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Nouveau scandale en Ukraine : des députés accusés de corruption à la veille de la rencontre Zelensky-Trump

27 décembre 2025 à 17:50

L'agence anticorruption ukrainienne (NABU) a accusé samedi plusieurs députés d'avoir accepté des pots-de-vin en échange de leur vote au Parlement et tenté de perquisitionner des bureaux gouvernementaux à Kiev, un nouveau scandale révélé juste après le départ du président Volodymyr Zelensky pour les Etats-Unis. Le NABU a indiqué sur Telegram avoir "mis au jour un groupe criminel organisé comprenant des membres actuels du Parlement" qui "recevaient systématiquement des avantages illégaux pour voter à la Rada".

Des enquêteurs ont tenté de perquisitionner des locaux de comités parlementaires à Kiev mais en ont été empêchés par les forces de sécurité, a précisé cette instance. "Entraver les actions d'enquête constitue une violation directe de la loi", a-t-elle averti. Le service de sécurité de l'Etat a ensuite indiqué sur Facebook que les enquêteurs du NABU "ont été autorisés à entrer dans le quartier gouvernemental", où se situent les locaux de nombreuses institutions. Le NABU n'a pas précisé si des arrestations avaient eu lieu dans cette affaire.

Départ de Zelensky pour la Floride

Ce nouveau scandale de corruption au sein de l'Etat ukrainien éclate juste après le départ de Volodymyr Zelensky pour la Floride, où il doit rencontrer son homologue américain Donald Trump dans le cadre des négociations sur le plan visant à mettre fin à la guerre avec la Russie. La présidence ukrainienne avait déjà été déstabilisée par un vaste scandale de corruption portant sur le détournement présumé de près de 100 millions de dollars dans le secteur énergétique impliquant un proche ami de Volodymyr Zelensky, qui se trouve aujourd'hui en fuite à l'étranger. Cette affaire avait poussé à la démission deux ministres et le puissant chef de l'administration présidentielle Andriï Iermak, également cité, qui était le négociateur privilégié avec Washington.

Si l'Ukraine est dotée d'une agence anticorruption, le NABU, et d'un parquet spécialisé, le SAP, les affaires dévoilées se traduisent rarement par des condamnations en justice. Créé en 2014 sous pression européenne et américaine, le NABU est une instance dotée uniquement d'un pouvoir d'enquête et dont le directeur est nommé par le cabinet des ministres, mais qui jouit d'une indépendance au sein de l'appareil ukrainien.

Cet été, la présidence avait tenté de priver le NABU et le SAP de leur indépendance en subordonnant leurs activités au procureur général, qui répond lui-même à Volodymyr Zelensky. Ce dernier avait dû faire marche arrière face à la levée de boucliers au sein de la société civile et chez les alliés occidentaux de Kiev. Cette tentative avait provoqué les premières manifestations d'ampleur en Ukraine depuis le début de l'invasion russe en 2022.

La corruption est un mal endémique en Ukraine comme dans nombre d'autres pays de l'ex-URSS, notamment la Russie. Depuis le début de l'invasion russe en 2022, de multiples affaires ont été révélées, y compris dans l'armée et le secteur de la défense. Les militants anticorruption se plaignent de faire l'objet de pressions politiques et d'un harcèlement judiciaire visant à entraver leur travail.

© AFP

Le président Volodymyr Zelensky s'adresse aux membres du parlement ukrainien à Kiev, le 16 octobre 2024.

"Génocide" des chrétiens au Nigeria : ce qu’il faut comprendre des frappes américaines visant des djihadistes de l'Etat islamique

27 décembre 2025 à 17:27

Il se pose en défenseur des communautés chrétiennes. Le jeudi 25 décembre, Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis avaient mené de "nombreuses" frappes meurtrières contre l'Etat islamique, dans l’Etat de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria. Le dirigeant américain accuse l’organisation terroriste, qui sévit dans le pays le plus peuplé d’Afrique de l’Ouest, de perpétrer des crimes qu’il qualifie de "massacres de chrétiens", affirmant que ces derniers subissent une "menace existentielle" de l’ordre du "génocide". Une lecture confessionnelle de ce conflit complexe, remise en question par de nombreux experts. L’Express fait le point sur la situation.

⋅ Pourquoi Donald Trump a-t-il officiellement ordonné ces frappes ?

Les Etats-Unis ont annoncé avoir mené, le jour de Noël, plusieurs frappes contre des positions de l’Etat islamique dans le nord-ouest du Nigeria, à la demande des autorités nigérianes. Ces frappes ont été menées par des missiles guidés tirés depuis des drones évoluant à moyenne altitude, "depuis des plateformes maritimes basées dans le golfe de Guinée", a précisé vendredi soir le ministre nigérian de l’Information, Mohammed Idris. "Au total, 16 munitions de précision guidées par GPS ont été déployées à l’aide de plateformes aériennes sans pilote MQ-9 Reaper, neutralisant avec succès des éléments de l’Etat islamique qui tentaient de pénétrer au Nigeria depuis le corridor sahélien", a-t-il détaillé dans un communiqué.

Donald Trump, lui, a justifié cette intervention par la nécessité de répondre à ce qu’il a qualifié de "massacres de chrétiens" par le groupe terroriste, et s’est félicité que "tous les camps" djihadistes visés par l’armée américaine ont été "décimés", dans une interview diffusée le 26 décembre par le média Politico. Une grande partie des violences récentes dans l’État de Sokoto — une région à majorité musulmane - est imputable à un groupe appelé Lakurawa, d’après l’Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED). Certains analystes, y compris ceux d’ACLED, associent ce groupe à l’État islamique, tandis que d’autres affirment que Lakurawa est affilié à une organisation rivale affiliée à Al-Qaïda.

⋅ Les chrétiens font-ils l’objet d’un massacre comme l’affirme Donald Trump ?

"L’essentiel des violences dites religieuses concerne en réalité des musulmans tués par d’autres musulmans, notamment dans le cadre des actions de la mouvance Boko Haram. Il existe bien sûr des attaques ciblant des chrétiens, parfois contre des églises, mais elles restent très minoritaires", affirme aux Echos Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (l’IRD).

Au Nigeria, la violence est en effet protéiforme, et varie selon les régions. Dans le nord-est, les militants de Boko Haram et de l’État islamique sont actifs ; dans le nord-ouest, les bandits – dont certains sont liés à des groupes islamistes – prédominent ; et dans le centre du pays, les conflits entre agriculteurs chrétiens et éleveurs musulmans sont monnaie courante, mais avant tout pour des raisons foncières et politiques, liées à l’accès à la terre et aux ressources.

"Les zones que les Américains ont frappées et au-dessus desquelles ils mènent leurs opérations de surveillance aérienne ne sont pas les régions dans lesquelles on a enregistré le plus de morts dans la communauté chrétienne. Les chrétiens sont surtout victimes de la violence dans la Middle Belt, au cœur d’un intense conflit entre éleveurs et agriculteurs. Mais il serait extrêmement difficile de conduire des frappes dans cette région sans risquer de faire des victimes collatérales", appuie Nnamdi Obasi, chercheur à l’International Crisis Group, interrogé par RFI.

⋅ Que dit le Nigeria ?

Le Nigeria conteste la grille de lecture confessionnelle imposée par Donald Trump. Au micro de la BBC, le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Maitama Tuggar, a déclaré qu’il s’agissait d’une "opération conjointe" contre des "terroristes", et qu’elle "n’avait rien à voir avec une religion en particulier". Après des discussions entre les ministères américain et nigérian de la Défense, Tuggar a indiqué que le secrétaire d’État Marco Rubio l’avait appelé jeudi soir. Durant leur conversation de 19 minutes, le ministre nigérian a insisté sur le fait que les communications relatives aux frappes ne devaient pas être "entravées par la question religieuse", et a ensuite rapporté cette conversation au président nigérian, Bola Ahmed Tinubu, qui a approuvé les frappes. "Cela fait partie de notre lutte contre l’insécurité. Cette opération sera un effort conjoint continu de lutte contre le terrorisme au Nigeria jusqu’à ce que nous démantelions leurs cellules au Nigeria et aux abords de nos frontières", a-t-il encore affirmé au Washington Post.

Car dans l’État de Sokoto et dans le nord du pays, les extrémistes imposent des versions de plus en plus strictes de la loi islamiste, exigeant par exemple des résidents qu’ils respectent des codes vestimentaires conservateurs et qu’ils suppriment la musique de leurs téléphones. Pour Malik Samuel, chercheur principal chez Good Governance Africa, qui étudie les militants islamistes depuis plus de dix ans, cela explique que de nombreux Nigérians accueillent favorablement cette intervention américaine, alors qu’ils accusent leur gouvernement de ne pas avoir fait assez pour "résister" face à cette menace. En revanche, pour ce spécialiste, le terme de "génocide" utilisé par Donald Trump est là encore inexact, et son affirmation selon laquelle des militants de l’Etat islamique auraient été touchés est "douteuse", explique-t-il au Washington Post.

⋅ Quelle serait la vraie raison de l’intervention de Donald Trump ?

"Cette séquence s’inscrit dans une dynamique engagée dès le début de l’année 2025, lorsque des représentants d’églises évangéliques nigérianes ont été auditionnés au Congrès américain, dénonçant un prétendu génocide et appelant à des sanctions contre le gouvernement nigérian. Cette rhétorique, portée par des milieux religieux conservateurs, trouve un écho particulier aux Etats-Unis, où ces courants constituent une base électorale importante de Donald Trump", éclaire Marc-Antoine Pérouse de Montclos, toujours dans Les Echos.

Fin octobre, à l’issue de cette campagne de lobbying, l’administration Trump avait en effet réinscrit le Nigeria sur la liste des pays "particulièrement préoccupants" en matière de liberté de culte, débouchant sur des pressions diplomatiques et des sanctions à l’égard du pays. Dans la foulée, le président américain avait enchaîné les menaces contre ce "pays en disgrâce", liste le think tank indépendant International Crisis Group : coupe dans les aides financières, menace d’intervention militaire, restriction de l’octroi de visas aux Nigérians, etc.

"L’attaque contre l’EI au Nigeria est-elle liée à une campagne antiterroriste plus vaste ? Ou ces frappes visent-elles à apaiser les chrétiens des États-Unis qui constituent une partie de l’électorat du président ?", a d’ailleurs fait mine de s’interroger Colin P. Clarke, directeur exécutif du Soufan Center, une société de renseignement et de conseil basée à New York, dans un courriel adressé au New York Times. "Je suis tout à fait favorable à la lutte contre Daech en Afrique, mais sa raison d’être ne devrait pas être idéologique ou religieuse", a-t-il ajouté, estimant que "les États-Unis devraient démanteler la menace que représente Daech en Afrique car elle constitue un risque pour la sécurité nationale et les intérêts américains".

© afp.com/ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Le président américain Donald Trump dans sa résidence de Mar-a-Lago, à Palm Beach, le 22 décembre 2025 en Floride

Accès à la mer Rouge, coopération économique... Pourquoi Israël est le premier Etat à reconnaître le Somaliland ?

27 décembre 2025 à 12:30

C’est une décision qui enflamme une grande partie de l’Afrique. Vendredi 26 décembre, Israël est devenu le premier pays au monde à reconnaître le Somaliland, un territoire situé à la pointe nord-ouest de la Somalie, comme un Etat "indépendant et souverain". De la taille environ de la Tunisie, cette république autoproclamée a déclaré unilatéralement son indépendance en 1991, et fonctionne depuis en autonomie, avec ses propres monnaie, armée et police. Jusqu’à présent, elle n’était reconnue officiellement par aucun pays, ce qui la maintenait dans un certain isolement politique et économique malgré sa situation à l’entrée du détroit de Bab Al-Mandeb, sur l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde reliant l’océan Indien au canal de Suez.

Très vite, la Somalie a condamné une "attaque délibérée contre sa souveraineté", estimant que cette reconnaissance par Israël exacerbait "les tensions politiques et sécuritaires dans la Corne de l’Afrique, la mer Rouge et le golfe d’Aden, le Moyen-Orient et la région au sens large", a averti le bureau du premier ministre somalien, Hamza Abdi Barre, dans un communiqué.

Une pluie de condamnations

L’annonce israélienne a provoqué également un concert de condamnations dans la région, notamment de la part de Djibouti, de l’Egypte mais aussi de la Turquie qui a dénoncé la "politique expansionniste" d’Israël et une "ingérence manifeste dans les affaires intérieures de la Somalie". Le ministère des affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, lui, s’est inquiété de cette annonce de reconnaissance, affirmant qu’Israël avait "déjà évoqué le Somaliland comme destination pour l’expulsion de représentants du peuple palestinien, en particulier depuis la bande de Gaza". Sur ce sujet, la Somalie a réaffirmé son soutien "indéfectible" aux droits légitimes du peuple palestinien, "notamment à son droit à l’autodétermination et son rejet catégorique de l’occupation, des déplacements forcés." "A cet égard, la Somalie n’acceptera jamais de rendre le peuple palestinien apatride", a ajouté Mogadiscio.

Interrogé par le New York Post sur une éventuelle reconnaissance américaine, Donald Trump a de son côté simplement répondu "non", avant de nuancer : "Nous allons étudier cela", puis de conclure : "Est-ce qu’il y a vraiment des gens qui savent ce qu’est le Somaliland ?"

Sécuriser l’accès à la mer rouge

Quelle mouche a donc piqué Israël ? Selon une note de juillet du think-tank américain Atlantic Council, le renforcement des liens avec le Somaliland permmettrait en effet à Israël de "sécuriser son accès à la mer Rouge" pour faciliter sa lutte contre les rebelles houthistes du Yémen - des soutiens du Hamas qui ont mené plusieurs attaques contre des navires commerciaux et des cibles militaires - "et de contrebalancer l’influence régionale des puissances rivales, tout en consolidant la présence de ses alliés". "À ceux qui se moquent des raisons pour lesquelles Israël s’engagerait au Somaliland : regardez la carte. Le Somaliland est situé sur le golfe d'Aden, à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, un point de passage stratégique pour le commerce et l’énergie mondiaux. De l’autre côté du golfe, les Houthis, soutenus par l’Iran, bombardent Israël et ses navires. Le Somaliland offre la stabilité, des ports, un accès aux renseignements et une plateforme non iranienne sur la mer Rouge", a commenté de son côté Mark Dubowitz, directeur général du think tank Foundation for Defense of Democracies, cité par Bloomberg.

Après cette annonce, Benyamin Nétanyahou a évoqué une "belle occasion d’élargir" un partenariat entre les deux pays, notamment dans les domaines économique et agricole. Une déclaration "conjointe et mutuelle" a été signée par les deux parties et le Somaliland a exprimé son intention de rejoindre les accords d’Abraham, un processus qui, en 2020, avait vu plusieurs pays arabes normaliser leurs relations avec Israël. Le ministre des affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré vendredi que les deux pays allaient établir "des relations diplomatiques complètes, avec la nomination d’ambassadeurs et l’ouverture d’ambassades", et le président du Somaliland a été invité en Israël.

© afp.com/oliver contreras

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'adresse à la presse depuis le Capitole, à Washington, le 7 février 2025

Prisonniers en Ukraine, deux soldats nord-coréens rêvent d'une "nouvelle vie" en Corée du Sud

27 décembre 2025 à 11:39

Déployés aux côtés des Russes sur le front ukrainien, blessés au combat puis faits prisonniers, les deux soldats nord-coréens captifs en Ukraine rêvent à présent d'une "nouvelle vie" en Corée du Sud. Un souhait qu'ils ont formulé dans une lettre, pour la première fois avec leurs mots. "Grâce au soutien du peuple sud-coréen, de nouveaux rêves et de nouvelles aspirations ont commencé à prendre racine", expliquent-ils dans ce texte, daté de fin octobre et adressé à une ONG de Séoul qui l'a transmis à l'AFP mercredi. Début novembre, Gyeore-eol Nation United, un groupe d'aide aux transfuges, avait déjà rapporté que ces militaires voulaient faire défection en Corée du Sud. Cette fois en revanche, ils s'expriment directement dans un écrit signé de leurs noms, qui sont gardés secrets pour les protéger.

Les deux hommes, prisonniers depuis janvier après avoir été blessés sur le champ de bataille, remercient ceux qui leur viennent en aide en les "encourageant" et en "voyant cette situation non pas comme une tragédie, mais comme le début d'une nouvelle vie". "Nous croyons fermement que nous ne sommes jamais seuls et considérons les Sud-Coréens comme nos propres parents et frères et sœurs, et nous avons décidé de trouver leur étreinte", ajoutent les soldats.

Du Sud ou du Nord, tous les Coréens sont considérés comme des citoyens de Corée du Sud à part entière, en vertu de la Constitution. Même si les deux Corées sont techniquement toujours en guerre, leur conflit s'étant soldé en 1953 par un armistice et non un traité de paix. Les Nord-Coréens captifs ont remis leur lettre lors du tournage fin octobre d'un entretien, co-organisé par Gyeore-eol Nation United, pour un documentaire, en un lieu dont l'emplacement n'est pas connu. "Les deux ont demandé au producteur, à la fin de l'interview, de les emmener au Sud", avait alors dit à l'AFP Jang Se-yul, directeur de Gyeore-eol Nation United. "Ils ont supplié l'intervieweuse de promettre qu'elle reviendrait les chercher", avait poursuivi Jang Se-yul, qui a lui-même fui la Corée du Nord dans les années 2000. La vidéo de cette interview n'est pas encore disponible, mais devrait être publiée en janvier, selon Jang Se-yul.

"Condamnation à mort"

Le Nord a activement participé à l'effort de guerre de Moscou depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, fournissant du matériel à son allié et, selon le renseignement sud-coréen, quelque 10 000 troupes. Les soldats de Pyongyang ont notamment été déployés dans la région russe de Koursk, partiellement occupée par les forces ukrainiennes entre août 2024 et le printemps 2025.

Mi-décembre, l'agence officielle de Pyongyang avait fait état de la mort de neuf soldats d'une unité du génie militaire nord-coréenne qui avait été déployée pour déminer la région de Koursk. Mais au total, selon les estimations sud-coréennes, au moins 600 militaires nord-coréens sont morts et des milliers ont été blessés. Le renseignement de Séoul a de plus indiqué que les militaires de Pyongyang avaient pour ordre de se suicider afin d'éviter d'être capturés.

Le parlementaire sud-coréen Yu Yong-weon, qui a rendu visite aux prisonniers en Ukraine en février, a raconté que les deux soldats avaient vu des camarades se faire exploser avec des grenades. Les renvoyer en Corée du Nord serait donc comme "une condamnation à mort", a-t-il prévenu. A Séoul, le ministère des Affaires étrangères a appelé l'Ukraine à ne pas "rapatrier de force les prisonniers de guerre nord-coréens", et demandé que leur volonté de rallier le Sud soit respectée.

Pyongyang n'a reconnu avoir envoyé des troupes en Russie qu'en avril, et concédé que certains étaient morts. Les analystes pensent que le Nord reçoit une aide financière, des technologies militaires et des livraisons de nourriture et d'énergie de la part de la Russie en échange de son appui.

© afp.com/Jung Yeon-je

Photo prise à Séoul, le 24 décembre 2025, montrant une copie d'une lettre écrite le 28 octobre 2025 par des prisonniers de guerre nord-coréens en Ukraine

Ukraine : ce que l’on sait de la prochaine rencontre entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky

27 décembre 2025 à 10:26

C’est une rencontre attendue. Ce dimanche 28 décembre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky et son homologue américain Donald Trump doivent se réunir en Floride, pour échanger notamment sur le sujet très sensible des territoires occupés par la Russie. Peu avant les négociations, le locataire de la Maison-Blanche avait un message très clair pour son homologue. Volodymyr Zelensky "n’aura rien tant que je ne donne pas mon accord", a-t-il averti dans un entretien accordé vendredi au site Internet Politico. "Je pense que ça se passera bien avec lui. Je pense que ça se passera bien avec [le président russe Vladimir] Poutine", a-t-il encore déclaré, précisant qu’il s’apprêtait à échanger prochainement avec le dirigeant russe, "autant de fois que je le souhaiterai".

Les pourparlers en vue d’un règlement du conflit se sont accélérés ces dernières semaines, à la suite de la présentation d’un plan dévoilé par Donald Trump. Alors que ce document était considéré initialement par Kiev et les Européens comme trop favorable à Moscou, Volodymyr Zelensky a dévoilé cette semaine les détails d’une nouvelle mouture, retravaillée mais critiquée par Moscou, qui a accusé l’Ukraine de vouloir "torpiller" les négociations. Cette version prévoit un gel de l’actuelle ligne de front sans offrir de solution immédiate concernant les revendications territoriales de la Russie, qui occupe plus de 19 % de l’Ukraine. "Nous avons un programme chargé", avait déclaré vendredi le président ukrainien à des journalistes, évoquant une rencontre "pendant le week-end" qui a ensuite été confirmée par son cabinet. Le chef d’État sera reçu par Donald Trump dans sa résidence floridienne de Mar-a-Lago, où il passe les fêtes de fin d’année.

Un accord peu probable

Selon Volodymyr Zelensky, les discussions porteront sur les "questions sensibles" du sort du Donbass, une région industrielle et minière de l’est de l’Ukraine que Moscou revendique, et de la centrale nucléaire de Zaporijjia (Sud) occupée par les soldats russes. Les deux hommes évoqueront aussi les garanties de sécurité que les Occidentaux pourraient fournir à l’Ukraine dans le cadre d’un éventuel accord de paix avec la Russie, a-t-il poursuivi. "Il y a certaines questions dont nous ne pouvons discuter qu’au niveau des dirigeants", a expliqué le président ukrainien, qui s’est entretenu vendredi avec plusieurs dirigeants européens dont le chancelier allemand Friedrich Merz, ainsi qu’avec le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte.

Du côté russe, l’accord semble néanmoins peu probable. Car contrairement à la version originale rédigée par les Américains et présentée il y a plus d’un mois, le nouveau texte ne comprend plus aucune obligation juridique de non-adhésion à l’Otan pour l’Ukraine, un chiffon rouge pour Moscou qui l’a présentée comme l’une des causes de la guerre. Le nouveau texte "diffère radicalement" de ce qui avait été négocié entre Washington et Moscou, a constaté vendredi le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, appelant à revenir aux ententes antérieures, faute de quoi "aucun accord ne pourra être conclu". Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a fait savoir qu’un "contact téléphonique" avait "eu lieu" entre Russes et Américains mais a refusé d’en révéler les détails, car "la diffusion de ces informations pourrait avoir un impact négatif sur le processus de négociation".

En attendant une percée dans les négociations, l’armée russe a accéléré ses avancées ces derniers mois. Mardi, les troupes ukrainiennes avaient dit s’être retirées de Siversk, une ville de l’est, face aux assauts ennemis. Une prise facilitant l’approche des dernières grandes cités du Donbass encore sous contrôle ukrainien, Kramatorsk et Sloviansk. Vendredi, non loin du front dans le nord-est, deux personnes ont été tuées et quatre blessées dans une frappe russe sur Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine.

© afp.com/Mandel NGAN, ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Ce combo montre de gauche à droite le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Whasington le 18 août 2025, le président américain Donald Trump le 22 août 2025 à Washington et le président russe Vladimir Poutine à Anchorage, Alaska, le 15 août 2025

"L'Europe est une puissance économique qui n'utilise pas sa puissance" : le regard des jeunes lauréats du concours de L'Express

27 décembre 2025 à 08:30

En mai dernier, L’Express a lancé un concours d’éloquence destiné aux jeunes européens de 18 à 25 ans : "Speak up Europe !" Deux sujets, au choix, leur étaient proposés : répondre au discours tenu à Munich par J.D. Vance, le vice-président des Etats-Unis. Ou bien faire l’éloge d’une personnalité européenne dont le visage devrait orner les billets de banque en euros. Les lauréats ont intégré la première promotion de L’Express Europe. Durant un an, ils pourront écrire dans notre journal et proposer des formats vidéo. Le 24 novembre, trois d’entre eux ont participé au colloque organisé par la rédaction à Strasbourg. Chacun d’entre eux livre ici ses impressions.

Le cri d’alarme de trois chefs d’entreprise

Le rapport Draghi alertait, il y a un an déjà, sur le décrochage de la compétitivité européenne, prise en étau entre les Etats-Unis et la Chine. Sur scène, le 24 novembre, au colloque européen organisé par L’Express à Strasbourg, Enrique Martinez (CEO de Fnac Darty), Anna Stellinger (directrice générale adjointe de la Confédération des entreprises suédoises) et Maciej Witucki (président de la confédération Lewiatan) ont réaffirmé ce diagnostic. Leur constat est clair : si l’Europe souhaite rester une puissance économique, elle doit réduire les contraintes administratives qui l’étouffent.

Maciej Witucki témoigne d’un sentiment d’effacement européen, soulignant que le PIB allemand est désormais inférieur à celui de l’Inde, alors que le continent se retrouve marginalisé au coeur des tensions sino-américaines. Selon lui, la solution est d’aboutir la construction du marché unique et d’alléger la régulation européenne. Il ne s’agit pas de renier le modèle social, précise-t-il, mais de donner de l’air aux entreprises. Et, ne nous sous-estimons pas. "L’Europe est une puissance économique qui n’utilise pas sa puissance", souligne Witucki. Face aux géants américains et chinois, l’Europe dispose de réels moyens de pressions, ses entreprises produisant notamment des semi-conducteurs, des F35 et bien plus encore. Anna Stellinger nuance ce diagnostic sans l’adoucir. Pointant du doigt la noirceur du rapport Draghi, elle estime que celui-ci n’est pas à l’image de l’Union Européenne, qui compte parmi les pays les plus innovants au monde. Le problème européen est intérieur selon elle : "nous nous mettons nous-mêmes des bâtons dans les roues". Nos atouts sont nombreux, rappelle-t-elle, mais la sur-régulation heurte nos entreprises au profit de nos concurrents. Nous avons un devoir de réduire ces normes et d’éliminer les obstacles qui nuisent à notre croissance, conclut Anna Stellinger.

Enrique Martinez constate lui aussi la perte de compétitivité européenne en matière d’innovation. Le tort est, selon lui, "d’avoir été trop loin pour protéger le consommateur", et ce au détriment des entreprises européennes. En multipliant les normes, l’Europe a freiné l’innovation et vu disparaître ses industries, remplacées par des multinationales étrangères, dont la place au sein de l’Union Européenne ne cesse de grandir.

""Le rapport Draghi alerte : 800 milliards d’euros d’investissements au sein de l’Union Européenne seraient nécessaires pour ne pas se faire distancer sur la scène internationale. Mais où trouver cette somme ? Enrique Martinez défend la nécessité é d’un plan d’attractivité pour les entreprises à l’américaine, similaire à l’Inflation Reduction Act" proposé en 2022 par l’administration Biden, dans le but d’encourager les investissements européens et internationaux en Europe. Comme le soutient Maciej Witucki, "il ne faut pas avoir peur des capitaux étrangers" qui sont tout aussi essentiels au développement économique de l’Union Européenne. Anna Stellinger souligne quant à elle un autre levier : faciliter la circulation des capitaux déjà présents sur le sol européen mais aujourd’hui sous-utilisés. Les fonds de pension notamment gèrent 2 700 milliards d’euros au sein de l’Union Européenne, une somme pas ou trop peu exploitée. Stellinger défend l’ouverture d’un marché des capitaux dynamique afin de permettre à ces fonds d’investir plus librement et de rendre davantage de capital accessible aux entreprises.

En creux, un message simple s’impose : l’Europe n’est pas condamnée. Elle dispose des talents, des savoir-faire et des atouts nécessaires pour s’affirmer sur la scène internationale. Mais pour y parvenir, une priorité s’impose : assouplir le cadre normatif qui freine ses entreprises. Déréguler, réduire les barrières à l’innovation, libérer les capitaux et en finir avec une forme d’auto-flagellation qui n’existe ni aux Etats-Unis, ni en Chine. C’est à ce prix que l’Europe pourra revenir dans le match. Hector Laine

Giuliano da Empoli face au chaos politique mondial

Strasbourg, un lundi, "dernier jour de calme" avant l’ouverture des séances, me dit-on dans le café d’un hôtel avoisinant le Parlement européen. C’est à quelques centaines de mètres de celui-ci que se déroule le temps d’un après-midi, la réunion de ces voix européennes qui, de diverses manières, œuvrent à la renaissance d’une puissance européenne souveraine.

À 14h30, la présentation est faite, dans une salle des congrès remplie d’un public intergénérationnel et c’est le politiste Giuliano da Empoli, auteur du best-seller Le Mage du Kremlin, se définissant lui-même comme étant "moitié suisse, moitié italien et moitié français" qui arrive sur scène.

Le ton de la journée est alors vite lancé : précis, érudit mais jamais dénué d’ironie. Giuliano da Empoli parle du monde dans un français impeccable, observateur attentif de l’état d’esprit européen, il décrit un continent comme hypnotisé par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche si bien qu’il en reste spectateur.

Au cœur de ces nouveaux jeux de puissance, l’ancien conseiller de Matteo Renzi y trouve ceux qu’il appelle "les ingénieurs du chaos", ces patrons de la tech et ces grands acteurs du secteur privé qui appuient l’ascension au pouvoir des mouvements extrémistes et populistes tel l’exemple du mouvement Maga aux États-Unis.

Face à eux, Da Empoli déplore que l’Europe adopte une "posture de soumission politique" face à une "administration américaine tournée vers la confrontation". C’est alors que d’un ton mi-amusé mi-inquiet, il interroge "Quel est l’intérêt d’être à 27, si c’est pour avoir le poids international du Luxembourg ?".

"L’idée centrale de Giuliano da Empoli : le temps des prédateurs" est arrivé et l’Europe est démunie. C’est dans un monde en mutation accélérée ou l’Europe ne trouve pas ou peu sa place et où le chaos "n’est plus l’arme des insurgés", mais un instrument assumé du pouvoir que ces alliances dangereuses formées entre populistes autoritaires, magnats de la tech et entrepreneurs de l’IA, se forment.

C’est donc avec un esprit plutôt critique à l’encontre de la tech que l’auteur voit dans ces mutations la bascule d’un pouvoir qui auparavant s’exerçait au sein des institutions classiques et qui se trouve maintenant dans le contrôle des flux d’informations, des plateformes et des données numériques.

Giuliano da Empoli dépeint à Strasbourg une Europe qui "traite avec des moyens techniques un défi politique", qui se comporte comme si la complexité du monde contemporain pouvait se résoudre par la régulation administrative.

L’Union des 27 résonne comme un espace réglementaire plutôt que comme une puissance capable d’influencer les jeux de puissances à l’échelle mondiale. De fait, cette posture de faiblesse nourrit une posture de dépendance face aux géants chinois et étasuniens.

S’il se montre si inquiet quant à l’avenir de nos démocraties, c’est parce que Giuliano Da Empoli observe chez des dirigeants comme Donald Trump une "logique du miracle" au sens quasi-théologique : le "prédateur" promet de résoudre les crises non pas par la règle ou la procédure, mais en enfreignant la loi, se présentant comme une figure exceptionnelle qui peut affronter des problèmes hors de portée des institutions classiques.

Pour illustrer son propos, l’écrivain utilise l’exemple des récentes arrestations menées par l’ICE aux Etats-Unis. Cette logique est une attaque directe contre l’État de droit provoquant selon lui une sidération de nos démocraties. Se profile, pour les moins optimistes, la menace d’un changement de régime. La démocratie libérale est un modèle à secourir et l’Europe, ne peut mettre en œuvre ce sauvetage qu’à condition de reconnaître la nature profondément politique des défis qui s’imposent à elle. Sortir de la gestion pour aller vers la stratégie, c’est à ce prix que l’Europe saura faire face à la nouvelle économie du chaos qui redessine l’ordre mondial. Léa Le Coustumer Mari

Les quatre saisons de la liberté

C’est sous la pluie d’automne, au Palais des Congrès de Strasbourg, que j’ai passé ma première journée en tant que jeune ambassadrice de l’Express. Une météo qui confirme la métaphore de Mathieu Laine énoncée l’après-midi même, et nous rappelle symboliquement que l’Europe, aussi, a changé de saison. Née d’un printemps de la guerre, l’Europe a fondé sa valeur centrale sur la liberté. Mais après tout un été à se développer, la voilà menacée par des prédateurs extérieurs. Elle se paralyse, se polarise, et ne parvient pas à mobiliser les moyens qui lui permettraient d’agir à la hauteur de ses ambitions. Et c’est bien de cette posture passive qu’elle se doit de sortir

William Marx souligne que l’Europe a écrit son histoire avec l’ensemble de ses pays membres, et c’est à l’unisson qu’elle doit continuer d’écrire son roman. L’angle est clair : refaire d’elle le personnage principal. Face aux critiques américaines, elle doit répondre fièrement, et non s’indigner et se soumettre. Face à la recherche d’un homme fort pour traverser l’automne et affronter les prédateurs, elle doit se remémorer que c’est unie qu’elle est la plus forte. L’Europe possède déjà les moyens de sa réussite, les capitaux pour investir en elle-même, les structures politiques et économiques pour créer de la valeur, mais elle doute.

Une situation dont on peut faire l’éloge, comme nous le rappelle Bana Jabri : le doute est le début de la sagesse. Sa pratique met à mal les idées préconçues et les évidences sans preuve, il pousse à la remise en question et la recherche du savoir. C’est donc une bonne chose, à condition de ne pas s’enliser dans une paralysie, et se laisser dévorer par ceux qui profitent de ce doute pour imposer leurs idées. L’Europe doit ainsi choisir : faire de ce doute actuel la promesse d’un nouveau printemps – pour une Europe libre, audacieuse et actrice de son avenir ; ou une menace d’un hiver qui la gèlerait dans sa posture défensive, soumise, et son auto-flagellation.

Au cœur de ce colloque, il semble naturel de croire à une Europe qui se ressaisit. Entouré de chercheurs, de leader et d’écrivains, on ne peut que se rendre à l’évidence et apprécier à quel point cette union réussit quand elle agit. Notre liberté de penser, de commercer, de circuler a fait naître ces acteurs. Que se passerait-il alors si nous arrêtions de douter ? Si nous nous donnions pleinement les moyens de briller ?

Un avant-goût de cette hypothèse nous est présenté par la CEO et Fondatrice de The Exploration Company en fin d’après-midi, et il résonne déjà comme un succès : fondée en 2021, sa start-up franco-allemande enchaîne les levées de fonds et les contrats, et impose son projet de conquête spatiale au monde. Une Elon Musk à l’européenne ? Hélène Huby, tout simplement ! Avec son intelligence, son ambition, son talent, son humilité, et une équipe qui lui ressemble. Elle rappelle, pendant sa présentation, que ce projet franco-allemand a pu naître après avoir convaincu chacune des parties qu’une coopération avec l’autre serait bénéfique. Cessons cette méfiance envers nous-même, et récompensons-nous des succès issus de notre confiance. Puisse ce projet simplifier l’émergence d’autres initiatives européennes aussi ambitieuses.

Puisque c’est cette Europe que j’ai envie de défendre et de représenter. Une Europe libre, démocrate, solidaire, audacieuse. C’est encore Anna Stellinger qui résume le mieux cet après-midi de colloque : il est temps que l’Europe devienne active et non réactive – pour cela nous devons, ensemble, faire preuve de courage. Léa Rivière

© Charlotte Krebs/L'Express

Eric Chol, directeur de la rédaction de L'Express, a remis le prix de l'essai européen de l'année à Giuliano da Empoli pour "L'heure des prédateurs" (Gallimard), le 24 novembre 2025 à Strasbourg.
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