Crans-Montana : la puissance européenne se mesure aussi à sa solidarité
Dans la nuit de la Saint-Sylvestre, à Crans-Montana, dans le Valais suisse, la fête bascule en cauchemar. Un incendie ravage Le Constellation, une boîte de nuit bondée de jeunes vacanciers, faisant 40 morts dont neuf Français et 116 blessés, dont une vingtaine de Français. Très vite, les hôpitaux suisses se heurtent à la réalité : ils ne peuvent traiter seuls autant de grands brûlés.
En quelques heures, Berne demande l’activation du mécanisme européen de protection civile (MEPC), un filet de sécurité commun qui, depuis Bruxelles, recense les lits de réanimation et mobilise les ambulances aériennes et les experts disponibles. La réponse est fulgurante : 21 pays proposent leur aide. Des médecins français et italiens, spécialistes des grands brûlés, évaluent chaque patient et planifient les évacuations. Des dizaines de blessés sont transférés vers des cliniques de pointe en Belgique, en Allemagne, en France et en Italie, en fonction des capacités, de la proximité, de la langue et des attaches familiales. L’Europe se transforme alors en réseau de soins intensifs au service d’un même objectif : sauver un maximum de vies.
Reste un paradoxe : la Confédération helvétique n’est ni membre de l’Union ni du MEPC, dont elle a repoussé l’adhésion en novembre dernier. Heureusement pour elle, ce dispositif est pensé pour s’ouvrir aux pays tiers lorsque l’ampleur d’une catastrophe l’exige. L’incendie de Crans-Montana rappelle que la puissance européenne ne se mesure pas seulement en directives ou en budgets, mais dans cette solidarité opérationnelle qui peut transformer le continent en salle d’urgences commune.

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