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© UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS SER / via REUTERS
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Mercredi 14 janvier, Donald Trump dégaine un nouvel argument sur Truth Social : "Les États-Unis ont besoin du Groenland. Il est vital pour le Golden Dome que nous construisons." La phrase tombe à point nommé : depuis des semaines, le président américain tente de justifier pourquoi Washington devrait mettre la main sur l’île arctique, pour laquelle il est prêt à se mettre l'Europe à dos en menaçant huit pays européens de droits de douane punitifs pour s'être opposés à son projet d'annexion.
Cette fois, il lie directement son obsession groenlandaise à son grand projet de bouclier antimissile, ce "Dôme d’or" censé protéger le territoire américain. Sauf qu’actuellement rien n’oblige les États-Unis à acquérir le Groenland pour mettre en place ce bouclier comme l'a détaillé Politico : l’accès à l'île existe déjà, les alternatives aussi, et l’architecture même du programme réduit l’intérêt d’acquérir un nouveau territoire terrestre.
Une localisation stratégique, mais loin d'être indispensable
Dans le récit présidentiel, le Groenland serait la pièce manquante d’un dispositif stratégique. Dans la réalité, l’armée américaine y est installée depuis longtemps, et elle n’y est pas tolérée par hasard : les Etats-Unis ont implanté Pituffik, une base spatiale américaine, sur la côte nord-ouest de l'île. Cette présence ne repose pas sur un arrangement improvisé : un accord de défense conclu en 1951 avec le Danemark encadre la coopération et garantit un accès régulier aux Américains. Entre autres, Pituffik sert déjà à repérer des départs de missiles en direction du continent américain, à surveiller l’espace et à suivre certains mouvements sous-marins.
Si le Pentagone voulait aller plus loin et ajouter des équipements, capteurs supplémentaires ou même intercepteurs, la logique serait diplomatique : négocier avec Copenhague dans le cadre existant. Autrement dit, si l’objectif affiché est bien celui de renforcer une architecture de défense, l’annexion n’apporte rien de nécessaire.
Politico évoque une seconde raison : la localisation du Groenland. L'île peut effectivement être intéressante pour des intercepteurs terrestres capables de viser des missiles qui viendraient de Russie ou du Moyen-Orient vers les Etats-Unis. Mais l'armée américaine a d'autres possibilités sur des territoires qu'elle contrôle déjà.
Selon un ancien responsable de la Défense cité par le média américain, le Pentagone a étudié divers emplacements, et Fort Drum, base de l’armée dans le nord de l’État de New York, revient régulièrement comme candidat solide après des analyses approfondies de la Missile Defense Agency. Le Groenland ne paraît pas offrir un meilleur emplacement que Fort Drum pour ce type de déploiement.
Troisième raison : le "Dôme d'or", tel qu’il est présenté, n’est pas pensé comme une simple extension de sites terrestres. Une partie clé du projet se joue au-dessus de la Terre, avec des capteurs et des intercepteurs basés dans l’espace, capables de détecter et de neutraliser une menace très tôt. Dans cette logique, la valeur stratégique d’un territoire supplémentaire diminue mécaniquement.
Un projet inspiré d'Israël
L'idée du "Dôme d'or" est revenue sur le devant de la scène dès le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Sur le papier, il s’inspire en partie de l’Iron Dome israélien, un système efficace contre des roquettes à courte portée. En revanche, l’échelle américaine est sans commune mesure, et les menaces visées ne sont pas les mêmes. Là où Israël intercepte des projectiles plus proches, les États-Unis voudraient contrer des salves de missiles longue portée et même des systèmes de bombardement orbital fractionné (FOBS).
A l'époque, Donald Trump avait parlé d’un plan à 175 milliards de dollars sur trois ans, et une première enveloppe de 25 milliards avait été inscrite dans le projet de loi budgétaire, tout en laissant entendre que le coût réel pourrait exploser sur plusieurs décennies. À ce stade, une chose est sûre : le Golden Dome n’est pas encore une réalité opérationnelle, et son architecture exacte reste floue.

© REUTERS