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Yémen : tout comprendre aux tensions croissantes entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis

30 décembre 2025 à 18:34

Ce mardi 30 décembre, l’Arabie saoudite a frappé le port de d’Al-Mukalla, dans le sud du Yémen, accusant les Emirats arabes unis de fournir des armes aux séparatistes yéménites du Conseil de transition du Sud (STC). Un bombardement symptomatique des tensions entre Ryad et Abou Dhabi qui pèsent sur leur voisin de la péninsule arabique, en proie à un conflit à la fois, civil, religieux et régional depuis 11 ans. Le 21 septembre 2014, les rebelles houthistes - chiites zaydites - ont pris Sanaa, la capitale, marquant ainsi le début de leur coup d’Etat au Yémen. La milice, classée comme "terroriste" par les Etats-Unis, est épaulée par l’Iran dans son offensive. Quant au gouvernement, sunnite, il est reconnu par l'ONU et bénéficie depuis du soutien d’une coalition militaire menée par l’Arabie saoudite. Mais depuis le mois de décembre, un nouveau front s’est ouvert. L’offensive est appuyée par les Emirats arabes unis.

A distance, Ryad et Abou Dhabi s’affrontent, chacun dans l’objectif d’imposer sa vision pour l’avenir politique du pays. L’Express décrypte la situation en trois points.

Que se passe-t-il au Yémen ?

Aux premières heures de la matinée, la coalition militaire dirigée par Ryad a annoncé des frappes sur le port d’Al-Mukalla, capitale de la province de l’Hadramout récemment conquise par les séparatistes du STC. La cible était une cargaison chargée d'"une grande quantité d’armes et de véhicules de combat" séparatistes yéménites, soutenus par Abou Dhabi, selon l’agence officielle saoudienne SPA, qui précise que cette "opération militaire limitée" n’a fait aucune victime.

Et ce bombardement n’est pas la première riposte militaire du mois. Menacé par cette progression du STC dans son pays, le gouvernement yéménite a demandé à Ryad de prendre "mesures militaires" afin de "protéger les civils innocents dans la province de Hadramout et d’aider les forces armées à ramener le calme", selon l’agence de presse officielle du pays, Saba. Requête à laquelle l’allié a répondu le 28 décembre, indique la chaîne - proche des séparatistes - Aden Independent.

Dans un communiqué, le ministère saoudien des Affaires étrangères a accusé les Emirats d’être derrière la récente avancée de l’organisation dissidente. Et jugé que les actions d’Abou Dhabi étaient "extrêmement dangereuses" et constituaient "une menace pour la sécurité" de l’Arabie saoudite et de la région.

Une source proche de l’armée saoudienne a indiqué que la coalition avait été "contrainte d’agir, les efforts diplomatiques ayant été ignorés". Mais "la diplomatie reste une option pour empêcher toute nouvelle escalade", a-t-elle ajouté. L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, traditionnellement de proches alliés, avaient initialement uni leurs forces contre les Houthis au sein de la coalition au Yémen. En 2015, Abou Dhabi s’est engagé militairement pour défendre le gouvernement yéménite et ses troupes sont parvenues à libérer Aden, alors aux mains des Houthis. Après cette victoire, Mohammed Ben Zayed, président émirati hostile aux printemps arabes, a alors décidé de miser sur le STC, plutôt que sur les loyalistes pro- gouvernement, à ses yeux trop proches des Frères musulmans.

Qui sont les séparatistes soutenus par Abou Dhabi ?

Pendant le mois de décembre, le mouvement séparatiste du Conseil de transition du Sud, qui est pourtant membre du gouvernement - avec qui il lutte contre les Houthis - s’est emparé de vastes portions du pays, sans rencontrer de grande résistance. Le territoire saisi constituait l’ancienne République populaire du Sud, qui avait déclaré son indépendance en 1967 jusqu’à la réunification du pays 23 ans plus tard. Désormais, les partisans du STC appellent l’organisation à y rétablir un Etat.

Cette zone qui comprend les provinces de l’Est du Yémen - l’Hadramaout et Al-Mahra - permet aux dissidents de prendre le contrôle de sites pétroliers, de l’ensemble de la frontière avec Oman ainsi que de 600 kilomètres de celle avec l’Arabie saoudite. De plus, les dissidents n’ont pas dissimulé leur volonté de déloger des régions conquises par un chef tribal proche de Ryad.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait averti courant décembre que les avancées du STC augmentaient le risque d’une "plus grande escalade" dans le pays, déjà frappé par l’une des pires crises humanitaires au monde, selon son organisation.

Comment ont réagi les Emirats arabes unis ?

Dans les minutes qui ont suivi le bombardement, le ministère émirati des Affaires étrangères a démenti les accusations saoudiennes. Dans un communiqué, il assure que "la cargaison en question ne comprenait aucune arme, et les véhicules déchargés n’étaient destinés à aucun acteur yéménite", mais aux forces émiraties opérant au Yémen. Et le pays le certifie : l’arrivée de cette cargaison avait été coordonnée avec Ryad. Quant à son implication dans la montée des tensions, Abou Dhabi nie en bloc, il n’a jamais été question d'"attiser le conflit au Yémen".

Toutefois, deux heures après la frappe, les Emirats arabes unis ont annoncé retirer leurs "équipes antiterroristes" du Yémen… Après que l’Arabie saoudite a fixé un délai de 24 heures pour leur départ. Mais le pays l’assure, cette décision relève "de sa propre initiative". Rien avoir avec l’ultimatum donc, le seul enjeu est de veiller "à la sécurité de son personnel et en coordination avec les partenaires concernés".

Mais les tensions risquent de ne pas retomber de sitôt, car les séparatistes yéménites refusent de reculer. "Il n’est pas question de se retirer. Il est déraisonnable de demander au propriétaire d’une terre de la quitter. La situation exige de rester et de se renforcer", a déclaré à l’AFP Anwar Al-Tamimi, porte-parole du STC.

© afp.com/Saleh Al-OBEIDI

De membres de tribus manifestent leur soutien au mouvement séparatiste sudiste à Aden, dans le sud du Yémen, le 14 décembre 2025

Manifestations en Iran : le régime des mollahs face au réveil de la rue

30 décembre 2025 à 17:15

Vers un soulèvement d’ampleur importante ? Des manifestations ont éclaté depuis plusieurs jours en Iran, sur fond de tensions sociales et de mécontentement grandissant à l’égard du régime iranien, très affaibli ces derniers mois. La contestation s’est amorcée dimanche 28 décembre, au moment où plusieurs commerçants, notamment à Téhéran, ont décidé de fermer boutique. La raison ? Des conditions dégradées pour leur activité marchande, en raison de l’incertitude du contexte économique dans le pays. Selon l’agence semi-officielle ILNA, détenue par un syndicat contrôlé par le gouvernement, ces professionnels "réclament une intervention immédiate du gouvernement pour enrayer les fluctuations du taux de change et définir une stratégie économique claire".

Crise économique

En cause, selon les vendeurs et acheteurs ? La dégringolade sans fin du taux du rial, la devise du pays, vis-à-vis du dollar américain. Ce week-end, la monnaie iranienne a ainsi atteint son plus bas historique, d’après le taux informel en vigueur sur le marché noir. Un dollar s’échange désormais contre 1,4 million de rials. Concrètement, cette dépréciation crée une volatilité importante de la monnaie, rendant difficilement lisible l’évolution des prix des produits en vente. Sous l’effet de l’inflation, ces tarifs sont souvent tirés vers le haut. Dans ces conditions, "de nombreux commerçants ont préféré suspendre leurs transactions pour éviter d’éventuelles pertes", a indiqué une autre agence de presse proche du gouvernement, Irna.

Ce mardi, la mobilisation s’est étendue au-delà du milieu marchand. Des étudiants d’universités disséminées dans tout le pays ont rejoint le mouvement. En plus de la capitale, des manifestations ont été constatées dans les villes d’Ispahan, Chiraz, Mashhad, ou encore Hemedan. Vérifiées par une agence spécialisée associée au groupe du Wall Street Journal, plusieurs vidéos montrent des protestataires défiler dans les rues, criant parfois quelques slogans, comme le mot "azadi" ("liberté" en farsi). L’une d’entre elles, citée par le prestigieux quotidien économique américain, affiche des manifestants sur l’île de Qeshm Island, au bord du golfe Persique, scandant la formule "mort au dictateur !".

Ces différents faits sont notables, précise le journal, puisque la répression des opposants et de toute forme de rébellion par le régime des mollahs n’a pas faibli en Iran depuis le dernier soulèvement populaire dans le pays, lors du mouvement "Femme, vie, liberté" en 2022. De nombreuses peines de prison sont régulièrement prononcées pour ce type de motif. Pour le moment, l’ampleur de cette contestation demeure difficile à chiffrer. Toutefois, les autorités iraniennes ont de quoi s’inquiéter, car le contexte social devient de plus en plus explosif, tant l’économie du pays se porte mal. Pour le gouvernement, il existe un risque de voir la grogne se généraliser. D’après Mustapha Pakzad, analyste géopolitique spécialisé sur l’Iran interrogé par le Wall Street Journal, les circonstances du moment "ont découragé même les plus optimistes".

Message inhabituel du président iranien

Depuis la répression du mouvement de 2022, la République islamique a affronté différentes crises militaires. La dernière en date, cet été, a participé à faire grossir la colère des Iraniens. Tandis que Téhéran menace perpétuellement ses ennemis occidentaux de réponse "sévère" en cas d’agression, l’armée iranienne s’est révélée incapable de protéger efficacement sa population lors de la guerre contre Israël, au mois de juin. Au total, d’après les autorités, plus de 1 000 Iraniens sont morts dans les bombardements menés par l’État hébreu. Sur le plan militaire, le pays s’est par ailleurs affaibli, plusieurs frappes américaines ayant visé des sites de son programme nucléaire. Dans le même temps, face à l’hyperinflation, le pouvoir d’achat des Iraniens s’est encore amenuisé. Pénuries d’eau et coupures de courant sont devenues monnaie courante.

Tant de facteurs qui ont poussé le président iranien, Massoud Pezeshkian, à diffuser ce mardi un message d’une inhabituelle tonalité dans ce genre de circonstances. "J’ai demandé au ministre de l’Intérieur d’écouter les revendications légitimes des manifestants en dialoguant avec leurs représentants afin que le gouvernement puisse agir de toutes ses forces pour résoudre les problèmes et agir de manière responsable", a-t-il détaillé, dans une déclaration publiée sur son compte X. D’après les médias iraniens, le dirigeant a lui-même rencontré des responsables syndicaux ce mardi pour tenter de trouver des solutions à la crise économique.

Dimanche, Massoud Pezeshkian a en parallèle présenté le budget pour l’an prochain, promettant entre autres une augmentation de 20 % des salaires en 2026. Mais ce taux demeure bien inférieur à celui de l’inflation, qui a culminé en décembre à 52 % sur un an, d’après les données officielles iraniennes. D’autre part, les médias d’État iraniens ont relayé ces dernières semaines une autre information, bien moins favorable aux ménages : la volonté du gouvernement d’augmenter les impôts à compter de mars prochain, mois du Nouvel An iranien.

Pression internationale

Sur le plan politique, les gardiens de la Révolution, eux, maintiennent des positions inflexibles. Si, en marge de la signature du plan de paix à Gaza, le président américain Donald Trump avait ouvert la voie à une reprise des négociations diplomatiques avec Téhéran, l’espoir a aujourd’hui fait long feu. Le milliardaire républicain vient d’ailleurs de menacer de nouveau le régime d’une nouvelle intervention militaire si Téhéran cherchait à se réarmer. Dans le même temps, les pays européens ont activé l’été dernier le mécanisme de "snapback" dans le cadre de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPoA), arrivé à échéance cette année, afin de rétablir les sanctions contre l’économie iranienne.

Mais, pour le pouvoir iranien, pas question pour autant de montrer quelque signe de détente. "À mon avis, nous sommes en guerre totale contre les États-Unis, Israël et l’Europe, ils veulent mettre notre pays à terre", a lancé Massoud Pezeshkian plus tôt dans la semaine, sur le site du guide suprême iranien, Ali Khamenei. Les autorités du pays ont d’ailleurs mis en garde sa population contre toute contestation qui pourrait être selon elles instrumentalisées par des pays étrangers dans l’optique de semer "le chaos et des troubles". En 2019, de précédentes manifestations contre la hausse du prix du carburant avaient fait plusieurs centaines de morts. Un scénario que souhaite à tout prix éviter Téhéran, alors que le gouvernement vient d’annoncer une hausse des tarifs à la pompe pour les conducteurs les plus consommateurs en la matière.

© AFP

Une photo fournie par le bureau du président iranien le 30 août 2025 montre le président Masoud Pezeshkian s'exprimant lors d'une interview télévisée à Téhéran.

Vladislav Sourkov, Alain Aspect, Robert Kaplan... Nos dix grands entretiens qui ont marqué l’année 2025

30 décembre 2025 à 16:00

Ils pensent le monde, bousculent les croyances ou sont les grands acteurs de la géopolitique et de l’économie internationale… De Moscou à New York, des arcanes du pouvoir russe aux vertiges de la physique quantique, de la crise démographique aux métamorphoses du travail, L’Express a donné la parole à celles et ceux qui éclairent notre époque.

Stratèges de l’ombre, philosophes, économistes, scientifiques, ou intellectuels en alerte face à Donald Trump ou Vladimir Poutine. Tous ces entretiens, qui ont marqué 2025, vont vous permettre de vous replonger dans l’année écoulée - et celles à venir. Voici notre sélection :

1) Vladislav Sourkov, le vrai mage du Kremlin

Jamais, depuis le début del’invasion russe en Ukraine, il n’a accordé d’interview politique. Ni fait le moindre commentaire public sur cette guerre qui ravage le cœur de l’Europe. Vladislav Sourkov, sans doute le personnage le plus mystérieux de Russie, s’est muré dans le silence. Pourtant, l’homme qui a "fabriqué" Vladimir Poutine, le conseiller de l’ombre qui a inspiré son formidable Mage du Kremlin au romancier Giuliano da Empoli, a beaucoup de choses à dire sur la Russie et l’homme qui la dirige.

2) Nicolas Puech, l’héritier ruiné d’Hermès brise le silence

Celui qui fut toute sa vie le richissime héritier Hermès et son premier actionnaire familial ne s’était pas exprimé publiquement depuis 2011, quand bien même, ces trois dernières années, la presse de toute l’Europe – et jusqu’aux Etats-Unis - s’est interrogée sur l’escroquerie phénoménale dont il se dit victime, décortiquant sa vie affective, soupesant ses capacités cognitives ou interrogeant sa désarmante bonhomie.

3) L’avertissement du patron de l’Essec

Y a-t-il une crise du management à la française ? Selon Vincenzo Vinzi, la formation au management en France est l’une des meilleures en Europe. Toutefois, l’approche verticale des managers tricolores "engendre de la rigidité, qui ne favorise pas la créativité". Entretien décapant.

4) Le regard avisé de Fabian Hoffmann sur la Russie de Poutine

Le président russe Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse annuelle, le 19 décembre 2025 à Moscou
Le président russe Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse annuelle, le 19 décembre 2025 à Moscou

Méfiez-vous des apparences, surtout quand la conversation concerne les ambitions du Kremlin. C’est, en substance, l’avertissement que donne Fabian Hoffmann, chercheur à l’Oslo Nuclear Project de l’Université d’Oslo et au Center for European Policy Analysis. Selon lui, le fait que la Russie subisse des pertes humaines et matérielles record en Ukraine ne signifie pas qu’une attaque contre l’Otan serait vouée à l’échec. Pour l’expert,Vladimir Poutine a un plan : une opération éclair, de haute intensité, susceptible d’escalader à très court terme vers une véritable guerre.

5) Alain Aspect et les "bizarreries" de la physique quantique

Le Prix Nobel de physique Alain Aspect, le 7 décembre 2022 à Stockholm.
Le Prix Nobel de physique Alain Aspect, le 7 décembre 2022 à Stockholm.

Alain Aspect a donné tort à Einstein, décroché le Graal scientifique et cofondé un champion français de l’ordinateur quantique (Pasqal). Mais ce fils d’instituteurs du Lot-et-Garonne assure que ce dont il est le plus fier, c’est de "son rôle de professeur et de mentor". Cette passion de la transmission anime son livre Si Einstein avait su. Dans l'entretien accordé à L'Express, il dénonce les détournements pseudoscientifiques du mot "quantique".

6) La mise en garde d’un éminent psychiatre italien

"Voici les signes que vous avez grandi avec un parent pervers narcissique", "Comment repérer un narcissique à sa manière de faire des câlins", "Plus on est narcissiques et moins l’on fait d’enfants", "Le narcissisme pathologique de Trump"… Pour le psychiatre italien Giancarlo Dimaggio, l’emballement médiatique relève de la caricature. Ce spécialiste de la psychothérapie démonte les idées reçues.

7) La charge de David Frum, ex-plume de Bush, contre Trump

David Frum, éditorialiste vedette au magazine The Atlantic, ancienne plume de George W. Bush et anti-Trump acharné, prévenait déjà dans nos colonnes qu’un second mandat de Donald Trump serait cataclysmique aussi bien sur le plan intérieur que sur la scène internationale. Ce fin connaisseur des rouages de la politique américaine analyse les conséquences possibles de ce revirement brutal des Etats-Unis.

8) Les projections vertigineuses de McKinsey

On ne mesure pas encore l’ampleur de cette lame de fond, qui va bouleverser nos sociétés et nos économies dans quelques dizaines d’années. D’ici la fin du siècle, certains pays vont voir leur population se contracter de 20 à 50 %. La faiblesse de la natalité dans la plupart des régions du monde va recomposer les équilibres internationaux. Consommation, marché du travail, implantation des sites de production des entreprises, modèle social… Le bureau de recherche McKinsey Global Institute a récemment publié un rapport balayant les répercussions de ce déclin démographique mondial.

9) L'interview décapante d'André Comte-Sponville

Passer du temps en sa compagnie vous donne le sentiment (l'illusion ?) d'avoir gagné quelques modestes points de sagesse. Crinière grise, regard mélancolique, phrasé limpide de celui qui se sait sûr de son propos, André Comte-Sponville a le physique de l'emploi. Le succès phénoménal du Petit traité des grandes vertus en 1995 l'a imposé comme le champion d'une philosophie rigoureuse, mais accessible à tous. Et le penseur n'a pas sa langue dans sa poche.

10) Les prédictions de Robert Kaplan sur la Russie post-Poutine

Le dernier ouvrage du reporter américain Robert Kaplan,Waste Land : A World in Permanent Crisis (non traduit), paru outre-Atlantique, se lit comme un thriller. Il ne s’agit pourtant en rien d’une fiction.

Géopolitologue et auteur de nombreux ouvrages à succès, Kaplan juge "troublantes" les similitudes entre notre époque et celle qui précipita l’Allemagne, puis le monde entier, dans le chaos des années 1930. Selon lui, "la Russie post-Poutine sera sans doute la première grande puissance à s’effondrer".

© L'Express

Vladislav Sourkov. L’homme qui a "fabriqué" Vladimir Poutine, a beaucoup de choses à dire sur la Russie et l’homme qui la dirige.

Vladimir Poutine visé par des drones ukrainiens ? A Valdaï, la résidence très secrète du maître du Kremlin

31 décembre 2025 à 10:43

Une "attaque terroriste" pour Moscou, un "mensonge" d'après Kiev. Lundi 29 décembre, la Russie a accusé l'Ukraine d'avoir ciblé la "Dolgiye Borody", une résidence d'État de Vladimir Poutine du nord-ouest du pays, avec 91 drones. Druss'après le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, tous ces appareils auraient été interceptés. De quoi conduire Moscou à "réexaminer" sa position dans les négociations actuelles menées par Washington pour mettre un terme à la guerre en Ukraine. En réaction à ces propos, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a immédiatement nié avoir mené une telle opération. "Près d'une journée s'est écoulée et la Russie n'a toujours pas fourni de preuves plausibles à l'appui de ses accusations", a encore réagi le chef de la diplomatie ukrainienne, Andrïï Sybiga, ce mardi.

Bowling, terrain de golf et espace spa

Au moment où les efforts diplomatiques s'accentuent pour cheminer vers un plan de paix à l'est de l'Europe, l'épisode risque de laisser des traces dans les futures tractations. Quelle que soit la vérité, le lieu au cœur de cette affaire représente en tout cas le symbole de la puissance de Vladimir Poutine à la tête de la Russie. Qu'il soit perçu comme – potentiellement – attaqué constitue un marqueur fort pour le pouvoir russe afin de justifier de nouvelles opérations en Ukraine. Longeant un lac et bordant une forêt, le complexe est situé près de la ville de Valdaï, dans la région de Novgorod. Il s'agit d'une "datcha", une résidence secondaire destinée à octroyer à ses occupants du repos au grand air.

En 2021, le domaine avait fait l'objet de nombreuses révélations de la Fondation anticorruption (FBK) créé par l'ex-opposant au président russe, Alexeï Navalny. Une enquête qui permet d'en savoir un peu plus sur les nombreux services proposés au sein des quelque 80 bâtiments présents en son sein. Grand de 250 hectares, le terrain de la "Dolgiye Borody" se structure comme une sorte de ville à taille miniature. La demeure principale, haute de quatre étages, dispose d'une superficie de 3 500 mètres carrés. Plus loin, un immense bâtiment de 7 000 mètres carrés permet aux occupants de la datcha de profiter de différents équipements nécessaires à des soins de bien-être : massages, cryothérapie, solarium... Une piscine, un cabinet dentaire et un institut de beauté sont également présents.

Outre cet espace spa, il prévoit par ailleurs différents lieux pour divertir ses visiteurs. Une aire de jeux avec toboggans, un cinéma, une salle de billard, un bowling et même... un casino ont été construits dans cette résidence secondaire. Au niveau sportif, le terrain comprend par ailleurs un parcours de golf. Une église, un bâtiment à l'architecture d'inspiration chinoise et une maison traditionnelle russe en bois ont aussi été érigés sur le site. D'après la FBK, qui a publié des plans du complexe, la "Dolgiye Borody" serait le lieu de villégiature préférée de Vladimir Poutine. Il s'y rend en effet régulièrement.

Réplique du bureau de Vladimir Poutine

En novembre dernier, une autre enquête, publiée par Radio Free Europe/Radio Liberty, a montré que des répliques du bureau de la résidence principale de Vladimir Poutine, près de Moscou, avait été fabriquée au sein de deux sites étatiques russes, dont la maison de Valdaï. L'objectif ? Pouvoir camoufler les déplacements du président russe hors de la capitale. Certaines photographies communiquées par les services du Kremlin montrent ainsi le chef de la Fédération russe en train de travailler dans son bureau de Moscou... alors qu'il se trouve en réalité à plusieurs centaines de kilomètres de son domicile. La même copie du bureau a été observée dans une seconde résidence de Vladimir Poutine, située près de Sotchi. D'après les journalistes à l'origine de l'enquête, le pouvoir russe aurait menti à plusieurs centaines de reprises sur l'emplacement du président.

Outre l'opulence longtemps tenue secrète de ce complexe de Valdaï, un autre élément majeur a été révélé par l'enquête de la FBK en 2021. Seule une partie du site appartiendrait en réalité à l'État russe. L'autre est détenue par un oligarque russe, Iouri Kovaltchouk. Cet homme d'affaires, actionnaire de la banque Rossiya et proche de Vladimir Poutine, loue donc cette parcelle d'environ 100 hectares au Kremlin. Toujours selon la FBK, la facture s'élèverait chaque année à 300 millions de roubles, soit 3,15 millions d'euros. Une dépense réalisée "juste pour que Poutine ait un endroit où se prélasser (...) et inviter des artistes", s'offusquait la Fondation anticorruption dans sa vidéo.

Dans une autre enquête de 2021, Alexeï Navalny avait également dévoilé l'existence d'une gigantesque demeure située près de Sotchi, au bord de la mer Noire. Aménagé pour accueillir le président russe, le site avait été baptisé par le militant anti-corruption comme le "palais de Poutine". Ce domaine, là aussi particulièrement luxueux, comprendrait amphithéâtre, vignoble, terrain de hockey sur glace, héliport ou encore jacuzzi. D'après l'opposant, décédé en prison en février 2024, 100 milliards de roubles, soit plus d'un milliard d'euros ont été dépensés par Moscou pour réaliser cet immense palais. À l'époque des révélations, Vladimir Poutine avait nié ces accusations. "Je n’ai pas vu ce film, faute de temps", avait-il lancé. "Rien de ce qui est montré dedans comme étant mes biens ne m’appartient à moi ou à mes proches."

© afp.com/Vyacheslav PROKOFYEV

Le président russe Vladimir Poutine face à la presse à Moscou (Russie) le 23 octobre 2025, sur une photographie distribuée par l'agence étatique Spoutnik.

Guerre en Ukraine : nos analyses, décryptages et entretiens

30 décembre 2025 à 11:49
Le 24 février 2022, la Russie a déclenché son attaque sur l'Ukraine, tentant de s'emparer de la capitale Kiev dans une offensive éclair. Mais les forces ukrainiennes ont opposé une résistance farouche, obligeant les troupes russes à la retraite et déplaçant les combats vers le bassin du Donbass, dans l'est du pays, et dans son sud agricole. Du côté de l'Occident, le temps diplomatique a laissé place à celui des sanctions contre Moscou. Alors que la guerre se poursuit, inexorablement, peu de signes de progrès sont visibles.

© afp.com/Tetiana DZHAFAROVA

Kramatorsk, est de l'Ukraine, le 15 septembre 2025

Hamas, Iran, Syrie… Ce qu’il faut retenir de la rencontre entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou

30 décembre 2025 à 10:26

Le décor a un peu changé, mais les protagonistes restent les mêmes. Plutôt qu’à la Maison-Blanche, théâtre de leurs précédentes rencontres aux États-Unis, Donald Trump a cette fois convié lundi 29 décembre Benyamin Netanyahou dans sa résidence privée de Mar-a-Lago (Floride), où il passe les fêtes de fin d’année. Le contenu des échanges, lui, s’est inscrit dans la même tonalité que lors de leurs récents tête-à-tête : malgré quelques désaccords, le Premier ministre israélien a pu constater que son allié américain continuait d’afficher un puissant soutien à sa politique. Israël "n’existerait peut-être pas" sans le rôle de Benyamin Netanyahou depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023, a ainsi loué le milliardaire conservateur. "Nous n’avons jamais eu d’ami comme le président Trump à la Maison-Blanche", lui a rendu la pareille le dirigeant israélien.

Menaces américaines contre le Hamas

Pourtant, avant ce nouveau rendez-vous, Washington avait mis une certaine pression sur Israël, l’enjoignant à accélérer la mise en œuvre du plan de paix à Gaza. Comme rapporté dans la presse américaine, certains hauts responsables américains avaient notamment fait part de leur "frustration" face aux choix israéliens dans l’enclave palestinienne. Des critiques évacuées d’un revers de main par Donald Trump ce lundi. "Je suis préoccupé par ce que font, ou peut-être ne font pas, d’autres acteurs, mais, en ce qui concerne Israël, je ne suis pas inquiet : ils ont respecté le plan", a lancé le républicain. Israël est notamment mis en cause par le Hamas pour plusieurs violations du cessez-le-feu depuis la signature du plan de paix, au début de l’automne.

Donald Trump a préféré concentrer ses critiques contre le mouvement islamiste palestinien. La deuxième phase de l’accord prévoit entre autres un désarmement de ses forces. "S’ils ne se désarment pas comme ils s’y sont engagés" et "dans un délai relativement court", "ils paieront le prix fort", a-t-il menacé. Or, la branche armée du Hamas a réaffirmé lundi qu’elle "ne renoncerait pas" aux armes "tant que l’occupation perdurera". Cette nouvelle étape doit aussi permettre un retrait progressif de l’armée israélienne de Gaza. Vendredi, le média américain Axios a indiqué que Washington souhaitait faire des annonces concernant un gouvernement palestinien de technocrates comme autorité de transition pour Gaza dès janvier. Une solution pour laquelle Benyamin Netanyahou traîne des pieds. Des désaccords persistent aussi sur l’action israélienne en Cisjordanie.

Nouvel avertissement à Téhéran

En parallèle, les deux hommes ont également évoqué la position à tenir vis-à-vis du régime iranien. Samedi, le président du pays, Massoud Pezeshkian, avait déclaré que les États-Unis, Israël et les Européens menaient une "guerre totale" contre Téhéran. En juin, Américains et Israéliens avaient frappé plusieurs sites iraniens, dans l’optique de mettre à mal le programme nucléaire développé par la République islamique. Depuis ces bombardements, des sanctions ont aussi été rétablies contre l’Iran grâce au mécanisme du "snapback", prévu dans l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPoA), conclu en 2015 et arrivé à échéance cette année.

Ce lundi, Donald Trump a une nouvelle fois mis en garde les dirigeants iraniens. "J’espère qu’ils ne sont pas encore en train d’essayer de se réarmer, parce que s’ils le font, nous n’aurons pas d’autre choix que d’éliminer très rapidement ce réarmement", qu’il s’agisse d’installations nucléaires ou de missiles balistiques, a-t-il averti. "Toute agression" envers l’Iran serait "immédiatement suivie d’une réponse très sévère", a réagi sur X Ali Shamkhani, un proche conseiller du guide suprême iranien, Ali Khamenei. Cette montée en tension n’empêche pas Donald Trump de penser que l’Iran reste intéressé par un accord avec les États-Unis au sujet de ses programmes nucléaires et balistiques, quand bien même Téhéran "se comporte peut-être mal".

Les relations entre la Syrie et Israël ont aussi fait l’objet de discussions entre le président américain et le Premier ministre israélien. Donald Trump a ainsi dit espérer que Benyamin Netanyahou pourrait "s’entendre" avec le nouveau président syrien et ancien djihadiste, Ahmed al-Charaa, reçu en grande pompe par le républicain à la Maison-Blanche en novembre. Ces derniers mois, Israël a mené plusieurs frappes sur le territoire syrien. Pour conclure un nouveau compromis de sécurité, Benyamin Netanyahou, exige notamment une démilitarisation de toute la partie du territoire syrien allant du sud de la capitale, Damas, jusqu’à la ligne de démarcation fixée par l’accord de 1974 entre les deux pays. Une demande pour le moment fermement rejetée par les autorités syriennes.

© JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou tiennent une conférence de presse le 29 décembre, à Mar-a-Lago, en Floride (États-Unis).

Venezuela : Donald Trump confirme que les Etats-Unis ont frappé une installation portuaire

30 décembre 2025 à 08:41

Donald Trump a affirmé, ce lundi 29 décembre, que les Etats-Unis avaient détruit une zone de mise à quai utilisée par des bateaux accusés de participer au narcotrafic au Venezuela, une possible première frappe terrestre depuis le début de la campagne militaire américaine contre le trafic de drogue en Amérique latine.

Les Etats-Unis exercent une forte pression sur Caracas depuis des mois, cherchant à pousser au départ le président Nicolas Maduro, accusé par Washington d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic. Ils ont mené jusqu’à présent une trentaine de frappes contre des embarcations de trafiquants présumés, faisant près de 107 morts dans les Caraïbes et le Pacifique.

"Il y a eu une grande explosion sur la zone de mise à quai où ils chargent les bateaux de drogue. […] Nous avons donc frappé tous les bateaux et maintenant nous frappons la zone, […] et ça n’est plus là", a déclaré lundi le président américain depuis sa résidence Mar-a-Lago, où il a reçu le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Il n’a pas révélé le lieu de cette frappe, précisant simplement qu’elle s’était produite "sur le rivage". Il a également refusé de dire qui, de l’armée ou de la CIA, avait mené cette opération.

Donald Trump agitait depuis plusieurs semaines la menace de frappes terrestres visant des cartels de la drogue en Amérique latine, mais aucune attaque n’avait été encore confirmée à ce jour.

Selon CNN et le New York times, il s’agit d’une frappe de drone qui a visé un débarcadère isolé utilisé par le gang de narcotrafiquants vénézuéliens du Tren de Aragua pour stocker de la drogue et la charger sur des bateaux bateau en vue de son expédition.

Personne sur place

Personne ne se trouvait sur place au moment de la frappe, il n’y a donc eu aucune victime, toujours selon ces deux médias, s’appuyant sur des sources anonymes familières du dossier.

Le président Trump était interrogé par des journalistes après une allusion à une telle frappe dans un entretien diffusé vendredi. Dans une interview radio avec le milliardaire John Catsimatidis, l’un de ses soutiens, Donald Trump avait affirmé que les Etats-Unis avaient frappé une "grande installation d’où viennent les navires" servant selon lui à la production de bateaux utilisés pour le narcotrafic. "Il y a deux nuits, nous l’avons détruite. Donc nous les avons frappés très durement", avait-il assuré, laissant donc entendre que l’opération a eu lieu le mercredi 24 décembre.

Interrogés par l’AFP, ni le Pentagone, ni la Maison-Blanche n’avaient confirmé ces déclarations. De son côté, le gouvernement vénézuélien n’a fait aucun commentaire officiel sur une telle frappe.

L’attaque pourrait considérablement aggraver les tensions avec le président vénézuélien Nicolas Maduro, dont les Etats-Unis tentent d’obtenir la démission par leur pression militaire dans les Caraïbes. Lundi, l’armée américaine a par ailleurs fait état d’une nouvelle frappe dans l’est du Pacifique contre un navire "impliqué dans des opérations de narcotrafic", lors de laquelle deux personnes ont été tuées.

Jusqu’à présent, l’administration américaine n’a pas apporté de preuves démontrant que ces embarcations visées transportent effectivement de la drogue. Washington a déployé un important dispositif militaire dans les Caraïbes et imposé au Venezuela un blocus visant des pétroliers sous sanctions. Nicolas Maduro dément les accusations américaines, et assure que les Etats-Unis cherchent à le renverser pour s’emparer du pétrole vénézuélien, principale ressource du pays.

© afp.com/ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Le président américain Donald Trump dans sa résidence de Mar-a-Lago, à Palm Beach, le 22 décembre 2025 en Floride

Face à la menace russe, la Pologne débloque deux milliards d'euros pour son "bouclier" anti-drones

30 décembre 2025 à 08:15

Varsovie s’est décidé à moderniser la panoplie de défense de sa frontière Est. La mesure a été prise en riposte aux nombreuses incursions de drones russes sur son territoire. Si le phénomène affecte toute l’Europe, la Pologne - qui partage une frontière avec la Russie - est particulièrement visée. En septembre, une dizaine d’engins pénétraient illégalement son espace aérien. Un incident qui a conduit à la fermeture d’aéroports, au déploiement en urgence d’avions de chasse et à des dégâts sur des bâtiments provoqués par l’abattage des drones. Face à l’ampleur de la situation, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a tiré alors la sonnette d’alarme : d’après lui, le pays est plus proche d’un conflit militaire "que jamais depuis la Seconde guerre mondiale".

Varsovie, qui se donne deux ans pour atteindre entièrement son objectif, entend dédier deux milliards d’euros à cette entreprise. Tout n’est pas à construire. Le pays dispose déjà d’un système de défense vieux d’une décennie. Son ambition est de le moderniser en y intégrant son nouvel arsenal.

Des mitrailleuses, des canons et des systèmes de brouillage de drones

Interrogé par le journal britannique The Guardian, le vice-ministre polonais de la Défense, Cezary Tomczyk, précise son calendrier : "Nous prévoyons que les premières fonctionnalités du système soient disponibles dans environ six mois, voire plus tôt. La mise en place complète […] prendra 24 mois".

La nouvelle panoplie comprendra plusieurs niveaux de défense, dont des mitrailleuses, des canons, des missiles et des systèmes de brouillage de drones, a précisé le ministre. Et de poursuivre : "Certains de ces équipements ne sont destinés à être utilisés que dans des conditions extrêmes ou en temps de guerre. Par exemple, ces mitrailleuses multicanons sont difficiles à utiliser en temps de paix, parce que tout ce qui monte doit redescendre [les balles]".

L’investissement que représente cette nouvelle panoplie militaire sera rendu possible grâce au programme européen SAFE (Security Action for Europe), selon Cezary Tomczyk. Le mécanisme de prêts de 150 milliards d’euros est voué à financer des achats conjoints d’équipements militaires dans l’UE.

Un budget tourné vers la Défense

Mais Varsovie consacre également une part importante de son propre budget au domaine militaire. Depuis 2022, date de l’invasion russe en Ukraine, le pays a revu à la hausse ses dépenses de défense, jusqu’à se hisser parmi les taux les plus élevés de l’Union européenne. Alors qu’elle y dédiait 2,2 % de son PIB en 2021 - selon les données du Stockholm International Peace Research Institute - la Pologne a poussé son effort à 4,2 % du PIB en 2024, soit 38 milliards de dollars - comptez environ 32 milliards d’euros -. A titre de comparaison, la France consacre 2,1 % de son PIB à la défense soit 50,5 milliards d’euros, hors pensions.

Dans les colonnes du Guardian, Cezary Tomczyk explique ces investissements : "Aujourd’hui, l’Ukraine consacre environ 40 % de son PIB à la guerre, et ceux qui se demandent quel pourcentage nous devrions consacrer à l’armée devraient se demander s’il vaut mieux augmenter les dépenses de 2 % à 3 ou 3,5 %, par exemple, ou les laisser passer de 2 % à 40 % plus tard".

Car la Pologne - qui prévoit de former des centaines de milliers de ses citoyens à la survie - ne dissimule plus sa crainte d’une confrontation directe avec Moscou si l’Ukraine venait à perdre la guerre. Depuis le début du conflit, la Russie ne se limite pas à violer l’espace aérien de son voisin. En quatre ans, Varsovie a signalé des cas de sabotages et d’incendies criminels. Ses services de renseignements ont été en mesure d’établir des liens avec le Kremlin. Depuis 2022, de nombreux Polonais se portent volontaires pour suivre une formation militaire.

"Prévenir le chaos mondial"

Afin de faire face à la menace sous toutes ses formes, Varsovie ne se limite pas à sa frontière Est. Le pays entreprend également de fortifier sa frontière avec la Biélorussie ainsi que l’enclave russe de Kaliningrad, située en plein coeur de l’Europe, entre la Pologne, la Lituanie et la mer Baltique. Et Cezary Tomczyk ne compte pas en rester là. Devant les journalistes du Guardian, le vice-ministre de la Défense a partagé son ambition de construire des "centres logistiques spéciaux" dans chaque municipalité frontalière où serait stocké du matériel de défense.

Et le pays compte aussi sur la coopération internationale. Dimanche 28 décembre, Radoslaw Sikorski, le vice-premier ministre polonais appelait, dans une tribune au Monde à d’avantage de solidarité au sein de l’UE, notamment en matière de sécurité. "Notre ordre mondial, fondé sur le respect du droit international, est certes imparfait, comme toutes les créations humaines. Mais malgré ses défauts, il reste le meilleur outil dont nous disposons pour prévenir le chaos mondial", insiste le dirigeant.

© afp.com/Wojtek RADWANSKI

Un char allemand Leopard 2 de l'armée polonaise en exercices en Pologne le 19 mai 2022.
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