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Menace nucléaire : des missiles balistiques russes déployés en Biélorussie ?

29 décembre 2025 à 17:59

C’est une arme de dernière génération, hypersonique et capable de transporter une charge nucléaire. Le missile balistique russe Orechnik serait actuellement déployé à l’Est de la Biélorussie, alliée de la Russie de Vladimir Poutine. Le président russe avait annoncé en août dernier la production en série de l’Orechnik et son intention de déployer cette arme de dernière génération chez son voisin en 2025.

Mi-décembre, le président biélorusse Alexandre Loukachenko avait confirmé la présence du missile sur son territoire. "Il prend son service de combat", avait-il ajouté. Il n’a cependant pas dévoilé la localisation de l’arsenal, alors même que la Biélorussie borde trois pays européens. Le territoire biélorusse avait déjà été utilisé par Moscou pour lancer son offensive contre l’Ukraine en 2022.

Une gare de triage et du camouflage

Deux chercheurs américains, dont l’agence Reuters rapporte les travaux, ont identifié grâce à des images satellites un site biélorusse qui pourrait "possiblement" abriter des missiles Orechnik. Il s’agit de l’ancienne base aérienne de Krichev, située à 307 kilomètres à l’Est de la capitale biélorusse, Minsk, et à 478 kilomètres de Moscou. Jeffrey Lewis, du Middlebury Institute of International Studies, et Decker Eveleth, de l’organisation de recherche et analyse CNA, ont utilisé des images satellites et décortiqué les déclarations du président biélorusse ​pour identifier l’ancienne base soviétique, expliquent-ils dans un article de blog. Ils ont notamment identifié une construction hâtive en août dernier qui porte les caractéristiques d’une base de missiles stratégiques russes.

L’indice révélateur est la construction d’une gare de triage, indiquant que des missiles et leurs lanceurs mobiles peuvent être acheminés en train. L’un des endroits du site a par ailleurs été recouvert de terre, ce qui pourrait faire penser à un camouflage. De quoi être sûr "à 90 %" de la présence de lanceurs de missiles Orechnik à cet endroit, ce qui recoupe les informations des renseignements américains, selon Reuters, qui cite une source anonyme. L’agence a interrogé l’ambassade de Russie à Moscou, qui n’a pas commenté dans l’immédiat, ainsi que l’ambassade de Biélorussie qui a refusé de s’exprimer. La Maison-Blanche n’a pas non plus répondu aux journalistes, et la CIA, les services de renseignements américains, n’ont pas souhaité commenter.

Une portée de 5 500 kilomètres

Le missile russe Orechnik - dont le nom signifie "noisetier" en russe - est une arme de portée intermédiaire, qui peut atteindre des cibles situées entre 3 000 et 5 500 kilomètres. Sa vitesse dépasse Mach 10, soit dix fois la vitesse du son, ce qui le rend impossible à intercepter, selon Vladimir Poutine. Il peut par ailleurs transporter plusieurs têtes, nucléaires ou conventionnelles, et inquiète particulièrement les Occidentaux depuis sa première utilisation en novembre 2024. La Russie avait utilisé l’Orechnik sans charge nucléaire pour frapper une usine militaire dans la ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine.

En août dernier, la Biélorussie avait affirmé s’entraîner au déploiement de missiles Orechnik durant des exercices militaires avec la Russie. Son président avait par la suite ajouté que son pays pourrait abriter jusqu’à dix de ces missiles. Mais selon les chercheurs américains Eveleth et Lewis, le site qu’ils ont identifié ne pourrait accueillir que trois lanceurs. Les autres missiles pourraient donc être stationnés ailleurs dans le pays.

Un signal politique plus que militaire

Selon les chercheurs interrogés par Reuters, l’escalade militaire de la Russie traduit sa volonté de recourir à la menace nucléaire pour empêcher l’Otan de fournir à Kiev des armes capables de frapper la Russie. Un message politique plus que militaire : le déploiement des Orechnik en Biélorussie n’apporte pas d’avantage militaire supplémentaire à Moscou. D’autres sites, situés en Russie, seraient plus proches de Paris et Londres, note Jeffrey Lewis sur son blog.

Le déploiement des missiles Orechnik pourrait aussi être une réaction au stationnement, prévu dès 2026, de missiles hypersoniques conventionnels américains en Allemagne. C’est enfin un message politique envoyé à la Biélorussie, qui cherche la protection de son allié.

L’annonce par le pays de la présence de telles armes sur son sol intervient en tout cas quelques semaines avant l’expiration du traité de désarmement nucléaire New Start, signé en 2010 entre Washington et Moscou. Il prévoit un contrôle et une limitation des armements nucléaires des deux parties. La Russie avait suspendu sa participation en 2023, avant de proposer en septembre 2025 de le prolonger d’un an.

© AFP

Mi-décembre, le président biélorusse Alexandre Loukachenko avait confirmé la présence du missile russe Orechnik sur son territoire.

Commerce : face au protectionnisme américain, les Européens s’ouvrent à la Chine

19 décembre 2025 à 13:15

Dans la bataille économique et technologique qui oppose la Chine aux Etats-Unis, quelle est la place de l’Europe ? Si les Etats-Unis restent le grand allié du Vieux Continent, de plus en plus d’Européens s’ouvrent à la Chine, notamment face aux attaques protectionnistes de l’Amérique de Trump.

C’est ce que suggère un rapport de l’université espagnole IE University, European Tech Insights 2025. Cette publication annuelle vise à mieux cerner la position des Européens vis-à-vis des changements technologiques et de leur gouvernance dans le monde. Conduite en octobre 2025, elle repose sur les réponses de 3 000 personnes dans 10 pays européens (dont le Royaume-Uni).

Une ouverture croissante vers la Chine

La part des Européens souhaitant que l’Europe s’aligne avec la Chine plutôt qu’avec les Etats-Unis sur le plan économique et technologique a augmenté de 15 points entre 2023 et 2025. L’étude s’est en effet penchée sur la compétition entre les Etats-Unis et la Chine en termes de "domination économique et technologique", en interrogeant les sondés sur le pays sur lequel ils aimeraient voir l’Europe s’aligner. 71 % des Européens choisissent les Etats-Unis et 29 % la Chine. Ainsi, les Européens "continuent à voir les Etats-Unis comme un allié stratégique mais sont de plus en plus ouverts à la Chine", note le rapport. Mais en 2023, 86 % des Européens choisissaient les Etats-Unis et 14 % la Chine.

Ce changement d’attitude est surtout visible chez les jeunes, la classe d’âge la plus ouverte à la Chine. Près de 40 % des 18-24 ans plaident pour un rapprochement avec la Chine, contre seulement 22,6 % chez les 65 ans et plus. "Le changement d’attitude à l’égard de la Chine ne tient pas tant à la relation de l’UE avec le géant asiatique qu’à l’érosion de la relation transatlantique", analyse Carlos Luca de Tena, directeur exécutif du centre pour la gouvernance du changement au sein de l’IE University, interrogé par le journal espagnol El País.

La méfiance croissante vis-à-vis de l’allié historique de l’Europe se manifeste également dans la réponse qu’elle souhaite apporter aux "menaces de l’administration Trump dans le domaine du commerce et de la technologie", note l’étude. Près de quatre Européens sur dix estiment en effet que le Vieux Continent doit tenir bon et riposter. Et cette fois, les plus âgés sont davantage en faveur d’une confrontation que les plus jeunes. Pour autant, une majorité (58,6 %) souhaite que l’Europe trouve un terrain d’entente avec son allié tandis que seuls 3 % veulent céder et éviter la confrontation avec les Etats-Unis.

Les Espagnols plus hostiles que les Polonais

Mises côte à côte, ces deux tendances vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine prouvent que l’Europe est "de plus en plus confiante et autonome sur la scène mondiale", note le rapport. Et si les Européens voient toujours Washington comme un partenaire, ils sont plus prudents que par le passé.

Parmi les citoyens européens les plus proches des Etats-Unis, les Polonais se démarquent puisqu’ils sont près de 80 % à se ranger de leur côté (contre 69 % des Français). Au contraire, la défiance a largement gagné les Espagnols, qui étaient 80 % à choisir les Etats-Unis en 2023 contre… 47 % en 2025. Pour Carlos Luca de Tena, la position des Espagnols s’explique surtout par le fait que Donald Trump a directement attaqué l’Espagne sur son refus de consacrer 5 % de son PIB à la Défense, comme il l’avait demandé aux membres de l’Otan. L’attrait des Espagnols pour la Chine s’explique également par une tendance de fond, antérieure à l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Selon le Secrétariat espagnol au Commerce, cité par El País, les entreprises espagnoles s’intéressent de plus en plus à l’attractivité du marché chinois et à ses offres technologiques. Tout comme la France, l’Espagne cherche désormais à attirer les investissements chinois sur son sol - à condition d’y créer des emplois, un transfert de technologies ou d’y implanter une activité à forte valeur ajoutée.

© afp.com/STR

Des voitures chinoises prêtes pour l'exportation dans le port de Nanjing, dans l'est de la Chine, le 29 avril 2025.

Comment la flotte fantôme russe sert à espionner l’Europe

19 décembre 2025 à 09:58

Ce sont de vieux tankers, au pavillon fluctuant et à la propriété peu claire. Des pétroliers clandestins, acquis par la Russie pour transporter et vendre son pétrole à travers le monde et contourner ainsi les sanctions européennes prises à la suite de la guerre en Ukraine. Cette flotte fantôme russe, que les Européens tentent pourtant d’entraver, servirait également Moscou à des fins d’espionnage, selon plusieurs services de renseignement occidentaux.

Selon la chaîne américaine CNN, la présence à bord de ces tankers, depuis plusieurs mois, d’hommes liés aux services secrets et à l’armée russes inquiète les Européens. Plusieurs d’entre eux appartiennent à la société Moran Security, une entreprise privée de sécurité liée à l’armée et aux renseignements russes. Enregistrée en Russie et à Bélize, elle propose ses services dans le domaine de la logistique internationale, de la sécurité maritime ou des renseignements. Moran Security aurait également fourni des services à des milices privées, notamment le groupe paramilitaire Wagner, ajoute CNN, qui cite "plusieurs sources au sein des renseignements". La société dit d’ailleurs recruter des "officiers retraités ou encore en activité" ayant servi dans les forces spéciales. Elle figure sur une liste de sanctions du Trésor américain depuis 2024 pour avoir fourni des "services armés" à des entreprises publiques russes. Et depuis environ six mois, ses hommes sont placés sur plusieurs pétroliers de la flotte fantôme russe et sont souvent les seuls nationaux Russes à bord.

De mystérieux marins russes

La présence de ces hommes parfois armés et liés aux forces russes sur ces bateaux clandestins attire de plus en plus l’attention des Européens au regard de l’armada de bateaux fantômes de la Russie, soit plusieurs centaines. Nombre d’entre eux traversent les eaux européennes, de la mer Baltique à la Manche en passant par la mer du Nord, mais également en mer Noire. Ces hommes pourraient prendre des photos des installations militaires européennes et surtout, ils semblent être chargés de surveiller le reste de l’équipage.

En témoignent les observations des marins danois et suédois, qui voient passer un grand nombre de tankers fantômes le long de la mer Baltique. Certains disent observer la présence à bord de ces bateaux de Russes qui semblent "avoir davantage de pouvoir que le capitaine lui-même", rapporte CNN. Ces membres supplémentaires, ajoutés à la liste d’équipage peu avant le départ du bateau, vont parfois jusqu’à porter des uniformes militaires et photographier certaines zones, notamment des ponts, selon le service de pilotage de l’Etat danois, DanPilot.

Le cas du Boracay arraisonné par la France

Un de ces navires clandestins a récemment attiré l’attention des autorités européennes, et notamment françaises. Il s’agit du Boracay, aussi connu sous le nom de Pushpa, qui figure sur la liste des sanctions européennes pour son appartenance à la flotte fantôme russe. Il bat pavillon du Bénin. Le bateau avait fait les gros titres en France au mois d’octobre en stationnant au large de la Bretagne, avant d’être arraisonné par les autorités françaises. Selon CNN, deux Russes - les seuls de cette nationalité à bord - y ont embarqué le 20 septembre dernier en qualité de "techniciens", mais leur activité à bord du navire demeure floue. L’un d’eux aurait travaillé pour Wagner, selon des sources occidentales. Interrogé par CNN, Alexey Badikov, le PDG de Moran Security, a indiqué "ne pas être en position de confirmer" que ces deux hommes travaillaient pour sa société.

Outre ses nombreux changements de pavillon, le navire a fait l’objet d’une surveillance rapprochée de la part des Européens, qui le soupçonnent d’être impliqué dans des survols de drones au-dessus du Danemark. Le Boracay longeait en effet les côtes danoises lorsque des survols de drones avaient perturbé le trafic de l’aéroport de Copenhague et approché des bases militaires. Le bateau, qui transportait "une importante cargaison de pétrole" de la Russie vers l’Inde, avait finalement été arraisonné par la France. Et ce, en raison "des incohérences présentées par le pétrolier quant à sa nationalité" et son "absence de pavillon", selon le procureur de Brest.

Aucun drone n’avait été trouvé à bord, selon CNN. Badikov, de Moran Security, a opposé quant à lui à la chaîne le fait qu’il serait "complètement fou" de lancer des drones depuis un pétrolier. "C’est techniquement dangereux", a-t-il ajouté. Vladimir Poutine avait par ailleurs qualifié de "piraterie" l’arraisonnement du bateau. "Visiblement, ils cherchaient quelque chose, des marchandises militaires, des drones, ou des choses comme ça. Mais il n’y a rien de ça là-bas", avait-il justifié, ajoutant qu’il ne "[savait] pas dans quelle mesure il est lié à la Russie". De quoi rendre difficile, pour les Européens, de prouver la présence de Russes aux liens étroits avec Moscou à bord de ces bateaux… et leur utilisation à des fins de guerre hybride pour déstabiliser l’Europe.

© afp.com/Damien MEYER

Le Boracay avait fait les gros titres en France au mois d'octobre en stationnant au large de la Bretagne, avant d'être arraisonné par les autorités françaises.
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