EN DIRECT, guerre en Ukraine : les frappes russes nocturnes n’ont pas ciblé les sites énergétiques ukrainiens, dit Volodymyr Zelensky

© Service national des situations d’urgence d’Ukraine via REUTERS

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"Europe sometimes is too slow, for sure" (L'Europe parfois est trop lente, c'est certain). Devenue virale sur les réseaux sociaux, la petite phrase d’Emmanuel Macron à Davos aurait eu toute sa place en exergue du récent rapport de la Cour des comptes européenne sur les mégaprojets de transport. Les auditeurs de l’UE ont passé en revue l’avancée d’une partie des infrastructures XXL - routières, ferroviaires, fluviales et maritimes - qui doivent former l’épine dorsale du futur réseau de transport du continent (RTE-T), visant à mieux connecter les pays entre eux. S’ils estimaient déjà en 2020 qu’il serait "peu probable" de finaliser ces travaux d’ici la fin de la décennie, ils alertent désormais du risque de "sortie de route". La raison ? Des coûts qui explosent et des délais qui s’allongent dangereusement. "Je suis moins surpris par les premiers que par les seconds", réagit Alberto Mazzola, directeur exécutif de la Communauté européenne du rail et des sociétés d'infrastructure (CER).
Côté retard, la palme revient au canal Seine-Nord Europe, ce chantier titanesque visant à relier le fleuve français à l’Escaut, qui dessert les grands ports de Dunkerque, Anvers (Belgique) et Rotterdam (Pays-Bas). Le calendrier initial a glissé de… 22 ans, pour une mise en service désormais estimée à 2032. Deux projets ferroviaires viennent compléter le podium : le "Y Basque", une ligne à grande vitesse reliant Vitoria, Bilbao, San Sebastian et la frontière française, qui accumule 20 ans de retard ; et le fameux Lyon-Turin, accusant désormais 18 ans de retard. Le seul point positif relevé par la Cour des comptes concerne l’autoroute A1, en Roumanie : tous les tronçons devraient être ouverts comme prévu pour 2030 !
Ces difficultés à tenir les délais ne sont pas l’apanage du secteur des transports. Dans l’énergie, l’exemple de l’EPR de Flamanville (douze ans de retard et une facture à 19 milliards d’euros) est tout aussi éloquent. Dès lors, une question se pose : sait-on encore mener à bien de tels mégaprojets en Europe ? "Nous en sommes évidemment capables, balaye Alberto Mazzola. Cependant, on pourrait faire bien mieux. Les procédures administratives requises par ces grands travaux prennent trop de temps. Il faudrait les réduire, par exemple à cinq ans. Au-delà, elles allongent fortement les projets et amplifient l’impact des changements opérés en cours de route." Ce qui alourdit la facture globale de manière spectaculaire.
"Le coût total estimé des huit projets étudiés atteint presque le double du montant initialement prévu", commente Annemie Turtelboom, l’auditrice responsable du rapport. Et encore, il s’agit d’une moyenne. Certains projets font littéralement exploser les scores. Par exemple, le Lyon-Turin (+ 127 %) et le canal Saint-Nord Europe (+ 225 %) sont pointés du doigt. La Cour des comptes européenne avance néanmoins quelques explications. Pour le premier, elle précise que l’évaluation originelle tenait compte d’un tunnel à une seule galerie - contre deux maintenant. Quant au second, l’estimation avait été établie avant même la réalisation des études de faisabilité…
Mais la dérive budgétaire la plus importante concerne l’axe Rail Baltica. Ce projet, qui vise à intégrer les États baltes au réseau ferroviaire européen, enregistre une augmentation des coûts de 291 % ! Selon son promoteur, le manque de maturité et de précision des estimations passées ainsi que les modifications dans le périmètre et la conception du projet expliqueraient environ la moitié du dérapage. Un expert du secteur se montre plus cash : "Ils avaient annoncé, au début, le coût par kilomètre le plus faible jamais construit ! Ils sont partis très bas. Evidemment, au moment de passer à la construction, ils se sont rendu compte que les chiffres ne collaient pas."
Outre ces calculs approximatifs et certains problèmes techniques imprévus, les projets ont aussi subi des aléas externes. Par exemple la pandémie de Covid-19, qui a entraîné une inflation du prix des matériaux. Ou encore la guerre en Ukraine et la crise énergétique qui a suivi. Alberto Mazzola évoque également des incertitudes financières pesantes. "La dynamique des budgets nationaux, revus chaque année, cadre difficilement avec ce genre de travaux de long terme. Heureusement qu’un programme de l’UE, le mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), permet d’avoir un engagement sur sept ans." Le problème : même cette temporalité paraît inadaptée face aux retards accumulés par ces mégaprojets. For sure.

© imageBROKER/Günter Gräfenhain

© CAPTURE D’ÉCRAN THE GHANEM SHOW/YOUTUBE
Une nouvelle fois, Donald Trump règle ses comptes à coups de sanctions douanières. À cause d'un retard de certification d'avions américains Gulfstream au Canada, le locataire de la Maison-Blanche a menacé ce jeudi 29 janvier le pays de droits douaniers de 50 % sur tous ses aéronefs vendus aux Etats-Unis. En parallèle, il a signé un décret indiquant qu’il pourrait frapper de surtaxes, d’un montant non précisé, tous les pays vendant du pétrole à Cuba. Même musique trois jours plus tôt avec la Corée du Sud : Donald Trump, jugeant que le parlement sud-coréen tardait à ratifier un accord commercial conclu fin octobre avec Washington, a menacé lundi de punir Séoul avec des droits de douane plus importants que ceux en vigueur actuellement. Avant d’adoucir le ton dès le lendemain, en disant que les deux pays allaient "trouver une solution".
De fait, les menaces du président américain ne sont finalement que rarement appliquées. Selon un décompte de Bloomberg Economics publié mardi 27 janvier, sur 49 menaces proférées entre son élection le 5 novembre 2024 et le 25 janvier 2026, seulement un peu plus d'un quart (28,6 %) sont à ce jour en application, dont 8,2 % en partie seulement. A l'inverse, 49 % des droits de douane annoncés ont été retirés (22 %) ou pas encore imposés (27 %). Publiée mardi, l'enquête n'intègre logiquement pas les sanctions contre la Corée du Sud, le Canada et l'Iran des derniers jours.
Mais l'étude de Bloomberg montre surtout l'épuisement de la méthode musclée de Donald Trump. Sur les 49 menaces recensées, celles entièrement mises en œuvre ou sous le coup d'une enquête l'ont été entre février et septembre, date de la dernière menace imposée, en totalité ou partiellement. Depuis, huit sanctions ont été annoncées mais aucune d'entre elles n'a été mise en place.
Cette analyse de Bloomberg confirme l'acronyme TACO, souvent utilisé pour qualifier le président américain : "Trump Always Chickens Out", soit "Trump se dégonfle toujours". Apparu en mai 2025, peu après son retour à la Maison-Blanche, le terme s'est imposé à cause de sa tendance à revenir sur ses promesses ou ses menaces. Une fâcheuse habitude qui a d'abord fait vivre la vie dure aux marchés financiers. La bourse américaine s'est désormais habituée à ces menaces et n'est plus aussi volatile que lors des premiers mois.
Donald Trump se dégonfle-t-il ? Ou veut-il simplement éviter de voir sa cote de popularité dégringoler davantage ? Car en un an, elle a perdu 11 points : quand 51 % des Américains approuvaient son action en janvier 2025, ils ne sont plus que 40 % aujourd'hui. À l'inverse, ils sont désormais plus de 56 % à désapprouver sa politique. La faute notamment aux mauvais résultats économiques du milliardaire. Et pour cause : les Américains sont les premières victimes des surtaxes mises en place et payent la quasi-totalité du coût de ces sanctions douanières imposées. Selon une étude récente de l'Institut de Kiel, les exportateurs étrangers n'ont absorbé qu'environ 4 % du surcoût lié à l'augmentation des droits de douane, tandis que les consommateurs et importateurs américains en ont absorbé 96 %.

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