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Menace nucléaire : des missiles balistiques russes déployés en Biélorussie ?

29 décembre 2025 à 17:59

C’est une arme de dernière génération, hypersonique et capable de transporter une charge nucléaire. Le missile balistique russe Orechnik serait actuellement déployé à l’Est de la Biélorussie, alliée de la Russie de Vladimir Poutine. Le président russe avait annoncé en août dernier la production en série de l’Orechnik et son intention de déployer cette arme de dernière génération chez son voisin en 2025.

Mi-décembre, le président biélorusse Alexandre Loukachenko avait confirmé la présence du missile sur son territoire. "Il prend son service de combat", avait-il ajouté. Il n’a cependant pas dévoilé la localisation de l’arsenal, alors même que la Biélorussie borde trois pays européens. Le territoire biélorusse avait déjà été utilisé par Moscou pour lancer son offensive contre l’Ukraine en 2022.

Une gare de triage et du camouflage

Deux chercheurs américains, dont l’agence Reuters rapporte les travaux, ont identifié grâce à des images satellites un site biélorusse qui pourrait "possiblement" abriter des missiles Orechnik. Il s’agit de l’ancienne base aérienne de Krichev, située à 307 kilomètres à l’Est de la capitale biélorusse, Minsk, et à 478 kilomètres de Moscou. Jeffrey Lewis, du Middlebury Institute of International Studies, et Decker Eveleth, de l’organisation de recherche et analyse CNA, ont utilisé des images satellites et décortiqué les déclarations du président biélorusse ​pour identifier l’ancienne base soviétique, expliquent-ils dans un article de blog. Ils ont notamment identifié une construction hâtive en août dernier qui porte les caractéristiques d’une base de missiles stratégiques russes.

L’indice révélateur est la construction d’une gare de triage, indiquant que des missiles et leurs lanceurs mobiles peuvent être acheminés en train. L’un des endroits du site a par ailleurs été recouvert de terre, ce qui pourrait faire penser à un camouflage. De quoi être sûr "à 90 %" de la présence de lanceurs de missiles Orechnik à cet endroit, ce qui recoupe les informations des renseignements américains, selon Reuters, qui cite une source anonyme. L’agence a interrogé l’ambassade de Russie à Moscou, qui n’a pas commenté dans l’immédiat, ainsi que l’ambassade de Biélorussie qui a refusé de s’exprimer. La Maison-Blanche n’a pas non plus répondu aux journalistes, et la CIA, les services de renseignements américains, n’ont pas souhaité commenter.

Une portée de 5 500 kilomètres

Le missile russe Orechnik - dont le nom signifie "noisetier" en russe - est une arme de portée intermédiaire, qui peut atteindre des cibles situées entre 3 000 et 5 500 kilomètres. Sa vitesse dépasse Mach 10, soit dix fois la vitesse du son, ce qui le rend impossible à intercepter, selon Vladimir Poutine. Il peut par ailleurs transporter plusieurs têtes, nucléaires ou conventionnelles, et inquiète particulièrement les Occidentaux depuis sa première utilisation en novembre 2024. La Russie avait utilisé l’Orechnik sans charge nucléaire pour frapper une usine militaire dans la ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine.

En août dernier, la Biélorussie avait affirmé s’entraîner au déploiement de missiles Orechnik durant des exercices militaires avec la Russie. Son président avait par la suite ajouté que son pays pourrait abriter jusqu’à dix de ces missiles. Mais selon les chercheurs américains Eveleth et Lewis, le site qu’ils ont identifié ne pourrait accueillir que trois lanceurs. Les autres missiles pourraient donc être stationnés ailleurs dans le pays.

Un signal politique plus que militaire

Selon les chercheurs interrogés par Reuters, l’escalade militaire de la Russie traduit sa volonté de recourir à la menace nucléaire pour empêcher l’Otan de fournir à Kiev des armes capables de frapper la Russie. Un message politique plus que militaire : le déploiement des Orechnik en Biélorussie n’apporte pas d’avantage militaire supplémentaire à Moscou. D’autres sites, situés en Russie, seraient plus proches de Paris et Londres, note Jeffrey Lewis sur son blog.

Le déploiement des missiles Orechnik pourrait aussi être une réaction au stationnement, prévu dès 2026, de missiles hypersoniques conventionnels américains en Allemagne. C’est enfin un message politique envoyé à la Biélorussie, qui cherche la protection de son allié.

L’annonce par le pays de la présence de telles armes sur son sol intervient en tout cas quelques semaines avant l’expiration du traité de désarmement nucléaire New Start, signé en 2010 entre Washington et Moscou. Il prévoit un contrôle et une limitation des armements nucléaires des deux parties. La Russie avait suspendu sa participation en 2023, avant de proposer en septembre 2025 de le prolonger d’un an.

© AFP

Mi-décembre, le président biélorusse Alexandre Loukachenko avait confirmé la présence du missile russe Orechnik sur son territoire.

Guerre en Ukraine : la Russie accuse Kiev d’avoir tenté d’attaquer une résidence de Vladimir Poutine

29 décembre 2025 à 16:52

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré ce lundi 29 décembre que l’Ukraine avait tenté d’attaquer la résidence du président Vladimir Poutine dans la région de Novgorod, ce que dément fermement Kiev.

Sergueï Lavrov a expliqué sur Telegram que dans la nuit du dimanche 28 décembre, l’Ukraine avait visé la résidence d’État du président russe dans la région de Novgorod avec 91 drones à longue portée qui ont tous été détruits par la défense aérienne russe. "De tels actes irresponsables ne resteront pas impunis", a déclaré le ministre, ajoutant que l’attaque s’apparentait à du "terrorisme d’État". Il a déclaré que des cibles avaient déjà été sélectionnées pour des frappes de représailles par les forces armées russes.

Sergueï Lavrov a fait remarquer que l’attaque avait eu lieu pendant les négociations en Floride sur un éventuel accord de paix en Ukraine et que, même si la Russie ne quitterait pas la table des négociations, la position de Moscou serait réexaminée prochainement. Il n’a pas précisé si Vladimir Poutine se trouvait dans le bâtiment au moment de l’attaque.

Une "nouvelle série de mensonges", selon Volodymyr Zelensky

Volodymyr Zelensky a immédiatement rejeté ces accusations russes, évoquant une "nouvelle série de mensonges" de Moscou. Le président ukrainien a déclaré aux journalistes via WhatsApp qu’avec de telles déclarations, la Russie tentait de saper les progrès réalisés dans les pourparlers de paix entre l’Ukraine et les États-Unis et "prépar (ait) simplement le terrain pour mener des frappes, probablement sur la capitale et probablement sur des bâtiments gouvernementaux".

"La Russie récidive, utilisant des déclarations dangereuses pour saper tous les résultats de nos efforts diplomatiques communs avec l’équipe du président Trump", a déclaré le dirigeant ukrainien sur les réseaux sociaux.

© afp.com/Alexander KAZAKOV

Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion télévisée avec des membres de son Conseil de sécurité, le 22 septembre 2025 au Kremlin.

Vladimir Poutine, Pascal Praud et le Mossad... Nos dix grands récits et enquêtes qui ont marqué 2025

29 décembre 2025 à 16:00

Enquêtes au long cours, grands récits, révélations exclusives : cette année encore, L’Express a pris le temps d’explorer l’actualité en profondeur. Des services secrets aux laboratoires de pointe, de l’influence des puissances étrangères aux dérives économiques, des figures d’influence de la tech aux grandes fractures de notre époque, ces articles racontent les grands bouleversements géopolitiques et économiques à l’œuvre en 2025.

Pour mieux comprendre le monde d’aujourd’hui, mais aussi celui de demain. Voici notre sélection :

Les 13 agressions de Poutine en France

C’est un document inédit de 16 pages que L’Express s’est procuré. Rédigée par la DGSI, la DGSE, la Direction du renseignement militaire, la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense et compilée par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), cette note, à destination exclusive des ministres tant son contenu est jugé sensible, s’intitule "Menaces et actions russes contre la France". Son contenu est vertigineux : vol d’ordinateurs, menace nucléaire, pannes électriques, espionnage à Polytechnique…

Nicolas Puech, les derniers secrets d’un héritier ruiné

L’épopée pourrait se résumer en une question : où sont passés les quelque six millions d’actions de la société Hermès, représentant 5,7 % du capital, détenus par Nicolas Puech, descendant d’une des trois dynasties fondatrices de l’empire ? Aujourd’hui, il se dit totalement ruiné. Tous ses titres lui auraient été subtilisés. Et il porte plainte à Paris. Enquête.

Diplômes, enquête sur le krach qui vient

"Les diplômés d’aujourd’hui sont fichus". En juin, le magazine The Economist choisissait un titre choc pour alerter sur une tendance de fond : dans de nombreux pays, les diplômés sont en train de perdre leur position privilégiée, alors même que la révolution de l’IA n’en est qu’à ses débuts. Les conséquences sociales pourraient être majeures.

Pascal Praud, le journaliste le plus influent de France

La vedette de CNews écrase la concurrence. Depuis ses audiences de l’été, le sexagénaire surexposé passe pour le journaliste le plus influent du paysage médiatique. Portrait d’un fumeur de cigares convaincu de fabriquer l’opinion de droite. Ses derniers éclats ont électrisé l’Elysée. Qui désormais ne lui parle plus.

Raphaël Rodriguez, le chercheur qui a trouvé la faille des métastases

Raphaël Rodriguez a raté la première année de médecine, mais il n’a pas renoncé à sauver des vies humaines. Beaucoup de vies, même. Ce chimiste à l’Institut Curie a mis au point une molécule qui pourrait détruire ces tumeurs secondaires à l’origine de 70 % des décès par cancer. Ses travaux suscitent un immense intérêt dans la communauté scientifique.

Mossad - DGSE, nos révélations sur leurs liaisons

Depuis 1948, les services secrets français et israéliens cultivent une relation spéciale, malgré des tensions fréquentes. La France connaît bien la zone, son expertise est sollicitée. "A Gaza, les meilleurs capteurs sont ceux de la DGSE", affirme un récent retraité du service secret. Un lien aujourd’hui fragilisé par la reconnaissance de la Palestine.

Les fausses promesses de Naali

Cette start-up lyonnaise est sortie grande gagnante en février de l’émission phare de M6, Qui veut être mon associé : ses fondateurs ont su convaincre un jury d’entrepreneurs d’investir plus de 600 000 euros dans leur aventure commerciale. Depuis, les ventes de la société ont explosé, tout comme l’intérêt autour de "safranothérapie", l’art de se soigner par le safran (sic) qu’elle entend bien "démocratiser".

Boualem Sansal gracié par l'Algérie : nos révélations sur les tractations

L’Elysée a plusieurs fois cru à la libération de l’écrivain, otage du régime d’Abdelmadjid Tebboune. Jusqu’à ce 12 novembre, date à laquelle Alger l'a gracié et accepté son transfert en Allemagne afin qu'il puisse être soigné. Récit de douze mois de tractations secrètes.

La bulle de l'IA est-elle sur le point d’éclater ?

Tout le monde de a attrapé la fièvre IA ! Microsoft a prévu de dépenser 80 milliards de dollars sur la seule année 2025 dans des centres de données. Et Alphabet, 75 milliards. Le patient zéro s’appelle Sam Altman. Le cofondateur d’OpenAI s’est engagé dès janvier avec Oracle, SoftBank et MGX à investir 500 milliards de dollarspour construire aux Etats-Unis de gigantesques data centers. Mais derrière les promesses révolutionnaires se cache une réalité économique alarmante.

Ce scénario sous-estimé où l’Europe se refroidit

Tandis que le sud de l’Europe ne connaît presque plus d’hivers en 2100, subissant de plein fouet les effets du changement climatique, imaginez Londres grelotter sous des températures dignes du Canada – ou des pays scandinaves, au choix.

La Tamise gelée, les transports au ralenti, y compris le fameux Tube de la capitale. Tim Lenton, directeur du Global Systems Institute de l’université d’Exeter, a participé à l’élaboration d’un rapport alarmant outre-Manche...

© AFP

Le président russe Vladimir Poutine, au Kazakhstan, le 12 novembre 2025. La Russie agresse quotidiennement la France selon un document confidentiel de la DGSI et de la DGSE.

Navires d’assaut amphibie, tirs réels : les manœuvres militaires de la Chine mettent Taïwan sous pression

29 décembre 2025 à 13:25

Drones, bombardiers et destroyers… Pour finir l’année 2025, la Chine s’est lancée lundi 29 décembre dans une démonstration de force autour de Taïwan. Des exercices militaires "majeurs", préfère décrire Pékin, dont l’agenda s’étendra sur au moins deux jours. En riposte, Taïpei a déployé son armée, fustigeant l'"intimidation" chinoise. Mais pourquoi de tels manœuvres ? L’Express décrypte.

"Mission Justice 2025"

La manœuvre qui a été baptisée "Mission Justice 2025" se démarque par son ampleur. "À partir du 29 décembre, le Commandement des zones orientales de l’APL (armée chinoise) déploie ses troupes de l’Armée de terre, de la Marine, de l’Armée de l’air et de la Force des missiles pour mener des exercices militaires conjoints", a détaillé dans un communiqué le colonel major Shi Yi, porte-parole du commandement chinois, ce lundi matin.

Les troupes de Pékin se focaliseront sur "les patrouilles de préparation au combat air-mer, la saisie conjointe de la supériorité globale, le blocus de ports et zones clés, ainsi que la dissuasion multidimensionnelle", a précisé le militaire.

Dans un autre communiqué, l’armée chinoise ajoute : "Pour des raisons de sécurité, il est conseillé à tout navire ou avion non concerné de ne pas pénétrer dans les eaux et l’espace aérien susmentionnés". Plusieurs analystes, cités par CNN, perçoivent ces actions militaires comme des entraînements visant à empêcher l’accès à la région à des forces armées étrangères.

Un accord avec Washington comme élément déclencheur

Ce lundi, Taïwan s’est donc réveillé en assistant à une simulation de blocus de ses ports. L’île qui dit avoir détecté une formation de navires d’assaut amphibie chinois opérant dans le Pacifique occidental, décompte 89 avions militaires ainsi que 28 navires de guerre. Un simple exercice assure Pékin, qui a annoncé utiliser "des tirs à munitions réelles sur des cibles maritimes".

Et le ministère des Affaires étrangères d’envoyer un message : "Les forces extérieures qui tentent d’utiliser Taïwan pour contenir la Chine et d’armer Taïwan ne feront qu’encourager l’arrogance des partisans de l’indépendance et pousser le détroit de Taïwan dans une situation périlleuse de guerre imminente."

Une déclaration qui ne laisse que peu de place au doute : la Chine n’a toujours pas digéré l’accord passé entre Washington et Taïpei. A la mi-décembre, les Etats-Unis ont annoncé une vente d’armes à Taïwan estimée à 11,1 milliards de dollars. Si cette transaction militaire - qui doit encore être approuvée par le Congrès américain - aboutit, elle se hisserait parmi les plus importante de l’histoire des deux Etats.

Pour la financer, le président taïwanais, Lai Ching-te, espère convaincre son Parlement d’augmenter le budget de la défense de 40 milliards de dollars. "Il n’y a pas de place pour le compromis sur la sécurité nationale", justifie-t-il. De quoi irriter Pékin. En réponse à ce projet de vente, la Chine a infligé des sanctions à 20 entreprises américaines de défense.

Des intimidations récurrentes

Mais pour Taïpei, pas question de faire volte-face. L’Etat insulaire, qui a assuré déployer les "forces appropriées" dans un "exercice de riposte rapide", subit régulièrement l’ire chinoise. De tels "exercices" ne sont pas une première : en avril 2025, la Chine avait déjà eu recours à des tirs réels aux alentours de l’île. Ces manœuvres, qui n’avaient cette fois pas été annoncés, survenaient après la tournée asiatique du secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth. A cette occasion le dirigeant avait affirmé que Washington assurerait la "dissuasion" dans le détroit de Taïwan.

Face aux élans d’émancipation de Taïwan, la Chine considère toujours l’île comme sa propriété, quitte à menacer d’employer la force pour la récupérer. Une justification à nouveau servie ce lundi matin par le porte-parole des Affaires étrangères à Pékin : "Toute manœuvre malveillante visant à entraver la réunification de la Chine est vouée à l’échec."

Cette démonstration de force intervient également après des semaines de crispations diplomatiques entre Pékin et Tokyo au sujet de l’île. En novembre, la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, avait laissé entendre que son pays pourrait intervenir militairement en cas d’attaque contre Taïwan.

© afp.com/ADEK BERRY

Un navire chinois est aperçu dans les eaux proches de l'île de Pingtan, le point le plus proche de Taïwan, dans la province du Fujian, dans l'est de la Chine, le 29 décembre 2025

Comment la Chine a bâti une industrie de l'armement capable de rivaliser avec l'Occident

29 décembre 2025 à 10:53

En septembre, Pékin offrait au monde le spectacle d’un gigantesque défilé militaire. Dans les gradins, une vingtaine de chefs d’Etats étrangers, dont Vladimir Poutine et Kim Jong-un. Drones, véhicules sous-marins et même loups robots… Cette démonstration de puissance était-elle vouée à envoyer un message à l’Occident ? Si oui, il n’était pas des plus subtils. Comme l'illustre le petit nom attribué à l’un de ces nouveaux missiles balistiques : Guam killer - tueur de Guam - nom du territoire insulaire américain abritant une base militaire. Face à un tel spectacle belliqueux, une question s’impose : la Chine peut-elle désormais rivaliser avec les armées occidentales ? On décrypte.

Depuis quelques années, Pékin se renforce militairement, au point de se classer au rang de premier exportateur mondial. Mais celle que l’on surnomme l’usine du monde a longtemps peiné à lancer sa production dans un domaine : l’armement. Au début du siècle, la Chine était encore le plus gros importateur d’armes dans le monde, selon les données du Sipri - Stockholm International Peace Research Institute -. Ses premiers vendeurs : la Russie, suivie de la France puis de l’Ukraine.

Mais, depuis quelques années, les commandes chinoises se sont considérablement réduites. Entre 2019 est 2023, le Sirpri note une diminution de 44 % par rapport aux cinq années précédentes. Interrogé en 2024 par un journaliste du Quotidien du peuple - titre officiel du Comité central du Parti communiste chinois - sur la parution de ce rapport, le porte-parole du ministère de la Défense, Wu Qian, a invoqué l’attachement de son pays aux principes "d’autonomie et d’innovation indépendante". Et le responsable d’ajouter : Pékin "s’appuie principalement sur sa propre force pour la recherche, le développement et la production".

Un budget six fois supérieur à la France

Une ligne tenue par le Parti communiste chinois (PCC) depuis 1949. L’organe politique n’a jamais cessé de clamer sa volonté d’atteindre l’indépendance militaire, comme le souligne le Wall Street Journal. Dans un effort impulsé par Mao Zedong, l’empire du Milieu est parvenu à développer ses propres missiles balistiques et à se doter du nucléaire, avant de stagner pendant de nombreuses années.

Et conformément aux propos avancés par Wu Qian, la Chine déploie des moyens financiers très importants pour développer son armée. Selon les estimations du Sipri - qui diffèrent des déclarations officielles du PCC - les dépenses militaires de Pékin seraient passées de 22,2 milliards de dollars en 2000 à 313,6 milliards en 2024. De quoi dépasser largement le budget français de la Défense - plus grosse puissance militaire de l’UE - fixé à 50,5 milliards d’euros, hors pensions. Six fois moins donc. Toutefois, la Chine est encore très loin de talonner les Etats-Unis, champions en la matière. En 2024, Washington a dédié 997,3 milliards de dollars à ses troupes.

Pour combler ses lacunes, la Chine n’hésite pas à injecter des fonds dans son industrie de l’armement. En 2018, les subventions accordées à l’entreprise publique China Electronics Technology Group Corporation (CETC) s’élevaient à plus de trois milliards de yuans - comptez plus de 300 millions d’euros -. Sur cette somme, 9,64 millions de yuans étaient dédiés à la "recherche" et à "l’innovation". Quant au reste des fonds accordés à la recherche, difficile de les estimer, faute de communication de Pékin.

Beaucoup d’argent donc… Et un peu d’espionnage. En 2016, un leader de l’aviation et de l’aérospatiale chinoise a plaidé coupable à Los Angeles "pour son rôle dans le complot criminel visant à voler des données techniques militaires, notamment des données relatives à l’avion de transport stratégique C-17 et à certains avions de combat produits pour l’armée américaine", selon le ministère de la Justice des Etats-Unis. Et l’affaire n’est pas une première dans l’aéronautique chinoise. Dans les années 2010, Pékin a cloné puis revendu le chasseur russe Sukhoi-27.

Des armes made in China aux quatre coins du globe

Une chose demeure certaine, l’attention accordée par le PCC à son armée a finalement porté ses fruits. Car si la Chine a ralenti ses importations, c’est aussi grâce à sa récente capacité à répondre elle-même à ses besoins. Une situation qui s’aligne sur la vision autosuffisante que se fait Xi Jinping de son pays.

Depuis les années 2010, la Chine s’impose parmi les plus grands exportateurs d’armes à l’international, gravitant dans le top 5. 40 pays - dont une partie considérable est en Asie - s’en remettent désormais à elle pour leurs commandes. Selon le rapport du Sipri, Pékin représentait 5,8 % des exportations mondiales entre 2019 et 2023.

Une armée qui "ne bougera pas le petit doigt"

Désormais, certaines technologies made in China démontrent de meilleures performances que celles des pays les plus expérimentés dans le domaine militaire.

Entre autres, leurs missiles hypersoniques, capables de voyager à une vitesse au moins cinq fois supérieure à celle du son et d’échapper à la plupart des défenses aériennes, surpassent l’arsenal occidental. Et Pékin semble porter une attention singulière à ce type d’arme. Interrogé par la BBC, Alexander Neill, chercheur associé au Pacific Forum, analyse cette stratégie de dissuasion : puisque la Chine n’est pas en capacité de rivaliser avec la puissance de la marine américaine, elle développe des missiles capables de frapper ces "cibles faciles". Et Alexander Neill de poursuivre : Pékin crée une "capacité de seconde frappe" soit la possibilité de riposter en cas d’attaque.

Mais hormis la dissuasion et la riposte, les troupes chinoises sont-elles en capacité de rivaliser ? Difficile de trancher, mais à croire l’analyse de Michael Raska, professeur à l’université technologique Singapourienne de Nanyang, si les technologies présentées impressionnent, l’exécution est un autre sujet. Premièrement, les deux millions de soldats qui forment ses rangs - la France en compte 200 000 - n’ont jamais véritablement exercé, le pays n’ayant pas connu de grande guerre depuis de nombreuses années. Ensuite, la force des troupes américaines se trouve dans la culture "ascendante" qui permet à ses militaires d’évaluer une situation sur le terrain et de prendre des décisions. L’armée chinoise se construit, elle, autour de l’exact inverse : "Elle ne bougera pas le petit doigt tant qu’elle n’aura pas reçu d’ordre de ses supérieurs."

Aussi, le professeur conclu : "Au niveau opérationnel, certains événements ont montré qu’ils ne sont peut-être pas aussi bons qu’ils le prétendent." Référence, entre autres, à la collision entre deux navires de guerre chinois pendant l’été 2025. "Tout art de la guerre repose sur la duperie", écrivait ainsi Sun Tzu, le plus célèbre militaire chinois de l’histoire, au Ve siècle avant Jésus-Christ.

© Xinhua via AFP

Le président chinois Xi Jinping, également secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois et président de la Commission militaire centrale, passe en revue les troupes lors de son inspection de la garnison de l'Armée populaire de libération de la Chine stationnée dans la Région administrative spéciale de Macao, dans le sud de la Chine, le 20 décembre 2024. (Xinhua/Li Gang)

Garanties de sécurité en Ukraine : Volodymyr Zelensky juge nécessaire la présence de troupes étrangères

29 décembre 2025 à 15:11

Donald Trump a estimé, dimanche 28 décembre, être plus près que jamais d’un accord de paix en Ukraine, après une rencontre en Floride avec Volodymyr Zelensky et un entretien avec Vladimir Poutine, sans toutefois détailler aucune avancée concrète.

S’exprimant depuis sa résidence Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride, où il a reçu le dirigeant ukrainien en présence de plusieurs hauts-responsables des deux pays, le président américain s’est montré résolument optimiste mais évasif, assurant que les prochaines semaines diraient si la guerre peut prendre fin.

Les infos à retenir :

⇒ Volodymyr Zelensky juge la présence de troupes étrangères en Ukraine nécessaire dans le cadre des garanties de sécurité

⇒ Vladimir Poutine affirme que les troupes russes "avancent avec assurance" en Ukraine

⇒ Donald Trump propose de s’exprimer devant le Parlement ukrainien sur son plan de paix

Volodymyr Zelensky juge la présence de troupes étrangères en Ukraine nécessaire dans le cadre des garanties de sécurité

Le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, a estimé ce lundi que le déploiement dans son pays de troupes étrangères serait une garantie de sécurité nécessaire et "réelle" pour dissuader la Russie de l’attaquer à nouveau. "Pour être honnête, oui", a répondu M. Zelensky lors d’une conférence de presse en ligne, interrogé sur le fait de savoir s’il considérait cette option comme nécessaire. "Je crois que la présence de troupes internationales constitue une réelle garantie de sécurité, un renforcement des garanties de sécurité que nos partenaires nous offrent déjà", a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis ont proposé à l’Ukraine des garanties de sécurité "solides" pour une période de 15 ans prolongeable face à la Russie, a indiqué par ailleurs le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ajoutant avoir demandé à Washington une durée plus longue lors de sa rencontre dimanche avec Donald Trump.

"Je voulais vraiment que ces garanties soient plus longues. Et je lui ai dit que nous voulons vraiment considérer la possibilité de 30, 40, 50 ans", a indiqué Volodymyr Zelensky, précisant que son homologue américain lui avait assuré qu’il allait réfléchir à cette possibilité. Selon Volodymyr Zelensky, l’obtention par Kiev de garanties de sécurité sera la condition pour la levée en Ukraine de la loi martiale en vigueur depuis le premier jour de l’invasion russe de février 2022 et qui interdit notamment aux hommes ukrainiens mobilisables (âgés entre 25 et 60 ans), sauf autorisation spéciale, de quitter le pays.

Le président ukrainien a par ailleurs affirmé lundi que tout plan pour mettre fin à la guerre entre l’Ukraine et la Russie devra être signé par Kiev, Moscou, Washington et les Européens.

Vladimir Poutine affirme que les troupes russes "avancent avec assurance" en Ukraine

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé ce lundi que les forces russes "avancent avec assurance" tout le long de la ligne de front en Ukraine, notamment dans les régions du Donbass, de Zaporijia et de Kherson.

Les troupes "avancent avec assurance, en perçant les défenses de l'ennemi. Les unités des Forces armées ukrainiennes se replient partout, sur l'ensemble de la ligne de contact", a-t-il affirmé lors d'une réunion sur la situation sur le front ukrainien retransmise à la télévision, disant aussi que la prise de territoires dans le Donbass (est) et dans les régions méridionales de Zaporijia et Kherson se déroule "conformément au plan".

Donald Trump propose de s’exprimer devant le Parlement ukrainien sur son plan de paix

"Ça a été une négociation très difficile", a dit dimanche à Mar-a-Lago le président américain, évoquant de "nombreux progrès". "Je ne veux pas dire quand, mais je pense que nous allons y arriver", a-t-il poursuivi, proposant aussi de venir s’exprimer devant le Parlement ukrainien pour faire avancer son plan de paix.

Prenant la parole à ses côtés, Volodymyr Zelensky s’est également voulu enthousiaste, parlant de "grandes avancées", notamment "90 %" du plan de paix américain en vingt points "approuvé", des "garanties de sécurité" pour l’Ukraine "approuvées" pour certaines et "presque approuvées" pour d’autres, ainsi "un plan de prospérité en cours de finalisation". Une rencontre aux Etats-Unis avec Volodymyr Zelensky et les dirigeants européens est prévue en janvier, a déclaré le président ukrainien.

Volodymyr Zelensky jouait gros à travers la rencontre avec son homologue américain, soucieux surtout d’obtenir l’imprimatur de Donald Trump sur une nouvelle version du plan de paix présenté par Washington il y a près d’un mois, retravaillé après d’âpres négociations réclamées par Kiev qui jugeait la première version beaucoup trop proche des revendications russes. "Il y aura des garanties de sécurité. Elles seront fortes. Et les pays européens sont très impliqués", a assuré dimanche le président américain sur le perron de Mar-a-Lago.

Emmanuel Macron annonce une réunion des alliés de Kiev début janvier à Paris

En parallèle, le président français Emmanuel Macron a annoncé lundi une réunion des alliés de Kiev à Paris début janvier, autour des garanties de sécurité pour l’Ukraine dans le cadre d’un accord de paix.

"Nous réunirons les pays de la Coalition des volontaires à Paris début janvier pour finaliser les contributions concrètes de chacun", a écrit sur X Emmanuel Macron, qui avait auparavant échangé avec ses homologues ukrainien Volodymyr Zelensky et américain Donald Trump, aux côtés de plusieurs autres dirigeants européens. "Nous progressons sur les garanties de sécurité qui seront centrales pour construire une paix juste et durable", a affirmé le dirigeant français, qui s’est également entretenu seul avec Volodymyr Zelensky.

© afp.com/Jim WATSON

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky (G) et le président américain Donald Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach (Floride), aux Etats-Unis, le 28 décembre 2025

L’Unesco, un nid d’espions en plein Paris : "C’est une couverture rêvée"

29 décembre 2025 à 08:45

5 mai 2021, nouveau message inattendu sur mon adresse email. "Cher Monsieur, nous avons lu avec grand intérêt votre enquête sur Sciences Po parue cette semaine dans l’Express", écrit un certain Varl Soudbarov. "consultant international". Cet émissaire veut parler d’un autre sujet : Audrey Azoulay, la directrice générale de l’Unesco, récemment cooptée au conseil d’administration de la grande école française. "Des diplomates de l’Unesco ont signalé que d’après son contrat avec l’Unesco, Audrey Azoulay ne peut occuper d’autres fonctions", prétend l’homme d’affaires. Problème, renseignements pris, cette incompatibilité n’en est pas une. D’ailleurs, Varl Soudbarov n’existe pas.

Derrière ce pseudonyme se cache un service de renseignement. Après quelques échanges, les masques tombent : Soudbarov propose de me rediriger "en off" vers un diplomate, membre de la délégation à l’Unesco d’une grande puissance régionale, réputée pour l’agressivité de ses agents secrets. Son objectif ? Que j’écrive un article sur de soi-disant "collusions d’intérêts" d’Audrey Azoulay.

Les espions se sentent chez eux à l’Unesco. Ils ont raison de ne pas se considérer vraiment en France. Si l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture a son siège physique place de Fontenoy, dans le septième arrondissement de Paris, juridiquement, ses représentants possèdent un statut spécifique, similaire à celui de diplomate en ambassade. Les envoyés des 194 pays membres bénéficient de l’immunité pénale… sans même s’accréditer auprès de la France. "Toutes les institutions internationales connaissent ce phénomène d’espionnage, facilité par des procédures d’accréditation spécifiques. Comme l'ONU, qu’on appelle la maison de verre", pointe Laurent Stefanini, ambassadeur de France auprès de l’Unesco entre 2016 et 2019.

Une annexe plus anonyme rue Miollis

En principe, l’Unesco pourrait traquer ces faux diplomates. "En pratique, on n’a ni légitimité pour imposer quoi que ce soit aux États, ni parfois la conscience de ce qui se passe", invoque une source proche de l’organisation. La majorité des délégations n’est pas logée dans l’édifice principal en tripode, ce joyau d’architecture moderne inauguré en 1958, mais dans une annexe plus anonyme rue Miollis, à une dizaine de minutes à pied… et surtout à l’abri de la plupart des regards. "L’Unesco, c’est une couverture assez rêvée. La culture, ça permet d’aller partout, personne ne vérifie ce que vous faites, vous avez du temps libre", détaille Jérôme Poirot, ex-coordonnateur-adjoint du renseignement à l’Elysée.

En 2023, la Belgique expulse Igor Goriachev, "représentant commercial-adjoint" de l’ambassade de Russie à Bruxelles. Le diplomate est accusé de piloter une cellule du SVR, le renseignement extérieur russe. Son poste précédent ? Deuxième secrétaire de la délégation de Moscou à l’Unesco. Les services de Vladimir Poutine sont réputés particulièrement friands des facilités que permet l’organisation internationale à Paris. L’ombre de l’Unesco plane même sur la plupart des scandales de l’espionnage russe en France. Francis Temperville, ingénieur du CEA convaincu d’avoir livré des secrets nucléaires à l’URSS, en 1989 et 1990 ? Traité par Valentin Makarov, qu’il pensait Suédois, en réalité troisième secrétaire à la délégation soviétique à l’Unesco. Pierre-Charles Pathé, un journaliste qui écrivait sur commande du KGB ? Arrêté le 5 juillet 1979, alors qu’il échange des documents avec Igor Kouznetsov, diplomate à l’Unesco. Georges Pâques, la taupe du Kremlin au sommet de l’Otan, interpellé en août 1963 ? Manipulé par Vladimir Khrenov, deuxième conseiller à l’Unesco.

Le gouvernement français ne s’y trompe probablement pas, en avril 1983, lorsqu’il expulse quarante-sept espions soviétiques… dont douze à l’Unesco, où ils opèrent depuis des locaux discrets, rue de Prony, dans le dix-septième arrondissement parisien.

Un diplomate chinois

En 1989, le contre-espionnage tient également une belle prise lorsqu’il convainc Zhao Fusan, diplomate chinois et membre du conseil exécutif de l’Unesco, de faire défection afin de protester contre le massacre des manifestants de la place Tiananmen. Une manœuvre baptisée opération "Fu Manchu". Les policiers français ont eu moins de répondant en laissant, pendant des années, se développer une "filière roumaine" au sein de l’organisation. Le redoutable Mihai Caraman, chef des espions de Bucarest à Paris, y implante dans les années 1960 des agents au physique avantageux, afin de séduire des fonctionnaires bien placées lors de cocktails, relate le journaliste Thierry Wolton, dans Le KGB en France.

"L’Unesco, c’est aussi des cocktails, des colloques tous les jours, où vous pouvez faire de l’approche. Ça fait naturel", note Bernard Squarcini, ex-directeur du contre-espionnage français. Le 6 avril 2025, la police française a d’ailleurs retenu une diplomate russe à Roissy pendant 24 heures pour des vérifications. Elle se rendait… à une conférence à l’Unesco. Les espions de l’Est n’ont pas le monopole de la méthode. En mai 1992, Henri Plagnol, haut fonctionnaire au conseil d’Etat, profite d’un cocktail place Fontenoy lorsqu’il est abordé par Mary-Ann Baumgartner, cheffe d’entreprise américaine… et agente clandestine de la CIA. Elle sera expulsée du territoire français trois ans plus tard.

Il a dérobé le dossier d’un candidat soviétique

Malgré leur relation tourmentée avec l’institution, les Etats-Unis suivent de très près ce qui s’y joue. Dans L’Unesco racontée par ses anciens, un livre publié en 2006, Raymond Johnson, fonctionnaire américain de l’organisation pendant les années 1960, détaille comment il a dérobé le dossier d’un candidat soviétique, dans les archives du siège : "J’entrai, admiratif, dans la grande pièce où se trouvaient les rayonnages de dossiers ; j’y cherchai et trouvai celui du méchant soviétique. Je le portai ensuite (nerveux… car quand même…) à ma Délégation. […] Deux jours après je le récupérai et le remis en place, sans que personne ne s’en rendît compte. Petite victoire américaine dans la guerre Froide de l’époque – grâce à ma très humble personne."

"L’Unesco promeut un programme mondialiste et idéologique", a cinglé le département d’Etat américain dans son communiqué de retrait de l’Unesco, en juillet 2025, Will Scharf, conseiller de Donald Trump, brocardant un "biais antiaméricain". Soit… exactement le discours tenu à la fondation de l’institution, en 1945. "L’Unesco est en danger de tomber aux mains du Komintern", écrit Jefferson Caffery, ambassadeur des Etats-Unis en France, au département d’Etat, en mars 1947. L’URSS n’y adhère pourtant qu’en 1954.

A cette époque, si les tentatives de noyautage soviétique ne font aucun doute, les Américains ne sont pas en reste. Dans sa thèse consacrée à l’Unesco de 1945 à 1974, l’historienne Chloé Maurel exhume le pacte secret entre la diplomatie américaine et… Vittorino Veronese, directeur général de l’organisation de 1958 à 1961. Cet avocat italien transmet des éléments confidentiels sur l’URSS aux Etats-Unis, et va jusqu’à quitter son poste à un moment qu’il juge opportun pour Washington. "La démission de Veronese, loin d’être improvisée sous le coup de la maladie et de la fatigue, est un geste tactique mûrement pesé, qui vise à favoriser l’élection d’un nouveau directeur général favorable au camp atlantiste", écrit Chloé Maurel. Clin d’œil cinématographique, dans Charade (1963), le thriller d’espionnage de Stanley Donen, avec Audrey Hepburn et Cary Grant, l’héroïne officie comme interprète à l’organisation Euresco… ou plutôt à l’Unesco, puisqu’une scène est jouée devant le bâtiment de la place Fontenoy.

Depuis une vingtaine d’années, les luttes d’influence prennent des formes renouvelées. Au sein de l’Unesco s’est développé un étonnant trafic de passeport diplomatique, contre lequel l’institution ne peut rien, souveraineté des Etats oblige. Une dizaine d’îles des Caraïbes ou du Pacifique se choisiraient comme ambassadeur des personnalités sans aucun lien avec le pays… mais au compte en banque bien fourni. Un récent article du Parisien chiffre le tarif de ces combines à un million d’euros par nomination.

Effet pervers, ces personnalités ou leur numéro deux mettraient volontiers leur vote aux enchères, un marchandage apprécié par la Russie ou la Chine. "Ce phénomène des désignations de complaisance simplifie l’entrisme de certains pays", remarque le consultant Nicolas Hénin, spécialiste des guerres d’influence. Comme une continuation de l’ingérence par d’autres moyens.

© Hippolyte Jacquet

Les espions se sentent chez eux à l’Unesco.
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