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Iran : la révolution "Femme, Vie, Liberté" peut-elle enfin faire tomber le régime ?, par Anne Rosencher

4 janvier 2026 à 08:30

On n’ose y croire. L’information fiable qui nous provient d’Iran est si rare ; il nous faut nous accrocher aux images charriées par les réseaux sociaux. On y voit, dans plusieurs villes, le courage prendre à nouveau comme un feu dans la pampa. Des cortèges. Des cris. Des chants. Et en face : des tirs. Des arrestations. Un homme, vêtu de sombre, se tient, assis à même le bitume, devant les motards du régime qui attendent, interdits, comme attendirent naguère les chars devant l’homme de Tian'anmen. Moment suspendu. Image à jamais gravée dans les rétines de l’Histoire. À Téhéran, à Chiraz, à Ispahan et dans bien d'autres villes encore… les étudiants ont rejoint, depuis le 29 décembre, les manifestations qui avaient débuté quelques jours avant. Et le monde libre retient son souffle : cette fois, est-ce la bonne ?

Voilà plus de trois ans que nous assistons à une révolution folle en Iran. Une révolution dont le caractère inédit tient tout entier dans son cri de ralliement : Femme, Vie, Liberté ! Et qui débute par la mort d’une femme de 22 ans, Mahsa Amini, arrêtée trois jours avant par la police des mœurs, à Téhéran, pour un voile mal mis. Deux mèches folles au vent ; un attentat à la pudeur dans les rues de la République islamique d’Iran. La mort suspecte de la jeune femme, le 16 septembre 2022, ouvre les vannes d’un formidable éboulement contre le régime des mollahs. Dans les rues d’Iran, des femmes brûlent leur hijab, et des hommes – prouvant que le féminisme est un universalisme, et pas un combat en "non-mixité" – se soulèvent aux côtés de leurs sœurs, de leurs amies, de leurs amoureuses, en un élan commun de courage fou.

En retour, le régime, affolé, tire sur la jeunesse, et terrifie ses parents. Il emprisonne, torture, laisse violer. Exécute. Un parmi des dizaines : Majidreza Rahnavard, 23 ans, condamné à mort pour "inimitié envers Dieu". Dans une vidéo diffusée à la suite de son exécution par les autorités, le jeune homme apparaît, les yeux bandés, quelques minutes avant sa pendaison en place publique, dans sa ville natale de Machhad le 12 décembre 2022.

"- Qu’avez-vous dit dans votre testament ?" lui demande-t-on hors champ.

- J’ai dit que je ne veux pas qu’on pleure sur ma tombe, répond Majidreza.

- Vous ne voulez pas qu’on y lise le Coran et qu’on y fasse la prière ? insiste l’homme.

- Non. Je ne veux pas qu’on lise le Coran ou qu’on fasse la prière. Je veux qu’on soit joyeux. Et qu’on diffuse des musiques joyeuses."

L'Histoire se passera des tièdes

Courage des gens ordinaires. Courage, aussi, de réalisateurs, acteurs, chanteurs, qui prennent tous les risques, rappelant au monde cette vérité formulée un jour par André Malraux : "Rien n’est plus important dans l’histoire que de faire partie des gens qui ont été capables de dire "non"." Je me souviens du concert, il y a un an, en plein désert iranien, de la chanteuse Parastoo, longs cheveux châtains en liberté, robe noire, bras nus. Le concert filmé puis publié sur Internet s’ouvrait par un texte court qui débutait ainsi : "Je suis Parastoo, une jeune fille qui désire chanter pour un peuple qu’elle aime. C’est un droit auquel je n’ai pas pu renoncer…" Je me souviens, aussi, des mots de Jafar Panahi, après sa palme d’or, en mai dernier, avant de s’en retourner à Téhéran : "Pour moi, le régime s’est déjà effondré. Il ne reste qu’une coquille vide."

Les mollahs ont eu beau réprimer et faire régner l’arbitraire pour mieux imposer la terreur - qui sera arrêté ? Qui sera relâché ? Qui sera exécuté ? –, l’Iran a totalement changé. Par la rue, et par le quotidien. Les photos qui nous parviennent depuis quelques mois de Téhéran, notamment, montrent des femmes sans voile, partout, comme si les mœurs avaient débordé les lois.

L’Histoire ridiculisera ceux des militants dits progressistes, en Occident, qui ont rivalisé de pudeurs et de prudences sur cette révolution féministe inédite. Par relativisme culturel, par peur de passer pour islamophobe ou "antivoile", ils se sont tus. L’Histoire se passera d’eux. Elle est en cours. Cette fois, ou la prochaine. Ou la prochaine encore. Les mollahs tomberont.

© ZUMA Press Wire via Reuters Conn

29 décembre 2025, Téhéran, Iran. (Crédit image : © Fars News Agency via ZUMA Press Wire)
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