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Vue normale

Après le Venezuela, les craintes d’une opération de Donald Trump au Groenland ravivées

5 janvier 2026 à 08:48

Après le Venezuela et l’enlèvement du président Nicolas Maduro, Donald Trump ira-t-il encore plus loin dans ses violations du droit international ? "Après Maduro, qui est le prochain ?", interroge frontalement l’agence de presse américaine Associated Press, qui souligne que le président américain "spécule d’ores et déjà sur ses projets pour le Groenland, Cuba et la Colombie".

Un peu moins de 48 heures après l’opération militaire américaine au Venezuela, le locataire de la Maison-Blanche a en effet renouvelé dimanche ses appels à une prise de contrôle américaine du territoire danois du Groenland pour des intérêts de sécurité de son pays. "Nous avons absolument besoin du Groenland. Nous en avons besoin pour la défense", a-t-il déclaré dans une interview téléphonique au magazine The Atlantic.

"Besoin du Groenland pour la défense"

L’opération de samedi soir par les forces américaines à Caracas et les commentaires de Trump dimanche ont accru les préoccupations au Danemark, qui a juridiction sur la vaste île riche en minéraux du Groenland. "Cela n’a absolument aucun sens de parler de la nécessité pour les États-Unis de prendre le contrôle du Groenland. Les États-Unis n’ont pas le droit d’annexer l’un des trois pays du royaume danois", a déclaré dimanche la Première ministre danoise Mette Frederiksen dans un communiqué de presse. Et d’ajouter : "J’exhorte donc fortement les États-Unis à cesser les menaces contre un allié historiquement proche et contre un autre pays et un autre peuple, qui ont très clairement déclaré qu’ils ne sont pas à vendre." Elle a également rappelé à Donald Trump que le Danemark offre déjà aux États-Unis, membre de l’OTAN, un large accès au Groenland par le biais d’accords de sécurité existants.

Mais, tout juste quelques heures après les remarques de Mette Frederiksen dimanche, Donald Trump a doublé son affirmation sur le Groenland face à la presse à bord de l’Air Force One. "Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de le faire", a-t-il répété.

Des velléités expansionnistes qui trouvent un écho auprès de la base militante du président américain, notamment dans le mouvement Maga. Quelques heures après l’opération militaire américaine au Venezuela, la podcasteuse pro-Trump Katie Miller, épouse du directeur de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, Stephen Miller, a publié sur son compte X une carte du Groenland colorée aux couleurs du drapeau américain, assortie d’une courte légende en capitales : "SOON" ("bientôt"). Le message n’est pas passé inaperçu, suscitant de nombreuses réponses côté danois. "Le Royaume du Danemark et les États-Unis travaillent ensemble pour assurer la sécurité dans l’Arctique", a répondu l’ambassadeur de Copenhague aux États-Unis, Jesper Moller Sorensen, précisant que le Danemark avait augmenté les dépenses de défense en 2025, engageant 13,7 milliards de dollars "qui peuvent être utilisés dans l’Arctique et l’Atlantique Nord. "Parce que nous prenons notre sécurité commune au sérieux", a-t-il ajouté.

SOON pic.twitter.com/XU6VmZxph3

— Katie Miller (@KatieMiller) January 3, 2026

"Restaurer la domination américaine dans l’hémisphère occidental"

Mi-décembre, Donald Trump a nommé un envoyé spécial, Jeff Landry, avec pour mission de "faire du Groenland une partie des États-Unis". Le 22 décembre dernier, dans une déclaration aux côtés du ministre de la Défense Pete Hegseth, Donald Trump avait déjà martelé le même message à propos du Groenland, justifiant ce "besoin" du territoire arctique pour assurer la sécurité des États-Unis face à la Chine et à la Russie. Or, si la position stratégique de l’île entre l’Europe et l’Amérique du Nord en fait un site clé pour le système américain de défense par missiles balistiques, rappelle l’agence Reuters, sa richesse minérale n’en est pas moins attrayante pour les États-Unis, qui espèrent réduire leur dépendance à l’égard des exportations chinoises. Comme le souligne l’agence américaine Associated Press, les menaces de Donald Trump s’inscrivent dans la droite ligne de sa politique promise pour ce second mandat. Dans la stratégie de sécurité nationale de son administration publiée le mois dernier, le président américain a ainsi présenté la restauration de la "prééminence américaine dans l’hémisphère occidental" comme guide central. Le même document dépeint les alliés européens comme faibles.

Dans le même temps, l’inquiétude monte aussi à Cuba, l’un des alliés et partenaires commerciaux les plus importants du Venezuela. Dimanche, le secrétaire d’État Marco Rubio a lancé un nouvel avertissement sévère au gouvernement cubain, dénonçant les relations entre La Havane et Caracas avant l’arrestation de Nicolas Maduro. "Ce sont les Cubains qui ont gardé Maduro", a-t-il déclaré. "Il n’était pas gardé par des gardes du corps vénézuéliens. Il avait des gardes du corps cubains". Face à la presse dans son avion présidentiel, Donald Trump a de son côté affirmé que "Cuba est prêt à tomber", alors que le Venezuela ne devrait plus fournir de pétrole subventionné au petit état insulaire, assailli depuis plusieurs décennies par les sanctions américaines. Dimanche soir, Donald Trump a également mis en garde le voisin du Venezuela, la Colombie, et son président de gauche, Gustavo Petro, déclarant que la Colombie est "dirigée par un homme malade qui aime fabriquer de la cocaïne et la vendre aux États-Unis". "Il ne le fera pas pendant encore très longtemps", a ajouté le président américain, précisant, à propos d’une possible intervention américaine en Colombie comme au Venezuela, que cela lui "semble bien".

© REUTERS

Le président Trump s'adresse aux journalistes à bord de l'Air Force One en route vers la base conjointe d'Andrews.

Venezuela : seul un coup de force pouvait ouvrir la voie à la démocratie, par Renée Fregosi

5 janvier 2026 à 06:30

L’intervention des forces spéciales nord-américaines au Venezuela est sans doute la dernière chance de renverser la dictature qui affame et martyrise le pays depuis trois décennies. Il existe en effet quatre voies de sortie d’une dictature : ce qu’on a appelé la "transition à la démocratie" dans les années 1980-1990, c’est-à-dire une sortie pacifique négociée, comme ce que l’on a connu en Amérique latine et dans le bloc soviétique à cette époque ; le coup d’Etat de la part de militaires favorables à la démocratie associés à l’opposition politique, comme ce qui s’était passé au Venezuela même lors de la chute du dictateur Carlos Pérez Jímenez en 1958 ; une lutte armée intérieure comme cela a pu se produire à Cuba en 1959 contre le régime de Fulgencio Batista, ou au Nicaragua en 1978 avec le FSLN contre Somoza junior ; enfin, soit à la suite d’une guerre comme ce fut le cas contre les régimes fascistes et nazis, soit par une intervention militaire extérieure de plus ou moins grande ampleur.

Or il était manifeste que hélas, il n’y avait plus aucune possibilité de négocier une transition pacifique à la démocratie avec ce narcorégime, sans faire pression par la force. Un temps, on avait pu espérer que la dictature chaviste se fracture et qu’un accord entre les dissidents et l’opposition démocratique puisse déboucher sur un retour à l’ordre démocratique et à la prospérité dans ce pays qui fut par le passé un modèle de démocratie sociale redistributive. Mais, éduqué et inspiré par le régime cubain, Nicolas Maduro a régulièrement épuré les forces armées pour éviter toute tentative de coup d’Etat, tandis que l’opposition politique était persécutée, réprimée, emprisonnée, contrainte à la clandestinité comme la courageuse María Corina Machado ou à l’exil comme tant de leaders de la gauche démocratique.

Bien qu’à la suite de l’avènement d’Hugo Chavez en 1998, les élections n’aient plus jamais été libres au Venezuela, l’opposition unie était en effet parvenue pas à pas à obtenir plus du tiers des élus aux élections législatives de 2015. Mais le pouvoir chaviste n’avait pas voulu reconnaître la victoire des forces démocratiques et le régime de Nicolas Maduro s’était fait de plus en plus répressif. Et encore lors de la dernière élection présidentielle, en juillet 2024, tandis que tous les sondages donnaient le candidat de l’opposition, Edmundo González Urrutia largement vainqueur, c’est encore le président-dictateur Maduro qui fut déclaré élu.

L’opposition vénézuélienne est en effet foncièrement démocratique et la lutte armée est absolument exclue pour faire chuter la dictature. A différentes reprises, l’opposition unie a cherché les voies d’un compromis. Car déjà du vivant de Chavez, son mouvement avait connu des désaccords menant à l’éloignement ou à la rupture de la part de nombreux responsables du régime, civils et militaires, et sous les présidences de son successeur Maduro, l’hémorragie s’est poursuivie.

La corruption, l’implication grandissante dans le narcotrafic, et l’impéritie foncière du régime provocant une crise humanitaire gravissime dans le pays, ont dessillé les yeux des nombreux chavistes honnêtes. On estime ainsi à près d’un quart de la population (28,5 millions d’habitants environ) le nombre d’émigrés vénézuéliens qui ont fui le pays, poussés par les pénuries alimentaires, le manque de médicaments et de matériel médical de base, la crise énergétique et la répression. Mais, soutenu par les trois grandes dictatures que sont la Russie, la Chine et l’Iran, le régime chaviste poursuivait sa dévastation du pays.

Restait donc la seule solution de l’intervention extérieure, pour déclencher le changement de régime. Le couple Maduro étant écarté de la scène politique nationale, on peut s’attendre au délitement du groupe des prédateurs qui vont sans doute tenter de tirer leur épingle du jeu quitte à se trahir mutuellement. La mobilisation du peuple vénézuélien à l’intérieur et à l’extérieur étant le gage d’une victoire de la démocratie, on peut espérer que les militaires affaiblis et les paramilitaires chavistes des "Collectivos" ne jettent pas le pays dans une guerre civile meurtrière. D’autant que Donald Trump, favorable, affirme-t-il, à une transition pacifique, promet "une seconde vague si nécessaire" tout en estimant qu’elle ne sera pas nécessaire. Certes les Etats-Unis agissent dans leur propre intérêt, mais si cet intérêt converge avec celui du peuple vénézuélien, comment ne pas s’en réjouir ?

NB : Cet article a d’abord été publié sur le site de La Nouvelle revue politique

* Renée Fregosi est philosophe et politologue. Elle a publié en 2025 Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme (Editions Intervalles). Elle préside le Centre européen pour la coopération internationale et les échanges culturels (Ceciec) qui est un groupe de réflexion composé d’intellectuels et de militants associatifs européens et latino-américains.

© REUTERS

Des Vénézuéliens célèbrent après que les États-Unis ont capturé le président Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, ici à São Paulo, au Brésil, le 4 janvier 2026.

"Il n’y a plus d’hommes là-bas" : le témoignage inédit d'un "malgré-nous" du Donbass

5 janvier 2026 à 05:45

Lorsque son patron le convoque, dans la soirée du 23 février 2022, Petro* n’imagine pas que, quelques heures plus tard, les chars russes déferleront sur l’Ukraine. Chauffagiste dans une ville du Donbass sous occupation russe depuis 2014, ce quadragénaire n’a pas d’accès libre aux médias et à Internet, tous contrôlés par Moscou.

Après plusieurs heures d’attente, Petro et ses collègues sont conduits au commissariat militaire, puis transférés vers une base à Donetsk, où des centaines de personnes patientent en pleine nuit. Les autorités parlent alors d’un voenny zbor, une simple "vérification de l’état des troupes". "On nous a donné des uniformes en disant qu’il s’agissait d’un entraînement, se souvient Petro. Ils répétaient : ‘Trois ou quatre jours et vous rentrerez chez vous’."

Mise en scène

Une mise en scène qui sera vite démentie. Le groupe est emmené dans une immense mine désaffectée à Makiïvka. Petro y reste deux semaines avec 1 500 autres Ukrainiens. A la mi-mars, tous sont déployés à une vingtaine de kilomètres de Marioupol pour participer à "l’opération spéciale".

C’est seulement là, raconte-t-il, qu’ils comprennent l’ampleur du piège que les Russes leur ont tendu. Après avoir trouvé un générateur, ils parviennent à allumer une télévision dans une maison abandonnée. "On a vu qu’il y avait des combats dans toute l’Ukraine, raconte Petro, la voix nouée. On a alors compris qu’on nous avait enrôlés, que ce n’était pas un entraînement, mais la guerre."

Petro fait partie de ces "malgré-nous" des temps modernes. Plusieurs dizaines de milliers d’Ukrainiens, mobilisés de force dans les territoires occupés, ont été enrôlés dans l’armée russe, selon les estimations des organisations de défense des droits et des autorités ukrainiennes. Ce témoignage – exclusif - éclaire un phénomène que la fermeture totale de ces zones occupées aux journalistes rend difficile à documenter.

Envoyés au front

Entre 2014 et 2022, plus de 38 000 jeunes hommes ont été astreints, à leur majorité, à servir un an dans l’armée russe, selon les chiffres russes. "La plupart sont restés en Crimée ou sont partis en Russie, mais ils n’étaient pas affectés à des postes de combat", rapporte Olha Kourychko, représentante du président ukrainien en Crimée, aujourd’hui exilée à Kiev. "Après 2022, le phénomène prend une tout autre ampleur : en plus du service militaire chez les jeunes, la mobilisation touche toutes les classes d’âge et les hommes sont envoyés directement au front."

Le 19 février 2022, les administrations d’occupation des "républiques populaires" de Donetsk et Louhansk décrètent une mobilisation générale. Motif affiché : se préparer à une prétendue attaque ukrainienne. Sur le papier, Petro n’est d’ailleurs pas intégré à l’armée russe, mais à une "armée de réserve de la république de Donetsk". Dans les faits, rapporte-t-il, cette structure obéit à des commandants russes et sert d’appoint aux unités régulières de Moscou.

"On ne m’a pas fait signer de contrat militaire, mais juste un serment où je jurais de défendre la ‘république de Donetsk’", précise-t-il. Avec lui, des mineurs pris sur leur lieu de travail, des hommes arrêtés dans la rue ou à la sortie de l’usine. D’autres s’étaient présentés d’eux-mêmes au commissariat militaire après réception d’une convocation. "Personne ne voulait d’ennuis avec les services de sécurité. Si nous ne venions pas ou si nous tentions de nous cacher, ils seraient revenus nous chercher", assure-t-il.

"C’est très difficile de prouver la coercition, surtout quand les hommes ont répondu à la convocation. Mais les habitants des territoires occupés vivent sous un régime répressif, où la prison reste synonyme de torture", rappelle Alyona Lounova, directrice du plaidoyer au Centre des droits humains Zmina. D’autant que les peines pour insoumission au service s’échelonnent entre 700 et 3 000 euros d’amende et vont jusqu’à deux ans d’emprisonnement. En Crimée, 680 procédures pénales ont été ouvertes, selon les chiffres russes. Et les ONG en exil disent avoir documenté des cas où des personnes, après une peine de prison ou le paiement d’une amende, ont malgré tout été envoyées au front.

Petro peine à contenir ses larmes lorsqu’il évoque son déploiement à Marioupol, où son unité est chargée de maintenir "l’ordre" dans une ville réduite en ruines. Partout, des tombes à ciel ouvertes, des cadavres laissés à l’abandon et le désespoir des habitants affamés. "Une femme m’a supplié de la tuer, dit-il. Elle avait perdu son fils. Bien sûr, je ne l’ai pas fait." Il croise rarement des civils. "Certains commandants russes nous appelaient à tuer tous les Ukrainiens que l’on rencontre, femmes et enfants compris, ils disaient que c’étaient tous des nazis à exterminer", se souvient Petro. Dans les ruines, quelques poches de résistance ukrainiennes tiennent encore. Un jour, son chef d’escadron s’effondre sous ses yeux, tué d’une balle à la tête par un tireur embusqué, alors même qu’il pavanait sur le fait "qu’il n’y avait personne à des kilomètres à la ronde". A la fin du siège, en mai 2022, son unité escorte les bus transportant les derniers défenseurs d’Azovstal qui se sont rendus. "C’est la première fois que j’ai vu un soldat ukrainien vivant, raconte Petro. Jusque-là, je n’avais aperçu que des corps sans vie, que personne ne venait récupérer."

La fuite comme salut

L’idée de fuir s’impose peu à peu. Mais les check-points parsèment le territoire, le réseau téléphonique est coupé et plusieurs de ses compagnons soutiennent Moscou : une dénonciation suffirait à le condamner. Lors de son passage à Marioupol, plusieurs soldats russes refusant d’avancer sont jetés dans une cave sans nourriture pendant plusieurs jours. A leur retour de Marioupol, le bataillon des "malgré-nous" tente de se révolter et jette ses armes à leur arrivée à la gare de Donetsk. "Tout le monde criait sur les dignitaires venus nous persuader de continuer. C’est la police qui a dû nous escorter dans la même mine de Makiivka en nous promettant des congés", raconte Petro. Finalement, ils seront envoyés à nouveau au front, à Popasna cette fois, pour plusieurs mois.

Petro parvient malgré tout à contacter son ex-femme, réfugiée en France depuis 2022. Elle le met en relation avec un officier ukrainien du renseignement militaire pour se rendre. Mais c’est finalement la maladie qui lui offre une échappatoire. Souffrant d’un problème rénal, il est transféré par chance dans un hôpital civil près de chez lui, sans escorte. Là, il paye pour obtenir un certificat falsifié certifiant qu’il a la tuberculose. Enfin, Petro parvient à se faire démobiliser. Il traverse ensuite la Russie, puis les pays Baltes, avant de rejoindre la France. Aujourd’hui, il vit à Tours avec son ex-femme — redevenue son épouse — et leur fils, avec la peur constante que la Russie le retrouve. "Je veux quand même témoigner, car ce qu’ils font est monstrueux. Ils ont tué le Donbass, il n’y a plus d’hommes là-bas", souffle-t-il.

Crime de guerre

Cette pratique d’enrôlement forcé viole les conventions de Genève et constitue un crime de guerre. Pourtant, en Ukraine, ces hommes sont souvent considérés comme des traîtres : ils risquent jusqu’à quinze ans de prison. De fait, ils représenteraient 16 % des prisonniers détenus par l’armée ukrainienne.

Le problème risque de hanter durablement l’Ukraine, à l’image des "malgré-nous" mobilisés dans la Wehrmacht en France, au Luxembourg et en Pologne, après la Seconde Guerre mondiale. Dans les territoires occupés, le Kremlin poursuit sa mobilisation à grande échelle, en particulier à travers la militarisation de la jeunesse. A l’été 2025, l’armée russe a lancé d’importantes campagnes dans les régions de Kherson et de Zaporijjia, jusque-là relativement épargnées, mobilisant plusieurs milliers d’habitants, selon les informations recueillies par L’Express.

Pour Serhiy Danylov, chercheur spécialiste de la région de Kherson, cette politique sert les intérêts du Kremlin : "Elle ne coûte rien à Moscou. Les habitants des territoires occupés ne sont pas considérés comme des véritables Russes, personne ne les plaindra. Poutine les usera jusqu’au dernier — et les enverra se battre, demain, contre le reste de l’Europe."

* Le prénom a été modifié. Cette enquête a été réalisée avec le soutien du réseau journalistique européen N-Ost.

© EYEPRESS via Reuters Connect

De nouveaux soldats russes recrutés dans divers centres d'entraînement militaire avant leur déploiement sur le champ de bataille en Ukraine.

Un crime signé Ankara… et des silences français : l’incroyable affaire du triple assassinat de la rue La Fayette

4 janvier 2026 à 18:00

Ce 2 décembre 2025, face au juge d’instruction Vincent Raffray, la mémoire de Manuel Valls flanche sérieusement. Certes, l’affaire pour laquelle l’ancien premier ministre est entendu comme témoin date de 2013, mais quelle affaire ! L’exécution de trois militantes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), guérilla séparatiste et bête noire de l’Etat turc, en plein Paris… Au moment même où des négociations de paix commençaient, à 3 000 kilomètres de là, pour mettre fin à ce conflit vieux de trente ans. Au 147, rue La Fayette, à deux pas de la gare du Nord, un pistolet semi-automatique de calibre 7,65 millimètres a tiré dix balles. Aucune n’a loupé sa cible. Les victimes se nomment Sakine Cansiz, l’une des fondatrices du PKK réfugiée en France, Fidan Dogan et Leyla Saylemez. Un triple assassinat sans meurtrier condamné, sans commanditaire inculpé, treize ans plus tard. Bref, un crime sans coupable. Le mystère tient en deux mots : raison d’Etat. Car nul n’ignore aujourd’hui les liens qui unissaient le principal suspect, Omar Güney et les services secrets turcs. A fortiori pas Manuel Valls, ministre de l’Intérieur à l’époque.

Au juge Raffray, ce 2 décembre, Valls concède que ce crime était "une opération, comme ça l’a été démontré, des services de renseignement turcs", selon le procès-verbal d’audition, que L’Express a pu consulter. En revanche, l’ex-socialiste n’a aucun souvenir de son rendez-vous avec l’ambassadeur de Turquie à Paris le 21 janvier 2013. Soit onze jours seulement après la tuerie. "Je n’en ai aucune trace dans mon agenda, et mes deux collaborateurs ne se rappellent pas non plus cette entrevue" réitère Manuel Valls à L’Express. Le diplomate turc aurait pourtant envoyé à sa hiérarchie un compte rendu de cet entretien, d’après un document confidentiel obtenu par les avocats turcs des parties civiles. Ce jour-là, le ministre fait état à l’ambassadeur de l’avancée de l’enquête, évoque des meurtres "réalisés d’une manière très professionnelle", liste les éléments de preuve contre le suspect, désigné comme "le responsable de ces assassinats". Et rassure son interlocuteur : "Nous allons continuer de combattre le PKK" - classé organisation terroriste par la Turquie comme par la France. "Ces propos attestent de la collaboration intime entre Paris et Ankara, s’étrangle l’un des avocats des parties civiles. Cela explique peut-être le laisser-faire des autorités françaises dans cette affaire." Un diplomate français abonde : "La France s’est écrasée pour ne pas compromettre ses relations avec la Turquie."

Il faut retracer la chronologie de cet incroyable dossier, où s’empilent les éléments à charge contre Omar Güney, et à travers lui le service de renseignement turc du "Millî İstihbarat Teşkilatı", plus connu sous l’acronyme "MIT", pour saisir l’ampleur de ce scandale d’Etat et le poids des silences français. C’est bien simple : tout accuse Omar Güney. Ce trentenaire turc est le dernier à avoir vu vivantes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez le 9 janvier 2013. Il avait toute leur confiance, ayant approché depuis l’automne 2011 la communauté, en quête, disait-il, de ses racines kurdes. Les caméras de vidéosurveillance l’ont filmé entrant dans l’immeuble peu de temps avant les crimes. L’ADN de l’une des victimes a été retrouvé sur sa parka et des traces de poudre identifiées sur sa sacoche.

Un "Loup gris" grimé en kurde

L’enquête révèle rapidement le vrai visage du suspect, incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes : un ultranationaliste, membre des Loups gris, la milice affiliée au parti nationaliste turc MHP, vivier connu des services secrets pour leurs basses besognes. Des photos de la précédente vie de Güney en Allemagne le montrent arborant la moustache caractéristique des Loups gris, redescendant de part et d’autre de la bouche, tels deux crocs. Le téléphone portable de l’assassin présumé complète le portrait : les enquêteurs y trouvent, dans les fichiers supprimés, 329 photos des fiches d’adhérents de l’association kurde de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise), dont il était membre. Clichés pris la veille du crime, entre 4h23 et 5h33 du matin et envoyés à un mystérieux correspondant. S’ajoutent à ce tableau une série d’allers-retours en Turquie dans les semaines précédant le triple assassinat, voyages dont Güney s’était bien gardé de parler à ses "amis kurdes". Tout indique que Güney est un infiltré. Mais au service de qui ?

Deux documents fracassants font bientôt basculer l’affaire. D’abord cet enregistrement diffusé sur YouTube le 12 janvier 2014. La conversation se déroule en turc entre trois hommes, supposément Omer Güney et deux membres du MIT, qui évoquent les cibles potentielles du tueur, plusieurs hauts dirigeants du PKK, et le plan pour s’en débarrasser sans se "faire attraper" (sic). L’audio n’a pas été formellement authentifié, mais plusieurs proches de Güney y reconnaissent sa voix et la police scientifique de Lyon a conclu à une très forte analogie entre les deux voix. Deux jours après cette fuite, un second document, plus accablant encore, est publié par le quotidien Sol, fervent opposant au gouvernement Erdogan. Présenté comme une note d’information des services secrets, il porte la mention "gizli" : "confidentiel". Le rapport, daté du 18 novembre 2012, détaille par le menu le plan d’assassinat de Sakine Cansiz. Deux individus, désignés comme "la Source" et "le Légionnaire" en seront chargés. Le premier, dont le profil correspond a celui de Güney, a reçu la somme de "6 000 euros", utilisable "pour mettre hors d’état de nuire" la cible.

Plan d’évasion

Au même moment, à Paris, le dossier d’instruction s’épaissit. La section antiterroriste vient de mettre la main sur une nouvelle pièce à conviction. Le 4 janvier 2014, Omer Güney reçoit une visite au parloir de Fresnes. La justice a donné son feu vert pour enregistrer la conversation du détenu avec son ami Ruhi Semen, un Turc d’Allemagne, ancien collègue d’usine de Güney. La pêche est bonne : le prisonnier charge son visiteur d’aller voir "Mutti" à Ankara ("maman", en allemand) pour lui apporter "des nouvelles de Paris" et lui glisse un mystérieux papier à transmettre. Le message est codé. Mutti désigne en fait le MIT. Ruhi Semen l’avouera lui-même à la police allemande trois semaines plus tard. L’analyse de son téléphone révèle la nature du document passé ce jour-là au parloir, sobrement intitulé : "plan d’évasion". Il consiste à organiser la fuite de Günen lors d’une de ses hospitalisations, régulières, à l’hôpital de la Pitié-Salpètrière. Les lieux sont repérés, l’arsenal nécessaire détaillé. Le plan tombe finalement à l’eau.

L’implication des services secrets turcs pointée

Après deux ans et demi d’enquête, le parquet réclame le renvoi devant une cour d’assises d’Omer Güney, pour assassinats en relation avec une entreprise terroriste. Fait inédit, il écrit noir sur blanc que "de nombreux éléments de la procédure permettent de suspecter l’implication du MIT dans l’instigation et la préparation des assassinats." Une inconnue demeure : "Les investigations n’ont pas permis d’établir si ces agents du MIT ont participé à ces faits de façon officielle, avec l’aval de leur hiérarchie, ou s’ils l’ont fait à l’insu de leur service, afin de le discréditer ou de nuire au processus de paix."

Le doute est permis, vu les dissensions qui ébranlent l’Etat turc depuis le début des années 2010. Erdogan fait la chasse aux traîtres, dont les membres de la confrérie de l’influent prédicateur Fethullah Gülen, autrefois son allié. Les fuites en série dans l’affaire du triple assassinat du 147, rue La Fayette ont-elles à voir avec ces règlements de compte ? Possible. Le principal suspect ne saurait y répondre : il est mort en décembre 2016 d’un cancer du cerveau, à un mois de l’ouverture du procès. L’instruction court toutefois toujours, relancée par une nouvelle plainte de la défense contre X, pour poursuivre les commanditaires.

Mais l’enquête piétine. Les rares documents déclassifiés, à la demande des avocats, arrivent sur leurs bureaux si caviardés qu’ils n’apportent aucune valeur ajoutée. A l’évidence, ni l’Etat français ni l’Etat turc n’ont intérêt à ce que la vérité soit dite. Aujourd’hui pas plus qu’il y a treize ans. "En 2013, les interrogations qui surgissent rapidement sur les liens entre Omer Güney et de possibles commanditaires au sein de l’Etat turc tombent en fait au plus mal dans l’agenda franco-turc", rappelle la journaliste Laure Marchand dans son livre-enquête Triple assassinat au 147, rue La Fayette. A l’époque, les années Sarkozy ont abîmé la relation entre Paris et Ankara. Le président français, très hostile à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, méprise au plus haut point les Turcs. Ces derniers n’ont pas digéré la visite express du président français, le 25 février 2011 : 300 minutes, pas une de plus. Le vote, en janvier 2012, de la loi pénalisant la négation du génocide arménien - finalement retoquée par le Conseil constitutionnel - n’a rien arrangé. En Turquie, les personnels d’ambassade voient la coopération se déliter. "On était clairement ostracisés, se souvient l’attaché de défense d’alors, Patrice Moyeuvre. Il y avait à l’époque à Ankara une centaine d’attachés de défense étrangers, j’étais le seul à ne pas être invité aux cérémonies officielles."

L’homme du dégel s’appelle François Hollande. Il s’y attelle vite, d’autant que la France a grand besoin des services turcs pour interpeller les djihadistes français, de plus en plus nombreux, en 2013, à transiter par la Turquie pour rejoindre les rangs de l’Etat islamique en Syrie. "En échange de ces services, la France a-t-elle accepté de fermer les yeux sur l’affaire des militantes kurdes assassinées à Paris ? C’est une hypothèse", concède Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques, auteur de La Turquie, un partenaire incontournable (Eyrolles, 2021).

Treize ans plus tard, la Turquie d’Erdogan, plus répressive que jamais en interne, est devenue un poids lourd sur la scène géopolitique : allié militaire indispensable de l’UE, sponsorisé par elle pour lutter contre l’immigration irrégulière, pratiquant habilement la diplomatie du pendule entre la Russie et l’Ukraine. Elle est aussi un partenaire d’affaires pour la France, qui a vu ses échanges commerciaux bondir de 17,1 % en 2023 à 23,4 milliards d’euros, au-delà, de l’objectif des 20 milliards fixé en 2014 par François Hollande lors de la visite d’Etat en Turquie, une première depuis 22 ans. "La France n’a aucun intérêt à se fâcher définitivement avec la Turquie" résume une source diplomatique. Quitte à protéger des agents du MIT sur son sol ? Le cas de Zekeriya Çelikbilek, ancien militaire turc naturalisé français interroge pour le moins. En avril 2024, l’individu a été condamné en appel à cinq ans de prison par la justice belge pour sa participation à une organisation criminelle en vue de commettre des assassinats à Bruxelles… contre des cadres du PKK. Là encore, ses liens avec le sommet de l’Etat turc font peu de doutes. Çelikbilek a d’ailleurs été entendu dans l’affaire du triple assassinat de la rue La Fayette. Vingt mois après sa condamnation, la justice belge n’a toujours pas requis son arrestation en France, où il coule des jours paisibles à Reims. Le MIT peut dormir sur ses deux oreilles.

© MAXPPP

Les trois militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, ont été retrouvées mortes le 10 janvier 2013 au Centre d'information du Kurdistan, dans le Xe arrondissement de Paris.

Pourquoi Donald Trump a-t-il choisi Delcy Rodriguez, une fidèle de Maduro, pour diriger le Venezuela ?

4 janvier 2026 à 17:20

Le fauteuil de l’exécutif ne pouvait pas rester vide. La capture de Nicolas Maduro à l’issue d’une opération menée par les États-Unis dans la nuit de vendredi à samedi a laissé le pouvoir aux mains de la vice-présidente exécutive Delcy Rodríguez. Le chef d’État américain Donald Trump a martelé, samedi 3 janvier, que cette dernière avait prêté serment après son arrestation et s’était entretenue avec le secrétaire d’État Marco Rubio. La Constitution vénézuélienne, en vertu des articles 233 et 234, prévoit que Delcy Rodríguez assume les fonctions de présidente par intérim en l’absence du chef de l’État, une disposition que la Cour suprême vénézuélienne a ordonné d’appliquer samedi soir.

Peu après les déclarations de Donald Trump, Delcy Rodríguez s’est coulée dans son rôle de présidente en s’exprimant à la télévision d’État, entourée de son frère Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale, du ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello et du ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez. Lunettes carrées sur le nez et l’air sévère, elle a affirmé que Nicolás Maduro restait le seul président légitime du Venezuela, appelant au calme et à l’unité face à "l’enlèvement" du dirigeant. Une position à rebours de celle décrite par Donald Trump, qui alléguait qu’elle était prête à coopérer avec les États-Unis après la capture de Nicolás Maduro.

Donald Trump a écarté l’idée de travailler avec la cheffe de file de l’opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, estimant qu’elle manquait de soutien dans le pays. Une position d’autant plus surprenante que l’opposante, longtemps perçue comme une interlocutrice naturelle de Washington, semblait plus en phase avec les positions du président américain. Pour Maria Corina Machado, la présidence devait désormais être assurée par Edmundo Gonzalez Urrutia, que l’opposition, Washington et les observateurs internationaux considèrent comme le vainqueur de l’élection de 2024 et dont Emmanuel Macron a affirmé samedi qu’il souhaitait le voir assurer une période de transition.

Une fidèle de Nicolas Maduro

De son côté, Delcy Rodríguez apparaît comme un pur produit du chavisme. Âgée de 56 ans, elle est la fille de Jorge Antonio Rodríguez, ex-guérillero d’extrême gauche et fondateur du parti révolutionnaire Liga Socialista dans les années 1970, rappellent nos confrères du Monde. Avocate diplômée de l’université centrale du Venezuela, Delcy Rodríguez a rapidement gravi les échelons du pouvoir. En août 2013, lors d’un hommage rendu par le nouveau président Nicolás Maduro à son prédécesseur défunt Hugo Chavez, elle est propulsée ministre de la Communication et de l’Information.

En 2017, elle prend la tête de l’Assemblée constituante progouvernementale, qui contribue à élargir les pouvoirs de Nicolas Maduro. La même année, le président vénézuélien la qualifie de "tigresse" pour sa défense acharnée du gouvernement socialiste. Le 14 juin 2018, Delcy Rodríguez est nommée vice-présidente de la République par Nicolas Maduro, qui la décrit alors comme une "jeune femme courageuse, expérimentée, fille d’un martyr, révolutionnaire et éprouvée dans mille batailles".

Proche des "élites économiques vénézuéliennes"

Cette ascension s’accompagne de sanctions internationales : en 2018, l'Union européenne gèle ses avoirs et lui interdit l’entrée sur son territoire, avant que les États-Unis ne prennent, le 25 septembre de la même année, des sanctions économiques à son encontre. Jusqu’à vendredi encore, Delcy Rodríguez cumulait les portefeuilles du Pétrole et des Finances, et pilotait la riposte à l’escalade des sanctions américaines visant l’industrie clé du pays, qui détient les plus importantes réserves de pétrole au monde.

Parallèlement, comme le souligne le New York Times, Delcy Rodríguez est aussi connue pour avoir "tissé des liens avec les élites économiques vénézuéliennes, les investisseurs étrangers et les diplomates, se présentant comme une technocrate cosmopolite au sein d’un gouvernement militariste et largement dominé par les hommes". Après la grave crise économique qu’a traversée le Venezuela de 2013 à 2021, elle a impulsé une réforme libérale ayant permis d’instaurer une relative stabilité économique, avant la campagne militaire américaine visant Nicolas Maduro.

"Un jeu de chaises musicales"

Figure clé du régime au pouvoir, elle incarne sans nul doute la continuité. Selon Imdat Oner, analyste politique au Jack D. Gordon Institute, "elle n’est pas une alternative modérée à Maduro. Elle a été l’une des figures les plus puissantes et les plus intransigeantes de tout le système", a déclaré cet ancien diplomate turc en poste au Venezuela à CNN. Pour Eduardo Rios, docteur en sciences politiques à Sciences Po Paris, interrogé sur France 24, sa nomination ne changera rien : "Tout cela n’est qu’un jeu de chaises musicales du chavisme."

Depuis plus d’une décennie, le pouvoir au Venezuela est concentré entre les mains d’une poignée de hauts responsables, soutenus par un réseau de loyalistes et d’organes de sécurité alimentés par la corruption et la surveillance. Un fragile équilibre y oppose civils et militaires : Delcy Rodríguez et son frère représentent le volet civil, tandis que Diosdado Cabello et Vladimir Padrino Lopez incarnent le pendant militaire. Reste à voir quel rôle Delcy Rodríguez pourra réellement jouer dans les semaines à venir, alors que Donald Trump a rapidement annoncé que les États-Unis allaient "diriger le pays jusqu’à ce qu’[ils puissent] effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse". Affaire à suivre.

© REUTERS

Après la capture de Nicolás Maduro, Delcy Rodriguez, la vice-présidente du pays, en a pris la tête conformément à la décision de la Cour suprême vénézuélienne

Manfred Weber : rencontre avec l’Allemand le plus puissant de Bruxelles

4 janvier 2026 à 17:00

Autrefois imberbe, Manfred Weber arbore depuis six ans une barbe poivre et sel. Beaucoup y voient le stigmate d’un traumatisme politique impossible à oublier : à l’été 2019, justement, Emmanuel Macron a broyé les ambitions de ce Bavarois inconnu des Français, qui, fort de la première place obtenue par sa famille politique aux élections européennes, s’imaginait à la présidence de la Commission.

Las ! Le jeune président français ne voulait pas de ce pur produit parlementaire, dépourvu d’expérience gouvernementale comme de charisme, et trop à droite à ses yeux. A l’époque, les macronistes ne cachaient d’ailleurs pas leur mépris pour celui qu’ils surnommaient "l’ectoplasme". Finalement, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 imposeront une autre Allemande de centre droit, Ursula von der Leyen, infligeant une cinglante humiliation à son compatriote. "Weber n’est pas un tueur et, ce jour-là, il s’est fait tuer", résume un connaisseur des arcanes bruxellois.

Le leader incontestable du puissant PPE

"Un revers devient une défaite uniquement si vous ne vous relevez pas", écrit aujourd’hui le quinquagénaire dans la biographie publiée sur son site Internet. Six ans plus tard, Manfred Weber a fait bien plus que se relever. Patron du plus grand groupe politique au Parlement de Strasbourg, président depuis 2022 du Parti populaire européen — le PPE, la puissante famille de la droite chrétienne-démocrate qui revendique 14 commissaires et 13 dirigeants autour de la table du Conseil européen —, le voilà plus central que jamais dans une Europe qui se droitise.

"A travers ses réseaux, c’est l’un des responsables politiques qui dispose de l’une des plus fortes capacités d’influence sur le continent", affirme le Républicain Arnaud Danjean, vice-président du PPE de 2019 à 2024. Un signe : le 12 décembre, Manfred Weber s’est permis d’annoncer en primeur qu’Ursula von der Leyen allait lâcher du lest sur la fin du moteur thermique en 2035, l’un des totems de son premier mandat.

Adversaire de la première heure de cette mesure, son ancien rival peut savourer sa revanche. Sa ligne s’impose d’ailleurs depuis des mois sur les grandes priorités européennes, de la compétitivité aux législations environnementales en passant par l’immigration. La résultante d’un choix délibéré : l’élu de l’Union chrétienne-sociale bavaroise (CSU) a décidé de tirer avantage des rapports de force au sein du Parlement européen, osant s’appuyer sur l’extrême droite pour faire passer sa vision des textes. Cela s’est encore vu lors de la dernière session plénière de 2025 : un texte autorisant le transfert de migrants hors d’Europe pour l’examen de leur demande d’asile a été adopté grâce aux voix des droites antieuropéennes.

Fort de ses 188 sièges sur les 720 de l’hémicycle, le puissant groupe du PPE a arithmétiquement le choix entre la "Majorité von der Leyen", l’alliance avec la gauche et le centre, et la "Majorité Venezuela", l’alliance des droites qui s’est dessinée pour la première fois sur une résolution concernant le pays d’Amérique latine. La pratique est sans précédent à Strasbourg où centre gauche et centre droit travaillent de concert depuis toujours. "En construisant cette possibilité d’une alternative, il a installé une nouvelle dynamique de pouvoir, décrypte l’écologiste allemand Daniel Freund. Il demande qu’on accepte sa position à 100 % ou il se tourne vers l’extrême droite et ce sera pire. C’est du chantage."

"Un caméléon hors pair"

Venant d’un pro-européen convaincu, eurodéputé depuis plus de vingt ans, ce choix n’en finit pas d’intriguer. "Est-ce qu’il faut comparer Manfred Weber au Nicolas Sarkozy de 2007 qui siphonne les voix de l’extrême droite pour sauver la République ou au Sarkozy de 2012 qui a quasiment basculé à l’extrême droite ?", s’interroge un opposant perplexe. Derrière ses lunettes rondes, le catholique pratiquant, fan de guitare et de musique classique, très attaché aux traditions de sa Bavière d’origine, reste une énigme pour nombre de ceux qui le côtoient. Si ses adversaires saluent un interlocuteur toujours courtois qui respecte sa parole, ils peinent à cerner sa personnalité. "C’est un caméléon hors pair qui n’aime pas les conflits ouverts", résume l’un d’eux. Même au sein de son propre groupe, le Bavarois est connu pour ne pas avancer frontalement. Dans les réunions internes, il invite des personnalités à discourir ou il souhaite longuement les anniversaires pour que les sujets qui fâchent se retrouvent relégués à la fin, quand tout le monde veut partir…

L’ancien ingénieur spécialisé dans le développement durable se décrit avant tout comme un démocrate-chrétien centriste et pragmatique, décidé à se démener pour que l’Europe prouve son utilité aux citoyens. "Il faut faire avec les gens et pas contre eux, plaide-t-il auprès de L’Express. Ainsi, j’ai toujours dit qu’interdire le moteur thermique était absurde. En Allemagne, les salariés de l’industrie automobile abandonnent la gauche et votent pour l’AfD. Il faut être moins idéologique."

Le patron du PPE affirme opérer une claire distinction entre droites démocratiques et extrêmes. "Mes idées n’ont pas changé, répond Weber. Et tous ceux qui voudront travailler avec nous devront respecter nos lignes rouges : ils doivent être pro-Ukraine, pro-Europe et pro-Etat de droit. Sur cette base, nous avons d’ailleurs expulsé Viktor Orban du parti." C’est aussi sur cette ligne que le patron de la droite européenne a, très tôt, jugé fréquentable la Présidente du conseil italien, même si elle dirigeait le parti eurosceptique des Conservateurs réformistes européens. Depuis octobre 2022, Giorgia Meloni gouverne en coalition avec Forza Italia, l’ancienne formation de Silvio Berlusconi, membre de la famille PPE. "Nous ne l’avons pas fait par hasard, nous avons analysé la situation, parlé en amont avec la société civile, l’Eglise ou encore les syndicats italiens, explique Manfred Weber. Nous avons estimé qu’elle respecterait nos lignes rouges et aujourd’hui encore, je n’ai pas de critique à formuler."

Manfred Weber reste plus prudent sur un éventuel rapprochement entre LR et le Rassemblement national après la présidentielle de 2027, s’interrogeant sur le financement de Marine le Pen par des banques russes. Et pas question d’accepter une quelconque alliance avec l’Alternativ für Deutschland (AfD), pourtant en pole position dans les sondages outre-Rhin. "Nous ne travaillerons jamais ensemble, affirme le président du PPE. Il faut se souvenir de l’expérience de la République de Weimar dans les années 1930. Des nationalistes néonazis ne doivent jamais accéder au pouvoir exécutif."

Le tacticien sur un fil avec l’extrême droite

Certains l’accusent toutefois de jouer avec les allumettes. "Ce n’est pas viable dans la durée d’osciller entre plusieurs options, on risque le blocage généralisé ou la censure de la Commission", s’inquiète un diplomate européen. Les choix de Manfred Weber le placent en effet en porte-à-faux avec Ursula von der Leyen. Si elle a été choisie par Emmanuel Macron pour son premier mandat, la présidente de la Commission doit le second au soutien de son compatriote, et le rapport de force s’est inversé. "Elle lui demande régulièrement de ne pas s’en prendre publiquement aux sociodémocrates et aux centristes, qui la soutiennent, mais il le fait quand même", raconte l’un de ceux qui fréquentent les deux.

Conséquence, les relations avec ces deux formations se détériorent au fil des votes et la confiance s’étiole. "Cette configuration détruit la capacité des pro-européens à faire des compromis, s’alarme l’eurodéputé Renew Pascal Canfin. Progressivement, Weber risque de ne plus pouvoir avancer sur les sujets ambitieux. Sa stratégie est incompatible avec une stratégie de puissance pour l’Europe." Les partisans du Bavarois veulent au contraire croire qu’il œuvre pour maintenir durablement la droite au centre de l’échiquier européen. "C’est politiquement courageux de braver les critiques pour sauver l’Europe chrétienne-démocrate telle qu’il la conçoit", salue le français Arnaud Danjean.

Sauver l’Europe chrétienne-démocrate, serait-ce le grand dessein de Manfred Weber ? Le revenant barbu de 53 ans reste peu disert sur ses ambitions personnelles. "Le plus important, c’est d’avoir des résultats. En 2029, je veux pouvoir me présenter devant les citoyens et leur dire que la situation est meilleure qu’avant", assure-t-il. De la présidence de la Commission, il ne parle plus.

© IMAGO/Sven Simon via Reuters Con

Manfred Weber, le chef du Parti populaire européen, le 13 décembre 2025.

"De lourdes incertitudes", "un risque stratégique" : la presse mondiale s’emballe après l’enlèvement de Nicolas Maduro

4 janvier 2026 à 13:27

Après la capture du chef d’État vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse, samedi 3 janvier, l’opération américaine a pris de court les médias du monde entier, à commencer par ceux des États-Unis. "Trump a incontestablement éliminé un mauvais dirigeant et porté un coup décisif dans la lutte pour la suprématie mondiale", écrit Bloomberg. D’après le média en ligne, le raid illustre la méthode de guerre privilégiée par le président américain : "Maximiser le secret et l’effet de surprise." Une stratégie susceptible d’offrir "des avantages stratégiques immédiats", mais qui fait également "peser de lourdes incertitudes" pour la suite.

C’est en premier lieu la question de la légalité d’une telle opération, au cœur d’un pays étranger, qui a fait tiquer le New York Times. "Nous savons que la politique belliciste de Donald Trump est illégale", clame d’entrée le quotidien américain. Ce dernier rappelle au passage les frappes meurtrières effectuées sans fondement juridique dans les Caraïbes sur des embarcations accusées, sans preuve, de participer au trafic de drogue. Le quotidien new-yorkais dénonce le piétinement du droit américain et international. L’attaque du 3 janvier signe le retour de l’impérialisme en Amérique latine, poursuit le quotidien.

Le Washington Post s’attarde de son côté sur les conséquences de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro. "Lors du raid au Venezuela, le spectre d’un changement de régime plane à nouveau sur l'Amérique latine. En prenant un risque stratégique aux conséquences imprévisibles dans une région profondément divisée, l’administration Trump modifie radicalement la dynamique sécuritaire du continent", écrit le quotidien. Le Wall Street Journal se projette, lui aussi, sur les enjeux politiques à venir : "L’opération militaire américaine visant à renverser Nicolas Maduro a été rapide, précise et décisive, mais la suite est semée d’embûches et de risques d’erreurs", estiment des responsables américains, actuels et anciens.

"Un usage de la force à la fois inédit et imprévisible"

Alors que le XXᵉ siècle a été marqué par de nombreuses interventions et occupations militaires américaines en Amérique centrale et dans les Caraïbes, l’offensive menée samedi contre le Venezuela constitue "la première frappe militaire directe et ouvertement reconnue" de Washington contre un gouvernement sud-américain, souligne encore The Washington Post. Bloomberg estime pour sa part que ce raid confirme la réalité du "corollaire de la doctrine Monroe" invoqué par le président Donald Trump — cette doctrine du XIXᵉ siècle affirmant la prééminence des États-Unis sur le continent américain — et illustre son penchant pour un usage de la force à la fois inédit et imprévisible.

Sur la chaîne d’information en continu CNN, le direct tourne à plein régime, comme s’il s’agissait d’une saga à plusieurs épisodes. Pour l’un des journalistes de la chaîne, l’enlèvement de Nicolas Maduro "illustre un nouveau degré de puissance mondiale débridée" et constitue une "manifestation flagrante de cette puissance sans limites". Politico consacre de son côté un bref article à la position de Bruxelles, qui se contente de formuler de discrètes mises en garde : "L'Union européenne a exhorté au respect du droit international après l’annonce, tôt samedi matin, par le président américain Donald Trump de la capture du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro."

L’impuissance européenne se reflète dans la presse belge. Dans un dessin signé Le Kroll pour Le Soir, on voit les dirigeants iraniens, chinois, russes et Donald Trump interroger une voyante sur ce que sera l’année. Elle répond : "Cela dépendra essentiellement de vous." Par ailleurs, El País relève un "tournant dans l’histoire contemporaine du Venezuela", soulignant également le rôle central du pétrole. "Trump a promis de relancer l’industrie des hydrocarbures en difficulté, en s’appuyant sur des investissements massifs américains et en ouvrant un nouveau front dans la bataille politique vénézuélienne, désormais entrée dans une phase sans précédent", note le quotidien espagnol. Dans tous les journaux, la stupeur domine.

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Le président Trump a tenu une conférence de presse à Palm Beach samedi 3 janvier, à la suite de l'attaque militaire américaine au Venezuela.

Opération "Absolute Resolve" : les coulisses de l’intervention américaine au Venezuela

4 janvier 2026 à 11:18

Moins de cinq heures. C’est le temps qu’il a fallu pour capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro. Son homologue américain Donald Trump a justifié l’opération "Absolute Resolve", une "opération brillante" selon ses mots, par la lutte contre le trafic de drogue et par sa volonté de traduire le dirigeant devant la justice américaine, sur la base d’accusations de "narcoterrorisme".

Samedi 3 janvier, lors d’une conférence de presse organisée en Floride, le président des États-Unis a laissé son chef d’état-major, le général Dan Caine, détailler les contours de cette intervention militaire surprise. Selon le New York Times, il s’agissait de l’opération militaire américaine "la plus risquée" menée par les commandos d’élite de la Delta Force depuis l’assaut des SEAL Team 6 contre Oussama ben Laden, tué en 2011 dans une maison sécurisée au Pakistan.

L’enlèvement du président vénézuélien, au pouvoir depuis 2013, serait l’aboutissement de "mois de travail" des services de renseignement américains. Dès le mois d’août dernier, une équipe clandestine d’agents de la CIA se serait infiltrée chez son voisin afin de collecter des informations sur Nicolas Maduro. Son objectif, assure le général Dan Caine : "Comprendre comment [le président vénézuélien] se déplaçait, où il vivait, où il voyageait, ce qu’il mangeait, ce qu’il portait, ainsi que ses animaux de compagnie." Une fois ces informations collectées, l’opération est entrée dans sa phase d’exécution.

22h46 : début de l’opération

Vendredi 2 janvier, Donald Trump a donné l’ordre de lancer la mission à 22 h 46, heure de Washington, depuis sa terrasse de Mar-a-Lago, son club floridien, où il a dîné avec ses conseillers et les membres du cabinet. Selon le New York Times, l’armée américaine avait choisi la période des fêtes de fin d’année, estimant que de nombreux responsables gouvernementaux et un nombre important de militaires vénézuéliens seraient en congé, selon un responsable américain. Des conditions météorologiques exceptionnellement mauvaises ont toutefois retardé l’opération de plusieurs jours.

Au Venezuela, l’opération a débuté par une cyberattaque provoquant des coupures de courant dans de vastes zones de Caracas, plongeant la ville dans l’obscurité afin de permettre l’approche discrète des avions, drones et hélicoptères. Plus de 150 aéronefs militaires — drones, avions de chasse et bombardiers — ont été mobilisés, décollant de 20 bases militaires et de navires de la Marine.

Les appareils ont longé les côtes vénézuéliennes à très basse altitude, à moins de 50 mètres de l’eau. À l’approche du littoral, l’armée américaine a commencé "à démanteler et à désactiver les systèmes de défense aérienne du Venezuela, en utilisant des armes pour assurer le passage en toute sécurité des hélicoptères". Il s’agit des premières frappes menées sur le territoire vénézuélien.

Une riposte américaine "écrasante"

Alors que certaines des explosions publiées sur les réseaux sociaux semblaient spectaculaires, un responsable américain a déclaré qu’il s’agissait principalement d’installations radar et de tours de transmission radio qui étaient détruites. S’il n’y a eu aucune victime côté américain, au moins 40 personnes ont été pourtant tuées lors de l’attaque, parmi lesquelles des militaires et des civils, d’après un haut responsable vénézuélien qui a requis l’anonymat pour évoquer les premiers bilans dans le New York Times.

Les hélicoptères de la force d’intervention ont atteint le lieu où Nicolás Maduro et son épouse avaient été localisés — dont l’emplacement précis n’est pas connu à ce stade — à 1 h 01 du matin, heure de Washington, soit 2 h 01 à Caracas. Sur place, les appareils ont essuyé des tirs et "riposté avec une force écrasante", selon le général Dan Caine. Un des hélicoptères a été endommagé, mais a pu rentrer aux États-Unis. "Nicolas Maduro et son épouse, tous deux inculpés, se sont rendus et ont été placés en détention par le ministère de la justice", a-t-il ensuite ajouté, selon Le Monde.

Donald Trump a précisé, en réponse à une question de journaliste, que Nicolas Maduro avait tenté de se réfugier dans une "safe room", un bunker dont disposent de nombreux chefs d’État dans leur résidence. Sans succès. Les soldats déployés sur le terrain ont ensuite regagné les hélicoptères avec Nicolas Maduro et son épouse. Le couple a embarqué à bord d’un navire de l’armée américaine, à 3 h 29 du matin, avant de rejoindre New York où le président vénézuélien a été incarcéré. De son côté, le locataire de la Maison Blanche dit avoir suivi cette opération "comme s’il regardait une série télévisée". Reste désormais à mesurer les conséquences humanitaires, diplomatiques et régionales de cette capture – elles, bien réelles.

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Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores sont arrivés en détention par hélicoptère avant leur comparution prévue devant le tribunal fédéral de Manhattan, à l'héliport de Westside à New York.

Venezuela : après l’arrestation de Nicolas Maduro, la lutte de pouvoir s’intensifie au sommet de l’État

4 janvier 2026 à 11:07

La capture par les États-Unis du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro - qualifiée de stupéfiante et puissante par le président Donald Trump - laisse planer l'incertitude quant à savoir qui dirige ce pays riche en pétrole. Samedi, Donald Trump a déclaré que la vice-présidente Delcy Rodriguez, membre de la puissante cabale au sommet du gouvernement du pays, avait prêté serment après l'arrestation de Nicolas Maduro et qu'elle s'était entretenue avec le secrétaire d'État américain Marco Rubio, ce qui a alimenté les spéculations quant à sa possible prise de fonction.

Conformément à la constitution vénézuélienne, Rodriguez devient présidente par intérim en l'absence de Nicolas Maduro, et la plus haute juridiction du pays lui a ordonné d'assumer ce rôle samedi soir. Mais peu après les remarques de Donald Trump, Rodriguez est apparue à la télévision d'État, flanquée de son frère, le président de l'Assemblée nationale Jorge Rodriguez, du ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello et du ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez, et a déclaré que Nicolas Maduro restait le seul président du Venezuela. Cette apparition commune indique que le groupe qui partage le pouvoir avec Nicolas Maduro reste uni – pour l’instant.

Samedi, Donald Trump a publiquement fermé la porte à toute collaboration avec la cheffe de l'opposition et lauréate du prix Nobel Maria Corina Machado, largement considérée comme l'adversaire la plus crédible de Maduro, affirmant qu'elle ne bénéficiait d'aucun soutien à l'intérieur du pays. Après que Machado a été empêchée de se présenter aux élections vénézuéliennes de 2024, les observateurs internationaux affirment que son candidat suppléant a remporté le vote haut la main, malgré la revendication de victoire par le gouvernement de Maduro.

Equilibre des pouvoirs civils-militaires

Depuis plus d'une décennie, le véritable pouvoir au Venezuela est détenu par un petit cercle de hauts responsables. Cependant, analystes et responsables affirment que ce système repose sur un vaste réseau de fidèles et d'organes de sécurité, alimenté par la corruption et la surveillance. Au sein du cercle restreint, un équilibre entre civils et militaires prévaut. Chaque membre a ses propres intérêts et réseaux de patronage. Actuellement, Delcy Rodriguez et son frère représentent le camp civil, tandis que Vladimir Padrino Lopez et Diosdado Cabello représentent le camp militaire.

Cette structure de pouvoir rend le démantèlement du gouvernement actuel du Venezuela plus complexe que le renversement de Maduro, d'après des entretiens avec des responsables américains actuels et anciens, des analystes militaires vénézuéliens et américains et des consultants en sécurité auprès de l'opposition vénézuélienne.

"On peut démanteler autant d'appareils du gouvernement vénézuélien qu'on le souhaite, mais il faudrait l'intervention de plusieurs acteurs à différents niveaux pour faire bouger les choses", a déclaré un ancien responsable américain impliqué dans des enquêtes criminelles au Venezuela.

Un grand point d'interrogation entoure Diosdado Cabello, qui exerce une influence sur les agences de contre-espionnage militaires et civiles du pays, lesquelles mènent des activités d'espionnage intérieur à grande échelle. "L’attention se porte désormais sur Diosdado Cabello", a déclaré le stratège militaire vénézuélien José Garcia. "Car il est l’élément le plus idéologique, violent et imprévisible du régime vénézuélien."

Les Nations Unies ont conclu que le SEBIN, l'agence civile, et la DGCIM, le service de renseignement militaire, avaient commis des crimes contre l'humanité dans le cadre d'un plan d'État visant à réprimer toute dissidence. Onze anciens détenus, dont certains avaient eux-mêmes fait partie des forces de sécurité, ont décrit à Reuters, lors d'entretiens menés avant la capture de Nicolas Maduro, des cas de chocs électriques, de noyades simulées et d'abus sexuels perpétrés dans des prisons secrètes de la DGCIM. "Ils veulent vous faire sentir comme un cafard dans une cage d'éléphants, comme s'ils étaient plus gros", a déclaré un ancien agent de la DGCIM arrêté et accusé de trahison en 2020 après avoir été en contact avec des dissidents militaires.

Ces dernières semaines, alors que les États-Unis déployaient leur plus important renforcement militaire en Amérique latine depuis des décennies, Diosdado Cabello est apparu en direct à la télévision pour ordonner à la DGCIM d'"aller chercher les terroristes" et pour avertir que "quiconque s'égarera, nous le saurons". Il a réitéré ces propos samedi lors d'une apparition à la télévision d'État, vêtu d'un gilet pare-balles et d'un casque, et entouré de gardes lourdement armés. Diosdado Cabello a également été étroitement associé à des milices pro-gouvernementales, notamment à des groupes de civils armés circulant à moto, connus sous le nom de colectivos.

Les généraux contrôlent les secteurs clés

Diosdado Cabello, ancien officier militaire et figure majeure du parti socialiste, exerce une influence significative sur les forces armées, même si l'armée vénézuélienne est officiellement dirigée par le ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez depuis plus de dix ans. Le Venezuela compte jusqu'à 2 000 généraux et amiraux, soit plus du double du nombre aux États-Unis. Les officiers supérieurs et retraités contrôlent la distribution alimentaire, les matières premières et la compagnie pétrolière nationale PDVSA, tandis que des dizaines de généraux siègent aux conseils d'administration d'entreprises privées.

Au-delà des contrats, des responsables militaires profitent du commerce illicite, affirment des transfuges et des enquêteurs américains, actuels et anciens. Des documents provenant d'un consultant en sécurité de l'opposition, partagés avec l'armée américaine et consultés par Reuters, indiquent que des commandants proches de Diosdado Cabello et Vladimir Padrino Lopez sont affectés à des brigades clés le long des frontières du Venezuela et dans des centres industriels.

Ces brigades, bien qu'importantes sur le plan tactique, sont également positionnées sur des axes majeurs de contrebande. "Il y a entre 20 et 50 officiers de l'armée vénézuélienne qui doivent partir, probablement même plus, pour renverser complètement ce régime", a déclaré un avocat qui a représenté un membre de la haute direction vénézuélienne.

Certains envisagent peut-être de faire défection. L'avocat a déclaré qu'une douzaine d'anciens responsables et de généraux en activité avaient pris contact avec les États-Unis après la capture de Maduro, espérant conclure un accord : ils offriraient des renseignements en échange d'un sauf-conduit et d'une immunité judiciaire. Mais selon l'avocat, les proches de Diosdado Cabello ont indiqué qu'il n'était pas intéressé par la conclusion d'un accord pour le moment.

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La vice-présidente et ministre du Pétrole du Venezuela, Delcy Rodriguez, s'adresse aux médias à Caracas, au Venezuela, le 10 mars 2025. REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria/Photo d'archive/Photo d'archive

La France et le Royaume-Uni ont mené des frappes conjointes sur l'Etat islamique en Syrie

4 janvier 2026 à 09:19

Les armées de l'air du Royaume-Uni et de la France ont mené une opération conjointe samedi soir contre une cache d'arme présumée qui était utilisée auparavant par le groupe Etat islamique en Syrie, a annoncé le ministère britannique de la Défense. Des avions occidentaux mènent des patrouilles pour empêcher le retour des groupes de combattants islamistes qui régnaient sur certaines régions de la Syrie jusqu'en 2019.

Des analyses des services de renseignement ont identifié une installation souterraine qui aurait été utilisée comme dépôt d'armes et d'explosifs dans les montagnes au nord de Palmyre, a affirmé le ministère britannique de la Défense dans un communiqué. "Notre avion a utilisé des bombes guidées pour viser plusieurs tunnels d'accès à l'installation. Bien qu'une évaluation détaillée soit en cours, les premières indications laissent penser que la cible a été atteinte", a-t-il ajouté.

"Eradiquer toute résurgence de Daesh"

La zone ne comptait "aucune habitation civile" avant la frappe, a indiqué la Grande-Bretagne. "Cette action témoigne du leadership du Royaume-Uni et de sa détermination à se tenir aux côtés de ses alliés pour éradiquer toute résurgence de Daech et de ses idéologies dangereuses et violentes au Moyen-Orient", s'est félicité dans le même communiqué le ministre britannique de la Défense, John Healey.

Né du chaos de la guerre syrienne, déclenchée en 2011, le groupe État islamique (EI) avait, à son apogée, pris le contrôle de vastes zones du pays, dont la région de Palmyre. Malgré sa défaite face à la coalition internationale en 2019, l’organisation djihadiste reste active. Retranchés dans l’immensité du désert syrien, ses combattants continuent de mener ponctuellement des attaques.

Fin décembre, Washington a fait état de frappes menées contre plusieurs positions de l’EI en Syrie. D’après une ONG, ces opérations auraient entraîné la mort d’au moins cinq combattants djihadistes, quelques jours après une attaque ayant fait trois victimes américaines dans le pays.

© Travers Eric/ABACA via Reuters C

Les militants de l'État islamique (EI) en Syrie ont pénétré dans le site de Palmyre, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, après s'être emparés de la ville située à proximité des ruines antiques. L'EI a déjà détruit des sites antiques en Irak datant d'avant l'islam. Photo d'archive : © Eric Travers/ABACA. 28121-11. Syrie, 08/08/2001.

Iran : la révolution "Femme, Vie, Liberté" peut-elle enfin faire tomber le régime ?, par Anne Rosencher

4 janvier 2026 à 08:30

On n’ose y croire. L’information fiable qui nous provient d’Iran est si rare ; il nous faut nous accrocher aux images charriées par les réseaux sociaux. On y voit, dans plusieurs villes, le courage prendre à nouveau comme un feu dans la pampa. Des cortèges. Des cris. Des chants. Et en face : des tirs. Des arrestations. Un homme, vêtu de sombre, se tient, assis à même le bitume, devant les motards du régime qui attendent, interdits, comme attendirent naguère les chars devant l’homme de Tian'anmen. Moment suspendu. Image à jamais gravée dans les rétines de l’Histoire. À Téhéran, à Chiraz, à Ispahan et dans bien d'autres villes encore… les étudiants ont rejoint, depuis le 29 décembre, les manifestations qui avaient débuté quelques jours avant. Et le monde libre retient son souffle : cette fois, est-ce la bonne ?

Voilà plus de trois ans que nous assistons à une révolution folle en Iran. Une révolution dont le caractère inédit tient tout entier dans son cri de ralliement : Femme, Vie, Liberté ! Et qui débute par la mort d’une femme de 22 ans, Mahsa Amini, arrêtée trois jours avant par la police des mœurs, à Téhéran, pour un voile mal mis. Deux mèches folles au vent ; un attentat à la pudeur dans les rues de la République islamique d’Iran. La mort suspecte de la jeune femme, le 16 septembre 2022, ouvre les vannes d’un formidable éboulement contre le régime des mollahs. Dans les rues d’Iran, des femmes brûlent leur hijab, et des hommes – prouvant que le féminisme est un universalisme, et pas un combat en "non-mixité" – se soulèvent aux côtés de leurs sœurs, de leurs amies, de leurs amoureuses, en un élan commun de courage fou.

En retour, le régime, affolé, tire sur la jeunesse, et terrifie ses parents. Il emprisonne, torture, laisse violer. Exécute. Un parmi des dizaines : Majidreza Rahnavard, 23 ans, condamné à mort pour "inimitié envers Dieu". Dans une vidéo diffusée à la suite de son exécution par les autorités, le jeune homme apparaît, les yeux bandés, quelques minutes avant sa pendaison en place publique, dans sa ville natale de Machhad le 12 décembre 2022.

"- Qu’avez-vous dit dans votre testament ?" lui demande-t-on hors champ.

- J’ai dit que je ne veux pas qu’on pleure sur ma tombe, répond Majidreza.

- Vous ne voulez pas qu’on y lise le Coran et qu’on y fasse la prière ? insiste l’homme.

- Non. Je ne veux pas qu’on lise le Coran ou qu’on fasse la prière. Je veux qu’on soit joyeux. Et qu’on diffuse des musiques joyeuses."

L'Histoire se passera des tièdes

Courage des gens ordinaires. Courage, aussi, de réalisateurs, acteurs, chanteurs, qui prennent tous les risques, rappelant au monde cette vérité formulée un jour par André Malraux : "Rien n’est plus important dans l’histoire que de faire partie des gens qui ont été capables de dire "non"." Je me souviens du concert, il y a un an, en plein désert iranien, de la chanteuse Parastoo, longs cheveux châtains en liberté, robe noire, bras nus. Le concert filmé puis publié sur Internet s’ouvrait par un texte court qui débutait ainsi : "Je suis Parastoo, une jeune fille qui désire chanter pour un peuple qu’elle aime. C’est un droit auquel je n’ai pas pu renoncer…" Je me souviens, aussi, des mots de Jafar Panahi, après sa palme d’or, en mai dernier, avant de s’en retourner à Téhéran : "Pour moi, le régime s’est déjà effondré. Il ne reste qu’une coquille vide."

Les mollahs ont eu beau réprimer et faire régner l’arbitraire pour mieux imposer la terreur - qui sera arrêté ? Qui sera relâché ? Qui sera exécuté ? –, l’Iran a totalement changé. Par la rue, et par le quotidien. Les photos qui nous parviennent depuis quelques mois de Téhéran, notamment, montrent des femmes sans voile, partout, comme si les mœurs avaient débordé les lois.

L’Histoire ridiculisera ceux des militants dits progressistes, en Occident, qui ont rivalisé de pudeurs et de prudences sur cette révolution féministe inédite. Par relativisme culturel, par peur de passer pour islamophobe ou "antivoile", ils se sont tus. L’Histoire se passera d’eux. Elle est en cours. Cette fois, ou la prochaine. Ou la prochaine encore. Les mollahs tomberont.

© ZUMA Press Wire via Reuters Conn

29 décembre 2025, Téhéran, Iran. (Crédit image : © Fars News Agency via ZUMA Press Wire)

"HugoDécrypte en Russie", la BD qui dérange Vladimir Poutine

4 janvier 2026 à 07:45

Publiée en novembre, la bande dessinée HugoDécrypte en Russie* est déjà un succès d’édition. Avec 80 000 exemplaires vendus, voici cet ouvrage dans le peloton de tête des best-sellers du genre, avec Astérix en Lusitanie, le dernier Blake et Mortimer ou le nouvel album du Chat, de Philippe Geluck. Deux traductions, en espagnol et en coréen, sont en cours ; d’autres sont prévues. Mais la preuve ultime du succès de cet album de 200 pages qui raconte l’histoire de la Russie à travers les yeux du youtubeur journaliste Hugo Travers (représenté comme un Tintin moderne qui voyage à travers les siècles pour interviewer Ivan le Terrible, Raspoutine ou Staline) provient de Moscou.

Publiée en novembre 2025, la bande dessinée d'Hugo Travers rencontre un succès qui incommode le Kremlin.
Publiée en novembre 2025, la bande dessinée d'Hugo Travers rencontre un succès qui incommode le Kremlin.

Car sur les rives de la Moskova, la BD du fondateur d'HugoDécrypte, le média en ligne le plus suivi par les Français de moins de 35 ans, fait jaser. Peu après sa parution en France, un certain Roman Krastelev s’émeut, sur la chaîne RuNews24, que l’ouvrage soit déjà classé numéro 1 sur le site de vente en ligne Amazon. En direct, le politicien moscovite pointe les auteurs du doigt : "Ils accusent systématiquement la Russie de déclencher des guerres, des conflits internationaux et de despotisme sanglant. Et ils ne se gênent pas pour représenter les personnages historiques russes de manière caricaturale", dénonce ce dirigeant du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), le parti de feu Vladimir Jirinovski qui n’est ni "libéral" ni "démocrate", mais d’extrême droite et pro guerre.

"Ceci est particulièrement ridicule venant de la part de représentants d’un pays qui, il y a deux siècles, a attaqué la Russie et subi une défaite", poursuit le quadragénaire, en faisant référence à la campagne de Russie de Napoléon. "Visiblement, conclut Roman Krastelev, cette production imprimée, nuisible et de bas étage, a pour but de façonner l’opinion sur la Russie dès le jeune âge et d’apprendre aux enfants comment ne pas aimer les Russes et la Russie. C’est bête, c’est minable, mais que faire ?"

Une case de la bande dessinée
Une case de la bande dessinée "HugoDécrypte en Russie". On reconnait Vladimir Poutine (entre deux généraux russes) et Hugo Travers, en sweat-shirt blanc.

On voit ainsi que, dans sa guerre de l’information, la Russie est attentive à tout ce qui se publie à son sujet, ses ambassades à l’étranger ayant pour mission de détecter en amont les mauvais "buzz". En l’occurrence, deux semaines après la parution de l’album HugoDécrypte en Russie, Jean-Noël Barrot faisait la promotion de l’album sur son compte Instagram (42K followers). Comme en réponse au ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, l’agence Ria Novosti (équivalent de l’Agence France Presse) publie une dépêche afin de faire savoir à toute la Russie qu’une "malfaisante" BD antirusse connaît un grand succès en France. Une performance d’autant plus fâcheuse qu’Hugo Travers n’est pas le dernier des journalistes : sa chaîne YouTube HugoDécrypte est suivie par… plus de 20 millions d’abonnés !

Une case de la bande dessinée
Une case de la bande dessinée "HugoDécrypte en Russie" où l'on voit le journaliste youtubeur avec le tsar Ivan III.

"Les autorités russes ne peuvent concevoir qu’un tel ouvrage soit publié par un youtubeur indépendant, remarque Pierre Gonneau, l’un des quatre historiens qui a validé l’exactitude des informations contenues dans HugoDécrypte en Russie. Le Kremlin voit cette bande dessinée comme un manuel officiel visant à endoctriner les écoliers hexagonaux." Il est vrai qu’il n’existe, en Russie, qu’un seul livre d’Histoire destiné aux jeunes : c’est le nouveau manuel distribué dans tous les lycées du pays depuis 2023, où Poutine est présenté comme un sauveur ; la Crimée, comme une province russe ; les Ukrainiens, comme des génocidaires et les Russes, comme un peuple victime de l’agression occidentale."

"Au lycée, le programme de première étudie l’histoire russe jusqu’en 1945 avec une place considérable dédiée à la Seconde Guerre mondiale, poursuit Pierre Gonneau. Puis, en Terminale, les élèves se penchent sur la période qui va de l’après-guerre jusqu’à "l’opération spéciale" en Ukraine, présentée comme une nécessité absolue par les enseignants. A cela s’ajoute, chaque lundi, après le lever des couleurs, une heure de "conversations sur l’essentiel", autrement dit de discussion sur le thème du jour : la guerre, la démographie, les valeurs traditionnelles, la religion, etc."

Accusations de "russophobie"

En matière de BD, la Russie n’est pas en reste. L’une des plus célèbres s’intitule Staline : 20 leçons. C’est un plaidoyer pour le "Petit père des peuples". "Au fil des pages, le lecteur est prié de comprendre que Staline avait raison sur presque tout, raconte l’historien Pierre Gonneau, qui l’a lue. Lorsqu’une fillette fait remarquer que le règne stalinien a tout de même fait quelques victimes [NDLR : entre 15 et 20 millions de morts], Molotov en personne lui explique l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… A un garçon qui s’inquiète de purges dans l’armée, Beria, le bras droit de Staline, se montre rassurant : il lui explique que des centaines de milliers de détenus ont été libérés du goulag pour combattre les Allemands. Et à propos de la "terreur jacobine", il explique que toutes les révolutions sont passées par là… Bien entendu, la déstalinisation n’est pas évoquée. Au contraire, le récit s’achève sur la première mission spatiale de Gagarine qui, est-il souligné, n’aurait jamais vu le jour sans le grand Staline." Le récit se conclut sur cette morale : "Gagarine, c’est l’URSS !"

Couverture de la récente B.D. russe
Couverture de la récente B.D. russe "Staline : vingt leçons" qui chante les louanges du "Petit père des peuples"

A l’inverse, pour le Kremlin, la bande dessinée d’Hugo Travers relève de la "russophobie" – vocable officiel, défini par un décret, qui est la version moderne de l’expression "anticommunisme primaire" usitée pendant la guerre froide. "L’écho donné par Moscou à HugoDécrypte en Russie montre que l’Histoire reste un combat politique incessant", observe l’éditeur Guillaume Allary, pour qui ce livre représente un enjeu démocratique majeur à l’heure où les réseaux sociaux sont noyés sous la désinformation. "Grâce à la crédibilité d'HugoDécrypte, source d’information préférée des moins de 35 ans, nous proposons un vrai savoir, accessible dès la classe de 3e et sur lequel peuvent s’appuyer les enseignants qui le veulent. Le cœur du sujet de notre BD, c’est l’impérialisme. Si l’on ignore la dimension impériale de l’histoire russe, on ne comprend rien à la Russie. Voilà d’ailleurs pourquoi Donald Trump et son envoyé spécial Steve Witkoff ne saisissent rien à ce qui arrive, glisse Allary. Pour eux, la guerre en Ukraine se résume à un conflit régional avec, en perspective, du business potentiel à faire avec Moscou." A quand une version HugoDécrypte en Russie en langue anglaise, d’une lecture accessible au clan Trump ?

*HugoDécrypte en Russie (Allary Editions, novembre 2025) par Kris (scénario), Kokopello (dessins) et HugoDécrypte. 207 pages, 26 euros.

© Allary Editions

Hugo Travers, alias HugoDécrypte, est la source d'information numéro 1 des moins de 35 ans en France.

Attaque américaine au Venezuela : "Cuba craint d’être la prochaine cible si le Venezuela tombe"

3 janvier 2026 à 18:30

C'est un événement historique, qui suscite l'émoi du monde entier et pose de nombreuses questions sur le plan du droit international. Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, des éléments de la Delta Force, l’unité spéciale la plus pointue de l’US Army, se sont emparés du dictateur vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores et les ont immédiatement exfiltrés en dehors du pays, accusés par Washington de "narcoterrorisme".

Originaire du Venezuela et maître de conférences en sociologie à l'Université Paris-Nanterre, Pedro José Garcia Sanchez évoque les répercussions qu'une telle situation pourrait avoir dans la région.

L’Express : Les Etats-unis accusent Nicolas Maduro de "narcoterrorisme" et dénoncent un "complot pour importation de cocaïne" pour justifier leur intervention au Venezuela. Qu’en est-il réellement ?

Le Venezuela est effectivement devenu un hub pour les criminels, de nombreuses bases factuelles étayent les accusations des Américains sur l’importation de drogues dans le pays. D’abord, l’extradition en 2023 d’Hugo Armando Carvajal Barrios, surnommé "El Pollo", un militaire qui a dirigé pendant une dizaine d’années le service de renseignement vénézuélien sous les gouvernements d’Hugo Chavez et Nicolas Maduro, et à qui Washington reprochait un chargement de plus de cinq tonnes de cocaïne qu’il avait fait importer aux Etats-Unis via le Mexique. En 2015, lui et d’autres hauts fonctionnaires vénézuéliens étaient également visés par une enquête de la justice américaine pour leur implication dans un vaste trafic de cocaïne entre la Colombie, le Mexique et les Etats Unis - Hugo Armando Carvajal Barrios a depuis plaidé coupable.

Plus récemment, un groupe de réflexion spécialisé dans la criminalité et la sécurité en Amérique latine, InSight Crime, a confirmé que le trafic de drogue était fortement ancré au sein du gouvernement vénézuélien, notamment via "le Cartel des Soleils", un "système de corruption dans lequel profitent des responsables militaires et politiques en collaborant avec des trafiquants de drogue". En décembre, la CIA a aussi procédé à une frappe de drones visant une installation sur un port de la côte des Caraïbes, utilisée par le gang Tren de Aragua pour stocker de la drogue et la charger sur des navires à destination des Etats-Unis, d’après les informations des services américains.

Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain, est cubano-américain, et connaît donc bien le fonctionnement de ces pays, où s’entremêlent politique, argent sale et crimes organisés. Il est très probable qu’il ait eu un rôle dans cette intervention américaine, qui marque un changement de paradigme pour les Etats-Unis, dont l’action contre la drogue se basait jusqu’à présent sur le financement et la collaboration avec des gouvernements alliés d’Amérique latine.

Le régime vénézuélien pourrait-il donc tomber ?

C’est possible et souhaitable. Mais il faut éclaircir avant pourquoi les Etats-Unis ont seulement ciblé aujourd'hui Nicolas Maduro, et non les autres cadors du régime. A l’image de Vladimir Padrino López, ministre de la Défense depuis onze ans, lui aussi inculpé par les Américains en 2020 pour "narco-terrorisme", ou de Delcy Rodriguez, la vice-présidente donnée comme une potentielle successeure de Maduro à la présidence du pays. Ces derniers ont d’ailleurs annoncé avoir donné des ordres très clairs à la Force armée nationale bolivarienne, l’armée du Venezuela, pour que "tous les plans de défense intégrale de la nation soient activés". Puis, Edmundo González, le président élu en juillet 2024, sa vice-présidente Maria Corina Machado, prix Nobel de la Paix 2025 et leur équipe sont prêts pour mettre en place la transition vers la démocratie.

J’ai vu des vidéos sur les réseaux sociaux qui montrent des Vénézuéliens sortant des casseroles par les fenêtres pour manifester leur enthousiasme, mais la répression par l’armée est toujours trop forte pour espérer des manifestations publiques explicites. Néanmoins, il convient de rappeler que des sondages réalisés par le passé montraient que sept Vénézuéliens sur dix souhaitaient le départ de Maduro, ce qui ne veut pas dire que l'ensemble de la population approuve l'interventionnisme américain. Chez les Vénézuéliens exilés, beaucoup se disent peut-être qu’ils pourront revenir dans leur pays, bien qu’ils attendent avec méfiance la suite des événements.

Quelles peuvent être les répercussions dans la région ?

En premier lieu, il pourrait y avoir des répercussions économiques pour Cuba, un allié important du Venezuela qui continue de recevoir du pétrole de sa part, ainsi que de la Russie et du Mexique. En effet, l'île traverse des graves problèmes énergétiques, avec des coupures d’électricité de dix-huit heures dans la plupart des régions et cela va s’aggraver avec la fermeture du robinet vénézuélien.

Plus grave sur un plan politique : le pays dirigé par le clan Castro craint d’être la prochaine cible de Washington si le Venezuela tombe, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio ayant d’ailleurs multiplié les attaques verbales contre La Havane. Des sources diplomatiques ont d’ailleurs fait état de conversations secrètes entre des responsables cubains et américains pour évoquer l’après-chavisme.

Les autres pays d’Amérique latine, comme le Mexique et la Colombie, ont également condamné l’attaque qui, selon eux, mettrait gravement en péril "la stabilité régionale", tandis que l’Argentine, l’Equateur, Panama, Chili et le Paraguay s’en réjouissent. Sur un plan plus global, la Chine, qui est devenue le banquier du Venezuela avec des dizaines de milliards de dollars avancés via des accords "pétrole contre prêts", voudra nécessairement récupérer l’argent qu’elle a investi. Il y a, de fait, un affrontement économique pour les ressources que détient le pays, entre les puissances américaines, chinoises et russes.

© REUTERS

Une femme réagit alors que des partisans du gouvernement se rassemblent, après que le président américain Donald Trump a déclaré que les États-Unis avaient frappé le Venezuela et capturé son président Nicolas Maduro, à Caracas, au Venezuela, le 3 janvier 2026. REUTERS/Gaby Oraa

Venezuela : la capture de Nicolas Maduro, un exploit militaire (au mépris du droit international)

3 janvier 2026 à 17:00

Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, des éléments de la Delta Force, l’unité spéciale la plus pointue de l’US Army, se sont emparés du dictateur vénézuélien et de son épouse Cilia Flores et les ont immédiatement exfiltrés en dehors du pays. Selon toute vraisemblance, le commando de la Delta Force a bénéficié du soutien des hélicoptères du 160th Special Operations Aviation Regiment, les "Night Stalkers", ainsi que d’autres éléments du JSOC (Joint Special Operations Command) et de la CIA.

Une telle action n’a pu se faire qu’avec un exceptionnel niveau de renseignement et, sans doute, quelques complicités au sein du régime bolivarien. Au même moment, une "frappe à grande échelle", selon Donald Trump, a visé des installations militaires et stratégiques dans la capitale Caracas et aux environs. On devrait rapidement en savoir plus sur le déroulé de cette opération – y compris le nom qui lui a été donné par le Pentagone.

Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a rapidement assuré qu’il n’y aurait pas de suites militaires ("no further action"), l’opération visant à présenter Nicolas Maduro devant la justice américaine. Le président vénézuélien fait, depuis mars 2020, l’objet d’une accusation fédérale américaine pour "narcoterrorisme, importation de cocaïne, possession d’armes à feu, corruption et abus de pouvoir". Dans leurs documents officiels, les Etats-Unis placent désormais la menace représentée par le narcotrafic et les "organisations criminelles transnationales" à un niveau comparable à celui du terrorisme islamique.

Message à Vladimir Poutine

Il n’en reste pas moins que la capture de Nicolas Maduro pose de sérieuses questions en termes de droit international. Visiblement, les Etats-Unis de Donald Trump n’en font plus guère de cas. Mais est-ce vraiment si nouveau ?

Ce succès militaire américain offre en tout cas un contraste saisissant avec l’échec de la Russie à capturer, le 24 février 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, comme elle en avait alors l’intention en déclenchant son "opération militaire spéciale". L’opération Maduro est également un message envoyé par Donald Trump à Vladimir Poutine. Il peut se résumer ainsi : "Vous n’êtes pas capable de protéger vos alliés dans notre zone d’intérêt." Après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, patronnée alors par la Turquie avec la bienveillance occidentale, ce nouvel épisode fera réfléchir tous les régimes qui souhaiteraient se placer sous la protection de Moscou. Aucun doute non plus que le message a été également reçu en Chine, un allié essentiel du régime Maduro.

Sur le plan militaire, il est difficile de trouver un précédent aussi spectaculaire. On songe évidemment à l’éviction du président du Panama Manuel Noriega. Déclenchée le 20 décembre 1989, l’opération "Just Cause" visait à arrêter ce dirigeant, accusé (déjà !) de narcotrafic. Mais l’armée américaine d’alors n’était pas aussi affûtée que celle d’aujourd’hui : il y eut plusieurs centaines de morts et Noriega parvint, depuis chez sa maîtresse, à se réfugier à la nonciature apostolique, la représentation officielle du Vatican. Il y resta assiégé plusieurs jours, l’armée américaine utilisant alors une arme psychologique (psy-ops) en diffusant non-stop et à plein volume de la musique rock ! Surnommé "face d’ananas" à cause de son visage grêlé, Noriega se rendit finalement le 3 janvier 1980 – 36 ans jour pour jour avant l’arrestation de Maduro. Il terminera sa vie, en 2017, dans les prisons américaines, françaises puis panaméennes.

Précédent Amin

Un an avant "Just Cause", les Soviétiques avaient mené l’opération Storm 333 à Kaboul. Le 27 décembre 1979, les Spetznaz (forces spéciales) du KGB avaient pris d’assaut le palais présidentiel Tajbeg dans la capitale afghane. Il s’agissait d’en déloger Hafizullah Amin, certes communiste, mais pas assez aligné sur Moscou. Amin et sa famille sont alors délibérément tués au cours de l’opération et il est remplacé par le communiste Babrak Karmal, membre de la faction Khalq du parti.

Dans son histoire post-coloniale, la France n’a parfois pas hésité à s’en prendre à certains chefs d’Etat africains. Le cas le plus célèbre est celui de l’empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa, renversé en septembre 1979 par le SDECE – l’ancêtre de la DGSE - et les parachutistes français (opérations Caban et Barracuda) alors qu’il était en visite en Libye. L’affaire se fît, si l’on ose dire, en douceur. L’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, fut un peu plus mouvementée. Président sortant de la Côte d’Ivoire, Gbagbo contestait le résultat des élections qui avaient donné la victoire à son opposant Alassane Ouattara. Alors qu’il s’était retranché dans sa résidence officielle de Cocody, l’armée française donna alors un sérieux coup de main aux forces ivoiriennes pour s’en emparer manu militari.

D’un point de vue opérationnel, l’action contre Nicolas Maduro rappelle celle contre Oussama Ben Laden, très bien racontée par le film Zero Dark Thirty de Katherine Bigelow (2012). Dans la nuit du 1er au 2 mai 2011, un commando de Navy Seals prenait d’assaut la maison de l’initiateur des attentats du 11 Septembre, dans la ville pakistanaise d’Abbottabad. L’opération Neptune Spears visait à "neutraliser" Ben Laden. En clair à le tuer, même si l’hypothèse d’une capture n’était pas exclue – non sans une certaine hypocrisie. La même action fut entreprise contre le leader du groupe Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, en octobre 2019, mais par la Delta Force cette fois.

Parmi les opérations spéciales les plus sensationnelles concernant des chefs politiques figure également la libération de Benito Mussolini. Renversé par une partie des siens, le 25 juillet 1943, le Duce était détenu dans un hôtel de montagne au Gran Sasso. Un commando allemand, dirigé par le SS Otto Skorzeny, conduit une opération audacieuse avec des planeurs et libère le dirigeant fasciste, le 12 septembre suivant. Les nazis le réinstallent alors à la tête de la République sociale italienne, la "république de Salò", qui perdurera jusqu’en avril 1945.

© REUTERS

Le président vénézuélien Nicolas Maduro brandit l'épée de Simon Bolivar alors qu'il s'adresse aux membres des forces armées, de la milice bolivarienne, de la police et à des civils lors d'un rassemblement contre une éventuelle escalade des actions américaines à l'encontre du pays, à la base militaire de Fort Tiuna à Caracas, au Venezuela, le 25 novembre 2025. REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria/Photo d'archive

"Mort à Khamenei !" En Iran, les manifestations "contre la vie chère" prennent une tournure politique

3 janvier 2026 à 12:46

Un simple mouvement "contre la vie chère" ? Depuis le début de la mobilisation le 28 décembre, partie des bazars de Téhéran pour s’étendre à tout l’Iran, les manifestants affichent de plus en plus des revendications politiques, bien au-delà de la simple question économique.

A l’origine, les commerçants de la capitale ont fermé boutique pour protester contre l’inflation causée par la dépréciation de la monnaie nationale, puis ont été rejoints par les étudiants qui ont manifesté dans une dizaine d’universités à travers le pays. Le 31 décembre, le procureur général de la République islamique avait alors mis en garde, affirmant que le pouvoir judiciaire fera preuve de "fermeté" si les manifestations contre la vie chère en Iran étaient instrumentalisées à des fins de "déstabilisation".

Pour comprendre qu'il s'agit bien plus d'une simple protestation contre la situation économique, un simple coup d'œil aux slogans affichés dans la rue suffit. "Mort à Khamenei", "A bas le dictateur !", "Iranien ! Crie haut et fort pour tes droits !", pouvait-on lire sur les pancartes des protestataires, comme le rapporte Le Figaro. Des phrases chocs qui dénoncent les "fausses promesses" du régime et réclament la "fin du tyran", en référence à Ali Khamenei, le guide suprême iranien. Depuis le mouvement "Femme, Vie, Liberté", à la suite de la mort de Mahsa Amini, arrêtée pour un voile mal porté en 2022, une grande partie de la population exprime en effet son ras-le-bol face aux lois obsolètes d’un régime islamique au pouvoir depuis 45 ans, qui ne représente plus guère qu’une petite frange des Iraniens. "Depuis l’instauration de la République islamique en 1979, le pouvoir n’a cessé de promouvoir la mort et la violence. Or, les Iraniens aiment la vie. Ils aiment leurs coutumes ancestrales et leurs fêtes", observe une cinéaste iranienne auprès du Figaro.

Des réactions contrastées

Cette dimension politique de la révolte, d’ailleurs, n’a pas échappé aux autres Etats, à commencer par Israël, dont le Mossad, le service de renseignement extérieur du pays, a invité en persan les protestataires iraniens à intensifier leur mobilisation, affirmant sur X être présent avec eux "sur le terrain". Donald Trump, lui, a assuré que les Etats-Unis étaient "prêts" à intervenir si des manifestants étaient tués en Iran, provoquant une mise en garde de Téhéran contre un risque de "déstabilisation" de la région.

En France, une partie de la gauche s’est en revanche concentrée sur l’aspect économique de la révolte, suscitant les critiques de certains observateurs qui les accusent d'occulter la nature politique de la révolte contre le régime islamiste. "Immense soutien au peuple iranien qui se mobilise depuis des jours contre la vie chère et pour ses droits. Votre courage force le respect", a simplement réagi le député de La France insoumise (LFI) Thomas Portes, tandis que Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, a écrit sur X : "Vive le courage du peuple iranien qui se mobilise contre la vie chère et pour ses droits."

De son côté, le fondateur du mouvement, Jean-Luc Mélenchon, a dit regarder avec "sympathie l’insoumission populaire qui affirme le droit à une vie digne", tout en s’interrogeant sur le rôle joué par Israël : "[…] en manifestant son soutien, le Mossad cherche à exaspérer les tensions entre Iraniens. Dans quel autre pays sinon sous ce gouvernement Netanyahou d’extrême droite un service d’espionnage exprime-t-il un point de vue public sur les événements dans un autre pays ?", a-t-il déclaré sur le même réseau social.

"Rien à voir avec le capitalisme"

"Nous sommes bien trop intelligents et éclairés pour vous laisser instrumentaliser notre cause contrairement à d’autres assez idiots pour croire que vous avez une once d’humanisme", a commenté en réponse au post de Thomas Portes Femme Azadi, une association féministe iranienne. "En 2022, notre slogan était : Femme, vie, liberté. En 2026, notre slogan est : Ceci est notre dernière bataille, Pahlavi va rentrer", en référence au fils exilé du dernier roi d'Iran, renversé par la révolution de 1979, qui appelle sur ses réseaux sociaux le peuple iranien à renverser le régime. "Les Iraniens scandent : À bas les trois pourritures : mollahs, gauchistes, moudjahidine. Cela n’a rien à voir avec le capitalisme", s’emporte également auprès de Marianne Mona Jafarian, militante et écrivaine iranienne vivant en France, auteure de Mon Combat (Stock, 2025) et cofondatrice de l'association Femme Azadi.

Le porte-parole de la police iranienne, Saïd Montazeralmahdi, a d’ailleurs aussi cherché à circonscrire les revendications de cette gigantesque mobilisation. "Ces protestations de nature purement économique et civile expriment la volonté de la population d’améliorer ses conditions de vie", a-t-il souligné dans une déclaration, avant d’avertir : "La police distingue clairement les revendications légitimes de la population des actions destructrices […] et ne permettra pas à des ennemis de transformer les protestations civiles en troubles et en chaos". Pour l’heure, trente personnes accusées de "troubles à l’ordre public" ont été arrêtées à Téhéran, et six personnes sont décédées.

© via REUTERS

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'exprime lors d'une réunion à Téhéran, en Iran, le 3 janvier 2026. Bureau du guide suprême iranien/WANA (Agence de presse d'Asie occidentale)/Document fourni par REUTERS

Ce que l’on sait des explosions au Venezuela

3 janvier 2026 à 10:18

De multiples explosions ont secoué ce samedi 3 janvier la ville de Caracas, au Venezuela, où des colonnes de fumée noire et des avions étaient visibles, d’après des témoins de Reuters et des images circulant sur les réseaux sociaux. Le courant est coupé dans plusieurs secteurs de la ville, et le président Nicolas Maduro accuse les Etats-Unis d’en être responsables. L’Express fait le point sur la situation.

· Des explosions à plusieurs endroits de la ville

Dès 2 heures du matin, des avions et des bruits forts ont été entendus dans plusieurs endroits de Caracas, la capitale, et une colonne de fumée était visible, ont rapporté des témoins de Reuters. Des images circulant sur les réseaux sociaux montrent de grands incendies avec des dégagements de fumée, et l’agence américaine AP a dénombré au moins sept explosions, tout en mentionnant le vol d’appareils à basse altitude.

Certaines ont été entendues à l’aéroport et au port de Caracas, a affirmé une habitante de la Guaira à l’AFP, sous couvert d’anonymat. D’autres habitants ont dit avoir entendu des explosions à Higuerote, à une centaine de kilomètres à l’est de Caracas. Toujours selon Reuters, une panne de courant affectait le sud de la ville, à proximité d’une importante base militaire. Pour l’heure, les causes et les lieux précis des incidents ne sont pas connus.

· Une agression des Etats-Unis ?

Très vite, le Venezuela a dénoncé une "très grave agression militaire perpétrée par […] les Etats-Unis contre le territoire et la population vénézuéliens", dans un communiqué partagé par le ministère des Affaires étrangères. Ces attaques, précise-t-il, ont été commises "dans les localités civiles et militaires de Caracas et les Etats de Miranda, Aragua et La Guaira autour de Caracas".

"Cet acte constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, en particulier de ses articles 1 et 2, qui consacrent le respect de la souveraineté, l’égalité juridique des États et l’interdiction du recours à la force, dénonce le communiqué. Une telle agression menace la paix et la stabilité internationales, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes, et met gravement en danger la vie de millions de personnes", poursuit-il, alors que Nicolas Maduro a ordonné l’état d’exception et a appelé à la "mobilisation".

Ces accusations ne sortent pas de nulle part, car Donald Trump a promis à plusieurs reprises de mener des opérations terrestres au Venezuela. Selon Reuters, sans détailler publiquement ses objectifs, le dirigeant américain a fait pression en privé sur son homologue vénézuélien pour qu’il quitte le pays, car ce dernier est accusé par Washington d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic. Lundi, Trump a même déclaré qu’il serait "judicieux" pour Maduro de quitter le pouvoir, et a affirmé que les jours du président vénézuélien étaient "comptés".

Interrogé par Reuters, le Pentagone a renvoyé vers la Maison-Blanche, qui s’est refusée à tout commentaire. Un responsable américain aurait toutefois confirmé l’implication de son pays. Selon un message sur X de la journaliste de CBS, Jennifer Jacob, l’administration Trump était dans tous les cas au courant des explosions entendues à Caracas au moment où elles ont eu lieu.

· Que se passe-t-il entre les deux pays ?

Depuis plusieurs mois, les États-Unis ont considérablement renforcé leur présence militaire dans la région, avec notamment un porte-avions, des navires de guerre et des avions de chasse de pointe stationnés dans les Caraïbes. Donald Trump a mené plus d’une vingtaine de frappes contre des navires, responsables, selon lui, du trafic de drogue dans l’océan Pacifique et la mer des Caraïbes, qui déboucherait sur l’importation de produits stupéfiants aux Etats-Unis.

La semaine dernière, le président américain a déclaré que les États-Unis avaient "frappé" une zone du Venezuela où des bateaux transportent de la drogue, marquant ainsi la première opération terrestre connue menée par Washington au Venezuela depuis le début de cette campagne de pression.

De nombreux pays ont condamné ces attaques, les qualifiant d’exécutions extrajudiciaires, et le gouvernement de Nicolas Maduro a toujours nié toute implication dans le trafic de stupéfiants.

© REUTERS

De la fumée s'élève près de Fort Tiuna, une zone militaire, lors d'une panne d'électricité totale, à la suite d'explosions et de bruits forts, dans un contexte de tensions croissantes entre les administrations du président américain Donald Trump et du président vénézuélien Nicolas Maduro, à Caracas, au Venezuela, le 3 janvier 2026. REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria TPX IMAGES DU JOUR

Les Etats-Unis vont "diriger le pays" jusqu’à ce qu'une ce qu'une "transition, appropriée et judicieuse" soit possible, déclare Donald Trump

3 janvier 2026 à 18:06

Des explosions ont eu lieu vers 2 heures du matin (7 heures en France) dans les environs de la capitale vénézuélienne. L'électricité était coupée dans le sud de Caracas, près d'une importante base militaire.

Le Venezuela a dénoncé une "très grave agression militaire" perpétrée "par le gouvernement actuel des États-Unis d’Amérique contre le territoire vénézuélien et sa population", affirmant que des "zones civiles et militaires" ont été touchées à Caracas, la capitale, ainsi que dans les États de Miranda, d’Aragua et de La Guaira. Le bilan humain est encore inconnu.

Le président américain, Donald Trump, qui a confirmé avoir mené "avec succès une frappe de grande envergure contre le Venezuela", a annoncé que son dirigeant, le président Nicolas Maduro, et son épouse, ont été capturés et exfiltrés du pays. Ils ont été "inculpés dans le district sud de New York", et devront répondre d'accusations liées à la drogue et au terrorisme. Le dirigeant vénézuélien, au pouvoir depuis 2013, est accusé par Donald Trump d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic, imputations démenties par Nicolas Maduro.

Alors que l'Union européenne appelle à la "retenue", l'Espagne se propose de jouer un rôle de médiateur. "Nous devons tous respecter le droit international", a défendu le premier ministre britannique, Keir Starmer.

17h53

"Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse", déclare Donald Trump

Les Etats-Unis vont maintenir leur rôle au Venezuela jusqu'à ce qu'une "transition, appropriée et judicieuse" soit possible, a déclaré samedi Donald Trump lors d'une conférence de presse. "Nous voulons la paix, la liberté et la justice pour le grand peuple vénézuélien, y compris pour les nombreux Vénézuéliens qui vivent actuellement aux Etats-Unis et qui souhaitent retourner dans leur pays. C’est leur patrie. Nous ne pouvons pas prendre le risque qu’un autre s’empare du Venezuela qui ne souhaiterait pas le bien du peuple vénézuélien", a déclaré Donald Trump, qui souligne que les Etats-Unis sont "là en ce moment" et vont "y rester jusqu’à ce que la bonne transition puisse avoir lieu".

16h55

Giorgia Meloni juge "légitime" l’"intervention défensive" des Etats-Unis

La présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, a qualifié de "légitime" l'attaque surprise menée au Venezuela par les Etats-Unis, tout en rappelant que la force militaire ne doit pas être utilisée pour obtenir des changements de régime.

"Conformément à la position de longue date de l’Italie, le gouvernement pense qu’une action militaire extérieure n’est pas la manière de mettre fin aux régimes totalitaires, mais considère dans le même temps légitime une intervention militaire défensive contre des attaques hybrides (…), ainsi que dans le cas d’entités alimentant et promouvant le trafic de drogue", a-t-elle déclaré dans un communiqué.

15h56

Aucune solution durable ne peut être imposée de l'extérieur, selon Jean-Noël Barrot

L'opération militaire américaine ayant conduit à la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international, a déclaré samedi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.

"La France rappelle qu'aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l'extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir", a-t-il ajouté dans un message publié sur X.

15h51

Le chef de l'ONU s'exprime sur le Venezuela : l'action des États-Unis crée un "précédent dangereux"

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, est profondément alarmé par l'action des États-Unis au Venezuela qui crée "un dangereux précédent", a déclaré son porte-parole dans un communiqué samedi.

"Le Secrétaire général continue de souligner l’importance du plein respect – par tous – du droit international, y compris de la Charte des Nations Unies. Il est profondément préoccupé par le non-respect des règles du droit international", a déclaré le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric.

15h30

Les États-Unis vont s'impliquer fortement dans l'industrie pétrolière vénézuélienne, affirme Trump

Les États-Unis vont s'impliquer "très fortement" dans l'industrie pétrolière vénézuélienne à la suite de l'opération visant à capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro, a déclaré le président Donald Trump à Fox News samedi.

"Nous avons les plus grandes compagnies pétrolières du monde, les plus grandes, les meilleures, et nous allons y être très impliqués", a-t-il déclaré.

13h36

Nicolas Maduro et son épouse devront répondre aux Etats-Unis d’accusations liées au "narcoterrorisme", selon la procureure générale américaine, Pamela Bondi

Sur X, la procureure générale des Etats-Unis, Pamela Bondi, a annoncé que Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été "inculpés dans le district sud de New York", et devront répondre d'accusations liées à la drogue et au terrorisme. Avant d'énumérer les motifs d'inculpation : "complot en vue de commettre des actes de narcoterrorisme", "complot en vue d’importer de la cocaïne", "possession d’armes automatiques et d’engins destructeurs", "complot en vue de posséder des armes automatiques et des engins destructeurs contre les Etats-Unis".

13h30

Les installations pétrolières vénézuéliennes sont restées intactes lors de la frappe américaine, selon des sources

La production et le raffinage de pétrole de l'État vénézuélien fonctionnaient normalement samedi et n'ont subi aucun dommage des frappes américaines, ont déclaré deux sources connaissant les opérations de la compagnie énergétique PDVSA.

En décembre, Trump a annoncé un blocus des pétroliers entrant ou sortant du pays et les États-Unis ont saisi deux cargaisons de pétrole vénézuélien. Cela a réduit les exportations de ce pays membre de l'OPEP le mois dernier à environ la moitié des 950 000 barils par jour (bpj) qu'il a expédiés en novembre, selon les données de suivi et les documents internes. Les mesures américaines ont incité de nombreux armateurs à éviter les eaux vénézuéliennes , ce qui a rapidement augmenté les stocks de pétrole brut et de carburant de PDVSA. PDVSA a été contrainte de ralentir les livraisons dans les ports et de stocker du pétrole sur des pétroliers afin d'éviter des réductions de la production de pétrole brut ou du raffinage.

Le système administratif de PDVSA ne s'est pas non plus totalement remis de la cyberattaque de décembre qui l'a contraint à isoler les terminaux, les champs pétrolifères et les raffineries de son système central et à recourir à des documents écrits pour poursuivre ses opérations.

12h11

L’Union européenne appelle à la "retenue" au Venezuela

"L’UE a déclaré à plusieurs reprises que M. Maduro manquait de légitimité et a défendu une transition pacifique", a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, dans un message publié sur X, après s’être entretenue avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, et l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) à Caracas. Mais "en toutes circonstances, les principes du droit international et de la Charte des Nations unies doivent être respectés", a-t-elle ajouté avant d'appeler "à la retenue".

11h22

Donald Trump déclare au New York Times que les frappes contre le Venezuela étaient le fruit d'une "bonne planification".

Le président américain Donald Trump a déclaré samedi au New York Times que "beaucoup de bonne planification" avait été mise en œuvre lors des frappes américaines au Venezuela qui ont abouti à la capture du président du pays, Nicolas Maduro. "C'était une opération brillante, en réalité", a déclaré Donald Trump.

11h17

La Russie condamne l'"acte d'agression armée" des États-Unis contre le Venezuela, a déclaré le ministère des Affaires étrangères

La Russie était profondément préoccupée et a condamné un "acte d'agression armée" contre le Venezuela commis par les États-Unis, a déclaré samedi le ministère russe des Affaires étrangères. "Dans la situation actuelle, il est important… d’empêcher toute nouvelle escalade et de se concentrer sur la recherche d’une solution par le dialogue", a déclaré le ministère dans un communiqué.

11h15

Un responsable du département d'État américain affirme que Maduro "pourra être traduit en justice" après sa capture.

Le secrétaire d'État adjoint américain Christopher Landau a déclaré que le président vénézuélien Nicolas Maduro, capturé par les forces spéciales américaines tôt samedi, "sera enfin traduit en justice pour ses crimes".

10h31

Donald Trump affirme que Nicolas Maduro a été "capturé et exfiltré" du Venezuela

Le président américain, Donald Trump, a confirmé ce matin qu’une "opération américaine" a bien été menée au Venezuela samedi matin, confirmant les accusations de Caracas. Il annonce également que l'opération a abouti à la "capture" du président vénézuélien Nicolas Maduro, ainsi que de son épouse. "Les Etats-Unis d’Amérique ont mené avec succès une frappe d’envergure contre le Venezuela et son dirigeant, qui a été capturé avec son épouse, et exfiltré du pays", a-t-il déclaré dans une publication sur son réseau, Truth Social.

10h15

L'Iran condamne la frappe américaine contre le Venezuela comme une violation flagrante de sa souveraineté nationale

L'Iran, allié du Venezuela, a condamné samedi une attaque militaire américaine contre le Venezuela "comme une violation flagrante de sa souveraineté nationale et de son intégrité territoriale".

Le ministère iranien des Affaires étrangères a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à "agir immédiatement pour mettre fin à cette agression illégale" et à traduire les responsables en justice.

9h21

Les États-Unis mènent des frappes au Venezuela, selon un responsable américain

Les États-Unis mènent des frappes à l'intérieur du Venezuela, a déclaré un responsable américain à Reuters tôt samedi.

Le responsable, qui s'exprimait sous couvert d'anonymat, n'a pas fourni de détails.

8h56

Le Venezuela accuse les Etats-Unis de vouloir mener une "guerre coloniale"

"L’objectif de cette attaque n’est autre que de s’emparer des ressources stratégiques du Venezuela, en particulier de son pétrole et de ses minerais, en tentant de briser par la force l’indépendance politique de la nation", dénonce Caracas dans un communiqué officiel.

"Ils n’y parviendront pas. Après plus de deux cents ans d’indépendance, le peuple et son gouvernement légitime restent fermes dans la défense de la souveraineté et du droit inaliénable de décider de leur destin. La tentative d’imposer une guerre coloniale pour détruire la forme républicaine du gouvernement et forcer un 'changement de régime'. en alliance avec l’oligarchie fasciste, échouera comme toutes les tentatives précédentes."

8h51

Le Venezuela affirme rejeter "l'agression militaire" des États-Unis

Le Venezuela rejette "l'agression militaire" des États-Unis, a déclaré le gouvernement du président Nicolas Maduro dans un communiqué publié tôt samedi.

Des attaques ont eu lieu dans la capitale Caracas et dans les États de Miranda, d'Aragua et de La Guaira, indique le communiqué, ce qui a incité Maduro à déclarer l'état d'urgence national et à appeler les forces sociales et politiques à "activer les plans de mobilisation".

8h41

Le gouvernement vénézuélien décrète l'état d'exception et lance un appel à la "mobilisation"

Dans un communiqué, le Venezuela dénonce "la grave agression militaire" perpétrée "par le gouvernement actuel des États-Unis d’Amérique contre le territoire vénézuélien et sa population". Le communiqué affirme que des "zones civiles et militaires" ont été touchées à Caracas, la capitale, ainsi que dans les États de Miranda, d’Aragua et de La Guaira.

"Cet acte constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, en particulier de ses articles 1 et 2, qui consacrent le respect de la souveraineté, l’égalité juridique des États et l’interdiction du recours à la force, dénonce le communiqué. Une telle agression menace la paix et la stabilité internationales, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes, et met gravement en danger la vie de millions de personnes."

8h19

L'administration Trump est au courant des explosions signalées dans la capitale vénézuélienne

Des responsables de l'administration Trump sont au courant des informations faisant état d'explosions et d'avions au-dessus de Caracas, la capitale du Venezuela, tôt samedi matin, a indiqué la journaliste de CBS Jennifer Jacobs sur X.

La Maison-Blanche et le Pentagone n'ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires de Reuters.

07h21

Des bruits forts ont été entendus dans la capitale du Venezuela

Des avions et des bruits forts ont été entendus et une colonne de fumée était visible à Caracas tôt samedi matin, ont rapporté des témoins de Reuters, tandis que l'électricité était coupée dans le sud de la capitale vénézuélienne , près d'une importante base militaire.

Les causes et les lieux précis des incidents n'étaient pas immédiatement connus. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montraient de multiples explosions à travers Caracas. Reuters n'a pas pu vérifier immédiatement l'authenticité de ces vidéos.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump, lors d'une réunion à Washington, le 2 décembre 2025.

Françoise Thom : "Le grand projet de Poutine est celui d’une hégémonie russe sur toute l’Europe"

3 janvier 2026 à 07:45

A l’heure où s’accélèrent les pourparlers en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine semble plus que jamais déterminé à livrer bataille. A l’occasion de ses vœux du nouvel an, le chef du Kremlin a affiché un optimisme intact quant à ses chances de "victoire" à l’aube du quatrième anniversaire du conflit. Sans fournir la moindre preuve, Moscou avait deux jours plus tôt accusé Kiev d’avoir lancé une attaque de drones contre le palais du président russe dans la région de Novgorod. De quoi une fois de plus semer le doute sur sa volonté de faire dérailler les tractations diplomatiques - alors qu'un rapport de la CIA a démenti les allégations russes peu de temps après.

"Tout signe de faiblesse envoyé par l’Occident ne fait qu’encourager le Kremlin à aller toujours plus loin, analyse l’historienne Françoise Thom. Lorsque les dirigeants occidentaux disent vouloir dialoguer avec la Russie, Poutine interprète cela en termes de rapport de force. Sa logique ? Si ses adversaires veulent négocier, c’est qu’ils sont en position de faiblesse et que c’est le moment de pousser son avantage." Dans son nouvel ouvrage La guerre totale de Vladimir Poutine (Editions A l’Est de Brest-Litovsk, 2026), à paraître le 8 janvier, cette spécialiste de l’URSS et de la Russie post-soviétique analyse avec force détails la mécanique infernale guidant le régime russe, son univers mental, et ses ambitions par-delà l'Ukraine. Interview.

L’Express : Dans votre ouvrage, vous écrivez que Poutine évolue "dans le même univers mental" que d’autres tyrans russes avant lui. Que voulez-vous dire ?

Françoise Thom : L’histoire russe a cette spécificité d’être marquée par des épisodes de frénésie autodestructrice de la part de ses dirigeants. L’un des premiers d’entre eux a été Ivan le Terrible. En son temps, il a entraîné la ruine du pays lorsqu’il a décidé de créer l’opritchnina, une partie du territoire de l’Etat que s’attribue le tsar, alors que le reste du pays était livré à la prédation. S’en est suivie une période d’anarchie totale, dont le pays a mis des années à se remettre. Des siècles plus tard, ce même processus a de nouveau été observé lorsque Lénine a mis en place un Etat totalitaire organisé autour d’une caste prédatrice, qui s’est traduit par une spoliation sans précédent de la population russe, poursuivie sous Staline.

Vladimir Poutine s’inscrit dans ce même héritage. En lançant son invasion de l’Ukraine, il a plongé le pays dans une dévastation de plus en plus difficile à cacher. Il aspire à un pouvoir qui n’est limité par rien ni personne et se place dans une logique d’impunité totale où il peut tout se permettre. Cela s’est traduit par la mise en place d’une verticale du pouvoir censée être toute-puissante. Ceux qui la servent ont accès à des privilèges comme des hauts postes au sein du régime ou de juteux contrats publics. A l’inverse, ceux qui perdent les faveurs du chef sont éliminés ou tombent malencontreusement des fenêtres - un mal bien connu en Russie.

De quel tyran Poutine se rapproche-t-il le plus ?

Même s’il a des points communs avec plusieurs d’entre eux, il se rapproche à mon sens beaucoup de Staline. Comme lui, il se voit en "rassembleur des terres russes", dont la mission est de reconstruire l’Empire. On constate que beaucoup de pratiques staliniennes ont été reprises par Poutine. C’est flagrant en Ukraine dans sa manière d’essayer de soumettre les populations conquises. Le déploiement du FSB, l’utilisation de la terreur et l’élimination des élites locales sont autant de méthodes utilisées en son temps par Staline en Pologne, en Tchécoslovaquie et dans les autres pays soi-disant libérés par l’Armée rouge. Et la Rosgvardia, la garde nationale russe, créée par Poutine en 2016, est devenue un instrument de contrôle des territoires occupés, comme l’avait été en son temps le Smersh de Staline.

Alors que Poutine pensait gagner la guerre contre l’Ukraine en quelques jours, celle-ci va entrer dans sa quatrième année. S’il s’est fourvoyé à ce point, c’est, expliquez-vous, parce qu’il a été "victime des mécanismes du système qu’il a mis en place, exactement comme d’autres autocrates sur le trône de Russie avant lui". Quels sont-ils ?

La verticale du pouvoir mise en place par Poutine l’a conduit à n’être entouré que de courtisans qui lui disent ce qu’il a envie d’entendre. Et c’est la grande faiblesse de ce type de régime, qui vit dans une bulle très éloignée de la réalité. Dans le cas de l’Ukraine, ses services lui avaient assuré que 70 % de la population était favorable à Moscou. Poutine pensait dès lors que ses chars seraient accueillis avec des fleurs par le peuple et qu’un soulèvement pro-russe suivrait rapidement. Force est de constater que la réalité a été bien différente.

Et ce phénomène est loin d’avoir disparu. Beaucoup d’éléments montrent que les rapports qu’il reçoit de l’armée sont largement enjolivés. Encore en novembre, le chef d’état-major russe Valery Gerasimov avait triomphé en affirmant que la Russie avait capturé la ville de Kupiansk. Un peu plus de deux semaines plus tard, on y voyait pourtant le président Zelensky venu rendre visite à ses troupes. Ce décalage avec la réalité est une vraie faiblesse du pouvoir russe. Il le compense toutefois par une extrême persévérance dans la réalisation de ses objectifs. En dépit de pertes immenses en Ukraine, Moscou n’a pas revu ses ambitions à la baisse. Cela tient à la nature même du régime mis en place par Poutine, qui dispose d’une expérience inédite dans la conservation du pouvoir. Pour cela, il applique à la lettre les leçons apprises au KGB.

C’est-à-dire ?

Poutine fait des méthodes du KGB un mode de gouvernement. A l’image du nom qu’il a donné à son invasion de l’Ukraine, sa politique se résume à une série d’opérations spéciales. Et cela depuis l’origine. Trois ans après sa prise de fonctions, il avait déjà neutralisé les grands oligarques de l’ère Boris Eltsine - comme Berezovsky ou Goussinski pour ne citer qu’eux. De la même manière, Khodorkovsky, dont il jugeait le contrôle des médias problématique pour la consolidation de son pouvoir, était tombé peu de temps après. Toutes ces purges sont impeccablement organisées et camouflées sous des procédures juridiques.

Hors des frontières russes, vous rappelez dans votre ouvrage que Moscou sait habilement attiser la convoitise de ses interlocuteurs pour parvenir à ses fins. De quelle manière ?

La façon dont Poutine a su utiliser l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, est selon moi assez révélatrice. S’il est une constante de la politique étrangère russe depuis le bolchevisme, c’est de repérer dans le camp occidental les idiots utiles qui peuvent servir ses objectifs. En jouant sur l’avidité, ou parfois simplement la bêtise de ses interlocuteurs, Moscou se choisit un partenaire complaisant. Et c’est exactement ce qu’il se passe. Au départ, Trump avait nommé le général Keith Kellogg pour gérer les affaires russo-ukrainiennes. Toutefois, Poutine n’en voulait pas et lui a préféré Steve Witkoff, un promoteur immobilier, dont la compréhension des enjeux est plus que limitée, et qui voit surtout d’un très bon œil la possibilité de faire des affaires en Russie. De fait, la possibilité de faire du business avec Moscou semble aujourd’hui au cœur des préoccupations américaines.

En cela, les manœuvres du Kremlin s’inscrivent dans la plus pure tradition soviétique. C’est exactement ce qu’avait fait Lénine au printemps 1918 en faisant miroiter aux Allemands les "fantastiques" possibilités qu’offrait une coopération économique avec la Russie. En échange de concessions pour exploiter des matières premières sur le sol russe, Moscou demandait à Berlin – qui était allié aux Turcs – d’empêcher Ankara de s’emparer des puits de pétrole de Bakou, dont la Russie voulait conserver le contrôle. Et les Allemands avaient mordu à l’hameçon. Là où les Occidentaux se trompent, c’est lorsqu’ils croient que les Russes poursuivent des objectifs économiques. En réalité, l’instrument économique est avant tout utilisé comme une arme pour atteindre des objectifs politiques.

Selon vous, le retrait américain catastrophique d’Afghanistan a directement contribué à la décision de Poutine d’envahir l’Ukraine. Pour quelle raison ?

Lorsque Poutine a vu le spectacle de faiblesse et d’incompétence que manifestaient les Etats-Unis lors du retrait d’Afghanistan, il s’est dit que c’était le moment de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Tout signe de faiblesse envoyé par l’Occident ne fait qu’encourager le Kremlin à aller toujours plus loin. De la même manière, lorsque les dirigeants occidentaux disent vouloir dialoguer avec la Russie, Poutine interprète cela en termes de rapport de force. Sa logique est de se dire que si ses adversaires veulent négocier, c’est qu’ils sont en position de faiblesse et que c’est le moment de pousser son avantage. Dès lors, au lieu d’apaiser les tensions avec Moscou, on ne fait que les encourager. Plus l’on se montre prêt à faire des concessions au Kremlin, plus il peut en exiger de nous : il amorce la pompe et augmente la pression.

De fait, la Russie ne semble pas réellement intéressée par les pourparlers en cours en vue d’un accord de paix en Ukraine…

Poutine n’est absolument pas intéressé par ces pourparlers de paix. Il mène simplement Trump en bateau pour éviter que les Américains n’adoptent des sanctions plus lourdes contre la Russie. Son objectif est de pouvoir continuer à gagner du terrain militairement, tout en évitant autant que possible des mesures de rétorsion occidentales. Dans ce contexte, ces pourparlers ne lui servent qu’à gagner du temps. Son but est aussi de saper le moral des Ukrainiens en démontrant que l’allié américain les a trahis.

Même si un éventuel cessez-le-feu venait à être conclu, il n’aurait de toute façon aucune chance de tenir dans la durée. Les Russes ne lâcheront pas leur objectif. La seule chose qui puisse réellement les arrêter serait un effondrement du régime comme en 1917. Ce qu’un accroissement des difficultés économiques en interne ou d’importants revers sur le front pourrait contribuer à provoquer.

Le régime russe est-il réellement moins solide qu’on ne le pense ?

L’histoire nous montre que l’une des caractéristiques du pouvoir russe, c’est que, sous son apparente solidité, il est plus fragile qu’on ne le croit et peut rapidement se déliter. On en a eu un aperçu en 2023 durant la révolte de l’ancien patron du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, quand ce dernier a commencé à marcher vers Moscou avant de s’arrêter au dernier moment. Peu de gens s’étaient dressés sur sa route pour défendre Poutine. Le fait est que ce type de régime autoritaire ne tient que par la verticale du pouvoir mise en place par le chef. Mais s’il lui arrive quelque chose, c’est la paralysie.

Dans votre livre, vous balayez la crainte selon laquelle un effondrement du régime russe se traduirait par un chaos encore plus grand. Pourquoi ?

Je pense effectivement que c’est une erreur d’analyse de certains pays occidentaux. C’est en partie le résultat de la désinformation du régime. A l’époque de l’effondrement de l’URSS, les Américains étaient tétanisés à l’idée que les armes nucléaires russes se retrouvent disséminées dans la nature. Mais il s’agissait d’une manœuvre de guerre psychologique russe pour inciter les Occidentaux à empêcher un effondrement de l’Union Soviétique. En 1991, par peur du chaos, les Occidentaux avaient ainsi tenté de dissuader certaines républiques soviétiques de proclamer leur indépendance. Or, on retrouve cette même crainte aujourd’hui et cela a des effets très concrets. L’aide militaire à l’Ukraine est arrivée de façon très progressive, et souvent avec des limitations dans les conditions d’utilisation du matériel livré, comme si, dans le fond, certains pays redoutaient les conséquences d’une défaite de la Russie. En réalité, cette crainte du chaos en Russie joue directement en faveur du maintien de l’autocratie russe.

De nombreux Européens, pays baltes en tête, redoutent d’être les prochaines cibles de la Russie. L’Ukraine n’est-elle qu’une première étape ?

Poutine veut toute l’Ukraine, mais son appétit ne se limite pas à ce seul pays. Son grand projet derrière cette invasion est celui d’une hégémonie russe sur toute l’Europe. L’Ukraine doit avant tout servir de tremplin, avant de poursuivre ailleurs. Dans ce cadre, la prise de contrôle de ce pays lui permettrait de mettre la main sur de nombreux actifs, comme son industrie de défense, ses capacités militaires et ses ressources humaines.

Les velléités hégémoniques russes sur le continent européen remontent à l’époque soviétique. Dès 1947, Staline avait confié au communiste français Maurice Thorez que l’Armée rouge serait allée jusqu’à la Manche si les Américains n’avaient pas débarqué. Et Staline s’est accroché à cette idée. Au départ, son calcul était que les Etats-Unis quitteraient l’Europe dans les six mois après la fin de la guerre, et qu’il pourrait mettre en œuvre ce projet. Dans l’idée de Staline, l’Europe n’était qu’une petite péninsule destinée à tomber dans l’orbite russe dès le départ des Américains. Les arguments qu’a déployés Staline à l’époque contre le plan Marshall et la création de l’Otan sont exactement les mêmes que ceux développés aujourd’hui contre la défense commune du continent. Les manœuvres russes et leurs objectifs sont inchangés.

Pour parvenir à cette hégémonie en Europe, Moscou a besoin de détruire "le lien transatlantique" car "coupés des États-Unis, les pays européens pourront être cueillis les uns après les autres, comme des fruits mûrs", écrivez-vous. La présidence Trump n’est-elle pas un cadeau inespéré ?

Absolument, les dirigeants russes sont au comble du bonheur depuis le retour de Donald Trump. Ils trouvent en lui la meilleure boule de démolition possible contre la puissance américaine - celle-là même qui leur faisait obstacle jusqu’à présent. Donald Trump est en train de détruire l’ordre libéral et les alliances de l’Amérique. Il constitue aujourd’hui le maillon faible dans le camp occidental. Il est d’ailleurs intéressant de relever son étonnante constance en faveur de Moscou. Trump répète le discours russe comme un perroquet, Poutine ne pouvait pas rêver mieux.

Dans votre livre, vous rappelez que Vladislav Sourkov, l’un des grands idéologues du Kremlin, "affirmait que le poutinisme est parfaitement exportable" et que les Etats-Unis "semblent sur la voie d’une autopoutinisation". Quels sont les points communs entre Trump et Poutine ?

Ils ont en commun le mépris du droit international et ce que j’appelle le darwinisme social. C’est l’idée que seule compte la force, et qu’elle l’emporte sur toute autre considération, comme l’Etat de droit. Les analogies entre le second mandat de Donald Trump et les premières années de pouvoir de Poutine sont frappantes. Comme son homologue russe en son temps, le président américain semble vouloir mettre la justice au pas et accroître son contrôle sur les médias. On retrouve chez lui la même tentation d’instaurer cette verticale du pouvoir qui existe aujourd’hui en Russie.

Comment la Russie a-t-elle pavé la voie à l’arrivée de Trump au pouvoir ?

Elle a encouragé au maximum la polarisation de la société américaine. A travers les réseaux sociaux déjà, en investissant considérablement dans les fermes à trolls chargées d’hystériser le débat public grâce à la désinformation. Cela a contribué à fanatiser des groupes de personnes que l’on retrouve aujourd’hui dans la mouvance Maga (Make America Great Again). En parallèle, des médias russes comme Russia Today, qui s’est installé aux Etats-Unis en 2005, ont permis de faire émerger des personnalités complaisantes vis-à-vis de Moscou qui, pour certaines, ont ensuite pu être invitées sur des chaînes américaines comme Fox News. Les Russes ont donc "travaillé" la société américaine à la fois par le haut et par le bas pendant des années. Les tensions partisanes ont été à ce point chauffées à blanc que Trump a pu ouvertement demander aux Russes de trouver des éléments compromettants sur Hillary Clinton en 2016, sans que cela ne choque grand monde.

L’Europe est, dites-vous, également travaillée par ces mêmes forces "que nous voyons à l’œuvre outre-Atlantique". De quelle manière peut-elle se prémunir contre ce risque "d’auto-poutinisation" ?

La Russie cherche à détruire nos institutions en réduisant la vie politique de nos pays aux extrêmes. Or, il est impossible de gouverner un pays polarisé de la sorte. Pour s’en prémunir, il faut déjà en reconnaître les symptômes. Par exemple, lorsque Moscou pilote des opérations comme celle des têtes de porc retrouvées devant une mosquée en France ou celle des tags antisémites représentant des étoiles de David sur des façades d’immeubles en 2024 et 2025. Il me semble nécessaire de former la population pour lui permettre d’identifier ces tentatives de manipulation.

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Le président russe Vladimir Poutine au Kremlin à Moscou, le 24 décembre 2025.

Guerre en Ukraine : cette nouvelle opération ingénieuse de Kiev pour piéger des espions russes

2 janvier 2026 à 17:31

Kiev continue de faire preuve d’imagination pour combattre les forces russes. Nommé ce vendredi 2 janvier comme nouveau chef de cabinet de la présidence ukrainienne, Kyrylo Boudanov, jusqu’alors directeur du renseignement militaire ukrainien (GUR), a annoncé jeudi, avant sa promotion, que ses services avaient simulé la mort d’un chef militaire russe anti-Poutine pour piéger plusieurs espions russes. Le combattant en question, Denis Kapoustine, est à la tête du Corps des volontaires russes (RDK), composé de membres aux idéologies variées, combattant en faveur de l’Ukraine. "Bienvenue à la vie", lui a lancé Kyrylo Boudanov, lors d’un échange sur une vidéo publiée sur la messagerie cryptée Telegram.

De l’argent et des informations

Concrètement, quel est le principe de cette opération ? Le 27 décembre, le RDK indique que leur leader a été tué au combat. "Tous les détails seront annoncés ultérieurement, dès que les circonstances de l’incident auront été établies", communique ainsi le groupe sur Telegram. "Nous te vengerons, Denis." Ce nationaliste russe anti-Poutine, connu pour ses positions d’extrême droite, voire néonazies, aurait alors été abattu dans la nuit précédente par un drone sur le front près de Zaporijia, au sud-est de l’Ukraine. Mais cette mort n’était en réalité qu’une mise en scène, orchestrée depuis plusieurs semaines par les services secrets ukrainiens.

Pour Kiev, l’objectif de la mission était clair : faire croire au décès de Denis Kapoustine pour duper Moscou, puis en profiter pour obtenir des informations sur les espions russes… et quelques liquidités. En effet, si la mort de chef militaire était si stratégique, c’est avant tout parce que le Kremlin avait mis à prix la tête du combattant anti-Poutine. Ainsi, 500 000 dollars étaient promis par la Russie à toute personne qui parviendrait à l’assassiner. Une somme qui, grâce à la réussite de cette mission, a directement été versée aux forces ukrainiennes. "Je suis heureux que l’argent destiné à votre assassinat ait servi à soutenir notre combat", s’est félicité Kyrylo Boudanov, lors de l’annonce de cette simulation.

Denis Kapoustine, une figure russe extrémiste

D’autre part, l’autre enjeu côté ukrainien était de faire croire Moscou à ce meurtre afin d’identifier des espions au sein des services secrets russes. Une mission réussie, d’après le GUR. Comme relevé par le média russe indépendant Meduza, le renseignement ukrainien a d’ailleurs publié ce vendredi des vidéos fabriquées de toutes pièces et envoyées à la partie russe pour prouver la prétendue mort du chef militaire. Denis Kapoustine, lui, se dit prêt à reprendre les armes dès que possible. "Mon absence temporaire n’a pas affecté la qualité ni le succès de l’exécution des missions de combat", a-t-il assuré. "Je suis prêt à retourner sur le terrain et à reprendre le commandement de l’unité RDK."

S’il défend l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, ce militant extrémiste est une personnalité sulfureuse dans le pays. Figure du milieu hooligan et amateur de sports de combat comme le MMA, il promeut une vision ultranationaliste de la Russie. En 2019, une enquête de Der Spiegel avait révélé que ce dernier avait vécu une dizaine d’années en Allemagne. Le ministère de l’Intérieur du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie indiquait alors au journal que Denis Kapoustine avait "contribué de manière significative à la professionnalisation de la scène néonazie des arts martiaux" outre-Rhin. En 2023, le chercheur Adrien Nonjon, spécialiste de l’Ukraine et de l’extrême droite post-soviétique, décrivait ainsi à L’Express cet homme comme "un néonazi businessman, avant-tout guidé par ses propres intérêts, notamment financiers".

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Le chef militaire russe anti-Poutine et d'extrême-droite Denis Kapoustine lors d'une conférence de presse à Kiev (Ukraine), le 21 mars 2024.

"Ma santé est parfaite" : la contre-attaque de Donald Trump après les rumeurs sur sa forme physique

2 janvier 2026 à 16:04

Début novembre, conférence de presse à la Maison-Blanche. Autour de Donald Trump, assis derrière son bureau, plusieurs experts prennent la parole. Le sujet du jour ? Un accord destiné à faire diminuer le tarif des médicaments anti-obésité aux États-Unis. Depuis le retour au pouvoir du milliardaire républicain, ce genre de scène est plutôt classique. Mais cette fois, un élément a davantage attiré l’attention des caméras présentes dans la pièce : le président américain est surpris à plusieurs reprises en train de somnoler lors des déclarations de ses interlocuteurs. Donald Trump en pleine sieste ? La Maison-Blanche dénonce immédiatement une "manipulation". Un mois plus tard, la scène se répète, cette fois lors d’une réunion avec ses ministres. Ces épisodes font en tout cas émerger de nouveaux doutes sur la santé du dirigeant, âgé de 79 ans.

Donald Trump "parfaitement apte à exercer ses fonctions"

En ce début d’année 2026, Donald Trump, lui, n’en démord pas : avec un brin de mauvaise foi, il assure avoir simplement les yeux fermés sur ces vidéos. "C’est très relaxant pour moi", assure-t-il auprès du Wall Street Journal. "Parfois, ils me prennent en photo en train de cligner des yeux." Des propos cités dans un long article du quotidien économique publié jeudi 1er janvier, qui revient en détail sur les rumeurs autour de la santé du président américain. Ces derniers mois, alors que Donald Trump a pu paraître plus fatigué en public, le sujet a donné lieu à de nombreux commentaires, voire des théories complotistes.

Sur les réseaux sociaux, certains internautes se sont même interrogés – sans preuve – sur la capacité physique du républicain à terminer son second mandat. Donald Trump préfère balayer ces affirmations d’un revers de main. "Ma santé est parfaite", expose-t-il, tout en regrettant d’évoquer ce sujet "pour la 25ᵉ fois". Ses médecins, de leur côté, se veulent tout aussi rassurants. Le Wall Street Journal a ainsi pu consulter les résultats positifs d’examens passés par le dirigeant conservateur. D’après ces tests, son âge cardiaque serait en réalité semblable à celui d’une personne de seulement 65 ans. Sean Barbarella, le principal praticien en charge du président, promet ainsi que ce dernier est en "excellente santé et parfaitement apte à exercer ses fonctions de commandant en chef".

Recommandations pas toujours suivies

Les rumeurs autour de la forme de Donald Trump sont néanmoins prises très au sérieux par son équipe. La problématique revêt un important caractère symbolique : jouant de son image d’homme puissant, le conservateur a régulièrement moqué les problèmes de santé connus par son prédécesseur Joe Biden. Le démocrate, surnommé "Sleepy Joe" ("Joe le dormeur") par Donald Trump, subissait constamment ses quolibets en raison de sa fatigue apparente. L'argumentaire pourrait aujourd’hui se retourner contre lui. Ses petits sommes piqués face caméra font désormais eux aussi l’objet de railleries en ligne, y compris de la part des démocrates. Sur son compte X, le service de presse du gouverneur de Californie Gavin Newsom – maintes fois renommé "Gavin Newscum" ("scum" signifiant "ordure" en anglais) par Donald Trump – n’a pas manqué l’occasion de baptiser le républicain comme "Dozy Don" ("Don le somnolent").

Pour l’intéressé, il est donc crucial de déminer les différents questionnements sur ses aptitudes physiques à diriger les États-Unis. Cependant, certaines des déclarations de Donald Trump au Wall Street Journal laissent en tout cas penser que le président américain ne se soucie pas vraiment de son état de santé. Plus préoccupant : il assume de ne pas respecter certaines des recommandations des médecins qui le suivent. Il assume ainsi de prendre de l’aspirine à hauteur de 325 mg par jour d’aspirine, soit une dose quotidienne bien supérieure à celle souhaitée par les spécialistes qui l’accompagnent. "Ils préféreraient que je prenne la dose plus faible [d’aspirine]", lance Donald Trump. "Je prends une plus forte […] depuis des années, et ça cause des hématomes."

Des hématomes, qui, justement, ont aussi fait l’objet de multiples allégations ces derniers mois. En août, les observateurs avaient en effet remarqué des ecchymoses bleues sur la main du républicain, lors d’une rencontre avec le Premier ministre sud-coréen dans le bureau Ovale. De quoi alimenter, là encore, toutes sortes d’hypothèses fantaisistes sur l’origine de ces bleus. Plus tôt dans l’année, Sean Barbarella avait indiqué que ces marques étaient "compatibles avec une irritation mineure des tissus mous due à des poignées de main fréquentes et à l’utilisation d’aspirine, prise dans le cadre d’un régime standard de prévention cardiovasculaire". Mais pourquoi donc Donald Trump refuse-t-il de réduire sa quantité d’aspirine ingérée chaque jour ? "Je suis un peu superstitieux", dit-il, en ajoutant qu’il prend ce traitement depuis 25 ans.

Remise en cause de la parole médicale

Dans la même veine, Donald Trump s’est vu prescrire le port de chaussettes de contention par les médecins, après un léger gonflement des jambes dont il a souffert l’été dernier. Une habitude que le locataire de la Maison-Blanche a adoptée… seulement un temps. Il ne porte aujourd’hui plus ces chaussettes. "Je ne les aimais pas", justifie-t-il sans plus d’explications. Autre regret exprimé par le président américain : le passage d’un scanner cardiovasculaire et abdominal, mi-octobre. "Avec le recul, c’est dommage que j’aie fait cet examen, car cela leur a donné des arguments", déplore-t-il, en référence aux spéculations liées à la réalisation de ces tests. "J’aurais été bien mieux loti s’ils ne l’avaient pas fait, car le simple fait que je l’aie passé a suscité des interrogations : 'Tiens, il y a un problème ?' Or, tout va bien."

Plus que sur des éléments factuels, Donald Trump s’appuie sur la conviction qu’il dispose d'"une très bonne génétique", avec des parents restés en forme jusque tard dans la vie. L’ensemble de ces paroles, agrémentées d’un soupçon de remise en cause de la parole médicale, fait écho aux positions parfois ambiguës du républicain vis-à-vis du consensus scientifique sur les problématiques sanitaires. Avant son entrée en fonction à Washington, la nomination du vaccinosceptique Robert Kennedy Jr. en tant que secrétaire à la Santé avait déjà donné le ton de la future politique fédérale en la matière. En septembre, Donald Trump avait lui-même créé la polémique en déconseillant aux femmes enceintes de prendre du paracétamol pour limiter les risques d’autisme de leurs enfants – un lien qui n’est pas établi par la science.

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Le président américain Donald Trump, lors d'une réunion à Washington, le 2 décembre 2025.

Volodymyr Zelensky nomme Kyrylo Boudanov chef du renseignement militaire, pour diriger le cabinet présidentiel

2 janvier 2026 à 14:41

Volodymyr Zelensky a annoncé vendredi avoir choisi le chef du renseignement militaire ukrainien Kyrylo Boudanov pour le poste de directeur de cabinet de la présidence, laissé vacant par la démission d'Andriy Yermak le 28 novembre. Kyrylo Boudanov , 39 ans, dirigeait le renseignement militaire (GUR) depuis août 2020. Depuis le début de la guerre contre l'Ukraine, le 24 février 2022, il a notamment présidé aux échanges de prisonniers de guerre entre les deux pays et a participé à plusieurs opérations spéciales. Il a été fait "Héros de l'Ukraine", le plus haut titre honorifique attribué par le gouvernement ukrainien.

I had a meeting with Kyrylo Budanov and offered him the role of the Head of the Office of the President of Ukraine. At this time, Ukraine needs greater focus on security issues, the development of the Defense and Security Forces of Ukraine, as well as on the diplomatic track of… pic.twitter.com/SCs6Oj2Rb7

— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) January 2, 2026

L'officier a fait savoir qu'il avait accepté la proposition de Volodymyr Zelensky. "A l'heure actuelle, l'Ukraine doit se concentrer davantage sur les questions de sécurité, le développement des forces de défense et de sécurité ukrainiennes, ainsi que sur la voie diplomatique des négociations, et le cabinet du président aura pour mission principale de mener à bien ces tâches de notre Etat", a écrit le président ukrainien sur X. "Le cabinet du président aura pour mission principale de mener à bien ces missions, a-t-il poursuivi. Kyrylo possède une expertise pointue dans ces domaines et les compétences nécessaires pour obtenir des résultats concrets."

Le directeur de cabinet de Volodymyr Zelensky, négociateur en chef pour la partie ukrainienne et proche du chef de l'Etat, avait été contraint à la démission dans le cadre d'une enquête sur un scandale de corruption impliquant les plus hautes autorités de l'Etat. Un scandale qui a politiquement fragilisé le président ukrainien.

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Le chef des renseignements militaires ukrainiens, Kyrylo Budanov, rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy, alors que la Russie attaque l'Ukraine, à Kiev, en Ukraine, sur cette photo diffusée le 2 janvier 2026. Service de presse présidentiel ukrainien/Document fourni par REUTERS

Iran : Donald Trump menace d'une intervention américaine si Téhéran réprime violemment les manifestations

2 janvier 2026 à 12:43

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les Etats-Unis étaient prêts à intervenir pour défendre les manifestants en Iran en cas de répression violente des autorités de Téhéran. "Nous sommes prêts à intervenir", a déclaré le président américain dans un message publié sur Truth Social. Les États-Unis ont frappé des installations nucléaires en Iran en juin dernier, se joignant ainsi à Israël dans une brève guerre contre Téhéran.

Cette prise de position américaine intervient alors que plusieurs personnes ont été tuées jeudi en Iran lors de troubles liés aux plus importantes manifestations depuis trois ans, déclenchées par une inflation exponentielle - 42,5 % en décembre. Le mouvement de protestation a été déclenché par des commerçants, qui ont défilé dimanche dans les rues de Téhéran pour dénoncer la plaie de l'inflation et sa gestion par le gouvernement.

"Déstabilisation de la région"

Dans plusieurs provinces du pays, les manifestations ont pris une tournure violente. Un responsable local de l'ouest de l'Iran, où plusieurs décès ont été signalés, a averti que toute agitation ou tout rassemblement illégal seraient traités "de manière décisive et sans indulgence", selon des propos rapportés par les médias officiels. Les médias affiliés à l'État et les groupes de défense des droits humains ont fait état d'au moins six morts depuis mercredi, dont un homme qui, selon les autorités, était membre du Bassidj, milice affiliée aux Gardiens de la révolution. Le groupe Hengaw, une ONG de défense des droits humains kurde basée en Norvège, a déclaré que 29 manifestants avaient été arrêtés lors de la dernière vague de manifestations, dont 14 Kurdes, sept Lors (minorité apparentée aux Persans), sept femmes et deux enfants.

Répondant aux commentaires de Donald Trump, Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a averti qu'une ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures iraniennes équivaudrait à déstabiliser toute la région. L'Iran soutient des groupes armés au Liban, en Irak et au Yémen.

La flambée des prix est attisée par l'effondrement de la monnaie nationale. Le rial chute sous l'effet des sanctions occidentales contre l'économie iranienne et a perdu près de la moitié de sa valeur en un an. Il a atteint mardi un plus bas record de 1 400 000 rials par dollar, d'après des chiffres agrégés par des plateformes en ligne.

S'exprimant jeudi, avant les propos de Donald Trump, le président iranien Massoud Pezeshkian a reconnu que les défaillances des autorités étaient à l'origine de la crise. "Nous sommes responsables... Ne cherchez pas à blâmer les États-Unis ou qui que ce soit d'autre. Nous devons servir correctement afin que les gens soient satisfaits de nous... C'est à nous de trouver une solution à ces problèmes", a-t-il déclaré.

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Des passants devant des magasins fermés à la suite de manifestations contre la chute de la valeur de la monnaie, dans le Grand Bazar de Téhéran, Téhéran, Iran, 30 décembre 2025. Majid Asgaripour/WANA (Agence de presse d'Asie occidentale)

"Pays frère" : le président vénézuélien Maduro tend la main aux États-Unis et laisse entrevoir des discussions sérieuses

2 janvier 2026 à 12:15

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a tendu la main au président américain Donald Trump, proposant des discussions sérieuses sur la lutte contre le trafic de drogue et offrant aux entreprises américaines un accès facile au pétrole vénézuélien. Nicolas Maduro a déclaré que le Venezuela était un "pays frère" des États-Unis et un gouvernement ami. Il a souligné que lors de leur dernier entretien en novembre, le président américain avait reconnu son autorité en l'appelant "Monsieur le Président".

Le dirigeant vénézuélien, au pouvoir depuis de nombreuses années, s'est exprimé dans une interview filmée la veille du Nouvel An et diffusée sur la télévision d'Etat vénézuélienne le soir du jour de l'An. Dans l'émission, Nicolas Maduro et son intervieweur traversent une zone militarisée de la capitale, Caracas. On y voit le président au volant d'une voiture, le journaliste étant assis à ses côtés et son épouse, Cilia Flores, à l'arrière – un geste que les commentateurs ont interprété comme une tentative d'afficher sa confiance face aux craintes d'une frappe américaine, malgré la réduction de ses apparitions publiques ces dernières semaines.

Changement de ton

Ces déclarations marquent un changement de ton dans la position de Maduro à l'égard des États-Unis depuis le déploiement militaire massif de ces derniers dans le sud des Caraïbes. Donald Trump a accusé Nicolas Maduro, qu'il qualifie d'"illégitime", de diriger un narco-État et a menacé de le destituer. Nicolas Maduro affirme que les États-Unis cherchent à l'évincer pour prendre le contrôle des vastes réserves de pétrole et des gisements de terres rares du Venezuela.

Lors d'un événement organisé peu avant Noël, Nicolas Maduro a exhorté Donald Trump à se concentrer sur les problèmes intérieurs, déclarant : "Honnêtement, si je lui reparle, je lui dirai que chacun devrait s'occuper de ses affaires intérieures." Dans ses dernières déclarations, Nicolas Maduro a déclaré à son interlocuteur : "Au peuple des États-Unis, je dis ce que j'ai toujours dit : le Venezuela est un pays frère… un gouvernement ami."

"Nous devons commencer à parler sérieusement, en nous basant sur les faits. Le gouvernement américain le sait, car nous l'avons répété à maintes reprises à ses interlocuteurs : s'il souhaite discuter sérieusement de l'accord de lutte contre le trafic de drogue, nous sommes prêts à le faire. S'il veut le pétrole vénézuélien, le Venezuela est prêt à accepter des investissements américains comme ceux de Chevron, quand, où et comment il le souhaite."

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Nicolas Maduro, à La Guaira, au Venezuela, le 28 décembre 2025.
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