La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a informé les dirigeants des 27 pays de l’Union européenne, réunis à Bruxelles, du report à janvier de la signature de l’accord commercial entre l’UE et des pays du Mercosur, a-t-on appris jeudi de sources diplomatiques.
Ursula von der Leyen espérait parapher ce traité de libre-échange samedi, lors du sommet du Mercosur dans la ville brésilienne de Foz do Iguaçu. Mais elle avait besoin au préalable de l’aval d’une majorité qualifiée d’Etats membres à Bruxelles, ce qu’elle n’a pas obtenu en raison en particulier de l’opposition de la France et de l’Italie.
Un échange entre Lula et Meloni
Négocié depuis plus de 25 ans, ce traité de libre-échange permettrait à l'UE d'exporter davantage de véhicules, machines, vins et spiritueux en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay. Dans le sens inverse, il faciliterait l'entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.
Le président brésilien Lula avait ouvert la voie à ce report quelques heures plus tôt après un échange téléphonique avec la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni qui lui avait demandé de la "patience", assurant que l'Italie soutiendrait l'accord in fine.
Ce délai supplémentaire est un revers pour la Commission européenne, l'Allemagne et l'Espagne qui poussaient pour une signature dans les prochains jours. Le compte n'y est pas pour signer cet accord", avait répété Emmanuel Macron jeudi.
Des affrontements à Bruxelles
Jeudi à Bruxelles, en marge du sommet, des milliers d'agriculteurs sont venus faire entendre leur colère. Pneus en feu, jets de pommes de terre et de projectiles auxquels ont répondu des canons à eau et des tirs de gaz lacrymogènes de la police. La situation a été particulièrement tendue autour des institutions européennes, protégées par un important dispositif policier.
Selon la police bruxelloise, 7 300 personnes, avec une cinquantaine de tracteurs, ont pris part à la manifestation autorisée, principalement dans le calme.
Mais 950 tracteurs supplémentaires s'étaient massés dans le quartier européen, engorgeant plusieurs rues.
Comment inciter la population à faire plus d'enfants ? La Chine a entrepris une vaste série de mesures pour relancer la natalité du pays, en baisse depuis plusieurs années. La dernière en date : à compter du 1ᵉʳ janvier prochain, une mesure, intégrée à une loi fiscale de 2024, entrera en vigueur : la taxation des moyens contraceptifs. Préservatifs et pilules contraceptives seront désormais soumis à un taux de TVA de 13 %. Une nouveauté, car l'ensemble de ces produits ou traitements demeuraient jusque-là exemptés de tout prélèvement de ce genre. Pour Pékin, cette évolution intervient dans la continuité du changement de doctrine du pays quant à la question de la famille.
Une démographie en berne
En effet, pendant plus de 30 ans, entre 1979 et 2015, la Chine a limité le nombre d'enfants à un seul par ménage. Une "politique de l'enfant unique" strictement appliquée, les parents pouvant être poursuivis pénalement pour avoir enfreint la règle. Mais depuis 2016, le pouvoir chinois a lâché du lest en la matière. Deux enfants ont d'abord été autorisés pour chaque famille, avant qu'un troisième soit à son tour permis en 2021. Aujourd'hui, l'État chinois enjoint même dorénavant à fonder une famille. En cause ? La démographie en berne du pays, qui a perdu 1,39 million d'habitants en 2024 par rapport à 2023. Sur cette même année, seuls 9,3 millions de bébés sont nés en Chine, contre 14,7 millions en 2019. En 2023, l'Inde est devenue, au détriment de Pékin, le premier pays du monde en nombre d'habitants (1,426 milliard).
Ces chiffres ont de quoi inquiéter le président chinois, Xi Jinping. Depuis plusieurs années, son gouvernement a mis en œuvre plusieurs dispositions pour pousser la population à donner naissance à davantage d'enfants. Jusqu'à l'âge de trois ans, une allocation spécifique est versée aux parents d'un nouveau-né pour les accompagner dans les premiers mois post-grossesse. Des allègements fiscaux vont également bientôt être appliqués pour les services de garde d'enfants, ou, plus étonnant, les agences matrimoniales. Les prix pour faire un enfant via une fécondation in vitroont par ailleurs été revus à la baisse.
Dans un article consacré au sujet, The Guardian rapporte que certaines régions vont encore plus loin dans cet objectif de relance de la natalité. Certaines femmes expliquent ainsi avoir déjà reçu des coups de fil de la part d'agents gouvernementaux pour les questionner sur leur désir de fonder une famille. Dans la province du Yunnan, d'autres auraient été forcées de communiquer la date de leurs dernières règles auprès des pouvoirs publics locaux, indique le quotidien britannique, se basant sur des informations parues dans la presse chinoise. De façon plus générale, la télévision et les médias contrôlés par le régime du PCC (Parti communiste chinois) encouragent régulièrement les étudiantes à faire des enfants durant leur cursus universitaire – quitte à mettre à mal la suite de leur parcours.
Difficultés économiques et coûts d'éducation
Tandis que sa population vieillit et que l'économie chinoise n'est plus aussi florissante qu'il y a une décennie, Pékin cherche à s'assurer suffisamment de main-d'œuvre pour ses projets futurs. Dans ce contexte, la nouvelle taxe sur les préservatifs et les pilules apparaît avant tout comme un moyen d'entériner la nouvelle orientation adoptée par le pouvoir sur la natalité. "Maintenant que la politique de natalité de la Chine encourage les naissances et ne promeut plus la contraception, il est raisonnable de rétablir la taxation des contraceptifs, souligne, toujours auprès du Guardian, He Yafu, démographe chinois indépendant. "Toutefois, il est peu probable que cette mesure ait un impact significatif sur le taux de fécondité." Aujourd'hui, le coût d'un préservatif est plutôt faible en Chine et ne dépasse parfois pas 0,60 dollar.
D'autres causes peuvent davantage expliquer cette démographie en berne. Les difficultés économiques rencontrées par certains Chinois peuvent par exemple mettre à mal leur projet de fonder une famille. Cet été, le taux de chômage des jeunes a atteint dans le pays un niveau record. Autre facteur contraignant : la Chine constitue aujourd'hui l'un des États les coûteux au monde pour élever sa progéniture. L'an dernier, l'Institut de recherche démographique YuWa de Pékin avait ainsi dévoilé un rapport montrant qu'une famille chinoise devrait dépenser en moyenne plus de 538 000 yuans, soit environ 65 000 dollars, pour éduquer son enfant. Un niveau largement supérieur au PIB annuel par habitant.
Tant de paramètres qui poussent beaucoup de Chinois à rester célibataires – en 2019, leur nombre s'élevait à environ 240 millions au sein des frontières nationales, selon le gouvernement. Conséquence de l'ensemble de ces éléments : outre le recul des naissances, le nombre de mariages a largement diminué l'an dernier en Chine, à hauteur de - 20 %.
Alors que les Vingt-Sept se réunissent ce jeudi 18 décembre à Bruxelles pour tenter de s’entendre sur une utilisation des avoirs russes gelés, le chef du Kremlin a, lui, une feuille de route toute tracée. Au cours d’une allocution devant tout un parterre d’officiels du ministère de la Défense prononcée la veille, Vladimir Poutine n’a pas retenu ses coups contre "les porcelets" européens. Pas plus qu’il n’a affiché de volonté de compromis. "S’ils ne veulent pas d’une discussion de fond, alors la Russie libérera ses terres historiques sur le champ de bataille", a martelé le président russe, réaffirmant une fois de plus ses vieilles antiennes. Quelques jours plus tôt, Volodymyr Zelensky avait rencontré à Berlin les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner pour s’efforcer de trouver un compromis dans les négociations engagées par Washington en vue de mettre fin au conflit.
Au cœur des pourparlers, la délicate question des concessions territoriales, dans un contexte où Poutine exige le retrait des troupes ukrainiennes du Donbass (composé des régions de Donetsk et Louhansk) comme condition préalable à tout cessez-le-feu. Inacceptable pour l’Ukraine, qui plaide, elle, pour un gel de la ligne de front. "Bien sûr, la Russie insiste pour que nous cédions du territoire. Mais nous ne voulons absolument rien céder. C’est pour cela que nous nous battons", a insisté Volodymyr Zelensky le 8 décembre. Et pour cause, au-delà de constituer le bassin de vie de plus de 200 000 Ukrainiens, les 20 % de la région de Donetsk encore sous contrôle de Kiev abritent ses positions parmi les mieux fortifiées du front. "La région concentre d’importantes lignes de défense, abonde Yohann Michel, chercheur à l’Institut d’études de stratégie et défense (IESD). L’Ukraine y a investi de gros moyens depuis 2014 pour bâtir de nombreux bastions défensifs."
"Ceinture de forteresses"
S’étirant sur une cinquantaine de kilomètres, cette zone, désignée comme la "ceinture de forteresses", rassemble au moins quatre grands centres urbains. Dont les villes jumelles de Sloviansk et Kramatorsk, deux cités distantes d’une dizaine de kilomètres qui regroupaient à elles deux plus de 250 000 habitants avant le début de la guerre. Et plus de 100 000 pour celles, plus au sud, de Droujkivka et Kostiantynivka. "La moindre agglomération sert de point défensif et implique un combat urbain dont le taux de létalité est très élevé pour l’agresseur, pointe le général (2S) Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense nationale. Sachant que chacune d’elles est précédée de lignes de défenses composées de tranchées, d’obstacles antichars et d’un réseau de barbelés, qui constitue une forme de no man’s land tel qu’il pouvait exister sur le front lors de la Première Guerre mondiale." En clair, un rempart que Moscou n’a pas la capacité de franchir à court terme.
La difficulté de l’armée russe à faire main basse sur les villes de Pokrovsk et Myrnohrad est révélatrice. Bientôt deux ans après avoir commencé sa marche vers ces deux agglomérations, elle n’est toujours pas parvenue à en achever la prise de contrôle. Et a payé au prix fort chacune de ses avancées. "Les forces russes ont subi de lourdes pertes lors des opérations offensives prolongées sur l’axe de Pokrovsk, contribuant au bilan probable de plus de 250 000 soldats russes tués ou portés disparus (présumés morts) depuis le début de l’invasion", relèvent dans une récente note les renseignements britanniques. A l’aube du quatrième anniversaire du conflit, les pertes russes se chiffreraient au total à près de 1,2 million de personnes, en incluant les blessés.
"La capture du reste du Donbass par la force leur en coûterait probablement des centaines de milliers supplémentaires, jauge le général Pellistrandi. Et demanderait a minima encore plusieurs années d’efforts." L’offrir sur un plateau dans le cadre des négociations serait une occasion inespérée pour le Kremlin d’arracher par la voie diplomatique ce qu’il échoue pour l’heure à obtenir par les armes. En plus de priver l’Ukraine d’un atout crucial en cas de nouvelle offensive à l’avenir. "La nature du terrain aux frontières du Donbass rendrait la défense plus difficile, confirme Yohann Michel de l’IESD. La géographie laisse place à des plaines agricoles beaucoup plus ouvertes, qui se prêtent moins bien à la mise en place d’un solide réseau défensif." Et ouvrent la route vers d’autres villes clés comme Kharkiv, au nord, ou Dnipro, à l’ouest.
Précédent historique funeste
Pas de quoi rassurer la partie ukrainienne alors que, comme il l’a rappelé ce mercredi à Moscou, le chef du Kremlin ne semble absolument pas prêt à renoncer à ses ambitions expansionnistes. Un tel abandon des terres ukrainiennes ne serait de facto pas sans rappeler un funeste précédent historique. "La cession de la région des Sudètes à Hitler en 1938 dans le cadre des accords de Munich a privé la Tchécoslovaquie du vaste système de fortifications qu’elle y avait construit pour se protéger de l’Allemagne nazie", reprend Yohann Michel. En conséquence de quoi le pays s’était retrouvé incapable de se défendre moins d’un an plus tard lorsque - trahissant sa promesse - le Troisième Reich a décidé de relancer les hostilités.
Parmi les autres pistes évoquées en coulisses, celle d’une "zone démilitarisée" ou "DMZ" (acronyme anglais, pour "demilitarized zone"), à la manière de la bande de terre d’une dizaine de kilomètres de large séparant les deux Corées depuis 1953 le long du 38ᵉ parallèle. "Les Ukrainiens auront besoin de garanties de sécurité très solides, jauge le général Pellistrandi. Autrement, il n’est pas assuré que cette zone suffise réellement à empêcher une reprise du conflit." Si les Européens ont évoqué le 15 décembre la création d’une "force multinationale" et "un mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu dirigé par les Etats-Unis", l’accord de Moscou reste plus qu’incertain.
De son côté, Washington a suggéré la mise en place d’une "zone économique spéciale" qui verrait les Ukrainiens se retirer de la région de Donetsk. Une perspective qui n’enchante guère les principaux concernés. "Si les troupes d’un camp doivent se retirer et que l’autre camp reste sur place, qu’est-ce qui retiendra ces autres troupes, les Russes ?, a mis en garde Volodymyr Zelensky le 11 décembre. Il n’est pas certain que l’Ukraine y consente." La question reste en effet hautement inflammable politiquement au sein de la population. Selon un sondage du Kyiv International Institute of Sociology publié le 15 décembre, 75 % des Ukrainiens s’opposent à un plan de paix qui inclurait un retrait des troupes du Donbass. Difficile de leur donner tort.
Sur cette photo diffusée par l'agence d'Etat russe Sputnik, le président Vladimir Poutine et le chef d'état-major Valery Gerasimov assistent à une réunion élargie du Conseil du ministère russe de la Défense à Moscou, le 17 décembre 2025.
Ce n’est pas vraiment une surprise. Élu pape en mai par ses pairs cardinaux, Robert Francis Prevost ne faisait déjà pas franchement figure de potentiel allié pour la galaxie Maga ("Make America Great Again"), tout juste de retour au pouvoir à Washington (États-Unis). L’ex-conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, avait même qualifié le nouveau souverain pontife de "pire choix" pour diriger l’Église catholique. Les craintes des conservateurs américains seraient-elles en train de se confirmer ? Devenu Léon XIV, l’actuel pape n’hésite plus à viser – plus ou moins directement – le locataire de la Maison-Blanche et ses choix.
Dernier épisode en date : l’annonce de la nomination par le Vatican, ce jeudi 18 décembre, d’un nouvel archevêque de New York. Ronald Hicks, originaire comme Léon XIV de l’Illinois, va ainsi remplacer Mgr Timothy Dolan, démissionnaire en raison de son âge. En poste depuis 2009, ce dernier se montrait au contraire plutôt clément vis-à-vis de Donald Trump. Membre de la frange conservatrice de l’Église américaine, il avait participé aux deux cérémonies d’investiture du milliardaire républicain, en 2017 et en 2025. Mais cette fois-ci, le profil du nouveau venu se fait bien différent.
Opposé à la politique migratoire de Trump
Plutôt modéré, Ronald Hicks a affiché son soutien à un communiqué de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, publié mi-novembre. L’objectif ? Mettre en cause le tour de vis migratoire organisé par l’administration Trump. Washington s’est en effet fixé l’objectif d’expulser un million de personnes de son territoire sur un an. Les moyens dédiés à la police de l’immigration ont été triplés. "Nous sommes attristés par l’état du débat contemporain et la diabolisation des migrants. […] Nous déplorons que certains immigrants aux États-Unis aient arbitrairement perdu leur statut légal", ont déclaré les évêques dans le document, se disant "opposés à l’expulsion massive et indiscriminée de personnes".
"Profondément ancrée dans notre tradition évangélique d’amour du prochain, cette lettre affirme notre solidarité avec tous nos frères et sœurs et exprime avec clarté et conviction nos préoccupations, notre opposition et nos espoirs", a ajouté Ronald Hicks, en complément de ce document, dans une note publiée sur le site du diocèse de Joliet (Illinois), dont il était jusque-là responsable. Avant d’entrer en fonction dans cette ville de la banlieue de Chicago, le religieux avait aussi réalisé plusieurs missions à l’étranger, notamment au Mexique et au Salvador, pays dans lequel il est resté cinq ans. Une similitude de parcours avec Léon XIV, qui avait lui-même officié comme évêque à Chiclayo (Pérou), de 2015 à 2023.
Léon XIV recherche "l’équilibre" face à Trump
Dans un contexte où le nombre de pratiquants demeure historiquement faible outre-Atlantique, cette nomination revêt pour le Vatican un caractère stratégique essentiel. En effet, le poste d’archevêque de New York constitue l’un des plus influents au sein de l’Église catholique américaine. Toutefois, Ronald Hicks est "légèrement plus à gauche que le cardinal Timothy Dolan, mais en aucun cas un progressiste intransigeant", tempère, auprès de CNN, la journaliste spécialiste du Vatican Elise Allen. Selon elle, le pape "ne recherche ni conservateurs ni progressistes" pour ces fonctions à responsabilité, mais "souhaite des hommes qui partagent ses priorités" et "qui incarnent fondamentalement un équilibre".
Loin des outrances de Donald Trump, Léon XIV cultive pour le moment un style discret. Mais le nouveau pape n’hésite plus à afficher peu à peu ses divergences avec le président américain. Au-delà de la nomination de Ronald Hicks, il s’est montré particulièrement critique à l’égard des mesures déployées par Washington contre les migrants aux États-Unis. En septembre, le souverain pontife a ainsi dénoncé un "traitement inhumain" qui leur était réservé par les autorités américaines. Quelques semaines plus tard, Léon XIV a réitéré de tels propos, jugeant que des personnes immigrées dans le pays faisaient l’objet d’une politique "extrêmement irrespectueuse".
Critiques sur le Venezuela et l’Ukraine
S’il s’inscrit sur ce thème dans le sillage de son prédécesseur François, l’actuel pape se distingue par ses points de vue affirmés sur la politique extérieure menée par Donald Trump. Début décembre, la perspective d’une hypothétique entrée en guerre des États-Unis face au Venezuela avait suscité son inquiétude. "Je crois à nouveau qu’il est préférable de rechercher le dialogue […], en cherchant une autre voie pour parvenir au changement, si tel est le choix des États-Unis", avait-il demandé au président américain.
Les négociations menées par Washington afin de trouver un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie l’ont aussi fait réagir. Léon XIV a publiquement reproché aux dirigeants américains d’avoir tenu un temps à l’écart l’Europe des pourparlers. Dans un entretien accordé à Politico le 10 décembre, Donald Trump avait par exemple attaqué les responsables européens, qu’il juge "faibles". "Les propos tenus récemment au sujet de l’Europe, notamment lors d’interviews, visent, à mon avis, à briser ce qui doit être une alliance très importante aujourd’hui et à l’avenir", a dénoncé Léon XIV. Ce dernier estime donc qu’il n’est "pas réaliste" de ne pas "inclure" les Européens dans ces discussions, puisque "la guerre se déroule en Europe".
Avant même son élection, Léon XIV avait déjà fait l’objet de critiques de nombreuses personnalités liées au Parti républicain. Quelques semaines précédant son accession au Saint-Siège, Robert Francis Prevost avait ainsi relayé une tribune critiquant frontalement le vice-président américain, J.D. Vance. De quoi s’attirer les foudres d’une bonne partie de la frange Maga… mais qui n’avait pas empêché Donald Trump de saluer le premier pape américain de l’histoire, une fois son identité révélée.
Le républicain disait à l’époque avoir "hâte" de rencontrer le souverain pontife. Malgré les critiques à son encontre, un face-à-face est-il toujours d’actualité ? "Bien sûr, je le ferai. Pourquoi pas ?", a-t-il lancé, toujours dans le podcast de Politico. "Je suis sûr que c’est un homme charmant…" Avant de poursuivre, en référence aux informations ayant filtré dans la presse sur la famille de Léon XIV : "Son frère est un homme charmant… Savez-vous que son frère est un fervent partisan de Maga ?"
L’opération avait été baptisée "Narnia". Une enquête conjointe du Washington Post et de la chaîne PBS, publiée mercredi 17 décembre, révèle de nouveau détails sur la campagne d’assassinats ciblés contre des scientifiques nucléaires iraniens, lors de la guerre des douze jours entre Israël et l’Iran, en juin 2025.
L’offensive israélienne, qui a contribué à affaiblir considérablement l’arsenal nucléaire iranien, avait pour but de frapper les infrastructures, mais aussi de détruire les têtes pensantes du programme. "Au total, Israël a déclaré avoir assassiné onze scientifiques nucléaires iraniens de haut rang le 13 juin et les jours suivants", indique les médias américains, qui déplorent également des dizaines de victimes civiles ayant péri dans ces mêmes attaques.
71 civils tués
Parmi les premières victimes figurait Mohammad Mehdi Tehranchi, physicien théoricien et expert en explosifs, visé par des sanctions américaines. Il a été tué dans son appartement du 6e étage d’un immeuble de Téhéran. Le Washington Post et le média d’investigation Bellingcat ont cependant confirmé que dix civils, dont un nourrisson de deux mois, ont aussi été tués dans cette frappe d’une puissance comparable à celle d’une bombe d’environ 225 kilos, qui s’est abattue sur le quartier de Saadat Abad à Téhéran.
Parmi les autres personnes ciblées se trouvaient Fereydoun Abbasi, physicien nucléaire qui a dirigé l’organisation iranienne de l’énergie atomique, également sous le coup de sanctions internationales. Il a été tué lors d’une autre frappe sur Téhéran. Au total, l’enquête révèle qu’au moins 71 victimes civiles sont mortes dans ces frappes, d’après des images satellites, des vidéos géolocalisées, des avis de décès, ou encore des registres funéraires.
Lors de la première salve de frappes, Israël a par exemple ciblé le domicile du scientifique Mohammad Reza Sedighi Saber, à Téhéran. Mais ce dernier était absent, et c’est son fils, âgé de 17 ans, qui a été tué. Par la suite, le 24 juin, dernier jour du conflit, Mohammad Reza Sedighi Saber a finalement été tué chez un proche à Astaneh-ye Ashrafiyeh, à trois cents kilomètres de la capitale. Selon le Phnom Penh Post, quinze civils, dont quatre mineurs, sont morts dans ces frappes qui ont détruit deux maisons, désormais enfouies sous des cratères.
Assassinats revendiqués
Ce n’est pas la première fois que le Mossad tue des scientifiques liés au programme nucléaire en Iran. Mais contrairement aux fois précédentes, Israël n’a pas cherché à nier son implication. Les services de renseignement israéliens expliquent ainsi avoir dressé une liste d’une centaine de scientifiques à abattre, avant de choisir une douzaine de cibles prioritaires.
Au total, l’opération globale contre l’Iran, baptisée "Lion ascendant", a combiné des frappes contre des scientifiques iraniens, des chefs militaires du Corps des gardiens de la révolution, mais aussi des infrastructures nucléaires, au moyen d’avions et de drones israéliens, appuyés par des agents infiltrés en Iran.
L’opération aurait permis de détruire "plus de la moitié des lanceurs de missiles balistiques iraniens et d’anéantir le reste de la défense aérienne du pays", rappelle le Washington Post. L’aviation israélienne a notamment bombardé les centrales électriques et les infrastructures nécessaires au fonctionnement des sites de Natanz et de Fordow, les principaux sites d’enrichissement du pays.
Contrairement aux déclarations de Donald Trump, affirmant que le programme iranien avait été "complètement anéanti", les services américains, israéliens et l’AIEA estiment plutôt que le programme a été retardé de plusieurs années.
"Sabotage de la voie diplomatique"
Le directeur de l’AIEA, Rafael Grossi, a souligné que "les dégâts étaient très importants", mais tout en rappelant qu’en absence d’accès aux lieux, toute évaluation reste imprécise. L’Iran conserverait 408 kg d’uranium enrichi à 60 %, bien que ce niveau soit en deçà du seuil militaire.
L’enquête révèle également qu’Israël et les Etats-Unis ont volontairement mené une stratégie diplomatique ambiguë, simulant des désaccords entre eux, pendant qu’ils tentaient d’obtenir un accord politique avec l’Iran, mais sans jamais abandonné les préparatifs d’une intervention militaire israélo-américaine. Peu après le rejet de Téhéran des propositions américaines, Donald Trump a ainsi autorisé l’intervention et les frappes américaines.
Une décision qui a anéanti toute possibilité d’accord diplomatique visant à limiter les activités nucléaires de Téhéran et à les placer sous un contrôle international strict, à l’image des accords sur le nucléaire iranien, dont Donald Trump s’était retiré lors de son premier mandat, en 2018.
Un sommet des dirigeants européens se tient ce jeudi 18 décembre à Bruxelles. Pendant deux jours, les 27 débattront de l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer l’effort de guerre en Ukraine. Une échéance cruciale pour Kiev qui, depuis le désengagement financier des Etats-Unis, risque de se retrouver à court de fonds dès le premier trimestre 2026. Pour pallier cette absence - ce à quoi l’Union s’est engagée - les pays membres se disent prêts à en financer les deux tiers, soit 90 milliards d'euros. D’où l’hypothèse des actifs russes, pour éviter un endettement commun.
Une option qui met la majorité des Etats membres d’accord, à l'exception de quelques-uns. Parmi eux, la Belgique qui s’y refuse catégoriquement. En cause : la plus grande partie des fonds, soit quelque 210 milliards d'euros, se trouve aux mains de la société Euroclear, institution financière basée à Bruxelles. Dès novembre, Bart de Wever, le Premier ministre a verbalisé ses craintes de voir les foudres du Kremlin s’abattre sur son pays en cas d’utilisation des avoirs. Un scénario qui a finalement pris forme.
"La Belgique et moi allions le sentir passer pour l’éternité"
Le 2 décembre, le Flamand tirait la sonnette d’alarme : "Qui croit que Poutine va accepter la confiscation des avoirs russes calmement ? Moscou nous a fait savoir qu’en cas de saisie de ses avoirs, la Belgique et moi allions le sentir passer pour l’éternité". Dix jours plus tard, la Russie a officiellement déposé plainte contre Euroclear, exigeant d’être indemnisée à hauteur de 230 milliards de dollars pour l’hypothétique utilisation de ses avoirs que le pays décrit publiquement comme un vol.
Selon les révélations du quotidien britannique The Guardian, les menaces russes se seraient étendues au reste de la classe politique belge. Une offensive que la sécurité intérieure belge attribue aux services de renseignement militaire russes (GRU), bien que son degré d’intensité soit sujet à débat. "Ils ont clairement recours à des tactiques d’intimidation", a protesté un responsable européen dans les colonnes du journal britannique.
"Tu ne veux pas finir comme ça, n’est-ce pas ?"
Quant à la société détentrice, Euroclear, elle a également été ciblée par Moscou. Sa directrice générale, Valérie Urbain, a fait l’objet de plusieurs menaces. Un proche du Kremlin, Olivier Huby, aurait dit à la femme d’affaires "deux amis à moi veulent te voir" et de lui montrer des photos d’officiers des services de renseignement russes, selon les informations du média EUobserver.
Cet incident ne serait pas une première. Courant 2024, Olivier Huby aurait également intimidé un membre du comité exécutif d’Euroclear pour le convaincre de rencontrer des contacts des services de renseignement russes. Début 2025, le membre en question a été impliqué dans un violent incident à l’extérieur d’un bar. Toujours selon les révélations d’EUobserver, Olivier Huby aurait ensuite contacté Valérie Urbain : "Tu ne veux pas finir comme ça, n’est-ce pas ?".
"Choquée", la femme d’affaires a demandé une protection policière pour elle et sa famille, requête refusée, malgré un risque évalué comme élevé par l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace belge (Ocam). Sa protection est depuis assurée par un service de sécurité privé. Malgré ces incidents, l’Union européenne demeure majoritairement favorable à l’utilisation des actifs russes. La question sera scellée jeudi ou vendredi.
Les dirigeants européens se rencontrent ce jeudi 18 décembre lors d'un sommet à haut risque à Bruxelles dont l'issue reste incertaine. Au programme : le financement de l'effort de guerre en Ukraine. Et le temps presse pour trouver une solution à Kiev, qui fait face à l'invasion de son territoire depuis février 2022, et qui sera à court d'argent dès le premier trimestre 2026, en l'absence d'accord des 27. Face à au soutien européen, Vladimir Poutine a affirmé mercredi que les objectifs de son offensive en Ukraine "seront sans aucun doute atteints".
Après Bruxelles ce jeudi, Volodymyr Zelensky se rendra à Varsovie vendredi pour une première rencontre avec son homologue polonais, le nationaliste Karol Nawrocki, connu pour ses positions critiques vis-à-vis de Kiev. Un rendez-vous sous tension mais indispensable pour deux voisins alliés.
Les infos à retenir
⇒ L'absence de décision sur les avoirs russes, "un gros problème" pour l'Ukraine, dit Volodymyr Zelensky
⇒ Les 27 "ne quitteront" pas le sommet européen sans solution financière pour l'Ukraine, affirme Ursula von der Leyen
⇒ De nouveaux pourparlers américano-ukrainiens auront vendredi et samedi aux Etats-Unis
Un haut responsable ukrainien à Pékin pour des discussions avec des diplomates chinois
Le premier vice-ministre ukrainien des Affaires étrangères Serguiï Kyslytsia est arrivé jeudi 18 décembre en Chine, pays allié de la Russie, pour des discussions avec des diplomates chinois, a-t-il annoncé sur les réseaux sociaux. Une telle rencontre entre des représentants de Kiev et de Pékin est rare, alors que la Chine est accusée d'aider la Russie dans son offensive à grande échelle en Ukraine lancée en février 2022.
La Chine, l'un des principaux partenaires commerciaux de la Russie, affirme avoir une position neutre dans le conflit en Ukraine, mais elle s'est abstenue de condamner l'agression russe.
L'absence de décision sur les avoirs russes, "un gros problème" pour l'Ukraine, dit Volodymyr Zelensky
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé jeudi que Kiev aurait un "gros problème" si les dirigeants de l'Union européenne ne parviennent pas à un accord sur l'utilisation des avoirs russes gelés pour financer une aide à l'Ukraine.
Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se rencontrent pour discuter de cette question épineuse alors que le temps presse pour trouver une solution de financement pour l'Ukraine qui fait face à l'invasion russe de son territoire depuis février 2022 et compenser la fin annoncée de l'aide américaine. La Commission européenne veut aider Kiev avec un "prêt de réparation" adossé sur les avoirs russes gelés par les sanctions de l'UE. Mais la Belgique, où se trouve la majorité de ces avoirs, redoute des représailles économiques et juridiques de la part de la Russie et réclame une garantie de responsabilité collective.
"La Russie doit comprendre que nous sommes en position de force", a déclaré Volodymyr Zelensky aux journalistes, estimant qu'un accord sur le financement d'un tel prêt signifierait "que l'Ukraine aura des fonds pour 2026 et 2027". "C'est un signal à la Russie selon lequel l'Ukraine ne s'effondrera pas simplement en raison d'un manque de financement — que ce soit pour les armes, le soutien à la population etc", a ajouté le président ukrainien.
A l'inverse, en l'absence d'accord des 27, l'Ukraine sera à court d'argent dès le premier trimestre 2026. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a promis jeudi que les dirigeants des Etats membres ne quitteraient pas le sommet sans accord pour financer l'Ukraine.
De nouveaux pourparlers américano-ukrainiens vendredi et samedi aux Etats-Unis
De nouveaux pourparlers entre l'Ukraine et les Etats-Unis auront lieu vendredi et samedi aux Etats-Unis, a annoncé jeudi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dans le cadre de discussions sur le plan visant à mettre fin à la guerre avec la Russie. "Vendredi et samedi, notre équipe sera aux Etats-Unis, elle est déjà en route pour les Etats-Unis, et les Américains les y attendent. Je ne sais pas qui d'autre pourrait être présent — peut-être qu'il y aura des Européens", a-t-il déclaré à des journalistes. Il n'a pas précisé la composition de la délégation ukrainienne.
Ce nouveau cycle de pourparlers américano-ukrainiens va se dérouler juste avant une rencontre entre émissaires russes et américains sur la guerre en Ukraine prévue, selon un responsable de la Maison-Blanche, ce week-end en Floride.
La présidence américaine n'a fourni aucun détail sur la composition des délégations russo-américaines. Selon le site Politico, les Etats-Unis seront représentés par l'émissaire pour l'Ukraine Steve Witkoff et le gendre du président Donald Trump Jared Kushner, tandis que la Russie devrait envoyer l'émissaire du Kremlin pour les questions économiques Kirill Dmitriev.
Les 27 "ne quitteront" pas le sommet européen sans solution financière pour l'Ukraine
Les dirigeants de l'Union européenne ne quitteront pas le sommet organisé jeudi à Bruxelles sans accord pour financer l'Ukraine, a déclaré à la presse la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
"Nous devons trouver une solution aujourd'hui", a affirmé la dirigeante de l'exécutif européen, tout en disant "soutenir totalement les demandes belges que les risques associés au prêt de réparations (un montage qui impliquerait de mobiliser les avoirs russes gelés pour financer un prêt à Kiev, ndlr) soient partagés par nous tous".
En Russie, trois morts dans des attaques de drones visant un port de la mer d'Azov
Une attaque de drones visant la zone portuaire russe de Rostov-sur-le-Don, sur la mer d'Azov a fait trois morts, a indiqué jeudi le gouverneur régional Iouri Slioussar. L'attaque a provoqué un incendie sur un cargo dans le port de la capitale régionale, tuant deux membres d'équipage et en blessant trois, a précisé le responsable sur son compte Telegram. L'incendie a été maîtrisé, selon lui. Dans la localité de Bataïsk, voisine des installations portuaires, un civil est mort et six autres ont été blessés, a-t-il ajouté.
En riposte aux bombardements quotidiens dont son territoire est la cible depuis près de quatre ans, l'Ukraine envoie des dizaines de drones chaque nuit vers le territoire russe, concentrant ses attaques sur les infrastructures énergétiques qui permettent à Moscou de financer son offensive.
Ces dernières semaines, l'Ukraine a revendiqué des attaques de drones navals contre des pétroliers liés à la Russie dans la mer Noire. Elle a aussi attaqué des ports russes, dont celui de Novorossiïsk près duquel un important terminal pétrolier avait été forcé d'interrompre ses activités fin novembre. La Russie bombarde de son côté régulièrement le port ukrainien d'Odessa, où des navires de transport turcs ont été touchés ces derniers jours.
Ces attaques ont poussé le président turc Recep Tayyip Erdogan à mettre en garde la semaine dernière contre la transformation de la mer Noire en "zone de confrontation", alors que la côte nord de son pays fait face à l'Ukraine et à la Crimée.
Une colonne de chars dévale une avenue fantomatique où la vie a déserté. Seul, au milieu de la route, un homme se tient debout, un sac de courses à la main. L’inconnu est déterminé à empêcher les véhicules de poursuivre leur course meurtrière : nous sommes le 5 juin 1989, à Pékin, et la veille, des milliers de manifestants contre le régime chinois ont été massacrés dans les rues. Le blindé de tête tente de contourner l’individu, mais celui-ci refuse de bouger. La scène, immortalisée par les photographes Jeff Widener et Charlie Cole, est devenue l’un des symboles de la résistance face à la répression du soulèvement de Tiananmen. De cet anonyme (baptisé "tank man"), et de centaines de disparus, on ne sait toujours pas aujourd’hui ce qu’il est advenu - le massacre demeurant un tabou.
Des vidéos inédites
Mais un document ayant fuité ces dernières semaines en Chine nous permet de mieux comprendre les coulisses de cet épisode sanglant de l’histoire. Il s’agit des vidéos inédites du procès de Xu Qinxian, un général devenu célèbre pour avoir refusé d’ouvrir le feu sur les étudiants qui manifestaient contre Deng Xiaoping. Pendant des années, les motivations de cet officier, décédé en 2021 à l’âge de 85 ans, sont restées floues. Mais ces enregistrements, maintenus jusqu’ici secrets, nous donnent des indications sur la manière dont a été prise la décision de décréter la loi martiale, et les désaccords suscités au sein du commandement chinois de l’époque.
Lors de son audience devant une cour martiale en 1990, l’ancien général de la 38e armée (une force d’élite de l’Armée de libération populaire) a ainsi déclaré avoir agi par "jugement professionnel". Pour le général, envoyer des troupes armées contre des civils engendrerait le chaos et un bain de sang. "J’ai expliqué que celui qui accomplirait bien cette tâche pourrait être un héros [mais] celui qui l’accomplirait mal deviendrait un pécheur au vu de l’Histoire", s’est justifié Xu.
On comprend également, dans ces enregistrements de six heures, que les dirigeants chinois ont secrètement élaboré et transmis les plans de la loi martiale et tenté de calmer toute vague au sein de l’Armée populaire de libération. Les ordres ont ainsi été transmis à l’oral aux généraux, convoqués individuellement, afin de ne pas pouvoir se concerter ou exprimer d’opposition.
"Eviter un carnage"
En effet, le 18 mai 1989, alors que des étudiants occupent la place Tiananmen depuis plusieurs semaines, le gouvernement chinois de Deng Xiaoping envisage déjà la solution forte. "J’ai dit que j’avais des désaccords à ce sujet. Les manifestations devraient être résolues principalement par des moyens politiques, et non par la force".
Xu Qinxian explique que, si bien l’armée devait rendre des comptes aux dirigeants du Parti communiste chinois, la décision de décréter la loi martiale devait, selon lui, passer par une instance plus large, comme l’Assemblée législative. A l’époque, un secteur plus modéré de parlementaires espérait, en effet, pouvoir encore enrayer le carnage, et trouver une issue politique à la crise. A ce sujet, les dirigeants du Parti communiste, notamment Xi Jinping, ont d’ailleurs depuis "condamné l’idée d’une armée nationale, la considérant comme une menace pour le contrôle du Parti sur les forces armées", note le New York Times.
Sous la pression de ses supérieurs, le général Xu avait fini par transmettre les détails de la loi martiale à un de ses collègues de la 38e armée, tout en réitérant ses désaccords. Il avait ensuite été condamné à cinq ans de prison. La vidéo de son procès partagée sur YouTube, site bloqué en Chine, a suscité un vif intérêt, avec plus d’un million de vues sur une seule chaîne.
Et pour cause, ce massacre demeure l’un des plus grands scandales politiques de l’Histoire récente de la Chine. On ne connaît pas, par exemple, le nombre exact de victimes : en 1989, les autorités chinoises avaient publié un rapport indiquant que "plus de 3 000 civils avaient été blessés et plus de 200, dont 36 étudiants, avaient perdu la vie dans les émeutes". Mais des témoins, dont l’ambassadeur du Royaume-Uni de l’époque, avait estimé à au moins "dix milliers" le nombre de morts. Chaque année, des proches de victimes, des rescapés et des défenseurs des droits humains, rassemblés au sein des Mères de Tiananmen, continuent ainsi de demander vérité et réparation à l’Etat chinois.
Le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise, a annoncé Taipei jeudi 18 décembre. Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan.
La peur d'une invasion chinoise
Le président taïwanais Lai Ching-te a annoncé le mois dernier que son gouvernement allait proposer 40 milliards de dollars de dépenses de défense supplémentaires sur plusieurs années, alors que l'île tente de se prémunir contre une potentielle invasion chinoise. Les huit contrats annoncés jeudi portent sur des systèmes de missiles Himars, des obusiers, des missiles antichars, des drones et des pièces détachées pour d'autres équipements, selon le ministère taïwanais des Affaires étrangères.
"Il s'agit de la deuxième vente d'armes à Taïwan annoncée au cours du second mandat de l'administration Trump, démontrant une fois de plus l'engagement ferme des Etats-Unis envers la sécurité" de l'île, a souligné cette source. Validée par le département d'Etat américain mais en attente de l'approbation du Congrès, la vente devrait entrer en vigueur dans environ un mois, selon le ministère taïwanais de la Défense. Le Yuan législatif, parlement monocaméral de l'île contrôlé par l'opposition formée par le Kuomintang (KMT) et son allié le Parti populaire de Taïwan (PPT), doit également approuver ces contrats.
Les Etats-Unis ne reconnaissent pas officiellement le statut d'Etat à Taïwan mais demeurent le principal partenaire et fournisseur d'armes de l'île. En 2019, Washington avait approuvé pour 10 milliards de dollars de vente, dont 8 pour des avions de combat. La Chine revendique Taïwan comme faisant partie de son territoire, et n'écarte pas de recourir à ses forces armées pour s'en emparer, soumettant l'île à une forte pression militaire, économique et diplomatique.
Augmentation des dépenses de défense de Taïwan
Lai Ching-te Il a évoqué des projets d'augmentation des dépenses de défense à plus de 3 % du PIB en 2026, et de 5 % à horizon 2030, répondant aux demandes américaines en ce sens. Bien que Taïwan dispose de sa propre industrie de défense, le territoire reste fortement dépendant des armes américaines face à la puissance de feu chinoise.
Washington avait approuvé en novembre une première vente d'armes à Taïwan portant sur "des composants, des pièces de rechange et des accessoires, ainsi qu'un soutien pour la réparation et le retour des avions F-16, C-130 et Indigenous Defense Fighter (IDF)" pour un montant de 330 millions de dollars, selon une déclaration publiée par l'Agence de coopération pour la sécurité de la défense des Etats-Unis.
La Chine déploie presque quotidiennement des avions militaires et des navires de guerre autour de Taïwan, ce que les experts et le gouvernement taïwanais qualifient de tactiques de "zone grise", des manœuvres coercitives qui ne constituent pas pour autant des actes de guerre.
Le ministère taïwanais de la Défense a déclaré que 40 avions militaires chinois, dont des chasseurs, des hélicoptères et des drones, ainsi que huit navires de guerre, avaient été détectés autour de Taïwan entre mercredi et jeudi matin. Selon les autorités taïwanaises, le troisième et plus récent porte-avions de Pékin, le Fujian, a traversé mardi le détroit de Taïwan.
Le président taïwanais Lai Ching-te (au centre) avec des réservistes au centre de services du parc industriel Loung Te, dans le comté de Yilan, le 2 décembre 2025.
Le Congrès brésilien a approuvé mercredi 17 décembre une proposition de loi pour réduire la peine de prison de l'ex-président Jair Bolsonaro, condamné en septembre à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d'Etat. Le texte, porté par la majorité conservatrice et adopté à 48 voix contre 25 mercredi par le Sénat, pourrait réduire sa durée d'incarcération à deux ans et quatre mois pour cette condamnation qui a provoqué la colère de Donald Trump.
Son approbation par la Chambre des députés la semaine dernière avait suscité de nombreuses critiques. Des manifestations contre la mesure dimanche ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans plusieurs grandes villes du pays. "Ce n'est pas exactement ce qu'on souhaitait, ce n'est pas pour cela que nous nous battions, mais c'est ce qui était possible dans ce contexte", a réagi dans une vidéo le sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l'ex-président, qui l'a désigné comme candidat à l'élection présidentielle de 2026.
L'ancien dirigeant d'extrême droite (2019-2022) a commencé à purger sa peine fin novembre dans les locaux de la Police fédérale à Brasilia. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva peut apposer son veto à la loi de réduction de peine, mais celui-ci peut à son tour être annulé par le Congrès. En l'état, Jair Bolsonaro, 70 ans, pourrait demeurer incarcéré environ huit ans avant de bénéficier d'un éventuel aménagement de sa peine, selon le Tribunal d'exécution des peines de la capitale brésilienne.
Liberté conditionnelle aux partisans condamnés pour les émeutes
Le nouveau texte prévoit également d'accorder la liberté conditionnelle à des dizaines de ses partisans condamnés pour les émeutes du 8 janvier 2023 à Brasilia. Ce jour-là, des milliers de bolsonaristes avaient saccagé le Parlement, le palais présidentiel et la Cour suprême, réclamant une intervention militaire pour déloger du pouvoir le président actuel de gauche Lula, une semaine après son investiture.
Le sénateur centriste Renan Calheiros a qualifié le vote de "farce" et quitté la séance, accusant les alliés du gouvernement d’avoir laissé passer le texte en échange de soutien à une initiative augmentant la fiscalité sur certaines entreprises. Le sénateur du Parti des travailleurs au pouvoir Randolfe Rodrigues a nié tout accord de ce type.
Au sein d'un Parlement à forte majorité conservatrice, les bolsonaristes tentent en vain depuis février de faire voter un texte permettant à Jair Bolsonaro de bénéficier d'une amnistie totale. Mais à l'approche des vacances parlementaires de fin d'année, ils ont estimé que la réduction de sa peine constituait "une première étape". La semaine dernière, la proposition de loi avait été approuvée par les députés à l'issue d'une séance houleuse. Ce vote avait permis une levée de mesures américaines, dont certains droits de douane et des sanctions à l'encontre du juge Alexandre de Moraes qui avait condamné Jair Bolsonaro, allié de Donald Trump.
Lula peut censurer le texte
Le procès de l'ex-président, au centre de la crise entre les Etats-Unis de Donald Trump et le Brésil de Lula, avait entrainé des droits de douane américains de 40 % sur certains produits brésiliens. Le rapporteur de la proposition de loi à la chambre haute, Espiridao Amin, allié de Jair Bolsonaro, a changé la formulation du texte pour que la réduction de peine ne concerne que les personnes condamnées "pour des crimes contre l'Etat de droit".
L'entrée en vigueur d'une éventuelle réduction de peine pour Jair Bolsonaro pourra être retardée si le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva décide de censurer le texte avant sa promulgation. "Ce texte est voué au veto", a dit aux journalistes le sénateur de gauche Randolfe Rodrigues. Mais le Parlement aura le dernier mot et pourrait voter l'annulation du veto présidentiel.
En septembre, à l'issue d'un procès historique, Jair Bolsonaro a été reconnu coupable par la Cour suprême d'être le leader d'une "organisation criminelle" ayant conspiré pour son maintien au pouvoir malgré sa défaite à la présidentielle de 2022. Selon l'accusation, ce projet putschiste, qui prévoyait même l'assassinat de Lula après son élection au second tour, a échoué faute de soutien du haut commandement militaire.