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Reçu — 22 décembre 2025 6.2 📰 Infos Monde

Allemagne : les relations de plus en plus étroites de l'AfD avec le camp Maga de Donald Trump

22 décembre 2025 à 17:38

Une proximité qui grandit. En Allemagne, les responsables du parti d'extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) accroissent leurs liens avec le camp conservateur de Donald Trump aux Etats-Unis. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le milliardaire républicain et ses soutiens perçoivent la formation allemande, critiquée outre-Rhin pour ses positions xénophobes, comme un potentiel allié en Europe. Au moment où la plupart des dirigeants du Vieux Continent sont frontalement visés par le président américain, qui les considère comme "faibles", l'AfD est à l'inverse publiquement flatté par les responsables de la sphère Maga ("Make America Great Again").

Invitation de l'AfD à un gala des jeunes républicains à New York

Dernier rapprochement en date : la participation de plusieurs élus du parti allemand à un gala d'un club de jeunes du Parti républicain organisé mi-décembre à New York (Etats-Unis). Markus Frohnmaier, proche de la dirigeante de l'AfD, Alice Weidel, a été célébré pendant cette soirée. Invité d'honneur de l'événement, il a même été invité à s'exprimer pour l'occasion à la tribune. "Notre club continue d'exiger un nouvel ordre bourgeois dans votre pays, dans lequel une AfD triomphante est ce que craignent le plus les gardiens de l'ordre libéral défaillant", est-il mentionné sur le carton d'invitation de la soirée, relayé par Politico. Au total, une vingtaine de représentants de la formation allemande étaient également présents lors de ce rassemblement.

Si l'invitation peut paraître anecdotique, elle témoigne en réalité des connexions toujours plus étroites entre ces personnalités politiques de part et d'autre de l'Atlantique. Markus Frohnmaier est d'ailleurs le porte-parole de l'AfD en matière de politique internationale. Lors du gala, il a assuré que sa présence visait à "montrer qu'il existe encore des partenaires en Allemagne" pour les Etats-Unis. "Mes amis américains, l'alliance entre patriotes américains et allemands est le cauchemar des élites libérales", a-t-il exhorté, devant des dizaines de jeunes supporters de Donald Trump.

Rhétorique anti-immigration

Cette rhétorique, qui rappelle l'idéologie mise en avant par l'administration républicaine à l'égard de ses adversaires démocrates, est aussi entretenue par les proches du président américain. Ces dernières semaines, plusieurs responsables du département d'Etat ont ainsi rencontré des représentants de l'AfD, rapporte Bloomberg. Un rendez-vous entre Alice Weidel et un important diplomate américain aurait également eu lieu au début de l'automne, selon la même source. "Conformément à la pratique courante, les missions diplomatiques américaines dialoguent régulièrement avec des représentants d'un large éventail de partis et de personnalités politiques", a réagi auprès du média économique le département d'Etat.

Pour le camp Trump, l'idéologie nationaliste de l'AfD semble compatible avec sa vision des relations internationales, récemment détaillée dans sa "stratégie de défense nationale". Ce document multiplie les critiques acerbes contre les Européens, notamment à propos du contrôle de leurs frontières. Le texte défend ainsi l'idée d'un prétendu "effacement civilisationnel" si les dirigeants du continent ne prennent pas de nouvelles mesures importantes pour limiter l'immigration. Or, ce thème est justement l'un des sujets phares de l'AfD en Allemagne, qui a fait de la lutte contre les étrangers en situation irrégulière un cheval de bataille.

Un "pare-feu" toujours en place en Allemagne

Mi-février, lors de la conférence de Munich, le vice-président J.D. Vance avait justement lancé une lourde charge contre les responsables européens, les appelant à rompre le "cordon sanitaire" avec ce genre de formations politiques populistes de droite. Il s'était d'ailleurs entretenu avec Alice Weidel lors de ce déplacement en Allemagne. En mai, la qualification de l'AfD par les services secrets allemands comme une organisation "extrémiste de droite" avait fait bondir le numéro 2 américain. "L'AfD est le parti le plus populaire d'Allemagne, et de loin le plus représentatif de l'Allemagne de l'Est", avait-il dénoncé sur le réseau social X. "Aujourd'hui, les bureaucrates tentent de le détruire." Cette dénomination avait finalement été suspendue après une plainte du parti.

Dans le pays, les dirigeants des partis traditionnels, y compris la CDU de Friedrich Merz, continuent de défendre la règle du "Brandmauer" ("pare-feu") pour éviter toute dédiabolisation de l'AfD. "Nous ne travaillons pas avec un parti hostile aux étrangers, antisémite, qui abrite des extrémistes de droite et des criminels dans ses rangs, qui flirte avec la Russie et veut se retirer de l’Otan et de l’Union européenne", avait déclaré le chancelier allemand en janvier dernier, alors qu'il n'avait pas encore accédé au pouvoir. Dans les urnes, la formation a en tout cas réalisé un score historique aux élections fédérales de février dernier, réunissant 20,8 % des voix. Un résultat qui fait d'elle la seconde force politique allemande, derrière la CDU-CSU, mais devant les sociaux-démocrates du SPD.

© afp.com/Tobias SCHWARZ

Alice Weidel, cheffe de file du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) au Bundestag, le 13 mars 2025 à Berlin

Conflit Cambodge-Thaïlande : de nouvelles frappes malgré les pourparlers de Kuala Lumpur

22 décembre 2025 à 16:03
La Thaïlande et le Cambodge ont tenté, lundi, de régler leur conflit lors d'un sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est. Mais sur le terrain, les hostilités se poursuivent. Le Cambodge a affirmé que la Thaïlande avait lancé des frappes aériennes sur son territoire, dans la région des temples d'Angkor.

Guerre en Ukraine : le retour du dialogue avec Vladimir Poutine ou les illusions d'Emmanuel Macron

22 décembre 2025 à 14:45

Emmanuel Macron a-t-il été jaloux des téléspectateurs qui posent des questions pendant des heures au président russe lors de sa conférence de presse de fin d'année, le 19 décembre ? Sans doute pas, tant ses conversations passées avec Vladimir Poutine étaient éprouvantes, ce dernier déroulant d'interminables monologues sur les origines historiques de la guerre en Ukraine.

Revigoré par l'accord européen qui a débloqué 90 milliards d'euros pour l'Ukraine, le chef de l'Etat français, tant critiqué pour avoir maintenu des échanges stériles avec Poutine jusqu'en septembre 2022, plus de six mois après le début de l'invasion, estime désormais qu'il va "redevenir utile de parler" à Poutine.

Le chef du Kremlin martèle que la Russie n'a pas commencé la guerre

La raison ? Il juge peu efficace que les Européens discutent entre eux, et que des émissaires américains aillent ensuite de leur côté négocier avec Poutine. A juste titre. D'autant que ces tractations se font sur la base d'un plan largement inspiré par le Kremlin. De fait, malgré des discussions à Miami entre Russes et Américains et la visite de Jared Kushner (le gendre de Trump) et de Steve Witkoff (son envoyé spécial) à Moscou, les discussions ne progressent pas significativement.

Moscou a assuré en retour ce week-end être "prêt au dialogue" avec son homologue français. Mais pour quoi faire ? D'abord, Poutine semble considérer les Etats-Unis comme seul interlocuteur légitime. Ensuite, il n'est pas certain que la France parvienne à représenter une position unie des Européens. Enfin et surtout, il y a fort à parier que Poutine ne bougera pas d’un pouce. Lors de l'émission sus-citée, il a répété que la Russie n’avait "pas commencé" la guerre (un message régulièrement repris par Donald Trump). Et son chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, a fustigé la proposition des Européens de créer une "force multinationale" pour défendre l'Ukraine.

Peu soucieux de la démocratie dans son pays, Poutine se dit en revanche prêt à cesser momentanément ses frappes en profondeur pour que des élections se tiennent en Ukraine. Dans l’espoir irréaliste de faire émerger un candidat pro russe ? Bon courage à Macron s’il reparle à Poutine. Le risque serait qu'il se décrédibilise à nouveau. En attendant, face à un interlocuteur intransigeant qui ne respecte que la force, le plus utile est de continuer à armer l’Ukraine et d'investir davantage dans la Défense de l'Europe.

© Michel Euler / POOL / AFP

Emmanuel Macron échange avec Vladimir Poutine en juin 2022.

Construction d'un porte-avions de nouvelle génération : comment va-t-il être financé ?

22 décembre 2025 à 14:33

L'officialisation d'un projet évoqué de longue date. Devant plusieurs dizaines de soldats français en poste aux Emirats arabes unis, Emmanuel Macron a confirmé, dimanche 21 décembre, le début de la construction d'un nouveau porte-avions de nouvelle génération (PANG). L'objectif ? Remplacer d'ici à 2038 l'actuel navire Charles de Gaulle, mis en service il y a plus de vingt ans, en 2001. "La décision de lancer en réalisation ce très grand programme a été prise cette semaine", a ajouté le président français face aux militaires. Le projet, envisagé depuis le premier mandat de chef de l'Etat, a en effet été entériné en comité ministériel d'investissement il y a quelques jours.

Projet anticipé par les lois de programmation militaire

En dépit d'un budget 2026 toujours bloqué au Parlement, l'exécutif s'efforce d'afficher sa forte volonté d'investissement en matière de défense. Après l'annonce de la création d'un service militaire volontaire (SMV) dès la rentrée prochaine, le lancement des opérations de fabrication de ce nouveau porte-avions s'inscrit dans cette logique. Un enjeu d'autant plus stratégique que plusieurs puissances (Chine, Inde, Etats-Unis...) prévoient d'augmenter leur flotte de navires de ce type dans les prochaines années, dans un contexte de tension mondiale accrue. "A l’heure des prédateurs, nous devons être forts pour être craints", a ainsi justifié Emmanuel Macron dimanche. Une déclaration qui fait écho à l'engagement de la France d'augmenter ses dépenses militaires et de sécurité à hauteur de 5 % du PIB d'ici à 2035, comme promis lors du dernier sommet de l'Otan à La Haye (Pays-Bas) en juin dernier.

Toutefois, au-delà de la nécessité d'accroître ses capacités de défense, la France fait aussi face à des comptes publics dans le rouge ces dernières années. Avec un autre cap dessiné par le Premier ministre, Sébastien Lecornu : le maintien du déficit de l'Etat sous les 5 % du PIB en 2026. Un tel projet de porte-avions, forcément coûteux, est-il compatible avec cette marge de manœuvre réduite au niveau budgétaire ? Lors de son discours, le président de la République a rappelé que ce chantier avait déjà été prévu les deux lois de programmation militaire (LPM) votées par les députés et sénateurs depuis son accession à l'Elysée.

Un coût de plus de 10 milliards d'euros

Dans le détail, la LPM 2019-2025 a d'abord financé plusieurs études et programmes visant à préparer la succession du Charles de Gaulle, explorant un large panel de pistes possibles pour remplacer l'emblématique navire français. Votée en 2023, la seconde loi de programmation militaire – qui prévoit une enveloppe totale de 413,3 milliards d'euros de budget pour l'armée française sur la période de 2024 à 2030 - planifie cette construction. Coût estimé des travaux : plus de 10 milliards d'euros. Une "autorisation d'engagement" a été adoptée par le Parlement en ce sens dans le budget de l'Etat 2025, voté l'hiver dernier. Depuis, NavalGroup et les Chantiers de l'Atlantique ont été chargés de mener les opérations.

Au total, 800 fournisseurs devraient être mobilisés pour développer ce nouveau porte-avions. Dans ces circonstances budgétaires malgré tout incertaines, Emmanuel Macron s'est dit "garant" des engagements de l'Etat vis-à-vis de ces entreprises. Néanmoins, les dépenses de l'exécutif devraient pour le moment rester limitées. Comme relevé par Le Monde, si plus de 7 milliards d'euros de contrats ont été anticipés dans le cadre du PLF 2025, la plupart des sommes dues par l'Etat ne devraient être réglées qu'après 2027. Ainsi, à peine plus de 320 millions d'euros ne seraient déjà payés par les pouvoirs publics d'ici à cette échéance.

Plusieurs interrogations demeurent toutefois sur plusieurs pans du financement de ce porte-avions. "L'enjeu est de maintenir l'effort financier sur la durée, c'est un projet qui pourra difficilement s'accommoder de changements de portage budgétaire", soulignait mi-novembre, auprès de l'AFP, une source proche du dossier. Aujourd'hui Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait d'ailleurs souligné lors des débats parlementaires sur la LPM 2024-2030 le coût important de la construction d'un porte-avions en France. "On se paie notre autonomie française", avait-il déclaré, alors en tant que ministre des Armées, lors d'une audition au Sénat. "Forcément, si on achetait américain, ça coûterait moins cher. Il faut aussi mettre les pieds dans le plat."

Une "surmarche" budgétaire en attente du PLF

De manière plus spécifique, le financement d'un troisième rail de catapulte sur ce PANG – contre seulement deux aujourd'hui disponibles sur le Charles de Gaulle – pose aussi question. Cité par l'AFP, le député (Renaissance) et rapporteur du budget de la Marine à l'Assemblée nationale, Yannick Chenevard, indique que cette nouveauté serait aujourd'hui financée par une partie des 3,5 milliards d'euros rajoutés par Emmanuel Macron au budget des armées l'an prochain. Or, cette enveloppe, annoncée en juillet dernier par le président et intégrée depuis au projet de loi de finances 2026, n'a toujours pas été approuvée par les parlementaires. Une autre rallonge de 3 milliards d'euros, cette fois planifiée pour 2027, devra attendre l'examen d'un autre texte de loi dans les prochains mois pour être totalement actée.

Cette "surmarche" budgétaire prévue pour 2026 par le gouvernement ne devrait cependant pas susciter une trop importante opposition en cas d'accord sur le reste du budget. Le 10 décembre dernier, Sébastien Lecornu a fait approuver le "principe d’une augmentation du budget" de défense pour l'année prochaine. Une volonté validée largement par les députés lors du vote (411 voix pour, 88 contre, 22 abstentions). Mais ce scrutin, sans aucune valeur contraignante, ne se substitue pas à l'adoption d'un PLF en tant que tel. Une issue désormais espérée par le gouvernement en début d'année prochaine, faute de compromis en commission mixte paritaire entre députés et sénateurs.

© Ludovic MARIN / AFP

Le président français Emmanuel Macron s'adresse aux militaires français de la base de la ville militaire de Zayed (Émirats arabes unis), le 21 décembre 2025.

Donald Trump rêve toujours du Groenland : Jeff Landry nommé envoyé spécial des Etats-Unis

22 décembre 2025 à 12:10

Le Danemark a annoncé lundi 22 décembre la convocation prochaine de l'ambassadeur des Etats-Unis à Copenhague après que le président Donald Trump a annoncé la nomination d'un envoyé spécial pour le Groenland, territoire autonome danois qu'il a menacé d'annexer. "Je suis profondément indigné par cette nomination et par cette déclaration, que je trouve totalement inacceptables", a déclaré le ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen à la chaîne TV2 Danemark. Il a ajouté que son ministère allait convoquer l'ambassadeur américain dans les prochains jours "pour obtenir des explications".

Le Groenland, pour "la sécurité des Etats-Unis"

La nomination d'un envoyé spécial "confirme l'intérêt américain persistant pour le Groenland", avait déclaré auparavant Lars Løkke Rasmussen dans un communiqué envoyé par courriel à l'AFP. "Toutefois, nous insistons pour que chacun, y compris les Etats-Unis, fasse preuve de respect envers l'intégrité territoriale du Royaume du Danemark", avait-il ajouté.

Le président Donald Trump a annoncé dimanche la nomination du gouverneur de Louisiane, le républicain Jeff Landry, au poste d'envoyé spécial des Etats-Unis au Groenland, vaste territoire autonome danois que convoite Washington. "Je suis heureux d'annoncer que je nomme le GRAND gouverneur de Louisiane, Jeff Landry, au poste d'envoyé spécial des Etats-Unis au Groenland", a affirmé Trump sur son réseau Truth Social. "Jeff comprend à quel point le Groenland est essentiel à notre sécurité nationale, et il défendra avec force les intérêts de notre pays pour la sûreté, la sécurité et la survie de nos alliés, et, en fait, du monde entier. Félicitations, Jeff !", a écrit Donald Trump.

Après son élection, le président américain avait expliqué avoir "besoin" du Groenland, notamment pour la sécurité des Etats-Unis, répétant à plusieurs reprises son souhait de s'en emparer. Le Groenland, 57 000 habitants, soutenu par sa puissance de tutelle, a rétorqué ne pas être à vendre et décider seul de son avenir.

85 % des Groenlandais s'y disent opposés

Dans un message publié dimanche sur son compte X, Jeff Landry a remercié Trump. "C'est un honneur de vous servir bénévolement pour faire du Groenland une partie des Etats-Unis", a-t-il écrit avant de préciser que sa nomination "n'affecte en rien" ses fonctions de gouverneur de la Louisiane. Jeff Landry avait salué en début d'année l'intention de Trump d'annexer le Groenland. "Le président Donald Trump a tout à fait raison !", avait-il écrit sur X le 10 janvier. "Nous devons faire en sorte que le Groenland rejoigne les Etats-Unis. Ce serait formidable pour eux, formidable pour nous ! Faisons-le !", avait-il insisté.

En janvier dernier, 85 % des Groenlandais s'étaient dit opposés à une future appartenance aux Etats-Unis, d'après un sondage publié dans le quotidien groenlandais Sermitsiaq. Seuls 6 % y étaient favorables.

Pour Donald Trump, l'attrait du Groenland tient à sa richesse en minéraux et à sa position stratégique à la croisée des océans Atlantique nord et Arctique. Fin mars, le vice-président américain, J.D. Vance, avait provoqué un tollé en prévoyant une visite dans l'immense île arctique sans y avoir été invité. Face à l'ire déclenchée au Groenland, au Danemark et à travers l'Europe, il avait limité son déplacement à la base aérienne américaine de Pituffik, la plus septentrionale des Etats-Unis. Il avait profité de son séjour pour critiquer l'inaction supposée du Danemark au Groenland. Fin août, la télévision danoise avait révélé qu'au moins trois Américains, liés au président Donald Trump, avaient mené des opérations d'influence à travers l'île polaire.

© afp.com/Ida Marie Odgaard, -

Le drapeau du Groenland à Sisimiut, le 2 juillet 2024

Un général de l'état-major russe tué dans une explosion à Moscou

22 décembre 2025 à 09:05

Un général de l'état-major russe a été tué lundi 22 décembre dans l'explosion d'une voiture à Moscou, nouvel assassinat présumé d'un haut gradé qui intervient au lendemain de discussions aux Etats-Unis sur le plan américain ambitionnant de mettre fin à la guerre en Ukraine.

Depuis le début de l'assaut russe contre l'Ukraine en février 2022, plusieurs généraux russes, des responsables locaux et des personnalités publiques soutenant le conflit ont été tués dans des explosions sur le territoire russe ou en Ukraine occupée. Ces assassinats ont parfois été revendiqués par Kiev.

Lundi matin, le lieutenant-général Fanil Sarvarov, chef du département de la formation opérationnelle au sein de l'état-major russe, a été tué par l'explosion d'un engin déposé sous une voiture dans le sud de Moscou, a indiqué le Comité d'enquête russe. Les enquêteurs ont indiqué étudier plusieurs pistes, dont une implication des services spéciaux ukrainiens. Une enquête pour "meurtre" et "trafic d'explosifs" a été ouverte. Des journalistes de l'AFP ont vu des experts travaillant autour de la carcasse d'une voiture blanche éventrée, garée sur un parking. "Les vitres ont tremblé. On a senti que c'était une explosion", a raconté Grigori, machiniste retraité de 70 ans qui habite à proximité. "C'est le coût de la guerre".

Une série d'assassinats en Russie

Âgé de 56 ans, selon les médias russes, Fanil Sarvarov était un militaire de carrière né dans l'Oural et diplômé de plusieurs instituts militaires. Il a participé à la guerre en Tchétchénie dans les années 1990 et 2000, à l'intervention russe en Syrie en 2015-2016, et à la guerre en Ukraine depuis 2022.

L'Ukraine n'a pas commenté dans l'immédiat l'assassinat de ce général. L'armée russe en compte plusieurs centaines. En avril, un autre général, Iaroslav Moskalik, chef adjoint de la direction générale opérationnelle de l'état-major russe, avait été tué d'une manière similaire, dans l'explosion d'une voiture près de Moscou. Et en décembre 2024, le commandant des forces russes de défense radiologique, chimique et biologique, Igor Kirillov, avait perdu la vie dans l'explosion d'une trottinette électrique piégée déposée devant l'entrée d'un immeuble, également dans la capitale. Cet assassinat avait été revendiqué par les services de sécurité ukrainiens (SBU).

Depuis 2022, plusieurs responsables locaux installés par Moscou dans les territoires ukrainiens occupés, ainsi que des soutiens idéologiques du conflit, ont également été tués par des bombes. En août 2022, Daria Douguina, fille de l'idéologue ultranationaliste Alexandre Douguine, avait ainsi péri dans l'explosion d'une voiture. En avril 2023, un blogueur militaire russe, Maxime Fomine, avait perdu la vie dans la détonation d'une statuette piégée qui lui a été offerte sur scène dans un café de Saint-Pétersbourg.

Un assassinat en pleine séquence diplomatique

L'assassinat de lundi intervient en pleine séquence diplomatique visant à mettre fin à près de quatre ans de combats entre Kiev et Moscou. Des réunions distinctes ont eu lieu entre émissaires ukrainien et russe avec les Américains en Floride (sud-est des Etats-Unis), à propos du plan de fin du conflit présenté par Washington il y a près d'un mois. Si ce nouveau cycle de pourparlers n'a pas conduit à une percée significative, les parties se sont montrées positives, les Etats-Unis et l'Ukraine saluant des échanges "productifs et constructifs".

Le président russe Vladimir Poutine avait affirmé vendredi que "la balle est dans le camp" de Kiev et de ses alliés européens après que Moscou a accepté des "compromis" dans ses discussions avec les Américains. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a démenti lundi des informations de l'agence de presse Reuters citant des responsables anonymes du renseignement américain, qui ont prêté à Moscou l'intention de conquérir toute l'Ukraine et de s'en prendre à l'Europe. "C'est le genre de situation où les services de renseignement produisent des raisonnements, des enquêtes et des conclusions erronés. Cela ne correspond absolument pas à la réalité", a déclaré Dmitri Peskov.

La directrice du renseignement national américain, Tulsi Gabbard, avait elle aussi démenti les affirmations de Reuters sur X dimanche. "La vérité est que les 'services de renseignement américains' estiment que la Russie n'a même pas la capacité de conquérir et d'occuper l'Ukraine, sans parler d''envahir et d'occuper' l'Europe", a-t-elle souligné.

Sur le terrain, l'armée russe a de nouveau frappé lundi la région d'Odessa, dans le sud de l'Ukraine, où des infrastructures électriques ont été touchées, selon l'opérateur privé DTEK. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé la Russie de vouloir "semer le chaos" au sein de la population en plein hiver. Cette région portuaire a été bombardée à plusieurs reprises par Moscou ces dernières semaines, en réponse à des attaques ukrainiennes sur des pétroliers liés à la Russie en mer Noire et en Méditerranée.

© afp.com/Natalia KOLESNIKOVA

Une des tours du Kremlin (au 1er plan) à Moscou, le 1er février 2022

Fusillade à Sydney : les assaillants s'étaient entraînés en Australie, rapporte la police

22 décembre 2025 à 06:27
D'après des documents d'enquête dévoilés lundi, la police australienne fait savoir que les deux assaillants de l'attentat antisémite de la plage de Bondi, à Sydney, se sont entraînés en Australie. Ils auraient effectué des "repérages" sur les lieux, quelques jours avant la tuerie. Le Premier ministre australien Anthony Albanese a présenté ses excuses à la communauté juive du pays, disant ressentir "le poids de la responsabilité pour les atrocités survenues".

Reçu — 21 décembre 2025 6.2 📰 Infos Monde

Guerre en Ukraine : comment le Kremlin a réussi à imposer Steve Witkoff, son interlocuteur privilégié

21 décembre 2025 à 17:20

À Moscou, Steve Witkoff n’est pas un diplomate comme les autres. En facilitant la libération d’un prisonnier américain et en court-circuitant les circuits diplomatiques traditionnels, le Kremlin a contribué à imposer l’ami personnel de Donald Trump comme interlocuteur privilégié. Pendant que les diplomates de carrière sont relégués à l’arrière-plan, les discussions se sont déplacées à Miami, où l’émissaire russe Kirill Dmitriev a rejoint ce week-end Steve Witkoff et Jared Kushner pour une nouvelle séquence de pourparlers.

Selon Kirill Dmitriev, les échanges avec les deux proches de Donald Trump avancent "de manière constructive" et doivent se poursuivre, rapportent les agences de presse russes. Une avancée que Donald Trump lui-même résume avec fierté : mardi 16 décembre, le président a reconnu que Steve Witkoff "ne connaissait rien" à la Russie à son arrivée, mais qu’il obtenait des résultats parce que "tout le monde aime Steve". Une ascension qui doit autant à la méfiance du président américain envers les institutions classiques qu’à une stratégie assumée de Vladimir Poutine, décidé à faire de Steve Witkoff son interlocuteur privilégié.

Un prisonnier libéré contre une discussion avec Vladimir Poutine

Si Steve Witkoff s’impose aujourd’hui comme un médiateur de choix, c’est simplement parce que le Kremlin l’a voulu ainsi. Vladimir Poutine a rapidement manifesté le souhait de le rencontrer, allant jusqu’à envisager un geste inattendu : la libération d’un prisonnier américain en contrepartie. Le message était clair : le président russe voulait parler directement au nouvel envoyé spécial de Donald Trump. Steve Witkoff devait venir seul, sans diplomates, sans agents de renseignement, et même sans interprète. Une exigence qui rompait avec des décennies de précautions codifiées dans les fameuses "Moscow Rules", ce manuel rappelant aux visiteurs américains qu’en Russie, "il n’y a pas de coïncidences". La CIA avait alors proposé un briefing à Steve Witkoff. Une sollicitation que celui-ci avait déclinée, se rendant à Moscou sans filet.

En amont, les services russes avaient analysé les profils de l’entourage du président américain afin de faire leur choix. Le général Keith Kellogg que Donald Trump avait nommé envoyé pour la Russie et l’Ukraine, était jugé peu fiable : sa fille dirige une organisation caritative en Ukraine, un détail perçu comme un signal d’hostilité potentielle aux exigences russes, selon le Wall Street Journal. Dix mois plus tard, Steve Witkoff le remplaçait.

Ce dernier a effectué, rien que ce mois-ci, son sixième voyage en Russie, passant plus de cinq heures en tête-à-tête avec Vladimir Poutine, jusque tard dans la nuit. Une proximité inédite : depuis l’alliance américano-soviétique de la Seconde Guerre mondiale, aucun représentant de la Maison-Blanche n’avait bénéficié d’un accès personnel aussi fréquent à un dirigeant russe. Pour le Wall Street Journal, il est même difficile de trouver dans l’histoire récente un précédent où des hommes d’affaires ont pesé aussi directement sur des décisions de guerre et de paix, dans une relation autrefois réglée au millimètre par des diplomates et des services de renseignement aguerris.

40 ans d’amitié avec Donald Trump

Steve Witkoff n’était pas destiné aux arcanes de la diplomatie. Promoteur immobilier milliardaire, l’envoyé spécial a rencontré Donald Trump en 1986 dans une épicerie new-yorkaise. Depuis, les deux hommes ont chacun bâti des empires immobiliers, transmis leurs affaires à leurs enfants et fini par s’installer sous le soleil de Floride.

Leur lien s’est resserré après la mort par overdose du fils aîné de Steve Witkoff en 2011. Donald Trump est alors resté présent pour son ami, un soutien que l’actuel président évoquera publiquement lors d’une conférence sur la crise des opioïdes pendant son premier mandat. Après la défaite de Donald Trump lors de l'élection présidentielle de 2020, Steve Witkoff lui a rendu la pareille en témoignant en sa faveur dans un procès pour fraude à Manhattan.

À peine réélu, Donald Trump l’a propulsé envoyé spécial pour le Moyen-Orient. Steve Witkoff, 68 ans, assume son profil atypique. Dans le Wall Street Journal, il se décrit comme un négociateur plus que comme un diplomate, convaincu que comprendre les contraintes politiques de l’adversaire est la clé d’un accord, même s’il admet son inexpérience dans les codes traditionnels de la diplomatie.

© afp.com/Gavriil Grigorov

Le président russe Vladimir Poutine reçoit l'émissaire spécial américain Steve Witkoff, le 6 août 2025 à Moscou.

Le Venezuela dénonce le "vol et l'enlèvement" d'un nouveau pétrolier par les Etats-Unis, Téhéran propose son aide à Caracas

21 décembre 2025 à 15:15

Caracas a condamné samedi le "vol et l’enlèvement" par les Etats-Unis d’un nouveau navire chargé de pétrole vénézuélien, après l'annonce de la saisie d'un deuxième pétrolier en dix jours par Washington. "Le Venezuela dénonce et rejette catégoriquement le vol et l'enlèvement d’un nouveau navire privé transportant du pétrole vénézuélien, ainsi que la disparition forcée de son équipage, actes commis par des militaires des Etats-Unis", indique le gouvernement.

Cette saisie survient dix jours après la saisie d'un premier pétrolier le 10 décembre et alors que le président américain Donald Trump a annoncé la mise en place d'un "blocus total" contre des pétroliers sous sanctions se rendant ou partant du Venezuela, évoque la possibilité d'une guerre avec le Venezuela.

"Pleine démonstration de solidarité" venue d'Iran

Caracas assure que "ces actes ne resteront pas impunis", et promet d'"exercer toutes les actions correspondantes, y compris la dénonciation devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, d’autres organismes multilatéraux et les gouvernements du monde". "Les responsables de ces faits graves devront répondre devant la justice et devant l’histoire de leur conduite criminelle", conclut le texte.

Un peu plus tôt, le ministre des Affaires étrangères vénézuélien Yvan Gil avait assuré avoir eu une conversation téléphonique avec son homologue iranien, Abbas Araghchi sur le sujet. Les deux hommes ont "analysé les récents événements dans les Caraïbes, en particulier les menaces, les actes de piraterie des Etats-Unis et le vol de navires chargés de pétrole vénézuélien", selon le communiqué d’Yvan Gil sur Telegram.

"Le Venezuela a reçu une pleine démonstration de solidarité de la part du gouvernement de la République islamique d’Iran, ainsi que son offre de coopération dans tous les domaines pour faire face à la piraterie et au terrorisme international que les États-Unis cherchent à imposer par la force militaire", poursuit le communiqué. L’Iran est l’un des principaux alliés internationaux du président Nicolas Maduro, qui assure que le déploiement américain dans les Caraïbes vise à le renverser et à s'emparer des réserves de pétrole du pays.

© AFP

Cette capture d'écran tirée d'une vidéo publiée sur le compte X de la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, montre le pétrolier Centuries, qui avait fait escale pour la dernière fois au Venezuela, alors qu'il est appréhendé par les garde-côtes américains le 20 décembre 2025.

Israël approuve la création de 19 nouvelles colonies en Cisjordanie

21 décembre 2025 à 14:28

Les autorités israéliennes ont annoncé dimanche avoir approuvé l'installation de 19 colonies en Cisjordanie, une mesure visant selon elles à "bloquer l'établissement d'un Etat palestinien terroriste", dans un contexte d'intensification de la colonisation depuis le 7-octobre. Cette annonce porte à 69 le nombre total de colonies ayant obtenu un feu vert ces trois dernières années, d'après un communiqué publié par les services du ministre des Finances d'extrême droite Bezalel Smotrich, lui-même colon et partisan d'une annexion de ce territoire occupé par Israël depuis 1967. Elle intervient quelques jours après un rapport du secrétaire général des Nations unies faisant état d'une croissance record des colonies israéliennes depuis le début du suivi en 2017.

"La proposition du ministre des Finances Bezalel Smotrich et du ministre de la Défense Israël Katz de déclarer et formaliser 19 nouvelles colonies en Judée et Samarie (la Cisjordanie, NDLR) a été approuvée par le cabinet" de sécurité du gouvernement, ont annoncé les services de Bezalel Smotrich. Selon lui, cette initiative doit permettre d'empêcher l'émergence d'un Etat palestinien. "Sur le terrain, nous bloquons l'établissement d'un Etat palestinien terroriste. Nous continuerons à développer, construire et à nous implanter sur la terre de notre patrimoine ancestral", est-il écrit dans le communiqué.

Hormis Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, plus de 500 000 Israéliens vivent aujourd'hui en Cisjordanie dans des colonies que l'ONU juge illégales au regard du droit international, au milieu de quelque trois millions de Palestiniens.

Sur les colonies dévoilées dimanche, cinq sont des avant-postes qui existent déjà depuis plusieurs années, c'est-à-dire des colonies déjà implantées en territoire palestinien, sans avoir obtenu les autorisations nécessaires des autorités israéliennes. Ces 19 colonies se trouvent dans des zones "hautement stratégiques", ont précisé les services du ministre. Deux d'entre elles, Ganim et Kadim, dans le nord de la Cisjordanie, seront réinstallées après avoir été démantelées il y a deux décennies.

"Expansion implacable"

La colonisation s'est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite depuis 1967, et s'est nettement intensifiée sous l'exécutif actuel, en particulier depuis le début de la guerre à Gaza déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas en Israël.

Dans le rapport de l'ONU consulté mi-décembre par l'AFP, son secrétaire général Antonio Guterres avait "condamné l'expansion implacable de la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, qui continue à alimenter les tensions, empêcher l'accès des Palestiniens à leur terre et menace la viabilité d'un Etat palestinien totalement indépendant, démocratique, continu et souverain". "Ces développements enracinent encore l'occupation israélienne illégale et violent le droit international et le droit des Palestiniens à l'autodétermination", a-t-il ajouté.

L'avancée de la colonisation s'accompagne en outre d'une augmentation "alarmante" des violences des colons, dénonce-t-il dans le document, évoquant des attaques parfois "en présence ou avec le soutien des forces de sécurité israéliennes".

Depuis le 7-octobre, plus d'un millier de Palestiniens, parmi lesquels des combattants, mais aussi beaucoup de civils, ont été tués en Cisjordanie par des soldats ou des colons israéliens, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données de l'Autorité palestinienne. Dans le même temps, selon des données officielles israéliennes, au moins 44 Israéliens, parmi lesquels des civils et des soldats, y ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors de raids militaires israéliens.

Les nouveaux projets de colonies dévoilés par Israël provoquent régulièrement un tollé international, Paris y voyant une "menace existentielle" pour un Etat palestinien. Fin septembre, le président américain Donald Trump, pourtant un soutien indéfectible d'Israël, avait averti qu'il "ne lui permettrait pas d'annexer la Cisjordanie".

© afp.com/JOHN WESSELS

Tronçon du mur de séparation entre la Cisjordanie et Israël à Aida, près de Bethléem, le 17 décembre

Australie : journée de recueillement à Sydney une semaine après l'attentat

21 décembre 2025 à 11:52
De nombreux Australiens ont observé une minute de silence et ont allumé des bougies dimanche, une semaine après la tuerie antisémite commise par deux hommes contre les participants à une fête juive sur une plage emblématique de Sydney. Les deux assaillants, Sajid Akram, 50 ans, un Indien entré sur visa en Australie en 1998 et son fils Naveed Akram, né dans le pays il y a 24 ans, ont ouvert le feu dimanche dernier contre un rassemblement pour la fête juive de Hanouka sur la plage de Bondi.

"Project Sunrise" : le plan américain à 112 milliards de dollars pour reconstruire Gaza

21 décembre 2025 à 12:23

32 diapositives, estampillées "sensibles mais non classifiées". À l’intérieur, des graphiques, des projections économiques et surtout des visuels de tours modernes dressées face à la Méditerranée. Selon les révélations du Wall Street Journal, ce document constitue le socle de "Project Sunrise", une initiative portée par l’administration Trump pour imaginer la reconstruction de Gaza. Le plan a été conçu par une équipe pilotée par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, et Steve Witkoff, envoyé spécial pour le Moyen-Orient, tous deux conseillers de premier plan à la Maison-Blanche. Leur ambition : convaincre gouvernements étrangers et investisseurs de miser sur une enclave dévastée, promise à devenir une vitrine de modernité mêlant stations balnéaires haut de gamme, lignes ferroviaires à grande vitesse et infrastructures gérées par l’intelligence artificielle.

Création de 100 000 logements

Le plan repose sur une feuille de route s’étalant sur plus de 20 ans. D’après ce dernier, les premières étapes seraient de déblayer les immeubles détruits, neutraliser les munitions non explosées et démanteler les tunnels du Hamas. Pendant cette phase initiale, la population serait hébergée dans des structures temporaires, avec un dispositif médical d’urgence composé d’hôpitaux de campagne et de cliniques mobiles. Ce n’est qu’une fois ces tâches accomplies que commencerait la construction d’infrastructures durables : logements, écoles, hôpitaux, lieux de culte, réseaux routiers et électriques, sans oublier la remise en culture des terres.

Les travaux commenceraient au sud de Gaza avant de s’étendre progressivement vers le nord. Rafah et Khan Younès ouvriraient le bal, avant que les travaux ne remontent vers les zones centrales puis la ville de Gaza. L’une des diapositives les plus emblématiques du plan, baptisée "New Rafah", imagine une nouvelle capitale administrative. Cette ville, présentée comme le futur centre de gouvernance, accueillerait plus d’un demi-million d’habitants, répartis dans plus de 100 000 logements, avec un dense maillage d’écoles, d’établissements de santé, de mosquées et de centres culturels.

Sur le plan financier, l’addition est à la hauteur de l’ambition. Le coût total est évalué à 112,1 milliards de dollars sur dix ans, une somme incluant les dépenses publiques et une large part dédiée, au départ, à l’aide humanitaire. Près de 60 milliards de dollars proviendraient de subventions et d’endettement, les États-Unis se proposant d’assumer un rôle central en garantissant environ 20 % de l’effort. La Banque mondiale est également citée comme partenaire potentiel. À terme, les promoteurs du projet misent sur une autonomisation économique de Gaza, rendue possible par la valorisation de 70 % de son littoral à partir de la dixième année, avec l’espoir de générer plus de 55 milliards de dollars de retombées sur le long terme.

Selon des responsables américains cités par le Wall Street Journal, Jared Kushner, Steve Witkoff, Josh Gruenbaum et leurs équipes ont conçu ce plan en un mois et demi, en s’appuyant sur des échanges avec des responsables israéliens, des acteurs du secteur privé et des entreprises de construction. Les projections financières devraient être révisées régulièrement si le projet venait à voir le jour.

Un processus de paix bloqué à la première phase

Derrière cette projection optimiste, de nombreuses inconnues demeurent. Le document ne précise ni l’identité des États ou des entreprises appelés à financer la reconstruction, ni la manière dont seraient relogés les quelque deux millions de Palestiniens déplacés pendant les travaux. Autre point crucial : le calendrier affiché se heurte à la situation actuelle dans la bande de Gaza.

Les auteurs du plan reconnaissent eux-mêmes que tout repose sur une condition préalable, inscrite noir sur blanc dès les premières pages : la démilitarisation complète du Hamas. Or, le contexte actuel rend cette hypothèse hautement incertaine. Après deux années de guerre, Gaza reste un territoire profondément meurtri, où des milliers de corps seraient encore enfouis sous des dizaines de millions de tonnes de gravats, selon des estimations officielles. Les sols sont contaminés, les explosifs non neutralisés, et les combattants du Hamas toujours présents.

Sur le plan politique, le processus de cessez-le-feu n’a pas dépassé sa première phase. Le Hamas n’a pas encore remis le dernier otage, le corps de Ran Gvili, condition indispensable au retrait progressif de l’armée israélienne. Ce n’est qu’après un désarmement effectif du mouvement islamiste et la fin de toute présence militaire israélienne que la reconstruction pourrait réellement commencer.

Malgré ces obstacles, Washington s’active sur le front diplomatique. Les États-Unis ont déjà présenté les grandes lignes du projet à plusieurs bailleurs potentiels, notamment des monarchies du Golfe, ainsi qu’à la Turquie et à l’Égypte. Des réunions ont également eu lieu à Miami avec des représentants égyptiens, turcs et qataris pour discuter de l’avenir de Gaza, selon des responsables américains.

© afp.com/Doug MILLS

Donald Trump lors d'une allocution télévisée, le 17 décembre 2025 à la Maison-Blanche, à Washington.

Ukraine : Vladimir Poutine se dit "prêt au dialogue avec Macron"

21 décembre 2025 à 12:18

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré dans la nuit de samedi à dimanche que Vladimir Poutine était "prêt au dialogue" avec son homologue français, qui avait lui-même fait un pas en ce sens vendredi à l'issue d'un sommet européen à Bruxelles.

La présidence française a jugé "bienvenu" dimanche le fait que le président russe Vladimir Poutine se dise "prêt" à dialoguer avec son homologue Emmanuel Macron, ajoutant qu'elle aviserait "dans les prochains jours" selon quelles modalités cela pourrait se faire. "Il est bienvenu que le Kremlin donne un accord public à cette démarche. Nous aviserons dans les prochains jours sur la meilleure manière de procéder", a indiqué l'Elysée.

La présidence française a toutefois aussi souligné que toute discussion avec Moscou se ferait "en toute transparence" avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky et les Européens et que son objectif restait d'obtenir une "paix solide et durable" pour les Ukrainiens.

Sans dialogue direct, les négociations ne sont pas "optimales"

"L'invasion de l’Ukraine et l'obstination du président Poutine ont mis fin à toute possibilité de dialogue" ces trois dernières années, a relevé l'Elysée. "Dès lors que la perspective d’un cessez-le-feu et d’une négociation de paix se précise, il redevient utile de parler à Poutine", a-t-elle toutefois ajouté. 

Emmanuel Macron a jugé vendredi qu'il allait "redevenir utile" pour les Européens de parler à Vladimir Poutine, plutôt que de laisser seuls les Etats-Unis à la manœuvre dans les négociations pour mettre fin au conflit en Ukraine. "Je pense que nous, Européens et Ukrainiens, on a intérêt à trouver le cadre pour réengager cette discussion en bonne et due forme. Sinon, on discute entre nous avec des négociateurs qui vont seuls discuter avec les Russes, ce qui n'est pas optimal", a-t-il insisté.

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine avaient eu un échange téléphonique le 1er juillet dernier, le premier en trois ans. Mais ils n'avaient alors pu que constater leurs divergences. Des pourparlers menés par Steve Witkoff, l'envoyé spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, le gendre du président américain, ont lieu ce week-end en Floride avec les envoyés ukrainiens et européens d'une part, et l'émissaire russe Kirill Dmitriev, arrivé samedi, d'autre part. Le Kremlin a toutefois affirmé dimanche qu'une rencontre commune des émissaires américains, ukrainiens et russes n'était "pas en préparation".

© afp.com/Alexander NEMENOV

Le président russe Vladimir Poutine, lors d'une conférence de presse, le 19 décembre 2025 à Moscou

L'Australie observe une minute de silence une semaine après l’attentat antisémite de Bondi Beach

21 décembre 2025 à 09:45
Une minute de silence, des bougies allumées et des hommages à travers tout le pays. L’Australie s’est recueillie dimanche, une semaine après la fusillade antisémite sur la plage de Bondi à Sydney. Alors que l’enquête se poursuit et qu’un audit de la police et du renseignement a été ordonnée, l’attaque relance le débat sur la lutte contre l’extrémisme.

Conflit Cambodge-Thaïlande : plus de 500 000 déplacés, selon Phnom Penh

21 décembre 2025 à 09:30
La reprise des combats frontaliers entre le Cambodge et la Thaïlande a provoqué le déplacement de plus d’un demi-million de personnes au Cambodge en deux semaines, selon les autorités. Les affrontements ont fait au moins 41 morts, tandis que les efforts diplomatiques se multiplient pour tenter de rétablir un cessez-le-feu.

Thomas Melonio, chef économiste de l’AFD : "En 2026, l’Afrique ne pèsera plus que 30 % de nos activités"

21 décembre 2025 à 07:45

En bon latin, on appelle cela une "annus horribilis" : 2025 aura été particulièrement éprouvante pour les acteurs de l’aide publique au développement. Dans le sillage du retour fracassant de Donald Trump au pouvoir, l’agence dédiée au financement du développement Usaid a été rayée de la carte. En Europe, la crise est aussi là : le budget de la France en la matière a subi une coupe de 37 % en 2025 et devrait à nouveau baisser en 2026. Idem en Belgique ou aux Pays-Bas. Au niveau de l’Union européenne, les crédits accordés aux pays les moins avancés pour la période 2025-2027 ont chuté de 35 %. Les politiques publiques de développement sont-elles vouées à disparaître ? Non, trois fois non, répond Thomas Melonio, chef économiste de l’Agence française de développement (AFD). La preuve ? Après le passage éphémère d’Elon Musk, "la phase de la tronçonneuse", l’administration américaine revient à des partenariats classiques avec certains pays du Sud, comme le Kenya.

Invité de la 3ᵉ édition du Grand Colloque International sur la sécurité des frontières Sud de l’Europe à Sciences po Aix, en partenariat avec L’Express, le 6 décembre dernier, Thomas Melonio y rappelait le rôle clé de la solidarité internationale dans la sécurité collective européenne. Un rôle sous-estimé, y compris pour sécuriser des approvisionnements stratégiques pour l’Europe, comme les engrais ou le manganèse. Entretien.

L’Express : Le Sénat a voté le 9 décembre la réduction de 700 millions d’euros de l’aide publique au développement dans le prochain budget. Si ce vote est confirmé, il porterait un nouveau coup aux politiques de développement, qui subissent des coupes continues depuis 2023. Comment expliquez-vous ce recul ?

Thomas Melonio : D’une part, l’extrême droite pèse davantage dans la vie politique française et le débat public [NDLR : le Rassemblement national est le premier groupe à l’Assemblée nationale, avec 120 députés]. Or, elle défend de longue date une forte réduction des budgets alloués à la solidarité internationale. D’autre part, depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, il semble nécessaire d’acter une hausse du budget de la défense, mais rappelons que l’aide publique au développement joue aussi un rôle à part entière dans la protection de la sécurité française et européenne.

Dans quelle mesure ?

Quand on œuvre à limiter l’ampleur et les impacts du changement climatique, c’est une manière de protéger les Européens, notamment les agriculteurs, mais pas seulement. Dans le domaine médical, des projets qui renforcent les systèmes de santé dans des pays comme la Guinée ou la République démocratique du Congo pour mieux endiguer des virus tels qu’Ebola ou plus récemment le mpox, cela peut paraître lointain pour un Français, mais en réalité cela le concerne aussi puisqu’il s’agit là de contenir une épidémie avant qu’elle ne se propage, potentiellement partout sur la planète. La forte réduction de la mortalité liée au sida (divisée par quatre en vingt ans) est un succès important de l’action de développement.

Dans un autre registre, l’AFD a signé fin 2024 un partenariat important avec le principal producteur marocain d’engrais, le groupe OCP. Cela concerne directement l’Europe, qui redécouvre depuis quatre ans ses vulnérabilités en la matière. On importe énormément d’engrais de Russie et de Biélorussie [NDLR : les volumes importés par la France ont bondi de 86 % entre 2021 et 2023], qui sont produits à partir de gaz. C’est à la fois dommageable pour l’environnement et dangereux sur le plan stratégique. Garantir l’approvisionnement en engrais avec un partenaire fiable est capital pour nos filières agroalimentaires.

Enfin, le mois dernier, l’AFD a accordé un prêt de 173 millions d’euros avec le Gabon pour la modernisation du Transgabonais, une ligne ferroviaire qui relie le port minéralier d’Owendo, près de Libreville, à la mine de manganèse de Moanda, exploitée par le groupe français Eramet. Il s’agit là de sécuriser l’approvisionnement de ce minerai stratégique indispensable à la fabrication des batteries électriques pour les filières européennes. Cela intéresse en particulier la France, où la méga-usine de batteries de l’entreprise Verkor vient d’être inaugurée près de Dunkerque. On parle là d’un projet bénéfique pour nous et pour les Gabonais, à la fois en matière d’emploi et pour les usagers, car sur le Transgabonais circulent aussi des trains de voyageurs, environ 300 000 par an.

C’est aussi une manière d’exercer une influence dans cette région du monde, où la France est de plus en plus rejetée ?

Le mot influence est polysémique et peut donc prêter à confusion. Est-on au Gabon pour "influencer" la politique gabonaise ? Non. En revanche, il y a dans cette affaire un intérêt stratégique et économique pour la France, comme pour le Gabon. Nous avons donc un intérêt commun et l’AFD apporte une valeur ajoutée en s’assurant que le projet répond aussi à des préoccupations environnementales et sociales.

La baisse des fonds alloués à l’aide au développement change-t-elle les priorités de l’AFD ?

La part de l’Afrique dans nos activités baisse mécaniquement. En 2024, près de 50 % de nos financements allaient vers l’Afrique. Viennent ensuite l’Asie et le Proche-Orient, suivis de l’Amérique Latine et des Outre-mer français. En 2026, l’Afrique ne pèsera plus que 30 %. Pour une raison simple : sur ce continent, nous avons davantage de projets sous forme de dons, moins sous forme de prêts. Une réduction importante des ressources en dons (entre un tiers et la moitié seront coupés, selon le résultat du débat budgétaire, toujours en cours) touchera donc d’abord notre capacité à agir en Afrique.

L’AFD est moins présente en Afrique francophone qu’il y a une dizaine d’années. Pourquoi ?

D’abord, car les projets de l’AFD ont été interrompus avec les gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger, en raison des tensions diplomatiques avec la France. Or, c’était une zone d’activité importante de l’agence, a fortiori depuis les opérations militaires françaises Serval et Barkhane au Sahel.

Nos activités demeurent toutefois très dynamiques au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Bénin, au Cameroun, au Gabon ou en République démocratique du Congo. Mais nous travaillons aussi beaucoup au Kenya et en Afrique du Sud, où le partenariat avec la France est très recherché.

Dès son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a démantelé l’Usaid (son agence pour le développement, l’équivalent de l’AFD) et suspendu ses contributions à plusieurs agences onusiennes. Un an plus tard, quelles conséquences constatez-vous ?

L’Usaid était très présent dans les secteurs de la santé, de l’alimentation et globalement dans les pays en crise (Ukraine, Soudan, Haïti…). En Ukraine, l’aide américaine couvrait des domaines aussi variés que la réparation des infrastructures énergétiques, le soutien aux victimes de la guerre, la lutte contre la désinformation. La pression augmente donc sur l’Europe pour accroître notre soutien, comme l’illustre le débat sur le gel des actifs russes et l’octroi d’un prêt finalement approuvé par l’UE ce 19 décembre…

Dans d’autres pays, les conditions d’accès aux services médicaux et de nutrition se dégradent. Les programmes de santé sexuelle et reproductive, par exemple l’accès à l’avortement, sont particulièrement touchés, pour des raisons idéologiques. Des ONG françaises, comme Handicap international ou Action contre la faim, ont dû supprimer des programmes importants en Afrique ou au Proche Orient.

Mais après la période Elon Musk – la phase de la "tronçonneuse" -, l’administration américaine semble ouvrir une autre voie en matière de développement, sous l’impulsion du secrétaire d’Etat Marco Rubio. Début décembre, les Etats-Unis ont signé un accord avec le Kenya prévoyant le versement d’1,3 milliard d’euros au système de santé kényan, sur cinq ans, pour lutter contre le sida, le paludisme, la tuberculose et la polio. Dans la foulée, ils annonçaient un accord avec le Rwanda. Par ailleurs, l’agence américaine de financement du développement, l’USDFC (United States Development Finance Corporation), créée sous le premier mandat de Trump, vient d’être reconduite par le Congrès et sa capacité de prêts considérablement renforcée, passant de 60 milliards de dollars à 205 milliards de dollars.

Ces dynamiques s’inscrivent dans une volonté de consolider des alliances et de défendre des intérêts stratégiques… Bref, un retour à une logique plus classique. Les admirateurs de Trump, y compris en France, devraient tirer les leçons de cette réalité.

© Hans Lucas via AFP

France, Paris, 06/08/2023. Façade du bâtiment de l'AFD avec une enseigne indiquant « Agence Française de Développement ». Photographie d'Antoine Boureau / Hans Lucas.
France, Paris, 06/08/2023. Façade du bâtiment de l'AFD avec une enseigne indiquant « Agence Française de Développement ». Photographie par Antoine Boureau / Hans Lucas. (Photo par Antoine Boureau / Hans Lucas via AFP)
Reçu — 20 décembre 2025 6.2 📰 Infos Monde

Affaire Epstein : éléments censurés, personnes impliquées, réactions... Ce qu'il faut savoir des nouveaux documents dévoilés

20 décembre 2025 à 17:44

Sous la contrainte, le ministère américain de la Justice a commencé vendredi 19 décembre à rendre public des milliers de documents issus de l’enquête sur le criminel sexuel Jeffrey Epstein, connu pour ses liens avec des personnalités puissantes, en particulier Donald Trump, et dont la publication était très attendue aux Etats-Unis.

Sur les 2,8 gigabits de fichiers mis en ligne à ce stade, on retrouve des documents judiciaires, des enregistrements d’interrogatoires ou encore des itinéraires de vol. Plusieurs célébrités, dont l’ancien président américain Bill Clinton et le chanteur Michael Jackson, apparaissent sur des images. L’Express fait le point sur ce que l’on sait jusqu’à présent.

Des éléments restent cachés

Quelque 3 965 fichiers ont été mis en ligne sur le site du ministère de la Justice américain, répartis en quatre bases de données. La plupart des fichiers publiés sont des PDF contenant des photographies. Figurent également des documents judiciaires liés au procès de l’ancienne compagne de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell - condamnée dans cette affaire - et des vidéos de la cellule de Jeffrey Epstein le jour de son suicide en 2019, survenu avant son procès pour trafic de mineurs. Une grande partie du contenu des fichiers est cependant caviardée, c’est-à-dire masqué voire supprimé, comme un document intitulé "Masseuses" et contenant une liste de 254 noms, tous cachés. Par ailleurs, certains visages apparaissant sur des photos et semblant appartenir à des jeunes femmes ont été dissimulés. Un fichier contenant des dizaines d’images biffées montre des personnes nues ou légèrement vêtues, tandis que sur d’autres photos se tiennent Jeffrey Epstein et ses compagnons, visages masqués, avec des armes à feu.

Le ministère de la Justice a déclaré avoir besoin de plus de temps pour examiner les documents et supprimer les informations susceptibles d’identifier les victimes, avant de pouvoir divulguer d’autres dossiers. Le ministère a également retenu plus de 500 images qualifiées de matériel pédopornographique. D’autres documents seront publiés au cours des deux prochaines semaines, a assuré le numéro deux du ministère de la Justice, Todd Blanche.

Quelles personnalités impliquées ?

Parmi les photos et documents dévoilés vendredi, Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell ne sont pas les seuls à apparaître. Sur l’une d’elles, Epstein pose par exemple avec le chanteur Michael Jackson, tandis que son ex-compagne est photographiée aux côtés de l'homme d'affaires Dean Kamen ou du magicien David Copperfield. Dans un autre document qui contient un annuaire dont seuls les noms sont visibles, apparaissent le nom des acteurs Alec Baldwin et Dustin Hoffman, du milliardaire Rupert Murdoch, ainsi que de plusieurs membres de la famille Kennedy. Le nom de Donald Trump est également répertorié, encerclé à la main, lui qui fréquentait Jeffrey Epstein dans les années 1990 et 2000 alors qu’ils étaient voisins à Palm Beach, en Floride. De son côté, Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises avoir rompu tout contact avec le criminel bien avant sa première arrestation en 2006.

L’ancien président démocrate Bill Clinton, déjà présent sur des images du dossier publiées précédemment, apparaît également sur plusieurs photos. On le voit notamment dans un jacuzzi, aux côtés d’une personne dont le visage est caché par un rectangle noir ou encore, souriant, allongé dans une baignoire, les bras derrière la tête. Angel Ureñasur, porte-parole de l’ancien président a déclaré sur X que Bill Clinton avait rompu tout contact avec Jeffrey Epstein bien avant que ses crimes ne soient révélés. "Ils peuvent diffuser autant de photos vieilles de plus de vingt ans qu’ils le souhaitent, mais il ne s’agit pas de Bill Clinton", a-t-il ajouté. "Bill Clinton se détend, sans aucun souci. Il ne se doutait de rien…", a quant à lui écrit sur X Steven Cheung, le directeur de sa communication. D’autres images montrent par ailleurs Jeffrey Epstein en compagnie de l’acteur Kevin Spacey, du rockeur Mick Jagger, de la chanteuse Diana Ross ou encore de l’ex-prince britannique Andrew ainsi que son ex-femme Sarah Ferguson.

"Sentiment de déception"

"Un sentiment de déception régnait des deux côtés de l’échiquier politique", observe le magazine The Times. "Cette publication soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses", poursuit le titre. Marina Lacerda, l’une des femmes qui affirment avoir survécu à des agressions sexuelles de la part de Jeffrey Epstein, a exprimé sa frustration face aux omissions et à la publication incomplète des documents. "Publiez simplement les fichiers", a-t-elle dit. "Et arrêtez de caviarder les noms qui n’ont pas besoin de l’être".

Du côté de l'opposition, le chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer n’a pas tardé à critiquer la démarche, rappelant que la loi impose au gouvernement de publier "TOUS les documents" dès vendredi et l’a accusé de "tout faire pour cacher la vérité". Le co-auteur de la loi sur la transparence des dossiers Epstein, le démocrate Ro Khanna, a publié une vidéo sur X faisant valoir que la publication du ministère de la Justice "n’est pas conforme" à la loi, ajoutant qu’il examinerait des options telles que la destitution, l’outrage ou le renvoi à des poursuites.

The law Congress passed calls for the complete release of the Epstein files so that there can be full transparency. This set of heavily redacted documents released by the Department of Justice today is just a fraction of the whole body of evidence.⁰⁰Simply releasing a mountain…

— Chuck Schumer (@SenSchumer) December 20, 2025

Et The Times de rappeler que les démocrates ne sont pas les seuls à réclamer des comptes. "Au sein de la base électorale de Trump, les militants MAGA [Make America Great Again, Rendre sa grandeur à l’Amérique]" souhaitent eux aussi "la transparence" et ont averti "qu’ils ne se contenteraient pas d’une seule version expurgée". L’élu républicain Thomas Massie, ancien allié de Donald Trump, a aussi critiqué la diffusion des documents par le ministère de la Justice, affirmant sur X que la ministre Pam Bondi et son numéro deux Todd Blanche avaient "grossièrement" omis de se "conformer à la loi" ordonnant la publication du dossier Epstein.

© afp.com/Mandel NGAN

Des photos montrant l'ancien président américain Bill Clinton, le chanteur des Rolling Stones Mick Jagger ou encore le président du groupe Virgin Richard Branson publiées parmi les documents de l'enquête sur l'affaire Jeffrey Epstein le 19 décembre 2025

En attaquant les pétroliers de la flotte fantôme, l'Ukraine veut atteindre l'économie de guerre russe

20 décembre 2025 à 16:14

Petit à petit, la guerre menée par la Russie s’étend au-delà du territoire terrestre ukrainien. Au cours des dernières semaines, l’Ukraine a affirmé avoir frappé au moins quatre navires pétroliers de la flotte fantôme russe naviguant en mer. De quoi confirmer la montée en puissance de l’Ukraine en dehors au-delà de la ligne de front.

La dernière attaque revendiqué par les services de sécurité ukrainiens (SBU) date de ce jeudi 18 décembre. En pleine mer Méditerranée au large de la Crète - territoire neutre donc - à plus de 2 000 kilomètres de l’Ukraine, un tanker russe a été touché par des drones aériens. Le SBU a diffusé un montage vidéo de 35 secondes exposant le déroulé de l’attaque. Les images en noir et blanc montrent ainsi un ou plusieurs drones larguant des bombes sur le pont d'un navire russe nommé "Qendil".

Un coup dans la machine de financement russe

Selon le service de sécurité ukrainien, le bâtiment était "vide et ne présentait pas de risques environnementaux", constituant "une cible légitime selon le droit international" pour que "l’ennemi [russe] comprenne que l’Ukraine ne s’arrêtera pas et le combattra partout dans le monde, où qu’il se trouve". Dans les semaines précédentes, trois autres navires de la flotte fantômes russe ont également été touchés par des drones de mer en mer Noire. Ces attaques sont les premières contre les pétroliers russes, souligne le quotidien américain The New York Times.

Alors que l’Occident tente de réduire les profits pétroliers qui alimentent l'économie de guerre russe via des sanctions internationales, la Russie a développé une flotte dite "fantôme" pour contourner ces sanctions. Il s’agit d’un réseau clandestin de centaines de pétroliers et gaziers délabrés, qui circulent fréquemment dans les eaux européennes, et qui transportent secrètement du carburant vers des pays comme l’Inde et la Chine. En perturbant ce trafic par ses frappes sur des navires appartenant à cette flotte, l'Ukraine cherche à atteindre directement le financement militaire russe et gagner un avantage en amont des pourparlers de paix en cours, initiés par le président américain Donald Trump.

Nouveau front

Cette attaque confirme la montée en puissance des capacités de combat naval des forces armées ukrainiennes, et en particulier du SBU, relève le quotidien Le Monde. Trois jours plus tôt, le 15 décembre, les mêmes services de sécurité ukrainiens, avaient créé la surprise en frappant un sous-marin russe dans le port de Novorossiïsk.

Ces attaques marquent l'ouverture d’un nouveau front dans le conflit. Pendant les premières années du conflit, l’administration Biden avait mis en garde l’Ukraine contre le fait de frapper l’industrie pétrolière russe par crainte d'une escalade du conflit à l'échelle internationale. Kiev envoie ainsi plusieurs signaux : à la Russie d'abord, lui faisant montre de la montée en puissance des capacités de combat des forces armées ukrainiennes, en particulier du SBU. Aux dirigeants européens ensuite, pour les appeler à renforcer l'application des sanctions, sous peine de voir s'aggraver les problèmes sur les voies maritimes, comme l'affirme le New York Times.

L’Ukraine "poursuivra une politique décisive", a déclaré auprès du journal américain Andrii Klymenko, qui dirige un groupe de surveillance de la flotte fantôme pour l’Institut d’études stratégiques de la mer Noire, un groupe de réflexion ukrainien. Il a ajouté : "C’est-à-dire que nous frapperons tous ceux qui se rendront à Novorossiysk ou dans d’autres ports russes pour le pétrole - avant qu’ils n’obtiennent le pétrole."

Les attaques ont fait monter en flèche les taux d’assurance pour tous les pétroliers naviguant dans la région. Ils ont également suscité des craintes dans des pays comme la Turquie quant à l’expansion de la guerre dans les eaux voisines, suscitant des inquiétudes concernant d’éventuels dommages environnementaux.

© Getty Images via AFP

Le pétrolier Kairos, un navire battant pavillon gambien qui ferait partie de la flotte fantôme russe, reste ancré le 8 décembre 2025 à Ahtopol, en Bulgarie

L'ex-Premier ministre pakistanais Imran Khan et son épouse condamnés à 17 ans de prison

20 décembre 2025 à 13:44
L'ancien chef de gouvernement Imran Khan a été condamné, samedi, à 17 ans de prison pour abus de confiance et corruption dans une affaire de cadeaux reçus lorsqu'il était à la tête du Pakistan. Son épouse Bushra Bibi a écopé de la même peine. Emprisonné depuis 2023, il nie toute faute et dénonce des poursuites motivées politiquement.

Le gouvernement Trump publie une partie de l'explosif dossier Epstein

20 décembre 2025 à 09:43

Le ministère américain de la Justice a rendu publique vendredi une partie de documents, pour beaucoup caviardés, issus de l'enquête sur le criminel sexuel décédé Jeffrey Epstein, connu pour ses liens avec des personnalités puissantes, en particulier Donald Trump.

Ces publications doivent contribuer à faire la lumière sur les relations de l'influent et richissime financier, mort en prison à l'été 2019, avec les milieux des affaires, du spectacle, de la politique et aussi avec la justice.

Une loi adoptée par le Congrès en novembre imposait au gouvernement américain de publier l'intégralité des documents non classifiés en sa possession d'ici au 19 décembre. Mais le processus prendra plusieurs semaines, a indiqué Todd Blanche, le numéro deux du ministère de la Justice.

Par ailleurs, de larges passages sont dissimulés, dont une liste de 254 "masseuses" aux noms caviardés "pour protéger la victime", ou les 119 pages d'un document judiciaire émanant d'un tribunal de New York, biffées sans explication.

A l'origine de la loi contraignant à divulguer ce dossier, les élus démocrate Ro Khanna et républicain Thomas Massie ont regretté que le ministère n'ait "pas respecté" ce qui était requis. Dans une vidéo sur X, Ro Khanna déplore aussi l'absence du projet d'acte d'accusation après l'arrestation de M. Epstein en 2019, qui, selon lui, met en cause "d'autres hommes riches et puissants". "Ce n'est rien d'autre qu'une opération de camouflage pour protéger Donald Trump de son passé peu reluisant", a tonné le chef des sénateurs démocrates, Chuck Schumer, accusant le gouvernement de "tout faire pour cacher la vérité".

Interrogé par la presse, avant un discours fleuve lors d'un meeting en Caroline du Nord (est), le président américain, dont le nom apparaît peu dans les quelque 4 000 fichiers d'abord publiés, n'a fait aucun commentaire.

Clinton dans un jacuzzi

On trouve aussi une plainte déposée auprès du FBI en 1996 par une femme ayant travaillé pour Jeffrey Epstein, qui dénonçait son intérêt pour la "pornographie enfantine". Des dizaines d'images censurées montrent des personnes dévêtues, ainsi que le financier et d'autres individus avec des armes à feu.

Des photos représentent Epstein avec des superstars telles que Michael Jackson et Mick Jagger. Sa proximité avec nombre de personnalités était toutefois connue, notamment avec l'ancien président démocrate Bill Clinton (1993-2001), qui apparaît sur plusieurs clichés. On le voit dans ce qui semble être un jacuzzi, une partie de l'image masquée par un rectangle noir "ajouté pour protéger une victime", a raillé un porte-parole du ministère de la Justice, Gates McGavick, sur X.

L'entourage de Donald Trump cherche à "se protéger de ce qui vient, ou de ce qu'ils tenteront de dissimuler à jamais", a réagi le chef adjoint du cabinet de Bill Clinton, Angel Ureña, ajoutant que l'ex-dirigeant de 79 ans "ne savait rien et a rompu tout contact avec Epstein avant que ses crimes ne soient révélés".

"Canular"

Donald Trump avait promis la transparence lors de sa campagne en 2024 mais, après son élection, il n'a pas tenu sa promesse, qualifiant l'affaire de "canular" instrumentalisé par l'opposition démocrate, au grand dam de sa base "MAGA", obsédée par ce scandale. Le président a finalement reculé sous la pression du Congrès et promulgué la loi contraignant son administration à publier les documents.

Figure de la jet-set new-yorkaise, Jeffrey Epstein est accusé d'avoir exploité sexuellement plus d'un millier de jeunes femmes, dont des mineures. Cette affaire a éclaboussé plusieurs célébrités, à l'instar d'Andrew, frère du souverain britannique Charles III, qui se dit innocent des accusations de l'Américano-australienne Virginia Giuffre, laquelle s'est suicidée en avril dernier.

La mort de Jeffrey Epstein, le 10 août 2019 à l'âge de 66 ans et avant son procès, a été considérée par les autorités comme causée par un suicide mais a alimenté d'innombrables théories selon lesquelles il aurait été assassiné pour l'empêcher d'impliquer des personnalités. Un temps proche de lui, Donald Trump a toujours démenti avoir eu connaissance de son comportement criminel et assure avoir rompu bien avant qu'il ne soit inquiété par la justice.

L'ancienne compagne et complice d'Epstein, la Britannique Ghislaine Maxwell, 63 ans, qui purge une peine de 20 ans de prison aux Etats-Unis, est l'unique personne condamnée dans cette affaire et Todd Blanche a prévenu qu'il ne fallait pas s'attendre à de nouvelles inculpations.

© afp.com/Mandel NGAN

Des documents intégralement caviardées publiés parmi les dossiers de l'enquête sur l'affaire Jeffrey Epstein le 19 décembre 2025

Les Etats-Unis affirment avoir frappé "plus de 70 cibles" en Syrie en "représailles"

20 décembre 2025 à 09:07

Au moins cinq membres du groupe Etat islamique ont été tués en Syrie dans les frappes menées par les Etats-Unis, a indiqué samedi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), après une attaque qui a coûté la vie à deux militaires américains et un interprète. Figure parmi eux "le chef d'une cellule" chargée des drones dans la zone, a précisé à l'AFP le responsable de l'ONG Rami Abdel Rahman, ajoutant qu'ils avaient été tués dans la province de Deir Ezzor (est).

Les Etats-Unis ont annoncé vendredi avoir frappé "plus de 70 cibles" dans plusieurs zones de Syrie, Donald Trump parlant de "très lourdes représailles" après l'attaque contre ses soldats le 13 décembre. "Nous frappons très fort contre des bastions de l'EI", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social, peu après l'annonce par le Pentagone du début d'une opération "massive". Une source sécuritaire a indiqué à l'AFP que les frappes avaient visé des cellules de l'EI dans les régions de Homs, Deir Ezzor et Raqa.

"Idées islamistes extrémistes"

L'attaque qui a tué trois Américains il y a une semaine dans la région désertique de Palmyre a été menée par un membre des forces de sécurité syriennes qu'elles avaient prévu de limoger en raison de ses "idées islamistes extrémistes", selon les autorités. Washington l'a imputée au groupe djihadiste Etat islamique (EI), qui ne l'a pas revendiquée.

C'est la première fois qu'un tel événement est rapporté en Syrie depuis la prise du pouvoir il y a un an par Ahmad al-Charaa, qui a rompu avec son passé djihadiste et s'est rapproché des Etats-unis. L'EI avait contrôlé la région de Palmyre avant d'être défait en Syrie par une coalition internationale en 2019.

© afp.com/ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Donald Trump lors du retour des dépouilles des deux soldats américains tués en Syrie, le 17 décembre 2025 sur une base militaire du Delaware
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