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"Le Groenland finira tôt ou tard par se détacher du Danemark" : l'analyse décapante d'un géopolitologue danois

Les moyens militaires déployés par le Danemark pour assurer la sécurité du Groenland seraient insuffisants face aux menaces russes et chinoises. Voilà, en somme, ce qui suffirait à justifier, selon Donald Trump, le passage sous pavillon américain de la dépendance du Danemark. Un argument fallacieux, claque Copenhague qui contre-attaque, pointant la responsabilité américaine après la fermeture de plusieurs bases militaires et des effectifs militaires passés de 10 000 en période de guerre froide à moins de 200 aujourd'hui.

Mais qu'importe le réel et ce qu'il cache. Donald Trump n'a jamais semblé aussi déterminé à mettre la main sur ce territoire de l'Arctique. La Maison-Blanche chante même qu'il étudierait "activement" des projets de rachat. Ainsi, face à la détermination de la première puissance mondiale, le Danemark a-t-il encore des cartes à jouer pour l'en dissuader ? Et quid de l'Otan ? Survivrait-elle à un conflit entre deux de ses membres ? L'analyse du professeur en sciences politiques à l’Université de Copenhague et spécialiste en relations internationales, sécurité et de défense, Mikkel Vedby Rasmussen.

L'Express : Comment le Danemark réagirait-il en cas d'intervention américaine sur son territoire autonome ?

Mikkel Vedby Rasmussen : Même si l’administration Trump surfe sur l’euphorie suscitée par une série d’actions militaires décisives au Venezuela, une intervention militaire américaine m'apparaît peu probable. Mais ne vous y trompez pas : si les Etats-Unis lançaient une invasion, les forces danoises présentes sur l'île se battraient.

Dans ce dossier, il est important d'avoir en tête qu'en 1941, l’ambassadeur du Danemark à Washington, Henrik Kauffmann, a accordé aux États-Unis des droits sur le territoire du Groenland, ce qui a, de facto, partagé la souveraineté de l’île entre Copenhague et les États-Unis : aux Américains la souveraineté en matière de sécurité, aux Danois celle des affaires intérieures (NDLR : cette situation sera ensuite formalisée et pérennisée par l’accord de défense de 1951).

Or, le Groenland a depuis poursuivi un objectif d’indépendance sans tenir compte de cette réalité géopolitique. Aujourd'hui, c'est sur ce point fondamental que s'appuie l’administration Trump. À Washington, certains parlent d’une logique du "fuck around and find out" [en français poli, "qui s’y frotte s’y pique"] : les États-Unis ne toléreraient pas que des alliés comme des adversaires jouent avec leurs intérêts stratégiques sans en assumer les conséquences. L’indépendance groenlandaise est ainsi assimilée à un test dangereux.

Le Danemark dispose-t-il encore de leviers pour dissuader Donald Trump de s'emparer du Groenland ?

Le gouvernement danois a tenté de convaincre les Américains qu’il assumait pleinement ses responsabilités en matière de sécurité. Mais jusqu’ici, Copenhague n’est pas parvenue à freiner la dynamique indépendantiste, ni à contenir les ambitions les plus débridées du gouvernement groenlandais en matière de coopération avec la Chine. Si les autorités groenlandaises renonçaient à leurs projets d’indépendance et si le royaume du Danemark adoptait des mesures fermes à l’égard de Pékin, cela contribuerait largement à désamorcer l’offensive politique de Donald Trump.

Ne serait-ce pas céder à la pression et aux velléités impériales américaines ?

On peut toujours spéculer sur les motivations de l’administration Trump et en quoi ses ambitions pourraient s’inscrire dans le cadre des traités existants. Il n’en reste pas moins que le président américain veut le Groenland. Le Danemark doit en prendre acte. Au bout du compte, la menace russe en mer Baltique est plus déterminante pour nous. S’il fallait choisir, ce serait notre priorité.

Plusieurs pays européens ont défendu la souveraineté du Groenland, sans préciser ce qu’ils feraient en cas d’annexion américaine. Les Européens ont-ils un plan ou naviguent-ils à vue ?

La déclaration européenne rappelle que le peuple groenlandais est maître de son destin et que toute décision doit être prise par le Danemark et le Groenland dans le cadre juridique du royaume. Autrement dit, elle ne ferme pas la porte à un accord entre les États-Unis et les Groenlandais, dès lors que celui-ci serait entériné par Copenhague.

Il ne s’agit donc en rien d’une "doctrine Monroe à l’envers". Bien au contraire, le texte insiste sur le caractère transatlantique de la sécurité dans l’Arctique. J’y vois avant tout la volonté des Européens de ne pas être tenus à l’écart de ce dossier. Dans l’immédiat, ce soutien européen est évidemment précieux pour le Danemark. Mais il a aussi un revers : la question groenlandaise risque d’être imbriquée à d’autres dossiers – les droits de douane, l’Ukraine – au point que Copenhague pourrait être sommée de faire des concessions au nom d’un intérêt jugé supérieur.

À ce propos, la faiblesse de la réaction des dirigeants européens est-elle un aveu d’impuissance, ou relève-t-elle simplement d’une "realpolitik" visant à préserver le soutien américain à l’Ukraine ?

En réalité, les dirigeants européens soutiennent mordicus une position danoise objectivement fragile. Et cette fragilité ne tient pas tant aux pressions américaines qu’à un choix assumé, constitutionnel et politique : celui d’avoir ouvert la voie à l’indépendance du Groenland. Le Groenland finira, tôt ou tard, par se détacher du Danemark. La véritable question est de savoir s’il pourra le faire sans tomber sous la dépendance des États-Unis.

Et qu’en est-il de l’Otan ? L'Alliance atlantique pourrait-elle survivre à un affrontement entre alliés ?

Les relations parfois conflictuelles entre la Grèce et la Turquie montrent que l’Otan a déjà connu des tensions internes. Mais ici, la situation est différente, car les États-Unis sont eux-mêmes partie prenante. Le Danemark se trouve à la croisée de deux zones stratégiques majeures : la Baltique, où il est directement engagé dans la dissuasion face à la Russie et la protection de ses alliés nordiques et baltes ; et l’Atlantique Nord, dont le Groenland constitue un pivot essentiel pour le contrôle des routes maritimes, de l’espace aérien et de l’accès à l’Arctique.

Les revendications américaines sur le Groenland contraignent ainsi Copenhague à arbitrer entre ces deux priorités stratégiques. Il pourrait arriver un moment où le Danemark se retrouverait face à un dilemme stratégique : en s’opposant aux États-Unis sur le Groenland, Copenhague risquerait de fragiliser le soutien américain dont il dépend pour sa sécurité en mer Baltique, notamment face à la Russie. Dans une telle configuration, le choix serait politiquement douloureux, mais stratégique­ment évident : pour le Danemark, la sécurité de la Baltique prime sur celle du Groenland.

© LANDOV/MAXPPP

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"Le Groenland finira tôt ou tard par se détacher du Danemark" : l'analyse décapante d'un géopolitologue danois

Les moyens militaires déployés par le Danemark pour assurer la sécurité du Groenland seraient insuffisants face aux menaces russes et chinoises. Voilà, en somme, ce qui suffirait à justifier, selon Donald Trump, le passage sous pavillon américain de la dépendance du Danemark. Un argument fallacieux, claque Copenhague qui contre-attaque, pointant la responsabilité américaine après la fermeture de plusieurs bases militaires et des effectifs militaires passés de 10 000 en période de guerre froide à moins de 200 aujourd'hui.

Mais qu'importe le réel et ce qu'il cache. Donald Trump n'a jamais semblé aussi déterminé à mettre la main sur ce territoire de l'Arctique. La Maison-Blanche chante même qu'il étudierait "activement" des projets de rachat. Ainsi, face à la détermination de la première puissance mondiale, le Danemark a-t-il encore des cartes à jouer pour l'en dissuader ? Et quid de l'Otan ? Survivrait-elle à un conflit entre deux de ses membres ? L'analyse du professeur en sciences politiques à l’Université de Copenhague et spécialiste en relations internationales, sécurité et de défense, Mikkel Vedby Rasmussen.

L'Express : Comment le Danemark réagirait-il en cas d'intervention américaine sur son territoire autonome ?

Mikkel Vedby Rasmussen : Même si l’administration Trump surfe sur l’euphorie suscitée par une série d’actions militaires décisives au Venezuela, une intervention militaire américaine m'apparaît peu probable. Mais ne vous y trompez pas : si les Etats-Unis lançaient une invasion, les forces danoises présentes sur l'île se battraient.

Dans ce dossier, il est important d'avoir en tête qu'en 1941, l’ambassadeur du Danemark à Washington, Henrik Kauffmann, a accordé aux États-Unis des droits sur le territoire du Groenland, ce qui a, de facto, partagé la souveraineté de l’île entre Copenhague et les États-Unis : aux Américains la souveraineté en matière de sécurité, aux Danois celle des affaires intérieures (NDLR : cette situation sera ensuite formalisée et pérennisée par l’accord de défense de 1951).

Or, le Groenland a depuis poursuivi un objectif d’indépendance sans tenir compte de cette réalité géopolitique. Aujourd'hui, c'est sur ce point fondamental que s'appuie l’administration Trump. À Washington, certains parlent d’une logique du "fuck around and find out" [en français poli, "qui s’y frotte s’y pique"] : les États-Unis ne toléreraient pas que des alliés comme des adversaires jouent avec leurs intérêts stratégiques sans en assumer les conséquences. L’indépendance groenlandaise est ainsi assimilée à un test dangereux.

Le Danemark dispose-t-il encore de leviers pour dissuader Donald Trump de s'emparer du Groenland ?

Le gouvernement danois a tenté de convaincre les Américains qu’il assumait pleinement ses responsabilités en matière de sécurité. Mais jusqu’ici, Copenhague n’est pas parvenue à freiner la dynamique indépendantiste, ni à contenir les ambitions les plus débridées du gouvernement groenlandais en matière de coopération avec la Chine. Si les autorités groenlandaises renonçaient à leurs projets d’indépendance et si le royaume du Danemark adoptait des mesures fermes à l’égard de Pékin, cela contribuerait largement à désamorcer l’offensive politique de Donald Trump.

Ne serait-ce pas céder à la pression et aux velléités impériales américaines ?

On peut toujours spéculer sur les motivations de l’administration Trump et en quoi ses ambitions pourraient s’inscrire dans le cadre des traités existants. Il n’en reste pas moins que le président américain veut le Groenland. Le Danemark doit en prendre acte. Au bout du compte, la menace russe en mer Baltique est plus déterminante pour nous. S’il fallait choisir, ce serait notre priorité.

Plusieurs pays européens ont défendu la souveraineté du Groenland, sans préciser ce qu’ils feraient en cas d’annexion américaine. Les Européens ont-ils un plan ou naviguent-ils à vue ?

La déclaration européenne rappelle que le peuple groenlandais est maître de son destin et que toute décision doit être prise par le Danemark et le Groenland dans le cadre juridique du royaume. Autrement dit, elle ne ferme pas la porte à un accord entre les États-Unis et les Groenlandais, dès lors que celui-ci serait entériné par Copenhague.

Il ne s’agit donc en rien d’une "doctrine Monroe à l’envers". Bien au contraire, le texte insiste sur le caractère transatlantique de la sécurité dans l’Arctique. J’y vois avant tout la volonté des Européens de ne pas être tenus à l’écart de ce dossier. Dans l’immédiat, ce soutien européen est évidemment précieux pour le Danemark. Mais il a aussi un revers : la question groenlandaise risque d’être imbriquée à d’autres dossiers – les droits de douane, l’Ukraine – au point que Copenhague pourrait être sommée de faire des concessions au nom d’un intérêt jugé supérieur.

À ce propos, la faiblesse de la réaction des dirigeants européens est-elle un aveu d’impuissance, ou relève-t-elle simplement d’une "realpolitik" visant à préserver le soutien américain à l’Ukraine ?

En réalité, les dirigeants européens soutiennent mordicus une position danoise objectivement fragile. Et cette fragilité ne tient pas tant aux pressions américaines qu’à un choix assumé, constitutionnel et politique : celui d’avoir ouvert la voie à l’indépendance du Groenland. Le Groenland finira, tôt ou tard, par se détacher du Danemark. La véritable question est de savoir s’il pourra le faire sans tomber sous la dépendance des États-Unis.

Et qu’en est-il de l’Otan ? L'Alliance atlantique pourrait-elle survivre à un affrontement entre alliés ?

Les relations parfois conflictuelles entre la Grèce et la Turquie montrent que l’Otan a déjà connu des tensions internes. Mais ici, la situation est différente, car les États-Unis sont eux-mêmes partie prenante. Le Danemark se trouve à la croisée de deux zones stratégiques majeures : la Baltique, où il est directement engagé dans la dissuasion face à la Russie et la protection de ses alliés nordiques et baltes ; et l’Atlantique Nord, dont le Groenland constitue un pivot essentiel pour le contrôle des routes maritimes, de l’espace aérien et de l’accès à l’Arctique.

Les revendications américaines sur le Groenland contraignent ainsi Copenhague à arbitrer entre ces deux priorités stratégiques. Il pourrait arriver un moment où le Danemark se retrouverait face à un dilemme stratégique : en s’opposant aux États-Unis sur le Groenland, Copenhague risquerait de fragiliser le soutien américain dont il dépend pour sa sécurité en mer Baltique, notamment face à la Russie. Dans une telle configuration, le choix serait politiquement douloureux, mais stratégique­ment évident : pour le Danemark, la sécurité de la Baltique prime sur celle du Groenland.

© LANDOV/MAXPPP

"Si les Etats-Unis lançaient une invasion, les forces danoises du Groenland se battraient", analyse Mikkel Vedby Rasmussen, ancien chef du bureau de stratégie au ministère danois de la Défense.
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Audiovisuel public : ces grandes réformes européennes qui pourraient nous inspirer

Comparer les lois, les chiffres, les phénomènes de société, les politiques publiques... Chaque semaine, L'Express explore les pratiques de nos voisins européens afin de trouver les meilleures inspirations sur notre continent et nourrir ainsi le débat en France.

Comment l’Etat peut-il faire des économies sans augmenter les impôts ? Partout en Europe, la question se pose, avec un secteur dans le viseur : l’audiovisuel public. Alors que des coupes budgétaires sont attendues en 2026 aux Pays-Bas, en Allemagne ou encore en France, plusieurs voix s’élèvent en faveur d’une privatisation de Radio France et de France Télévision, en particulier au sein de Reconquête et du RN qui reprochent au service public d’être tout à la fois dispendieux et partial - une commission d'enquête sur sa "neutralité", son "fonctionnement" et son "financement" a notamment été ouverte fin novembre au Palais Bourbon à la demande du groupe UDR d'Eric Ciotti, allié des frontistes.

Une double charge qui s’entend dans plusieurs des 24 langues du Vieux Continent, et ce depuis quelques années déjà. Des projets de privatisation ont même été amorcés, mais aucun n’a abouti. "Même lorsque la privatisation a été présentée comme une solution évidente, en particulier dans les années 1980 et 1990, l’expérience a montré ses limites, décrypte Jo Bardoel, chercheur associé à l’Amsterdam School of Communication Research. Les responsables politiques ont constaté qu’en laissant l’information, l’actualité politique ou la culture aux acteurs commerciaux, la quantité et la qualité des contenus d’intérêt général diminuaient." Il n'en reste pas moins que certains de nos voisins ont entrepris d'importantes réformes. Preuve qu'entre maintien du statu quo et privatisation, d'autres voies existent. Tour d’horizon européen.

Le Royaume-Uni met la BBC en chantier

Outre-Manche, une consultation a été lancée début décembre sur le devenir du mastodonte BBC qui continue à dominer le marché de l’audiovisuel malgré une récente crise précipitée par un montage à charge contre Donald Trump qui a conduit à la démission de son directeur général, Tim Davie. Pour l’essentiel, le débat ouvert fin 2025 s’articule sur le maintien ou non de la redevance, qui demeure jusqu’à présent l’unique source de financement du service public dont le budget tutoie les 6,7 milliards de livres sterling.

Plusieurs alternatives sont à l’étude, à l’instar de l’ouverture aux annonceurs - selon le modèle de Channel 4, financée par la pub ; mais aussi des pistes plus originales, comme un abonnement premium, ou la mise en place de contenus payants. L’exécutif travailliste a, en revanche, déjà écarté le remplacement de la redevance par un financement via le budget de l’Etat, qui accroîtrait la dépendance de la BBC au politique en soumettant son financement aux arbitrages budgétaires annuels. Mais c’est seulement à l’issue de cette consultation, le 10 mars prochain, que le gouvernement présentera sa vision globale pour l’avenir de l’historique BBC.

En Italie, les dessous très politiques de la RAI

Pas de grande consultation dans la botte de l’Europe, en dépit des nombreuses contestations de l’audiovisuel public transalpin, lui aussi financée pour l’essentiel par une redevance, la Canone. Dès son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni a été accusée par l’opposition de vouloir prendre le contrôle de la RAI dont les 8 chaînes de télévision et les trois stations de radios se partagent une enveloppe de quelque 2,8 millions d’euros et détiennent près de 40 % des parts d’audiences. Certains reprochent même au service public d'avoir muté en "Télé Meloni" depuis l'arrivée à sa tête de de Giampaolo Rossi, placé par la patronne de Fratelli d'Italia. Une nomination rendue possible par une réforme de Matteo Renzi qui, en 2015, a donné au gouvernement un rôle central dans la désignation du directeur général de la RAI. À l'époque, l’objectif était de tordre le cou à la vieille lottizzazione (une pratique jugée très politisée, consistant à répartir les postes de direction entre les partis politiques) et ainsi, de rendre l’audiovisuel public plus indépendant du politique. Loupé !

Le singulier modèle "Yle" finlandais

Avec 43 % de parts de marché TV, et une radio écoutée chaque semaine par 92 % de la population adulte, l’audiovisuel public finlandais, Yle, compte parmi les plus populaires du Vieux continent. Des performances remarquables, qui se cumulent à un modèle économique unique en Europe. En 2013, plutôt que de remplacer la redevance par un financement adossé au budget de l’État, comme le fera la France en 2022, la Finlande a opté pour un impôt progressif prélevé sur les revenus et bénéfices des entreprises, et directement affecté à son service public, dont le budget gravite autour de 550 millions d’euros. Un mode de financement qui a permis de collecter en 2024 548 millions d’euros, et surtout, qui protège la radio-télévision publique finlandaise d’éventuelles coupes budgétaires, son budget n'étant pas renégocié chaque année lors du vote de la loi de finances.

D'après RSF, la Suède est le pays d'Europe où les médias publics sont les plus indépendants. La France ne pointe qu'à la 11e place.
D'après RSF, la Suède est le pays d'Europe où les médias publics sont les plus indépendants. La France ne pointe qu'à la 11e place.

En Suisse, l’audiovisuel public plébiscité

En 2018, un petit séisme a secoué l’audiovisuel public de la plus directe des démocraties européennes. Une initiative citoyenne visant à supprimer la redevance audiovisuelle et à interdire toute aide publique structurelle au secteur a recueilli les 100 000 signatures requises pour être soumise à un référendum. L’enjeu du scrutin était de taille car l'adoption du texte condamnait l’audiovisuel public sinon à la privatisation, à puiser ses recettes auprès des annonceurs ou des consommateurs via un système d’abonnements payants. Mais à cette logique commerciale, les Helvètes ont préféré le maintien de la SSR et de son financement public ; 72 % d’entre eux (le taux de participation était de 54 %) se sont prononcés contre l’initiative. L’audiovisuel public a néanmoins subi quelques secousses : la réduction progressive de la redevance audiovisuelle a contraint la SRG/SSR a engagé un plan de restructuration. 900 emplois devraient être supprimés d’ici 2029.

Table rase en Slovaquie

C’est probablement à Bratislava que la remise en cause de l’audiovisuel public a pris la tournure la plus radicale. En 2024, le leader d’extrême droite Roberto Fico, de retour au pouvoir à la tête d’une coalition de partis nationalistes et pro-russes, réussit à faire voter au Parlement la dissolution de la RTVS. Le radiodiffuseur public historique est remplacé par une nouvelle entité, la STVR, au sein de laquelle la majorité au pouvoir détient un rôle clé dans les nominations. Avant la réforme, la direction du service public était désignée directement par le Parlement, ce qui laissait théoriquement la place à des équilibres, voire à des compromis entre forces politiques. Depuis, ce mécanisme a été remplacé par un conseil composé de membres désignés par le gouvernement et par un Parlement dominé par sa majorité. De nombreuses manifestations ont émaillé le pays pour empêcher cette reprise en main par le politique sur l’audiovisuel public. En vain.

© IP3 PRESS/MAXPPP

La question d'une réforme de l'audiovisuel public n'est pas réservée à la France, bien au contraire.
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