcoterrorisme".

Samedi 3 janvier, lors d’une conférence de presse organisée en Floride, le président des États-Unis a laissé son chef d’état-major, le général Dan Caine, détailler les contours de cette intervention militaire surprise. Selon le New York Times, il s’agissait de l’opération militaire américaine "la plus risquée" menée par les commandos d’élite de la Delta Force depuis l’assaut des SEAL Team 6 contre Oussama ben Laden, tué en 2011 dans une maison sécurisée au Pakistan.

L’enlèvement du président vénézuélien, au pouvoir depuis 2013, serait l’aboutissement de "mois de travail" des services de renseignement américains. Dès le mois d’août dernier, une équipe clandestine d’agents de la CIA se serait infiltrée chez son voisin afin de collecter des informations sur Nicolas Maduro. Son objectif, assure le général Dan Caine : "Comprendre comment [le président vénézuélien] se déplaçait, où il vivait, où il voyageait, ce qu’il mangeait, ce qu’il portait, ainsi que ses animaux de compagnie." Une fois ces informations collectées, l’opération est entrée dans sa phase d’exécution.

22h46 : début de l’opération

Vendredi 2 janvier, Donald Trump a donné l’ordre de lancer la mission à 22 h 46, heure de Washington, depuis sa terrasse de Mar-a-Lago, son club floridien, où il a dîné avec ses conseillers et les membres du cabinet. Selon le New York Times, l’armée américaine avait choisi la période des fêtes de fin d’année, estimant que de nombreux responsables gouvernementaux et un nombre important de militaires vénézuéliens seraient en congé, selon un responsable américain. Des conditions météorologiques exceptionnellement mauvaises ont toutefois retardé l’opération de plusieurs jours.

Au Venezuela, l’opération a débuté par une cyberattaque provoquant des coupures de courant dans de vastes zones de Caracas, plongeant la ville dans l’obscurité afin de permettre l’approche discrète des avions, drones et hélicoptères. Plus de 150 aéronefs militaires — drones, avions de chasse et bombardiers — ont été mobilisés, décollant de 20 bases militaires et de navires de la Marine.

Les appareils ont longé les côtes vénézuéliennes à très basse altitude, à moins de 50 mètres de l’eau. À l’approche du littoral, l’armée américaine a commencé "à démanteler et à désactiver les systèmes de défense aérienne du Venezuela, en utilisant des armes pour assurer le passage en toute sécurité des hélicoptères". Il s’agit des premières frappes menées sur le territoire vénézuélien.

Une riposte américaine "écrasante"

Alors que certaines des explosions publiées sur les réseaux sociaux semblaient spectaculaires, un responsable américain a déclaré qu’il s’agissait principalement d’installations radar et de tours de transmission radio qui étaient détruites. S’il n’y a eu aucune victime côté américain, au moins 40 personnes ont été pourtant tuées lors de l’attaque, parmi lesquelles des militaires et des civils, d’après un haut responsable vénézuélien qui a requis l’anonymat pour évoquer les premiers bilans dans le New York Times.

Les hélicoptères de la force d’intervention ont atteint le lieu où Nicolás Maduro et son épouse avaient été localisés — dont l’emplacement précis n’est pas connu à ce stade — à 1 h 01 du matin, heure de Washington, soit 2 h 01 à Caracas. Sur place, les appareils ont essuyé des tirs et "riposté avec une force écrasante", selon le général Dan Caine. Un des hélicoptères a été endommagé, mais a pu rentrer aux États-Unis. "Nicolas Maduro et son épouse, tous deux inculpés, se sont rendus et ont été placés en détention par le ministère de la justice", a-t-il ensuite ajouté, selon Le Monde.

Donald Trump a précisé, en réponse à une question de journaliste, que Nicolas Maduro avait tenté de se réfugier dans une "safe room", un bunker dont disposent de nombreux chefs d’État dans leur résidence. Sans succès. Les soldats déployés sur le terrain ont ensuite regagné les hélicoptères avec Nicolas Maduro et son épouse. Le couple a embarqué à bord d’un navire de l’armée américaine, à 3 h 29 du matin, avant de rejoindre New York où le président vénézuélien a été incarcéré. De son côté, le locataire de la Maison Blanche dit avoir suivi cette opération "comme s’il regardait une série télévisée". Reste désormais à mesurer les conséquences humanitaires, diplomatiques et régionales de cette capture – elles, bien réelles.

© REUTERS

Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores sont arrivés en détention par hélicoptère avant leur comparution prévue devant le tribunal fédéral de Manhattan, à l'héliport de Westside à New York.

Venezuela : après l’arrestation de Nicolas Maduro, la lutte de pouvoir s’intensifie au sommet de l’État

4 janvier 2026 à 11:07

La capture par les États-Unis du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro - qualifiée de stupéfiante et puissante par le président Donald Trump - laisse planer l'incertitude quant à savoir qui dirige ce pays riche en pétrole. Samedi, Donald Trump a déclaré que la vice-présidente Delcy Rodriguez, membre de la puissante cabale au sommet du gouvernement du pays, avait prêté serment après l'arrestation de Nicolas Maduro et qu'elle s'était entretenue avec le secrétaire d'État américain Marco Rubio, ce qui a alimenté les spéculations quant à sa possible prise de fonction.

Conformément à la constitution vénézuélienne, Rodriguez devient présidente par intérim en l'absence de Nicolas Maduro, et la plus haute juridiction du pays lui a ordonné d'assumer ce rôle samedi soir. Mais peu après les remarques de Donald Trump, Rodriguez est apparue à la télévision d'État, flanquée de son frère, le président de l'Assemblée nationale Jorge Rodriguez, du ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello et du ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez, et a déclaré que Nicolas Maduro restait le seul président du Venezuela. Cette apparition commune indique que le groupe qui partage le pouvoir avec Nicolas Maduro reste uni – pour l’instant.

Samedi, Donald Trump a publiquement fermé la porte à toute collaboration avec la cheffe de l'opposition et lauréate du prix Nobel Maria Corina Machado, largement considérée comme l'adversaire la plus crédible de Maduro, affirmant qu'elle ne bénéficiait d'aucun soutien à l'intérieur du pays. Après que Machado a été empêchée de se présenter aux élections vénézuéliennes de 2024, les observateurs internationaux affirment que son candidat suppléant a remporté le vote haut la main, malgré la revendication de victoire par le gouvernement de Maduro.

Equilibre des pouvoirs civils-militaires

Depuis plus d'une décennie, le véritable pouvoir au Venezuela est détenu par un petit cercle de hauts responsables. Cependant, analystes et responsables affirment que ce système repose sur un vaste réseau de fidèles et d'organes de sécurité, alimenté par la corruption et la surveillance. Au sein du cercle restreint, un équilibre entre civils et militaires prévaut. Chaque membre a ses propres intérêts et réseaux de patronage. Actuellement, Delcy Rodriguez et son frère représentent le camp civil, tandis que Vladimir Padrino Lopez et Diosdado Cabello représentent le camp militaire.

Cette structure de pouvoir rend le démantèlement du gouvernement actuel du Venezuela plus complexe que le renversement de Maduro, d'après des entretiens avec des responsables américains actuels et anciens, des analystes militaires vénézuéliens et américains et des consultants en sécurité auprès de l'opposition vénézuélienne.

"On peut démanteler autant d'appareils du gouvernement vénézuélien qu'on le souhaite, mais il faudrait l'intervention de plusieurs acteurs à différents niveaux pour faire bouger les choses", a déclaré un ancien responsable américain impliqué dans des enquêtes criminelles au Venezuela.

Un grand point d'interrogation entoure Diosdado Cabello, qui exerce une influence sur les agences de contre-espionnage militaires et civiles du pays, lesquelles mènent des activités d'espionnage intérieur à grande échelle. "L’attention se porte désormais sur Diosdado Cabello", a déclaré le stratège militaire vénézuélien José Garcia. "Car il est l’élément le plus idéologique, violent et imprévisible du régime vénézuélien."

Les Nations Unies ont conclu que le SEBIN, l'agence civile, et la DGCIM, le service de renseignement militaire, avaient commis des crimes contre l'humanité dans le cadre d'un plan d'État visant à réprimer toute dissidence. Onze anciens détenus, dont certains avaient eux-mêmes fait partie des forces de sécurité, ont décrit à Reuters, lors d'entretiens menés avant la capture de Nicolas Maduro, des cas de chocs électriques, de noyades simulées et d'abus sexuels perpétrés dans des prisons secrètes de la DGCIM. "Ils veulent vous faire sentir comme un cafard dans une cage d'éléphants, comme s'ils étaient plus gros", a déclaré un ancien agent de la DGCIM arrêté et accusé de trahison en 2020 après avoir été en contact avec des dissidents militaires.

Ces dernières semaines, alors que les États-Unis déployaient leur plus important renforcement militaire en Amérique latine depuis des décennies, Diosdado Cabello est apparu en direct à la télévision pour ordonner à la DGCIM d'"aller chercher les terroristes" et pour avertir que "quiconque s'égarera, nous le saurons". Il a réitéré ces propos samedi lors d'une apparition à la télévision d'État, vêtu d'un gilet pare-balles et d'un casque, et entouré de gardes lourdement armés. Diosdado Cabello a également été étroitement associé à des milices pro-gouvernementales, notamment à des groupes de civils armés circulant à moto, connus sous le nom de colectivos.

Les généraux contrôlent les secteurs clés

Diosdado Cabello, ancien officier militaire et figure majeure du parti socialiste, exerce une influence significative sur les forces armées, même si l'armée vénézuélienne est officiellement dirigée par le ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez depuis plus de dix ans. Le Venezuela compte jusqu'à 2 000 généraux et amiraux, soit plus du double du nombre aux États-Unis. Les officiers supérieurs et retraités contrôlent la distribution alimentaire, les matières premières et la compagnie pétrolière nationale PDVSA, tandis que des dizaines de généraux siègent aux conseils d'administration d'entreprises privées.

Au-delà des contrats, des responsables militaires profitent du commerce illicite, affirment des transfuges et des enquêteurs américains, actuels et anciens. Des documents provenant d'un consultant en sécurité de l'opposition, partagés avec l'armée américaine et consultés par Reuters, indiquent que des commandants proches de Diosdado Cabello et Vladimir Padrino Lopez sont affectés à des brigades clés le long des frontières du Venezuela et dans des centres industriels.

Ces brigades, bien qu'importantes sur le plan tactique, sont également positionnées sur des axes majeurs de contrebande. "Il y a entre 20 et 50 officiers de l'armée vénézuélienne qui doivent partir, probablement même plus, pour renverser complètement ce régime", a déclaré un avocat qui a représenté un membre de la haute direction vénézuélienne.

Certains envisagent peut-être de faire défection. L'avocat a déclaré qu'une douzaine d'anciens responsables et de généraux en activité avaient pris contact avec les États-Unis après la capture de Maduro, espérant conclure un accord : ils offriraient des renseignements en échange d'un sauf-conduit et d'une immunité judiciaire. Mais selon l'avocat, les proches de Diosdado Cabello ont indiqué qu'il n'était pas intéressé par la conclusion d'un accord pour le moment.

© REUTERS

La vice-présidente et ministre du Pétrole du Venezuela, Delcy Rodriguez, s'adresse aux médias à Caracas, au Venezuela, le 10 mars 2025. REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria/Photo d'archive/Photo d'archive

La France et le Royaume-Uni ont mené des frappes conjointes sur l'Etat islamique en Syrie

4 janvier 2026 à 09:19

Les armées de l'air du Royaume-Uni et de la France ont mené une opération conjointe samedi soir contre une cache d'arme présumée qui était utilisée auparavant par le groupe Etat islamique en Syrie, a annoncé le ministère britannique de la Défense. Des avions occidentaux mènent des patrouilles pour empêcher le retour des groupes de combattants islamistes qui régnaient sur certaines régions de la Syrie jusqu'en 2019.

Des analyses des services de renseignement ont identifié une installation souterraine qui aurait été utilisée comme dépôt d'armes et d'explosifs dans les montagnes au nord de Palmyre, a affirmé le ministère britannique de la Défense dans un communiqué. "Notre avion a utilisé des bombes guidées pour viser plusieurs tunnels d'accès à l'installation. Bien qu'une évaluation détaillée soit en cours, les premières indications laissent penser que la cible a été atteinte", a-t-il ajouté.

"Eradiquer toute résurgence de Daesh"

La zone ne comptait "aucune habitation civile" avant la frappe, a indiqué la Grande-Bretagne. "Cette action témoigne du leadership du Royaume-Uni et de sa détermination à se tenir aux côtés de ses alliés pour éradiquer toute résurgence de Daech et de ses idéologies dangereuses et violentes au Moyen-Orient", s'est félicité dans le même communiqué le ministre britannique de la Défense, John Healey.

Né du chaos de la guerre syrienne, déclenchée en 2011, le groupe État islamique (EI) avait, à son apogée, pris le contrôle de vastes zones du pays, dont la région de Palmyre. Malgré sa défaite face à la coalition internationale en 2019, l’organisation djihadiste reste active. Retranchés dans l’immensité du désert syrien, ses combattants continuent de mener ponctuellement des attaques.

Fin décembre, Washington a fait état de frappes menées contre plusieurs positions de l’EI en Syrie. D’après une ONG, ces opérations auraient entraîné la mort d’au moins cinq combattants djihadistes, quelques jours après une attaque ayant fait trois victimes américaines dans le pays.

© Travers Eric/ABACA via Reuters C

Les militants de l'État islamique (EI) en Syrie ont pénétré dans le site de Palmyre, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, après s'être emparés de la ville située à proximité des ruines antiques. L'EI a déjà détruit des sites antiques en Irak datant d'avant l'islam. Photo d'archive : © Eric Travers/ABACA. 28121-11. Syrie, 08/08/2001.

Iran : la révolution "Femme, Vie, Liberté" peut-elle enfin faire tomber le régime ?, par Anne Rosencher

4 janvier 2026 à 08:30

On n’ose y croire. L’information fiable qui nous provient d’Iran est si rare ; il nous faut nous accrocher aux images charriées par les réseaux sociaux. On y voit, dans plusieurs villes, le courage prendre à nouveau comme un feu dans la pampa. Des cortèges. Des cris. Des chants. Et en face : des tirs. Des arrestations. Un homme, vêtu de sombre, se tient, assis à même le bitume, devant les motards du régime qui attendent, interdits, comme attendirent naguère les chars devant l’homme de Tian'anmen. Moment suspendu. Image à jamais gravée dans les rétines de l’Histoire. À Téhéran, à Chiraz, à Ispahan et dans bien d'autres villes encore… les étudiants ont rejoint, depuis le 29 décembre, les manifestations qui avaient débuté quelques jours avant. Et le monde libre retient son souffle : cette fois, est-ce la bonne ?

Voilà plus de trois ans que nous assistons à une révolution folle en Iran. Une révolution dont le caractère inédit tient tout entier dans son cri de ralliement : Femme, Vie, Liberté ! Et qui débute par la mort d’une femme de 22 ans, Mahsa Amini, arrêtée trois jours avant par la police des mœurs, à Téhéran, pour un voile mal mis. Deux mèches folles au vent ; un attentat à la pudeur dans les rues de la République islamique d’Iran. La mort suspecte de la jeune femme, le 16 septembre 2022, ouvre les vannes d’un formidable éboulement contre le régime des mollahs. Dans les rues d’Iran, des femmes brûlent leur hijab, et des hommes – prouvant que le féminisme est un universalisme, et pas un combat en "non-mixité" – se soulèvent aux côtés de leurs sœurs, de leurs amies, de leurs amoureuses, en un élan commun de courage fou.

En retour, le régime, affolé, tire sur la jeunesse, et terrifie ses parents. Il emprisonne, torture, laisse violer. Exécute. Un parmi des dizaines : Majidreza Rahnavard, 23 ans, condamné à mort pour "inimitié envers Dieu". Dans une vidéo diffusée à la suite de son exécution par les autorités, le jeune homme apparaît, les yeux bandés, quelques minutes avant sa pendaison en place publique, dans sa ville natale de Machhad le 12 décembre 2022.

"- Qu’avez-vous dit dans votre testament ?" lui demande-t-on hors champ.

- J’ai dit que je ne veux pas qu’on pleure sur ma tombe, répond Majidreza.

- Vous ne voulez pas qu’on y lise le Coran et qu’on y fasse la prière ? insiste l’homme.

- Non. Je ne veux pas qu’on lise le Coran ou qu’on fasse la prière. Je veux qu’on soit joyeux. Et qu’on diffuse des musiques joyeuses."

L'Histoire se passera des tièdes

Courage des gens ordinaires. Courage, aussi, de réalisateurs, acteurs, chanteurs, qui prennent tous les risques, rappelant au monde cette vérité formulée un jour par André Malraux : "Rien n’est plus important dans l’histoire que de faire partie des gens qui ont été capables de dire "non"." Je me souviens du concert, il y a un an, en plein désert iranien, de la chanteuse Parastoo, longs cheveux châtains en liberté, robe noire, bras nus. Le concert filmé puis publié sur Internet s’ouvrait par un texte court qui débutait ainsi : "Je suis Parastoo, une jeune fille qui désire chanter pour un peuple qu’elle aime. C’est un droit auquel je n’ai pas pu renoncer…" Je me souviens, aussi, des mots de Jafar Panahi, après sa palme d’or, en mai dernier, avant de s’en retourner à Téhéran : "Pour moi, le régime s’est déjà effondré. Il ne reste qu’une coquille vide."

Les mollahs ont eu beau réprimer et faire régner l’arbitraire pour mieux imposer la terreur - qui sera arrêté ? Qui sera relâché ? Qui sera exécuté ? –, l’Iran a totalement changé. Par la rue, et par le quotidien. Les photos qui nous parviennent depuis quelques mois de Téhéran, notamment, montrent des femmes sans voile, partout, comme si les mœurs avaient débordé les lois.

L’Histoire ridiculisera ceux des militants dits progressistes, en Occident, qui ont rivalisé de pudeurs et de prudences sur cette révolution féministe inédite. Par relativisme culturel, par peur de passer pour islamophobe ou "antivoile", ils se sont tus. L’Histoire se passera d’eux. Elle est en cours. Cette fois, ou la prochaine. Ou la prochaine encore. Les mollahs tomberont.

© ZUMA Press Wire via Reuters Conn

29 décembre 2025, Téhéran, Iran. (Crédit image : © Fars News Agency via ZUMA Press Wire)

"HugoDécrypte en Russie", la BD qui dérange Vladimir Poutine

4 janvier 2026 à 07:45

Publiée en novembre, la bande dessinée HugoDécrypte en Russie* est déjà un succès d’édition. Avec 80 000 exemplaires vendus, voici cet ouvrage dans le peloton de tête des best-sellers du genre, avec Astérix en Lusitanie, le dernier Blake et Mortimer ou le nouvel album du Chat, de Philippe Geluck. Deux traductions, en espagnol et en coréen, sont en cours ; d’autres sont prévues. Mais la preuve ultime du succès de cet album de 200 pages qui raconte l’histoire de la Russie à travers les yeux du youtubeur journaliste Hugo Travers (représenté comme un Tintin moderne qui voyage à travers les siècles pour interviewer Ivan le Terrible, Raspoutine ou Staline) provient de Moscou.

Publiée en novembre 2025, la bande dessinée d'Hugo Travers rencontre un succès qui incommode le Kremlin.
Publiée en novembre 2025, la bande dessinée d'Hugo Travers rencontre un succès qui incommode le Kremlin.

Car sur les rives de la Moskova, la BD du fondateur d'HugoDécrypte, le média en ligne le plus suivi par les Français de moins de 35 ans, fait jaser. Peu après sa parution en France, un certain Roman Krastelev s’émeut, sur la chaîne RuNews24, que l’ouvrage soit déjà classé numéro 1 sur le site de vente en ligne Amazon. En direct, le politicien moscovite pointe les auteurs du doigt : "Ils accusent systématiquement la Russie de déclencher des guerres, des conflits internationaux et de despotisme sanglant. Et ils ne se gênent pas pour représenter les personnages historiques russes de manière caricaturale", dénonce ce dirigeant du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), le parti de feu Vladimir Jirinovski qui n’est ni "libéral" ni "démocrate", mais d’extrême droite et pro guerre.

"Ceci est particulièrement ridicule venant de la part de représentants d’un pays qui, il y a deux siècles, a attaqué la Russie et subi une défaite", poursuit le quadragénaire, en faisant référence à la campagne de Russie de Napoléon. "Visiblement, conclut Roman Krastelev, cette production imprimée, nuisible et de bas étage, a pour but de façonner l’opinion sur la Russie dès le jeune âge et d’apprendre aux enfants comment ne pas aimer les Russes et la Russie. C’est bête, c’est minable, mais que faire ?"

Une case de la bande dessinée
Une case de la bande dessinée "HugoDécrypte en Russie". On reconnait Vladimir Poutine (entre deux généraux russes) et Hugo Travers, en sweat-shirt blanc.

On voit ainsi que, dans sa guerre de l’information, la Russie est attentive à tout ce qui se publie à son sujet, ses ambassades à l’étranger ayant pour mission de détecter en amont les mauvais "buzz". En l’occurrence, deux semaines après la parution de l’album HugoDécrypte en Russie, Jean-Noël Barrot faisait la promotion de l’album sur son compte Instagram (42K followers). Comme en réponse au ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, l’agence Ria Novosti (équivalent de l’Agence France Presse) publie une dépêche afin de faire savoir à toute la Russie qu’une "malfaisante" BD antirusse connaît un grand succès en France. Une performance d’autant plus fâcheuse qu’Hugo Travers n’est pas le dernier des journalistes : sa chaîne YouTube HugoDécrypte est suivie par… plus de 20 millions d’abonnés !

Une case de la bande dessinée
Une case de la bande dessinée "HugoDécrypte en Russie" où l'on voit le journaliste youtubeur avec le tsar Ivan III.

"Les autorités russes ne peuvent concevoir qu’un tel ouvrage soit publié par un youtubeur indépendant, remarque Pierre Gonneau, l’un des quatre historiens qui a validé l’exactitude des informations contenues dans HugoDécrypte en Russie. Le Kremlin voit cette bande dessinée comme un manuel officiel visant à endoctriner les écoliers hexagonaux." Il est vrai qu’il n’existe, en Russie, qu’un seul livre d’Histoire destiné aux jeunes : c’est le nouveau manuel distribué dans tous les lycées du pays depuis 2023, où Poutine est présenté comme un sauveur ; la Crimée, comme une province russe ; les Ukrainiens, comme des génocidaires et les Russes, comme un peuple victime de l’agression occidentale."

"Au lycée, le programme de première étudie l’histoire russe jusqu’en 1945 avec une place considérable dédiée à la Seconde Guerre mondiale, poursuit Pierre Gonneau. Puis, en Terminale, les élèves se penchent sur la période qui va de l’après-guerre jusqu’à "l’opération spéciale" en Ukraine, présentée comme une nécessité absolue par les enseignants. A cela s’ajoute, chaque lundi, après le lever des couleurs, une heure de "conversations sur l’essentiel", autrement dit de discussion sur le thème du jour : la guerre, la démographie, les valeurs traditionnelles, la religion, etc."

Accusations de "russophobie"

En matière de BD, la Russie n’est pas en reste. L’une des plus célèbres s’intitule Staline : 20 leçons. C’est un plaidoyer pour le "Petit père des peuples". "Au fil des pages, le lecteur est prié de comprendre que Staline avait raison sur presque tout, raconte l’historien Pierre Gonneau, qui l’a lue. Lorsqu’une fillette fait remarquer que le règne stalinien a tout de même fait quelques victimes [NDLR : entre 15 et 20 millions de morts], Molotov en personne lui explique l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… A un garçon qui s’inquiète de purges dans l’armée, Beria, le bras droit de Staline, se montre rassurant : il lui explique que des centaines de milliers de détenus ont été libérés du goulag pour combattre les Allemands. Et à propos de la "terreur jacobine", il explique que toutes les révolutions sont passées par là… Bien entendu, la déstalinisation n’est pas évoquée. Au contraire, le récit s’achève sur la première mission spatiale de Gagarine qui, est-il souligné, n’aurait jamais vu le jour sans le grand Staline." Le récit se conclut sur cette morale : "Gagarine, c’est l’URSS !"

Couverture de la récente B.D. russe
Couverture de la récente B.D. russe "Staline : vingt leçons" qui chante les louanges du "Petit père des peuples"

A l’inverse, pour le Kremlin, la bande dessinée d’Hugo Travers relève de la "russophobie" – vocable officiel, défini par un décret, qui est la version moderne de l’expression "anticommunisme primaire" usitée pendant la guerre froide. "L’écho donné par Moscou à HugoDécrypte en Russie montre que l’Histoire reste un combat politique incessant", observe l’éditeur Guillaume Allary, pour qui ce livre représente un enjeu démocratique majeur à l’heure où les réseaux sociaux sont noyés sous la désinformation. "Grâce à la crédibilité d'HugoDécrypte, source d’information préférée des moins de 35 ans, nous proposons un vrai savoir, accessible dès la classe de 3e et sur lequel peuvent s’appuyer les enseignants qui le veulent. Le cœur du sujet de notre BD, c’est l’impérialisme. Si l’on ignore la dimension impériale de l’histoire russe, on ne comprend rien à la Russie. Voilà d’ailleurs pourquoi Donald Trump et son envoyé spécial Steve Witkoff ne saisissent rien à ce qui arrive, glisse Allary. Pour eux, la guerre en Ukraine se résume à un conflit régional avec, en perspective, du business potentiel à faire avec Moscou." A quand une version HugoDécrypte en Russie en langue anglaise, d’une lecture accessible au clan Trump ?

*HugoDécrypte en Russie (Allary Editions, novembre 2025) par Kris (scénario), Kokopello (dessins) et HugoDécrypte. 207 pages, 26 euros.

© Allary Editions

Hugo Travers, alias HugoDécrypte, est la source d'information numéro 1 des moins de 35 ans en France.
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