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Pourquoi Donald Trump a-t-il choisi Delcy Rodriguez, une fidèle de Maduro, pour diriger le Venezuela ?

4 janvier 2026 à 17:20

Le fauteuil de l’exécutif ne pouvait pas rester vide. La capture de Nicolas Maduro à l’issue d’une opération menée par les États-Unis dans la nuit de vendredi à samedi a laissé le pouvoir aux mains de la vice-présidente exécutive Delcy Rodríguez. Le chef d’État américain Donald Trump a martelé, samedi 3 janvier, que cette dernière avait prêté serment après son arrestation et s’était entretenue avec le secrétaire d’État Marco Rubio. La Constitution vénézuélienne, en vertu des articles 233 et 234, prévoit que Delcy Rodríguez assume les fonctions de présidente par intérim en l’absence du chef de l’État, une disposition que la Cour suprême vénézuélienne a ordonné d’appliquer samedi soir.

Peu après les déclarations de Donald Trump, Delcy Rodríguez s’est coulée dans son rôle de présidente en s’exprimant à la télévision d’État, entourée de son frère Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale, du ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello et du ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez. Lunettes carrées sur le nez et l’air sévère, elle a affirmé que Nicolás Maduro restait le seul président légitime du Venezuela, appelant au calme et à l’unité face à "l’enlèvement" du dirigeant. Une position à rebours de celle décrite par Donald Trump, qui alléguait qu’elle était prête à coopérer avec les États-Unis après la capture de Nicolás Maduro.

Donald Trump a écarté l’idée de travailler avec la cheffe de file de l’opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, estimant qu’elle manquait de soutien dans le pays. Une position d’autant plus surprenante que l’opposante, longtemps perçue comme une interlocutrice naturelle de Washington, semblait plus en phase avec les positions du président américain. Pour Maria Corina Machado, la présidence devait désormais être assurée par Edmundo Gonzalez Urrutia, que l’opposition, Washington et les observateurs internationaux considèrent comme le vainqueur de l’élection de 2024 et dont Emmanuel Macron a affirmé samedi qu’il souhaitait le voir assurer une période de transition.

Une fidèle de Nicolas Maduro

De son côté, Delcy Rodríguez apparaît comme un pur produit du chavisme. Âgée de 56 ans, elle est la fille de Jorge Antonio Rodríguez, ex-guérillero d’extrême gauche et fondateur du parti révolutionnaire Liga Socialista dans les années 1970, rappellent nos confrères du Monde. Avocate diplômée de l’université centrale du Venezuela, Delcy Rodríguez a rapidement gravi les échelons du pouvoir. En août 2013, lors d’un hommage rendu par le nouveau président Nicolás Maduro à son prédécesseur défunt Hugo Chavez, elle est propulsée ministre de la Communication et de l’Information.

En 2017, elle prend la tête de l’Assemblée constituante progouvernementale, qui contribue à élargir les pouvoirs de Nicolas Maduro. La même année, le président vénézuélien la qualifie de "tigresse" pour sa défense acharnée du gouvernement socialiste. Le 14 juin 2018, Delcy Rodríguez est nommée vice-présidente de la République par Nicolas Maduro, qui la décrit alors comme une "jeune femme courageuse, expérimentée, fille d’un martyr, révolutionnaire et éprouvée dans mille batailles".

Proche des "élites économiques vénézuéliennes"

Cette ascension s’accompagne de sanctions internationales : en 2018, l'Union européenne gèle ses avoirs et lui interdit l’entrée sur son territoire, avant que les États-Unis ne prennent, le 25 septembre de la même année, des sanctions économiques à son encontre. Jusqu’à vendredi encore, Delcy Rodríguez cumulait les portefeuilles du Pétrole et des Finances, et pilotait la riposte à l’escalade des sanctions américaines visant l’industrie clé du pays, qui détient les plus importantes réserves de pétrole au monde.

Parallèlement, comme le souligne le New York Times, Delcy Rodríguez est aussi connue pour avoir "tissé des liens avec les élites économiques vénézuéliennes, les investisseurs étrangers et les diplomates, se présentant comme une technocrate cosmopolite au sein d’un gouvernement militariste et largement dominé par les hommes". Après la grave crise économique qu’a traversée le Venezuela de 2013 à 2021, elle a impulsé une réforme libérale ayant permis d’instaurer une relative stabilité économique, avant la campagne militaire américaine visant Nicolas Maduro.

"Un jeu de chaises musicales"

Figure clé du régime au pouvoir, elle incarne sans nul doute la continuité. Selon Imdat Oner, analyste politique au Jack D. Gordon Institute, "elle n’est pas une alternative modérée à Maduro. Elle a été l’une des figures les plus puissantes et les plus intransigeantes de tout le système", a déclaré cet ancien diplomate turc en poste au Venezuela à CNN. Pour Eduardo Rios, docteur en sciences politiques à Sciences Po Paris, interrogé sur France 24, sa nomination ne changera rien : "Tout cela n’est qu’un jeu de chaises musicales du chavisme."

Depuis plus d’une décennie, le pouvoir au Venezuela est concentré entre les mains d’une poignée de hauts responsables, soutenus par un réseau de loyalistes et d’organes de sécurité alimentés par la corruption et la surveillance. Un fragile équilibre y oppose civils et militaires : Delcy Rodríguez et son frère représentent le volet civil, tandis que Diosdado Cabello et Vladimir Padrino Lopez incarnent le pendant militaire. Reste à voir quel rôle Delcy Rodríguez pourra réellement jouer dans les semaines à venir, alors que Donald Trump a rapidement annoncé que les États-Unis allaient "diriger le pays jusqu’à ce qu’[ils puissent] effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse". Affaire à suivre.

© REUTERS

Après la capture de Nicolás Maduro, Delcy Rodriguez, la vice-présidente du pays, en a pris la tête conformément à la décision de la Cour suprême vénézuélienne

"De lourdes incertitudes", "un risque stratégique" : la presse mondiale s’emballe après l’enlèvement de Nicolas Maduro

4 janvier 2026 à 13:27

Après la capture du chef d’État vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse, samedi 3 janvier, l’opération américaine a pris de court les médias du monde entier, à commencer par ceux des États-Unis. "Trump a incontestablement éliminé un mauvais dirigeant et porté un coup décisif dans la lutte pour la suprématie mondiale", écrit Bloomberg. D’après le média en ligne, le raid illustre la méthode de guerre privilégiée par le président américain : "Maximiser le secret et l’effet de surprise." Une stratégie susceptible d’offrir "des avantages stratégiques immédiats", mais qui fait également "peser de lourdes incertitudes" pour la suite.

C’est en premier lieu la question de la légalité d’une telle opération, au cœur d’un pays étranger, qui a fait tiquer le New York Times. "Nous savons que la politique belliciste de Donald Trump est illégale", clame d’entrée le quotidien américain. Ce dernier rappelle au passage les frappes meurtrières effectuées sans fondement juridique dans les Caraïbes sur des embarcations accusées, sans preuve, de participer au trafic de drogue. Le quotidien new-yorkais dénonce le piétinement du droit américain et international. L’attaque du 3 janvier signe le retour de l’impérialisme en Amérique latine, poursuit le quotidien.

Le Washington Post s’attarde de son côté sur les conséquences de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro. "Lors du raid au Venezuela, le spectre d’un changement de régime plane à nouveau sur l'Amérique latine. En prenant un risque stratégique aux conséquences imprévisibles dans une région profondément divisée, l’administration Trump modifie radicalement la dynamique sécuritaire du continent", écrit le quotidien. Le Wall Street Journal se projette, lui aussi, sur les enjeux politiques à venir : "L’opération militaire américaine visant à renverser Nicolas Maduro a été rapide, précise et décisive, mais la suite est semée d’embûches et de risques d’erreurs", estiment des responsables américains, actuels et anciens.

"Un usage de la force à la fois inédit et imprévisible"

Alors que le XXᵉ siècle a été marqué par de nombreuses interventions et occupations militaires américaines en Amérique centrale et dans les Caraïbes, l’offensive menée samedi contre le Venezuela constitue "la première frappe militaire directe et ouvertement reconnue" de Washington contre un gouvernement sud-américain, souligne encore The Washington Post. Bloomberg estime pour sa part que ce raid confirme la réalité du "corollaire de la doctrine Monroe" invoqué par le président Donald Trump — cette doctrine du XIXᵉ siècle affirmant la prééminence des États-Unis sur le continent américain — et illustre son penchant pour un usage de la force à la fois inédit et imprévisible.

Sur la chaîne d’information en continu CNN, le direct tourne à plein régime, comme s’il s’agissait d’une saga à plusieurs épisodes. Pour l’un des journalistes de la chaîne, l’enlèvement de Nicolas Maduro "illustre un nouveau degré de puissance mondiale débridée" et constitue une "manifestation flagrante de cette puissance sans limites". Politico consacre de son côté un bref article à la position de Bruxelles, qui se contente de formuler de discrètes mises en garde : "L'Union européenne a exhorté au respect du droit international après l’annonce, tôt samedi matin, par le président américain Donald Trump de la capture du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro."

L’impuissance européenne se reflète dans la presse belge. Dans un dessin signé Le Kroll pour Le Soir, on voit les dirigeants iraniens, chinois, russes et Donald Trump interroger une voyante sur ce que sera l’année. Elle répond : "Cela dépendra essentiellement de vous." Par ailleurs, El País relève un "tournant dans l’histoire contemporaine du Venezuela", soulignant également le rôle central du pétrole. "Trump a promis de relancer l’industrie des hydrocarbures en difficulté, en s’appuyant sur des investissements massifs américains et en ouvrant un nouveau front dans la bataille politique vénézuélienne, désormais entrée dans une phase sans précédent", note le quotidien espagnol. Dans tous les journaux, la stupeur domine.

© REUTERS

Le président Trump a tenu une conférence de presse à Palm Beach samedi 3 janvier, à la suite de l'attaque militaire américaine au Venezuela.

Opération "Absolute Resolve" : les coulisses de l’intervention américaine au Venezuela

4 janvier 2026 à 11:18

Moins de cinq heures. C’est le temps qu’il a fallu pour capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro. Son homologue américain Donald Trump a justifié l’opération "Absolute Resolve", une "opération brillante" selon ses mots, par la lutte contre le trafic de drogue et par sa volonté de traduire le dirigeant devant la justice américaine, sur la base d’accusations de "narcoterrorisme".

Samedi 3 janvier, lors d’une conférence de presse organisée en Floride, le président des États-Unis a laissé son chef d’état-major, le général Dan Caine, détailler les contours de cette intervention militaire surprise. Selon le New York Times, il s’agissait de l’opération militaire américaine "la plus risquée" menée par les commandos d’élite de la Delta Force depuis l’assaut des SEAL Team 6 contre Oussama ben Laden, tué en 2011 dans une maison sécurisée au Pakistan.

L’enlèvement du président vénézuélien, au pouvoir depuis 2013, serait l’aboutissement de "mois de travail" des services de renseignement américains. Dès le mois d’août dernier, une équipe clandestine d’agents de la CIA se serait infiltrée chez son voisin afin de collecter des informations sur Nicolas Maduro. Son objectif, assure le général Dan Caine : "Comprendre comment [le président vénézuélien] se déplaçait, où il vivait, où il voyageait, ce qu’il mangeait, ce qu’il portait, ainsi que ses animaux de compagnie." Une fois ces informations collectées, l’opération est entrée dans sa phase d’exécution.

22h46 : début de l’opération

Vendredi 2 janvier, Donald Trump a donné l’ordre de lancer la mission à 22 h 46, heure de Washington, depuis sa terrasse de Mar-a-Lago, son club floridien, où il a dîné avec ses conseillers et les membres du cabinet. Selon le New York Times, l’armée américaine avait choisi la période des fêtes de fin d’année, estimant que de nombreux responsables gouvernementaux et un nombre important de militaires vénézuéliens seraient en congé, selon un responsable américain. Des conditions météorologiques exceptionnellement mauvaises ont toutefois retardé l’opération de plusieurs jours.

Au Venezuela, l’opération a débuté par une cyberattaque provoquant des coupures de courant dans de vastes zones de Caracas, plongeant la ville dans l’obscurité afin de permettre l’approche discrète des avions, drones et hélicoptères. Plus de 150 aéronefs militaires — drones, avions de chasse et bombardiers — ont été mobilisés, décollant de 20 bases militaires et de navires de la Marine.

Les appareils ont longé les côtes vénézuéliennes à très basse altitude, à moins de 50 mètres de l’eau. À l’approche du littoral, l’armée américaine a commencé "à démanteler et à désactiver les systèmes de défense aérienne du Venezuela, en utilisant des armes pour assurer le passage en toute sécurité des hélicoptères". Il s’agit des premières frappes menées sur le territoire vénézuélien.

Une riposte américaine "écrasante"

Alors que certaines des explosions publiées sur les réseaux sociaux semblaient spectaculaires, un responsable américain a déclaré qu’il s’agissait principalement d’installations radar et de tours de transmission radio qui étaient détruites. S’il n’y a eu aucune victime côté américain, au moins 40 personnes ont été pourtant tuées lors de l’attaque, parmi lesquelles des militaires et des civils, d’après un haut responsable vénézuélien qui a requis l’anonymat pour évoquer les premiers bilans dans le New York Times.

Les hélicoptères de la force d’intervention ont atteint le lieu où Nicolás Maduro et son épouse avaient été localisés — dont l’emplacement précis n’est pas connu à ce stade — à 1 h 01 du matin, heure de Washington, soit 2 h 01 à Caracas. Sur place, les appareils ont essuyé des tirs et "riposté avec une force écrasante", selon le général Dan Caine. Un des hélicoptères a été endommagé, mais a pu rentrer aux États-Unis. "Nicolas Maduro et son épouse, tous deux inculpés, se sont rendus et ont été placés en détention par le ministère de la justice", a-t-il ensuite ajouté, selon Le Monde.

Donald Trump a précisé, en réponse à une question de journaliste, que Nicolas Maduro avait tenté de se réfugier dans une "safe room", un bunker dont disposent de nombreux chefs d’État dans leur résidence. Sans succès. Les soldats déployés sur le terrain ont ensuite regagné les hélicoptères avec Nicolas Maduro et son épouse. Le couple a embarqué à bord d’un navire de l’armée américaine, à 3 h 29 du matin, avant de rejoindre New York où le président vénézuélien a été incarcéré. De son côté, le locataire de la Maison Blanche dit avoir suivi cette opération "comme s’il regardait une série télévisée". Reste désormais à mesurer les conséquences humanitaires, diplomatiques et régionales de cette capture – elles, bien réelles.

© REUTERS

Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores sont arrivés en détention par hélicoptère avant leur comparution prévue devant le tribunal fédéral de Manhattan, à l'héliport de Westside à New York.
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