Guerre en Ukraine : cette nouvelle opération ingénieuse de Kiev pour piéger des espions russes
Kiev continue de faire preuve d’imagination pour combattre les forces russes. Nommé ce vendredi 2 janvier comme nouveau chef de cabinet de la présidence ukrainienne, Kyrylo Boudanov, jusqu’alors directeur du renseignement militaire ukrainien (GUR), a annoncé jeudi, avant sa promotion, que ses services avaient simulé la mort d’un chef militaire russe anti-Poutine pour piéger plusieurs espions russes. Le combattant en question, Denis Kapoustine, est à la tête du Corps des volontaires russes (RDK), composé de membres aux idéologies variées, combattant en faveur de l’Ukraine. "Bienvenue à la vie", lui a lancé Kyrylo Boudanov, lors d’un échange sur une vidéo publiée sur la messagerie cryptée Telegram.
De l’argent et des informations
Concrètement, quel est le principe de cette opération ? Le 27 décembre, le RDK indique que leur leader a été tué au combat. "Tous les détails seront annoncés ultérieurement, dès que les circonstances de l’incident auront été établies", communique ainsi le groupe sur Telegram. "Nous te vengerons, Denis." Ce nationaliste russe anti-Poutine, connu pour ses positions d’extrême droite, voire néonazies, aurait alors été abattu dans la nuit précédente par un drone sur le front près de Zaporijia, au sud-est de l’Ukraine. Mais cette mort n’était en réalité qu’une mise en scène, orchestrée depuis plusieurs semaines par les services secrets ukrainiens.
Pour Kiev, l’objectif de la mission était clair : faire croire au décès de Denis Kapoustine pour duper Moscou, puis en profiter pour obtenir des informations sur les espions russes… et quelques liquidités. En effet, si la mort de chef militaire était si stratégique, c’est avant tout parce que le Kremlin avait mis à prix la tête du combattant anti-Poutine. Ainsi, 500 000 dollars étaient promis par la Russie à toute personne qui parviendrait à l’assassiner. Une somme qui, grâce à la réussite de cette mission, a directement été versée aux forces ukrainiennes. "Je suis heureux que l’argent destiné à votre assassinat ait servi à soutenir notre combat", s’est félicité Kyrylo Boudanov, lors de l’annonce de cette simulation.
Denis Kapoustine, une figure russe extrémiste
D’autre part, l’autre enjeu côté ukrainien était de faire croire Moscou à ce meurtre afin d’identifier des espions au sein des services secrets russes. Une mission réussie, d’après le GUR. Comme relevé par le média russe indépendant Meduza, le renseignement ukrainien a d’ailleurs publié ce vendredi des vidéos fabriquées de toutes pièces et envoyées à la partie russe pour prouver la prétendue mort du chef militaire. Denis Kapoustine, lui, se dit prêt à reprendre les armes dès que possible. "Mon absence temporaire n’a pas affecté la qualité ni le succès de l’exécution des missions de combat", a-t-il assuré. "Je suis prêt à retourner sur le terrain et à reprendre le commandement de l’unité RDK."
S’il défend l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, ce militant extrémiste est une personnalité sulfureuse dans le pays. Figure du milieu hooligan et amateur de sports de combat comme le MMA, il promeut une vision ultranationaliste de la Russie. En 2019, une enquête de Der Spiegel avait révélé que ce dernier avait vécu une dizaine d’années en Allemagne. Le ministère de l’Intérieur du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie indiquait alors au journal que Denis Kapoustine avait "contribué de manière significative à la professionnalisation de la scène néonazie des arts martiaux" outre-Rhin. En 2023, le chercheur Adrien Nonjon, spécialiste de l’Ukraine et de l’extrême droite post-soviétique, décrivait ainsi à L’Express cet homme comme "un néonazi businessman, avant-tout guidé par ses propres intérêts, notamment financiers".

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