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© ZACHARY PEARSON/USNAVY/AFP
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© Thomas Padilla/AP
Royaume-Uni : les téléphones de Downing Street espionnés par la Chine pendant des années
Des pirates informatiques soutenus par l'Etat chinois ont-ils espionné les conversations de hauts responsables britanniques pendant des années ? A en croire le journal anglais The Telegraph, ce scénario est tout sauf fictif. La Chine aurait procédé à des piratages de téléphones à partir de 2021. De quoi inquiéter sérieusement le gouvernement britannique, dont plusieurs membres éminents auraient été compromis. Parmi eux se trouvent certains des plus proches conseillers de Boris Johnson, Liz Truss ou encore Rishi Sunak. On ignore pour le moment si le piratage a inclus les téléphones portables des Premiers ministres eux-mêmes, mais une source au fait de la faille a déclaré qu’il s’agissait d’une intrusion allant "jusqu’au cœur même de Downing Street".
Accès à des données stratégiques
Cette attaque implique la possibilité que des espions chinois aient pu lire des SMS ou écouter des appels impliquant des membres de haut rang du gouvernement. Même s’ils n’ont pas pu écouter les appels, les pirates pourraient avoir accédé aux métadonnées, révélant avec qui les responsables étaient en contact et à quelle fréquence, ainsi qu’à des données de géolocalisation indiquant leur position approximative. Selon Dakota Cary, chercheur au sein de l'Atlantic Council, un think tank américain spécialisé dans la menace chinoise, la Chine s’intéresse de près "au renseignement concernant les députés et les processus décisionnels de la politique britannique".
Des sources du renseignement américain ont fait savoir au Telegraph que l’opération d’espionnage chinoise, connue sous le nom de Salt Typhoon, serait toujours en cours. Cela signifie que Keir Starmer et ses principaux collaborateurs sont donc eux aussi susceptibles d'avoir été espionnés. Ces révélations interviennent alors que Keir Starmer vient d'arriver en Chine ce mercredi — la première visite d’un Premier ministre britannique depuis celle de Theresa May en 2018 — afin de renforcer les liens commerciaux et d’investissement avec Pékin, et que le gouvernement britannique vient d’approuver l'ouverture d’une méga-ambassade chinoise à Londres. Selon The Telegraph, celle-ci sera située à proximité de certains des câbles de communication les plus sensibles de la City.
Menaces pour la sécurité nationale ?
Le Parti travailliste essuie de vives critiques de la part de l'opposition, qui l'accuse de laxisme vis-à-vis de la Chine, dans le but de conclure des accords commerciaux. Alicia Kearns, députée conservatrice et cible présumée d'une précédente affaire d’espionnage chinois à Westminster, a notamment haussé le ton : "De combien de preuves supplémentaires ce gouvernement a-t-il besoin avant de mettre fin à sa complaisance envers Xi Jinping et de se tenir droit, en tant que grand pays que nous sommes, pour nous défendre ? Le Parti travailliste récompense des actes hostiles contre notre État", a-t-elle martelé.
Si on ignore encore précisément quelles informations les pirates chinois ont obtenues à partir des téléphones du personnel de Downing Street, un haut responsable américain a confié au Telegraph que cette faille mondiale était "l’une des campagnes d’espionnage les plus réussies de l’histoire". Outre le Royaume-Uni, de nombreux pays, dont les quatre autres membres de l'alliance de renseignement "Five Eyes" - États-Unis, Australie, Canada et Nouvelle-Zélande - ont eux aussi fait les frais de ce piratage chinois.
Mais les différents gouvernements ciblés n'ont pas tous réagi de la même manière. Les autorités britanniques ont pour l'heure préféré rester vagues, reconnaissant simplement qu'un "ensemble d’activités" avait bel et bien eu lieu sur le territoire. À l’inverse, les responsables américains ont été beaucoup plus explicites sur l’ampleur de la faille, expliquant que des pirates chinois avaient ciblé Donald Trump, J.D. Vance ou encore Kamala Harris à l’approche de l’élection présidentielle de 2024. Des accusations démenties par les autorités chinoises, qui maintiennent qu'elles sont "dénuées de preuves".

© via REUTERS
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Immigration : en Espagne, cette décision à rebours des autres pays européens
Le quotidien El Pais y voit une "décision courageuse", "à une époque où il est devenu normal de traiter les étrangers de criminels" : le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez a présenté mardi 27 janvier un projet de décret visant à accélérer la régularisation de près d'un demi-million de sans-papiers afin de faciliter leur intégration, une démarche à contre-courant de nombreuses politiques migratoires en Europe. Selon les estimations du gouvernement socialiste, quelque 500 000 personnes, principalement originaires d'Amérique latine, devraient bénéficier de cette mesure qui vise à intégrer les travailleurs immigrés.
La ministre des Migrations, Elma Saiz, a déclaré lors d'une conférence de presse que les personnes en situation irrégulière vivant en Espagne depuis au moins cinq mois à fin 2025 et n'ayant pas de casier judiciaire seraient éligibles au permis de séjour accéléré. Les demandes d'asile déposées avant la fin de l'année dernière seront également concernées.
Le titre de séjour sera valable un an - ou cinq ans dans le cas des enfants - et renouvelable. Les bénéficiaires pourront devenir des citoyens après dix ans, ou plus rapidement s'ils sont originaires de pays d'Amérique latine ou réfugiés. "Ce que nous faisons, c’est reconnaître et donner de la dignité, et offrir des garanties, des opportunités et des droits aux personnes qui se trouvent déjà dans notre pays", a déclaré Elma Saiz à la presse.
Croissance économique
La croissance économique de l'Espagne a largement dépassé celle de la plupart des pays européens au cours des deux dernières années, en partie grâce à l'ouverture à l'immigration qui a dynamisé des secteurs clés tels que l'hôtellerie et les soins, et a renforcé l'État-providence.
"Nous renforçons un modèle migratoire fondé sur les droits de l'homme et l'intégration, compatible avec la croissance économique et la cohésion sociale", a aussi affirmé la ministre des Migrations, notant que les économistes de la région ont attribué la baisse du chômage et la forte croissance de l'Espagne en partie à son ouverture aux étrangers.
Des recherches menées par le groupe de réflexion Funcas suggèrent qu'environ 840 000 personnes, soit un tiers de tous les migrants non européens en Espagne, étaient sans papiers au début de l'année dernière. Ce chiffre s'élevait à environ 100 000 il y a huit ans.
Initiative populaire
La proposition de régularisation des sans-papiers, qui découle d'une initiative populaire signée par 700 000 personnes et soutenue par 900 groupes de défense des droits et par l'Église catholique, a été déposée il y a plus d'un an. Celle-ci est restée bloquée au Parlement, où l'exécutif est minoritaire et où les différends de l'ensemble de l'échiquier politique ont de ce fait paralysé la capacité du gouvernement à approuver des textes législatifs. Dans sa forme actuelle, le "décret royal" présenté par l'exécutif peut être promulgué par le cabinet dans un délai de quelques semaines sans passer par un vote des députés.
Autrefois favorable à la régularisation, le chef de l'opposition conservatrice, Alberto Nuñez Feijoo, a promis de renverser les politiques migratoires du gouvernement si son parti remporte les prochaines élections, qui auront lieu au plus tard l'année prochaine. "Dans l'Espagne socialiste, l'illégalité est récompensée", a-t-il notamment fustigé après les annonces de mardi. Allant plus loin encore, le leader du parti d'extrême droite Vox, Santiago Abascal, a accusé sur X "Sanchez le tyran" d'"haïr le peuple espagnol" : "Il veut le remplacer", s'est-il offusqué.

© REUTERS
Mort d’Alex Pretti à Minneapolis : même les pro-armes sont remontés contre Donald Trump
"Il ne faut pas avoir des armes, arriver avec une arme, il ne faut pas faire ça". La réaction de Donald Trump ce mardi 27 janvier à la mort d'Alex Pretti, tué par la police de l'immigration (ICE) trois jours plus tôt à Minneapolis, ne risque pas d’apaiser les remous au sein de son propre camp. Car depuis le drame dans le Minnesota, le président américain fait face à une opposition pour le moins inattendue : celle des groupes pro-armes, largement acquis au parti républicain. Leurs réactions se sont enchaînées en cascade ces derniers jours : Gun Owners of America (GOA), National Rifle Association (NRA), Minnesota Gun Owners Caucus... Tous ont appelé au respect du Second Amendement sur le droit au port d'armes et fustigé la rhétorique de l'administration Trump qui revient à dire, en clair : "Il l'avait bien cherché".
"Vous ne devriez pas vous pointer avec des armes"
Alex Pretti, infirmier de 37 ans, portait un pistolet sur lui samedi lorsqu’il a été tué. Dans la foulée, la garde rapprochée de Donald Trump s'est servie de cela pour défendre l'action des agents fédéraux. Sur les plateaux de Fox News, la ministre de l'Intérieur Kristi Noem a été l'une des premières à réagir : "Vous ne devriez pas vous pointer avec des armes" à une manifestation, a-t-elle soutenu, accusant même Alex Pretti de "terrorisme". Est ensuite venu le tour du chef du FBI, Kash Patel, qui a estimé sur la même chaîne qu’"aucune personne souhaitant agir de manière pacifique n’arrive à une manifestation avec une arme chargée et deux chargeurs remplis".
Sans tarder, le chef de la patrouille frontalière, Gregory Bovino, a quant à lui redit son attachement au deuxième amendement, mais à certaines conditions : "Ces droits ne comptent pas lorsque vous participez à des émeutes, agressez, retardez, entravez et gênez les agents des forces de l'ordre et, surtout, lorsque vous avez l'intention de le faire à l'avance". Et pour couronner le tout, un procureur fédéral de Californie, Bill Essayli, s'est fendu d'un tweet inflammatoire : "Si vous approchez des membres des forces de l’ordre avec une arme, ils auront des raisons légales de vous abattre", a-t-il écrit.
Les lobbies pro-armes haussent le ton
Ces remises en cause du droit au port d'armes - pourtant cher à Donald Trump - n'ont pas tardé à faire réagir les divers lobbies et associations du secteur. "La première chose que les politiciens veulent faire, c’est accuser l’arme à feu", a ainsi déclaré Taylor Rhodes, porte-parole de la National Association for Gun Rights. La NRA, le puissant lobby américain pro-armes, a de son côté fustigé les propos "faux et dangereux" du procureur Essayli et appelé à ne pas "diaboliser des citoyens respectueux des lois". Le GOA a également exhorté le gouvernement à ne "pas bafouer" le droit au port d'armes. Quant au Minnesota Gun Owners Caucus, il a qualifié la déclaration du chef du FBI de "totalement incorrecte au regard du droit du Minnesota".
Pour comprendre l'émoi causé par les déclarations de l'administration, il faut revenir quelques années en arrière. En plein mouvement Black Lives Matter, la mouvance Maga encensait des individus comme Mark et Patricia McCloskey, qui avaient à l'époque pointé leurs pistolets sur des manifestants pour les dissuader de défiler devant chez eux. L'entourage de Donald Trump les avait alors présentés comme des héros ayant usé de leurs armes comme moyen légitime d'intimidation. "C'est à ça que servent les armes, et je le referais sans hésiter si la foule m'approchait", avait déclaré Mark McCloskey après avoir plaidé coupable en 2021. Lundi, ce même homme a exprimé sa profonde indignation face aux informations qu'il recevait de Washington. "Kash Patel, censé défendre la Constitution, déclare désormais que porter légalement une arme et des munitions lors d'une manifestation est un crime capital", s'est-il offusqué.
Pendant des décennies, le droit de porter des armes a été considéré comme un acquis par les conservateurs. Il faut dire que ce n'est la principale préoccupation que d'une minorité d'électeurs, généralement entre 3 et 5 % d'entre eux selon les sondages. Toute remise en cause de ce droit a d'ailleurs toujours été perçue comme une hérésie, un motif de disqualification. Les prises de position de Donald Trump, élu avec le soutien massif de la NRA et autres, signalent donc un changement de ton. La répression menée par l'ICE l'emporterait-elle sur la Constitution ? Les élections de mi-mandat pourraient être un bon moyen d'évaluer le prix à payer pour avoir instillé le doute dans l'esprit des pro-armes.

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