Le Kremlin renvoie un général connu pour ses assauts brutaux
Il était l'un des généraux favoris du Kremlin, malgré ses méthodes jugées brutales au sein de ses propres troupes. Dans un article publié le 18 janvier, Kyiv Post révèle que Sukhrab Akhmedov, un haut gradé russe, a été relevé de ses fonctions après quatre années à des postes de commandement importants en Ukraine. Originaire du Daghestan et issu d'une famille de militaires, l'homme de 51 ans était notamment connu pour son nombre important de pertes lors des assauts qu'il ordonnait, expliquant son impopularité auprès des combattants russes.
Après avoir suivi un cursus à l'Académie Frounzé de Moscou en 2005, le principal établissement qui forme les officiers de l'armée russe destinés aux plus hauts postes de commandement, Akhmedov avait commandé de 2009 à 2015 la 155e brigade d'infanterie de marine, une unité d'élite russe privilégiée par le Kremlin, basée à Vladivostok. Fin février 2022, c'est aussi lui, entre autres, qui participa à l'offensive principale du Kremlin en Ukraine, en dirigeant un groupe d'assaut amphibie d'élite, comprenant son ancienne unité.
Un commandement autoritaire
Mais très vite, des premiers témoignages font état d'un commandement autoritaire, plus soucieux de plaire aux supérieurs qu'à minimiser le nombre de pertes des troupes. Comme en mars 2022, lorsque la 155e brigade et d'autres unités reçurent l'ordre répété d'attaques infructueuses contre les défenses ukrainiennes robustes autour du village de Moshchun, au nord de Kiev. En novembre de la même année, des fusiliers marins de la 155e brigade, dans une lettre ouverte adressée au gouverneur de l'île de Sakhaline, ont accusé leur ancien commandant de brigade, Akhmedov, de sacrifier des vies humaines lors d'attaques vouées à l'échec.
"Suite à cette offensive "soigneusement" planifiée par des "grands chefs", nous avons perdu environ 300 hommes, tués, blessés ou disparus, en quatre jours. La moitié de notre équipement a été détruite. Et il ne s'agit que des pertes de notre brigade. Le commandement de district, de concert avec Akhmedov, dissimule ces faits et utilise les chiffres officiels (falsifiés) des pertes par crainte d'être tenus responsables", peut-on lire dans la missive.
Une ascension importante
Malgré ces critiques, le général a continué son ascension, au point d'être promu commandant de la 20e armée inter-armées russe en décembre 2022, puis général de division par l'ancien ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, le 17 février 2023. Mais en juin 2023, bis repetita : cette fois, des blogueurs pro-russes critiquent vivement le militaire, après qu'une formation rassemblée pour un discours de "motivation" des troupes a été touchée par des missiles ukrainiens. Kirill Federov, l'un des plus connus (550 000 abonnés sur Telegram), a révélé que l'unité russe était restée en formation à découvert, pendant plus de deux heures, attendant l'arrivée d'Akhmedov et de son entourage, qui étaient en retard. Les services de reconnaissance ukrainiens ont alors repéré la formation et l'ont touchée avec des roquettes d'artillerie chargées de munitions à fragmentation, provoquant 200 victimes, dont environ la moitié ont été tuées, ont rapporté des médias russes et ukrainiens indépendants.
Si Akhmedov a démissionné de son commandement de la 20e armée en mai 2024, il a par la suite été réaffecté au poste de superviseur des forces terrestres et aériennes russes défendant la région de Koursk contre une invasion ukrainienne inattendue. Après plusieurs opérations à succès, le président de la République russe du Daghestan, Sergueï Melikov, a annoncé le 10 juillet 2025 lui remettre la plus haute distinction russe, celle de Héros de la Russie, pour ses exploits militaires exceptionnels et pour être "un commandant de combat qui ne se cache jamais derrière les autres et qui est toujours aux côtés de ses hommes".
Le 22 décembre, une ultime tentative d'assaut blindé massif, ordonnée par Akhmedov, pour reprendre le terrain autour de Dobropillia "à tout prix", se solda néanmoins par un échec retentissant. Selon des rapports de l'armée ukrainienne, 24 véhicules blindés de la 155e brigade et d'autres unités de marine ont été envoyés au combat, mais des drones bombardiers, des mortiers, des mines et de l'artillerie ont anéanti l'attaque, détruisant 15 chars et autres véhicules blindés en moins de deux heures et forçant le reste des soldats russes à battre en retraite. Dans des rapports d'après-bataille publiés le 11 décembre, l'armée ukrainienne a indiqué qu'une centaine de soldats russes, pour la plupart épuisés, s'étaient rendus, dont plus de 50 près du village.
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