Dans la guerre qui l'oppose à la Russie, l'Ukraine est en position de force sur un plan : le spatial. Une supériorité permise notamment grâce aux satellites fournis par ses alliés occidentaux, à commencer par le très sophistiqué réseau Starlink, propriété d'Elon Musk. Opérant en orbite basse, ces antennes servent aux forces ukrainiennes pour les communications, le ciblage des armes sur le front et sont parfois même intégrées aux drones suicides. Elles sont aussi utiles aux civils pour pallier les coupures de courant en cas de frappes russes. Consciente de leur importance capitale pour Kiev, Moscou serait en train de mettre au point un système pour détruire les satellites Starlink. C'est en tous cas ce que semblent indiquer les conclusions de deux services de renseignement de l'Otan, dont l'Associated Press (AP) qui a pu consulter certains extraits.
Selon le rapport, la Russie développerait une nouvelle arme antisatellite, qui permettrait d'envoyer des milliers de projectiles sur les orbites Starlink, pour désactiver simultanément plusieurs satellites. Un système novateur par rapport à celui testé en 2021 par Moscou, qui permet de détruire un satellite à la fois. Selon les services de renseignement, ces projectiles seraient même si petits - de quelques millimètres seulement - qu'ils échapperaient à la détection des systèmes surveillance spatiale, et seraient donc difficiles à identifier. "Si les projectiles sont indétectables, cela complique les choses, mais on finira par s'en apercevoir et si des satellites commencent à dysfonctionner, je suppose qu'on pourra faire le lien", résume ainsi Clayton Swop, du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS).
Retour de bâton ?
Mais selon AP, rien ne garantit que la Russie serait épargnée par son propre système. Plusieurs analystes doutent qu'une telle arme puisse opérer sans provoquer des dommages collatéraux catastrophiques sur les pays alentour, à commencer par la Russie et son allié la Chine, qui dépendent de milliers de satellites en orbite pour les communications, la défense et d'autres besoins vitaux. D'autant que les forces russes n’hésitent pas à utiliser Starlink de temps à autre pour leurs communications militaires. Des sites spécialisés en matériel militaire rapportent ainsi que l’Ukraine observe désormais quotidiennement des drones d’attaque russes également équipés de terminaux Starlink. Pour Victoria Samson, spécialiste de la sécurité spatiale à la Secure World Foundation, Moscou n'a pas intérêt à déployer une arme susceptible de se retourner contre elle : "Je n'y crois pas. Vraiment pas", explique-t-elle. "Franchement, je serais très surprise qu'ils fassent une chose pareille".
Un optimisme loin d'être partagé par tous les analystes. "Ce n'est pas improbable", fait ainsi valoir le brigadier-général Christopher Horner, commandant de la division spatiale des forces armées canadiennes, qui rappelle certaines allégations américaines, selon lesquelles la Russie poursuivrait également le développement d'une arme nucléaire spatiale indiscriminée. "Si les informations concernant le système d'armes nucléaires sont exactes et qu'ils sont prêts à le développer et à aller jusqu'à ce but, il ne me surprendrait pas qu'un système similaire, mais tout aussi destructeur, soit à leur portée", poursuit-il.
De son côté, le tout nouveau "Commandement de l'espace", branche de l'Armée de l'air française, semble aller dans le même sens : "Nous pouvons vous informer que la Russie a multiplié ces dernières années les actions irresponsables, dangereuses, voire hostiles, dans l'espace", fait-il savoir.
Les conclusions consultées par l'AP n'indiquent pas quand la Russie serait réellement capable de mettre au jour un tel système, ni s'il a été testé ou à quel stade en sont les recherches. Une chose est sûre : le chaos qu'une telle arme pourrait engendrer permettrait à Moscou de menacer ses adversaires sans avoir à l'utiliser. "Il s'agit clairement d'une arme de la peur", résume Clayton Swope (CSIS).
Une antenne Starlink recouverte d’un filet de camouflage sur le site d’une unité des forces armées ukrainiennes dans la région de Donetsk, en Ukraine, en décembre 2022.
Quelques jours après une première publication partielle du dossier qui embarrasse l'administration Trump, des milliers de nouveaux documents issus de l'enquête sur le criminel sexuel Jeffrey Epstein dont des centaines de vidéos et d'audios ont été mis en ligne mardi 23 décembre par le ministère américain de la Justice.
Dans ces 11 000 nouveaux fichiers, on retrouve des courriels de procureurs et des images de surveillance de la cellule de Jeffrey Epstein datant d'août 2019, au moment de sa mort. Mais d'autres contiennent des centaines de références au président Donald Trump, qui avait été l'ami de Jeffrey Epstein avant que leurs relations de se déteriorent selon une enquête du New York Times.
Donald Trump, un passager régulier de l'avion de Jeffrey Epstein
La majorité de ces références correspondent à des mentions dans des articles de presse ou d’autres documents inclus dans les dossiers, mais certaines sont directement centrées sur le président. Dans un courriel daté du 7 janvier 2020, un procureur fédéral de Manhattan, dont l’identité n’est pas précisée, indiquait vouloir informer son interlocuteur que des registres de vols montraient que Donald Trump avait voyagé à bord du jet privé de Jeffrey Epstein "bien plus souvent que ce qui avait été rapporté jusqu’alors (ou que ce dont nous avions connaissance)", rapporte le New York Times.
Selon ce message, Donald Trump a été le passager de l'avion de Jeffrey Epstein à huit reprises entre 1993 et 1996, dont deux fois en présence de témoins potentiels dans l'affaire pénale visant Ghislaine Maxwell. Cette dernière a notamment été reconnue coupable de trafic sexuel par un tribunal fédéral de Manhattan en 2021.
Lors d’un autre vol, les seuls passagers étaient Jeffrey Epstein, Donald Trump et une personne âgée de 20 ans, selon le courriel, consulté par le journal américain. Sur d’autres vols, Donald Trump voyageait avec Marla Maples, son ex-épouse, sa fille Tiffany et son fils Eric.
Ces affirmations à l'encontre de Donald Trump sont "fausses et sensationnalistes", a répondu le ministère américain de la Justice, contraint par une loi de publier ces fichiers. "Le ministère de la Justice a officiellement publié environ 30 000 nouvelles pages de documents liés à Jeffrey Epstein. Certains de ces documents contiennent des affirmations fausses et sensationnalistes contre le président Trump qui ont été soumises au FBI juste avant l'élection de 2020. Soyons parfaitement clair : ces affirmations sont fausses et sans fondement", a écrit le ministère sur X.
Selon le Washington Post, ces documents comprennent également de nombreuses pièces relatives aux objections déposées par les victimes de Jeffrey Epstein en 2008. Celles-ci faisaient suite à l’accord conclu par Alex Acosta, alors procureur fédéral à Miami, qui avait renoncé à poursuivre Epstein au niveau fédéral en échange de sa reconnaissance de culpabilité pour des infractions moins graves relevant du droit de l’État de Floride, notamment la sollicitation de prostitution auprès d’une mineure.
Parmi les documents figure aussi un mémorandum de 22 pages de la division pénale du ministère américain de la Justice adressé aux autorités britanniques. Le texte sollicite l’audition volontaire d’un "témoin important PA", une référence au prince Andrew, et détaille les éléments recueillis à son sujet dans le cadre de l’enquête. Andrew Mountbatten-Windsor, frère du roi Charles III, a récemment été privé de ses titres royaux, dont celui de prince, en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein.
Le ministère avait déjà publié vendredi environ 4 000 fichiers liés au dossier Epstein. Des victimes du criminel sexuel et des élus démocrates avaient critiqué l'administration Trump pour ce qu'ils estimaient être une rétention d'informations et une diffusion du dossier Epstein jugée trop lente. Une quinzaine de victimes s'est plaint dans un communiqué publié sur X que seule une "partie" des documents ait été rendue publique et a évoqué un caviardage "anormal et extrême" des éléments publiés vendredi sans "aucune explication". Elles ont aussi reproché au ministère de la Justice d'avoir "laissé les identités de nombreuses victimes apparentes, causant un préjudice immédiat et réel".
Le ministère était contraint par une loi, promulguée à contre-coeur par le président américain, de publier l'ensemble du dossier avant la date limite du vendredi 19 décembre. Depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, le président américain s'est quant à lui inquiété du mal que pourrait causer la publication du dossier, notamment des photos. Il s'est exprimé lundi pour la première fois depuis la publication partielle du dossier Epstein, s'inquiétant que ces documents n'affectent "l'image" de personnes innocentes.
"Tout le monde était sympa avec ce type", a-t-il lancé lors de sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. "Bill Clinton était ami avec lui, mais tout le monde l'était", a-t-il poursuivi, s'inquiétant que certaines personnes "ayant innocemment rencontré" Jeffrey Epstein "parce qu'il était à une fête", puissent être embarrassées par la publication de ces documents. Un temps proche du financier avec qui il évoluait dans les mêmes cercles, le milliardaire républicain a toujours démenti avoir eu connaissance de son comportement criminel et assure avoir coupé les ponts avant qu'il ne soit inquiété par la justice.
Une manoeuvre politique ?
Le ministère de la Justice dit avoir besoin de davantage de temps pour publier avec précaution le reste du dossier afin de protéger au mieux les victimes dont l'identité pourrait être dévoilées dans ces milliers de photos, vidéos et textes. L'opposition démocrate voit cependant dans ce retard une manoeuvre politique destinée à éviter la publication d'informations supposées compromettantes pour le président Donald Trump, qui apparaît sur des images aux côtés de Jeffrey Esptein.
La publication de ces documents, issus de l'enquête menée par les autorités américaines sur l'influent financier et criminel sexuel new-yorkais, mort en 2019 avant son procès, doivent aider à faire la lumière sur ses liens passés avec des personnalités de premier plan, dont le président républicain. Alors qu'il s'était dit, lors de sa campagne en 2024, d'accord pour rendre ces fichiers publics, Donald Trump a ensuite fait volte-face, dénonçant un "canular" instrumentalisé par les démocrates.
Sa base "Maga", obsédée par ce scandale, s'était insurgée quand le ministère de la Justice avait annoncé à l'été n'avoir découvert aucun élément nouveau justifiant la publication de documents supplémentaires ou de nouvelles poursuites. Après des mois de révolte, le président a dû céder à la pression du Congrès, y compris d'élus républicains, promulguant en novembre une loi imposant à son gouvernement de publier l'intégralité des documents non classifiés en sa possession.
Figure de la jet-set new-yorkaise, Jeffrey Epstein est connu pour avoir fréquenté de nombreuses personnalités américaines et étrangères de premier plan, dont l'actuel président républicain et son lointain prédécesseur démocrate Bill Clinton. Il est accusé d'avoir exploité sexuellement plus de mille jeunes femmes, dont des mineures.
Cette image, diffusée par le département de la Justice américain à Washington, D.C., le 19 décembre 2025, présente des tiroirs et des photos encadrées trouvés dans la maison de Jeffrey Epstein à Manhattan. Elle fait partie d'un nouveau lot de documents issus de ses enquêtes sur le défunt financier et délinquant sexuel condamné, Jeffrey Epstein.
A l’occasion d’un exercice de flagornerie qui aurait lui-même mérité une récompense, le président de la Fifa Gianni Infantino a décerné à Donald Trump, le 5 décembre à Washington, un très baroque et inédit "prix de la paix de la FIFA". Organisée au Kennedy Center de Washington lors du tirage au sort du Mondial de football (qui se déroulera l’été prochain aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada), la cérémonie a atteint, ce jour-là, un niveau d’irréalité orwellienne. Sur scène, Infantino annonce alors à Trump – les deux hommes se disent amis dans le privé – qu’il est le récipiendaire du tout premier prix de la paix de la fédération internationale sans, évidemment, mentionner qu’il a été inventé et taillé sur mesure pour le grand homme afin de flatter son ego.
US President Donald Trump receives the FIFA Peace Prize from FIFA President Gianni Infantino at the official draw for the 2026 FIFA World Cup, at the John F. Kennedy Center for the Performing Arts, on December 5, 2025, in Washington, D.C. The 2026 FIFA World Cup will take place between June 11 and July 19, with the participation of 48 national teams, and the matches will be played in the United States, Mexico, and Canada. This will be the first time the international sporting event will be hosted by three countries. (Photo by VANESSA CARVALHO / Brazil Photo Press via AFP)
"Voici la médaille que vous pourrez porter partout où vous le voulez !", déclare Infantino comme on annonce à un enfant de six ans qu’il a reçu un hochet pour Noël. Et voici Trump, le sourire jusqu’aux oreilles, qui se précipite comme un gosse sur sa décoration en or pour la passer aussitôt à son cou… sans comprendre qu’elle ne vaut guère davantage qu’une médaille en chocolat. "C’est triste de voir un monsieur de 80 ans courir de la sorte après des breloques, lâche l’historienne Françoise Coste, auteure d’une biographie de Ronald Reagan. Tout ça parce qu’il n’a pas reçu le vrai Prix Nobel de la paix, décerné à la Vénézuélienne María Corina Machado. Et qu’il fallait consoler le gamin…"
Une chose est sûre : pour Trump, qui en veut "toujours plus" – comme l’explique sa nièce Mary Trump dans son livre Trop et jamais assez, comment ma famille a créé l’homme le plus dangereux du monde (2020) – ces étrennes avant l’heure auront été le point d’orgue d’une année riche en cadeaux de toutes sortes en provenance des quatre coins du monde. Les généreux donateurs ? Des chefs d’Etat de tous les continents, mais aussi des dirigeants d’entreprises, comme le patron d’Apple, Tim Cook qui, peu inspiré, a offert le logo à la pomme gravé sur un disque de verre posé sur un socle en or 24 carats. Tous, évidemment, sont désireux de s’attirer les faveurs de l’homme le plus puissant du monde comme d’obtenir, si possible, des baisses de droits de douane. Marilyn Monroe n’étant plus là pour chanter Happy Birthday, Mister President!, comme elle le fità l’occasion de l’anniversaire de John Kennedy, tous ont décidé que c’était Noël toute l’année !
Donald Trump reçoit Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche le 28 février 2025
En février, pour sa première visite à Trump, l’Ukrainien Volodymyr Zelensky offre à son homologue américain une des nombreuses ceintures gagnées par le champion du monde de boxe WBA ukrainien Oleksandr Usyk. Bien vu, parce que le président "Maga", amateur de sports de combat, fut lui-même un organisateur de matchs de catch et de boxe dans les années 1980. Hélas, cela ne suffira pas à amadouer Trump : l’affrontement du bureau Ovale tourne au pugilat, l’Ukrainien subit un "K.O. technique" et la rencontre est interrompue. Zelensky doit rentrer chez lui.
Ayant encore mieux étudié sa psychologie, Vladimir Poutine offre, en mars, un portrait du président Trump réalisé par une artiste russe. Le portrait glorifie son courage : Trump est représenté, le poing levé et du sang sur le visage, juste après la tentative d’assassinat qui faillit lui coûter la vie en 2024. "Le président a clairement été touché par cette attention", confiera l’envoyé spécial Steve Witkoff qui avait reçu le cadeau au Kremlin.
L'ancien président américain Donald Trump, blessé à l'oreille lors d'une tentative d'assassinat, est évacué de son meeting de campagne à Butler, le 13 juillet 2024 en Pennsylvanie
En juin, le chancelier Friedrich Merz en visite à la Maison-Blanche emporte dans ses bagages une copie de l’extrait de naissance (rédigé en écriture gothique) de Friedrich Trump, le grand-père de Donald, homme d’affaires né en Allemagne en 1869 et mort à New York. Mauvaise pioche : le président américain n’aime pas qu’on lui rappelle ses racines germaniques. Il prétendait même autrefois qu’il était d’origine suédoise. En octobre, lors d’une visite en Corée du Sud, le président, qui se comporte souvent en monarque, reçoit une réplique d’une volumineuse couronne royale coréenne, en or, datant du premier millénaire. "J’aimerais bien la porter dès maintenant", plaisante-t-il immédiatement.
Un lingot d’or et une horloge Rolex
Son goût pour le bling-bling n’aura échappé à personnes et surtout pas au patronat suisse. En novembre, une délégation de businessmen helvétiques lui apporte un lingot d’or valant 115 000 euros et une horloge de table Rolex, en or évidemment. Après quoi, la discussion sérieuse entre hommes d’affaires peut commencer. Peu après, les droits de douane sur les importations suisses tomberont miraculeusement de 39 % à 15 %. "En France, de tels cadeaux seraient considérés comme des pots-de-vin", remarque, choqué, Laurent Stefanini qui fut chef du protocole de la République française dans les années 2010. "Mais le pompon, c’est le Boeing 747 offert par le Qatar : avec cette affaire, on sort carrément des règles diplomatiques et des usages internationaux."
La famille princière du Qatar a offert à Donald Trump un Boeing 747-8 VIP.
D’une valeur de 400 millions de dollars, le "palais volant" dont les Qataris ont gratifié Donald Trump permet à ce dernier de renouveler la flotte d’avions présidentiels Air Force One, qu’il trouve vieillissante. Problème : les Qataris n’ont pas accordé ce présent aux Etats-Unis, mais au président lui-même, lequel s’est empressé d’annoncer que cet Air Force One serait légué à la Fondation Trump (qui n’existe pas actuellement) à la fin de son mandat. Autrement dit : il servira à son usage privé.
Le quadriréacteur est en ce moment examiné par l’U.S. Air Force et mis aux normes sur une base aérienne du Texas afin de vérifier, notamment, que n’y ont pas été incorporés des dispositifs d’espionnage. Soit dit en passant, selon la loi, les présidents et fonctionnaires américains ne sont pas autorisés à recevoir des cadeaux excédant une valeur de 480 dollars chacun. Cela n’a pas empêché Trump, au cours de son premier mandat, d’omettre de déclarer 117 dons valant au total près de 300 000 dollars.
Le roi Charles III (c) et le président américain Donald Trump (d) passent en revue la garde d'honneur lors d'une cérémonie de bienvenue au château de Windsor, le 17 septembre 2025 à Windsor
"Trump est incapable de saisir la notion des 'deux corps du roi' selon laquelle, en devenant président des Etats-Unis, un individu ne s’appartient plus mais représente sa fonction : entre Trump-l’homme et Trump-le-président, il ne fait aucune différence ! Il pense que l’Etat lui appartient", déplore l’historienne Françoise Coste. Voilà pourquoi, après son premier mandat, il avait emporté chez lui des documents classifiés propriétés de la Maison-Blanche en affirmant qu’ils étaient les siens.
Et voilà pourquoi, aussi, il s’est cru autorisé, en septembre, à piocher dans le fonds historique de la Fondation Eisenhower pour offrir au roi Charles III d’Angleterre une épée d’apparat ayant appartenu à l’ancien président républicain (1953-1961). Hélas, le directeur de ladite fondation s’y est refusé, rappelant que la chose était impossible en vertu des lois qui régissent les archives nationales. Donald Trump a dû se contenter d’une copie… et le malheureux directeur de la Bibliothèque présidentielle Eisenhower, au Kansas, s’est vu proposer un choix : démissionner ou se faire virer, après des décennies à servir l’Etat scrupuleusement.
Lors de sa première visite à la Maison Blanche cette année, en février, le Premier ministre israélien a ainsi offert un bipeur plaqué or, identique à ceux, bourrés d’explosifs, qui ont permis de tuer des dizaines de membres du Hezbollah au Liban l’année dernière.
La diplomatie du cadeau est un art difficile. Révélateur, aussi, de celui qui le pratique. En matière de mauvais goût, Donald Trump s’est vu dépasser par Benyamin Netanyahou. Lors de sa première visite à la Maison Blanche cette année, en février, le Premier ministre israélien a ainsi offert un bipeur plaqué or, identique à ceux, bourrés d’explosifs, qui ont permis de tuer des dizaines de membres du Hezbollah au Liban l’année dernière. Selon des membres de son entourage, le président américain aurait jugé le cadeau… "légèrement rebutant".
US President Donald Trump (L) shakes hands with South Korean President Lee Jae Myung during a high honor presentation ceremony, where Trump was presented with a replica of a crown worn by the kings of Silla, at the Gyeongju National Museum in Gyeongju on October 29, 2025. (Photo by ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP)
En réaffirmant cette semaine sa volonté de faire main basse sur le Groenland, Donald Trump fracture le camp occidental sur une question géostratégique primordiale, l’avenir de l’Arctique. Le Danemark, qui exerce depuis le XVIIIe siècle sa souveraineté sur l’île la plus vaste du monde, et plus généralement l’Europe, sont désemparés face à la convoitise de leur grand allié. Ils n’ont guère les moyens de contrer la manœuvre américaine, d’autant que celle-ci prend de plus en plus le caractère insidieux d’une opération d’infiltration et de persuasion de la population groenlandaise.
Fidèle à sa méthode diplomatique très personnelle, le président américain a désigné, dimanche 21 décembre, un émissaire spécial pour le dossier groenlandais, Jeff Landry. Celui-ci, ancien procureur rallié au mouvement trumpiste, est le gouverneur de la Louisiane. Il a exposé sur le réseau social X son objectif d’intégrer l’ancienne colonie danoise, territoire autonome depuis 1979, aux Etats-Unis.
"Nous avons besoin du Groenland pour la sécurité nationale", a commenté Donald Trump devant des journalistes lundi 22 décembre. "Partout autour du Groenland, on voit des navires russes et chinois." Le Danemark, l’un des plus fidèles alliés des Etats-Unis au sein de l’Otan, a manifesté une nouvelle fois sa consternation et annoncé qu’il allait convoquer l’ambassadeur américain. "On ne peut pas annexer un autre pays, même au nom de la sécurité nationale", ont déclaré dans un communiqué commun les chefs des gouvernements danois et groenlandais, Mette Frederiksen et Jens-Frederik Nielsen.
Les pays scandinaves et l’Union européenne ont exprimé leur solidarité. "Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark, seuls les Groenlandais et les Danois peuvent décider d’un changement de ce statut", a déclaré la haute représentante de l’UE, Kaja Kallas. Mais au-delà des protestations formelles, Copenhague et Bruxelles ont peu de leviers d’action pour contrer Washington.
Bataille d'opinion
Le territoire a obtenu en 2009 le droit de déclarer son indépendance. Les Groenlandais, qui ne sont que 57 000 au total, y sont majoritairement favorables, selon les sondages. Mais l’idée d’échanger la tutelle de Copenhague contre celle de Washington ne soulève aucun enthousiasme ; seuls 6 % des citoyens interrogés souhaiteraient devenir américains, d’après une enquête datant de janvier 2025.
Pas découragés pour autant, les Etats-Unis ont monté une campagne d’influence pour faire basculer l’opinion locale en leur faveur. En août dernier, la radio publique danoise révélait que trois Américains liés à l’administration Trump avaient visité secrètement l’île pour y recruter des partisans d’un rattachement aux Etats-Unis. De son côté, le service de renseignements danois Politiets Efterretningstjeneste (PET) a affirmé que l’île était "la cible de campagnes d’influence diverses". "Le PET observe que de telles campagnes visent à enfoncer un coin entre le Danemark et le Groenland", a-t-il écrit.
Il n’est pas exclu cependant que l’avidité de Donald Trump aboutisse à l’effet inverse de celui recherché, en resserrant les liens entre l’île et le royaume scandinave. Le royaume, qui a toujours la haute main sur la monnaie, la défense et les relations extérieures du Groenland, le subventionne à hauteur d’environ 500 millions d’euros chaque année, soit plus de la moitié de son budget.
Cette générosité ne s’explique pas seulement par le souhait du Danemark de se faire pardonner son comportement colonial, notamment la sinistre campagne de stérilisation forcée des femmes inuites à la fin des années 1960. La propriété du territoire permet à ce petit pays européen de 6 millions d’habitants de peser sur la scène diplomatique mondiale. L’Arctique ne cesse de gagner en importance sur le plan stratégique à mesure que le réchauffement climatique autorise l’ouverture de routes maritimes fonctionnant toute l’année pour les navires commerciaux comme militaires.
Les richesses du Groenland dans le viseur de Trump
Washington, Moscou et Pékin se livrent une concurrence acharnée pour consolider leurs positions dans la région. La Chine s’est autodéclarée "puissance quasi arctique" pour faire valoir ses droits. La Russie extrait plus des trois quarts de son gaz naturel de la zone. Comme les sanctions occidentales imposées depuis son agression de l’Ukraine limitent ses possibilités d’exportation via des gazoducs terrestres, elle compte désormais sur le gaz liquéfié, transporté par des navires méthaniers.
Le Groenland recèle en outre dans son sous-sol d’importantes richesses en hydrocarbures et minerais divers (terres rares, or, graphite, cuivre, nickel, fer, zinc…). Très peu de gisements sont en exploitation aujourd’hui, en raison notamment de la calotte glaciaire et de restrictions environnementales. Mais le réchauffement fait fondre celle-là et l’Administration Trump n’hésiterait sans doute pas à lever celles-ci, si elle réussissait à annexer le territoire.
Les Etats-Unis s’y intéressent depuis longtemps. Dès 1946, ils avaient proposé au Danemark 100 millions de dollars pour l’acheter - chiffre à nouveau cité par Trump lors de son premier mandat, en 2019. Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, il n’a cessé d’alimenter la tension. Il a dépêché son fils Donald Junior à Nuuk, la capitale du territoire autonome, à bord d’Air Force One. Ce fut ensuite au tour du vice-président, J.-D. Vance, de se rendre en mars dans la base militaire américaine de Pittufik (l’ancienne Thulé), au-delà du Cercle arctique.
A plusieurs reprises, le président américain n’a pas exclu l’usage de la force pour parvenir à ses fins, scandalisant les autorités danoises et européennes. Annexer l’île lui permettrait de faire passer la superficie du territoire américain du quatrième au deuxième rang mondial, devant le Canada et la Chine (mais toujours derrière la Russie). Ce serait ainsi une application littérale de son slogan visant à "faire grandir l’Amérique". Une extension qui se ferait au détriment du Danemark et de l’Europe, amputés par un ancien protecteur devenu prédateur.
C'est une annonce fracassante : Donald Trump veut lancer une nouvelle classe de cuirassés portant son nom. "Plus grands", "plus beaux", "plus meurtriers", en définitive "les meilleurs de l’histoire du pays et du monde ", a résumé le président américain. Une annonce qui intervient en réalité dans un contexte compliqué pour les Etats-Unis. Alors que le programme de construction naval américain est à la traîne, Pékin talonne aujourd'hui Washington dans la course à la mer et fait craindre aux Etats-Unis de perdre leur ascendant dans le Pacifique.
Au point que le secrétaire à la Marine, John Phelan, a déclaré en juin devant le Congrès : "Tous nos programmes sont un désastre, je crois que notre meilleur projet de construction navale a six mois de retard". Fait rare depuis son début de mandat, Donald Trump a lui aussi reconnu à demi-mot ces retards : "Nous fabriquons de loin le meilleur équipement au monde, personne ne nous arrive à la cheville. Mais nous ne le produisons pas assez vite", a-t-il admis lundi, lors de son discours à Mar-a-Lago.
Il a donc esquissé un calendrier pour les futurs "Trump Class USS Defiant" : deux premiers devront être construits d'ici "deux ans et demi", suivis rapidement par une dizaine d'autres, le but étant de produire une vingtaine de navires au total.
Navire le plus redoutable
Selon le nouveau site web de la Marine consacré à ces navires, ces derniers disposeront, comme prévu, de "la puissance de feu la plus destructrice jamais vue sur un navire de surface – avec la capacité de frapper un adversaire à une portée 80 fois supérieure à celle de la classe précédente". Et pour cause : ils transporteront des armes dernier cri : "missiles de croisière à capacité nucléaire", "canons électromagnétiques", "gamme de lasers"... Les missiles de croisière seront propulsables à une vitesse cinq fois supérieure à celle du son, et manœuvrables pour perturber les défenses ennemies. Plusieurs cellules de lancement seraient également équipées pour lancer des missiles de croisière Tomahawk, à vol plus lent, et réputés pour leur très longue portée.
La taille de ces "navires Trump" entre aussi en jeu : d'une longueur pouvant atteindre 268 mètres, ils seront ainsi trois fois plus grand qu'un destroyer de classe Arleigh Burke actuel. Et pèseront entre 30 000 et 40 000 tonnes, soit plus du double des destroyeurs Zumwalt, actuellement les plus grands bâtiments de combat de surface de la flotte de l'US Navy. Ce seront également les plus grands bâtiments de combat de surface construits par l'US Navy depuis la Seconde Guerre mondiale. "Globalement, les navires prévus seraient 100 fois plus puissants que les cuirassés de la Seconde Guerre mondiale", a déclaré Donald Trump.
Projet réaliste ?
Un projet à la faisabilité douteuse, selon plusieurs spécialistes de la défense. "On va beaucoup écrire sur ce navire, mais il ne naviguera jamais", anticipe ainsi Mark Cancian, chercheur au Center for Strategic and International Studies (CSIS), dans le Washington Post. "Il faudra quatre, cinq, voire six ans pour développer un navire de cette taille et si différent des modèles actuels", avance-t-il. D'autant que leur coût ne sera pas des moindres : entre 10 et 15 milliards de dollars par navire, soit un ordre de grandeur quatre fois supérieur aux destroyeurs actuels, qui coûtent environ 2,8 milliards de dollars chacun.
Se pose d'ailleurs la question de savoir qui construira ces nouveaux cuirassés. Les chantiers navals américains sont déjà surchargés par les travaux de construction, d'entretien et de révision en cours et font face à une pénurie de main d'oeuvre. "Nous ne disposons plus des infrastructures industrielles de construction navale et maritime nécessaires pour réaliser cela rapidement", explique à CNN l'analyste Carl Schuster, ancien capitaine de la marine américaine. Selon lui, "il faudrait donc réactiver les chantiers navals fermés ou en construire de nouveaux".
Enfin, si la Marine parvenait à mettre à l'eau une flotte de cuirassés de classe Trump, rien ne garantit qu'ils seraient efficaces pour faire face à certaines puissances comme la Chine, dotée d'un large éventail de drones navals sous-marins. Pour plusieurs analystes, les Etats-Unis feraient mieux de privilégier un grand nombre de petits navires de guerre, plus dispersés, et mieux à même de contrer la guerre par drones.
Les Etats-Unis de Trump ne sont plus nos alliés et l’Europe ne doit plus compter sur eux. Les membres de l’Union européenne qui croient encore qu’ils viendront nous sauver en cas de conflit avec la Russie sont de grands naïfs. Il faut couper le cordon ombilical avec ce pays qui nous déteste et nous humilie. Quant à la Chine, n’en déplaise à l’Allemagne, il faut taxer ses produits de façon efficace, quoi qu’il en coûte et non plus lui dérouler le tapis rouge. (Olivier Zajec : "L’Europe s’agenouille devant Donald Trump", L’Express du 18 décembre).
Poutine et la présidentielle
Jacky Morelet, Clohars-Carnoët (Finistère)
Andrius Kubilius estime que la Russie testera l’Union européenne d’ici à deux ou trois ans. Un test plus précoce sera organisé par les prochaines élections dans les trois pays moteurs de la Coalition des volontaires : la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le RN a en effet de fortes chances de l’emporter lors de la prochaine présidentielle en France ; l’AFD devient incontournable en Allemagne et Reform UK grimpe dans les sondages face aux Travaillistes au Royaume-Uni. Si ces partis de droite extrême accédaient au pouvoir, Vladimir Poutine n’aurait même pas à s’impliquer puisque ces formations sont de fait ses alliés potentiels. (Andrius Kubilius : "Il faut prendre au sérieux les alertes du renseignement" L’Express du 27 novembre).
L’erreur de Trump
Jean-Claude Salesse, Cahors (Lot)
Le mage de Washington se rend-il compte que, lorsqu’il aura "effacé" l’Europe, le Canada et ses voisins du continent américain, il se retrouvera bien seul face aux mages chinois, russe et indien. Il les considère comme de futurs compagnons de "bizness", alors que ceux-ci ne penseront qu’à détruire la dernière démocratie du monde… ou du moins ce qu’il en restera. (Donald Trump met l’Europe dans son viseur, l’Express du 11 décembre 2025.)
Sondage sur l’antisémitisme
Louis Causero, Essey-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle)
Plusieurs organismes et personnalités reconnus ont été accusés pour avoir voulu mener un sondage sur l’antisémitisme à l’université. Cela me paraît inquiétant car c’est notre démocratie qui est visée. Il convient également d’être inquiet face aux réactions d’une partie de la presse, de gauche notamment, qui ne partage pas l’intérêt de disposer d’indicateurs dans deux domaines essentiels pour notre nation. L’université se doit pourtant d’être exemplaire, car a pour mission de former les responsables de la génération futur. C’est pourquoi je conseille aux responsables intervenus dans ce débat de relire les écrits de Montesquieu sur la décadence de l’Empire romain et de Marc Bloch sur la responsabilité des niveaux supérieurs dans L’Etrange défaite…" (Sondage Ifop : quand une partie de la gauche s’enfonce dans le déni, L’Express du 11 décembre).
Bardella manque d’expérience
Michel Mondamey, Saint-Chamond (Loire)
Au-delà des éléments de la communication bien rodée de Jordan Bardella, je m’interroge sur notre facilité à admettre dans la course présidentielle des personnes sans passé politique probant dans la gouvernance de villes ou de régions. Ce manque d’expérience, que l’on a connu avec Emmanuel Macron, ne devrait-il pas nous mettre en alerte alors qu’il a débouché sur tant de désillusions ? (Au RN, le grand écart économique, L’Express du 11 décembre).
"Ah, les jeunes d’aujourd’hui…"
Hubert Richard, Joucas (Vaucluse)
Au IVe siècle avant Jésus-Christ, déjà, Socrate disait :"Les enfants aiment le luxe ; ils ont de mauvaises manières, ils manquent de respect aux aînés ; ils bavardent au lieu de faire de l’exercice ; ils sont devenus des tyrans, etc.". Franck Ramus a heureusement nuancé les propos tenus depuis toujours par les "vieux" à propos des jeunes générations. ("Les jeunes d’aujourd’hui", des poncifs qui en disent plus sur nous que sur eux, L’Express du 11 décembre).
Impunité en Cisjordanie
Claude Gisselbrecht, Metz (Moselle)
En Cisjordanie, Israël poursuit ses exactions, d’une gravité extrême et en toute impunité… Les violences infligées aux Palestiniens n’ont sans doute jamais été aussi graves depuis 1967, année marquant le début de l’occupation de l’enclave par l’Etat hébreu ! L’extrême droite israélienne ne cesse de jeter de l’huile sur le feu et fait tout ce qui est en son pouvoir pour réduire à néant la solution à deux Etats. Aussi la perspective d’un Etat palestinien s’amenuise-t-elle chaque jour un peu plus dans cette région meurtrie… En cette période de Noël, le moment semble bien choisi pour inciter les hommes de bonne volonté - il en existe sûrement encore - à " revoir leur copie " et à agir de concert pour (re-)construire un monde meilleur. ("Le tour du monde en 6 infos", L’Express du 4 décembre).
Un nouveau rythme pour la page Courrier
A partir du mois de janvier, la page "Courrier" sera mensuelle. Vous la retrouverez dans le dernier numéro de chaque mois. A bientôt !
Donald Trump se rend-il compte que, lorsqu’il aura "effacé" l’Europe, il se retrouvera bien seul face aux mages chinois, russe et indien, interroge l'un de nos lecteurs (ici, avec Vladimir Poutine le 15 août 2025 en Alaska) ?
C’est l’histoire d’une brouille qui s’enkyste. D’un jeu perdant-perdant alors que l’Europe aurait tant à gagner à avancer unie dans un monde où le temps semble partout s’accélérer. On ne compte plus les sujets de brouille dans "le couple franco-allemand" et il n’y a plus qu’à Paris que l’on ose encore employer cette expression. La séquence de ces dernières semaines est éclairante.
Première querelle : le SCAF. Le programme du futur avion de combat européen est quasi enterré. Les désaccords entre l’armée française et la Bundeswehr sur les spécificités du futur système s’étalent au grand jour et les deux grands industriels à la manœuvre, Dassault et Airbus Défense dont le centre de gravité est en Allemagne, s’écharpent pour savoir qui aura la mainmise sur le projet.
Deuxième sujet, l’Ukraine et la question des réserves de la Banque centrale de Russie. L’Allemagne qui militait pour une saisie a vu, au dernier moment, la France se ranger silencieusement dans le camp belge et soutenir une proposition, certes juridiquement plus ficelée, mais financièrement moins ambitieuse, celle d’un emprunt en commun de 90 milliards d’euros.
Troisième mésentente, le Mercosur, l’accord de libre-échange avec quatre pays d’Amérique latine. Tandis que Berlin poussait pour une signature rapide, voyant dans cet accord une bouée de sauvetage pour son industrie aux abois, la France a obtenu un répit, tétanisée par les craintes d’une "gilet-jaunisation" de la révolte agricole. Répit provisoire puisque la date butoir de signature a été reportée au 12 janvier.
Un autre combat vient percuter ces discussions, celle de la préférence européenne dans le secteur automobile. Si Berlin a remporté une victoire en obtenant un assouplissement de la règle de 2035 pour l’interdiction des ventes de véhicules thermiques, la France a réussi, elle, à populariser l’idée d’un minimum de contenu local dans la production européenne. Les contours de cette définition sont encore flous, mais la Commission doit présenter un texte sur le sujet le 28 janvier. En coulisses, l’Allemagne s’active. Hildegard Müller, la puissante présidente de l’Association de l’industrie automobile allemande, a déjà annoncé la couleur : "Je ne cache pas mon désaccord quant à la forte domination française en matière de contenu local […] Les intérêts allemands y sont insuffisamment représentés". D’ici là, tractations, échauffourées et crocs-en-jambe seront au menu. Triste réalité européenne.
Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz se serrent la main avant une réunion à Toulon, dans le sud-est de la France, le 29 août 2025.