↩ Accueil

Vue normale

Reçu — 6 janvier 2026 6.2 📰 Infos Monde

"L’Otan ne s’en relèvera pas" : que se passera-t-il demain si Trump s'empare du Groenland ?

6 janvier 2026 à 17:29

A Copenhague comme à Nuuk, la capitale du Groenland, c’est d’un œil plus qu’inquiet qu’on regarde la récente aventure militaire de Donald Trump au Venezuela. Et pour cause. Au lendemain de l’annonce de la capture de Nicolas Maduro à Caracas le 3 janvier, le président républicain, enivré par son coup de force en Amérique latine, a réitéré ses menaces d’annexion de la grande île de l'Arctique appartenant à la couronne danoise. Et promis de s’en occuper "dans environ deux mois". Depuis, dans les capitales européennes, la sidération le dispute à l’inquiétude quant à l’avenir de ce territoire de 2 millions de kilomètres carrés peuplé de 57 000 habitants.

En l'absence de plus de précisions, difficile pour l’heure de savoir ce que Donald Trump a réellement en tête. "Il pourrait envoyer plus de troupes et essayer de prendre le contrôle du gouvernement local ou installer un pantin, avance Jacob Heilbrunn, qui dirige à Washington la revue de géopolitique The National Interest. Si un tel scénario devait se confirmer, ce serait proche d’une opération de type Crimée." En février 2014, cette péninsule ukrainienne avait été occupée par des troupes russes avant d’être annexée un mois plus tard par le Kremlin.

Dans les pas de Moscou ?

De là à voir Washington marcher dans les pas de Moscou ? La mise en œuvre d’un tel scénario pourrait s’avérer complexe. "Envoyer des troupes au sol nécessiterait l’accord du Congrès, relève Yves Bertoncini, consultant en affaires européennes et ancien directeur de l’Institut Jacques Delors. Et il n’est pas garanti que la prédation d’un territoire européen soit acceptée par une majorité de sénateurs et représentants." Un risque politique d’autant plus prégnant à l’approche des élections de mi-mandat prévues dès novembre prochain – et historiquement défavorables au pouvoir en place.

Autre possibilité, moins baroque : un accord de libre association avec le Groenland - si Nuuk accédait à l’indépendance -, à l’image de celui existant avec les îles Marshall, Palau et la Micronésie, accordant à Washington un accès militaire exclusif à leur territoire en échange d’une protection américaine et d’aides au développement. Problème, à ce stade, 85% des Groenlandais rejettent toujours l'idée d'un rattachement à l’oncle Sam.

L'Otan en danger

En cas de coup de force de Washington, les options militaires restent limitées pour les Européens. "Politiquement et stratégiquement, ils ne peuvent pas se permettre de faire la guerre contre les États Unis, résume Pierre Haroche, maître de conférences en politique européenne et internationale à l’Université catholique de Lille. En revanche, ils pourraient faire monter la pression diplomatique et ne pas reconnaître une éventuelle annexion." Et accroître en parallèle les coûts de la décision américaine. "Des mesures de rétorsion comme la restriction de l’accès des Gafam au marché européen ou un arrêt des achats de bons du trésor américain sont tout à fait envisageables", évalue Yves Bertoncini.

Les conséquences d’une offensive américaine seraient donc dévastatrices sur la relation transatlantique. "Rien n’a été prévu dans le cas où un membre de l’Otan en agresse un autre, pointe le général Nicolas Richoux, ancien commandant de la 7e brigade blindée. L’Alliance ne s’en relèverait pas." Un point sur lequel la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a été on ne peut plus claire le 5 janvier à la télévision nationale : "Si les Etats-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’Otan, alors tout s’arrête. Y compris notre Otan, et donc la sécurité mise en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale." De quoi donner le vertige.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump à Washington DC le 6 janvier 2026
❌