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Groenland : après les menaces (douanières) de Donald Trump, l'Europe organise sa riposte

19 janvier 2026 à 16:58

Les Vingt-Sept croyaient peut-être en avoir fini avec les droits de douane de Donald Trump. En réalité, c'est tout le contraire. Après avoir sidéré les Européens avec ses propos sur le Groenland, le président américain brandit désormais la menace de sanctions économiques pour les faire plier coûte que coûte. L'Europe planche donc sur plusieurs leviers pour renverser la donne et tenter de dissuader le président américain. D'abord tentée par une riposte commerciale des plus classiques, l'UE envisage de plus en plus d'activer le "bazooka", un mécanisme anti-coercition encore jamais utilisé, et réfléchit même à des mesures militaires. Alors, effets d'annonce ou menaces réelles ?

L'examen approfondi des options aura lieu jeudi à Bruxelles, où se tiendra un sommet d'urgence sur le sujet. A ce stade, une chose est sure : les Européens ont les moyens d'appauvrir considérablement l'économie américaine. N'en déplaise à Donald Trump. "Nous, Européens, devons être clairs : nous avons atteint nos limites", a affirmé lundi le ministre allemand de l'Economie Lars Klingbeil lors d'une conférence de presse avec son homologue français Roland Lescure à Berlin. "Nous préparons actuellement des contre-mesures concertées."

Sanctions économiques "classiques"

Selon le Wall Street Journal, en l'absence d'accord, l'UE pourrait décider d'appliquer des droits de douane sur plus de 93 milliards d'euros de produits américains dès le 6 février. Seraient entre autres visés des produits variés comme des motos, ou encore du chewing-gum et du beurre de cacahuète.

Autre levier actionnable : l'UE, qui doit encore ratifier l'accord commercial conclu cet été avec les Etats-Unis, pourrait décider de suspendre le processus de ratification. Alors que les Européens sont les grands perdants de cet accord - qu'ils considéraient jusqu'alors comme le prix à payer pour maintenir le soutien des Etats-Unis à l'Ukraine -, les récentes menaces de Donald Trump pourraient inciter l'UE à revoir sa copie. Un scénario dont l'économie américaine sortirait fortement impactée.

Fatal "bazooka", outil jamais utilisé

Une autre option serait celle de l'activation de l'instrument anti-coercition (ACI) de l'UE, conçu à l'origine pour contrer les intimidations de la Chine. Egalement surnommé "bazooka", cet outil donnerait au bloc une marge de manœuvre importante pour mettre en œuvre des contrôles à l'exportation, imposer des droits de douane sur les services, restreindre les droits de propriété intellectuelle. Mais également pour limiter la capacité des entreprises américaines à accéder aux marchés publics en Europe, notamment dans le secteur stratégique du numérique.

Pour que cet outil puisse être utilisé contre les Etats-Unis, la Commission européenne, organe exécutif de l'UE, devrait alors obtenir l'approbation d'un peu plus de la moitié des Etats membres, représentant au moins 65 % de la population totale de l'Union.

Restrictions militaires, un pari risqué

Outre la voie commerciale, l'Europe pourrait également aller un cran plus loin et imposer des restrictions militaires aux Etats-Unis. Une mesure encore impensable il y a un an, et symptomatique d'une rupture dans les relations transatlantiques. Concrètement, l'Europe pourrait contraindre les Etats-Unis à renoncer à leurs bases militaires sur le continent européen, détaille le New York Times. A l'image par exemple de l'immense base aérienne de Ramstein en Allemagne, qui emploie plus de 12 000 militaires et civils américains.

Une approche qui reste néanmoins plus risquée puisque l'Europe dépend encore largement de l'Amérique pour ses technologies militaires, et est liée à elle par l'Otan et par l'Ukraine. En adoptant de telles mesures, l'Europe pourrait enclencher une escalade dangereuse, et conduire Trump à retirer toutes les forces américaines d'Europe – une perspective qu'aucune des deux parties ne souhaite actuellement, rappelle d'ailleurs le Wall Street Journal.

Mais pour certains experts, cette option n'est pas si irréaliste. Un facteur pourrait changer la donne : l'opinion publique en Europe est devenue plus critique envers les Etats-Unis et presse aujourd'hui ses représentants d'agir avec plus de fermeté. "Beaucoup de gens disent que nous avons clairement franchi une ligne rouge", fait ainsi valoir Brando Benifei, député européen et président de la délégation américaine pour les relations avec les Etats-Unis, dans les colonnes du New York Times.

Giorgia Meloni, négociatrice privilégiée ?

Enfin, dans un scénario plus optimiste, une personne pourrait jouer les intermédiaires et convaincre Donald Trump sans avoir besoin de recourir à des sanctions. Elle n'est autre que Giorgia Meloni, la Première ministre italienne connue pour sa proximité avec Donald Trump. Selon plusieurs analystes, elle pourrait jouer un rôle privilégié pour apaiser les tensions et semble la plus à même de faire reculer le président américain sur le dossier groenlandais.

Giorgia Meloni a d'ailleurs déclaré avoir échangé avec lui dimanche et souligné un "problème de compréhension et de communication" concernant le déploiement de troupes européennes au Groenland. Elle a également précisé que ces déploiements ne devaient pas être interprétés comme une mesure "anti-américaine" et appelé à tout faire pour "éviter l'escalade".

Mais même les observateurs les plus confiants sur l'avenir des relations transatlantiques admettent que la situation actuelle est dangereuse et sans précédent. "C’est une période inquiétante", reconnaît auprès de Politico un haut responsable de l’UE, qui a requis l'anonymat. Et ce dernier de conclure : "Nous devons garder notre calme et continuer d’avancer".

© REUTERS

Les Groenlandais manifestent à Nuuk, capitale de l'île, le 17 janvier 2026 contre le projet d'annexion de Donald Trump.

En Chine, le nombre de naissances n’en finit plus de diminuer

19 janvier 2026 à 13:22

Les pouponnières de l'Empire du milieu se vident. La population chinoise a diminué pour la quatrième année consécutive en 2025, le taux de natalité ayant chuté à un niveau historiquement bas, selon les données officielles publiées ce lundi 19 janvier. Les experts mettent en garde contre une poursuite de ce déclin, alors que la population du pays a diminué de 3,39 millions d'habitants pour s'établir à 1,405 milliard, soit une baisse plus rapide qu'en 2024.

Le nombre total de naissances a chuté à 7,92 millions en 2025, en baisse de 17 % par rapport aux 9,54 millions enregistrés en 2024. Le taux de natalité en Chine a ainsi chuté à 5,63 pour 1 000 habitants. En 2025, il était "sensiblement le même qu'en 1738, lorsque la population chinoise n'atteignait qu'environ 150 millions d'habitants", relève auprès de Reuters Yi Fuxian, démographe à l'Université du Wisconsin-Madison.

Parallèlement, le nombre de décès a quant à lui augmenté pour atteindre 11,31 millions, contre 10,93 millions en 2024, d'après les chiffres du Bureau national des statistiques (BNS) chinois. Le taux de mortalité en 2025, à 8,04 pour 1 000 habitants, est le plus élevé depuis 1968.

La population chinoise diminue depuis 2022 et vieillit rapidement, ce qui complique le plan de Pékin visant à stimuler la consommation intérieure et à maîtriser la dette. Le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans a atteint environ 23 % de la population totale, selon les données du BNS. D'ici 2035, ce nombre devrait atteindre 400 millions, soit l'équivalent de la population cumulée des États-Unis et de l'Italie. Cela signifie que des centaines de millions de personnes quitteront le marché du travail à un moment où les budgets des retraites sont déjà sous tension. "Moins de naissances signifie moins de travailleurs à venir pour subvenir aux besoins d’une population de retraités en forte croissance", résume le New York Times.

Les autorités font la promotion du mariage et de la procréation

Les autorités s'efforcent de promouvoir une vision positive du mariage et de la procréation afin de contrer les effets de la politique de l'enfant unique, en vigueur de 1980 à 2015. Cette politique, bien qu'ayant contribué à la lutte contre la pauvreté, a profondément transformé les familles et la société chinoises. En Chine, le nombre de mariages a chuté d'un cinquième en 2024, soit la plus forte baisse jamais enregistrée, avec seulement 6,1 millions de couples s'enregistrant, contre 7,68 millions en 2023. A noter que le taux de mariage est généralement un indicateur avancé du taux de natalité dans le pays.

Selon les démographes, la décision prise en mai 2025 d'autoriser les couples à se marier partout dans le pays et non plus seulement dans leur lieu de résidence devrait entraîner une hausse temporaire des naissances. Au troisième trimestre 2025, le nombre de mariages a augmenté de 22,5 % par rapport à l'année précédente pour atteindre 1,61 million. Cependant, pour de nombreux jeunes, le coût élevé d'élever un enfant est particulièrement décourageant dans un contexte de ralentissement économique et de crise du logement. "Face aux difficultés économiques de la Chine, les jeunes pourraient préférer attendre et voir, ce qui n'est pas de bon augure pour la natalité", a assuré au New York Times Wang Feng, professeur de sociologie à l'Université de Californie à Irvine.

180 milliards de yuans pour booster la natalité

Par ailleurs, les décideurs politiques ont fait de la planification démographique un élément clé de la stratégie économique du pays et, d'après les estimations de Reuters, Pékin doit faire face cette année à un coût potentiel total d'environ 180 milliards de yuans (25,8 milliards de dollars) pour stimuler la natalité. Les principaux postes de dépenses sont la subvention nationale pour enfants, introduite pour la première fois l'année dernière, ainsi que l'engagement pris, en 2026, de prendre en charge l'intégralité des frais médicaux, y compris la fécondation in vitro (FIV), par le biais de l'assurance maladie nationale.

La Chine affiche l'un des taux de fécondité les plus bas au monde, avec environ un enfant par femme, bien en deçà du seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme). D'autres économies d'Asie de l'Est, comme Taïwan, la Corée du Sud et Singapour, affichent des taux de fécondité tout aussi faibles, d'environ 1,1 enfant par femme. En Chine, le nombre de femmes en âge de procréer (défini par l'ONU comme les femmes âgées de 15 à 49 ans) devrait diminuer de plus des deux tiers pour atteindre moins de 100 millions d'ici la fin du siècle.

© Reuters

Le président chinois Xi Jinping a fait de la planification démographique un élément clé de la stratégie économique du pays.

Groenland : le dilemme cornélien des Européens face au chantage de Donald Trump

19 janvier 2026 à 12:26

Le chantage de Donald Trump sur le Groenland place l’Europe face à un dilemme cornélien : soit elle sacrifie sa sécurité en défiant l’Amérique, soit elle renie ses principes fondateurs en cédant à la pression. Dans le premier cas, elle prend le risque de saborder l’Otan, alors qu’elle n’est pas prête à affronter seule la menace stratégique que fait peser la Russie de Vladimir Poutine. Dans l’autre, elle acte la fin de l’Union européenne en tant qu’entité géopolitique capable de défendre ses intérêts dans un monde hostile.

Militairement, le match est plié. Aucun pays européen, seul ou en coalition, ne peut faire échec à une annexion de l’île arctique par Washington. Mais Donald Trump a déplacé le bras de fer sur le terrain économique en menaçant le Danemark et les sept pays européens qui l’ont soutenu ouvertement, dont la France et l’Allemagne, de droits de douane supplémentaires s’ils persistaient à se mettre en travers de son chemin.

Paradoxalement, le président américain prête ainsi le flanc à une possible riposte des Européens, puisque contrairement à leur rang militaire, leur puissance économique leur permet de rivaliser avec les États-Unis. L’escalade sur le Groenland entérine l’échec de la tactique suivie depuis un an - apaiser Trump en espérant qu’il se modérera. Mais l’alternative, rendre coup pour coup, n’est pas simple pour des Européens biberonnés depuis des décennies au poison de la dépendance à l’égard de l’Amérique.

L’Europe aurait beaucoup à perdre d’un divorce. Son renforcement militaire est beaucoup trop frais pour être tangible ; sa dissuasion nucléaire repose essentiellement sur Washington ; malgré ses efforts, elle n’arrive toujours pas à compenser l’arrêt des donations d’armes américaines à Kiev ; une fracture de l’Alliance atlantique ferait le jeu de la Russie. En outre, l’Europe n’a qu’un attachement très relatif au Groenland. La manière dont elle a négligé d’y investir depuis le début du siècle en témoigne, alors que d’évidence, le changement climatique ne pouvait qu’accroître la dimension stratégique de l’immense territoire.

La racine de sa sécurité

En revanche, elle tient à quelques principes qui sont à la racine de sa sécurité depuis les deux guerres mondiales du siècle passé : le respect de la souveraineté des Etats, même les plus petits, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes - et donc le droit du Groenland à l’indépendance - et le respect des frontières existantes. Si les pays européens renoncent à ces principes dans l’Arctique, quels arguments auraient-ils pour continuer à s’opposer à l’invasion russe de l’Ukraine ?

Après avoir servi les intérêts américains pendant si longtemps, c’est un sentiment d’abandon et même de trahison qui domine dans beaucoup de capitales européennes face à Donald Trump, qui refuse d’exclure l’emploi de la force. La conquête d’un territoire est le degré suprême de l’hostilité dans les relations internationales. Au sein d’une alliance comme l’Otan, une telle tentative d’extorsion est sans précédent. Trump n’a certes pas le pouvoir de retirer les États-Unis de l’Alliance atlantique sans un feu vert bien improbable du Sénat. Il pourrait cependant employer toute une série d’outils pour contraindre les Européens à la soumission.

Quatre ans après le lancement par la Russie d’une guerre existentielle sur le continent, le défi trumpien plonge les Européens dans une nouvelle crise aux multiples facettes : politique, sécuritaire, économique, commerciale… Face à l’Amérique, ils ont deux armes à leur disposition : la riposte douanière d’une part, en mettant en œuvre les droits de 93 milliards d’euros au total qu’ils avaient menacé d’infliger à l’été 2025, et l’instrument anticoercition, qui autorise l’UE à décréter des sanctions économiques contre une puissance qui voudrait la contraindre. Mais s’affirmer comporte des risques. Comme souvent, l’Europe est tentée de tergiverser. Ce serait pourtant, une fois de plus, une manifestation de faiblesse. Et une invitation au président américain à aller toujours plus loin.

© REUTERS

Donald Trump lors d'une cérémonie à Mar-a-Lago, en Floride, le 16 janvier 2026.

Gaza : 1 milliard de dollars, le coût exorbitant d’un siège au Conseil de la paix de Donald Trump

19 janvier 2026 à 12:01

Un milliard de dollars en espèces pour un siège permanent. C’est le prix fixé par Donald Trump pour rejoindre le "Conseil de la paix", une nouvelle instance internationale voulue par le président américain. Des informations apportées par Bloomberg et confirmées par des responsables haut placés sous couvert d’anonymat. Dans un message publié sur Truth Social, l'ex-magnat de l'immobilier décrit son nouveau jouet diplomatique comme "le conseil d'administration le plus important et le plus prestigieux jamais réuni, quels que soient le lieu et le moment". Tant pis si les contours et les ambitions soulèvent déjà de nombreuses interrogations diplomatiques.

Initialement conçu pour superviser la reconstruction de Gaza, ce Conseil a été formellement approuvé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée en novembre 2025. Le texte saluait la création d’une administration de transition chargée de définir le cadre et de coordonner le financement de la reconstruction de l’enclave palestinienne, dévastée par deux années de guerre. D'après les Nations unies, près de 80 % des bâtiments de Gaza ont été endommagés ou détruits, et une grande partie de ses quelque deux millions d’habitants vit encore sous des tentes, au milieu de millions de tonnes de gravats.

Selon le projet de charte de ce "Conseil de la paix", dont des copies ont été consultées par le New York Times et Reuters, les États invités à rejoindre l'initiative pourront siéger pour un mandat de trois ans. Mais l’adhésion permanente est réservée à ceux qui seront prêts à verser plus d’un milliard de dollars dès la première année. Dimanche 18 janvier, la Maison-Blanche a précisé que cette adhésion sans restriction de temps visait à récompenser "les pays partenaires qui font preuve d’un engagement profond en faveur de la paix, de la sécurité et de la prospérité".

Une alternative au Conseil de sécurité de l'ONU ?

Cependant, plusieurs zones de flou demeurent, à commencer par les limites de ce nouveau prototype d'organe diplomatique. La charte dévoilée ne mentionne à aucun moment Gaza. Cette absence alimente les spéculations sur un mandat potentiellement plus large, qui pourrait s’étendre à d’autres conflits internationaux.

Certains diplomates y voient même l’ébauche d’une alternative au Conseil de sécurité de l’ONU, dominée par les États-Unis, alors que Donald Trump n’a jamais caché sa défiance envers les institutions multilatérales, comme le rappelle le New York Times. À noter que Washington, tenu de verser 22 % du budget ordinaire de l'ONU, doit actuellement 1,5 milliard de dollars, selon des responsables de l'ONU.

Selon les documents consultés, le président américain doit d'ailleurs assurer la présidence, à vie, de cette nouvelle instance. Son conseil d’administration comprendrait notamment le secrétaire d’État américain Marco Rubio et Jared Kushner, gendre de Donald Trump.

La Hongrie, seul pays à avoir accepté l'invitation

Pour que ce Conseil de la paix fonctionne, il faut remplir ses rangs : les invitations ont été envoyées au cours du week-end à une soixantaine de pays. Plusieurs gouvernements ont confirmé les avoir reçues, dont l’Argentine, le Canada, l'Inde, l’Égypte et la Turquie. Le roi Abdallah II de Jordanie a également été convié, a annoncé le ministère jordanien des Affaires étrangères. Même la Russie a reçu une invitation, a fait savoir le Kremlin ce lundi, précisant qu'il étudiait la proposition et espérait des contacts avec Washington à ce sujet.

Les réactions internationales restent toutefois prudentes à ce stade. Selon des diplomates cités par Reuters, de nombreux gouvernements redoutent que cette initiative ne fragilise davantage le rôle des Nations unies. Seule la Hongrie, proche alliée de Donald Trump, a accepté sans réserve l’invitation. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a lui indiqué avoir donné un accord de principe au Conseil de paix pour Gaza, tout en soulignant que les modalités restaient à définir. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a déclaré que son pays était "prêt à faire sa part", sans plus de précisions.

Le mandat du Conseil, tel qu’autorisé par l’ONU, est pour l’heure limité au conflit à Gaza et expire en 2027. La Russie et la Chine s’étaient abstenues lors du vote, estimant que la résolution ne conférait pas à l’ONU un rôle suffisamment clair dans l’avenir de l’enclave. Reste à savoir si ce nouveau "Conseil de la paix" saura dépasser les ambiguïtés de son mandat, et si son nom tiendra toutes ses promesses.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump a vanté le "conseil d'administration le plus prestigieux jamais réuni".

Camille Alexandre : "En Iran, le système tient bon, on ne voit pas de fissure à ce stade"

19 janvier 2026 à 05:45

La répression par le régime des mollahs de l’aspiration à la liberté exprimée dans la rue par les Iraniens a fait des milliers de morts depuis le début de l’année, selon les estimations d’organisations de défense des droits de l’Homme. Fin connaisseur des arcanes de ce régime théocratique, Camille Alexandre, un expert français des relations internationales, analyse l’impasse dans laquelle la République islamique a conduit l’Iran. Persanophone et arabophone, l’auteur a publié l’an dernier deux livres très documentés qui dissipent beaucoup d’idées reçues sur le sujet, Le régime iranien à livre ouvert et Le Proche-Orient iranien, les deux aux éditions Odile Jacob. Entretien.

La République islamique, fondée il y a 47 ans, vit-elle ses derniers instants ?

Le mécontentement grandit et s’étend. On remarque sur le temps long une nette accélération des manifestations, avec une convergence des revendications économiques, sociales et politiques. En face, on ne discerne à ce stade aucun signe que le régime souhaite transiger. Avec l’administration Trump peut-être, mais pas avec sa population.

Au-delà de la répression féroce qu’il mène, sur quels piliers s’appuie le régime pour résister au mécontentement du peuple ?

D’abord, sur ceux qui ont vécu l’instauration d’un régime islamique comme une libération et qui lui restent fidèles, notamment les Bassidji, les miliciens chargés du maintien de l’ordre, qui éprouvent une satisfaction de classe à le faire régner. Il y a, plus largement, le corps des Gardiens de la révolution, qui reste un pilier du régime. Il y a enfin le clergé, qui fait bloc, mais aussi les hauts fonctionnaires de l’État. Le système tient bon, et à ce stade on ne voit pas de fissure dans l’appareil sécuritaire. En revanche, certaines franges de la population sont de plus en plus mécontentes et de plus en plus vocales. C’est le cas non seulement de la jeunesse et des classes éduquées, mais aussi des minorités. La colère grandit dans les marges, notamment chez les Baloutches et les Kurdes. Le mouvement "Femme, Vie, Liberté" est né au Kurdistan, Mahsa Amini était kurde. Aujourd’hui aussi, le Kurdistan est aux avant-postes. C’est là que la répression est la plus sanguinaire.

Le rôle des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime, va croissant au fil des ans. L’Iran est-il encore une théocratie dirigée par le clergé chiite, ou plutôt un régime militaire ?

La République islamique est une théocratie : c’est son identité fondamentale et même sa raison d’être. La montée en puissance des Gardiens ne signifie nullement leur domination sur le système, encore moins sur le clergé. Le commandant en chef des armées est le Guide suprême, dont le bureau dispose par ailleurs de représentants insérés dans toutes les institutions, dont les Gardiens, et dont la fonction est de contrôler chaque pan du système. Les Gardiens sont aussi dotés de leur propre service de renseignement, certainement le plus implacable, créé pour contrôler la moindre dissidence en leur sein, et qui est aussi tenu par le clergé. Enfin le clergé supervise les fondations pieuses, donc les finances et les subsides. C’est une illusion de croire que la montée en puissance des Gardiens, qui est réelle, serait synonyme de perte d’influence concomitante du clergé.

On distingue souvent deux factions au sein du régime, les réformateurs et les radicaux. Vous écrivez que ce pluralisme n’est qu’un leurre et que les leviers du pouvoir ont toujours été aux mains des ultras…

Le "réformateur", n’existe pas en Iran. Ceux qu’on appelle ainsi improprement en français, les eslahtalaban en persan, demandent non pas des réformes mais des corrections (eslah) du système, dans l’objectif précisément de le perpétuer. En outre, ils s’articulent sans problème avec le pouvoir. Ainsi des élections présidentielles : le Conseil des gardiens de la Constitution, organe qui dépend du Guide, a permis à l’actuel président dit réformateur, Massoud Pezeshkian, de concourir. Pourquoi ? Parce que le Guide voulait à ce moment-là un président "réformateur", utile face à l’Occident dans l’espoir de rouvrir les négociations nucléaires. Cela n’a aucune incidence sur les fondements du régime ni sur ses choix sécuritaires.

Pourquoi le régime hait-il les États-Unis et Israël ?

A sa naissance, le régime est aussi antiaméricain qu’antisoviétique. "Ni Ouest, ni Est, république islamique" était son slogan : face aux deux grands, tout aussi impies l’un que l’autre, l’islam n’est pas une troisième voie mais la seule voie possible d’un gouvernement qui soit en accord avec Dieu. D’autre part, la République islamique incarne la revanche des déshérités (mostaz’afin) contre les arrogants (mustakbarin) et les idolâtres (taghut), concepts coraniques centraux dans la doctrine khomeyniste. Les pires idolâtres, ce sont le Chah et l’Amérique, le "Grand Satan". Et bien sûr Israël, "tumeur cancéreuse" et première cible à abattre car elle souille la terre d’islam. Il est du devoir de tout musulman de libérer cette Terre sainte. Le 7-Octobre est le premier coup porté par cette idéologie dans cet objectif. Il faut rappeler que la charte du Hamas, comme d’autres, mentionne explicitement le khomeynisme comme source d’inspiration spirituelle, au-delà même du financement et de l’armement.

Cela explique-t-il la volonté si opiniâtre de la République islamique de se doter de la bombe atomique ?

Il faut y voir une volonté d’affirmer un leadership sur le monde musulman mais aussi une volonté de dissuasion. Khomeyni renonce d’abord au programme nucléaire initié par le Chah, mais la guerre Iran-Irak a changé les choses et depuis, l’objectif n’a pas varié. Depuis vingt ans, la trajectoire vers la bombe est nette, ascendante et sans reflux, malgré tous les affichages à une disponibilité au dialogue et malgré l’accord nucléaire de 2015.

Pourquoi la République islamique met-elle tant de rigueur à contrôler les mœurs, notamment des femmes ?

Ce régime se pense comme une défense civilisationnelle face aux idolâtres. D’où la centralité du concept d’infiltration (nofouz). La modernité occidentale est vue comme un ennemi qui cherche à s’infiltrer. Ce fut dès le départ théorisé par des intellectuels iraniens éduqués notamment en France et proches des milieux de gauche. Ali Shariati par exemple, proche de Sartre et qui disait être choqué par la "prostitution" dans les rues de Paris parce que les Parisiennes étaient court vêtues, a théorisé la synthèse entre le marxisme et l’islam chiite, les mostaz’afin étant les nouveaux prolétaires. L’écrivain Jalal Al-e Ahmad a fustigé "l’occidentalité", la maladie de l’Occident. Pour s’en défaire, il faut revenir aux origines pures de l’islam. Le khomeynisme puise directement dans ces inspirations.

Dans quelle mesure le régime a-t-il été affaibli par les coups portés ces deux dernières années aux supplétifs de l’Iran, le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien, le régime d’Assad en Syrie ?

Il a été largement affaibli, d’autant que "l’Axe de la résistance" orchestré par l’Iran avait sous-estimé l’ampleur du traumatisme causé en Israël par le 7-Octobre, premier pogrom depuis la Shoah mais surtout premier pogrom dans le sanctuaire juif qu’était censé être l’Etat d’Israël, ce qui explique la détermination inébranlable d’Israël à en venir à bout. Nous n’avons pas fini d’en voir les conséquences. La chute du régime iranien pourrait en faire partie, comme d’ailleurs l’enterrement de toute perspective d’un État palestinien.

Le guide Khamenei, qui a bientôt 87 ans, prépare-t-il sa succession ? Peut-on en attendre une évolution du régime ?

On a beaucoup parlé de son fils, intégré depuis longtemps au cœur du régime. Mais l’hypothèse divise, car elle rappelle l’aspect dynastique de la monarchie. On parle de placer un Guide plus modéré, qui conviendrait mieux aux Américains. A cet égard, il faut rappeler que Khamenei, quand il a succédé à Khomeyni à sa mort en 1989, n’avait pas la légitimité religieuse suffisante pour pouvoir prétendre aux plus hautes fonctions. Son rival Rafsandjani notamment, pariait sur un affaiblissement de la fonction de Guide après la mort du fondateur. Mais en fin tacticien, Khamenei a su fermement consolider un pouvoir absolu. Il n’est pas exclu que l’histoire se répète.

Pourquoi l’opposition n’a-t-elle jamais réussi à se structurer et à s’unifier depuis 47 ans ?

Il y a beaucoup de divisions, parfois des querelles d’ego. Le fils du Chah souffre de n’avoir jamais vécu dans le pays depuis la révolution. On a vu des tentatives de convergence en 2023 pendant le mouvement "Femme, Vie, Liberté", mais cela a fait long feu. Il y a tant fragmentation de l’opposition en exil que dichotomie entre celle-ci et les manifestants dans le pays, qui obéissent à des mots d’ordre spontanés et peinent à se structurer.

Les Moudjahidine du Peuple ont-ils encore une audience en Iran ?

Beaucoup d’Iraniens, à l’instar d’ailleurs du régime, les considèrent comme des traîtres car ils ont pris les armes contre leur pays durant la guerre Iran-Irak.

Le prince héritier incarne-t-il une perspective crédible ?

Ce n’était pas le cas encore récemment. Néanmoins, on entend des Iraniens de plus en plus nombreux qui s’y résignent, faute d’alternative. Lui propose de diriger une transition de 18 mois jusqu’à des élections libres. La vraie question est de savoir si cette solution serait acceptable par les États-Unis, qui semblent avoir le destin du pays en main, davantage malheureusement que le peuple iranien.

© UPI/MAXPPP

Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, prononce un discours à Téhéran, en Iran, le vendredi 9 janvier 2026.

Etats-Unis : le bouclier spatial "Dôme d'or" est une fausse excuse pour annexer le Groenland

18 janvier 2026 à 17:35

Mercredi 14 janvier, Donald Trump dégaine un nouvel argument sur Truth Social : "Les États-Unis ont besoin du Groenland. Il est vital pour le Golden Dome que nous construisons." La phrase tombe à point nommé : depuis des semaines, le président américain tente de justifier pourquoi Washington devrait mettre la main sur l’île arctique, pour laquelle il est prêt à se mettre l'Europe à dos en menaçant huit pays européens de droits de douane punitifs pour s'être opposés à son projet d'annexion.

Cette fois, il lie directement son obsession groenlandaise à son grand projet de bouclier antimissile, ce "Dôme d’or" censé protéger le territoire américain. Sauf qu’actuellement rien n’oblige les États-Unis à acquérir le Groenland pour mettre en place ce bouclier comme l'a détaillé Politico : l’accès à l'île existe déjà, les alternatives aussi, et l’architecture même du programme réduit l’intérêt d’acquérir un nouveau territoire terrestre.

Une localisation stratégique, mais loin d'être indispensable

Dans le récit présidentiel, le Groenland serait la pièce manquante d’un dispositif stratégique. Dans la réalité, l’armée américaine y est installée depuis longtemps, et elle n’y est pas tolérée par hasard : les Etats-Unis ont implanté Pituffik, une base spatiale américaine, sur la côte nord-ouest de l'île. Cette présence ne repose pas sur un arrangement improvisé : un accord de défense conclu en 1951 avec le Danemark encadre la coopération et garantit un accès régulier aux Américains. Entre autres, Pituffik sert déjà à repérer des départs de missiles en direction du continent américain, à surveiller l’espace et à suivre certains mouvements sous-marins.

Si le Pentagone voulait aller plus loin et ajouter des équipements, capteurs supplémentaires ou même intercepteurs, la logique serait diplomatique : négocier avec Copenhague dans le cadre existant. Autrement dit, si l’objectif affiché est bien celui de renforcer une architecture de défense, l’annexion n’apporte rien de nécessaire.

Politico évoque une seconde raison : la localisation du Groenland. L'île peut effectivement être intéressante pour des intercepteurs terrestres capables de viser des missiles qui viendraient de Russie ou du Moyen-Orient vers les Etats-Unis. Mais l'armée américaine a d'autres possibilités sur des territoires qu'elle contrôle déjà.

Selon un ancien responsable de la Défense cité par le média américain, le Pentagone a étudié divers emplacements, et Fort Drum, base de l’armée dans le nord de l’État de New York, revient régulièrement comme candidat solide après des analyses approfondies de la Missile Defense Agency. Le Groenland ne paraît pas offrir un meilleur emplacement que Fort Drum pour ce type de déploiement.

Troisième raison : le "Dôme d'or", tel qu’il est présenté, n’est pas pensé comme une simple extension de sites terrestres. Une partie clé du projet se joue au-dessus de la Terre, avec des capteurs et des intercepteurs basés dans l’espace, capables de détecter et de neutraliser une menace très tôt. Dans cette logique, la valeur stratégique d’un territoire supplémentaire diminue mécaniquement.

Un projet inspiré d'Israël

L'idée du "Dôme d'or" est revenue sur le devant de la scène dès le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Sur le papier, il s’inspire en partie de l’Iron Dome israélien, un système efficace contre des roquettes à courte portée. En revanche, l’échelle américaine est sans commune mesure, et les menaces visées ne sont pas les mêmes. Là où Israël intercepte des projectiles plus proches, les États-Unis voudraient contrer des salves de missiles longue portée et même des systèmes de bombardement orbital fractionné (FOBS).

A l'époque, Donald Trump avait parlé d’un plan à 175 milliards de dollars sur trois ans, et une première enveloppe de 25 milliards avait été inscrite dans le projet de loi budgétaire, tout en laissant entendre que le coût réel pourrait exploser sur plusieurs décennies. À ce stade, une chose est sûre : le Golden Dome n’est pas encore une réalité opérationnelle, et son architecture exacte reste floue.

© REUTERS

Le vice-président américain JD Vance visite la base spatiale militaire américaine de Pituffik au Groenland, le 28 mars 2025.

"Nicolas Maduro a été trahi par celle qui lui a succédé" : les révélations exclusives d’un consultant de la DEA

19 janvier 2026 à 17:05

Rares sont ceux qui connaissent mieux le "dossier Maduro" que Martin Rodil, enquêteur et consultant américano-vénézuélien pour le compte de l'agence antidrogue Drug Enforcement Agency (DEA) qui est l'origine de l'arrestation de l'ex-président emprisonné à New York. Depuis plus de quinze ans, ce spécialiste des enquêtes financières et de la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent accumule les éléments à charge et les témoignages contre le régime chaviste tout en documentant ses liens avec Cuba, l'Iran, le Hezbollah libanais et d'autres organisations terroristes comme la guérilla colombienne des Farc et, évidemment, avec différents cartels de la drogue.

Avec son associé Gary Berntsen – une légende vivante de la CIA qui a multiplié les actions spectaculaires en Amérique centrale, au Liban et en Afghanistan, notamment à la poursuite d'Oussama Ben Laden – Martin Rodil a exfiltré et confessé plus d'une centaine de Vénézuéliens, parmi lesquels l'ancien garde du corps d'Hugo Chavez et d'autres repentis du chavisme. Cette masse d'information a alimenté le dossier d'accusation contre Nicolas Maduro, dont Martin Rodil assure qu'il a été trahi par son entourage et qu'il finira sa vie en prison... à moins qu'il ne se décide à trahir à son tour en collaborant avec la justice américaine.

L'Express : Après deux semaines d'incarcération au pénitencier de Brooklyn, quelles sont les conditions de vie et l'état d’esprit de Nicolas Maduro ?

Martin Rodil : L’ex-président se trouve dans une cellule individuelle, surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans un secteur de la prison où se trouvent habituellement les détenus "VIP" comme le rappeur Sean Combs, alias P. Diddy, ou Luigi Mangione [NDLR : le jeune homme qui a abattu un PDG de compagnie d'assurances en plein Manhattan fin 2024]. Nicolas Maduro découvre la vie carcérale et se trouve dans le même état d’esprit que tous les nouveaux prisonniers "VIP" en phase de transition vers la réalité de la prison.

Voilà peu, il dirigeait encore – certes illégitimement – un Etat avec tout ce qui va avec : le protocole, les gardes du corps, les honneurs, le pouvoir absolu. Aujourd'hui, d'après les infos que je reçois, il continue d’avoir des exigences, se plaint de la qualité de la nourriture, du froid, explique qu’il veut passer des appels ou avoir accès à telle information. Les gardiens lui répondent que c’est impossible et il a du mal à comprendre que, dans le système pénitentiaire américain, n'existent aucun privilège ni faveur. Sa femme Cilia Flores est probablement dans le même état d'esprit.

Martin Rodil, enquêteur et consultant de l'angence antidrogue Drug Enforcement Agency (DEA).
Martin Rodil, enquêteur et consultant de l'angence antidrogue Drug Enforcement Agency (DEA).

Progressivement, il prend conscience de ce qui lui arrive : il n’est déjà plus qu’un prisonnier lambda, entre quatre murs, dont le quotidien est rythmé par des échanges avec ses avocats, lesquels prennent connaissance des éléments à charge accumulés depuis plus de quinze ans contre leur client. Il ne peut pas entrer en contact avec sa femme Cilia Flores, qui se trouve dans la même prison, mais dans un autre bâtiment, avec les femmes. Elle et lui ne se verront probablement plus jamais. Nicolas Maduro risque de finir sa vie dans une prison "Supermax" de haute sécurité, peut-être en compagnie du chef du cartel mexicain de Sinaloa, "El Chapo" Guzman. Son cas se rapproche en effet de celui Manuel Noriega, le président du Panama arrêté en 1989 par l'armée américaine, condamné à quarante ans de prison aux Etats-Unis pour trafic de drogue.

Pourquoi le Centre de détention fédéral de Brooklyn a-t-il mauvaise réputation ?

Il n’existe pas de prison agréable aux Etats-Unis. Toutes sont terribles. Celle de Brooklyn est probablement un peu plus sinistre que les autres parce qu’elle est ancienne. Je l’ai visitée à plusieurs reprises afin d’interroger des détenus. Le confort y est minimal.

Nicolas Maduro peut-il espérer négocier une réduction de peine dans le cadre d’un programme pour repentis ?

Ce genre d’accord existe bel et bien aux Etats-Unis. Mais, dans son cas, le problème est qu’il peut difficilement livrer de gros poissons. Dans la pyramide du pouvoir, il était au sommet. Surtout, le dossier d'accusation contre lui, bâti depuis près de vingt ans, est lourd et bien documenté. Il pourrait, c'est vrai, confesser des crimes ou révéler l'existence de flux financiers impliquant d’autres présidents d’Amérique latine ou dirigeants du monde qui l’ont aidé à faciliter le transport de drogue ou à blanchir de l’argent, ce qui pourrait inclure des élus ou fonctionnaires américains. Nous avons établi que le sommet de l’Etat vénézuélien, autrement dit le "cartel des Soleils", a financé des campagnes politiques dans plusieurs pays étrangers comme le Honduras et certaines nations insulaires des Caraïbes. Combien de dirigeants internationaux Maduro a-t-il financés ? Dans quels pays ? Ces questions intéressent hautement les enquêteurs. C'est un sujet qui dépasse l’Amérique latine : certains pays européens sont concernés.

Si Maduro coopère avec la justice, attendez-vous à des rebondissements

Martin Rodil

Lesquels ? La France ?

N’oubliez pas qu'une saisie record de 1,3 tonne de cocaïne pure a été effectuée en septembre 2013, à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle. La marchandise était répartie dans 31 valises à bord d’un vol Air France en provenance de Caracas. Concernant le financement de dirigeants politiques, certains partis, certains leaders et certains élus européens ont reçu de l’argent de Caracas. Je ne peux pas vous révéler lesquels sans perturber l’enquête toujours en cours.

Pensez-vous que Maduro se "mettra à table" ?

C'est peu probable. Cela exigerait de sa part un changement d’attitude à 180 degrés. Pour le moment, il se comporte comme un président persuadé qu’il va bénéficier d’une amnistie (il a visiblement en tête que, sous Joe Biden, plusieurs Vénézuéliens avaient été libérés dans le cadre d’un accord d’échange de prisonniers). Or, dans le système judiciaire américain, la tradition est la suivante : l'accusé doit plaider coupable et déclarer qu'il est prêt à coopérer à fond avec la justice en échange d'une réduction de peine. Sa coopération doit alors être absolue. Il doit tout balancer. Todo (tout) ! Y compris ce qui concerne sa propre famille. Je suis certain que ses avocats lui expliqueront tout cela en lui précisant qu'il n'existe aucun moyen de finasser : dans ce scénario, c'est tout – c'est-à-dire une coopération totale – ou rien.

S'il choisit de coopérer, attendez-vous à des rebondissements internationaux parce que la justice américaine lui en demandera plus qu'à n'importe qui d'autre, en raison de son profil élevé. Mais nous sommes loin de ce scénario : lorsqu’il a été présenté devant un juge le 5 janvier, Maduro a plaidé non coupable. Aujourd’hui, sa ligne de défense est : "Je suis le président du Venezuela" ; "Je suis un homme bon" ; "Je suis innocent". Son horizon judiciaire me paraît très bouché...

Affiche publiée par l'agence antidrogue Drug Enforcement Agency (DEA)
Affiche publiée par l'agence antidrogue Drug Enforcement Agency (DEA)

Depuis la capture de Maduro, la situation politique du Venezuela paraît inchangée. Que se passe-t-il ?

Delcy Rodríguez, qui a succédé à Maduro, et son frère Jorge Rodríguez, qui contrôle le pouvoir législatif, sont des gens extrêmement ambitieux et, accessoirement, beaucoup plus intelligents que Nicolas Maduro. Il est clair que "Delcy" – qui est tout autant une criminelle que son prédécesseur et dont le fiancé d’origine libanaise Yussef Abou Nassif est soupçonné de liens avec le Hezbollah – a trahi Nicolas Maduro.

Elle l’a "vendu" à Donald Trump en pensant qu’elle aurait ainsi un "deal" avec lui. Mais en réalité, elle est dans une situation impossible avec, d’un côté, le couteau des cartels pointé sur sa jugulaire et, de l’autre, le pistolet de Trump collé à sa tempe – le "pistolet" étant le porte-avions USS Gerald R. Ford au large de ses côtes. Delcy Rodriguez pensait que Trump l’avait conviée à une fête afin qu’elle poursuive tranquillement le mandat de Maduro jusqu’à son terme dans cinq ans. Mais, en réalité, elle a été invitée à des funérailles, celles du cartel des Soleils. Et c'est elle qui est aujourd'hui la maîtresse de cérémonie chargée d'exécuter les instructions venues de la Maison-Blanche.

Après la capture de Nicolas Maduro, la vice-présidente du pays en a pris la tête conformément à la décision de la Cour suprême vénézuélienne.
Après la capture de Nicolas Maduro, la vice-présidente du pays en a pris la tête conformément à la décision de la Cour suprême vénézuélienne.

Pourquoi le millier de prisonniers politiques du régime chaviste n'ont-ils toujours pas été libérés ?

Très simple: l’appareil policier et les prisons sont contrôlés par le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello, lequel réclame des garanties pour sa vie avant de libérer les prisonniers politiques. Aussi longtemps que les Etats-Unis ne lui offriront pas de garanties, il ne libérera personne. Il sait que le président Trump pourrait lui réserver le même traitement qu'au général iranien Soleimani, éliminé par une frappe chirurgicale en Irak en 2020. Le cas de "Diosdado" est particulier dans la mesure où ses crimes ne relèvent pas seulement du trafic de drogue. De manière claire et quasiment revendiquée, il est un assassin doublé d’un tortionnaire. C'est lui qui contrôle les centres de torture du Venezuela comme l’Hélicoïde de Caracas ou la Tumba (la tombe), un goulag tropical souterrain qui compte 17 cellules dans le sous-sol de la capitale.

Quid du ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez ?

Lui, c’est différent parce qu’il contrôle les forces armées. Pour le moment, les Etats-Unis, qui visent la stabilité du Venezuela, ont besoin de Padrino. Washington se montre prudent et, le moment venu, négociera avec lui pour lui proposer de s'exiler, par exemple, à Moscou, non sans avoir préalablement transféré ses pouvoirs à un successeur.

Et "Nicolasito", le fils de Nicolas Maduro ?

Il finira en prison à un moment ou un autre. C’est un criminel de plus petite envergure, mais il est symbolique parce qu’il est le fils de son père.

Des commentateurs affirment que le "cartel des Soleils", c'est-à-dire l’organisation mafieuse au sommet de l’Etat vénézuélien, n’existe pas mais qu'il s’agit d’une invention de Donald Trump qui a servi de simple prétexte à la capture de Nicolas Maduro...

Il est naïf de croire que l'arrestation de Maduro répond à un coup de tête de Donald Trump qui voudrait s’emparer du pétrole. Ceux qui croient cela ignorent apparemment que l’enquête du parquet fédéral à Manhattan contre le cartel des Soleils et contre Nicolas Maduro a démarré en 2006. Donald Trump n’avait rien à voir là-dedans et pour cause, il n’était pas au pouvoir.

Le cartel des Soleils offre un parapluie a une constellation de mafias

Martin Rodil

Il faut mesurer que l'accusation contre Maduro repose sur quinze à vingt années d’enquête minutieuse avec un long travail de recueil de preuves, de témoignages, de rapports financiers en possession de la DEA et de la justice américaine. Le 5 janvier, deux jours après son arrestation, la Suisse a d'ailleurs gelé 10 milliards de dollars d'actifs appartenant à Nicolas Maduro. Une telle somme ne correspond pas au salaire d'un président mais à la fortune d’un individu engagé depuis longtemps dans des activités criminelles.

Mais le cartel des Soleils existe-t-il pour autant ?

Evidemment que oui ! Certes, il s’agit d’une structure différente des cartels de Medellin ou de Sinaloa. Et, certes, Nicolas Maduro n’est pas Pablo Escobar ni El Chapo Guzman. Ce que l’on appelle cartel de los Soles désigne une corporation de cartels avec, en son sein, des petits cartels : ceux de Diosdado Cabello [ministre de l’Intérieur], de Vladimir Padrino López [ministre de la Défense], de Tarek el-Aissami [ex-ministre du Pétrole], de Nicolasito [le fils de Nicolas Maduro], des neveux de Cilia Flores [la femme de Maduro], etc. C’est une constellation de groupes criminels qui opèrent sous un seul et même parapluie : celui de l’armée, de la police et des dirigeants vénézuéliens qui contrôlent l’appareil de sécurité et les infrastructures du pays telles que les aéroports et les lieux de stockage permettant de transporter de la drogue d’un point à un autre et de laisser travailler les trafiquants sans que l’armée ou la police s’en mêle. Il s'agit d'une conspiration au plus haut niveau de l’Etat.

Cela ne signifie pas que le cartel de los Soles produise de la drogue. La cocaïne est cultivée dans des champs et produite dans des laboratoires en Bolivie, au Pérou, en Equateur et en Colombie. La marchandise arrive au Venezuela, qui ferme les yeux sur le trafic et sert de "hub" de distribution. Quant au fentanyl, il provient, à l’origine, de Chine. Le Mexique s’est mis à en fabriquer en important de Chine les précurseurs chimiques nécessaires. Mais lorsque la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a mis le holà à ces importations, sous la pression de l’administration Trump, ces précurseurs ont emprunté une autre route, qui passe par le Venezuela, avant d'être redirigés vers le Mexique. Les pilules de fentanyl ne sont donc pas fabriquées au Venezuela. Mais le Venezuela est impliqué dans l'approvisionnement des précurseurs nécessaires à sa fabrication. Le narcotrafic est une industrie aux circuits complexes. Elle ne se résume pas à des étiquettes collées sur des pays et des cartels.

Aux yeux de certains, la capture de Nicolas Maduro constitue une violation du droit international. Quel est votre avis ?

Comment peut-on invoquer le droit international lorsqu’une mafia s’est installée à la place d'un gouvernement ? C'est absurde. Il faut revenir au bon sens. Curieusement, personne n’a jamais invoqué le droit international, ni le droit national et encore moins les droits de l’homme lorsque Nicolas Maduro était au pouvoir et les violait allègrement. Au reste, ses droits en tant que chef d’un Etat peuvent difficilement être invoqués dans la mesure où il usurpait sa fonction depuis sa défaite électorale prouvée du 28 juillet 2024. Ni l’Union européenne, ni les Etats-Unis, ni le Canada ne reconnaissaient à ce chef mafieux la qualité de chef d’Etat.

On peut toujours débattre de la manière dont l'arrestation du 3 janvier a été montée. Tout n’était sans doute pas 100 % légal. Mais y avait-il une autre façon de résoudre le problème ? Maduro aurait-il répondu à une convocation de la justice américaine ? Il fallait aller le chercher. En dernière analyse, Washington a fait prévaloir le droit de 30 millions de Vénézuéliens à retrouver une vie digne, à ne pas être emprisonnés ou tués pour des idées, à ne pas souffrir de la faim et à bénéficier à nouveau, un jour, d’un système de santé qui fonctionne. Les bénéfices de sa capture seront incomparablement supérieurs aux inconvénients.

Les forces américaines ont tué 32 gardes du corps de la garde rapprochée de Nicolas Maduro. Tous étaient Cubains. Quelles conséquences pour La Havane ?

C’est un désastre pour Cuba. D'abord, La Havane nie depuis plus de vingt ans son implication dans la protection d’Hugo Chavez, puis de Nicolas Maduro. Ce mensonge (et d’autres) est maintenant sur la place publique. A cela s’ajoute la supériorité écrasante des forces spéciales américaines sur ceux qui étaient censés protéger le président : les troupes d'élite cubaines, crème de la crème de l'armée castriste, ont été éliminées en cinq minutes. Enfin, il y a l'humiliation. L'écart technologique entre l'armée américaine et les militaires vénézuéliens et cubains est aussi grand que celui entre le Real Madrid ou le PSG et des footballeurs d'un village de province. Le coup porté au prestige cubain est immense. L'avion qui devait récupérer les cadavres des soldats castristes n'a même pas pu atterrir à Caracas ! Les Etats-Unis l'en ont empêché. Il a dû se détourner vers la Colombie ; ensuite, il a fallu traverser le pays par voie terrestre pour chercher les corps.

Les jours de la dictature cubaine sont-ils comptés ?

Depuis six décennies, beaucoup de gens ont prédit sa fin. Tous se sont trompés car les Cubains sont à la fois intelligents, rusés et riches d'une longue expérience politique. Cependant, ils ont perdu la main car ils continuent de réfléchir comme si Reagan, Clinton, Bush ou Obama étaient au pouvoir. Leur logiciel ne parvient pas à comprendre Donald Trump et son imprévisibilité. La Havane a assuré à Nicolas Maduro que les Etats-Unis n'interviendraient pas au Venezuela et qu'il suffisait de gagner du temps jusqu’aux élections de mi-mandat, en novembre prochain, et de miser sur une défaite des républicains pour que la menace Trump s'éloigne.

Cuba était sous respirateur artificiel et Trump vient de le débrancher

Martin Rodil

Les dirigeants cubains n'ont pas mesuré que Trump, qui ne peut se représenter en 2028, pense désormais à la trace qu’il laissera dans l’Histoire. Cuba, dont le leader Miguel Diaz-Canel a le charisme d’une pierre grise, est désormais un patient en soins intensifs. Jusqu'ici, ce patient survivait grâce au respirateur artificiel que constituaient les 70 000 barils de pétrole donnés chaque jour gratuitement par Nicolas Maduro au grand frère cubain. Mais Trump vient de débrancher ce respirateur artificiel.

Combien d’argent Nicolas Maduro et son entourage ont-ils détourné en tout ?

Le Département du Trésor s’est livré à un calcul en analysant les revenus générés, depuis vingt-sept ans, par le pétrole, le gaz, l’or et le trafic de cocaïne (en prenant pour référence le prix de vente du gramme de "coke" à Chicago). Les experts sont arrivés à une fourchette d'estimation allant de 2 700 et 3 500 milliards de dollars [NDLR : soit environ l'équivalent du PIB de la France]. C’est un chiffre vertigineux ! Par comparaison, les revenus de la Cosa Nostra sicilienne, de la mafia calabraise ou du cartel de Sinaloa paraissent dérisoires. L'argent détourné par Nicolas Maduro, Delcy Rodríguez et tous les autres membres du cartel des Soleils a permis au régime chaviste d'acheter et de corrompre tout et n’importe qui, partout dans le monde. Jusqu'à ce que quelqu'un dise stop.

© REUTERS

Nicolas Maduro, ici le 7 février 2019 à Caracas, est emprisonné au Centre de détention fédéral de Brooklyn, à New York, en attendant son audience le 17 mars 2026.

Etats-Unis : un an après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump fragilisé dans les sondages

18 janvier 2026 à 13:43

Le 20 janvier approche. Il y a un an, presque jour pour jour, Donald Trump faisait son retour dans le bureau Ovale pour un second mandat. Depuis, le président des Etats-Unis a enchaîné les actions controversées comme la mise en place d'un régime de droits de douane début avril ou la récente capture de Nicolas Maduro à la suite d'une opération militaire américaine au Venezuela. Si cette année a été rythmée par l'imprévisibilité du républicain, un élément était, en revanche, calculable d'un mois à l'autre : la baisse de popularité de Donald Trump.

Alors que l'année 2026 sera décisive pour la politique américaine avec la tenue des élections de mi-mandat, les signaux favorables au président des Etats-Unis sont faibles. Selon un sondage CNN/SRRS, une majorité d’Américains juge que Donald Trump se trompe de priorités et qu’il n’agit pas assez contre l'augmentation du coût de la vie et seuls 35 % disent être fiers qu’il soit président. Sa cote de popularité est, quant à elle, mesurée à 39 %. En février dernier, elle tournait encore autour de 48 %, avant de baisser dans les cent premiers jours du mandat.

De mauvaises priorités ?

Lors de l'investiture de Donald Trump, une partie du pays lui accordait encore le bénéfice du doute sur la qualité de ses priorités. Un an plus tard, ce crédit s’est réduit. Selon le sondage CNN/SSRS, ils ne sont plus que 36 % à dire qu’il a "les bonnes priorités", contre 45 % au départ. Le même sondage montre une usure plus profonde : un tiers seulement dit croire qu’il se soucie de "gens comme eux". En mars, ils étaient 40 %. D’après ce sondage, c’est le plus bas niveau atteint par Donald Trump sur cet indicateur.

Les données YouGov mises en avant par The Economist décrivent des lignes de fracture classiques : les électeurs blancs et les hommes sont parmi ceux qui approuvent le plus souvent l’action de Donald Trump, tandis que les jeunes et les minorités ethniques désapprouvent davantage. On y voit aussi une cassure par niveau d’études : les sondés ayant fait des études supérieures sont ceux qui soutiennent le moins le président américain. Même les retraités, souvent affiliés au camp républicain, apparaissent plus réservés qu’attendu sur la première année de mandat de Donald Trump.

L'économie, sujet de discorde entre Donald Trump et les Américains

Le président des Etats-Unis avait fait du pouvoir d'achat son sujet de campagne privilégié en fixant des attentes très hautes, promettant que "les revenus grimperaient", que "l'inflation disparaîtrait" et que "la classe moyenne prospérerait". Or, à en croire les sondages, c'est précisément sur ces sujets, où il était particulièrement attendu, qu'il est aujourd'hui le plus contesté.

D'après le sondage CNN/SSRS, pour les Américains, le pouvoir d'achat est de loin le sujet de préoccupation numéro un, près de deux fois plus cité que n’importe quel autre thème. L'enquête suggère que Donald Trump a du mal à convaincre qu’il s’y attaque vraiment, alors même que la bataille des sièges à la Chambre et au Sénat s’annonce largement dominée par cet enjeu. Le média américain constate une stabilité dans le pessimisme : depuis deux ans, seuls environ trois Américains sur dix décrivent la question du pouvoir d'achat de manière positive ou encourageante. La différence cette fois-ci, c’est la projection économique. Un peu plus de quatre personnes sur dix pensent que l’économie se portera bien dans un an, alors qu’elles étaient presque 6 à le croire juste avant l’investiture.

Et lorsque l'on demande ce qui a amélioré ou dégradé la situation, la réponse est tranchée : 55 % estiment que les politiques de Donald Trump ont aggravé les conditions économiques, contre 32 % qui pensent qu’elles les ont améliorées. Le malaise remonte jusque dans son camp, où les droits de douane annoncés début avril ont notamment contribué à installer l’idée qu’il s’éloignait de sa promesse de "rendre l’Amérique à nouveau abordable". Dans un sondage du Wall Street Journal, 58 % des électeurs disent que les politiques de Donald Trump sont la principale cause de l’état actuel de l’économie, contre 31 % qui mettent d’abord en cause les politiques de Joe Biden.

Un second sujet se détache : la démocratie. Dans le sondage CNN/SSRS, elle arrive clairement en deuxième position dans les préoccupations des Américains, et pèse particulièrement chez les démocrates. Elle apparaît aussi comme un motif majeur de désapprobation : environ un quart des personnes qui désapprouvent le président des Etats-Unis disent le faire à cause d’un abus du pouvoir présidentiel ou de sa manière de traiter la démocratie américaine. 58 % estiment qu’il est allé trop loin dans l’usage du pouvoir, contre 52 % au début du mandat - une hausse toutefois relativement marginale face à la liste de ses nombreuses attaques anti-institutionnelles dans son pays depuis seulement un an.

L'épisode Maduro illustre cette tension. Selon un sondage Reuters/Ipsos, le nombre d’Américains qui désapprouvent l’opération militaire à Caracas est presque équivalent à celui de ceux qui la soutiennent. L’idée que "les États-Unis devraient avoir une politique de domination dans les affaires de l’hémisphère occidental" n’est toutefois soutenue que par 26 % des sondés (17 % chez les démocrates, 43 % chez les républicains).

Un sondage du Washington Post indique que 60 % des Américains estiment que Donald Trump aurait dû passer par le Congrès pour valider l’opération du 3 janvier, même si une majorité de républicains juge approprié qu’il n’ait pas consulté l’institution. Sur la même ligne, le sondage du Wall Street Journal montre que 53 % des électeurs pensent qu’il se concentre sur des "sujets étrangers inutiles" au détriment du pouvoir d'achat de ses concitoyens.

Malgré tous ces éléments, le président garde un point d’appui solide. Le sondage CNN/SSRS montre qu’il conserve un soutien très fort chez les républicains : près de neuf sur dix approuvent son début de mandat, et environ la moitié l’approuvent "fortement". Mais à l’approche des élections de mi-mandat, le tableau se complique. Le sondage du Wall Street Journal donne aux démocrates une avance de 4 points lorsque l'on demande quel parti les électeurs pensent soutenir au Congrès (47 % contre 43 %). Le journal américain rappelle toutefois qu’en 2018, à la même période, les démocrates avaient déjà entre 6 et 10 points d’avance. Or, on connaît la suite.

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Le président américain Donald Trump lors d'une réunion avec des dirigeants de l'industrie pétrolière, à la Maison Blanche à Washington, le 9 janvier 2026.

Groenland : les menaces douanières de Donald Trump provoquent une crise transatlantique inédite

18 janvier 2026 à 10:30

La menace est concrète désormais. Face au refus du Danemark de céder le Groenland, Donald Trump a annoncé une série de représailles commerciales contre plusieurs pays européens, ouvrant une crise sans précédent dans les relations transatlantiques.

Dans un message publié samedi 17 janvier sur son réseau Truth Social, Donald Trump a ciblé huit pays accusés de jouer "un jeu très dangereux" en affichant leur solidarité avec Copenhague. Ces Etats ont récemment procédé à des déploiements militaires symboliques au Groenland, dans le cadre d'exercices conjoints, afin d'affirmer leur soutien à la souveraineté danoise sur le territoire. "Le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se sont rendus au Groenland dans un but inconnu. Il s’agit d’une situation très dangereuse pour la sécurité et la survie de notre planète. (...) Il est donc impératif, afin de protéger la paix et la sécurité mondiales, de prendre des mesures énergiques pour que cette situation potentiellement périlleuse prenne fin rapidement et sans équivoque", écrit Donald Trump.

Affaiblissement durable de l'Otan

Face à cette situation "potentiellement périlleuse" - des Européens qui affirment leur souveraineté - Donald Trump brandit l’arme qu’il privilégie depuis le début de son second mandat : les droits de douane, invoqués jusqu'à présent au nom de la protection de l'industrie américaine, et cette fois assumés comme un levier de pure pression politique. Des tarifs supplémentaires de 10 % doivent ainsi entrer en vigueur le 1er février prochain, avant d'être portés à 25 % au 1er juin, et maintenus jusqu'à la conclusion d'un accord pour un "achat total et complet" du Groenland par la partie américaine. Ces nouveaux tarifs viendraient s'ajouter aux droits de douane déjà appliqués par les Etats-Unis aux importations européennes et britanniques, accentuant encore la pression économique exercée par Washington.

Donald Trump justifie son initiative par des impératifs douteux de sécurité nationale et mondiale, affirmant que la Chine et la Russie convoitent le Groenland et que seul un contrôle américain permettrait de garantir la stabilité stratégique de la région. Il invoque également le projet de "Dôme d'or", un système de défense antimissiles encore flou, dont l'efficacité maximale nécessiterait, selon lui, l'intégration du territoire groenlandais. Une argumentation largement contestée par les Européens.

La rhétorique de la Maison-Blanche s'est durcie ces dernières semaines et alimente, côté européen, la crainte d'un affaiblissement durable de l'Otan. Qu'on y pense : tout ceci fait suite à un exercice militaire déployé au titre de la solidarité de pays de l'Otan envers un pays de l'Otan menacé par un autre pays de l'Otan... C'est inédit depuis sa création en 1949. Mais pour Donald Trump, la question de l'Alliance se traite de façon plus pragmatique. "Nous avons subventionné le Danemark, tous les pays de l’Union européenne et d’autres pays pendant de nombreuses années en ne leur imposant aucun droit de douane ni aucune autre forme de rémunération", écrit également Donald Trump, estimant que ces pays font preuve d'ingratitude. "Aujourd’hui, après des siècles, il est temps que le Danemark rende la pareille." Qu'il mette en œuvre ses menaces douanières ou non, le "lien transatlantique", fondement de l’Alliance, est brisé.

Répondre ou temporiser ?

Pour les Européens, toute cette affaire du Groenland signe un réveil brutal face à une dépendance militaire, numérique, culturelle vis-à-vis des Etats-Unis, et la prise de conscience de la divergence des intérêts. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui avait jusqu'à présent refusé de se lancer dans une guerre commerciale face aux Américains, a averti que les droits de douane "compromettraient les relations transatlantiques" et risqueraient de déclencher "une dangereuse spirale vers le bas". Emmanuel Macron a qualifié ces menaces d'"inacceptables", tandis que plusieurs capitales ont insisté sur la nécessité de défendre la souveraineté européenne de manière unie.

Des concertations se sont immédiatement engagées entre Etats membres. Cette fois-ci, pas question de rééditer le spectacle d’une Europe tétanisée comme en 2025. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a indiqué qu'il "coordonne une réponse commune des Etats membres de l'Union européenne sur cette question". Cette perspective ravive les appels, notamment au Parlement européen, à activer l’instrument anti-coercition de l’UE. Cet outil de défense commerciale adopté en 2023 permet aux Vingt-Sept d'engager une série de mesures de rétorsion à l'égard d'un pays tiers, allant jusqu'à restreindre l'accès des entreprises du pays en question au marché unique. Il n'a encore jamais été déclenché, mais a été précisément conçu pour répondre à ce genre de chantage politique. Ne pas l'employer dans le cas présent risquerait de lui faire perdre toute sa crédibilité.

Mais l'Europe peut aussi être très tentée d'attendre. Car la menace de Donald Trump intervient dans un contexte juridique incertain aux Etats-Unis. Donald Trump fonde son recours aux droits de douane sur une loi de 1977, l'International Emergency Economic Powers Act, dont la constitutionnalité de l'usage extensif est actuellement examinée par la Cour suprême. Une décision est attendue dans les prochaines semaines et pourrait fragiliser l'ensemble de l'édifice tarifaire mis en place par la Maison-Blanche.

© REUTERS

PHOTO D'ARCHIVE : Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une cérémonie organisée pour inaugurer un tronçon routier de 6,4 km reliant l'aéroport de West Palm Beach à son domaine de Mar-a-Lago, baptisé « President Donald J. Trump Boulevard », au domaine de Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride, aux États-Unis, le 16 janvier 2026. REUTERS/Kevin Lamarque/Photo d'archive

Harold Hamm, le milliardaire qui a tout appris à Donald Trump sur le pétrole

18 janvier 2026 à 08:00

Un geste simple suffit parfois à bâtir une amitié. Comme le choix d’une cravate. En 2012, le magnat du pétrole Harold Hamm s’entretient avec le futur président américain Donald Trump. Les deux hommes ont déjà eu l’occasion de se croiser lors de plusieurs événements à New York, mais toujours brièvement. C’est l’occasion pour Hamm d’expliquer en détail à l’autoproclamé roi de l’immobilier comment de nouvelles techniques de forage pourraient doper la production américaine d’or noir. Donald Trump se montre intéressé. Mais un détail le perturbe : le patron de Continental Resources ne porte pas de cravate. Il embarque donc son interlocuteur vers une boutique de souvenirs, au rez-de-chaussée de la Trump Tower où a lieu la réunion d’affaires, et lui en offre généreusement quelques-unes de sa propre marque. Harold Hamm n’oubliera pas le cadeau. Deux ans plus tard, il pose en couverture du magazine Forbes, la cravate bleu roi de Trump bien apparente. Message reçu 5/5 par le républicain, qui lui envoie une lettre de félicitations pour cette option vestimentaire avisée… et de nouveaux modèles.

Le début d’une relation fructueuse. Présent à la Maison-Blanche la semaine dernière, Harold Hamm arborait cette fois-ci une belle cravate rouge foncé - la couleur préférée du président. Le milliardaire et une douzaine d’autres dirigeants du secteur pétrolier américain se réunissaient autour de Donald Trump pour discuter des possibilités d’investissements au Venezuela, après la capture de Nicolas Maduro. Beaucoup d’entre eux se sont montrés prudents, pour ne pas dire sceptiques, à l’image du patron d’ExxonMobil. Pas Harold Hamm. "Cela m’enthousiasme en tant qu’explorateur", a-t-il déclaré. Un discours d’aventurier, taillé pour plaire au dirigeant des États-Unis. D’autant que Hamm occupe une place particulière dans son entourage. "C’est mon original oil guy, celui qui m’a tant appris sur le pétrole", indiquait Trump lors d’une levée de fonds pendant sa dernière campagne. Rien d’étonnant, donc, à voir ses convictions irriguer la politique énergétique américaine. "Sa vision et ses intérêts correspondent bien à ce que le président privilégie actuellement", confirme Ira Joseph, chercheur principal au Centre sur la politique énergétique mondiale (CGEP) de l’Université Columbia.

Un fils de fermiers sans le sou

Aux yeux de Trump, Harold Hamm incarne une certaine idée du rêve américain. Un authentique self-made-man. Né en 1945 en Oklahoma, il est le treizième enfant d’une famille de métayers. Dans son autobiographie Game Changer (2023, non traduite), Hamm raconte son enfance sans électricité ni eau courante, dans une pauvreté dont il n’a, au début, pas conscience. Pour soutenir ses parents, il commence à travailler très tôt. Dès 16 ans comme pompiste, puis en nettoyant les cuves de pétrole d’une raffinerie. A l’orée de la vingtaine, avec ses maigres économies, il lance sa propre entreprise de services pétroliers. Elle ne compte qu’un seul camion : le sien. Sans diplôme, il apprend la géologie sur le tas, se fie à son instinct et creuse son premier puits en novembre 1971. Premier succès : il produit environ 20 barils par heure. Le second en produira 75, le troisième une centaine. Pour la première fois de sa vie, Harold Hamm n’est plus dans le besoin.

Il deviendra bientôt immensément riche. Car l’homme a une intuition : de nouvelles techniques de forage - horizontales, et non verticales - permettraient de faire jaillir le pétrole d’un sol sur lequel d’autres investisseurs se sont cassé les dents. En 2004, il mise gros sur le champ pétrolifère de Bakken, entre le Dakota du Nord et le Montana. Pari gagnant. Continental Resources ouvre la voie au boom de la fracturation hydraulique et à la révolution du gaz de schiste. Le patron introduit sa société en Bourse quelques années plus tard, arrondissant encore un peu plus sa fortune. Et son influence dans le milieu politique. En 2012, il conseille le républicain Mitt Romney, battu par Barack Obama lors de la présidentielle. Empêtré dans un divorce qui lui coûtera près d’un milliard de dollars, et qui fera les choux gras de la presse américaine, Hamm parvient pourtant, avec l’association professionnelle qu’il a fondée, à mener une intense campagne de lobbying auprès de l’administration démocrate : il la convainc, en 2015, de lever l’embargo sur les exportations de pétrole américain.

"Un homme d’affaires extrêmement habile"

Mais son vrai poulain, dans la perspective de l’échéance de 2016, s’appelle Donald Trump. Le magnat des hydrocarbures, grand pourfendeur des énergies renouvelables, affirme même avoir dirigé le groupe d’experts qui a conçu le premier programme électoral du futur président. Une fois élu, ce dernier lui a proposé le poste de secrétaire à l’Energie. "Hamm a refusé car il ne voulait pas être contraint de céder ses parts dans son entreprise", relate Julia Kane, chercheuse pour Fieldnotes, une organisation qui enquête sur les liens entre l’industrie pétrogazière et le monde politique. Puissant mais discret, le patron de Continental Resources n’a pas besoin d’être en première ligne pour faire avancer ses dossiers. Lors du premier mandat de Trump, il a profité de nombreuses mesures prises par le gouvernement, comme la réduction des règles relatives aux émissions de méthane ou à la protection de certaines espèces menacées. "C’est un homme d’affaires extrêmement habile, ajoute Julia Kane. Tout ce qu’il fait vise un bénéfice financier direct pour son groupe, et lui-même."

Deux éléments vont gripper - temporairement - la machine. La pandémie de Covid-19 précipite les cours du pétrole vers le bas. Comme toutes les entreprises du secteur, Continental Resources subit le choc de plein fouet. Quant à l’élection de Joe Biden, elle réduit le pouvoir d’Harold Hamm à Washington. En parallèle, sa relation avec Trump se gâte. Il prend notamment ses distances après l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021. Le critique, mais jamais trop durement. Au Financial Times qui lui demande si le milliardaire new-yorkais devrait se présenter à nouveau en 2024, il répond : "Je ne pense pas." Alors, quand Trump se relance dans la course à la primaire républicaine, Hamm préfère d’abord soutenir ses concurrents, Ron DeSantis puis Nikki Haley. Mais dès lors que sa victoire ne fait plus de doute, il remet tous ses réseaux à son service. Avec encore plus de détermination.

Le tycoon contribue personnellement à sa campagne pour plus de deux millions de dollars. Mieux, il bat le rappel pour les dons auprès d’autres patrons de compagnies pétrolières et gazières. Lors d’un dîner à Mar-a-Lago, sa somptueuse résidence en Floride, Donald Trump demande à la vingtaine de dirigeants présents d’injecter pas moins d’un milliard de dollars dans ses comités de soutien. En échange, il leur promet de revenir sur les réglementations environnementales instaurées par Joe Biden. La somme ne sera pas atteinte, mais le secteur aura grandement financé sa réélection.

"Une équipe de rêve"

Pour Harold Hamm, les bénéfices de ce dîner dépassent de loin la seule dimension financière. Ils lui permettent de placer plusieurs de ses proches à des postes clés. A commencer par Chris Wright, alors PDG de Liberty Energy, une société spécialisée dans la fracturation hydraulique. Hamm racontera lui-même les détails de la soirée au cours d’un congrès en cercle restreint à Houston, en février 2025, dans un enregistrement que L’Express a pu écouter. "[Trump] voulait entendre chacun des participants autour de la table. Lorsque ce fut au tour de Chris, il lui a posé une question, et Chris a répondu avec une précision remarquable, allant droit au but, chiffres à l’appui. Le président a alors dit : 'Wow, vous devriez prendre la tête du Département de l’Énergie. Accepteriez-vous ce poste ?' Chris a regardé sa femme et répondu : 'Je suppose que oui'." Un deal rondement mené.

Le secrétaire à l’Energie n’est pas le seul allié qu’Harold Hamm a réussi à installer à la Maison-Blanche. Doug Burgum, auparavant gouverneur du Dakota du Nord, un Etat dans lequel Continental Resources a de nombreuses activités, a hérité du poste de secrétaire à l’Intérieur, en charge du Conseil national pour la domination énergétique. D’après le média CNBC, le lien entre les deux hommes serait même plus personnel : la famille de Burgum louerait 200 acres de terres agricoles au géant de l’énergie pour qu’il en extraie pétrole et gaz. Elle recevrait ainsi plusieurs dizaines de milliers de dollars de redevances. Dans sa nouvelle mission, Doug Burgum supervise, entre autres, la location de terres fédérales pour le forage pétrolier et gazier… Entre Chris Wright et lui aux manettes, Harold Hamm jubile : "C’est une équipe de rêve."

Expansion à l’étranger

Alors que le secteur pétrolier a déjà tiré profit des mesures prises en un an par la deuxième administration Trump, Hamm ne semble pas rassasié. Il aimerait voir de nouveaux projets de déréglementation aboutir, "comme celui facilitant les procédures d’autorisation pour les forages ou celui limitant les recours judiciaires contre les projets énergétiques", note Julia Kane. Ses objectifs ne sont pas forcément ceux de tous ses concurrents. "Aux Etats-Unis, l’industrie pétrolière et gazière n’est pas un bloc monolithique, explique Ira Joseph, du CGEP. Les majors et les producteurs indépendants, comme Continental Resources, n’ont pas toujours les mêmes priorités." Le poids d’Harold Hamm à Washington a permis aux seconds de gagner petit à petit en influence.

Le milliardaire du Midwest aurait-il la même folie des grandeurs que Donald Trump ? Jusqu’à présent cantonné aux Etats-Unis, il a accéléré l’an dernier le développement de son entreprise à l’étranger. Ce tournant stratégique cache une réalité plus prosaïque : la qualité des réserves américaines se dégrade. Il faut donc croître ailleurs. Outre l’intérêt affiché pour le Venezuela, Continental Resources a annoncé en mars dernier la création d’une coentreprise avec la compagnie nationale turque TPAO pour exploiter du pétrole et du gaz de schiste. Le groupe a aussi acheté en novembre un gisement dans la formation de Vaca Muerta, en Argentine, qu’il vient de compléter par de nouvelles acquisitions dans la même zone.

Officiellement, à 80 ans, Hamm a pris un peu de recul. Sa fille, Shelly Lambertz, lui a succédé l’été dernier à la présidence de l’entreprise. Le fondateur n’est plus "que" président émérite. Mais il demeure, dans les faits, très actif. Que ce soit à la Maison-Blanche, ou il figure - à titre personnel - parmi les donateurs de l’extravagante future salle de bal, ou à l’étranger pour conclure des accords. En fin d’année dernière, il était du déplacement en Argentine pour rencontrer Javier Milei. Le chef d’Etat sud-américain, dira-t-il après coup, lui a laissé la même impression délicieuse que Trump lors de leur premier tête-à-tête. Ne reste plus qu'à trouver une cravate à motif tronçonneuse.

© REUTERS

Le président émérite de Continental Resources, Harold Hamm, lors de la réunion du président américain Donald Trump avec des dirigeants de l'industrie pétrolière à la Maison Blanche, le 9 janvier 2026.

"Des tactiques incroyablement cruelles" : comment l'administration Trump impose sa loi du silence aux Européens

17 janvier 2026 à 19:11

Imran Ahmed rigolerait presque de la situation, tant elle lui paraît absurde. Le 23 décembre, juste avant Noël, un ami l'a alerté par texto : son nom figure sur une liste d'Européens privés de visa par l'administration Trump, sous l'accusation de "tentative de destruction de la liberté d'expression américaine". Une sanction particulièrement grave pour ce Britannique qui réside aux Etats-Unis depuis cinq ans, désormais menacé d'expulsion. "Personne ne m'a contacté, personne ne m'a informé de cette décision, mais une jeune employée du département d'Etat a tweeté que j'étais désormais sous sanction des Etats-Unis, se pince encore cet ancien conseiller politique de 47 ans. L'ironie, c'est que je refuse d'avoir un compte sur X, je ne suis donc pas officiellement au courant de ma sanction."

Son crime, selon l'administration américaine ? Diriger une ONG, le Center for Countering Digital Hate (CCDH), qui combat la haine en ligne et milite pour une meilleure régulation des réseaux sociaux. Ses équipes ont récemment démontré qu'une adolescente de 13 ans, après avoir ouvert un compte TikTok, ne mettait que 2,6 minutes avant de recevoir des conseils sur l'automutilation. Le CCDH a aussi révélé que ChatGPT était tout à fait enclin à rédiger une lettre de suicide pour un adolescent ou à lui donner des conseils pour se taillader.

Depuis l'annonce des sanctions visant leur fondateur, le travail du CCDH n'a jamais été aussi partagé aux Etats-Unis. "Les gens prennent connaissance de ces sanctions honteuses et ils se demandent ce que le gouvernement tente de leur cacher... Je suis ravi de pouvoir élargir notre audience sur ces sujets cruciaux mais je suis aussi un père et un mari, poursuit Imran Ahmed, avec la voix qui se brise. Ces tactiques de l'administration américaine sont incroyablement cruelles, elles font peser un poids terrible sur des individus qui font juste leur travail."

"Un affront à la liberté d'expression"

Citoyen britannique, Imran Ahmed se retrouve donc privé de visa alors qu'il vit et travaille à Washington, avec sa femme et sa fille, toutes deux américaines. Dès l'annonce de sa sanction, il a porté plainte contre le gouvernement américain : par deux fois, un tribunal de New York a prononcé une mesure d'éloignement contre les autorités américaines, ce qui le protège jusqu'en mars. Mais le directeur du CCDH ne peut pas quitter les Etats-Unis jusqu'à ce que l'affaire soit réglée, un processus qui pourrait s'étendre sur des années, et il redoute une arrestation violente par l'ICE, la police de l'immigration américaine. "Je ne peux plus voir mes équipes au Royaume-Uni ou à Bruxelles, ni voyager pour sensibiliser le public à la régulation des grandes plateformes numériques, détaille Imran Ahmed. Personnellement, je suis comme un chien avec un os, je ne lâche rien et il est difficile de me déstabiliser. Mais je sais que, pour d'autres personnes visées, la situation est extrêmement difficile."

Le 23 décembre, l'administration Trump a, pour la première fois, annoncé des sanctions ciblées contre cinq personnalités du Vieux Continent, dont Thierry Breton. Elles ont en commun de défendre une meilleure régulation des géants du numérique et de lutter contre leurs dérives, comme la désinformation ou la multiplication des violences en ligne. Outre l'ancien commissaire européen français, deux Britanniques et deux Allemandes, tous à la tête d'ONG, ont été privés de visa. Clare Melford, qui dirige le Disinformation Index à Londres, fait partie de cette liste mais ne souhaite pas s'exprimer publiquement. "Les sanctions qui la visent sont un affront à la liberté d'expression et une mesure grave de censure gouvernementale", déplore un de ses proches.

Ces mesures individuelles contre une poignée d'Européens n'ont rien d'anecdotique. Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, son administration mène une offensive agressive contre l'encadrement des réseaux sociaux en Europe, dans la lignée du discours du vice-président J.D. Vance à Munich, il y a un an. Dans le viseur, les règlements sur les services numériques (DSA) et sur les marchés numériques (DMA), approuvés par 90 % des députés européens en 2022 et qui ont permis à la Commission d'imposer une amende de 120 millions d'euros à la plateforme X d'Elon Musk début décembre, peu avant l'annonce des sanctions américaines. "Il s'agit de mesures de rétorsion, ni plus ni moins, en particulier contre Thierry Breton qui, même si je ne suis pas membre de son fan-club, continue de porter une parole très claire sur le besoin de souveraineté numérique européenne, estime David Cormand, député européen du groupe Les Verts. Donald Trump utilise ces dispositifs de manière mafieuse en intimidant nos responsables politiques mais aussi juridiques, et notre réponse européenne n'est pour l'instant pas proportionnée."

Un avertissement pour tous ceux qui critiquent l'Amérique Trump

Le département d'Etat américain a prévenu : ces sanctions individuelles ne sont qu'un début. "Nous sommes prêts et déterminés à allonger cette liste [d'Européens sanctionnés], a déclaré Sarah Rogers, sous-secrétaire d'Etat chargée de la diplomatie publique, dans le Times britannique. La liberté d'expression est une priorité de la politique étrangère américaine, tout comme la garantie de la croissance et de l'innovation du secteur technologique américain."

Hommes politiques, médias, universitaires ou magistrats pourraient aussi être ciblés, comme le juge français de la Cour pénale internationale Nicolas Guillou qui, pour avoir soutenu le mandat d'arrêt international contre Benyamin Netanyahou, se retrouve sur la liste noire américaine d'ordinaire réservée aux terroristes et aux mafieux. D'après nos informations, plusieurs équipes de journalistes français se sont vu refuser l'entrée aux Etats-Unis ces derniers jours, malgré des documents en règle.

En face, l'Europe se résigne à... tweeter son indignation. Malgré une condamnation unanime de nos dirigeants, d'Ursula von der Leyen à Emmanuel Macron, aucune mesure n'a encore été prise pour répondre à ces sanctions individuelles. "Les Européens ont été pris de court, juge la politologue germano-américaine Cathryn Clüver Ashbrook. En visant des personnes, les Américains montrent qu'ils sont prêts à aller très loin pour défendre leurs entreprises et leur capitalisme, d'une manière explicite et brutale jamais vue auparavant."

"L'Histoire est faite de petits symboles et de moments où nous ratons le coche : ne pas réagir plus fermement aux sanctions contre Thierry Breton a envoyé un message de faiblesse désastreux à Washington, souligne l'eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann. Il fallait immédiatement sanctionner les dirigeants américains qui ont pris cette décision ou qui l'ont proposée au président, répondre du tac au tac aux Etats-Unis. Ce n'a pas été fait..." Imran Ahmed, lui, n'attend rien des autorités européennes, seulement qu'elles continuent d'appliquer leurs lois encadrant les plateformes. "De toute façon, ce ne sont pas des symboles qui protégeront mon travail et me garderont auprès de ma famille", sourit le Britannique.

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Donald Trump lors d'une cérémonie à Mar-a-Lago, en Floride, le 16 janvier 2026.

Groenland : Donald Trump menace la France et sept pays européens de nouveaux droits de douane "dès le 1er février"

17 janvier 2026 à 18:20

Le président américain Donald Trump a annoncé samedi qu'il imposerait une série de hausses des droits de douane contre plusieurs alliés européens jusqu'à ce que les Etats-Unis soient autorisés à racheter le Groenland. Sur son réseau social Truth Social, Donald Trump a déclaré que des droits de douane supplémentaires de 10 % entreraient en vigueur à compter du 1er février sur le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande.

Hormis le Royaume-Uni et la Norvège, qui ne sont pas membres de l’Union européenne, ils s’ajouteraient aux 15 % déjà en vigueur entre l’UE et les États-Unis. Ces tarifs seraient portés à 25 % le 1er juin et resteraient en vigueur tant qu'un accord permettant le rachat du territoire autonome danois par les Etats-Unis ne serait pas signé, a-t-il ajouté.

L’annonce de Trump intervient après que plusieurs pays européens, dont la France, ont envoyé des moyens militaires et diplomatiques au Groenland pour dissuader les États-Unis d’acquérir ce territoire. "Ces pays, qui se livrent à ce jeu extrêmement dangereux, font peser un niveau de risque inacceptable et insoutenable", a écrit Donald Trump sur Truth Social. "Par conséquent, il est impératif que, pour protéger la paix et la sécurité mondiales, des mesures fortes soient prises afin que cette situation potentiellement périlleuse prenne fin rapidement et sans équivoque."

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Le président américain Donald Trump, à la base aérienne d'Andrews, le 13 janvier 2026

Qui est Ronald Lauder, le milliardaire qui a soufflé à Donald Trump l'idée d'annexer le Groenland ?

17 janvier 2026 à 17:37

L’homme reste largement inconnu du grand public qui suit jour après jour les annonces provocatrices de Donald Trump sur sa volonté d’acquérir le Groenland. Pourtant, selon la presse anglophone, Ronald Lauder, héritier du groupe de cosmétiques américain Estée Lauder et ami de longue date du président, serait le premier à avoir proposé, dès 2018, que les Etats-Unis rachètent ce territoire de l'Arctique.

La source vient de l'un des proches collaborateurs de Donald Trump. Dans les pages du journal britannique The Guardian, John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, raconte : "Trump m’a fait venir dans le bureau Ovale. Il m’a dit qu’un homme d’affaires très en vue venait de lui suggérer que les États-Unis achètent le Groenland." Plus tard, John Bolton apprend que cet homme d'affaires était Ronald Lauder. "Des bribes d’informations qu’il entend de la part d’amis, il les prend pour des vérités et on ne peut plus faire bouger son opinion", ajoute-t-il.

Amis et soutien financier précieux

Ronald Lauder a rencontré Donald Trump dans les années 1960, lorsqu’ils fréquentaient la même école de commerce prestigieuse. Après avoir travaillé dans l’entreprise familiale, il a servi sous Ronald Reagan au Pentagone, puis comme ambassadeur en Autriche, avant de se présenter sans succès à la mairie de New York en 1989. En mars 2025, selon le magazine Forbes, il a donné 5 millions de dollars à MAGA Inc., un super comité de financement politique soutenant le candidat républicain.

Selon le Guardian, l’intérêt stratégique défendu par Ronald Lauder pour le Groenland coïncide - on peut s'y attendre - avec une montée en puissance de ses propres activités économiques sur l’île. Alors que Donald Trump ravivait ses ambitions territoriales, le milliardaire a publiquement reconnu être impliqué depuis plusieurs années dans des projets d’investissement locaux. "J’ai travaillé en étroite collaboration avec les dirigeants économiques et gouvernementaux du Groenland pendant des années afin d’y développer des investissements stratégiques", a-t-il affirmé dans une tribune.

"Sous la glace se cache un trésor"

En février 2025, alors que Donald Trump affirmait publiquement son souhait de s'emparer du Groenland, une idée que beaucoup qualifiaient encore de simplement provocatrice, Ronald Lauder a défendu la position du président. "Le concept de Trump sur le Groenland n’a jamais été absurde – il était stratégique", a-t-il écrit, précisant que "sous sa glace et sa roche se trouve un trésor d’éléments de terres rares essentiels à l’IA, à l’armement avancé et aux technologies modernes". Il a encore souligné qu'"à mesure que la glace recule, de nouvelles routes maritimes émergent, remodelant le commerce mondial et la sécurité".

Ses ambitions groenlandaises s’ajoutent à d’autres dossiers géopolitiques sensibles. Selon les informations du Guardian, Ronald Lauder ferait aussi partie d’un consortium intéressé par l’exploitation de minerais en Ukraine. Malgré les démentis officiels de la Maison-Blanche, ces convergences entre décisions politiques et intérêts privés nourrissent les critiques.

Il est loin d’être le seul à être intéressé par le Groenland. Selon le magazine Forbes, quelques mois seulement après que Donald Trump a exprimé son intérêt pour le Groenland, plusieurs milliardaires mondiaux ont commencé à investir sur l’île. Parmi eux, Jeff Bezos, fondateur d’Amazon ; Bill Gates, cofondateur de Microsoft ; Michael Bloomberg, ancien maire de New York et magnat des médias ; Peter Thiel, investisseur et cofondateur de PayPal et Palantir ; et Sam Altman, PDG d’OpenAI. Ces personnalités, leaders dans la tech, la finance et l’industrie, ont ciblé des projets liés aux minéraux rares et aux ressources stratégiques de l’île, renforçant l’attrait géopolitique du Groenland.

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Le président élu des États-Unis, Donald Trump (à gauche), salue le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder (à droite), après leur rencontre au Mar-a-lago Club à Palm Beach, en Floride, aux États-Unis, le 28 décembre 2016. REUTERS/Jonathan Ernst

Muhoozi Kainerugaba, un "Trump de l’Afrique" aux portes du pouvoir en Ouganda

17 janvier 2026 à 16:24

C’est dans un climat de haute tension, mais avec peu de surprise que les Ougandais ont appris ce 17 janvier la victoire annoncée de Yoweri Museveni à l’élection présidentielle, officialisant un septième mandat pour le chef de l’État au pouvoir depuis près de quarante ans. L’issue de ce scrutin dénué d’enjeux démocratique ravive pourtant une inquiétude plus profonde encore que la perpétuation d’un régime corrompu jusqu’à la moelle : celle de voir émerger, dans son sillage, la figure de son fils et chef des armées, Muhoozi Kainerugaba, général omnipotent aux sorties incontrôlées, surnommé par les Ougandais le "Trump de l’Afrique".

À 51 ans, aîné d’une famille qui se pense investie d’un droit divin à gouverner, Muhoosi est présenté depuis une décennie par les hauts responsables militaires comme le successeur naturel de son père. Ancien chef des forces spéciales puis des forces terrestres, il est nommé en 2024 à la tête de l’ensemble de l’armée ougandaise. Depuis, il s’assure de sa loyauté en multipliant promotions, hausses de salaires et constructions d’hôpitaux militaires.

Le "général twittos"

La comparaison avec Donald Trump tient avant tout à son usage compulsif des réseaux sociaux. Le "général twittos", devenu un phénomène sur X à travers tout le continent, y affiche une brutalité décomplexée, sans aucun égard pour les conséquences diplomatiques. En politique intérieure, il déclarait en 2025 vouloir "pendre" la figure historique Kizza Besigye et "décapiter" Bobi Wine, ancien chanteur devenu opposant emblématique. Après l'enlèvement, en avril dernier, du chef de la sécurité de l’opposant, Muhoozi affirmait le détenir "dans mon sous-sol", publiant la photo d’un homme torse nu, hagard et en sueur. Comme souvent, le message et l’image seront supprimés quelques heures plus tard, sans qu'on n'en connaisse la véracité non.

En politique extérieure, l’enfant terrible affirmait il y a peu et sans raison apparente vouloir "capturer en deux semaines Nairobi", la capitale du Kenya voisin. Des déclarations en décalage avec son rang et souvent publiées tard dans la nuit, qui font le désespoir de son père, le président ougandais Yoweri Musseveni, régulièrement obligé de dépenser un capital diplomatique considérable auprès des dirigeants mondiaux pour rattraper les prises de parole de son fils.

Proximité avec la Russie

Autre trait commun avec Donald Trump : une fascination assumée pour les dirigeants autoritaires ou d’extrême droite. Par le passé, il a couvert d’éloges Abdel Fattah Al-Sissi, le dictateur militaire à la tête de l’Égypte, aurait demandé sa main à Giorgia Meloni en échange de 100 vaches ankolés selon la presse locale, et décrit le président américain comme le "seul homme blanc" qu’il ait "jamais respecté". Mais celui qui a sa dévotion pleine et entière est celui qu’il appelle "notre héros russe". Depuis 2022, il soutient sans réserve l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine et s’est même engagé à envoyer des soldats à Moscou pour défendre la ville contre les "impérialistes" occidentaux.

La Russie lui rend bien sa dévotion : en octobre 2024, le Kremlin a envoyé une délégation du ministère de la Défense remettre au général un "don" de 100 millions de dollars destiné à l’armée ougandaise. Pour certains spécialistes, Muhoozi pourrait même, s’il parvient au pouvoir, servir de porte d’entrée à Moscou dans une Afrique anglophone où l’influence russe reste encore limitée.

Une menace pour toute la région

À Kampala comme à l’étranger, l’hypothèse de l’accession au pouvoir de cet enfant terrible donne des sueurs froides. Car Muhoozi Kainerugaba pourrait peser lourd sur l’avenir de l’Ouganda, dans une région déjà ravagée par les conflits à l’est de la République démocratique du Congo. Très proche du président rwandais Paul Kagame — qu’il qualifie d’"héros" et d’"oncle" — il a participé à réchauffer les relations entre son pays et le Rwanda voisin, et il entretient depuis avec Kigali des liens militaires et stratégiques étroits, partageant des intérêts convergents en matière de sécurité régionale.

Son père était resté relativement neutre sur le dossier de l’invasion de la République démocratique du Congo par le Rwanda. Muhoozi prend lui des positions provocatrices — menaces de prise de la ville congolaise frontalière de Bunia, allusions à une avancée vers la ville de Kisangani aux côtés du M23, ou promesses d’arrestation de gouverneurs congolais. Ces sorties ont suscité protestations officielles et notes diplomatiques de Kinshasa, et ont renforcé l’idée que Kampala et Kigali pourraient agir de concert pour défendre leurs ambitions dans cette région riche en ressources, tandis que les négociations de paix piétinent et que la crise humanitaire s’aggrave.

Lui-même ne doute pas de son destin : "Je serai président de l’Ouganda après mon père. Ceux qui combattent la vérité seront très déçus", écrivait-il dès décembre 2024. Pourtant, l’accumulation de dérapages fait planer le doute sur sa capacité à diriger le pays. Le problème est que son pouvoir, lui, n’a cessé de croître. En plus du commandement des armées, il contrôle désormais la Special Forces Command, une garde présidentielle devenue une quasi-force privée, pilier de son influence politique et militaire. Initialement, Museveni comptait passer la main à son fils lors de l’élection de 2026. Mais l’inaptitude affichée de Muhoozi à se contenir aurait convaincu le président de briguer un nouveau mandat. À 81 ans, l’âge pourrait toutefois contraindre Museveni à lâcher les rênes plus tôt que prévu — ouvrant la voie à une succession aussi redoutée qu’incertaine.

© REUTERS

Le lieutenant-général Muhoozi Kainerugaba, fils du président ougandais Yoweri Museveni, qui dirige les forces terrestres de l'armée ougandaise, observe la scène lors de sa fête d'anniversaire à Entebbe, en Ouganda, le 7 mai 2022. REUTERS/Abubaker Lubowa

L’Iran face aux sanctions, le grand contournement : "Les cryptos ont détrôné les valises de cash"

17 janvier 2026 à 11:45

Alors que la rue iranienne gronde de nouveau contre le pouvoir, le régime des mollahs joue sa survie sur un terrain inattendu : la blockchain. Récemment, Téhéran a proposé de vendre drones et missiles en échange de cryptoactifs, a révélé le Financial Times. Cette stratégie n'est pas isolée : de la Russie au Venezuela, plusieurs pays convertissent massivement pétrole et ressources en jetons numériques pour contourner les douloureuses sanctions internationales. Le phénomène, qui date déjà de quelques années, est en train de changer d'échelle : selon le dernier rapport de la société spécialisée dans les enquêtes sur les cryptoactifs, Chainalysis, les portefeuilles sous sanctions ont capté pas moins de 154 milliards de dollars en 2025, une explosion de 162 % en un an. Une brèche béante dans l'arsenal occidental que décrypte pour L’Express l'économiste Hélène Rey, professeure à la London Business School et spécialiste en macroéconomie internationale.

L'Express : Dans quelle mesure le développement des actifs numériques permet-il de contourner les sanctions appliquées, notamment, à l’Iran ?

Hélène Rey : Les cryptomonnaies offrent de toute évidence de nouveaux moyens technologiques qui rendent les flux de capitaux qui sont interdits ou sanctionnés plus faciles. Historiquement, quand on voulait faire passer de l'argent illégalement à travers des frontières, les options étaient limitées. Transporter des valises de cash est une opération délicate : c’est lourd, voyant… Ou alors il fallait s'arranger avec des banques peu enclines à faire du "KYC" [NDLR : "Know your customer", procédures permettant de vérifier l’identité d’un client] : des établissements peu supervisés, louches, dans des juridictions peu regardantes. Bien sûr, il y a toujours eu une économie parallèle, des flux financiers cachés. Avec l’avènement des cryptoactifs, le phénomène a pris de l’ampleur : ces réseaux décentralisés permettent de réaliser des transactions de portefeuille à portefeuille complètement sous le radar des autorités. C'est le cas du bitcoin, qui n’est pas régi par une banque centrale, ni supervisé. Il est donc pratique pour éviter des sanctions, pratiquer l'évasion fiscale, faire entrer ou sortir des flux financiers d’un pays où s’exerce un contrôle de capitaux. C’est encore plus vrai avec les stablecoins, ces jetons numériques adossés à une devise, le dollar dans 99 % des cas. Or la plus grande plateforme qui émet ce type de cryptomonnaies, c'est Tether, qui est basée au Salvador. On ne peut pas dire que le KYC soit extrêmement poussé pour les gens qui veulent utiliser des stablecoins de Tether…

Pourquoi ces stablecoins en dollars accentuent-ils le problème ?

Contrairement à des cryptos plus classiques comme le bitcoin, chacun est réputé valoir un dollar. On connaît exactement la valeur de la transaction à un moment donné. Le bitcoin, lui, a une valeur très volatile, entièrement fondée sur l'offre et la demande. Tout le monde ne va pas l’accepter. Les stablecoins permettent en outre de passer facilement de l'écosystème des cryptoactifs à la sphère financière.

Ces compagnies qui émettent des stablecoins s’efforcent-elles d’endiguer leur usage frauduleux ?

Elles sont plus ou moins bien régulées. Après Tether, la plus importante est Circle qui, elle, est basée aux Etats-Unis - et en France. Il existe aussi des stablecoins en euros, émis par la Société Générale par exemple. Celles-ci sont supervisées de façon plus stricte qu’une plateforme située en dehors des juridictions américaine ou européenne. C’est un business très profitable : elles émettent à peu de frais des stablecoins, sorte de dollar virtuel pour leurs clients qui ne perçoivent donc pas de rendement, et empochent les intérêts des actifs au bilan, généralement des bons du Trésor américain. Et plus elles émettent des stablecoins, plus elles génèrent de l'argent, tant que les taux d’intérêt sont positifs. Elles sont donc incitées à rechercher une demande aussi large que possible.

A-t-on une idée de l’ampleur de ces transactions en cryptos qui contournent les sanctions internationales ? Remettent-elles en cause leur efficacité ?

Les sanctions, visiblement, ont de réels impacts. La Russie a du plomb dans l’aile, c’est indéniable. L’économie iranienne est dans un état désastreux. Les autorités utilisent les cryptomonnaies pour échapper aux sanctions dans un certain nombre de domaines mais cherchent à empêcher la population d’y avoir accès, de peur que l'épargne des Iraniens, si tant est qu'il y en ait, parte à l'étranger. Mais par définition, il est très difficile de connaître l’ampleur des transactions illégales qui échappent aux sanctions.

Est-ce justement pour ces populations de pays dont la monnaie s’effondre, où la situation économique est critique, que les cryptoactifs trouvent leur raison d’être ?

Dans un certain nombre de pays, les banques centrales n'arrivent pas à offrir une monnaie stable, par exemple à cause du gouvernement qui demande à la banque centrale d'imprimer de la monnaie faute de ressources budgétaires, créant ainsi une hyperinflation. On a observé ce genre de dérives dans des pays comme l'Argentine, le Zimbabwe ou encore le Venezuela. Dans de telles situations, les populations vont tenter d’accéder à d'autres moyens d'échange et de stockage de leurs richesses, plus robustes, plus stables.

Dans le passé, les gens essayaient d’obtenir du dollar. Quand ce n'était pas possible, ils cherchaient à pratiquer le troc parce que la monnaie locale ne valait absolument rien. Aujourd’hui, accéder à des stablecoins ou d'autres actifs crypto est une façon de ne pas payer une taxe inflationniste très élevée. C’est un moyen de trouver un peu de fiabilité. En macroéconomie, on parle de "second best", de second choix. Le premier, c’est une banque centrale qui assure une monnaie stable pour payer ses achats dans la vie quotidienne et épargner sans subir une hyperinflation. A défaut, il vaut mieux avoir un stablecoin que rien du tout.

N’est-il pas paradoxal de voir que les cryptoactifs – et notamment les stablecoins - dont Donald Trump fait tant la promotion finissent par offrir des portes de sortie aux régimes autoritaires qu'il tente de sanctionner ?

Le président américain n’est pas à un paradoxe près ! Mais il faut reconnaître que la pratique remonte à l’apparition du bitcoin, qui ne tient pas à Donald Trump mais à une idéologie libertarienne issue de la Silicon Valley. Il a été créé au départ pour éviter toute intervention de banque centrale, toute autorité gouvernementale.

Les Etats-Unis ont adopté une régulation, le Genius Act, qui s’applique aux émetteurs basés sur le territoire américain. Les stablecoins en dollars émis par Circle y sont donc soumis : à ce titre, la plateforme doit vérifier qui sont ses clients et appliquer des normes d'antiblanchiment. En Europe, on a la régulation MICA, qui doit aussi éliminer les transactions frauduleuses. Le problème, c'est que tout le monde n'est pas régulé par ce genre de loi et que la traçabilité des flux d’argent n’est pas évidente à contrôler.

© MaxPPP

D'après le Financial Times, l'Iran propose de vendre des drones et des missiles en échange de cryptoactifs.

Ce projet d'adhésion accélérée de l'Ukraine à l’Union européenne qui inquiète les capitales européennes

17 janvier 2026 à 11:06

La Commission européenne prépare une refonte majeure des règles d’adhésion à l’UE, dans le but de permettre une entrée accélérée de l'Ukraine dans le cadre d’un éventuel accord de paix avec la Russie, selon le Selon le Financial Times, journal financier et politique américain. Le projet, encore en construction, instaurerait un système à deux vitesses, en maintenant la procédure actuelle en place depuis la guerre froide, et en permettant à certains pays de passer par une procédure allégée, partielle ou graduelle. Il inquiète déjà plusieurs capitales européennes, selon sept hauts responsables impliqués dans les discussions et interrogés par le FT sous couvert d’anonymat.

"Élargir le concept de l'élargissement"

Candidate officielle depuis février 2022, l’Ukraine considère l’adhésion à l’UE comme un pilier de son avenir d’après-guerre. L’objectif d’entrée en 2027 figure d’ailleurs dans le plan de paix en 20 points piloté par les États-Unis. Même si jusqu’ici, la majorité des responsables européens estimaient de leur côté que des années de réformes intérieures seraient nécessaires pour respecter les critères actuels d'adhésion.

Mais cette perspective semble évoluer au fur et à mesure que les négociations de paix bloquent, et tracent chaque jour un peu plus clairement les véritables lignent rouges des deux parties. Désormais, "les officiels de la commission comprennent que l'Ukraine de Volodymyr Zelensky ne pourra accepter certains aspects du traité de paix, comme des concessions territoriales à la Russie, qu’en échange d’une perspective crédible d’adhésion", estime le journal. "Des temps extraordinaires appellent des mesures extraordinaires… Nous ne sapons pas l’élargissement. Nous élargissons le concept même de l’élargissement", justifie ainsi un haut diplomate européen informé du projet auprès du FT.

Pas de droit de vote mais des subventions européennes

Plus précisément, le dispositif envisagé permettrait à Kiev d’intégrer l’UE avec des droits limités : absence initiale de droits de vote lors des sommets et conseils ministériels, mais accès progressif au marché unique, aux subventions agricoles et aux fonds de développement, une fois certains objectifs atteints après l’adhésion. Cela romprait avec les règles fixées en 1993, qui exigent l’application complète de l’acquis communautaire avant toute entrée.

L’initiative suscite une forte résistance parmi les États membres et les autres pays candidats, qui, tout en soutenant l'Ukraine dans sa défense contre l'invasion russe, redoutent une dévalorisation de l’adhésion et une fracture durable au sein de l’Union. "C’est un piège tendu par Poutine et Trump, et nous sommes en train d’y tomber", a averti un diplomate européen auprès du FT. D’autres responsables redoutent quant à eux un impact négatif pour des candidats avancés comme le Monténégro ou l’Albanie, et des effets en cascade sur des partenaires proches tels que la Norvège ou le Royaume-Uni. Mastaba Rahman, directeur Europe d’Eurasia Group, estime quant à lui auprès du journal que l’Union européenne n’a d’autre choix que d’accélérer l’adhésion de l’Ukraine, au risque d’ouvrir "une boîte de Pandore de risques politiques et de risques en matière de politiques publiques que personne à Bruxelles ne mesure pleinement".

© REUTERS

La Commission européenne d'Ursula von der Leyen prépare un projet d'adhésion allégée et partielle pour l'Ukraine.

Gaza : Donald Trump nomme Marco Rubio et Tony Blair à son Conseil de la paix

17 janvier 2026 à 10:49

La Maison-Blanche a annoncé vendredi la composition de certains membres d'un soi-disant "Conseil de la paix" chargé de superviser la gouvernance temporaire de Gaza, sous un cessez-le-feu fragile depuis octobre. Cette présentation intervient deux jours après que Steve Witkoff, son émissaire, a annoncé le lancement de la phase 2 du plan Trump pour Gaza visant à mettre fin à la guerre dans le territoire, après trois mois de fragile cessez-le-feu obtenu le 10 octobre sous la pression de Washington.

Parmi les noms figurent le secrétaire d'État américain Marco Rubio, l'envoyé spécial du président Donald Trump, Steve Witkoff, l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair et le gendre du président américain, Jared Kushner. Donald Trump s'est auto-nommé président de cette instance présentée comme un "founding executive board" (conseil d'administration fondateur), conformément à un plan dévoilé par la Maison-Blanche en octobre.

Israël et le groupe militant palestinien Hamas ont approuvé le plan de Donald Trump, qui prévoit la création d'un organe technocratique palestinien supervisé par un conseil international chargé de contrôler la gouvernance de Gaza pendant une période de transition.

La présence britannique critiquée

De nombreux experts et défenseurs des droits humains ont déclaré que la direction par Donald Trump d'un conseil chargé de superviser la gouvernance d'un territoire étranger ressemblait à une structure coloniale, tandis que l'implication de Tony Blair a été critiquée l'année dernière en raison de son rôle dans la guerre en Irak et de l'histoire de l'impérialisme britannique au Moyen-Orient.

La Maison-Blanche n'a pas précisé les responsabilités de chaque membre du conseil. Aucun Palestinien ne figure sur la liste. Le conseil d'administration comprendra également Marc Rowan, dirigeant de fonds de capital-investissement et milliardaire, Ajay Banga, président de la Banque mondiale, et Robert Gabriel, conseiller de Donald Trump, a indiqué la Maison-Blanche, ajoutant que Nickolay Mladenov, ancien envoyé spécial de l'ONU pour le Moyen-Orient, sera le haut représentant de Gaza.

Le général de division Jasper Jeffers, commandant des forces spéciales américaines, a été nommé commandant de la Force internationale de stabilisation, a poursuivi la Maison-Blanche. Une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée à la mi-novembre, autorisait cette force et les pays partenaires à la mettre en place à Gaza. D'autres membres devraient être annoncés dans les semaines à venir.

La Maison Blanche a également nommé un "Conseil exécutif de Gaza" de 11 membres qui comprendra le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, la coordinatrice spéciale des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Sigrid Kaag, la ministre des Émirats arabes unis pour la coopération internationale, Reem Al-Hashimy, et le milliardaire israélo-chypriote Yakir Gabay, ainsi que certains membres du conseil exécutif. Ce conseil supplémentaire apportera son soutien au bureau du haut représentant de Gaza Nickolay Mladenov et à l'organe technocratique palestinien, dont les détails ont été annoncés cette semaine.

Israël et le Hamas s'accusent mutuellement de violations du cessez-le-feu à Gaza, où plus de 450 Palestiniens, dont plus de 100 enfants, et trois soldats israéliens auraient été tués pendant la trêve. L'offensive israélienne contre Gaza depuis octobre 2023 a fait des dizaines de milliers de morts, provoqué une crise alimentaire et contraint la totalité de la population gazaouie à se déplacer. Israël justifie ses actions par la légitime défense, affirmant avoir agi après une attaque menée fin 2023 par des militants du Hamas qui ont tué 1 200 personnes et pris plus de 250 otages.

© REUTERS

PHOTO D'ARCHIVE : Le président américain Donald Trump est interviewé par Steve Holland (non visible sur la photo), correspondant de Reuters à la Maison Blanche, lors d'une interview exclusive dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 14 janvier 2026. REUTERS/Evelyn Hockstein/Photo d'archive

"Face aux massacres en Iran, il faut agir" : l’appel d'intellectuels à Emmanuel Macron

17 janvier 2026 à 08:30

Monsieur le président de la République,

Au moment où nous écrivons ces mots, se déroule en Iran un massacre à huis clos. Depuis quinze jours, des millions d’Iraniens manifestent partout dans le pays pour demander une chose simple : la fin totale de la République islamique. Ce régime corrompu, barbare et terroriste leur répond en les plongeant dans le noir et en les mitraillant à l’arme automatique. Les cadavres s’empilent devant les morgues qui ne peuvent plus les contenir. Les camions mortuaires quittent les prisons à l’aube car ordre a été donné d’exécuter les prisonniers pour faire de la place.

La politique de normalisation et d’apaisement avec l’une des pires barbaries de notre temps a conduit à la situation actuelle. La France et l’Union européenne ont le pouvoir de faire cesser ce bain de sang. La politique étrangère de la France ne saurait être une simple gestion d’intérêts ; elle doit être l’expression de nos valeurs. S’abriter derrière la complexité des équilibres régionaux pour justifier l’immobilisme est une faute morale et un contresens juridique. La France et l’Union européenne ont les moyens d’isoler ce régime. Par le droit international, elles en ont le pouvoir. Et elles en ont le devoir par leur propre histoire.

L’heure n’est plus aux condamnations de principe, mais à la mise en œuvre de la panoplie juridique et diplomatique dont la France et l’Union européenne disposent depuis longtemps et qu’elles ont systématiquement refusé de mettre en œuvre malgré les supplications des Iraniens de la diaspora et des parlementaires européens et français qui les ont soutenus.

Nous appelons donc solennellement le gouvernement français et l’Union européenne à engager, sans délai, trois actions décisives :

1. La qualification terroriste du Corps des gardiens de la révolution

Il est impératif que la France porte, au sein du Conseil de l’Union européenne, l’inscription du CGRI sur la liste des organisations terroristes (conformément àla position commune 2001/931/PESC). Cette qualification n’est pas une simple étiquette politique ; elle est la reconnaissance juridique d’une structure dont les méthodes – assassinats, tortures et répression de masse - répondent point par point aux critères de la criminalité de masse organisée, qualifiable en crime contre l’humanité, et non en simple violence d’Etat". Maintenir cette entité hors du champ terroriste est une fiction juridique que nous ne pouvons plus entretenir.

2. La rupture de la bienveillance diplomatique

La Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques offre aux Etats souverains les moyens d’exprimer leur réprobation face à l’indignité. La France doit procéder à la fermeture immédiate de l’ambassade de la République islamique d’Iran à Paris ainsi que de l’ensemble de ses représentations consulaires. En déclarant les agents de ce régime persona non grata et en expulsant leurs représentants, la France signifierait qu’elle ne reconnaît plus la légitimité d’un pouvoir qui assassine sa jeunesse.

3. L’asphyxie financière des responsables du massacre

Le droit financier offre des leviers de sanction d’une efficacité chirurgicale. Nous demandons le gel immédiat et exhaustif des avoirs détenus sur le territoire français par les membres du CGRI et les hauts dignitaires du régime. L’Etat français doit traquer chaque actif, chaque investissement, chaque compte bancaire qui, directement ou indirectement, alimente la machine de répression. Que le patrimoine des oppresseurs soit mis sous séquestre au nom de la justice que les victimes ne peuvent pas obtenir chez elles.

Monsieur le président,

L’inaction est un choix. Ce que la France fait aujourd’hui sera inscrit dans l’Histoire et jugé pendant des générations.

Ce n’est pas un simple événement auquel nous assistons, mais à un tournant historique. Et il ne s’agit pas uniquement de l’Iran. Il s’agit de la crédibilité du système international des droits de l’Homme et de ceux qui prétendent le défendre.

L’Histoire posera une question simple : qu’avons-nous fait pour empêcher l’un des plus grands massacres de civils du XXIe siècle ?

* Les signataires (par ordre alphabétique) :

  1. Saeid ABEDI
  2. Sina ABEDI
  3. Farzaneh ADIBNAZARI
  4. Engareh ALIREZAI
  5. Paul AMAR
  6. Shahab AMOPOUR
  7. Ariana ASKARI
  8. Aurélie ASSOULINE
  9. Banafsheh AZAR
  10. Bita AZIMI
  11. Philippe AZOUAOU
  12. Carmen BADER
  13. Banafsheh BAHRAMIAN
  14. Marc BARANI
  15. Firouzeh BAYANI
  16. Touradj BAYANI
  17. Hamidreza BAZYAR
  18. Marie-Yvonne BENJAMIN
  19. Sandrine BERESSI
  20. Aude BOISART
  21. Yves BOMATI
  22. Hélène BORNSTEIN
  23. Ali BOROUMAND
  24. Martina BOUCHE
  25. David-Hervé BOUTIN
  26. Antoine BRASSENS
  27. Natacha BRITSCH
  28. Pascal BRUCKNER
  29. Laure CAILLE
  30. Joel CARON
  31. Victor CIOCAN
  32. Philip COHEN
  33. Marie-Hélène COHEN-GUILLEMINET
  34. Didier DALIN
  35. Pascale DAVID
  36. Michèle DAYAN
  37. André DE BUSSY
  38. Hirbod DEHGHANI
  39. Hilda DEHGHANI-SCHMIT
  40. Ladan DIRICKX
  41. Julien ELBAZ
  42. Mozhgan ERFANI
  43. Alain EZAMI
  44. Jila EZAMI
  45. Cyrus FARAHMAND
  46. Lara FATIMI
  47. Michel FAYAD
  48. Jan-Marc FERLY
  49. Aurelie FILIPETTI
  50. Behnaz FOROOMADI
  51. Cécile FRICKER-LEHANNEUR
  52. Diane GALLIOT
  53. Farokh GAMARI
  54. Marcel GAUCHET
  55. Nader GHADIN
  56. Faissnet GHAMANY
  57. Mathias GOLSHANI
  58. François GRUSON
  59. Jean-Christophe GUERRINI
  60. Thierry GUILLEMINET
  61. Hélène HAFEZI
  62. Leila HARANDI
  63. Romain HARANG
  64. Maryam HASHEMI
  65. Alexis HELLOT
  66. Patrick HENRIET
  67. Mandana ILLAMI
  68. Jenia JIANPOUR
  69. Déborah JOURNO
  70. Sophie JUGE
  71. Rachel KAHN
  72. Asma KASSI LAHLOU
  73. Zohreh KHOOGAR
  74. Sara KIANPOUR
  75. Mélodie LABRO
  76. Alain LAHANA
  77. Chervin LAPORTE
  78. Marie-Pierre LAZARD
  79. Viktor LAZLO
  80. Martin LEGROS
  81. Valeh MAGNIN
  82. Parsa MAHMOODIFAR
  83. Marc MAIDENBERG
  84. Sophie MAKARIOU
  85. Julie MAMOU-MANI
  86. Ehsan MANOOCHEHRI
  87. Gabriel MARTINEZ-GROS
  88. Maxime MEGRET-MERGER
  89. Radu MIHAILEANU
  90. Mehnoush MODONPOUR
  91. Marzieh MOHEBBI
  92. Yosra MOJTAHEDI
  93. Mahyar MONSHIPOUR KERMANI
  94. Jean Aria MOUY
  95. Matthias MOUY
  96. Mojgan MOUY
  97. Richard MOUY
  98. Valérie MOVALLALI
  99. Elodie MULON
  100. Anousha NAZARI
  101. David NITLICH
  102. Fatemeh NOEPARAST
  103. Lilas PAKZAD
  104. Reza PARVIZI
  105. Maxime PEREZ
  106. Alexandra PERQUIN
  107. Delphine PESTRE
  108. Marie-Aimée PEYRON
  109. Aurélie PIRILLO
  110. Gilles PLATRET
  111. Abdollah RAFIIAN
  112. Raphael CHANTOISEAU
  113. Faraj Alexandre RIFAI
  114. Simone RODAN-BENZAQUEN
  115. Gérard SABATER
  116. Sahand SABER
  117. Shaparak SALEH
  118. Kian SERESHGI
  119. Navid SERESHGI
  120. Armand SHAHBAZI
  121. Mahnoush SHAHBAZI
  122. Shirine SOHEILI
  123. Annie SUGIER
  124. Pierre TERDJMAN
  125. Azadeh THIRIEZ-ARJANGI
  126. Michèle TISSEYRE
  127. Yasmine VALIPOUR
  128. Michèle VIANES
  129. Patrick VUITTENEZ
  130. Marie-Christine WASSILIEFF
  131. David-Xavier WEISS
  132. Caroline YADAN
  133. Sonya ZADIG
  134. Zohreh ZAHRAI
  135. Suzanne ZIAI
  136. Arlette ZILBERG
  137. Nathalie ZYSERMAN

Pour signer cette tribune, cliquez ici

© via REUTERS

Des voitures brûlent dans une rue lors d'une manifestation à Téhéran, en Iran, le 8 janvier 2026.

Immigration : la sulfureuse directive "retour" qui divise le Parlement européen

17 janvier 2026 à 07:45

Que Bruno Retailleau se rassure : il n’est pas le seul à tweeter sur un coup de tête. Il y a trois mois, Marine Le Pen lâchait également une petite bombe. Mercredi 1er octobre, les rapporteurs de chaque groupe du Parlement européen sont réunis pour discuter du règlement retour, qui prévoit de durcir les règles en matière d’éloignement des étrangers en situation irrégulière, lorsqu’ils reçoivent, à 10h59, une notification sur leurs téléphones. "La Commission européenne prépare un nouveau coup d’État juridique, vitupère sur X la cheffe de file nationaliste. Le Rassemblement national s’opposera sans faiblir à ce projet mortifère."

Dans la salle, la Néerlandaise Marieke Ehlers, rapporteure pour le groupe Patriots for Europe (PfE) - présidé par Jordan Bardella - accuse le coup. "Son visage s’est décomposé", raconte un participant. Et pour cause. Voilà des mois que l’eurodéputée négocie avec ses collègues français du RN, dont l'ex-patron de Frontex, Fabrice Leggeri, qui saluait encore dans la presse, le 23 septembre, "un pas dans la bonne direction". Le parti à la flamme, qui prétend "changer l’Europe de l’intérieur", semble, sur un sujet constitutif de son identité, y renoncer. "Il y a deux lignes au RN. Une partie des eurodéputés de PfE veulent participer à la discussion tandis qu’une autre ne veut, d’entrée de jeu, pas en entendre parler, relève un élu au cœur des discussions. Manifestement, la position prise par Paris n’avait pas été concertée."

L’enjeu du texte présenté en mars 2025 par la Commission européenne est clair : il s’agit de fixer des règles européennes communes en matière d’éloignement des étrangers en situation irrégulière. "Ce texte peut changer totalement la donne sur la question politique majeure de la lutte contre l’immigration illégale, en sortant de l’impuissance sur le sujet des OQTF", résume François-Xavier Bellamy, eurodéputé LR et rapporteur pour le groupe PPE, soulignant au passage la différence majeure entre une "directive", qui doit être transposée par États, et un règlement, qui s’applique à tous les États membres dès son adoption. Bruno Retailleau l’a bien compris, s’en saisissant dès son entrée au gouvernement. "On m’avait dit que je n’arriverai pas à faire bouger les choses. Or, c’est l’une des choses les plus importantes que j’ai faites à Beauvau", revendique-t-il aujourd’hui auprès de L’Express. Rien n’est encore fait, pourtant. Si le texte a été adopté à l’automne par le Conseil de l'Union européenne sous la présidence danoise, il faut encore trouver une majorité au Parlement européen, où l’on espère un vote à la fin du mois de février.

"On entre dans le dur"

Il y a au moins trois points chauds. "La directive retour protégeait plutôt les droits des migrants. L’accent était mis sur les retours volontaires, très rares, plutôt que sur l’éloignement forcé. Le texte présenté par la Commission permet de renverser l’ordre de priorité", explique François-Xavier Bellamy. De fait, en 2024, selon la Cour des comptes, moins d’1,5 % des personnes sous le coup d’une OQTF quittaient volontairement le territoire. Ensuite, pour faire face au problème de renvoi des étrangers en situation irrégulière - le taux moyen d’éloignement ne dépasse pas 20 % au niveau européen - le texte rédigé par le commissaire autrichien Magnus Brunner (PPE) ouvre la voie à la création de "centres de retour". Dans l’attente de leur rapatriement, les migrants seraient envoyés dans des pays tiers dits "sûrs" - des discussions sont en cours avec la Tunisie, par exemple. Enfin, la droite européenne entend limiter le nombre de recours possibles pour une personne visée par une mesure d’éloignement.

Autant de mesures qui crispent la gauche. "On entre dans le dur", glisse-t-on dans l’entourage de la négociatrice pour les écologistes, Mélissa Camara. "Les négociations seront très difficiles parce que les écologistes ne sont pas sur la même ligne que les socialistes français, qui ne sont eux-mêmes pas sur la ligne des sociaux-démocrates danois, souligne un bon connaisseur du Parlement européen. Et au RN, à la fin, lorsqu’il faudra appuyer sur le bouton, Marine Le Pen tranchera, comme toujours." N’a-t-elle pas déjà tranché ?

© REUTERS

La présidente du parti d'extrême droite français, Marine Le Pen, arrive à la réunion du parti Patriots for Europe (PfE) à Bruxelles, en Belgique, le 17 décembre 2025.

Aaron David Miller, ex-conseiller du département d'Etat : "Avec l’Iran, Trump s’est mis dans une situation très délicate"

16 janvier 2026 à 16:00

Après avoir montré les muscles, Donald Trump est-il en train de se déballonner ? Si depuis le début du mouvement de révolte en Iran le 28 décembre dernier, le locataire de la Maison-Blanche n’a cessé d'étriller la République islamique, le président américain a soudainement tempéré ses ardeurs le 14 janvier. "Nous avons été informés par des sources très importantes de l'autre côté, et elles ont dit que les tueries ont pris fin", a-t-il déclaré de manière surprenante depuis la Maison-Blanche, ajoutant avoir ouï dire que les exécutions prévues de manifestants n'auraient finalement "pas lieu".

Une volte-face qui interroge alors que, quelques jours plus tôt, le président américain affirmait vouloir agir "de manière très forte" et assurait que "l’aide était en route". "S’il ne réagit pas de manière significative, sa propre crédibilité, ainsi que celle des États-Unis, seront sérieusement atteintes", jauge Aaron David Miller, ancien conseiller Moyen-Orient de six secrétaires d'État américains (de George Schultz à Colin Powell), et aujourd’hui chercheur principal au Carnegie Endowment for International Peace, à Washington. Interview.

L’Express : Donald Trump est-il en train de faire marche arrière en Iran ?

Aaron David Miller : Non, je pense qu'il gagne du temps en attendant que les forces armées américaines soient déployées pour lui permettre d'envisager toutes les options. À ce moment-là, une décision cruciale devra être prise. S'agira-t-il d'une frappe ponctuelle, conçue pour tenir sa promesse d'aider les manifestants, ou d'une campagne d'envergure visant à affaiblir le régime iranien ? C’est difficile à dire pour le moment. Je ne suis pas certain qu’il veuille fondamentalement frapper l’Iran, mais je crois que si le régime poursuit sa répression, il n’aura probablement pas le choix. La décision finale dépendra de la situation sur le terrain.

Est-ce à dire qu’une action américaine est imminente ?

La manière dont Donald Trump a parlé de l’Iran ces derniers jours a atteint une virulence jamais vue chez aucun de ses prédécesseurs, républicains ou démocrates. Il s’est montré incendiaire, en affirmant vouloir "frapper très fort", ou en assurant aux manifestants que "l'aide arrive". Il a ainsi encouragé ces derniers à descendre dans les rues, dans un contexte où le bilan des morts ne cesse de s’alourdir et pourrait même dépasser les 10 000 victimes selon certaines sources.

Est-il moralement acceptable d'encourager une population à prendre de tels risques, en faisant croire que des secours arrivent, si finalement rien ne se passe ? Donald Trump s’est mis dans une situation très délicate. S’il ne réagit pas de manière significative, sa propre crédibilité, ainsi que celle des États-Unis, seront sérieusement atteintes. De plus, s’il décide de frapper l’Iran, mais que cela n’a pas l’effet escompté, il sera perçu comme faible.

Des frappes américaines pourraient-elles suffire à faire tomber le régime ?

Je ne le crois pas. Un régime ne change pas par la seule force aérienne, mais lorsque les pouvoirs répressifs s’effondrent ou sont renversés. Dans le cas de l'Irak et de l'Afghanistan, ce sont des forces terrestres qui les ont renversés. Or, les États-Unis ne sont en aucun cas prêts à en déployer en Iran pour faire tomber le pouvoir. Des frappes aériennes pourraient certes l’affaiblir et semer la confusion, mais je doute qu’elles suffisent à faire basculer le rapport de force avec les manifestants. A l'heure actuelle, l’ensemble des forces de sécurité sont dans les rues, et tirent sans discernement dans la foule à l’arme automatique. Rien ne laisse présager que le régime soit en train de fléchir. Dès lors, que pourraient faire les États-Unis pour modifier significativement ce rapport de force ? C'est une question à laquelle il est très difficile de répondre pour l’instant.

Quelles seraient les autres options de Donald Trump ?

Parmi l'éventail des réponses possibles, il y a celle des cyberattaques visant à perturber les communications du régime iranien. Cela permettrait de déstabiliser la coordination des forces de sécurité. Il serait également possible de frapper directement certaines de ces unités, comme les Gardiens de la révolution ou les Bassidj, une milice composée exclusivement de volontaires. Cela représente environ un million de personnes chargées de la sécurité et réparties partout dans le pays.

Sur le plan économique, le ciblage des infrastructures liées à la production de pétrole constitue un autre moyen de pression – comme le terminal d'exportation de l'île de Kharg. Il serait aussi possible d’imposer un blocus maritime pour empêcher l'Iran d'exporter son or noir. Enfin, la dernière option serait d’apporter un soutien aux manifestants. Par exemple en leur fournissant un meilleur accès au réseau Starlink, pour contourner la coupure d’Internet dans le pays et faciliter les communications au sein de la population. Soutenir clandestinement l’opposition permettrait à celle-ci de mieux s’organiser.

En cas de frappes américaines, quelles sont les capacités de riposte de l'Iran ?

Ses options sont plus limitées que jamais. Son soi-disant "axe de la résistance" a été anéanti ces dernières années. Le Hamas est militairement exsangue et incapable de fournir aux Iraniens le moindre moyen de pression. Le Hezbollah a été tellement affaibli par les Israéliens – tant au niveau de sa direction que de son arsenal de missiles – qu'il ne représente plus une menace de frappes contre Israël. Les milices pro-iraniennes en Irak et en Syrie restent une option, mais elles n’ont pas la capacité de causer de lourds dégâts.

Pour l’Iran, l’option la plus efficace serait une frappe contre le Qatar ou sur les champs pétroliers saoudiens, comme en septembre 2019, lorsqu’ils ont mis hors service environ 5 % de la production mondiale pendant quelques semaines. Des frappes de missiles balistiques contre Israël sont aussi envisageables. En juin, les Iraniens ont lancé 500 drones et missiles balistiques, tuant 25 Israéliens et causant des dégâts matériels. Les bases américaines d'Al-Dhafra, aux Émirats arabes unis, et d'Al-Udeid, au Qatar, pourraient également être ciblées. Ce sont les seules options, mais elles ne sont pas bonnes et provoqueraient une riposte américaine massive.

À l'instar de l'intervention américaine au Venezuela, une action visant à éliminer le Guide suprême Ali Khamenei serait-elle envisageable ?

J’en doute. Car il y a tout de même une différence entre arrêter Maduro et sa femme, inculpés en 2020, et les ramener aux États-Unis pour les juger, et le fait d’éliminer un dirigeant. Et même en supposant que les États-Unis, ou Israël, se lancent dans une telle opération, cela changera-t-il réellement les choses ? Même en cas d’effondrement du régime, les Gardiens de la révolution et l'appareil sécuritaire conserveront une part importante de leurs ressources et de leur pouvoir.

Nombreux sont les analystes à considérer que s’il devait y avoir une transition, il ne s’agirait probablement pas d’un changement fondamental de la nature du régime. Cela pourrait se limiter à un renforcement du pouvoir du Corps des gardiens de la révolution, ou de l’armée, désormais libérés du pouvoir des religieux. Ce qui ne transformerait pas l’Iran en un État plus docile, et encore moins en un État plus démocratique.

Il n’est donc pas garanti que l’Iran se transforme en démocratie en cas d’effondrement du régime…

Actuellement, personne ne peut prédire avec exactitude la nature de cette transition, ni qui, au final, contrôlera l'Iran. Mais dans un pays de 92 millions d’habitants dominé depuis 47 ans par les mollahs, il est difficile d'imaginer une transition rapide et facile vers un gouvernement stable. A l’inverse, il est plus probable d’assister à une période d'instabilité prolongée. L’une des difficultés est que les manifestants manquent d’un leader. Aucune personnalité n'a su fédérer des soutiens capables de tirer profit de la faiblesse du régime pour créer une alternative. La plupart des précédents présidents iraniens ont ainsi été marginalisés ou réduits au silence. Il y a certes Reza Pahlavi, le fils du chah, âgé de 65 ans, qui, paraît-il, gagne en crédibilité en tant que figure de transition dans le pays. Mais il n'a aucune influence sur le terrain. Il ne contrôle ni les armes, ni le pétrole, ni les médias. C'est pourtant ainsi que se déroulent généralement les transitions. Il est donc très difficile de prédire avec certitude ce qui se passerait si ce régime venait à s'effondrer.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump, à la base aérienne d'Andrews, le 13 janvier 2026

Russie : comment une femme attire des étrangers pour qu'ils combattent en Ukraine

16 janvier 2026 à 13:31

Ils pensaient fuir la précarité, et se retrouvent piégés sur le front. Une enquête de BBC Eye donne la parole à des hommes attirés par la promesse d’une vie meilleure et enrôlés dans la guerre menée par la Russie en Ukraine. L’investigation britannique met en lumière le rôle de Polina Alexandrovna Azarnykh, ancienne enseignante de 40 ans, qui utilise une chaîne Telegram pour recruter de jeunes hommes, majoritairement issus de pays pauvres. Elle est devenue "l'un des recruteurs les plus importants" de l'armée russe, explique Habib, un Syrien qui a servi dans l'armée russe et travaillé avec elle.

Dans des vidéos au ton rassurant, la quadragénaire fait la promotion de "contrats d’un an" de "service militaire". À la clé : des salaires attractifs et la promesse d’une naturalisation russe. Une offre présentée comme une opportunité, mais qui conduit, pour nombre de recrues, directement sur les lignes de front. Suivie par près de 21 000 abonnés, Polina Alexandrovna Azarnykh invite régulièrement les candidats à l’engagement à lui transmettre une copie numérisée de leur passeport. Elle diffuse ensuite des lettres d’invitation officielles, parfois accompagnées de listes nominatives des hommes concernés.

La BBC a recensé près de 500 situations dans lesquelles elle aurait délivré des documents dits "d’invitation", ouvrant la voie à une entrée en Russie en vue d’un engagement militaire. Ces documents concernaient des hommes, pour la plupart originaires de Syrie, d’Égypte et du Yémen, qui lui auraient transmis les informations figurant sur leur passeport afin de s’enrôler. Mais plusieurs recrues, ainsi que des proches, ont expliqué à la BBC avoir été induits en erreur.

Envoyé au combat après 10 jours d'entraînement

D’après leurs récits, l'ancienne enseignante leur aurait laissé croire qu’ils ne seraient pas envoyés au combat, sans mentionner l’impossibilité de quitter l’armée à l’issue d’un an de service. Si Polina Alexandrovna Azarnykh conteste l’ensemble de ces accusations, la BBC rapporte que douze familles disent avoir perdu tout contact avec de jeunes hommes, recrutés selon elles par l'intermédiaire de la mise en cause.

Parmi les témoignages recueillis figure celui d’Omar, anonymisé. Ce Syrien de 26 ans, ouvrier du bâtiment, a été déployé près de neuf mois sur la ligne de front en Ukraine. Joint par la BBC depuis ce pays, il affirme avoir été dupé. Selon lui, Polina Alexandrovna Azarnykh lui avait assuré qu’en échange de 3 000 dollars, elle lui garantirait un poste loin des affrontements. Mais, raconte-t-il, après seulement dix jours d’entraînement, il a été envoyé au combat. Refusant alors de verser la somme exigée, il affirme qu’elle a fini par brûler son passeport. C'est ce que montre d'ailleurs une vidéo publiée sur le site.

Une prime de 5 000 dollars

Dans son article, la BBC retrace le parcours du vingtenaire : en mars 2024, Omar se retrouvait sans le sou à l'aéroport de Moscou avec 14 autres Syriens. Ils venaient d'être victimes d'une arnaque : un recruteur leur avait proposé ce qu'ils pensaient être un travail civil consistant à surveiller des installations pétrolières en Russie. Ils se sont envolés pour Moscou, avant de découvrir que les postes n'existaient pas. À la recherche d’une issue, raconte Omar, l’un des membres du groupe est tombé sur la chaîne Telegram d’Azarnykh et lui a envoyé un message. Sur place son interlocutrice leur a proposé des contrats d’un an avec l’armée russe, assortis d’un salaire mensuel d’environ 2 500 dollars et d’une prime à la signature de 5 000 dollars.

Selon plusieurs journalistes, des individus comme Polina Alexandrovna Azarnykh font partie d'un réseau de recruteurs informels. La chercheuse Katerina Stepanenko explique à la BBC que "le Kremlin a d'abord utilisé des entités plus importantes telles que le groupe militaire privé Wagner et le système pénitentiaire pour le recrutement, mais que depuis 2024, il s'appuie également sur des acteurs locaux et des entreprises plus petites." A noter que depuis la publication de l'article, Omar a finalement obtenu la nationalité russe et a lui aussi réussi à rentrer en Syrie. Deux des Syriens avec lesquels il a servi sont décédés, d'après leurs familles.

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Des militaires russes passent devant le théâtre Bolchoï sous une épaisse couche de neige à Moscou, en Russie, le 9 janvier 2026.

Législatives en Hongrie : Viktor Orban intensifie sa campagne anti-Ukraine

16 janvier 2026 à 12:44

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui se prépare à des élections difficiles en avril, a déclaré ce vendredi 16 janvier qu'il allait lancer une "pétition nationale" pour obtenir le soutien de la population à sa politique consistant à rejeter toute aide financière européenne à l'Ukraine voisine, qui lutte contre une invasion russe depuis février 2022.

Alors que le conflit ne montre aucun signe de fin et que l'économie hongroise stagne, Viktor Orban a présenté les élections à venir comme un choix entre la guerre et la paix, dépeignant l'Ukraine comme indigne de soutien, et son gouvernement comme le seul rempart contre la guerre et ses répercussions économiques.

Depuis l'année dernière, les panneaux électoraux du parti Fidesz de Viktor Orban cherchent à associer le chef de l'opposition, Peter Magyar, à Bruxelles et à l'Ukraine, suggérant que voter pour son parti Tisza signifie voter pour les chars et la guerre.

La campagne de Viktor Orban cible principalement les électeurs ruraux et fait écho à ses précédentes campagnes anti-migrants, alors que la plupart des sondages montrent que le Fidesz est devancé par Tisza.

"Pressions de Bruxelles"

Les détails de la "pétition" sont flous à ce stade, mais il semble selon Reuters qu'il s'agirait d'un référendum informel, sous la forme d'un bulletin de vote envoyé aux citoyens. "Tout le monde recevra cette pétition nationale et aura la possibilité de dire 'non' et de dire, avec le gouvernement, que nous ne paierons pas", a déclaré Viktor Orban à la radio d'État ce vendredi, accusant l'opposition d'être pro-ukrainienne.

Le Premier ministre d'extrême droite a déclaré, sans apporter la moindre preuve, que l'Union européenne était prête à faire pression sur la Hongrie pour qu'elle envoie ses jeunes combattre en Ukraine. "Et il y a lieu de craindre, à juste titre, que les forces pro-ukrainiennes cèdent aux pressions de Bruxelles", a-t-il ajouté.

Peter Magyar a de son côté affirmé que Tisza soutenait la paix en Ukraine, rejetait l'idée de la conscription et ne soutiendrait aucune escalade du conflit.

Soutien de l'extrême droite européenne

Dans une vidéo de campagne publiée cette semaine, plusieurs dirigeants d'extrême droite, parmi lesquels Giorgia Meloni, Marine Le Pen ou encore Alice Weidel, apportent leur soutien à Viktor Orban, saluant notamment la politique qu'il mène vis-à-vis de Kiev. Le Premier ministre hongrois "se bat pour la paix en Ukraine", assure ainsi la cheffe de l'AfD, tandis que l'Italien Matteo Salvini déclare : "Si vous voulez la paix, votez pour le Fidesz".

La Commission européenne a présenté mercredi sa proposition de prêter 90 milliards d'euros à l'Ukraine. En décembre, lorsque le plan a été finalisé, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ont donné leur accord à condition de ne pas être affectées financièrement.

Un sondage réalisé en décembre par Policy Solutions et Zavecz Research a révélé une opposition croissante en Hongrie à l'aide financière européenne à destination de l'Ukraine. En 2023, 57 % des personnes interrogées y étaient favorables et 41 % y étaient opposées ; l'année dernière, elles n'étaient plus que 36 % à y être favorables, contre 63 % qui y étaient opposés.

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Le Premier ministre hongrois lors d'une conférence de presse, le 5 janvier 2026.

Manifestations en Iran : frappe ou désescalade ? Donald Trump face à un dilemme

16 janvier 2026 à 11:48

À l’issue d’une réunion nocturne dans la "Situation Room", mardi 13 janvier, l’hypothèse d’une escalade américaine semblait imminente. Selon CNN, le président Donald Trump aurait été profondément marqué par la diffusion de vidéos d’anciennes exécutions ordonnées par le régime iranien. Le locataire de la Maison-Blanche assurait alors aux Iraniens que "l'aide était en route", tandis que des soldats de la base américaine au Qatar étaient évacués pour anticiper les représailles. À Washington, beaucoup pensaient donc voir se rejouer le scénario du mois de juin, lorsque les États-Unis avaient mené des frappes aériennes contre trois sites nucléaires pour tenter d’entraver le programme nucléaire de Téhéran.

Alors que l’option militaire semblait sérieusement envisagée, Donald Trump a finalement calmé le jeu. Mercredi 14 janvier, il a affirmé avoir reçu des informations émanant de "sources très importantes de l’autre côté", selon lesquelles l’Iran aurait cessé de tuer des manifestants et renoncé à lancer de nouvelles exécutions — un signal qui, de toute évidence, a suffi à le satisfaire. 800 exécutions prévues la veille auraient été annulées, a précisé la Maison-Blanche jeudi. "Bonne nouvelle", a commenté Donald Trump sur les réseaux sociaux, ajoutant : "Espérons que cela continue !". Des déclarations laissant entendre que le président américain écarte, au moins provisoirement, l’hypothèse d’une frappe contre l’Iran.

Une posture attentiste encouragée par plusieurs alliés régionaux de Washington, inquiets des conséquences d’une frappe américaine. Un haut responsable américain a ainsi confié jeudi au New York Times que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait demandé à Donald Trump de différer tout projet d’attaque contre l’Iran.

D’après CNN, les autorités israéliennes doutent en effet d’un effondrement rapide du régime iranien sans une campagne militaire prolongée. Autre sujet de préoccupation, selon la chaîne : "L’état du système de défense antimissile israélien — déjà fortement sollicité lors du précédent affrontement israélo-iranien — nourrissait également de sérieuses inquiétudes quant à la capacité du pays à encaisser de nouvelles représailles".

Toutes les options sur la table

Le Qatar, l’Arabie saoudite, Oman et l’Égypte — tous partenaires stratégiques de Washington — ont eux aussi exhorté l’administration Donald Trump à renoncer à une attaque contre l’Iran, a confié un responsable d’un pays arabe du Golfe. Cette prudence s’explique aussi par un réchauffement notable des relations entre Téhéran et ses voisins, comme le souligne The Guardian. L’an dernier, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi s’est ainsi rendu à Bahreïn — une première pour un chef de la diplomatie iranienne depuis 2010 — et a multiplié les déplacements en Égypte, avec quatre visites au Caire visant à rétablir des relations rompues de longue date. Riyad et Téhéran sont par ailleurs engagés sur la voie d’une normalisation progressive depuis près de trois ans.

Dans les coulisses de la Maison-Blanche, certains responsables américains s’interrogent toutefois sur la sincérité de cette désescalade, redoutant une manœuvre de diversion de la part de Donald Trump. Ils rappellent notamment les allégations volontairement floues du président en juin 2025, quelques jours seulement avant qu’il n’ordonne des frappes iraniennes. Jeudi, la Maison-Blanche a d’ailleurs maintenu l’ambiguïté, affirmant que toutes les options — y compris militaires — restaient sur la table.

D’autant que des signaux contradictoires continuent d’alimenter le doute. Profitant de cette accalmie apparente, le Pentagone a engagé l’acheminement en urgence de nouveaux armements et équipements de défense vers la région. Le porte-avions Abraham Lincoln et une partie de son groupe d’escorte font ainsi route vers le Moyen-Orient depuis la mer de Chine méridionale — un transit d’environ une semaine, selon deux responsables américains cités par le New York Times, qui ont requis l’anonymat en raison de la sensibilité des questions opérationnelles.

"Trump est un homme d'action"

"En réalité, seul le président Trump sait ce qu'il va faire, et un cercle très restreint de conseillers est informé de sa décision", a précisé la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, lors d'un point de presse. Un haut responsable américain a ajouté mercredi soir que sa décision d'ordonner une attaque dépendrait des actions que les services de sécurité iraniens entreprendront face aux manifestations. "Le président Trump est un homme d'action, pas un beau parleur comme on le voit aux Nations unies", a appuyé Mike Waltz, le représentant américain auprès de l'ONU, lors d'une réunion du Conseil de sécurité.

De son côté, l’ambassadeur adjoint de l’Iran auprès des Nations unies, Gholamhossein Darzi, a de nouveau mis en garde le Conseil de sécurité : "Tout acte d’agression, direct ou indirect, se verra répondre de manière décisive, proportionnée et conforme au droit. Il ne s’agit pas d’une menace, mais d’un constat de la réalité juridique." Selon l’organisation Human Rights Activists in Iran (HRANA), plus de 2 500 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations. Alors que la répression sanglante se poursuit dans le pays des mollahs, les regards restent une nouvelle fois braqués sur le président américain. Comme le résume CNN : "La suite dépend de Donald Trump."

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Face à la répression sanglante du régime iranien, Donald Trump joue pour l'instant la désescalade. Pour combien de temps ?

Venezuela : face à Donald Trump, l’opération séduction de Maria Corina Machado

16 janvier 2026 à 08:41

Donald Trump sourit, un énorme cadre doré serré entre les mains. À ses côtés, Maria Corina Machado, tailleur blanc immaculé, joue son va-tout. La scène, immortalisée par la Maison-Blanche, résume à elle seule un nouvel épisode de théâtre politique. Jeudi 15 janvier, l’opposante vénézuélienne a remis au président américain sa médaille du prix Nobel de la paix. Un geste hautement symbolique, destiné à peser sur les orientations de Washington quant à l’avenir politique du Venezuela, après le kidnapping de son président Nicolas Maduro. Selon un responsable de la Maison-Blanche, Donald Trump n’aurait en tout cas aucune intention de se séparer du prix.

Dans un message publié jeudi soir sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé à affluer. Donald Trump s’est félicité du geste : "Maria m’a remis son prix Nobel de la paix pour le travail que j’ai accompli. Un magnifique signe de respect mutuel. Merci Maria !". De son côté, la principale intéressée a salué une rencontre "excellente" et présenté ce don comme la reconnaissance de l’engagement du président américain en faveur, selon elle, de la liberté du peuple vénézuélien. Le message joint à la médaille évoquait "un leadership exceptionnel pour la promotion de la paix par la force" et décrivait cette offrande comme un "symbole personnel de gratitude au nom du peuple vénézuélien".

Cette opération de séduction intervient après le refus du président américain de soutenir Maria Corina Machado comme alternative à Nicolas Maduro. The Washington Post y voit de fait "une offre de paix destinée à gagner les faveurs d’un Trump méfiant". Le geste n’a rien d’anodin. L'ex-magnat de l'immobilier avait publiquement fait campagne pour l’obtention du prix Nobel de la paix avant que Maria Corina Machado ne le reçoive le mois dernier, et n’avait pas caché son amertume face à ce qu’il considérait comme un camouflet. En lui offrant sa médaille, l’opposante vénézuélienne touche donc un point sensible.

"Aucune promesse de soutien"

Réfugiée hors du Venezuela depuis décembre après une fuite spectaculaire par la mer, Maria Corina Machado avance désormais ses pions avec prudence. Face aux représentants du pouvoir chaviste, elle cherche à s’imposer comme une interlocutrice crédible capable de peser, à terme, sur la gouvernance du pays. Jeudi, la quinquagénaire a ainsi rencontré plus d’une douzaine de sénateurs républicains et démocrates au Capitole, où elle bénéficie traditionnellement d’un accueil plus favorable. La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a toutefois tempéré cet enthousiasme : si Donald Trump se dit "heureux" de l’avoir rencontrée, il juge toujours, de manière "réaliste", qu’elle ne dispose pas, à ce stade, du soutien nécessaire pour diriger le pays à court terme.

Offrir son Nobel de la paix ne lui a visiblement pas ouvert les portes espérées. "En échange, elle est repartie avec un sac de cadeaux, mais sans la moindre promesse de soutien", raille CNN. Une déconvenue qui en dit long sur les limites de l’opération de charme. Le Washington Post enfonce le clou : "La rencontre s’est tenue à huis clos — une rareté pour Donald Trump, coutumier des mises en scène diplomatiques. Cette discrétion inhabituelle pourrait moins traduire un appui à Maria Corina Machado qu’un signal adressé au pouvoir en place à Caracas, suggérant la volonté de Washington de préserver, voire de consolider, ses canaux avec le gouvernement vénézuélien actuel".

La veille de son entrevue avec Maria Corina Machado, Donald Trump s'est ainsi entretenu par téléphone avec Delcy Rodriguez, leur première conversation directe connue, et tous deux ont fait part de leurs impressions positives – un revirement de situation surprenant "compte tenu des échanges virulents qu'ils avaient eus par le passé", note le Washington Post. "Nous avons eu une excellente conversation aujourd'hui, et c'est une personne formidable " a déclaré le président américain aux journalistes dans le bureau Ovale mercredi.

Ni partage, ni transfert

Alors que la mise en scène diplomatique de Maria Corina Machado n’a manifestement pas produit les effets escomptés à Washington, elle a en revanche provoqué des remous à Oslo. Les tentatives de rapprochement avec Donald Trump ont suscité une franche désapprobation en Norvège, où le prix Nobel de la paix est perçu à la fois comme une distinction d’exception, lourdement chargée de symboles, et comme "l’un des principaux instruments de soft power du pays", rapporte The New York Times.

Toujours dans le quotidien américain, Lena Lindgren, chroniqueuse à l’hebdomadaire Morgenbladet, souligne les limites du pouvoir de l’institution : "Un comité Nobel ne peut jamais empêcher les lauréats du prix Nobel de la paix de commettre des actes contraires à l’esprit du prix". Avant d’ajouter : "La nouveauté, c’est que le prix est désormais instrumentalisé à des fins politiques, voire belliqueuses."

Le 9 janvier dernier, le comité du prix Nobel avait rappelé que l'attribution d'un prix était définitive, et que la récompense ne pouvait être ni révoquée, ni partagée ni transférée. Ce jeudi, le Centre Nobel de la paix, musée situé à Oslo, n'a pas manqué de réagir aux derniers événements, en faisant remarquer sur X qu'"une médaille peut changer de mains, mais pas le titre d’un lauréat."

© via REUTERS

La dirigeante de l'opposition vénézuélienne Maria Corina Machado a remis son prix Nobel de la paix à Donald Trump lors d'une rencontre dans le bureau Ovale, jeudi 15 janvier.
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