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"Nous n'avons pas commencé cette guerre" : Vladimir Poutine ne se considère "pas responsable" pour les morts en Ukraine

19 décembre 2025 à 15:00

Après s'être félicité des progrès de l'armée russe sur le front et avoir nié toute responsabilité dans ce conflit qui entrera bientôt dans sa cinquième année, le président russe Vladimir Poutine a affirmé que "la balle est dans le camp" de l'Ukraine et de ses soutiens européens pour négocier une fin de la guerre. Il a par ailleurs mis en garde les Européens contre des "conséquences très lourdes" en cas de saisie des avoirs russes gelés pour aider l'Ukraine, évoquant mesures de représailles et recours en justice.

Les dirigeants des 27 Etats membres ont décidé vendredi d'accorder à l'Ukraine un emprunt en commun de 90 milliards d'euros, à taux zéro, mais sans recourir aux avoirs russes faute d'accord sur cette solution.

14h53

Devant Zelensky, le président polonais reproche leur ingratitude aux Ukrainiens

Devant Volodymyr Zelensky qu'il recevait vendredi à Varsovie, le président nationaliste polonais Karol Nawrocki a reproché aux Ukrainiens de ne pas être reconnaissants pour l'aide apportée depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie. La Pologne a accueilli plus d'un million de réfugiés depuis février 2022 et compte parmi les premiers fournisseurs d'armes de Kiev. C'est aussi le principal pays par lequel passe le soutien militaire et humanitaire occidental à son voisin.

"Les Polonais ont le sentiment (...) que notre effort, notre aide multiforme apportée à l'Ukraine depuis le début de l'invasion à grande échelle n'ont pas été dûment appréciés ni compris", a déclaré Karol Nawrocki au cours d'une conférence de presse avec son homologue ukrainien. "C'est ce que j'ai transmis lors d'une conversation ferme, honnête, mais très cordiale et empreinte de courtoisie avec le président Zelensky", a-t-il dit.

Celui-ci a répondu en assurant que "l'Ukraine a toujours été reconnaissante envers la Pologne et le restera". Il a aussi rappelé que l'Ukraine "défendait l'Europe" face à la Russie, à un coût humain très élevé. "La Russie veut la discorde, veut détruire une alliance aussi solide — l'alliance de deux nations, au fil de nombreuses générations d'Ukraine et de Pologne. Nous ne les laisserons pas faire", a mis en garde Volodymyr Zelensky. 

Karol Nawrocki n'a pas dit clairement ce qu'il attendait de Kiev, mais cet historien de formation exige une meilleure coopération dans le dossier très sensible des massacres de quelque 100 000 Polonais en Volhynie entre 1943 et 1945 par les nationalistes ukrainiens. Selon Karol Nawrocki, qui qualifie ces massacres de "génocide", Kiev ne veut pas reconnaître sa responsabilité dans ces massacres. Varsovie lui reproche également de faire traîner les exhumations des victimes.

Jeudi, le président ukrainien a assuré son partenaire de la bonne volonté de son administration sur ces questions. "La partie polonaise souhaite accélérer ce processus, la partie ukrainienne est prête à faire un pas vers elle. Ce ne sont pas que des mots, ce sont des mesures concrètes", a-t-il dit, des déclarations vues "avec optimisme" par le président polonais. Après la rencontre, Karol Nawrocki a évoqué sur X "un nouveau départ" dans les relations bilatérales. "Une mauvaise nouvelle pour Poutine", selon lui.

14h50

L'extrême droite allemande, convaincue d'une victoire russe, dénonce l'aide de l'UE à l'Ukraine

Le parti prorusse Alternative pour l'Allemagne (AfD), première force d'opposition du pays, a dénoncé vendredi la décision européenne de prêter 90 milliards d'euros à l'Ukraine, jugeant que la Russie allait gagner sa guerre. L'UE a décidé dans la nuit de financer l'effort de guerre de l'Ukraine pendant au moins deux ans via un emprunt en commun de 90 milliards d'euros, sans recours aux avoirs russes qui resteront, eux, gelés en Europe jusqu'au versement par Moscou de réparations à Kiev.

Prenant pour cible le chancelier allemand Friedrich Merz qui depuis des mois cherche une solution pérenne pour financer l'Ukraine, les deux codirigeants de l'AfD l'ont accusé de faire payer aux contribuables la poursuite de la guerre, déclenchée par l'invasion russe de 2022. "Le chancelier Merz gaspille l'argent des contribuables allemands dans une guerre sans issue. Après avoir remporté la guerre, la Russie ne versera aucune réparation", a estimé dans un communiqué Tino Chrupalla.

"90 milliards d'euros supplémentaires vont être engloutis dans l'un des États les plus corrompus au monde", a abondé sa collègue Alice Weidel, en référence à un vaste scandale de corruption qui fragilise en ce moment le pouvoir ukrainien. "Alors que son propre pays se délabre et décline économiquement, le chancelier gaspille des milliards pour prolonger une guerre inutile", a-t-elle ajouté, pointant la crise économique qui mine l'Allemagne.

14h05

Poutine affirme qu'il va se pencher sur l'affaire du Français Laurent Vinatier, emprisonné en Russie

Le président russe Vladimir Poutine a indiqué vendredi qu'il allait se pencher sur l'affaire du chercheur français Laurent Vinatier, emprisonné en Russie depuis juin 2024 et qui pourrait être jugé pour "espionnage". Interrogé lors de sa conférence de presse annuelle, Vladimir Poutine a affirmé "ne rien savoir" de cette affaire et en entendre parler pour la première fois. "Je vous promets que je vais me renseigner. Et s'il y a la moindre chance de résoudre cette question de manière positive, si la loi russe le permet, nous ferons tout notre possible", a-t-il ajouté.

Laurent Vinatier a été condamné en octobre 2024 à trois ans de prison pour ne pas s'être enregistré en tant qu'"agent de l'étranger", alors qu'il collectait des "informations militaires" pouvant être "utilisées contre la sécurité" de la Russie. L'intéressé avait reconnu les faits, mais plaidé l'ignorance.

En août, il avait comparu devant un tribunal russe pour des accusations d'"espionnage" qui, si elles étaient confirmées, risqueraient d'alourdir considérablement sa peine. L'enquête a été prolongée et il pourrait connaître un nouveau procès pour espionnage fin février 2026, selon son avocat français. Laurent Vinatier avait déclaré en août ne s'attendre "à rien de bien, à rien de positif" après avoir appris ces nouvelles accusations.

Ce chercheur de 49 ans, spécialiste de l'espace post-soviétique, était employé par le Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG suisse qui fait de la médiation dans des conflits hors des circuits diplomatiques officiels, notamment s'agissant de l'Ukraine. Paris a exigé de Moscou la libération de son ressortissant, accusant la Russie de chercher à prendre des Occidentaux en otage, alors que les relations entre les deux pays sont au plus bas.

12h56

L'Ukraine affirme avoir frappé un pétrolier de la "flotte fantôme" russe en Méditerranée avec des drones

L'Ukraine a frappé pour la première fois un pétrolier de la "flotte fantôme" russe "dans les eaux neutres" de la Méditerranée, a annoncé vendredi à l'AFP une source au sein des services de sécurité (SBU) ukrainien. "Le SBU a frappé avec des drones aériens un pétrolier de la dénommée +flotte fantôme+ russe, le QENDIL", a précisé cette source. "La Russie utilisait ce pétrolier pour contourner les sanctions" et financer "sa guerre contre l'Ukraine", a-t-elle affirmé. 

Selon cette source s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, il s'agit d'une "nouvelle opération spéciale sans précédent", réalisée à quelque 2 000 kilomètres de l’Ukraine. Elle n'a donné aucun détail supplémentaire, notamment sur le lieu à partir duquel elle a été déclenchée et sur les pays que les drones auraient pu survoler.

Le pétrolier était vide au moment de l’attaque et l'opération n'a présenté aucune menace environnementale, a assuré cette source, disant que le navire avait "subi d'importants dommages" et n'était plus en état de "poursuivre ses objectifs". "L’ennemi doit comprendre que l’Ukraine ne s’arrêtera pas et le frappera partout dans le monde, où qu’il se trouve", a ajouté cette source. L'Ukraine a déjà revendiqué l'attaque de pétroliers circulant en mer Noire, que Kiev accuse d'être utilisés par la Russie pour contourner les sanctions occidentales et financer son offensive en Ukraine.

13h10

Poutine assure que la Russie n'attaquera personne si elle est "traitée avec respect"

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé vendredi que la Russie n'entendait pas lancer d'hostilités contre d'autres pays à condition qu'elle soit "traitée avec respect" et a accusé l'Occident d'avoir "trompé" Moscou en continuant d'élargir l'Otan.

"Il n'y aura aucune opération si vous nous traitez avec respect et respectez nos intérêts", a déclaré Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse annuelle, alors qu'on lui demandait s'il y aurait "de nouvelles opérations militaires spéciales", le nom donné par la Russie à son offensive en Ukraine, à l'avenir.

13h09

Zelensky assure que si l'Ukraine est défaite, la Russie s'en prendra "inévitablement" à la Pologne

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a assuré vendredi qu'en cas de défaite de l'Ukraine, la Russie s'en prendrait "inévitablement" à la Pologne voisine.

"Sans l'indépendance de l'Ukraine, de notre Etat, Moscou viendra inévitablement ici (en Pologne) et plus profondément en Europe", a déclaré Volodymyr Zelensky, lors d'une conférence de presse à Varsovie avec son homologue polonais Karol Nawrocki.

12h06

Poutine : "la balle est dans le camp" de l'Ukraine et des Occidentaux pour mettre fin à la guerre

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé vendredi que "la balle est dans le camp" de l'Ukraine et des Occidentaux dans les négociations visant à mettre fin à la guerre, indiquant que Moscou avait accepté des "compromis" dans ce processus.

"La balle est entièrement dans le camp de nos adversaires occidentaux, les dirigeants du régime de Kiev et leurs sponsors européens en premier lieu", a déclaré Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse annuelle retransmise à la télévision. Il s'est dit prêt "à négocier et à mettre fin au conflit par des moyens pacifiques".

Poutine met en garde contre de "lourdes conséquences" en cas de recours aux avoirs russes pour financer l'Ukraine

Le président russe Vladimir Poutine a prévenu vendredi que l'utilisation des avoirs russes pour financer l'Ukraine pourrait "avoir des conséquences lourdes", après un sommet des 27 jeudi sur le sujet qui n'a pas abouti à un accord.

"C'est un braquage. Mais pourquoi ce n'est pas possible de commettre ce braquage? Parce que les conséquences peuvent être très lourdes", a déclaré Vladimir Poutine lors de sa grande conférence annuelle retransmise à la télévision russe.

10h26

Poutine se félicite de gains territoriaux en Ukraine

Le président russe Vladimir Poutine s'est félicité vendredi des récents gains territoriaux de son armée en Ukraine, assurant que les forces russes "avancent sur tout le front", alors que d'intenses efforts diplomatiques menés par les Etats-Unis sont déployés pour mettre fin à la guerre.

"Nos troupes avancent sur toute la ligne de contact (...), l'ennemi recule dans toutes les directions", a déclaré Vladimir Poutine au début de sa grande conférence de presse annuelle retransmise à la télévision.

07h43

Avoirs russes : l'émissaire économique du Kremlin salue une victoire du "bon sens" dans l'UE

Un émissaire du Kremlin pour les questions économiques, Kirill Dmitriev, a salué vendredi une victoire du "bon sens", après la décision de l'UE de ne pas recourir aux avoirs russes gelés en Europe pour financer l'effort de guerre de l'Ukraine. "La loi et le bon sens ont remporté pour l'heure une victoire", a réagi sur Telegram Kirill Dmitriev, en saluant un échec de la tentative d'"une utilisation illégitime des avoirs russes pour financer l'Ukraine".

L'utilisation de ces fonds en raison des sanctions européennes imposées à la Russie butait depuis des semaines sur l'opposition de la Belgique, où se trouve l'essentiel de ces avoirs gelés, soit quelque 210 milliards d'euros. L'idée était d'y recourir pour financer un "prêt de réparation" de 90 milliards en faveur de l'Ukraine. Les Européens ont finalement décidé jeudi de financer l'effort de guerre de l'Ukraine pendant au moins deux ans via un emprunt en commun de 90 milliards d'euros.

Les besoins de financement de Kiev ont été estimés à 137 milliards d'euros, l'UE s'engageant à prendre en charge les deux tiers, soit 90 milliards d'euros. Le reste devant être assuré par les autres alliés de l'Ukraine, comme la Norvège ou le Canada. La Russie considère comme illégales les sanctions internationales prises à son encontre en raison de cet assaut, notamment le gel de ses avoirs, et qualifie leur utilisation de vol.

06h51

L'aide de l'UE "renforce véritablement notre résilience", se félicite Zelensky

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est félicité vendredi du prêt de 90 milliards d'euros accordé par l'Union européenne à son pays pour financer son effort de guerre contre la Russie, estimant que cette aide "renforce véritablement notre résilience".

"Il s'agit d'un soutien important qui renforce véritablement notre résilience", a écrit Volodymyr Zelensky sur le réseau social X en remerciant les dirigeants européens. "Il est important que les actifs russes restent immobilisés et que l'Ukraine ait reçu une garantie de sécurité financière pour les années à venir", a-t-il ajouté concernant les avoirs russes au sujet desquels les Européens n'ont pas réussi à se mettre d'accord.

03h11

L'UE s'accorde pour débloquer 90 milliards d'euros en faveur de l'Ukraine, sans recours aux avoirs russes

Les dirigeants européens ont trouvé un accord dans la nuit de jeudi à vendredi pour débloquer 90 milliards d'euros en faveur de l'Ukraine, a annoncé le président du Conseil, Antonio Costa. "Nous avons conclu un accord. La décision d'accorder une aide de 90 milliards d'euros à l'Ukraine pour 2026-2027 a été approuvée", a-t-il écrit sur le réseau social X.

Les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 pays de l'UE étaient réunis en sommet à Bruxelles avec un objectif clair : trouver une solution pour financer l'Ukraine au cours des deux ans à venir. Mais les négociations ont duré jusque tard dans la nuit sur la meilleure manière de procéder à ce financement.

L'option privilégiée par l'Allemagne et la Commission européenne, celle de s'appuyer sur les avoirs russes gelés en Europe a été écartée après quatre heures d'échanges entre dirigeants, à huis clos, sans téléphone. Le chancelier allemand s'est pour autant réjoui du résultat du sommet, assurant que l'UE avait envoyé un "message clair" à Vladimir Poutine.

© AFP

Le président russe Vladimir Poutine, à Moscou le 8 décembre 2025.

La fusion nucléaire, nouvelle offensive de l’empire de Donald Trump

19 décembre 2025 à 14:50

Un réseau social, une plateforme de streaming, des cryptomonnaies… et maintenant une entreprise de fusion nucléaire. La famille présidentielle continue de tisser sa toile sur l’économie américaine grâce à la Trump Media and Technology Group (TMTG). Mais, cette fois, l’entreprise du président des Etats-Unis ose l’inconnu en s’attaquant au secteur de l’énergie.

Pour y parvenir, la firme de Donald Trump a conclu un accord de fusion ce jeudi 19 décembre avec TAE Technologies, créant ainsi un groupe valorisé à plus de 6 milliards de dollars. Cette signature devient la plus importante incursion de la famille Trump dans la finance traditionnelle et l’économie américaine depuis son retour à la Maison-Blanche.

Un pari risqué

Aujourd’hui, la technologie de fusion nucléaire est encore au stade expérimental. Il faudra sûrement compter plusieurs années avant de la voir véritablement mise en œuvre. A ne pas confondre avec la fission - technique du nucléaire civil fondée sur la division d’un atome lourd en deux atomes légers - la fusion nucléaire fait l’exact inverse. Cette méthode de production d’énergie consiste en la fusion de deux atomes légers afin de constituer un plus gros atome. Un procédé tellement prometteur qu'il séduit nombre de milliardaires : Bill Gates, Jeff Bezos et Mark Zuckerberg ont également investi dans entreprises engagées dans la course à l’exploiter commerciale de la fusion nucléaire. Et ce malgré les nombreux obstacles économiques et techniques qui freinent son développement, notamment la difficulté à maintenir un plasma chaud et stable pendant une durée suffisante pour produire de l'énergie de manière continue, nécessitant pour l'heure plus d'énergie que le dispositif n'en produit.

Le pari semble donc risqué pour TAE, d’autant plus que le nucléaire civil n’occupe pas une place particulièrement importante dans le mix américain -18 % selon la World Nuclear Association. Toutefois, la fusion nucléaire bénéficie d’un très large soutien de l’exécutif. Et c’est là que le deal devient intéressant pour TAE : leur nouveau partenaire en affaires a la mainmise sur les politiques énergétiques nationales.

Un nouveau "Bureau de la fusion" gouvernemental

"Le principal atout de Trump Media, c’est que Trump est président", résume Peter Schiff, analyste financier et économiste en chef d’Euro Pacific Asset Management, dans les colonnes du Wall Street Journal. Face à la demande croissante d’énergie pour alimenter l’intelligence artificielle, l’administration Trump a dévoilé son projet de développer la fusion nucléaire. Le 23 mai dernier, le président des Etats-Unis annonçait quatre décrets visant à "redynamiser l’industrie nucléaire américaine". L’une de ces mesures : dix nouveaux grands réacteurs, dotés de conceptions complètes, en construction d’ici 2030.

A la suite de ces déclaration, le ministère de l’énergie s’est attelé à une réorganisation interne qui a donné lieu à la suppression de deux importants bureaux dédiés aux énergies dites "propres". L’objectif : faire de la place pour accueillir le nouveau "Bureau de la fusion". Pour atteindre son objectif, la Trump Media and Technology Group injectera jusqu’à 300 millions de dollars dans TAE. L’objectif : permettre à son nouveau partenaire de produire un premier prototype de réacteur à fusion commercial dès 2026 pour viser une exploitation d’ici à 2031.

La fusion nucléaire "permettra de réduire les prix de l’énergie, d’augmenter la génération d’électricité, d’assurer la suprématie américaine en matière d’intelligence artificielle, de relancer notre base manufacturière et de renforcer la défense nationale", s’est félicité Devin Nunes, patron de la TMTG et ancien parlementaire républicain.

De retour sur l’avant de la scène

Cet accord avec TAE fait aussi figure de prise de guerre pour Donald Trump, scellant la fin de sa mise à l’écart sur la scène commerciale. Car la TMTG avait vu le jour dans des circonstances pour le moins atypiques. En 2021, Donald Trump, exerçant alors son premier mandat à la présidence des Etats-Unis, avait été banni de Twitter, conséquence de la tentative de coup d’Etat au Capitole qu’il avait instiguée sur la plateforme. En réponse, le président redevenu homme d’affaires a lancé sa plateforme Truth Social en février 2022, hébergée par sa maison-mère créée pour l'occasion : TMTG. Dans ce contexte, l’entreprise ne s’était pas attiré les faveurs de la bourse comme le rappelle le Wall Street Journal. Malgré des fluctuations rythmées par la cote de popularité du président, la firme a continuellement perdu de l’argent depuis sa création.

Une époque qui pourrait bientôt être révolue. TAE compte parmi ses investisseurs un palmarès des plus grandes entreprises américaines dont Alphabet, Chevron, et Goldman Sachs. Dans les heures qui ont suivi de l’annonce de la fusion avec TAE, l’action de TMTG s’est envolée de 40 %. De quoi réconcilier l’empire financier Trump avec Wall Street.

© afp.com/ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Le président américain Donald Trump participe à une table ronde à la Maison Blanche, à Washington, le 10 décembre 2025

Commerce : face au protectionnisme américain, les Européens s’ouvrent à la Chine

19 décembre 2025 à 13:15

Dans la bataille économique et technologique qui oppose la Chine aux Etats-Unis, quelle est la place de l’Europe ? Si les Etats-Unis restent le grand allié du Vieux Continent, de plus en plus d’Européens s’ouvrent à la Chine, notamment face aux attaques protectionnistes de l’Amérique de Trump.

C’est ce que suggère un rapport de l’université espagnole IE University, European Tech Insights 2025. Cette publication annuelle vise à mieux cerner la position des Européens vis-à-vis des changements technologiques et de leur gouvernance dans le monde. Conduite en octobre 2025, elle repose sur les réponses de 3 000 personnes dans 10 pays européens (dont le Royaume-Uni).

Une ouverture croissante vers la Chine

La part des Européens souhaitant que l’Europe s’aligne avec la Chine plutôt qu’avec les Etats-Unis sur le plan économique et technologique a augmenté de 15 points entre 2023 et 2025. L’étude s’est en effet penchée sur la compétition entre les Etats-Unis et la Chine en termes de "domination économique et technologique", en interrogeant les sondés sur le pays sur lequel ils aimeraient voir l’Europe s’aligner. 71 % des Européens choisissent les Etats-Unis et 29 % la Chine. Ainsi, les Européens "continuent à voir les Etats-Unis comme un allié stratégique mais sont de plus en plus ouverts à la Chine", note le rapport. Mais en 2023, 86 % des Européens choisissaient les Etats-Unis et 14 % la Chine.

Ce changement d’attitude est surtout visible chez les jeunes, la classe d’âge la plus ouverte à la Chine. Près de 40 % des 18-24 ans plaident pour un rapprochement avec la Chine, contre seulement 22,6 % chez les 65 ans et plus. "Le changement d’attitude à l’égard de la Chine ne tient pas tant à la relation de l’UE avec le géant asiatique qu’à l’érosion de la relation transatlantique", analyse Carlos Luca de Tena, directeur exécutif du centre pour la gouvernance du changement au sein de l’IE University, interrogé par le journal espagnol El País.

La méfiance croissante vis-à-vis de l’allié historique de l’Europe se manifeste également dans la réponse qu’elle souhaite apporter aux "menaces de l’administration Trump dans le domaine du commerce et de la technologie", note l’étude. Près de quatre Européens sur dix estiment en effet que le Vieux Continent doit tenir bon et riposter. Et cette fois, les plus âgés sont davantage en faveur d’une confrontation que les plus jeunes. Pour autant, une majorité (58,6 %) souhaite que l’Europe trouve un terrain d’entente avec son allié tandis que seuls 3 % veulent céder et éviter la confrontation avec les Etats-Unis.

Les Espagnols plus hostiles que les Polonais

Mises côte à côte, ces deux tendances vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine prouvent que l’Europe est "de plus en plus confiante et autonome sur la scène mondiale", note le rapport. Et si les Européens voient toujours Washington comme un partenaire, ils sont plus prudents que par le passé.

Parmi les citoyens européens les plus proches des Etats-Unis, les Polonais se démarquent puisqu’ils sont près de 80 % à se ranger de leur côté (contre 69 % des Français). Au contraire, la défiance a largement gagné les Espagnols, qui étaient 80 % à choisir les Etats-Unis en 2023 contre… 47 % en 2025. Pour Carlos Luca de Tena, la position des Espagnols s’explique surtout par le fait que Donald Trump a directement attaqué l’Espagne sur son refus de consacrer 5 % de son PIB à la Défense, comme il l’avait demandé aux membres de l’Otan. L’attrait des Espagnols pour la Chine s’explique également par une tendance de fond, antérieure à l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Selon le Secrétariat espagnol au Commerce, cité par El País, les entreprises espagnoles s’intéressent de plus en plus à l’attractivité du marché chinois et à ses offres technologiques. Tout comme la France, l’Espagne cherche désormais à attirer les investissements chinois sur son sol - à condition d’y créer des emplois, un transfert de technologies ou d’y implanter une activité à forte valeur ajoutée.

© afp.com/STR

Des voitures chinoises prêtes pour l'exportation dans le port de Nanjing, dans l'est de la Chine, le 29 avril 2025.

Guerre en Ukraine : le prêt européen à 90 milliards d'euros qui change tout

19 décembre 2025 à 10:27

Les petits cochons se sont montrés plus malins que le grand méchant loup. Traités avec mépris de "porcelets" par Vladimir Poutine à la veille de leur réunion, qualifiés par Donald Trump de "gens qui parlent mais ne décident rien", les dirigeants européens ont pris ce vendredi 19 décembre les décisions qui s’imposaient pour affirmer leur autonomie stratégique et garantir à l’Ukraine les moyens financiers de résister à l’agression russe pendant encore au moins deux ans.

En s’entendant pour lever un emprunt de 90 milliards d’euros au bénéfice de l’Ukraine, l’Union européenne fait d’une pierre trois coups :

- elle affiche, à destination de Moscou et Washington, sa capacité de décision et donc sa capacité d’influence, à un moment crucial dans les efforts diplomatiques pour obtenir un cessez-le-feu ;

- elle maintient la pression sur la Russie en signalant que son soutien à l’Ukraine est inébranlable ;

- elle rassure les autorités ukrainiennes, qui allaient être à court d’argent au second trimestre 2026, ce qui aurait pu les contraindre à accepter des conditions de paix humiliantes et désastreuses pour elles-mêmes et pour l’Europe entière. "Ensemble, nous défendons l’avenir de notre continent", s’est félicité Volodymyr Zelensky. Car depuis la défection de Donald Trump, qui a cessé toute aide financière à l’Ukraine, l’UE est devenue le principal soutien de Kiev.

Le contribuable européen devra mettre la main à la poche

Le Conseil européen, ce n’est qu’une demi-surprise, a décidé de renoncer à utiliser les avoirs souverains russes gelés dans l’Union. Concrètement, l’argent sera emprunté sur les marchés des capitaux. Il sera prêté gratuitement à l’Ukraine. L’UE prendra à sa charge le paiement des intérêts mais la Hongrie, ainsi que la République tchèque et la Slovaquie, ont obtenu d’être exemptées de ces paiements, en échange de leur ralliement à la proposition.

Au bout du compte, le contribuable européen devra donc mettre la main à la poche, alors que la solution des avoirs russes aurait été gratuite, mais aussi pleine de risques politiques et financiers. L’UE y a renoncé devant l’opposition ferme de la Belgique, qui détient la plus grosse part de ces avoirs, et les réticences d’autres Etats membres, notamment la France, l’Italie et la Hongrie. Principal tenant de l’emploi des dépôts russes, le chancelier allemand Friedrich Merz a fait contre mauvaise fortune bon cœur. "L’impact de la décision sera similaire à celui de la solution que nous avions discutée et qui était clairement trop compliquée" a-t-il reconnu.

Les avoirs de Moscou ne sont pas oubliés pour autant. La question pourrait revenir sur la table au moment où l’Ukraine devra rembourser le prêt. Si, ce qui est probable, Kiev ne reçoit pas d’ici là de réparations pour dommages de guerre de la part de la Russie, alors l’Union européenne se réserve le droit de puiser dans les avoirs pour se rembourser elle-même. En attendant, elle a décidé que ces sommes resteraient gelées.

"Nous avons tenu promesse"

En octobre, l’UE avait promis de couvrir quoi qu’il arrive les besoins financiers de l’Ukraine pour 2026 et 2027. "Nous avons tenu promesse", s’est félicité le président du Conseil, le portugais António Costa. "L’Ukraine ne remboursera cette somme que lorsque la Russie aura payé des réparations". En outre, les sanctions européennes contre Moscou sont prolongées pour 2026 et devraient être renforcées en janvier avec l’adoption d’une vingtième série de mesures. L’objectif, a rappelé Costa, n’est pas de prolonger la guerre mais "de parvenir à une paix juste et durable en Ukraine, et pour cela d’amener Poutine à reconnaître qu’il ne peut pas gagner et qu’il doit venir s’asseoir sérieusement à la table des négociations".

Depuis trois ans, la Russie a conquis un peu plus de 1 % du territoire ukrainien, au prix du sacrifice de plus d’un million de soldats russes tués ou blessés. Avec les territoires capturés précédemment, elle occupe quelque 20 % de l’Ukraine. Mais Poutine réclame plus pour arrêter son agression, et les Etats-Unis, au grand dam de beaucoup de dirigeants européens, ont abondé dans son sens.

Dans ce contexte difficile, l’emprunt n’est peut-être pas une solution idéale mais un prolongement de l’impasse aurait été désastreux. Il aurait condamné l’Ukraine à vivre d’expédients sans plus pouvoir acheter armes et munitions ; il aurait encouragé Poutine à continuer à anticiper l’effondrement de l’Occident ; il aurait donné de nouveaux arguments à tous ceux qui misent sur l’impuissance de l’Europe. Malgré les prédictions des prophètes de malheur, les petits cochons européens ont encore de la ressource.

© afp.com/Stephanie Lecocq

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'entretient avec le président du Conseil européen Antonio Costa pendant un sommet de l'UE à Bruxelles, le 18 décembre 2025

Comment la flotte fantôme russe sert à espionner l’Europe

19 décembre 2025 à 09:58

Ce sont de vieux tankers, au pavillon fluctuant et à la propriété peu claire. Des pétroliers clandestins, acquis par la Russie pour transporter et vendre son pétrole à travers le monde et contourner ainsi les sanctions européennes prises à la suite de la guerre en Ukraine. Cette flotte fantôme russe, que les Européens tentent pourtant d’entraver, servirait également Moscou à des fins d’espionnage, selon plusieurs services de renseignement occidentaux.

Selon la chaîne américaine CNN, la présence à bord de ces tankers, depuis plusieurs mois, d’hommes liés aux services secrets et à l’armée russes inquiète les Européens. Plusieurs d’entre eux appartiennent à la société Moran Security, une entreprise privée de sécurité liée à l’armée et aux renseignements russes. Enregistrée en Russie et à Bélize, elle propose ses services dans le domaine de la logistique internationale, de la sécurité maritime ou des renseignements. Moran Security aurait également fourni des services à des milices privées, notamment le groupe paramilitaire Wagner, ajoute CNN, qui cite "plusieurs sources au sein des renseignements". La société dit d’ailleurs recruter des "officiers retraités ou encore en activité" ayant servi dans les forces spéciales. Elle figure sur une liste de sanctions du Trésor américain depuis 2024 pour avoir fourni des "services armés" à des entreprises publiques russes. Et depuis environ six mois, ses hommes sont placés sur plusieurs pétroliers de la flotte fantôme russe et sont souvent les seuls nationaux Russes à bord.

De mystérieux marins russes

La présence de ces hommes parfois armés et liés aux forces russes sur ces bateaux clandestins attire de plus en plus l’attention des Européens au regard de l’armada de bateaux fantômes de la Russie, soit plusieurs centaines. Nombre d’entre eux traversent les eaux européennes, de la mer Baltique à la Manche en passant par la mer du Nord, mais également en mer Noire. Ces hommes pourraient prendre des photos des installations militaires européennes et surtout, ils semblent être chargés de surveiller le reste de l’équipage.

En témoignent les observations des marins danois et suédois, qui voient passer un grand nombre de tankers fantômes le long de la mer Baltique. Certains disent observer la présence à bord de ces bateaux de Russes qui semblent "avoir davantage de pouvoir que le capitaine lui-même", rapporte CNN. Ces membres supplémentaires, ajoutés à la liste d’équipage peu avant le départ du bateau, vont parfois jusqu’à porter des uniformes militaires et photographier certaines zones, notamment des ponts, selon le service de pilotage de l’Etat danois, DanPilot.

Le cas du Boracay arraisonné par la France

Un de ces navires clandestins a récemment attiré l’attention des autorités européennes, et notamment françaises. Il s’agit du Boracay, aussi connu sous le nom de Pushpa, qui figure sur la liste des sanctions européennes pour son appartenance à la flotte fantôme russe. Il bat pavillon du Bénin. Le bateau avait fait les gros titres en France au mois d’octobre en stationnant au large de la Bretagne, avant d’être arraisonné par les autorités françaises. Selon CNN, deux Russes - les seuls de cette nationalité à bord - y ont embarqué le 20 septembre dernier en qualité de "techniciens", mais leur activité à bord du navire demeure floue. L’un d’eux aurait travaillé pour Wagner, selon des sources occidentales. Interrogé par CNN, Alexey Badikov, le PDG de Moran Security, a indiqué "ne pas être en position de confirmer" que ces deux hommes travaillaient pour sa société.

Outre ses nombreux changements de pavillon, le navire a fait l’objet d’une surveillance rapprochée de la part des Européens, qui le soupçonnent d’être impliqué dans des survols de drones au-dessus du Danemark. Le Boracay longeait en effet les côtes danoises lorsque des survols de drones avaient perturbé le trafic de l’aéroport de Copenhague et approché des bases militaires. Le bateau, qui transportait "une importante cargaison de pétrole" de la Russie vers l’Inde, avait finalement été arraisonné par la France. Et ce, en raison "des incohérences présentées par le pétrolier quant à sa nationalité" et son "absence de pavillon", selon le procureur de Brest.

Aucun drone n’avait été trouvé à bord, selon CNN. Badikov, de Moran Security, a opposé quant à lui à la chaîne le fait qu’il serait "complètement fou" de lancer des drones depuis un pétrolier. "C’est techniquement dangereux", a-t-il ajouté. Vladimir Poutine avait par ailleurs qualifié de "piraterie" l’arraisonnement du bateau. "Visiblement, ils cherchaient quelque chose, des marchandises militaires, des drones, ou des choses comme ça. Mais il n’y a rien de ça là-bas", avait-il justifié, ajoutant qu’il ne "[savait] pas dans quelle mesure il est lié à la Russie". De quoi rendre difficile, pour les Européens, de prouver la présence de Russes aux liens étroits avec Moscou à bord de ces bateaux… et leur utilisation à des fins de guerre hybride pour déstabiliser l’Europe.

© afp.com/Damien MEYER

Le Boracay avait fait les gros titres en France au mois d'octobre en stationnant au large de la Bretagne, avant d'être arraisonné par les autorités françaises.

"Promesse tenue" : l'Union européenne débloque 90 milliards d'euros pour l'Ukraine

19 décembre 2025 à 07:22

Les Européens ont décidé vendredi 19 décembre de financer l'effort de guerre de l'Ukraine pendant au moins deux ans via un emprunt en commun de 90 milliards d'euros, mais sans recours aux avoirs russes faute d'accord sur cette solution inédite. Les dirigeants des 27 Etats membres devaient coûte que coûte trouver une solution durable pour Kiev, qui risquait d'être à court d'argent dès le premier trimestre 2026. Ils s'étaient engagés à assurer l'essentiel du soutien financier et militaire après la fermeture du robinet américain décidée par le président Donald Trump.

"C’est un message décisif pour mettre fin à la guerre, car (Vladimir) Poutine ne fera des concessions que lorsqu'il comprendra que sa guerre ne lui rapportera rien", a assuré le chancelier allemand Friedrich Merz à l'issue de cet accord arraché au milieu de la nuit à Bruxelles. Le dirigeant allemand soutenait pourtant depuis des mois une utilisation des avoirs gelés russes en Europe pour financer ce prêt. Il a quitté Bruxelles sans avoir eu gain de cause, et contraint par ailleurs d'accepter un report de la signature d'un accord de libre-échange avec les pays sud-américains du Mercosur, obtenu par la France et l'Italie.

"Il s'agit d'un soutien important qui renforce véritablement notre résilience", a réagi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s'était déplacé à Bruxelles pour mieux marteler son message, en remerciant les dirigeants européens. "Il est important que les actifs russes restent immobilisés et que l'Ukraine ait reçu une garantie de sécurité financière pour les années à venir", a-t-il écrit sur le réseau social X.

Volodymyr Zelensky n'a été que partiellement entendu, après avoir lui aussi plaidé sans relâche pour faire payer la Russie. L'Ukraine reste toutefois assurée d'avoir les fonds nécessaires alors que les combats continuent en dépit d'intenses négociations en cours.

"Il va redevenir utile de parler à Vladimir Poutine"

Faute d'accord sur ce recours aux avoirs de la banque centrale russe, totalement inédit et à haut risque, les 27 se sont ralliés à un emprunt commun. "Nous nous sommes engagés, nous avons tenu promesse", s'est félicité devant la presse le président du Conseil européen Antonio Costa, qui a mené les travaux de ce sommet.

"Garantir 90 milliards d’euros à un autre pays pour les deux prochaines années, je ne crois pas que cela se soit jamais vu dans notre histoire", a jugé la Première ministre danoise Mette Frederiksen, dont le pays assure la présidence du Conseil de l'UE jusqu'à la fin de l'année. Maintenant, "il va redevenir utile de parler à Vladimir Poutine", a de son côté jugé le président français Emmanuel Macron.

Les besoins de financement de Kiev ont été estimés à 137 milliards d'euros, l'UE s'engageant à prendre en charge les deux tiers, soit 90 milliards d'euros. Le reste devant être assuré par les autres alliés de l'Ukraine, comme la Norvège ou le Canada. Les 27 vont accorder à Kiev un prêt à taux zéro, financé par le budget de l'Union européenne, que l'Ukraine n'aura à rembourser que si la Russie lui paie des réparations, a précisé devant la presse la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. "Après de longues discussions", il est clair que le recours aux avoirs russes "nécessite davantage de travail", avait reconnu dans la nuit de jeudi à vendredi un responsable européen, sous couvert d'anonymat.

Un accord butait depuis des semaines sur la vive réticence de la Belgique, où se trouve l'essentiel de ces avoirs gelés, soit quelque 210 milliards d'euros. L'idée était d'y recourir pour financer un "prêt de réparation" de 90 milliards en faveur de l'Ukraine. Des heures de tractations, entre diplomates puis au niveau des dirigeants européens, réunis jeudi soir en conclave, n'ont pas permis de dégager un compromis.

Accord trouvé à 27 mais une opération qu'à 24

Le Premier ministre belge Bart De Wever avait dès octobre exigé de ses partenaires des garanties quasi illimitées pour parer le risque d'un remboursement anticipé ou de représailles russes. Et si les autres pays de l'UE se sont dit prêts à être solidaires, pas question néanmoins pour eux de signer un chèque en blanc à la Belgique. "Les jeux sont faits, tout le monde est soulagé", a déclaré le chef du gouvernement belge, tout sourire, à l'issue de ce sommet à haut-risque.

L'accord sur l'emprunt a été trouvé à 27 mais l'opération ne se fera qu'à 24, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque - trois pays réticents à soutenir financièrement l'Ukraine - en étant exemptés. Le président américain s'est à nouveau impatienté jeudi, invitant l'Ukraine à "bouger rapidement", avant que la Russie ne "change d'avis".

© BENOIT DOPPAGNE / BELGA MAG / Belga via AFP

Les Européens ont décidé vendredi de financer l'effort de guerre de l'Ukraine pendant au moins deux ans via un emprunt en commun de 90 milliards d'euros.

"Trump porte sa personnalité d’alcoolique comme un badge d’honneur" : les confessions du journaliste à l'origine de l'affaire Susie Wiles

19 décembre 2025 à 17:02

Rare sont les authentiques scoops dans une carrière. Journaliste, écrivain et documentariste, Chris Whipple vient d’en publier un retentissant, en recueillant les confidences de Susie Wiles, la cheffe de cabinet de Donald Trump. Au terme de onze interviews secrètes menées depuis près d’un an, Whipple révèle dans Vanity Fair comment cette intime du président décrit la Maison-Blanche : le président américain a une "personnalité d’alcoolique", J. D. Vance est "complotiste depuis une décennie" explique-t-elle tranquillement. Le titre de l’article, "Susie Wiles dit tout", tient bien ses promesses.

Comment Chris Whipple a-t-il conquis la confiance de cette femme considérée comme la personne la plus puissante de la Maison-Blanche après Trump ? Quelle a été la réaction du président après la publication de l’article (sidérant) de Vanity Fair ? A ces questions et bien d’autres, Whipple offre des réponses surprenantes. Considéré comme l’un des meilleurs connaisseurs des cercles du pouvoir à Washington, l’homme en connaît un rayon : en 2017, il avait publié un livre passionnant sur les chefs de cabinet des présidents, The Gatekeepers. De fait, au cours de sa carrière, le journaliste a rencontré tous les prédécesseurs de Susie Wiles alors que les chefs de cabinet de la Maison-Blanche sont les personnes les plus difficiles à approcher. En exclusivité pour L’Express il raconte le "making of" du scoop dont tout le monde parle.

L’Express : Pourquoi Susie Wiles, la cheffe de cabinet de Donald Trump, a-t-elle accepté de se confier à vous ?

Chris Whipple : C’est très simple. Susie Wiles estimait que Donald Trump avait été injustement traité par les médias durant son premier mandat. Elle pensait que le président avait été diabolisé par la presse, diffamé. Je crois qu’elle pensait pouvoir obtenir une écoute sérieuse de ma part, notamment du fait que j’ai interviewé tous les chefs de cabinet encore vivants en poste depuis 1968. Nous avons commencé nos conversations en janvier. Nous avons eu onze entretiens étalés sur près d’une année. Elle était vraiment persuadée de pouvoir me convaincre de la justesse de la cause de Trump. Je me suis dit, pourquoi pas, discutons. C’est aussi simple que cela. Il n’y avait aucun agenda caché de part et d’autre, ni aucune manœuvre machiavélique de son côté visant à se positionner vis-à-vis de Donald Trump ou critiquer ses adversaires. Susie pensait simplement pouvoir bénéficier d’un traitement équitable de ma part. Et elle a eu raison.

Le journaliste Chris Whipple, auteur de The Gatekeepers et de l'article retentissant dans Vanity Fair consacré à Susie Wiles, la cheffe de cabinet de la Maison Blanche sous Donald Trump depuis 2025.
Le journaliste Chris Whipple, auteur de The Gatekeepers et de l'article retentissant dans Vanity Fair consacré à Susie Wiles, la cheffe de cabinet de la Maison Blanche sous Donald Trump depuis 2025.

Mais ne l’avez-vous pas piégée ?

Pas du tout. Je lui ai simplement donné l’occasion de s’exprimer durant une année. C’était une opportunité extraordinaire pour un journaliste comme moi. Car elle est quelqu’un de très discret qui se tient éloignée des caméras. Elle donne rarement des interviews. Là, elle a décidé de le faire, et j’ai été heureux de lui en donner la possibilité.

Est-ce votre livre The Gatekeepers, consacré aux chefs de cabinets de la Maison-Blanche, qui l’a mise en confiance ?

Elle ne me l’a pas dit et je suis incapable de lire dans ses pensées. Donc je ne peux pas dire pourquoi elle m’a choisi. Mais oui, elle avait lu mon livre sur les chefs de cabinet de la Maison-Blanche, The Gatekeepers. Elle l’a mentionné à plusieurs reprises comme un ouvrage utile en tant que première femme à occuper ce poste. Par ailleurs, nous connaissions des gens en commun, notamment James Baker [NDLR : le chef de Cabinet de Bush père, âgé de 95 ans] ainsi que d’autres. Donc, oui, je pense que la raison est là.

Quelle est, selon vous, l’information la plus importante que vous ayez obtenue d’elle ?

C’est difficile de choisir, car il y a là une mine d’informations. Mais l’une des révélations extraordinaires, c’est la manière presque détachée dont elle admet que Donald Trump est en campagne pour se venger de ses ennemis politiques. Elle admet quasi naturellement que le président se saisira de toutes les occasions possibles pour pratiquer des représailles. Elle a par exemple reconnu très simplement que les poursuites judiciaires à l’encontre de Letitia James, la procureure générale de New York qui a poursuivi Donald Trump, relevaient de la pure vengeance. C’est le genre de chose qu’aucun responsable américain n’aurait jamais admis à voix haute auparavant. Et cependant, elle semblait penser que c’était une chose entièrement acceptable et que, donc, elle pouvait en parler.

Après la publication de votre scoop, quelle est, selon vous, l’atmosphère générale à la Maison-Blanche ?

Il y a plusieurs choses à dire. Vous avez vu la réaction publique : ils ont fait bloc derrière Susie Wiles, ce qui ne m’a pas du tout surpris. C’est une réaction logique. En matière de gestion de crise, il faut d’abord gérer et limiter les dégâts politiques. Il faut dire, aussi, que personne n’a contesté la moindre affirmation contenue dans mon article de Vanity Fair. Pas une seule citation. Susie Wiles a contesté une seule citation, juste après la parution de l’article. Nous avons aussitôt fait écouter l’enregistrement de l’interview concernée au New York Times. Ça s’est arrêté là. Je ne pense pas qu’ils iront plus loin.

Il y a sans doute de la stupéfaction dans l’entourage de Trump. Beaucoup sont surpris que Susie Wiles ait passé un an à parler à un journaliste, on the record. Je pense qu’ils sont sincèrement surpris, car, à ma connaissance, elle n’a demandé la permission à personne. Je ne suis même pas certain que le président en ait été informé. Or Susie Wiles est la deuxième personne la plus puissante à la Maison-Blanche. Elle a choisi d’avoir ces onze conversations avec moi, probablement sans avoir obtenu le feu vert de quiconque. À mon avis, beaucoup, à la Maison-Blanche, ont le tournis. Ils demandent tous ce qui leur est tombé dessus.

De toute évidence, cela va porter préjudice à Susie Wiles et à la Maison-Blanche, n’est-ce pas ?

Pas forcément. Vis-à-vis du grand public, oui, cet article et ces interviews sont gênants. Car il est stupéfiant qu’au poste qu’elle occupe, la cheffe de cabinet parle aussi ouvertement, et en admettant tant de choses, comme la croisade vengeresse dans laquelle Trump s’est lancée contre ses adversaires – sans même parler des nombreux autres sujets. Au sein de la Maison-Blanche, je pense cependant que Susie Wiles conserve un lien indéfectible avec le président. Elle exerce sur lui une sorte d’effet magique : il lui fait confiance et, surtout, il a besoin d’elle. Cela explique pourquoi personne ne l’a lâchée : au contraire, tout le monde s’est rallié derrière d’elle. Je ne suis pas sûr que, en interne, elle ressorte affaiblie de cette affaire.

Cette interview n’aurait donc pas mis Donald Trump en colère ?

Il est tout de même remarquable qu’il se soit empressé de confirmer la chose la plus controversée qu’elle ait dite à son sujet : "Oui, j’ai une personnalité d’alcoolique." Il semble porter cela comme un badge d’honneur, parce que, selon elle, cela signifie qu’il a une confiance en lui démesurée, détachée de la réalité — ce qui est, en effet, la définition d’une personnalité alcoolique. Or Trump l’a immédiatement confirmé. Je trouve fascinant que J.D. Vance ait également confirmé ce qu’elle avait dit à son propos, à savoir qu’il entretenait des théories conspirationnistes depuis une décennie. Il a reconnu cela. C’est absolument fascinant, et révélateur de la mentalité de ceux qui vivent dans cette bulle du pouvoir. Ils pensent que ce qu’ils disent entre eux est acceptable, car ils ne s’adressent qu’à eux-mêmes. Le grand public, lui, est stupéfait par certaines choses qu’il découvre.

Pourquoi le poste de chef de cabinet de la Maison-Blanche est-il si important ?

Pour plusieurs raisons. Le chef de cabinet est le confident du président, son principal conseiller, le responsable de l’exécution de son programme, et surtout, la personne chargée de lui dire les vérités difficiles que personne d’autre n’ose prononcer. C’est un poste fondamental. Avec Susie Wiles, la Maison-Blanche est devenue nettement plus efficace que lors du premier mandat de Trump. A l’époque, le chaos prédominait ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’organisation est devenue fluide. Mais la vraie question, au bout du compte, est de savoir si elle peut entrer dans le bureau Ovale et dire à Donald Trump : "Non, vous ne devriez pas faire ceci ou cela, croyez-moi, c’est une erreur, et voici pourquoi." Mais selon ses propres mots, Susie Wiles ne semble pas aller jusque-là.

Quelle différence voyez vous entre Susie Wiles tous ses prédécesseurs ?

D’abord, l’évidence : elle est la première femme à occuper ce poste. Cela marque une étape historique. Aussi, elle a un vrai lien avec le président. Trump l’a investie du pouvoir de parler en son nom. Tout le monde sait que quand elle s’exprime, c’est aussi le président qui parle. Elle dirige la Maison-Blanche de manière efficace. Mais si elle aspire à rejoindre les meilleurs — les James Baker (1992-1993) ou les Leon Panetta (1994-1997) — alors elle doit être capable de dire des vérités difficiles au président. Rien n’indique qu’elle le fasse.

Pensez-vous qu’à travers vous, Susie Wiles ait voulu transmettre à Donald Trump un message ?

Non, je ne crois pas. Elle voulait simplement raconter son histoire et pensait plaider la cause du président.

A combien estimez-vous son espérance de vie à la Maison-Blanche ? Sera-t-elle limogée ?

Je ne pense pas. Trump a besoin d’elle. Il a clairement fait savoir, depuis la publication de l’article, qu’il la soutenait. Nous verrons si elle reste en poste après les élections de mi-mandat. Je suis presque certaine qu’elle sera là jusqu’à la fin de 2026. Au-delà, on verra. Demeurera-t-elle en poste jusqu’à la fin du mandat de Trump ? Ce n’est pas exclu.

© AFP

(L/R) US President Donald Trump speaks with White House Chief of Staff Susie Wiles during an "Invest America" roundtable discussion in the State Dining Room of the White House in Washington, DC on June 9, 2025. (Photo by Brendan SMIALOWSKI / AFP)
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