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90 millions de personnes totalement coupées, ou presque, du monde extérieur. Après avoir suspendu internet la semaine dernière, le régime iranien a passé un cap supplémentaire dans sa répression numérique cette semaine, en traquant ces derniers jours les moyens de communication satellitaires, en particulier les modèles développés par la société américaine Starlink.
Jeudi 8 janvier, le régime d'Ali Khamenei a, en effet, coupé l'accès à Internet et imposé un blocus des communications, afin d'empêcher la population de s'informer, à l'heure où le pays est traversé par des manifestations anti-gouvernementales "d'une étendue sans précédent", analysent des observateurs auprès de la BBC.
Symptôme d'un régime qui vacille, la répression est, elle aussi, d'une violence inouïe. Le décompte du nombre de morts et de blessés est incertain, d'autant plus en l'absence de communications, mais une enquête du média Iran International estime qu'au moins 12 000 personnes ont été tuées par les forces de sécurité. Il s'agirait du "plus grand massacre de l'histoire contemporaine de l'Iran", perpétré en majorité contre des jeunes de moins de 30 ans. De son côté, l'ONG Hrana, basée aux Etats-Unis, estime le nombre de morts à 2 571, dont 2 403 manifestants et 147 personnes affiliées au gouvernement.
Contournement de la censure
A l'heure actuelle, "mis à part la Radio-télévision de la République islamique d'Iran (IRIB), seule une poignée de sites d'information restent actifs dans le pays, fonctionnant sous la censure et le contrôle direct des institutions de sécurité", poursuit Iran International. Afin de contourner la censure, une poignée d'Iraniens tentent, malgré les risques, de continuer à s'informer ou diffuser des messages en utilisant des technologies non conventionnelles.
A commencer par des proxys permettant de se connecter à l'application Telegram, ou des messageries alternatives comme Delta Chat, ainsi que le navigateur Ceno, liste The Guardian. Mais aussi, en se connectant non pas au réseau traditionnel, mais à la télévision ou à l'internet satellitaire. L'utilisation d'Internet par satellite a en effet été "multipliée par 20 dans le pays en 2024", selon Iran International, grâce notamment à l'introduction d'antennes Starlink de manière clandestine dans le pays.
Cette semaine, le gouvernement a entrepris de cibler les paraboles de télévision (qui transmettent d'autres chaînes que celles contrôlées par le régime), "en se faisant passer pour des agents des services d'eau ou d'électricité", afin de rentrer dans le domicile des personnes, rapporte Iran International.
En ce qui concerne les terminaux Starlink, qui permettent de se connecter à internet via des milliers de satellites en orbite, les autorités utilisent des brouilleurs et font survoler des drones pour repérer les antennes paraboliques, selon les sources du Guardian. D'après Amir Rashidi, expert iranien des droits numériques, "les outils utilisés par l'Iran pour brouiller les terminaux semblent être de qualité militaire, similaires à ceux employés pour brouiller les drones sur le front ukrainien", indique-t-il au quotidien britannique. "Il s’agit d’employer des signaux forts sur la fréquence utilisée par Starlink. Ils génèrent un "bruit" qui empêche les terminaux de communiquer avec les satellites. Il faut rappeler que Starlink n’est pas un système militaire [mais] civil qui reste relativement facile à attaquer", ajoute dans Le Monde Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique et expert du domaine spatial. Néanmoins, ces technologies sont très coûteuses et ne fonctionnent que sur une aire limitée.
Acteur géopolitique
Mardi, le média américain CNN a rapporté que l'opérateur Starlink, propriété de la société SpaceX, d'Elon Musk, avait pris l'initiative de fournir un accès internet gratuit aux Iraniens pour contourner la censure du régime. "Les comptes Starlink en Iran, auparavant inactifs, sont désormais connectés et leurs frais d'abonnement sont supprimés depuis mardi", a assuré Ahmad Ahmadian, directeur exécutif d'Holistic Resilience, une organisation basée aux Etats-Unis qui dit militer pour l'accès à internet et prône la diffusion de ces antennes en Iran.
Cette nouvelle fait suite à une conversation entre le président américain Donald Trump et le milliardaire au sujet de la situation politique en Iran, indique CNN. Le service Starlink est, en effet, souvent le seul moyen d'accéder à internet dans les zones à risque, grâce à son réseau de satellites. L'armée ukrainienne en a, par exemple, déjà bénéficié dans le cadre de la guerre avec la Russie. "La capacité d'Elon Musk à activer et désactiver Starlink selon les endroits, ainsi que sa domination dans l'espace grâce aux satellites et aux fusées, ont fait de lui un acteur géopolitique redoutable et imprévisible", remarque The New York Times.
Cette technologie ne représente néanmoins qu'une minorité d'utilisateurs en Iran. On estime ainsi entre 30 à 50 000 le nombre de terminaux Starlink dans le pays (une technologie qui, pour rappel, coûte entre 400 et 1 400 dollars pour un récepteur, sans compter l'abonnement mensuel), et qui y ont été introduits clandestinement. Ce qui laisse penser "que le nombre total d’utilisateurs dépasse les 100 000" tout au plus, estime Pouya Pirhosseinlou, responsable du Comité Internet et Infrastructures de l’Association du commerce électronique auprès de l'ILNA. A la suite de la guerre entre l'Iran et Israël qui a duré 12 jours en 2025, Téhéran a adopté une loi, promulguée en octobre, imposant des sanctions sévères aux utilisateurs de Starlink, y compris la peine de mort, au motif de complicité avec les Etats-Unis et Israël.
"Outre Starlink, le gouvernement américain finance depuis des années des réseaux privés virtuels (VPN) et d'autres logiciels permettant aux Iraniens de contourner la censure", ajoute CNN. Mais il se heurte aux effets pervers de ses propres sanctions économiques, qui "empêchent les entreprises technologiques de vendre des produits qui permettraient aux Iraniens d'accéder librement à Internet et d'échapper à la surveillance gouvernementale", remarque le Centre pour les Droits Humains en Iran, basé à New York.

© via REUTERS
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