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Reçu hier — 9 janvier 2026 6.2 📰 Infos Monde

Face à Donald Trump et Xi Jinping, l’Europe doit-elle créer une "alliance des Good Guys" ?

9 janvier 2026 à 09:44

En ce début d'année, Donald Trump n’aura pas attendu longtemps pour acter l’abrupt retour à la loi du plus fort. La capture de Nicolás Maduro, sous couvert de narcotrafic, cache à peine la véritable raison du spectaculaire raid américain à Caracas : gérer les immenses réserves pétrolières du pays. Les raisons de la mise sous pression du Groenland sont similaires. A savoir mettre la main sur le potentiel minier du territoire danois. Le président républicain ne s’en est jamais caché : selon lui, puissance rime avec contrôle de l'énergie. Fossile, dans son cas.

Les premiers jours de 2026 viennent confirmer une tendance grandissante : une division du monde entre "pétro-Etats" et "électro-Etats". Les Etats-Unis, avides de pétrole et de gaz, se campent en leaders du premier groupe. La Chine, qui domine les technologies vertes et s’électrifie à marche forcée, domine la seconde catégorie. Et l’Union européenne ? "Elle occupe une position intermédiaire très inconfortable, dépendante des deux blocs, mais sans s'aligner pleinement sur aucun d'entre eux. En résumé, une soupape de pression", notent les chercheuses Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau dans une captivante analyse publiée mi-décembre.

Les Vingt-Sept évoluent sur une ligne de crête, tiraillés au milieu d’un paysage énergétique de plus en plus bipolaire. En sevrage du gaz russe, le continent s’est davantage tourné vers le GNL américain. Conscient de l’importance de ce marché pour son pays, Donald Trump a utilisé la menace des droits de douane pour obtenir d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, l’engagement de lui acheter pour 750 milliards d’euros de produits énergétiques sur plusieurs années. En parallèle, l’UE, qui cherche à se décarboner, demeure très dépendante de la Chine pour bon nombre de technologies propres : véhicules électriques, panneaux solaires, batteries… Sans oublier les minerais critiques, indispensables pour les secteurs de la tech ou de la défense.

"L'Europe ne doit pas attendre la prochaine crise"

"L'ordre énergétique est en train de changer radicalement. L’Europe ne doit pas attendre la prochaine crise pour ouvrir les yeux et savoir où aller", interpelle Pauline Heinrichs, maîtresse de conférences en études stratégiques (climat et énergie) au King’s College de Londres. Entre les Etats-Unis et la Chine, l’UE pourrait choisir d’emprunter une troisième voie. Celle que Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau, expertes au Center on Global Energy Policy de l’université de Columbia, appellent "l'alliance des Good Guys". C’est-à-dire le rapprochement de nations qui partagent la même situation inconfortable, entre Washington et Pékin. Elles citent notamment le Royaume-Uni, le Japon, le Canada, la Corée du Sud, l’Australie, la Norvège et la Suisse.

"Il s’agit de pays disposés à co-concevoir des systèmes, des normes et des cadres de gouvernance compatibles, détaille Tatiana Mitrova. En mutualisant leurs efforts, ils peuvent accroître de manière significative leurs ressources collectives et leur capacité à faire levier, sans constituer un bloc politique formel." Plutôt que de chercher à reproduire des capacités industrielles à grande échelle ou des chaînes de valeur entièrement domestiques, des partenariats stratégiques permettraient ainsi de pallier les faiblesses européennes. Et inversement pour les autres "Good Guys". Sur l’énergie, "l’Europe n’a guère d’autre choix que de devenir un leader en matière d’efficacité, d’intégration intelligente des systèmes et d’innovation institutionnelle", ajoute la spécialiste. C’est aussi l'avis de Julian Popov, ex-ministre de l'Environnement de Bulgarie, désormais chercheur chez Strategic Perspectives : "Les dirigeants devraient agir de manière décisive pour accroître les investissements dans les réseaux et le stockage à travers le continent. C’est absolument essentiel pour le futur."

Si l’idée d’une telle alliance n’a jamais été vraiment formalisée jusqu’à présent, "elle reflète une logique déjà implicite dans les discussions informelles", assure Tatiana Mitrova. L'ancien député européen Luis Garicano l’évoquait récemment dans les colonnes de L’Express : "Face à la pression des blocs chinois et américains, la Commission devrait mobiliser une grande coalition de pays amis dans le commerce et la défense, avec des États comme la Corée du Sud et le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande". Cela permettrait également à l'exécutif européen de "faire moins mais beaucoup mieux", affirme l'économiste espagnol.

Il ne reste que le plus dur : mettre l’idée en pratique. Face à l’imprévisibilité d’un Donald Trump, le temps presse pour les "Good Guys".

© REUTERS

Entre la Chine et les Etats-Unis, "l'Europe occupe une position intermédiaire très inconfortable, dépendante des deux blocs, mais sans s'aligner pleinement sur aucun d'entre eux", notent les chercheuses Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau dans une captivante analyse publiée mi-décembre.
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