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Attaque américaine au Venezuela : "Cuba craint d’être la prochaine cible si le Venezuela tombe"

3 janvier 2026 à 18:30

C'est un événement historique, qui suscite l'émoi du monde entier et pose de nombreuses questions sur le plan du droit international. Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, des éléments de la Delta Force, l’unité spéciale la plus pointue de l’US Army, se sont emparés du dictateur vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores et les ont immédiatement exfiltrés en dehors du pays, accusés par Washington de "narcoterrorisme".

Originaire du Venezuela et maître de conférences en sociologie à l'Université Paris-Nanterre, Pedro José Garcia Sanchez évoque les répercussions qu'une telle situation pourrait avoir dans la région.

L’Express : Les Etats-unis accusent Nicolas Maduro de "narcoterrorisme" et dénoncent un "complot pour importation de cocaïne" pour justifier leur intervention au Venezuela. Qu’en est-il réellement ?

Le Venezuela est effectivement devenu un hub pour les criminels, de nombreuses bases factuelles étayent les accusations des Américains sur l’importation de drogues dans le pays. D’abord, l’extradition en 2023 d’Hugo Armando Carvajal Barrios, surnommé "El Pollo", un militaire qui a dirigé pendant une dizaine d’années le service de renseignement vénézuélien sous les gouvernements d’Hugo Chavez et Nicolas Maduro, et à qui Washington reprochait un chargement de plus de cinq tonnes de cocaïne qu’il avait fait importer aux Etats-Unis via le Mexique. En 2015, lui et d’autres hauts fonctionnaires vénézuéliens étaient également visés par une enquête de la justice américaine pour leur implication dans un vaste trafic de cocaïne entre la Colombie, le Mexique et les Etats Unis - Hugo Armando Carvajal Barrios a depuis plaidé coupable.

Plus récemment, un groupe de réflexion spécialisé dans la criminalité et la sécurité en Amérique latine, InSight Crime, a confirmé que le trafic de drogue était fortement ancré au sein du gouvernement vénézuélien, notamment via "le Cartel des Soleils", un "système de corruption dans lequel profitent des responsables militaires et politiques en collaborant avec des trafiquants de drogue". En décembre, la CIA a aussi procédé à une frappe de drones visant une installation sur un port de la côte des Caraïbes, utilisée par le gang Tren de Aragua pour stocker de la drogue et la charger sur des navires à destination des Etats-Unis, d’après les informations des services américains.

Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain, est cubano-américain, et connaît donc bien le fonctionnement de ces pays, où s’entremêlent politique, argent sale et crimes organisés. Il est très probable qu’il ait eu un rôle dans cette intervention américaine, qui marque un changement de paradigme pour les Etats-Unis, dont l’action contre la drogue se basait jusqu’à présent sur le financement et la collaboration avec des gouvernements alliés d’Amérique latine.

Le régime vénézuélien pourrait-il donc tomber ?

C’est possible et souhaitable. Mais il faut éclaircir avant pourquoi les Etats-Unis ont seulement ciblé aujourd'hui Nicolas Maduro, et non les autres cadors du régime. A l’image de Vladimir Padrino López, ministre de la Défense depuis onze ans, lui aussi inculpé par les Américains en 2020 pour "narco-terrorisme", ou de Delcy Rodriguez, la vice-présidente donnée comme une potentielle successeure de Maduro à la présidence du pays. Ces derniers ont d’ailleurs annoncé avoir donné des ordres très clairs à la Force armée nationale bolivarienne, l’armée du Venezuela, pour que "tous les plans de défense intégrale de la nation soient activés". Puis, Edmundo González, le président élu en juillet 2024, sa vice-présidente Maria Corina Machado, prix Nobel de la Paix 2025 et leur équipe sont prêts pour mettre en place la transition vers la démocratie.

J’ai vu des vidéos sur les réseaux sociaux qui montrent des Vénézuéliens sortant des casseroles par les fenêtres pour manifester leur enthousiasme, mais la répression par l’armée est toujours trop forte pour espérer des manifestations publiques explicites. Néanmoins, il convient de rappeler que des sondages réalisés par le passé montraient que sept Vénézuéliens sur dix souhaitaient le départ de Maduro, ce qui ne veut pas dire que l'ensemble de la population approuve l'interventionnisme américain. Chez les Vénézuéliens exilés, beaucoup se disent peut-être qu’ils pourront revenir dans leur pays, bien qu’ils attendent avec méfiance la suite des événements.

Quelles peuvent être les répercussions dans la région ?

En premier lieu, il pourrait y avoir des répercussions économiques pour Cuba, un allié important du Venezuela qui continue de recevoir du pétrole de sa part, ainsi que de la Russie et du Mexique. En effet, l'île traverse des graves problèmes énergétiques, avec des coupures d’électricité de dix-huit heures dans la plupart des régions et cela va s’aggraver avec la fermeture du robinet vénézuélien.

Plus grave sur un plan politique : le pays dirigé par le clan Castro craint d’être la prochaine cible de Washington si le Venezuela tombe, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio ayant d’ailleurs multiplié les attaques verbales contre La Havane. Des sources diplomatiques ont d’ailleurs fait état de conversations secrètes entre des responsables cubains et américains pour évoquer l’après-chavisme.

Les autres pays d’Amérique latine, comme le Mexique et la Colombie, ont également condamné l’attaque qui, selon eux, mettrait gravement en péril "la stabilité régionale", tandis que l’Argentine, l’Equateur, Panama, Chili et le Paraguay s’en réjouissent. Sur un plan plus global, la Chine, qui est devenue le banquier du Venezuela avec des dizaines de milliards de dollars avancés via des accords "pétrole contre prêts", voudra nécessairement récupérer l’argent qu’elle a investi. Il y a, de fait, un affrontement économique pour les ressources que détient le pays, entre les puissances américaines, chinoises et russes.

© REUTERS

Une femme réagit alors que des partisans du gouvernement se rassemblent, après que le président américain Donald Trump a déclaré que les États-Unis avaient frappé le Venezuela et capturé son président Nicolas Maduro, à Caracas, au Venezuela, le 3 janvier 2026. REUTERS/Gaby Oraa

Venezuela : la capture de Nicolas Maduro, un exploit militaire (au mépris du droit international)

3 janvier 2026 à 17:00

Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, des éléments de la Delta Force, l’unité spéciale la plus pointue de l’US Army, se sont emparés du dictateur vénézuélien et de son épouse Cilia Flores et les ont immédiatement exfiltrés en dehors du pays. Selon toute vraisemblance, le commando de la Delta Force a bénéficié du soutien des hélicoptères du 160th Special Operations Aviation Regiment, les "Night Stalkers", ainsi que d’autres éléments du JSOC (Joint Special Operations Command) et de la CIA.

Une telle action n’a pu se faire qu’avec un exceptionnel niveau de renseignement et, sans doute, quelques complicités au sein du régime bolivarien. Au même moment, une "frappe à grande échelle", selon Donald Trump, a visé des installations militaires et stratégiques dans la capitale Caracas et aux environs. On devrait rapidement en savoir plus sur le déroulé de cette opération – y compris le nom qui lui a été donné par le Pentagone.

Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a rapidement assuré qu’il n’y aurait pas de suites militaires ("no further action"), l’opération visant à présenter Nicolas Maduro devant la justice américaine. Le président vénézuélien fait, depuis mars 2020, l’objet d’une accusation fédérale américaine pour "narcoterrorisme, importation de cocaïne, possession d’armes à feu, corruption et abus de pouvoir". Dans leurs documents officiels, les Etats-Unis placent désormais la menace représentée par le narcotrafic et les "organisations criminelles transnationales" à un niveau comparable à celui du terrorisme islamique.

Message à Vladimir Poutine

Il n’en reste pas moins que la capture de Nicolas Maduro pose de sérieuses questions en termes de droit international. Visiblement, les Etats-Unis de Donald Trump n’en font plus guère de cas. Mais est-ce vraiment si nouveau ?

Ce succès militaire américain offre en tout cas un contraste saisissant avec l’échec de la Russie à capturer, le 24 février 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, comme elle en avait alors l’intention en déclenchant son "opération militaire spéciale". L’opération Maduro est également un message envoyé par Donald Trump à Vladimir Poutine. Il peut se résumer ainsi : "Vous n’êtes pas capable de protéger vos alliés dans notre zone d’intérêt." Après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, patronnée alors par la Turquie avec la bienveillance occidentale, ce nouvel épisode fera réfléchir tous les régimes qui souhaiteraient se placer sous la protection de Moscou. Aucun doute non plus que le message a été également reçu en Chine, un allié essentiel du régime Maduro.

Sur le plan militaire, il est difficile de trouver un précédent aussi spectaculaire. On songe évidemment à l’éviction du président du Panama Manuel Noriega. Déclenchée le 20 décembre 1989, l’opération "Just Cause" visait à arrêter ce dirigeant, accusé (déjà !) de narcotrafic. Mais l’armée américaine d’alors n’était pas aussi affûtée que celle d’aujourd’hui : il y eut plusieurs centaines de morts et Noriega parvint, depuis chez sa maîtresse, à se réfugier à la nonciature apostolique, la représentation officielle du Vatican. Il y resta assiégé plusieurs jours, l’armée américaine utilisant alors une arme psychologique (psy-ops) en diffusant non-stop et à plein volume de la musique rock ! Surnommé "face d’ananas" à cause de son visage grêlé, Noriega se rendit finalement le 3 janvier 1980 – 36 ans jour pour jour avant l’arrestation de Maduro. Il terminera sa vie, en 2017, dans les prisons américaines, françaises puis panaméennes.

Précédent Amin

Un an avant "Just Cause", les Soviétiques avaient mené l’opération Storm 333 à Kaboul. Le 27 décembre 1979, les Spetznaz (forces spéciales) du KGB avaient pris d’assaut le palais présidentiel Tajbeg dans la capitale afghane. Il s’agissait d’en déloger Hafizullah Amin, certes communiste, mais pas assez aligné sur Moscou. Amin et sa famille sont alors délibérément tués au cours de l’opération et il est remplacé par le communiste Babrak Karmal, membre de la faction Khalq du parti.

Dans son histoire post-coloniale, la France n’a parfois pas hésité à s’en prendre à certains chefs d’Etat africains. Le cas le plus célèbre est celui de l’empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa, renversé en septembre 1979 par le SDECE – l’ancêtre de la DGSE - et les parachutistes français (opérations Caban et Barracuda) alors qu’il était en visite en Libye. L’affaire se fît, si l’on ose dire, en douceur. L’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, fut un peu plus mouvementée. Président sortant de la Côte d’Ivoire, Gbagbo contestait le résultat des élections qui avaient donné la victoire à son opposant Alassane Ouattara. Alors qu’il s’était retranché dans sa résidence officielle de Cocody, l’armée française donna alors un sérieux coup de main aux forces ivoiriennes pour s’en emparer manu militari.

D’un point de vue opérationnel, l’action contre Nicolas Maduro rappelle celle contre Oussama Ben Laden, très bien racontée par le film Zero Dark Thirty de Katherine Bigelow (2012). Dans la nuit du 1er au 2 mai 2011, un commando de Navy Seals prenait d’assaut la maison de l’initiateur des attentats du 11 Septembre, dans la ville pakistanaise d’Abbottabad. L’opération Neptune Spears visait à "neutraliser" Ben Laden. En clair à le tuer, même si l’hypothèse d’une capture n’était pas exclue – non sans une certaine hypocrisie. La même action fut entreprise contre le leader du groupe Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, en octobre 2019, mais par la Delta Force cette fois.

Parmi les opérations spéciales les plus sensationnelles concernant des chefs politiques figure également la libération de Benito Mussolini. Renversé par une partie des siens, le 25 juillet 1943, le Duce était détenu dans un hôtel de montagne au Gran Sasso. Un commando allemand, dirigé par le SS Otto Skorzeny, conduit une opération audacieuse avec des planeurs et libère le dirigeant fasciste, le 12 septembre suivant. Les nazis le réinstallent alors à la tête de la République sociale italienne, la "république de Salò", qui perdurera jusqu’en avril 1945.

© REUTERS

Le président vénézuélien Nicolas Maduro brandit l'épée de Simon Bolivar alors qu'il s'adresse aux membres des forces armées, de la milice bolivarienne, de la police et à des civils lors d'un rassemblement contre une éventuelle escalade des actions américaines à l'encontre du pays, à la base militaire de Fort Tiuna à Caracas, au Venezuela, le 25 novembre 2025. REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria/Photo d'archive

"Mort à Khamenei !" En Iran, les manifestations "contre la vie chère" prennent une tournure politique

3 janvier 2026 à 12:46

Un simple mouvement "contre la vie chère" ? Depuis le début de la mobilisation le 28 décembre, partie des bazars de Téhéran pour s’étendre à tout l’Iran, les manifestants affichent de plus en plus des revendications politiques, bien au-delà de la simple question économique.

A l’origine, les commerçants de la capitale ont fermé boutique pour protester contre l’inflation causée par la dépréciation de la monnaie nationale, puis ont été rejoints par les étudiants qui ont manifesté dans une dizaine d’universités à travers le pays. Le 31 décembre, le procureur général de la République islamique avait alors mis en garde, affirmant que le pouvoir judiciaire fera preuve de "fermeté" si les manifestations contre la vie chère en Iran étaient instrumentalisées à des fins de "déstabilisation".

Pour comprendre qu'il s'agit bien plus d'une simple protestation contre la situation économique, un simple coup d'œil aux slogans affichés dans la rue suffit. "Mort à Khamenei", "A bas le dictateur !", "Iranien ! Crie haut et fort pour tes droits !", pouvait-on lire sur les pancartes des protestataires, comme le rapporte Le Figaro. Des phrases chocs qui dénoncent les "fausses promesses" du régime et réclament la "fin du tyran", en référence à Ali Khamenei, le guide suprême iranien. Depuis le mouvement "Femme, Vie, Liberté", à la suite de la mort de Mahsa Amini, arrêtée pour un voile mal porté en 2022, une grande partie de la population exprime en effet son ras-le-bol face aux lois obsolètes d’un régime islamique au pouvoir depuis 45 ans, qui ne représente plus guère qu’une petite frange des Iraniens. "Depuis l’instauration de la République islamique en 1979, le pouvoir n’a cessé de promouvoir la mort et la violence. Or, les Iraniens aiment la vie. Ils aiment leurs coutumes ancestrales et leurs fêtes", observe une cinéaste iranienne auprès du Figaro.

Des réactions contrastées

Cette dimension politique de la révolte, d’ailleurs, n’a pas échappé aux autres Etats, à commencer par Israël, dont le Mossad, le service de renseignement extérieur du pays, a invité en persan les protestataires iraniens à intensifier leur mobilisation, affirmant sur X être présent avec eux "sur le terrain". Donald Trump, lui, a assuré que les Etats-Unis étaient "prêts" à intervenir si des manifestants étaient tués en Iran, provoquant une mise en garde de Téhéran contre un risque de "déstabilisation" de la région.

En France, une partie de la gauche s’est en revanche concentrée sur l’aspect économique de la révolte, suscitant les critiques de certains observateurs qui les accusent d'occulter la nature politique de la révolte contre le régime islamiste. "Immense soutien au peuple iranien qui se mobilise depuis des jours contre la vie chère et pour ses droits. Votre courage force le respect", a simplement réagi le député de La France insoumise (LFI) Thomas Portes, tandis que Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, a écrit sur X : "Vive le courage du peuple iranien qui se mobilise contre la vie chère et pour ses droits."

De son côté, le fondateur du mouvement, Jean-Luc Mélenchon, a dit regarder avec "sympathie l’insoumission populaire qui affirme le droit à une vie digne", tout en s’interrogeant sur le rôle joué par Israël : "[…] en manifestant son soutien, le Mossad cherche à exaspérer les tensions entre Iraniens. Dans quel autre pays sinon sous ce gouvernement Netanyahou d’extrême droite un service d’espionnage exprime-t-il un point de vue public sur les événements dans un autre pays ?", a-t-il déclaré sur le même réseau social.

"Rien à voir avec le capitalisme"

"Nous sommes bien trop intelligents et éclairés pour vous laisser instrumentaliser notre cause contrairement à d’autres assez idiots pour croire que vous avez une once d’humanisme", a commenté en réponse au post de Thomas Portes Femme Azadi, une association féministe iranienne. "En 2022, notre slogan était : Femme, vie, liberté. En 2026, notre slogan est : Ceci est notre dernière bataille, Pahlavi va rentrer", en référence au fils exilé du dernier roi d'Iran, renversé par la révolution de 1979, qui appelle sur ses réseaux sociaux le peuple iranien à renverser le régime. "Les Iraniens scandent : À bas les trois pourritures : mollahs, gauchistes, moudjahidine. Cela n’a rien à voir avec le capitalisme", s’emporte également auprès de Marianne Mona Jafarian, militante et écrivaine iranienne vivant en France, auteure de Mon Combat (Stock, 2025) et cofondatrice de l'association Femme Azadi.

Le porte-parole de la police iranienne, Saïd Montazeralmahdi, a d’ailleurs aussi cherché à circonscrire les revendications de cette gigantesque mobilisation. "Ces protestations de nature purement économique et civile expriment la volonté de la population d’améliorer ses conditions de vie", a-t-il souligné dans une déclaration, avant d’avertir : "La police distingue clairement les revendications légitimes de la population des actions destructrices […] et ne permettra pas à des ennemis de transformer les protestations civiles en troubles et en chaos". Pour l’heure, trente personnes accusées de "troubles à l’ordre public" ont été arrêtées à Téhéran, et six personnes sont décédées.

© via REUTERS

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'exprime lors d'une réunion à Téhéran, en Iran, le 3 janvier 2026. Bureau du guide suprême iranien/WANA (Agence de presse d'Asie occidentale)/Document fourni par REUTERS

Ce que l’on sait des explosions au Venezuela

3 janvier 2026 à 10:18

De multiples explosions ont secoué ce samedi 3 janvier la ville de Caracas, au Venezuela, où des colonnes de fumée noire et des avions étaient visibles, d’après des témoins de Reuters et des images circulant sur les réseaux sociaux. Le courant est coupé dans plusieurs secteurs de la ville, et le président Nicolas Maduro accuse les Etats-Unis d’en être responsables. L’Express fait le point sur la situation.

· Des explosions à plusieurs endroits de la ville

Dès 2 heures du matin, des avions et des bruits forts ont été entendus dans plusieurs endroits de Caracas, la capitale, et une colonne de fumée était visible, ont rapporté des témoins de Reuters. Des images circulant sur les réseaux sociaux montrent de grands incendies avec des dégagements de fumée, et l’agence américaine AP a dénombré au moins sept explosions, tout en mentionnant le vol d’appareils à basse altitude.

Certaines ont été entendues à l’aéroport et au port de Caracas, a affirmé une habitante de la Guaira à l’AFP, sous couvert d’anonymat. D’autres habitants ont dit avoir entendu des explosions à Higuerote, à une centaine de kilomètres à l’est de Caracas. Toujours selon Reuters, une panne de courant affectait le sud de la ville, à proximité d’une importante base militaire. Pour l’heure, les causes et les lieux précis des incidents ne sont pas connus.

· Une agression des Etats-Unis ?

Très vite, le Venezuela a dénoncé une "très grave agression militaire perpétrée par […] les Etats-Unis contre le territoire et la population vénézuéliens", dans un communiqué partagé par le ministère des Affaires étrangères. Ces attaques, précise-t-il, ont été commises "dans les localités civiles et militaires de Caracas et les Etats de Miranda, Aragua et La Guaira autour de Caracas".

"Cet acte constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, en particulier de ses articles 1 et 2, qui consacrent le respect de la souveraineté, l’égalité juridique des États et l’interdiction du recours à la force, dénonce le communiqué. Une telle agression menace la paix et la stabilité internationales, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes, et met gravement en danger la vie de millions de personnes", poursuit-il, alors que Nicolas Maduro a ordonné l’état d’exception et a appelé à la "mobilisation".

Ces accusations ne sortent pas de nulle part, car Donald Trump a promis à plusieurs reprises de mener des opérations terrestres au Venezuela. Selon Reuters, sans détailler publiquement ses objectifs, le dirigeant américain a fait pression en privé sur son homologue vénézuélien pour qu’il quitte le pays, car ce dernier est accusé par Washington d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic. Lundi, Trump a même déclaré qu’il serait "judicieux" pour Maduro de quitter le pouvoir, et a affirmé que les jours du président vénézuélien étaient "comptés".

Interrogé par Reuters, le Pentagone a renvoyé vers la Maison-Blanche, qui s’est refusée à tout commentaire. Un responsable américain aurait toutefois confirmé l’implication de son pays. Selon un message sur X de la journaliste de CBS, Jennifer Jacob, l’administration Trump était dans tous les cas au courant des explosions entendues à Caracas au moment où elles ont eu lieu.

· Que se passe-t-il entre les deux pays ?

Depuis plusieurs mois, les États-Unis ont considérablement renforcé leur présence militaire dans la région, avec notamment un porte-avions, des navires de guerre et des avions de chasse de pointe stationnés dans les Caraïbes. Donald Trump a mené plus d’une vingtaine de frappes contre des navires, responsables, selon lui, du trafic de drogue dans l’océan Pacifique et la mer des Caraïbes, qui déboucherait sur l’importation de produits stupéfiants aux Etats-Unis.

La semaine dernière, le président américain a déclaré que les États-Unis avaient "frappé" une zone du Venezuela où des bateaux transportent de la drogue, marquant ainsi la première opération terrestre connue menée par Washington au Venezuela depuis le début de cette campagne de pression.

De nombreux pays ont condamné ces attaques, les qualifiant d’exécutions extrajudiciaires, et le gouvernement de Nicolas Maduro a toujours nié toute implication dans le trafic de stupéfiants.

© REUTERS

De la fumée s'élève près de Fort Tiuna, une zone militaire, lors d'une panne d'électricité totale, à la suite d'explosions et de bruits forts, dans un contexte de tensions croissantes entre les administrations du président américain Donald Trump et du président vénézuélien Nicolas Maduro, à Caracas, au Venezuela, le 3 janvier 2026. REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria TPX IMAGES DU JOUR

Les Etats-Unis vont "diriger le pays" jusqu’à ce qu'une ce qu'une "transition, appropriée et judicieuse" soit possible, déclare Donald Trump

3 janvier 2026 à 18:06

Des explosions ont eu lieu vers 2 heures du matin (7 heures en France) dans les environs de la capitale vénézuélienne. L'électricité était coupée dans le sud de Caracas, près d'une importante base militaire.

Le Venezuela a dénoncé une "très grave agression militaire" perpétrée "par le gouvernement actuel des États-Unis d’Amérique contre le territoire vénézuélien et sa population", affirmant que des "zones civiles et militaires" ont été touchées à Caracas, la capitale, ainsi que dans les États de Miranda, d’Aragua et de La Guaira. Le bilan humain est encore inconnu.

Le président américain, Donald Trump, qui a confirmé avoir mené "avec succès une frappe de grande envergure contre le Venezuela", a annoncé que son dirigeant, le président Nicolas Maduro, et son épouse, ont été capturés et exfiltrés du pays. Ils ont été "inculpés dans le district sud de New York", et devront répondre d'accusations liées à la drogue et au terrorisme. Le dirigeant vénézuélien, au pouvoir depuis 2013, est accusé par Donald Trump d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic, imputations démenties par Nicolas Maduro.

Alors que l'Union européenne appelle à la "retenue", l'Espagne se propose de jouer un rôle de médiateur. "Nous devons tous respecter le droit international", a défendu le premier ministre britannique, Keir Starmer.

17h53

"Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse", déclare Donald Trump

Les Etats-Unis vont maintenir leur rôle au Venezuela jusqu'à ce qu'une "transition, appropriée et judicieuse" soit possible, a déclaré samedi Donald Trump lors d'une conférence de presse. "Nous voulons la paix, la liberté et la justice pour le grand peuple vénézuélien, y compris pour les nombreux Vénézuéliens qui vivent actuellement aux Etats-Unis et qui souhaitent retourner dans leur pays. C’est leur patrie. Nous ne pouvons pas prendre le risque qu’un autre s’empare du Venezuela qui ne souhaiterait pas le bien du peuple vénézuélien", a déclaré Donald Trump, qui souligne que les Etats-Unis sont "là en ce moment" et vont "y rester jusqu’à ce que la bonne transition puisse avoir lieu".

16h55

Giorgia Meloni juge "légitime" l’"intervention défensive" des Etats-Unis

La présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, a qualifié de "légitime" l'attaque surprise menée au Venezuela par les Etats-Unis, tout en rappelant que la force militaire ne doit pas être utilisée pour obtenir des changements de régime.

"Conformément à la position de longue date de l’Italie, le gouvernement pense qu’une action militaire extérieure n’est pas la manière de mettre fin aux régimes totalitaires, mais considère dans le même temps légitime une intervention militaire défensive contre des attaques hybrides (…), ainsi que dans le cas d’entités alimentant et promouvant le trafic de drogue", a-t-elle déclaré dans un communiqué.

15h56

Aucune solution durable ne peut être imposée de l'extérieur, selon Jean-Noël Barrot

L'opération militaire américaine ayant conduit à la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international, a déclaré samedi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.

"La France rappelle qu'aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l'extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir", a-t-il ajouté dans un message publié sur X.

15h51

Le chef de l'ONU s'exprime sur le Venezuela : l'action des États-Unis crée un "précédent dangereux"

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, est profondément alarmé par l'action des États-Unis au Venezuela qui crée "un dangereux précédent", a déclaré son porte-parole dans un communiqué samedi.

"Le Secrétaire général continue de souligner l’importance du plein respect – par tous – du droit international, y compris de la Charte des Nations Unies. Il est profondément préoccupé par le non-respect des règles du droit international", a déclaré le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric.

15h30

Les États-Unis vont s'impliquer fortement dans l'industrie pétrolière vénézuélienne, affirme Trump

Les États-Unis vont s'impliquer "très fortement" dans l'industrie pétrolière vénézuélienne à la suite de l'opération visant à capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro, a déclaré le président Donald Trump à Fox News samedi.

"Nous avons les plus grandes compagnies pétrolières du monde, les plus grandes, les meilleures, et nous allons y être très impliqués", a-t-il déclaré.

13h36

Nicolas Maduro et son épouse devront répondre aux Etats-Unis d’accusations liées au "narcoterrorisme", selon la procureure générale américaine, Pamela Bondi

Sur X, la procureure générale des Etats-Unis, Pamela Bondi, a annoncé que Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été "inculpés dans le district sud de New York", et devront répondre d'accusations liées à la drogue et au terrorisme. Avant d'énumérer les motifs d'inculpation : "complot en vue de commettre des actes de narcoterrorisme", "complot en vue d’importer de la cocaïne", "possession d’armes automatiques et d’engins destructeurs", "complot en vue de posséder des armes automatiques et des engins destructeurs contre les Etats-Unis".

13h30

Les installations pétrolières vénézuéliennes sont restées intactes lors de la frappe américaine, selon des sources

La production et le raffinage de pétrole de l'État vénézuélien fonctionnaient normalement samedi et n'ont subi aucun dommage des frappes américaines, ont déclaré deux sources connaissant les opérations de la compagnie énergétique PDVSA.

En décembre, Trump a annoncé un blocus des pétroliers entrant ou sortant du pays et les États-Unis ont saisi deux cargaisons de pétrole vénézuélien. Cela a réduit les exportations de ce pays membre de l'OPEP le mois dernier à environ la moitié des 950 000 barils par jour (bpj) qu'il a expédiés en novembre, selon les données de suivi et les documents internes. Les mesures américaines ont incité de nombreux armateurs à éviter les eaux vénézuéliennes , ce qui a rapidement augmenté les stocks de pétrole brut et de carburant de PDVSA. PDVSA a été contrainte de ralentir les livraisons dans les ports et de stocker du pétrole sur des pétroliers afin d'éviter des réductions de la production de pétrole brut ou du raffinage.

Le système administratif de PDVSA ne s'est pas non plus totalement remis de la cyberattaque de décembre qui l'a contraint à isoler les terminaux, les champs pétrolifères et les raffineries de son système central et à recourir à des documents écrits pour poursuivre ses opérations.

12h11

L’Union européenne appelle à la "retenue" au Venezuela

"L’UE a déclaré à plusieurs reprises que M. Maduro manquait de légitimité et a défendu une transition pacifique", a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, dans un message publié sur X, après s’être entretenue avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, et l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) à Caracas. Mais "en toutes circonstances, les principes du droit international et de la Charte des Nations unies doivent être respectés", a-t-elle ajouté avant d'appeler "à la retenue".

11h22

Donald Trump déclare au New York Times que les frappes contre le Venezuela étaient le fruit d'une "bonne planification".

Le président américain Donald Trump a déclaré samedi au New York Times que "beaucoup de bonne planification" avait été mise en œuvre lors des frappes américaines au Venezuela qui ont abouti à la capture du président du pays, Nicolas Maduro. "C'était une opération brillante, en réalité", a déclaré Donald Trump.

11h17

La Russie condamne l'"acte d'agression armée" des États-Unis contre le Venezuela, a déclaré le ministère des Affaires étrangères

La Russie était profondément préoccupée et a condamné un "acte d'agression armée" contre le Venezuela commis par les États-Unis, a déclaré samedi le ministère russe des Affaires étrangères. "Dans la situation actuelle, il est important… d’empêcher toute nouvelle escalade et de se concentrer sur la recherche d’une solution par le dialogue", a déclaré le ministère dans un communiqué.

11h15

Un responsable du département d'État américain affirme que Maduro "pourra être traduit en justice" après sa capture.

Le secrétaire d'État adjoint américain Christopher Landau a déclaré que le président vénézuélien Nicolas Maduro, capturé par les forces spéciales américaines tôt samedi, "sera enfin traduit en justice pour ses crimes".

10h31

Donald Trump affirme que Nicolas Maduro a été "capturé et exfiltré" du Venezuela

Le président américain, Donald Trump, a confirmé ce matin qu’une "opération américaine" a bien été menée au Venezuela samedi matin, confirmant les accusations de Caracas. Il annonce également que l'opération a abouti à la "capture" du président vénézuélien Nicolas Maduro, ainsi que de son épouse. "Les Etats-Unis d’Amérique ont mené avec succès une frappe d’envergure contre le Venezuela et son dirigeant, qui a été capturé avec son épouse, et exfiltré du pays", a-t-il déclaré dans une publication sur son réseau, Truth Social.

10h15

L'Iran condamne la frappe américaine contre le Venezuela comme une violation flagrante de sa souveraineté nationale

L'Iran, allié du Venezuela, a condamné samedi une attaque militaire américaine contre le Venezuela "comme une violation flagrante de sa souveraineté nationale et de son intégrité territoriale".

Le ministère iranien des Affaires étrangères a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à "agir immédiatement pour mettre fin à cette agression illégale" et à traduire les responsables en justice.

9h21

Les États-Unis mènent des frappes au Venezuela, selon un responsable américain

Les États-Unis mènent des frappes à l'intérieur du Venezuela, a déclaré un responsable américain à Reuters tôt samedi.

Le responsable, qui s'exprimait sous couvert d'anonymat, n'a pas fourni de détails.

8h56

Le Venezuela accuse les Etats-Unis de vouloir mener une "guerre coloniale"

"L’objectif de cette attaque n’est autre que de s’emparer des ressources stratégiques du Venezuela, en particulier de son pétrole et de ses minerais, en tentant de briser par la force l’indépendance politique de la nation", dénonce Caracas dans un communiqué officiel.

"Ils n’y parviendront pas. Après plus de deux cents ans d’indépendance, le peuple et son gouvernement légitime restent fermes dans la défense de la souveraineté et du droit inaliénable de décider de leur destin. La tentative d’imposer une guerre coloniale pour détruire la forme républicaine du gouvernement et forcer un 'changement de régime'. en alliance avec l’oligarchie fasciste, échouera comme toutes les tentatives précédentes."

8h51

Le Venezuela affirme rejeter "l'agression militaire" des États-Unis

Le Venezuela rejette "l'agression militaire" des États-Unis, a déclaré le gouvernement du président Nicolas Maduro dans un communiqué publié tôt samedi.

Des attaques ont eu lieu dans la capitale Caracas et dans les États de Miranda, d'Aragua et de La Guaira, indique le communiqué, ce qui a incité Maduro à déclarer l'état d'urgence national et à appeler les forces sociales et politiques à "activer les plans de mobilisation".

8h41

Le gouvernement vénézuélien décrète l'état d'exception et lance un appel à la "mobilisation"

Dans un communiqué, le Venezuela dénonce "la grave agression militaire" perpétrée "par le gouvernement actuel des États-Unis d’Amérique contre le territoire vénézuélien et sa population". Le communiqué affirme que des "zones civiles et militaires" ont été touchées à Caracas, la capitale, ainsi que dans les États de Miranda, d’Aragua et de La Guaira.

"Cet acte constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, en particulier de ses articles 1 et 2, qui consacrent le respect de la souveraineté, l’égalité juridique des États et l’interdiction du recours à la force, dénonce le communiqué. Une telle agression menace la paix et la stabilité internationales, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes, et met gravement en danger la vie de millions de personnes."

8h19

L'administration Trump est au courant des explosions signalées dans la capitale vénézuélienne

Des responsables de l'administration Trump sont au courant des informations faisant état d'explosions et d'avions au-dessus de Caracas, la capitale du Venezuela, tôt samedi matin, a indiqué la journaliste de CBS Jennifer Jacobs sur X.

La Maison-Blanche et le Pentagone n'ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires de Reuters.

07h21

Des bruits forts ont été entendus dans la capitale du Venezuela

Des avions et des bruits forts ont été entendus et une colonne de fumée était visible à Caracas tôt samedi matin, ont rapporté des témoins de Reuters, tandis que l'électricité était coupée dans le sud de la capitale vénézuélienne , près d'une importante base militaire.

Les causes et les lieux précis des incidents n'étaient pas immédiatement connus. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montraient de multiples explosions à travers Caracas. Reuters n'a pas pu vérifier immédiatement l'authenticité de ces vidéos.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump, lors d'une réunion à Washington, le 2 décembre 2025.

Françoise Thom : "Le grand projet de Poutine est celui d’une hégémonie russe sur toute l’Europe"

3 janvier 2026 à 07:45

A l’heure où s’accélèrent les pourparlers en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine semble plus que jamais déterminé à livrer bataille. A l’occasion de ses vœux du nouvel an, le chef du Kremlin a affiché un optimisme intact quant à ses chances de "victoire" à l’aube du quatrième anniversaire du conflit. Sans fournir la moindre preuve, Moscou avait deux jours plus tôt accusé Kiev d’avoir lancé une attaque de drones contre le palais du président russe dans la région de Novgorod. De quoi une fois de plus semer le doute sur sa volonté de faire dérailler les tractations diplomatiques - alors qu'un rapport de la CIA a démenti les allégations russes peu de temps après.

"Tout signe de faiblesse envoyé par l’Occident ne fait qu’encourager le Kremlin à aller toujours plus loin, analyse l’historienne Françoise Thom. Lorsque les dirigeants occidentaux disent vouloir dialoguer avec la Russie, Poutine interprète cela en termes de rapport de force. Sa logique ? Si ses adversaires veulent négocier, c’est qu’ils sont en position de faiblesse et que c’est le moment de pousser son avantage." Dans son nouvel ouvrage La guerre totale de Vladimir Poutine (Editions A l’Est de Brest-Litovsk, 2026), à paraître le 8 janvier, cette spécialiste de l’URSS et de la Russie post-soviétique analyse avec force détails la mécanique infernale guidant le régime russe, son univers mental, et ses ambitions par-delà l'Ukraine. Interview.

L’Express : Dans votre ouvrage, vous écrivez que Poutine évolue "dans le même univers mental" que d’autres tyrans russes avant lui. Que voulez-vous dire ?

Françoise Thom : L’histoire russe a cette spécificité d’être marquée par des épisodes de frénésie autodestructrice de la part de ses dirigeants. L’un des premiers d’entre eux a été Ivan le Terrible. En son temps, il a entraîné la ruine du pays lorsqu’il a décidé de créer l’opritchnina, une partie du territoire de l’Etat que s’attribue le tsar, alors que le reste du pays était livré à la prédation. S’en est suivie une période d’anarchie totale, dont le pays a mis des années à se remettre. Des siècles plus tard, ce même processus a de nouveau été observé lorsque Lénine a mis en place un Etat totalitaire organisé autour d’une caste prédatrice, qui s’est traduit par une spoliation sans précédent de la population russe, poursuivie sous Staline.

Vladimir Poutine s’inscrit dans ce même héritage. En lançant son invasion de l’Ukraine, il a plongé le pays dans une dévastation de plus en plus difficile à cacher. Il aspire à un pouvoir qui n’est limité par rien ni personne et se place dans une logique d’impunité totale où il peut tout se permettre. Cela s’est traduit par la mise en place d’une verticale du pouvoir censée être toute-puissante. Ceux qui la servent ont accès à des privilèges comme des hauts postes au sein du régime ou de juteux contrats publics. A l’inverse, ceux qui perdent les faveurs du chef sont éliminés ou tombent malencontreusement des fenêtres - un mal bien connu en Russie.

De quel tyran Poutine se rapproche-t-il le plus ?

Même s’il a des points communs avec plusieurs d’entre eux, il se rapproche à mon sens beaucoup de Staline. Comme lui, il se voit en "rassembleur des terres russes", dont la mission est de reconstruire l’Empire. On constate que beaucoup de pratiques staliniennes ont été reprises par Poutine. C’est flagrant en Ukraine dans sa manière d’essayer de soumettre les populations conquises. Le déploiement du FSB, l’utilisation de la terreur et l’élimination des élites locales sont autant de méthodes utilisées en son temps par Staline en Pologne, en Tchécoslovaquie et dans les autres pays soi-disant libérés par l’Armée rouge. Et la Rosgvardia, la garde nationale russe, créée par Poutine en 2016, est devenue un instrument de contrôle des territoires occupés, comme l’avait été en son temps le Smersh de Staline.

Alors que Poutine pensait gagner la guerre contre l’Ukraine en quelques jours, celle-ci va entrer dans sa quatrième année. S’il s’est fourvoyé à ce point, c’est, expliquez-vous, parce qu’il a été "victime des mécanismes du système qu’il a mis en place, exactement comme d’autres autocrates sur le trône de Russie avant lui". Quels sont-ils ?

La verticale du pouvoir mise en place par Poutine l’a conduit à n’être entouré que de courtisans qui lui disent ce qu’il a envie d’entendre. Et c’est la grande faiblesse de ce type de régime, qui vit dans une bulle très éloignée de la réalité. Dans le cas de l’Ukraine, ses services lui avaient assuré que 70 % de la population était favorable à Moscou. Poutine pensait dès lors que ses chars seraient accueillis avec des fleurs par le peuple et qu’un soulèvement pro-russe suivrait rapidement. Force est de constater que la réalité a été bien différente.

Et ce phénomène est loin d’avoir disparu. Beaucoup d’éléments montrent que les rapports qu’il reçoit de l’armée sont largement enjolivés. Encore en novembre, le chef d’état-major russe Valery Gerasimov avait triomphé en affirmant que la Russie avait capturé la ville de Kupiansk. Un peu plus de deux semaines plus tard, on y voyait pourtant le président Zelensky venu rendre visite à ses troupes. Ce décalage avec la réalité est une vraie faiblesse du pouvoir russe. Il le compense toutefois par une extrême persévérance dans la réalisation de ses objectifs. En dépit de pertes immenses en Ukraine, Moscou n’a pas revu ses ambitions à la baisse. Cela tient à la nature même du régime mis en place par Poutine, qui dispose d’une expérience inédite dans la conservation du pouvoir. Pour cela, il applique à la lettre les leçons apprises au KGB.

C’est-à-dire ?

Poutine fait des méthodes du KGB un mode de gouvernement. A l’image du nom qu’il a donné à son invasion de l’Ukraine, sa politique se résume à une série d’opérations spéciales. Et cela depuis l’origine. Trois ans après sa prise de fonctions, il avait déjà neutralisé les grands oligarques de l’ère Boris Eltsine - comme Berezovsky ou Goussinski pour ne citer qu’eux. De la même manière, Khodorkovsky, dont il jugeait le contrôle des médias problématique pour la consolidation de son pouvoir, était tombé peu de temps après. Toutes ces purges sont impeccablement organisées et camouflées sous des procédures juridiques.

Hors des frontières russes, vous rappelez dans votre ouvrage que Moscou sait habilement attiser la convoitise de ses interlocuteurs pour parvenir à ses fins. De quelle manière ?

La façon dont Poutine a su utiliser l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, est selon moi assez révélatrice. S’il est une constante de la politique étrangère russe depuis le bolchevisme, c’est de repérer dans le camp occidental les idiots utiles qui peuvent servir ses objectifs. En jouant sur l’avidité, ou parfois simplement la bêtise de ses interlocuteurs, Moscou se choisit un partenaire complaisant. Et c’est exactement ce qu’il se passe. Au départ, Trump avait nommé le général Keith Kellogg pour gérer les affaires russo-ukrainiennes. Toutefois, Poutine n’en voulait pas et lui a préféré Steve Witkoff, un promoteur immobilier, dont la compréhension des enjeux est plus que limitée, et qui voit surtout d’un très bon œil la possibilité de faire des affaires en Russie. De fait, la possibilité de faire du business avec Moscou semble aujourd’hui au cœur des préoccupations américaines.

En cela, les manœuvres du Kremlin s’inscrivent dans la plus pure tradition soviétique. C’est exactement ce qu’avait fait Lénine au printemps 1918 en faisant miroiter aux Allemands les "fantastiques" possibilités qu’offrait une coopération économique avec la Russie. En échange de concessions pour exploiter des matières premières sur le sol russe, Moscou demandait à Berlin – qui était allié aux Turcs – d’empêcher Ankara de s’emparer des puits de pétrole de Bakou, dont la Russie voulait conserver le contrôle. Et les Allemands avaient mordu à l’hameçon. Là où les Occidentaux se trompent, c’est lorsqu’ils croient que les Russes poursuivent des objectifs économiques. En réalité, l’instrument économique est avant tout utilisé comme une arme pour atteindre des objectifs politiques.

Selon vous, le retrait américain catastrophique d’Afghanistan a directement contribué à la décision de Poutine d’envahir l’Ukraine. Pour quelle raison ?

Lorsque Poutine a vu le spectacle de faiblesse et d’incompétence que manifestaient les Etats-Unis lors du retrait d’Afghanistan, il s’est dit que c’était le moment de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Tout signe de faiblesse envoyé par l’Occident ne fait qu’encourager le Kremlin à aller toujours plus loin. De la même manière, lorsque les dirigeants occidentaux disent vouloir dialoguer avec la Russie, Poutine interprète cela en termes de rapport de force. Sa logique est de se dire que si ses adversaires veulent négocier, c’est qu’ils sont en position de faiblesse et que c’est le moment de pousser son avantage. Dès lors, au lieu d’apaiser les tensions avec Moscou, on ne fait que les encourager. Plus l’on se montre prêt à faire des concessions au Kremlin, plus il peut en exiger de nous : il amorce la pompe et augmente la pression.

De fait, la Russie ne semble pas réellement intéressée par les pourparlers en cours en vue d’un accord de paix en Ukraine…

Poutine n’est absolument pas intéressé par ces pourparlers de paix. Il mène simplement Trump en bateau pour éviter que les Américains n’adoptent des sanctions plus lourdes contre la Russie. Son objectif est de pouvoir continuer à gagner du terrain militairement, tout en évitant autant que possible des mesures de rétorsion occidentales. Dans ce contexte, ces pourparlers ne lui servent qu’à gagner du temps. Son but est aussi de saper le moral des Ukrainiens en démontrant que l’allié américain les a trahis.

Même si un éventuel cessez-le-feu venait à être conclu, il n’aurait de toute façon aucune chance de tenir dans la durée. Les Russes ne lâcheront pas leur objectif. La seule chose qui puisse réellement les arrêter serait un effondrement du régime comme en 1917. Ce qu’un accroissement des difficultés économiques en interne ou d’importants revers sur le front pourrait contribuer à provoquer.

Le régime russe est-il réellement moins solide qu’on ne le pense ?

L’histoire nous montre que l’une des caractéristiques du pouvoir russe, c’est que, sous son apparente solidité, il est plus fragile qu’on ne le croit et peut rapidement se déliter. On en a eu un aperçu en 2023 durant la révolte de l’ancien patron du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, quand ce dernier a commencé à marcher vers Moscou avant de s’arrêter au dernier moment. Peu de gens s’étaient dressés sur sa route pour défendre Poutine. Le fait est que ce type de régime autoritaire ne tient que par la verticale du pouvoir mise en place par le chef. Mais s’il lui arrive quelque chose, c’est la paralysie.

Dans votre livre, vous balayez la crainte selon laquelle un effondrement du régime russe se traduirait par un chaos encore plus grand. Pourquoi ?

Je pense effectivement que c’est une erreur d’analyse de certains pays occidentaux. C’est en partie le résultat de la désinformation du régime. A l’époque de l’effondrement de l’URSS, les Américains étaient tétanisés à l’idée que les armes nucléaires russes se retrouvent disséminées dans la nature. Mais il s’agissait d’une manœuvre de guerre psychologique russe pour inciter les Occidentaux à empêcher un effondrement de l’Union Soviétique. En 1991, par peur du chaos, les Occidentaux avaient ainsi tenté de dissuader certaines républiques soviétiques de proclamer leur indépendance. Or, on retrouve cette même crainte aujourd’hui et cela a des effets très concrets. L’aide militaire à l’Ukraine est arrivée de façon très progressive, et souvent avec des limitations dans les conditions d’utilisation du matériel livré, comme si, dans le fond, certains pays redoutaient les conséquences d’une défaite de la Russie. En réalité, cette crainte du chaos en Russie joue directement en faveur du maintien de l’autocratie russe.

De nombreux Européens, pays baltes en tête, redoutent d’être les prochaines cibles de la Russie. L’Ukraine n’est-elle qu’une première étape ?

Poutine veut toute l’Ukraine, mais son appétit ne se limite pas à ce seul pays. Son grand projet derrière cette invasion est celui d’une hégémonie russe sur toute l’Europe. L’Ukraine doit avant tout servir de tremplin, avant de poursuivre ailleurs. Dans ce cadre, la prise de contrôle de ce pays lui permettrait de mettre la main sur de nombreux actifs, comme son industrie de défense, ses capacités militaires et ses ressources humaines.

Les velléités hégémoniques russes sur le continent européen remontent à l’époque soviétique. Dès 1947, Staline avait confié au communiste français Maurice Thorez que l’Armée rouge serait allée jusqu’à la Manche si les Américains n’avaient pas débarqué. Et Staline s’est accroché à cette idée. Au départ, son calcul était que les Etats-Unis quitteraient l’Europe dans les six mois après la fin de la guerre, et qu’il pourrait mettre en œuvre ce projet. Dans l’idée de Staline, l’Europe n’était qu’une petite péninsule destinée à tomber dans l’orbite russe dès le départ des Américains. Les arguments qu’a déployés Staline à l’époque contre le plan Marshall et la création de l’Otan sont exactement les mêmes que ceux développés aujourd’hui contre la défense commune du continent. Les manœuvres russes et leurs objectifs sont inchangés.

Pour parvenir à cette hégémonie en Europe, Moscou a besoin de détruire "le lien transatlantique" car "coupés des États-Unis, les pays européens pourront être cueillis les uns après les autres, comme des fruits mûrs", écrivez-vous. La présidence Trump n’est-elle pas un cadeau inespéré ?

Absolument, les dirigeants russes sont au comble du bonheur depuis le retour de Donald Trump. Ils trouvent en lui la meilleure boule de démolition possible contre la puissance américaine - celle-là même qui leur faisait obstacle jusqu’à présent. Donald Trump est en train de détruire l’ordre libéral et les alliances de l’Amérique. Il constitue aujourd’hui le maillon faible dans le camp occidental. Il est d’ailleurs intéressant de relever son étonnante constance en faveur de Moscou. Trump répète le discours russe comme un perroquet, Poutine ne pouvait pas rêver mieux.

Dans votre livre, vous rappelez que Vladislav Sourkov, l’un des grands idéologues du Kremlin, "affirmait que le poutinisme est parfaitement exportable" et que les Etats-Unis "semblent sur la voie d’une autopoutinisation". Quels sont les points communs entre Trump et Poutine ?

Ils ont en commun le mépris du droit international et ce que j’appelle le darwinisme social. C’est l’idée que seule compte la force, et qu’elle l’emporte sur toute autre considération, comme l’Etat de droit. Les analogies entre le second mandat de Donald Trump et les premières années de pouvoir de Poutine sont frappantes. Comme son homologue russe en son temps, le président américain semble vouloir mettre la justice au pas et accroître son contrôle sur les médias. On retrouve chez lui la même tentation d’instaurer cette verticale du pouvoir qui existe aujourd’hui en Russie.

Comment la Russie a-t-elle pavé la voie à l’arrivée de Trump au pouvoir ?

Elle a encouragé au maximum la polarisation de la société américaine. A travers les réseaux sociaux déjà, en investissant considérablement dans les fermes à trolls chargées d’hystériser le débat public grâce à la désinformation. Cela a contribué à fanatiser des groupes de personnes que l’on retrouve aujourd’hui dans la mouvance Maga (Make America Great Again). En parallèle, des médias russes comme Russia Today, qui s’est installé aux Etats-Unis en 2005, ont permis de faire émerger des personnalités complaisantes vis-à-vis de Moscou qui, pour certaines, ont ensuite pu être invitées sur des chaînes américaines comme Fox News. Les Russes ont donc "travaillé" la société américaine à la fois par le haut et par le bas pendant des années. Les tensions partisanes ont été à ce point chauffées à blanc que Trump a pu ouvertement demander aux Russes de trouver des éléments compromettants sur Hillary Clinton en 2016, sans que cela ne choque grand monde.

L’Europe est, dites-vous, également travaillée par ces mêmes forces "que nous voyons à l’œuvre outre-Atlantique". De quelle manière peut-elle se prémunir contre ce risque "d’auto-poutinisation" ?

La Russie cherche à détruire nos institutions en réduisant la vie politique de nos pays aux extrêmes. Or, il est impossible de gouverner un pays polarisé de la sorte. Pour s’en prémunir, il faut déjà en reconnaître les symptômes. Par exemple, lorsque Moscou pilote des opérations comme celle des têtes de porc retrouvées devant une mosquée en France ou celle des tags antisémites représentant des étoiles de David sur des façades d’immeubles en 2024 et 2025. Il me semble nécessaire de former la population pour lui permettre d’identifier ces tentatives de manipulation.

© Sputnik/Dmitry Astakhov/Pool via REUTERS

Le président russe Vladimir Poutine au Kremlin à Moscou, le 24 décembre 2025.
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