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Attaque présumée contre la résidence de Vladimir Poutine : ce que dit un rapport de la CIA

1 janvier 2026 à 16:38

C’est une information qui donne du crédit au démenti de Kiev. Alors que la Russie accuse l’Ukraine d’avoir attaqué avec 91 drones la résidence de Vladimir Poutine à Valdaï, entre la capitale russe et Saint-Pétersbourg, dans la nuit de dimanche à lundi 29 décembre, la CIA a jugé dans un rapport, qui n'a pas été rendu public, que l’Ukraine n’avait pas ciblé le président russe ni l’une de ses résidences, confirmant la version des autorités ukrainiennes, rapporte le Wall Street Journal.

Les États-Unis ont ainsi établi que l’Ukraine cherchait à frapper une cible militaire située dans la même région que la résidence de campagne de Poutine, mais pas à proximité immédiate, a précisé un responsable des renseignements américains. Selon le quotidien américain, Donald Trump aurait été informé mercredi 31 décembre du contenu du rapport par le directeur de la CIA, John Ratcliffe, le poussant à changer de ton. Le dirigeant des Etats-Unis a en effet diffusé sur son réseau social un éditorial du New York Post, intitulé "Les fanfaronnades de Poutine (sur l’attaque supposée de sa résidence) montrent que c’est la Russie qui fait obstacle à la paix". Deux jours plus tôt, le président américain se disait "très en colère" après une discussion téléphonique avec son homologue russe, qui lui avait au contraire assuré que des drones ukrainiens avaient ciblé sa résidence.

Envenimer les relations

Si Volodymyr Zelensky a déjà reconnu par le passé l’implication de son pays dans certains assassinats et actes de sabotage en territoire russe, il a toujours nié toute responsabilité dans une quelconque attaque contre la résidence de Poutine. Les autorités ukrainiennes affirment que le président russe cherche un prétexte pour envenimer les relations entre Washington et Kiev et affaiblir la position de son adversaire dans les négociations menées sous l’égide des Etats-Unis, en vue de mettre fin à la guerre.

De son côté, le Kremlin persiste et signe. Le ministère de la Défense a diffusé mercredi une vidéo montrant un appareil qui aurait été abattu lors de cette attaque, dans laquelle un soldat au visage dissimulé se tient près des débris d’un drone et prétend qu’il portait une charge explosive de six kilos. L’armée russe a également publié une carte montrant la trajectoire des engins lancés lors de cette attaque présumée, ainsi que le témoignage d’un homme présenté comme un habitant d’un village situé près de la résidence.

Des inquiétudes à l’étranger

Cette accusation russe intervient après la rencontre de près de trois heures entre Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dimanche, qualifiée d'"excellente" par le premier. Donald Trump a même évoqué la possibilité d’un déplacement à Kiev pour plaider en faveur de la paix, alors que la Russie ne semble pas prête, elle, à faire des concessions. En réponse à cette attaque présumée, Moscou a d’ailleurs menacé de durcir encore sa position dans les négociations, et a lancé des frappes de drones dans la région portuaire d’Odessa.

A l’étranger, le Premier ministre indien, Narendra Modi, a déclaré mardi être "profondément préoccupé" par cette opération présumée, tandis que le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, l’a qualifiée d'"acte odieux". Le ministère des Affaires étrangères des Emirats arabes unis a également exprimé son inquiétude face à cette allégation. Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump, a indiqué dans un message sur les réseaux sociaux avoir discuté mercredi avec les conseillers à la sécurité nationale britannique, français et allemand des prochaines étapes à franchir pour parvenir à la paix. Rustem Umerov, haut responsable ukrainien de la sécurité nationale et négociateur, a également participé à l’échange.

© Sputnik/Alexander Kazakov/Pool via REUTERS

Vladimir Poutine, au Kremlin, le 19 décembre 2025.

Manifestations en Iran : où en est la mobilisation qui s'étend dans tout le pays ?

1 janvier 2026 à 15:18

Quatre jours. C’est le temps qu’il aura fallu pour que la mobilisation contre la vie chère, partie d’un marché de Téhéran où des commerçants dénonçaient une inflation record, s’étende dans tout l’Iran. Ce 31 décembre, un membre des forces de sécurité iraniennes a été tué lors d’une nouvelle journée de manifestations, dans la ville de Kouhdasht, a rapporté l’agence de presse semi-officielle Fars, ajoutant que 13 membres des forces de sécurité avaient également été blessés par des jets de pierre. Plusieurs manifestants ont aussi été tués et blessés jeudi matin, révèle Reuters.

Sur des images authentifiées par BBC Persian, on y voit des policiers tirant sur des manifestants de la ville le jour où l’incident s’est déroulé. Ce 1er janvier, des affrontements ont également été signalés dans la province méridionale de Fars et dans les provinces occidentales de Hamedan et du Lorestan, où des manifestants ont tenté de pénétrer dans un bâtiment administratif local. La veille, les autorités de la capitale avaient pourtant décrété un jour férié où les écoles, universités et banques étaient fermées, officiellement pour économiser l’énergie en raison du froid, officieusement pour apaiser les troubles et calmer les retraits de liquide désordonnés, alors que les taux de change s’envolent.

Une flambée des prix

La flambée des prix dénoncée par les manifestants, avec une hausse de 72 % pour les denrées alimentaires et de 50 % pour les articles de santé par rapport à l’année précédente, s’explique par l’effondrement de la monnaie nationale. Le rial chute sous l’effet des sanctions occidentales contre l’économie iranienne et a perdu près de la moitié de sa valeur en un an, pour atteindre mardi un plus bas record de 1 400 000 rials par dollar, d’après des chiffres agrégés par des plateformes en ligne.

Le régime iranien, qui a réprimé par la force des protestations similaires dans le passé, s’est engagé à instaurer un dialogue avec les manifestants, mais les tensions sont fortes. A Fasa, ville de la province du Fars, "un groupe organisé a tenté (mercredi) de pénétrer dans le bâtiment du gouvernorat", selon l’agence de presse Tasnim, bien que "leur attaque ait échoué après l’intervention des forces de sécurité".

Une mobilisation étendue

Initialement circonscrit à une poignée de vendeurs du plus grand marché pour téléphones portables de Téhéran, le mouvement s’est ensuite étendu à la jeunesse iranienne, qui a scandé des slogans contre la politique de la République islamique. "Les manifestations pacifiques pour la défense des moyens de subsistance […] sont compréhensibles", a reconnu le procureur général de la République islamique, Mohammad Movahedi-Azad, cité par la télévision d’État. Avant toutefois de mettre en garde : "Toute tentative visant à transformer les manifestations économiques en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger sera inévitablement suivie d’une réponse légale, proportionnée et ferme."

Le régime des mollahs redoute en effet l’implication de l’État hébreu, après que le Mossad, le service de renseignement extérieur israélien, a invité en persan les protestataires iraniens à intensifier leur mobilisation, affirmant sur X être présent avec eux "sur le terrain". L’Iran avait déjà connu des manifestations en 2022 contre la hausse des prix, dont celui du pain. En 2023, un mouvement de protestation consécutif à la mort d’une jeune Kurde aux mains de la police des moeurs, Mahsa Amnini, avait aussi été violemment réprimé.

© Fars News Agency via ZUMA Press Wire

Après les commerçants, les étudiants : le mouvement de protestation contre la vie chère et la dégradation de la situation économique s'étend en Iran, où le président s'est dit à l'écoute des "revendications légitimes" des manifestants.

Après plusieurs revers judiciaires, Donald Trump contraint de retirer la Garde nationale dans plusieurs villes

1 janvier 2026 à 13:25

C’est un nouveau revers pour le président américain. Mercredi 31 décembre, Donald Trump a annoncé sur son réseau social Truth Social le retrait de la Garde nationale de Chicago, Los Angeles et Portland (Oregon), alors même que les troupes y étaient déjà déployées, à la suite de poursuites judiciaires menées par ces Etats pour empêcher leur déploiement.

"Nous retirons la Garde nationale de Chicago, Los Angeles et Portland, même si la CRIMINALITÉ (sic) a considérablement diminué grâce à la présence de ces grands patriotes dans ces villes, et UNIQUEMENT grâce à ce fait", a-t-il écrit, une affirmation non confirmée par les données disponibles.

Donald Trump avait jugé nécessaire l’envoi de soldats de la Garde nationale sur ces territoires pour lutter contre la criminalité et protéger les biens fédéraux face aux contestataires, alors que des manifestations majoritairement pacifiques ont eu lieu plus tôt cette année pour dénoncer les raids anti-immigration effectués par des agents fédéraux à travers le pays. Mais le déploiement de la Garde nationale dans ces trois villes avait été jugé inutile par les autorités locales et par les démocrates, qui accusaient la Maison-Blanche d’utiliser des incidents isolés comme prétexte pour envoyer des troupes. Après plusieurs recours judiciaires, des juges ont effectivement déclaré que l’administration Trump avait outrepassé son autorité, estimant qu’il n’y avait aucune preuve pour justifier du caractère indispensable du déploiement de soldats.

Circonstances exceptionnelles

"Le président a déployé ces hommes et ces femmes courageux contre leurs propres communautés, au mépris de la Constitution et du droit fédéral", a réagi Gavin Newsom, gouverneur démocrate de Californie, quelques heures après une décision d’une cour d’appel fédérale qui a ordonné à l’administration de remettre les troupes de la Garde nationale de Californie sous son contrôle. "Nous sommes heureux d’accueillir à nouveau les membres de la Garde nationale de Californie au service de l’Etat", a-t-il poursuivi dans un communiqué.

Jusqu’à ces décisions, Donald Trump revendiquait une autorité quasi illimitée pour déployer la Garde nationale généralement placée sous l’autorité des gouverneurs, mais les juges ont statué qu’il ne pouvait fédéraliser les troupes que dans des circonstances exceptionnelles, telles qu’une invasion étrangère, une rébellion ou lorsque l’armée régulière est incapable de faire appliquer la loi fédérale en raison d’une rupture de l’ordre public. "À ce stade préliminaire, le gouvernement n’a pas identifié de fondement juridique permettant à l’armée d’appliquer les lois de l’Illinois", indique la décision rapportée par le Washington Post. C’est "une étape importante pour freiner les abus de pouvoir constants de l’administration Trump et ralentir sa dérive autoritaire", s’est félicité dans un communiqué le gouverneur démocrate de l’Illinois, Jay Robert Pritzker.

En août dernier, Trump avait également ordonné le déploiement de milliers de membres de la Garde nationale à Washington pour lutter contre la criminalité violente, ce qui a provoqué une action en justice du procureur général du district de Columbia, Brian Schwalb. Dans ce cas néanmoins, une cour d’appel fédérale a statué, dans une ordonnance préliminaire rendue en décembre, que la Garde nationale pouvait rester pour le moment et que l’administration Trump avait de fortes chances d’obtenir gain de cause en appel contre une décision de première instance, car l’absence d’autonomie juridique du district de Columbia conférait au président un large pouvoir sur la mise en œuvre de la Garde nationale dans les limites de la ville.

© REUTERS/Jonathan Ernst

Donald Trump, à Mar-a-Lago, en Floride, le 29 décembre 2025.

En Crimée, le très luxueux palais caché de Vladimir Poutine

1 janvier 2026 à 11:06

Elle offre un incroyable panorama sur la mer Noire, et se trouve à la fois à l’abri des regards et non loin de Sébastopol, la capitale de la Crimée. Mardi 30 décembre, la Fondation anti-corruption (FBK), l’ONG fondée par le défunt leader de l’opposition russe, Alexeï Navalny, a révélé qu’une luxueuse bâtisse construite sur la côte du territoire annexé par la Russie appartiendrait au président Vladimir Poutine.

Cette demeure, autrefois propriété de Viktor Ianoukovytch, l’ancien président pro-russe de l’Ukraine entre 2010 et 2014, vaudrait aujourd’hui plus de 10 milliards de roubles (plus de 105 millions d’euros) d’après l’ONG, qui a pu consulter des documents d’architectes. Après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, les autorités locales avaient déclaré que le domaine inachevé pourrait être transféré aux autorités russes, mais a finalement été placé sous la tutelle du Département de gestion des biens présidentiels, selon des informations antérieures.

Si l’on en croit FBK, ce palais "secret" n’appartiendrait néanmoins pas directement à Vladimir Poutine, trop attaché à son image publique d'"homme du peuple", mais à un réseau de sociétés liées à Iouri Kovaltchouk, souvent surnommé le "banquier personnel de Vladimir Poutine" – qui gère aussi une partie de la résidence présidentielle de Valdaï – et à un cabinet d’avocats associé à une autre demeure de Vladimir Poutine, dans la région de Krasnodar. L’enquête de l’ONG a également mis en lumière des documents techniques nécessitant la supervision du Service fédéral de protection (FPS), responsable de la sécurité de Vladimir Poutine, ainsi que d’entrepreneurs liés à d’autres sites qui auraient été utilisés par le président.

Une salle de cryogénisation

Ce lieu fastueux comporterait plusieurs spas, une salle de cinéma, des salons de plusieurs centaines de mètres carrés, ainsi qu’une piscine intérieure et extérieure. Se trouverait également une chambre de cryogénisation, symbole de l’obsession de Vladimir Poutine pour vivre longtemps. Si le palais est bien la propriété du dirigeant russe, cela ferait de lui l’heureux bénéficiaire d’au moins six demeures, à la fois à titre personnel et en tant que chef de l’Etat. Une telle propriété serait aussi "politiquement significative, car cela renforce le fait que le président russe n’acceptera jamais de rétrocéder la péninsule à l’Ukraine", souligne Stephen Hall, spécialiste de la Russie à l’université de Bath, interrogé par France 24.

Le Kremlin, de son côté, n’a pas immédiatement commenté ces allégations. Il faut dire que la prétendue attaque de la résidence présidentielle à Valdaï par des drones interceptés le 28 décembre, que la Russie impute à l’Ukraine, concentre toute l’attention politique et médiatique. Vladimir Poutine a même évoqué un "acte terroriste" qui le pousse à reconsidérer son attitude à l’égard des négociations de paix.

En 2021 déjà, l’équipe de Navalny avait publié une enquête largement diffusée sur un autre palais situé sur la côte russe de la mer Noire. D’après elle, cette bâtisse avait été construite pour le dirigeant, là encore, par le biais d’un réseau de sociétés écrans et aurait coûté plus d’un milliard de dollars - une information qui avait déclenché des manifestations à travers tout le pays.

© Sputnik/Mikhail Metzel/Pool via REUTERS

Vladimir Poutine, lors de ses vœux télévisés aux Russes, le mercredi 31 décembre 2025.

Suisse : une quarantaine de morts après un incendie dans un bar de la station de ski de Crans-Montana

1 janvier 2026 à 18:14

Une quarantaine de personnes ont péri dans l'incendie qui a ravagé un bar bondé lors d’une fête du Nouvel An dans la station de ski huppée de Crans-Montana, dans le sud-ouest de la Suisse, ont déclaré jeudi 1er janvier les autorités suisses. Le sinistre s’est produit à 1h30 dans un établissement appelé "Le Constellation".

"Une quarantaine de personnes sont décédées et 115 blessés dont la plupart grièvement", a indiqué en fin de journée Frédéric Gisler, le commandant de la police cantonale du Valais

Parmi les victimes, certaines sont de nationalité étrangère, a précisé plus tôt Stéphane Ganzer, responsable de la sécurité du canton du Valais. Le Quai d’Orsay a précisé de son côté que deux Français figuraient parmi les nombreux blessés. Les autorités suisses ont précisé que 10 hélicoptères et 40 ambulances avaient été mobilisés.

La piste de l’attentat écartée

La police avait précédemment indiqué que de nombreuses personnes étaient soignées pour des brûlures. La plupart des blessés sont dans un état grave, a déclaré Mathias Reynard, chef du gouvernement cantonal. Le service de réanimation de l’hôpital du Valais est saturé et des patients ont été transférés vers d’autres établissements, a-t-il précisé.

Deux Françaises qui se trouvaient dans le bar ont déclaré à BFMTV avoir vu l’incendie se déclarer au sous-sol de l’établissement après qu’une bouteille contenant des "bougies d’anniversaire" a été approchée trop près du plafond en bois. "Le feu s’est propagé au plafond à une vitesse fulgurante", a déclaré l’une des deux femmes, qui se sont présentées comme Emma et Albane, à BFMTV. Elles ont expliqué avoir réussi à emprunter un escalier étroit pour rejoindre le rez-de-chaussée, prises de panique, et à s’échapper du bâtiment. Quelques minutes plus tard, le feu avait également atteint le rez-de-chaussée, ont-elles ajouté. Il n’a pas été possible dans l’immédiat de vérifier leur version des faits auprès d’autres sources. Des images vidéo, authentifiées par Reuters, montrent le feu se propageant depuis le bâtiment, tandis que des personnes se trouvent à l’extérieur de la boîte de nuit, certaines courant et criant.

Incendie mortel à Crans-Montana: les images du départ de feu à l'intérieur du bar pic.twitter.com/SLNlDFPChD

— BFM (@BFMTV) January 1, 2026

La zone a été totalement bouclée et une zone d’exclusion aérienne a été instaurée au-dessus de Crans-Montana, a indiqué la police dans un communiqué.

L’explosion est considérée comme un incendie et non comme un attentat, a déclaré ce matin lors d’une conférence de presse la procureure Béatrice Pilloud, ajoutant que les autorités s’efforçaient de restituer les corps des victimes à leurs familles. Plus de 100 personnes étaient présentes dans le bar au moment de l’explosion, a rapporté le média suisse Blick, citant la police.

© REUTERS/Denis Balibouse

Le feu s'est déclaré à 1h30 dans un établissement appelé "Le Constellation", situé dans la station huppée du sud-ouest de la Suisse.

Taïwan, heavy metal et nucléaire : Sanae Takaichi, la Première ministre qui dynamite la diplomatie du Japon

1 janvier 2026 à 08:30

En cette fin d'année 2025, le zoo d’Ueno, à Tokyo, ne désemplit pas. La faute à Xiao Xiao et Lei Lei. Les deux pandas stars doivent retourner fin janvier en Chine, leur propriétaire, et ne seront pas remplacés. Pour la première fois depuis 1972 et le rétablissement des liens diplomatiques entre les deux voisins, il n’y aura plus de panda dans l’archipel. Un crève-cœur pour nombre de Japonais et une nouvelle preuve de la dégradation, depuis novembre, des relations entre Tokyo et Pékin. La Chine a appelé ses ressortissants à renoncer à se rendre au Japon, a annulé plusieurs événements culturels nippons et des incidents ont eu lieu entre les deux armées.

La montée des tensions suit de près l’arrivée au pouvoir de Sanae Takaichi, le 21 octobre. Depuis, la première femme à diriger un gouvernement nippon impose sa marque, nationaliste et décomplexée. Sa rencontre avec le président chinois, Xi Jinping, fin octobre en marge du sommet de l’APEC en Corée du Sud, a été "fraîche", dixit des sources diplomatiques. Les deux dirigeants ont certes accepté d'établir une "relation stratégique mutuellement bénéfique". Mais Takaichi a titillé Xi sur la question brûlante des activités militaires de son pays en mer de Chine orientale, notamment autour des îlots disputés Senkaku-Diaoyu. Le 7 novembre, ses déclarations au Parlement sur la "menace existentielle pour le Japon" que représenterait une attaque sur Taïwan, ont mis le feu aux poudres. Ses propos suggéraient une possible intervention nippone.

Taïwan, colonie japonaise entre 1895 et 1945 mais aujourd'hui en bons termes avec Tokyo, est un sujet ultrasensible pour la Chine, qui considère l’île comme un territoire rebelle lui appartenant. "Personne ne devrait se faire d'illusions en pensant pouvoir franchir la ligne rouge sur la question de Taïwan sans en payer le prix" a tonné Le Quotidien du peuple, organe officiel chinois, après les déclarations de Takaichi.

Fin décembre, malgré les appels de Pékin à revenir sur ses propos, la Première ministre campait sur ses positions. Celle qui a pour modèle la "Dame de fer" britannique Margaret Thatcher (au pouvoir de 1979 à 1990) n'a pas pour habitude de faire des concessions.

Esprit rebelle et politique d'extrême droite

Née en 1961 à Nara, dans l’ouest du Japon, Sanae Takaichi est la fille d’un commercial de Toyota et d’une policière. Ses parents lui inculquent le Rescrit impérial sur l’éducation de 1890, texte considéré comme un fondement de l’idéologie militariste nippone d’avant-guerre. Diplômée en gestion d'entreprise, elle passe par le très libéral Institut Matsushita, école inspirée de l’ENA.

Esprit rebelle, Sanae Takaichi assume son goût pour la moto – elle roule en Kawasaki Z400GP jusqu’à son entrée au parlement, en 1993 –, le heavy metal, découvert à 9 ans grâce à un voisin employé d’une maison de disques, et la batterie. Elle se délecte d’Aces High d'Iron Maiden et de Painkiller de Judas Priest, dont elle apprécie les paroles. "Un sauveur vient du ciel pour donner de l’espoir au monde. J'adore ça", a-t-elle raconté en novembre au très droitier quotidien Sankei, qui se pâme : "Même dans l'obscurité, elle semble croire que le Japon, comme le heavy metal, peut renaître, fort, fier et invincible."

Une conviction qu’elle incarne depuis son entrée en politique après quelques années comme présentatrice sur une chaîne privée. Elle rejoint en 1996 le Parti libéral démocrate (PLD) et sa très droitière faction Seiwakai où elle rencontre le futur Premier ministre Shinzo Abe, figure montante d’une nouvelle génération de politiciens. Ils n’ont pas connu la guerre, rejettent toute forme de repentance pour les crimes de l’armée impériale, et amorcent un "virage vers la droite sur fond de déclin économique propice à la montée du nationalisme", explique Koichi Nakano, politologue de l’université Sophia.

Takaichi baigne dans son élément. N’a-t-elle pas, en 1994 vanté l’ouvrage d'un élu du PLD, intitulé "la stratégie électorale d’Hitler, une bible pour gagner les élections modernes". Elle adhère à la Nippon Kaigi, la "Conférence du Japon", une organisation politique d'extrême droite créée pour promouvoir une réforme de la Constitution pacifiste, la remilitarisation du Japon et le révisionnisme historique. Elle devient une habituée du sanctuaire Yasukuni, où sont honorés, outre les morts au combat, les criminels de guerre nippons. Niché au cœur de Tokyo, le site reste un symbole du militarisme japonais pour la Corée comme pour la Chine.

L’élue de Nara décroche un poste ministériel dans le premier gouvernement Abe en 2006, un portefeuille qui inclut l'égalité des sexes même si elle reste cloîtrée dans le carcan des valeurs familiales traditionnelles. Abe apprécie cette bûcheuse qui ne dort que deux à quatre heures par nuit et ne goûte guère les longues soirées à boire avec les autres élus. De nouveau ministre pendant le second mandat d’Abe, entre 2012 et 2020, elle apparaît comme un successeur possible.

L’assassinat en 2022 de l’ancien chef de gouvernement lui ouvre la voie pour s’imposer comme vitrine de la puissante frange nationaliste du PLD, qui regroupe une centaine de parlementaires. Sa niaque paye. Elle succède en octobre au trop indécis Shigeru Ichiba à la tête de la quatrième économie mondiale.

La fin de l'ambiguité stratégique

En s’exprimant sur Taïwan, Sanae Takaichi rompt avec l’ambiguïté stratégique maintenue jusque-là par le Japon. Avant même son entrée en fonction, elle s'est rendue à Taïwan en avril, où elle a appelé à une coopération sur les "défis en matière de défense". "Ses propos s'inscrivent dans le cadre d'une initiative plus large visant à [...] faire passer le Japon du statut de 'pays normal capable de faire la guerre' à celui de puissance sécuritaire à part entière, souligne Park So-young, éditorialiste du quotidien sud-coréen JoongAng. Pékin ne considère pas les commentaires de Takaichi comme de la simple rhétorique diplomatique, mais comme le signe d'un changement d'orientation politique du Japon".

D’où la virulence des réactions chinoises après sa déclaration du 7 novembre : "Il faut couper le cou sale qui s'immisce dans nos affaires", ose le consul général chinois à Osaka, dans un message publié sur X, supprimé par la suite. Ses propos irritent même Washington. "Ne vous mêlez pas de la question taïwanaise", lui aurait notifié fin novembre un Donald Trump soucieux de ses relations avec Xi Jinping, selon la presse japonaise.

Pas de quoi ébranler Takaichi. Le 18 décembre, un de ses conseillers a même évoqué la nécessité pour le Japon de "se doter d’un arsenal nucléaire". Sujet explosif qui a fait réagir Pékin mais aussi Washington, qui s’est cru obligé de rappeler la solidité de l’alliance bilatérale de sécurité et de souligner l’attachement du Japon à la lutte contre la prolifération.

Or Takaichi écrivait en 2024 qu’interdire l'introduction d'armes nucléaires au Japon "est irréaliste, si nous attendons des Etats-Unis qu'ils nous offrent une dissuasion élargie", en référence à l'engagement des Etats-Unis à défendre l'archipel. En novembre, elle a éludé une question sur les trois principes selon lesquels le Japon ne doit pas posséder, fabriquer ou accueillir sur son sol des armes nucléaires et a annoncé une révision de la stratégie de défense. Avec la "Dame de fer" nippone, la diplomatie se joue au rythme du heavy metal, ce qui ne déplaît pas aux Japonais : sa cote de popularité planait à 75 % fin décembre.

© via REUTERS

Sanae Takaichi, Première ministre japonaise, s'exprime lors d'une conférence de presse le 17 décembre 2025.
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