Venezuela : la capture de Nicolas Maduro, un exploit militaire (au mépris du droit international)
Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, des éléments de la Delta Force, l’unité spéciale la plus pointue de l’US Army, se sont emparés du dictateur vénézuélien et de son épouse Cilia Flores et les ont immédiatement exfiltrés en dehors du pays. Selon toute vraisemblance, le commando de la Delta Force a bénéficié du soutien des hélicoptères du 160th Special Operations Aviation Regiment, les "Night Stalkers", ainsi que d’autres éléments du JSOC (Joint Special Operations Command) et de la CIA.
Une telle action n’a pu se faire qu’avec un exceptionnel niveau de renseignement et, sans doute, quelques complicités au sein du régime bolivarien. Au même moment, une "frappe à grande échelle", selon Donald Trump, a visé des installations militaires et stratégiques dans la capitale Caracas et aux environs. On devrait rapidement en savoir plus sur le déroulé de cette opération – y compris le nom qui lui a été donné par le Pentagone.
Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a rapidement assuré qu’il n’y aurait pas de suites militaires ("no further action"), l’opération visant à présenter Nicolas Maduro devant la justice américaine. Le président vénézuélien fait, depuis mars 2020, l’objet d’une accusation fédérale américaine pour "narcoterrorisme, importation de cocaïne, possession d’armes à feu, corruption et abus de pouvoir". Dans leurs documents officiels, les Etats-Unis placent désormais la menace représentée par le narcotrafic et les "organisations criminelles transnationales" à un niveau comparable à celui du terrorisme islamique.
Message à Vladimir Poutine
Il n’en reste pas moins que la capture de Nicolas Maduro pose de sérieuses questions en termes de droit international. Visiblement, les Etats-Unis de Donald Trump n’en font plus guère de cas. Mais est-ce vraiment si nouveau ?
Ce succès militaire américain offre en tout cas un contraste saisissant avec l’échec de la Russie à capturer, le 24 février 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, comme elle en avait alors l’intention en déclenchant son "opération militaire spéciale". L’opération Maduro est également un message envoyé par Donald Trump à Vladimir Poutine. Il peut se résumer ainsi : "Vous n’êtes pas capable de protéger vos alliés dans notre zone d’intérêt." Après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, patronnée alors par la Turquie avec la bienveillance occidentale, ce nouvel épisode fera réfléchir tous les régimes qui souhaiteraient se placer sous la protection de Moscou. Aucun doute non plus que le message a été également reçu en Chine, un allié essentiel du régime Maduro.
Sur le plan militaire, il est difficile de trouver un précédent aussi spectaculaire. On songe évidemment à l’éviction du président du Panama Manuel Noriega. Déclenchée le 20 décembre 1989, l’opération "Just Cause" visait à arrêter ce dirigeant, accusé (déjà !) de narcotrafic. Mais l’armée américaine d’alors n’était pas aussi affûtée que celle d’aujourd’hui : il y eut plusieurs centaines de morts et Noriega parvint, depuis chez sa maîtresse, à se réfugier à la nonciature apostolique, la représentation officielle du Vatican. Il y resta assiégé plusieurs jours, l’armée américaine utilisant alors une arme psychologique (psy-ops) en diffusant non-stop et à plein volume de la musique rock ! Surnommé "face d’ananas" à cause de son visage grêlé, Noriega se rendit finalement le 3 janvier 1980 – 36 ans jour pour jour avant l’arrestation de Maduro. Il terminera sa vie, en 2017, dans les prisons américaines, françaises puis panaméennes.
Précédent Amin
Un an avant "Just Cause", les Soviétiques avaient mené l’opération Storm 333 à Kaboul. Le 27 décembre 1979, les Spetznaz (forces spéciales) du KGB avaient pris d’assaut le palais présidentiel Tajbeg dans la capitale afghane. Il s’agissait d’en déloger Hafizullah Amin, certes communiste, mais pas assez aligné sur Moscou. Amin et sa famille sont alors délibérément tués au cours de l’opération et il est remplacé par le communiste Babrak Karmal, membre de la faction Khalq du parti.
Dans son histoire post-coloniale, la France n’a parfois pas hésité à s’en prendre à certains chefs d’Etat africains. Le cas le plus célèbre est celui de l’empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa, renversé en septembre 1979 par le SDECE – l’ancêtre de la DGSE - et les parachutistes français (opérations Caban et Barracuda) alors qu’il était en visite en Libye. L’affaire se fît, si l’on ose dire, en douceur. L’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, fut un peu plus mouvementée. Président sortant de la Côte d’Ivoire, Gbagbo contestait le résultat des élections qui avaient donné la victoire à son opposant Alassane Ouattara. Alors qu’il s’était retranché dans sa résidence officielle de Cocody, l’armée française donna alors un sérieux coup de main aux forces ivoiriennes pour s’en emparer manu militari.
D’un point de vue opérationnel, l’action contre Nicolas Maduro rappelle celle contre Oussama Ben Laden, très bien racontée par le film Zero Dark Thirty de Katherine Bigelow (2012). Dans la nuit du 1er au 2 mai 2011, un commando de Navy Seals prenait d’assaut la maison de l’initiateur des attentats du 11 Septembre, dans la ville pakistanaise d’Abbottabad. L’opération Neptune Spears visait à "neutraliser" Ben Laden. En clair à le tuer, même si l’hypothèse d’une capture n’était pas exclue – non sans une certaine hypocrisie. La même action fut entreprise contre le leader du groupe Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, en octobre 2019, mais par la Delta Force cette fois.
Parmi les opérations spéciales les plus sensationnelles concernant des chefs politiques figure également la libération de Benito Mussolini. Renversé par une partie des siens, le 25 juillet 1943, le Duce était détenu dans un hôtel de montagne au Gran Sasso. Un commando allemand, dirigé par le SS Otto Skorzeny, conduit une opération audacieuse avec des planeurs et libère le dirigeant fasciste, le 12 septembre suivant. Les nazis le réinstallent alors à la tête de la République sociale italienne, la "république de Salò", qui perdurera jusqu’en avril 1945.

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