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Bruno Tertrais : "Il y a toujours eu une méfiance réciproque entre l'Iran et la Russie"

L'Iran n'est pas le membre le plus important de ce que certains ont appelé "l'axe anti-occidental", explique Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, le noyau dur du "quatuor" étant constitué par la Chine, la Russie et la Corée du Nord. Devant la crise à laquelle est confronté le régime des mollahs, "Pékin et Moscou attendent de voir de quel côté la pièce va retomber et se demandent avant tout comment ils vont pouvoir préserver leurs intérêts nationaux", souligne l'auteur de La Guerre des mondes. Le retour de la géopolitique et le choc des empires (Ed. de l'Observatoire - nouvelle édition, Alpha, 2025). Entretien.

L'Express : Comment la Chine et la Russie regardent-elles la crise en Iran ?

Bruno Tertrais : Je ne pense pas que la Chine s'inquiète de la possibilité qu'un régime différent arrive au pouvoir. En revanche, une période de chaos prolongé en Iran pourrait mettre hors-jeu l'un de ses principaux fournisseurs de pétrole, plus important que le Venezuela. Pour la Russie, c’est différent. Il y a toujours eu une méfiance réciproque entre Téhéran et Moscou, qui n’a pas d’alliance formelle avec l’Iran. Cela dit, la position stratégique et géographique de l’Iran la rend particulièrement importante pour Moscou, y compris du point de vue de l'influence de l'islam chiite sur le Caucase et l'Asie centrale. Ce sont surtout ces considérations qui préoccupent la Chine et la Russie, plutôt que des considérations de grande stratégie anti-occidentale.

Dans quelle mesure la chute du régime de Téhéran affaiblirait-elle ce que certains appellent l'axe anti-occidental ?

Ce n'est pas un axe, mais plutôt une sorte de "quatuor" de pays anti-occidentaux. Seuls deux d’entre eux sont formellement alliés : la Corée du Nord et la Russie. Et il n'y a quasiment aucune coopération à quatre, sauf dans le domaine des drones - à l’image de ces Nord-coréens qui, à Kazan, fabriquent des drones avec des pièces détachées chinoises sur des modèles iraniens. En réalité, cette "amicale" anti-Occident est surtout constituée de la Russie, la Chine et la Corée du Nord, trois pays mitoyens dont les habitudes de coopération datent d’avant la révolution iranienne. Ce sont eux, le noyau dur. D’ailleurs, le Guide suprême iranien n’était pas à Pékin, en septembre dernier, aux côtés de Kim Jong-un, de Vladimir Poutine et de Xi Jinping. Remarque importante : l'opération américaine au Venezuela a montré - comme c’était déjà le cas après les bombardements de juin dernier sur l'Iran - que les performances des systèmes de défense antiaérienne, des intercepteurs russes et des radars chinois sont très mauvaises. Constat qui, au passage, risque de renforcer encore la paranoïa de ces régimes…

Êtes-vous surpris par la prudence de Pékin et de Moscou vis-à-vis des événements en Iran ?

Non. Et je serai même étonné qu'il y ait des réactions fortes de la part de ces pays qui attendent de voir de quel côté la pièce va retomber et se demandent avant tout comment ils vont pouvoir préserver leurs intérêts nationaux.

Cette attitude doit en tout cas faire prendre conscience au régime iranien qu’il est bien seul, après l'affaiblissement du Hezbollah et la chute de Bachar al-Assad…

La guerre des Douze jours [avec Israël, en juin dernier], qui a révélé la faiblesse des défenses iraniennes, a beaucoup choqué le régime. L’Iran est un pays blessé qui se referme sur lui-même, et dont la première motivation aujourd’hui est de préserver le régime envers et contre tout, d’où la violence actuelle envers les manifestants. Sans doute le gel prévisible des circuits financiers avec le Venezuela complique-t-il la situation iranienne…

Peut-on, selon vous, imaginer un accord "à la vénézuélienne" entre l'administration Trump et Téhéran ? À savoir, décapiter le régime, sans le faire tomber ?

Cela me paraît fantasmagorique. Je n'imagine pas de négociation formelle entre ce régime et les Etats-Unis. Comment imaginer que les Gardiens de la Révolution négocient le départ de Khamenei avec Washington ? Cela ne veut pas dire qu’il faut exclure un scénario où le régime tente une sorte de perestroïka. Mais il n’a pas besoin des États-Unis pour ça.

La question nucléaire peut-elle, avec le durcissement du régime, revenir au premier plan ?

Non, je ne le pense pas. En revanche, si le régime s'effondre et que c’est le chaos, l’inquiétude pourrait monter concernant l’avenir de ce qu’il reste du programme nucléaire iranien, des infrastructures, de la matière et des scientifiques. On pourrait alors imaginer que les Israéliens – et sans doute aussi les Américains – mènent des opérations conjointes pour contrôler certaines installations.

Quelles seraient les conséquences d’une chute du régime pour l'Arabie saoudite ?

Les régimes autoritaires n'aiment pas le chaos, ni chez eux, ni autour d'eux. Je ne suis donc pas certain que l'Arabie saoudite se réjouisse d'un scénario de chaos en Iran, tout comme la Chine ou la Russie. Imaginons maintenant un scénario dans lequel les Gardiens de la révolution récupèrent le pouvoir au détriment des autorités religieuses, et où l'équilibre entre les deux soit rompu au bénéfice des premiers, l'Arabie saoudite serait alors débarrassée d'un problème qui existe depuis 1979, à savoir la contestation permanente par le régime iranien du statut du roi de l'Arabie saoudite comme "gardien des deux mosquées". Évoquons aussi l'aspect pétrolier : si la production et la distribution de pétrole sont très sévèrement perturbées pendant cette période de chaos, cela aura un impact fort sur l’Arabie saoudite qui, comme les autres monarchies du Golfe, veut d’abord la sécurité du trafic maritime pour exporter les hydrocarbures. Maintenant, imaginons deux variantes de ce scénario. Dans le cas de la stabilisation d'un régime iranien qui ne serait plus une théocratie mais une république autoritaire, l'Arabie saoudite pourrait saluer l'avènement d'un régime qui lui serait moins hostile. Entre régimes autoritaires mais non concurrents sur les plans politique et idéologique, de chaque côté du Golfe, on peut très bien imaginer qu'ils arrivent à s’entendre.

Second cas, qui n'est pas le schéma actuel, mais pourrait le devenir dans quelques années : l'Iran devient une sorte de "nouvelle Turquie", c'est-à-dire un pays qui accepte une occidentalisation partielle et se développe dans un cadre relativement autoritaire, avec une dimension religieuse qui n'aurait pas disparu. Ce scénario pourrait devenir un problème pour l'Arabie saoudite, car l’Iran deviendrait dans les faits une sorte de concurrent, un nouveau régime autoritaire moderne au Moyen-Orient avec une élite et une classe moyenne extrêmement éduquée.

© Sputnik/Sergei Karpukhin/Pool via REUTERS

Le président russe Vladimir Poutine rencontre le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi au Kremlin à Moscou, le 23 juin 2025.
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Bruno Tertrais : "Il y a toujours eu une méfiance réciproque entre l'Iran et la Russie"

L'Iran n'est pas le membre le plus important de ce que certains ont appelé "l'axe anti-occidental", explique Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, le noyau dur du "quatuor" étant constitué par la Chine, la Russie et la Corée du Nord. Devant la crise à laquelle est confronté le régime des mollahs, "Pékin et Moscou attendent de voir de quel côté la pièce va retomber et se demandent avant tout comment ils vont pouvoir préserver leurs intérêts nationaux", souligne l'auteur de La Guerre des mondes. Le retour de la géopolitique et le choc des empires (Ed. de l'Observatoire - nouvelle édition, Alpha, 2025). Entretien.

L'Express : Comment la Chine et la Russie regardent-elles la crise en Iran ?

Bruno Tertrais : Je ne pense pas que la Chine s'inquiète de la possibilité qu'un régime différent arrive au pouvoir. En revanche, une période de chaos prolongé en Iran pourrait mettre hors-jeu l'un de ses principaux fournisseurs de pétrole, plus important que le Venezuela. Pour la Russie, c’est différent. Il y a toujours eu une méfiance réciproque entre Téhéran et Moscou, qui n’a pas d’alliance formelle avec l’Iran. Cela dit, la position stratégique et géographique de l’Iran la rend particulièrement importante pour Moscou, y compris du point de vue de l'influence de l'islam chiite sur le Caucase et l'Asie centrale. Ce sont surtout ces considérations qui préoccupent la Chine et la Russie, plutôt que des considérations de grande stratégie anti-occidentale.

Dans quelle mesure la chute du régime de Téhéran affaiblirait-elle ce que certains appellent l'axe anti-occidental ?

Ce n'est pas un axe, mais plutôt une sorte de "quatuor" de pays anti-occidentaux. Seuls deux d’entre eux sont formellement alliés : la Corée du Nord et la Russie. Et il n'y a quasiment aucune coopération à quatre, sauf dans le domaine des drones - à l’image de ces Nord-coréens qui, à Kazan, fabriquent des drones avec des pièces détachées chinoises sur des modèles iraniens. En réalité, cette "amicale" anti-Occident est surtout constituée de la Russie, la Chine et la Corée du Nord, trois pays mitoyens dont les habitudes de coopération datent d’avant la révolution iranienne. Ce sont eux, le noyau dur. D’ailleurs, le Guide suprême iranien n’était pas à Pékin, en septembre dernier, aux côtés de Kim Jong-un, de Vladimir Poutine et de Xi Jinping. Remarque importante : l'opération américaine au Venezuela a montré - comme c’était déjà le cas après les bombardements de juin dernier sur l'Iran - que les performances des systèmes de défense antiaérienne, des intercepteurs russes et des radars chinois sont très mauvaises. Constat qui, au passage, risque de renforcer encore la paranoïa de ces régimes…

Êtes-vous surpris par la prudence de Pékin et de Moscou vis-à-vis des événements en Iran ?

Non. Et je serai même étonné qu'il y ait des réactions fortes de la part de ces pays qui attendent de voir de quel côté la pièce va retomber et se demandent avant tout comment ils vont pouvoir préserver leurs intérêts nationaux.

Cette attitude doit en tout cas faire prendre conscience au régime iranien qu’il est bien seul, après l'affaiblissement du Hezbollah et la chute de Bachar al-Assad…

La guerre des Douze jours [avec Israël, en juin dernier], qui a révélé la faiblesse des défenses iraniennes, a beaucoup choqué le régime. L’Iran est un pays blessé qui se referme sur lui-même, et dont la première motivation aujourd’hui est de préserver le régime envers et contre tout, d’où la violence actuelle envers les manifestants. Sans doute le gel prévisible des circuits financiers avec le Venezuela complique-t-il la situation iranienne…

Peut-on, selon vous, imaginer un accord "à la vénézuélienne" entre l'administration Trump et Téhéran ? À savoir, décapiter le régime, sans le faire tomber ?

Cela me paraît fantasmagorique. Je n'imagine pas de négociation formelle entre ce régime et les Etats-Unis. Comment imaginer que les Gardiens de la Révolution négocient le départ de Khamenei avec Washington ? Cela ne veut pas dire qu’il faut exclure un scénario où le régime tente une sorte de perestroïka. Mais il n’a pas besoin des États-Unis pour ça.

La question nucléaire peut-elle, avec le durcissement du régime, revenir au premier plan ?

Non, je ne le pense pas. En revanche, si le régime s'effondre et que c’est le chaos, l’inquiétude pourrait monter concernant l’avenir de ce qu’il reste du programme nucléaire iranien, des infrastructures, de la matière et des scientifiques. On pourrait alors imaginer que les Israéliens – et sans doute aussi les Américains – mènent des opérations conjointes pour contrôler certaines installations.

Quelles seraient les conséquences d’une chute du régime pour l'Arabie saoudite ?

Les régimes autoritaires n'aiment pas le chaos, ni chez eux, ni autour d'eux. Je ne suis donc pas certain que l'Arabie saoudite se réjouisse d'un scénario de chaos en Iran, tout comme la Chine ou la Russie. Imaginons maintenant un scénario dans lequel les Gardiens de la révolution récupèrent le pouvoir au détriment des autorités religieuses, et où l'équilibre entre les deux soit rompu au bénéfice des premiers, l'Arabie saoudite serait alors débarrassée d'un problème qui existe depuis 1979, à savoir la contestation permanente par le régime iranien du statut du roi de l'Arabie saoudite comme "gardien des deux mosquées". Évoquons aussi l'aspect pétrolier : si la production et la distribution de pétrole sont très sévèrement perturbées pendant cette période de chaos, cela aura un impact fort sur l’Arabie saoudite qui, comme les autres monarchies du Golfe, veut d’abord la sécurité du trafic maritime pour exporter les hydrocarbures. Maintenant, imaginons deux variantes de ce scénario. Dans le cas de la stabilisation d'un régime iranien qui ne serait plus une théocratie mais une république autoritaire, l'Arabie saoudite pourrait saluer l'avènement d'un régime qui lui serait moins hostile. Entre régimes autoritaires mais non concurrents sur les plans politique et idéologique, de chaque côté du Golfe, on peut très bien imaginer qu'ils arrivent à s’entendre.

Second cas, qui n'est pas le schéma actuel, mais pourrait le devenir dans quelques années : l'Iran devient une sorte de "nouvelle Turquie", c'est-à-dire un pays qui accepte une occidentalisation partielle et se développe dans un cadre relativement autoritaire, avec une dimension religieuse qui n'aurait pas disparu. Ce scénario pourrait devenir un problème pour l'Arabie saoudite, car l’Iran deviendrait dans les faits une sorte de concurrent, un nouveau régime autoritaire moderne au Moyen-Orient avec une élite et une classe moyenne extrêmement éduquée.

© Sputnik/Sergei Karpukhin/Pool via REUTERS

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En Iran, le peuple se dresse contre les islamistes : l'heure de la révolte finale ?

Il y a ces médecins à qui l’on ordonne de ne pas soigner les blessés - au torse, au cou, aux yeux -, affluant en masse dans les hôpitaux ; ces hommes et femmes qui n’hésitent plus à brûler des photos du Guide suprême ; et ces dizaines, voire centaines, de sacs mortuaires qui s’entassent au centre médico-légal Kahrizak de Téhéran. Des manifestants abattus froidement par les services de sécurité iraniens.

Entre deux coupures d’Internet et quelques brèves discussions grâce au réseau Starlink, des témoignages glaçants affluent des 31 provinces du pays. Brutalité abjecte d’un régime islamiste aux abois face au courage inouï de la population iranienne qui, jour après jour, descend dans la rue au péril de sa vie. Les chiffres du bain de sang sont effroyables : plus de 600 morts et 10 000 arrestations depuis le 28 décembre, selon l'ONG Hrana, basée aux Etats-Unis. Mais le bilan pourrait être bien supérieur.

Même si la brutale répression réduit les chances d’une chute immédiate du pouvoir, l’hypothèse d’un basculement prochain de la République islamique demeure entière.
Même si la brutale répression réduit les chances d’une chute immédiate du pouvoir, l’hypothèse d’un basculement prochain de la République islamique demeure entière.

Quarante-sept ans après l’instauration de la République islamique, le régime des mollahs reste une machine à réprimer implacablement son peuple. Mais telle une vague qui revient chaque fois plus forte, les Iraniens continuent de se lever face à un régime liberticide, corrompu et inapte. Ils ont lancé le mouvement "vert" de 2009 contre la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad, les protestations contre la hausse des prix du carburant en 2019, la révolution "Femme, Vie, Liberté" en 2022, après la mort de Mahsa Ahmini pour un voile mal ajusté. Aujourd’hui, encore, tout un peuple revient à la charge, dépassant ses peurs, pour en finir avec ce régime honni. Nul ne peut prédire si ce mouvement sera, comme les précédents, fauché par les balles.

Un Iranien sur trois vit sous le seuil de pauvreté

"Je suis dévasté… Ce black-out numérique et les rares nouvelles, sombres et sanglantes, venant d'Iran me tuent à petit feu", témoigne Maziar, un ingénieur de 31 ans qui, avant de rejoindre l'Allemagne, a participé à tous les mouvements de colère de ces dernières années. Cette fois, l’étincelle est venue des bazars, qui ont baissé le rideau face à l’hyperinflation. Un coup dur pour les mollahs, tant ce cœur battant de l’économie, soutien stratégique du régime, avait été l’épicentre de la chute du chah en 1979. Presque cinq décennies plus tard, un Iranien sur trois vit sous le seuil de pauvreté. "La République islamique n’a pas tenu ses promesses. Elle s’est montrée incapable d’assurer la protection sociale des Iraniens, résume Riccardo Alcaro, directeur de recherche à l'Istituto Affari Internazionali, à Rome. Son projet d'organisation de l'économie et de la société est un échec total."

Décrié depuis longtemps, le pouvoir théocratique a perdu toute crédibilité. Jamais le régime des mollahs, menacé à l’intérieur et à l’extérieur du pays, n’aura paru aussi en danger. "Sa situation est fragile. Chaque vague de protestations a ajouté une couche supplémentaire à cette crise de légitimité”, souligne Raz Zimmt, directeur du programme Iran à l’Institut national d’études de sécurité (INSS) de l’université de Tel-Aviv.

Aux motifs économiques, tels que les pénuries d’eau, d’aliments et les coupures électriques, se sont ajoutées des revendications politiques. La jeunesse, très mobilisée, ne voit aucun avenir dans l’Iran exsangue de Khamenei. Une scène, filmée par un téléphone portable lors de la "journée de l’étudiant" le 7 décembre dernier, illustre cet incroyable souffle de liberté qui la traverse depuis plusieurs années. Un jeune homme lit d’une voix ferme, à l’émotion contenue, le discours qu’il a préparé, face à Saïd Jalili, un proche d’Ali Khamenei, venu à l’université de la capitale s’exprimer devant une salle remplie d’élèves. "Vous, dont les mains et chaque souffle, chaque respiration portent l’odeur du sang, vous inondez les rues de vos forces répressives [...] Vous tuez et vous tuez. Mais vous ne savez pas que la voix de la liberté ne s’éteindra pas. [...] Alors tuez-nous. Peut-être viendra-t-il un jour où mon Iran, ma belle patrie, du fait de votre incurie et de vos politiques insensées, n’aura plus d’air pour respirer ni d’eau pour étancher sa soif. Mais même ce jour-là, la voix sera. La plume sera." Tout est résumé dans les mots poignants de cet étudiant d’un courage fou, dont le sort reste inconnu… Le désespoir est tel, en Iran, qu’il est plus fort que la mort.

Ce sont encore les étudiants qui, face aux miliciens bassidjis, ont scandé le 30 décembre "Mort au principe du Velayate Faqih !", le concept théologique qui confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique. Au sein de la population, l’une des moins religieuses de la région, les aspirations pour une société plus séculière ne cessent de grandir. "On voit dans les cortèges un impressionnant rejet de l’islam. Des femmes et des hommes affirment ne pas être musulmans, mais persans, et se réclament de Cyrus le Grand [fondateur du premier grand empire iranien, vers 550 avant J.-C.] et de Xerxès [roi de l’empire achéménide, au Ve siècle avant notre ère]. C'est l'affirmation d’une identité iranienne fondée sur le zoroastrisme [religion dominante en Iran avant l’islam] et l’héritage de la Perse antique", constate Bernard Haykel, professeur d’études du Proche-Orient à l’université de Princeton.

Des secousses externes

A cette vague de contestations se sont greffées toute une série de secousses externes. Depuis la chute de son allié Bachar al-Assad en Syrie, en décembre 2024, le pouvoir enchaîne les catastrophes géopolitiques. Israël a décapité le Hezbollah et affaibli le Hamas, ses bras armés dans la région. Téhéran ne s’est jamais vraiment remis de la "guerre des douze jours" qui, en juin dernier, a vu Israël frapper des sites stratégiques iraniens, éliminer des hauts cadres du régime, et les Etats-Unis bombarder des installations nucléaires. Les deux piliers stratégiques de Téhéran ont été ébranlés : son programme nucléaire et son influence régionale.

Et voilà que Donald Trump menace ouvertement le régime iranien de représailles en cas de violences sur les manifestants. Si l’envoi de troupes au sol paraît exclu, le récent coup de force américain au Venezuela, l’allié de l’Iran en Amérique latine, et la capture de Nicolas Maduro ont déclenché un vent de panique à Téhéran. Les Etats-Unis pourraient-ils reproduire l’opération chirurgicale menée en Amérique latine à 11 000 kilomètres de là, au cœur des montagnes de l’Alborz, en mêlant frappes ciblées et enlèvement du Guide suprême ? Certains médias iraniens pro régime affirment - sans confirmation à ce stade - que les Etats-Unis ont déjà déployé la 101e division aéroportée à la frontière. Reste qu'une offensive contre ce pays difficile d'accès serait autrement plus compliquée que dans les Caraïbes. "Quand bien même ils captureraient l’ayatollah Khamenei, cela ne signifierait pas la chute immédiate du régime, qui pourrait mener des représailles dans toute la région, même avec des alliés diminués", tempère Ali Vaez, directeur du projet Iran de l’International Crisis Group. A l’inverse du clan Assad, le système iranien ne dépend pas d’un seul homme. Après les éliminations ciblées menées par le Mossad israélien en juin dernier, le Guide suprême, déjà très âgé (87 ans) et malade, aurait déjà choisi plusieurs dignitaires religieux comme successeurs potentiels.

Des appels à la défection

Si la brutale répression a réduit les chances d’une chute à court terme du pouvoir, l’hypothèse d’un basculement demeure entière dans les semaines ou les mois qui viennent. Pour le chancelier allemand Friedrich Merz, il ne fait guère de doute qu'il "vit ses derniers jours et semaines". Depuis plusieurs jours, des appels à la défection visant les Gardiens de la révolution circulent abondamment sur les réseaux, sans que l’on sache s’ils se traduisent dans les faits.

"Face à une révolte, le régime se ressoude. Les forces ultraconservatrices, les Gardiens de la révolution et tout l'entourage de Khamenei se rassemblent pour la défense de leur pouvoir et de leurs intérêts économiques", analyse Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran pour le centre d’étude Etopia. En exerçant une pression maximale sur Téhéran - déjà étranglé par les sanctions américaines -, Donald Trump espère faire émerger une ligne plus modérée et conciliante avec les intérêts américains. Par ricochet, il perturbe deux grands partenaires de l’Iran : la Russie et surtout la Chine, de loin le premier acheteur de pétrole iranien. Deux superpuissances qui risquent déjà de pâtir des droits de douane à 25 % que le président américain a instaurés le 12 janvier contre les pays commerçant avec l’Iran.

Dans ce contexte, Téhéran cherche à garder le canal ouvert avec Washington, via l’envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff. Certains conseillers de la Maison-Blanche plaident pour privilégier la voie diplomatique face à la ligne interventionniste qui a prévalu depuis la réélection de Donald Trump. Une rencontre entre officiels iraniens et américains pourrait même avoir lieu. Enivré par son succès au Venezuela, le président américain poursuivra-t-il sur sa lancée ? "Il reste convaincu, comme les dirigeants de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et d’Israël, que le régime iranien est le plus dangereux et menaçant de la région", note Bernard Haykel. S’il décide d’écarter l’option militaire, d’autres solutions - non létales - restent à sa disposition, comme l'imposition de nouvelles sanctions contre des personnalités du régime ou des cyberattaques afin de court-circuiter le black-out imposé aux Iraniens.

Pour l’heure, rien ne semble pouvoir apaiser la colère de la population. Les mesures prises par le régime - une aide à hauteur de 6 euros par mois et par personne durant quatre mois, alors que le salaire moyen s’élève à 170 euros - n’ont rien changé. "C’est comme mettre un pansement sur un cancer, résume Raz Zimmt, de l’INSS. La seule véritable solution serait un changement radical de politique. Mais au vu des discours de Khamenei, il est clair qu'il n'a aucune intention de changer de cap".

Au sein des cortèges, certains manifestants réclament le retour de Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d'Iran, seule option crédible selon eux, alors qu’il n’existe aucune opposition libre et structurée dans ce pays de plus 90 millions d’habitants. Benyamin Netanyahou rêve de le voir conduire la transition démocratique en Iran. Mais sa légitimité, très relative, reste encore à prouver.

Cette révolution sera-t-elle la bonne ? Sans aide extérieure et face à des tireurs sans pitié, les manifestants risquent de s’épuiser. Le régime ne fera alors que repousser sa fin. "Même si, dans quelques jours, le régime vient à bout des manifestations, ce ne sera qu'une question de temps avant qu'une nouvelle vague n'éclate, car aucun problème fondamental n'aura été résolu", résume Raz Zimmt, pour qui le régime devra, quoi qu'il arrive, se transformer. "Il est probable qu'après la mort de Khamenei, ou même avant, nous assistions à un changement radical dans le mode de gouvernement de l'Iran - et que des révisions constitutionnelles transforment par exemple la République islamique en une sorte de régime autoritaire militaire avec un Guide suprême beaucoup plus faible et un président plus fort issu des rangs des gardiens de la révolution."

Maziar, cet Iranien exilé en Allemagne ne s’en satisferait pas. Il lance un appel aux responsables politiques occidentaux : "Vous devez stopper le régime islamique en Iran. C'est un massacre, ils chassent des gens désarmés dans les rues. Vous devriez expulser leurs ambassadeurs et rappeler les vôtres. Cette dictature doit prendre fin le plus vite possible. Entendez notre voix, sauvez notre nation."

© via REUTERS

Des manifestants iraniens se rassemblent dans une rue de Téhéran, en Iran, le 8 janvier 2026, pour protester contre l'effondrement de la valeur de la monnaie.
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Et Donald Trump renversa l’ordre mondial : le début d'une "république impériale" américaine ?

Ce ne sont que quatre lettres. Mais elles résument le séisme géopolitique qui ébranle la planète depuis l’enlèvement spectaculaire du président vénézuélien, à Caracas, par les forces spéciales américaines, le 3 janvier. "SOON" (Bientôt), a averti Katie Miller, l’épouse du chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, en publiant sur son compte X une carte du Groenland repeinte aux couleurs du drapeau américain.

Le 4 juillet, peut-être ? Quel plus beau cadeau qu’un 51e État pour fêter les 250 ans de l’indépendance américaine ? Le locataire de la Maison-Blanche a déclaré le mois dernier qu’il voulait faire construire pour cette date un arc de triomphe qui "écrasera" le monument parisien à la gloire des victoires napoléoniennes. Avait-il déjà en tête l’opération "détermination absolue" à Caracas et peut-être d’autres à venir ?

Il y a peu, cette idée aurait fait sourire. On affublait alors le président américain du sobriquet de "Taco" ("Trumps Always Chickens Out", Trump se dégonfle toujours). Mais après les frappes contre les Houthis au Yémen au printemps dernier, l’Iran en juillet, le Nigeria en décembre et la mise sous tutelle du Venezuela, une annexion du Groenland n’a plus rien d’impossible. Pas plus qu’une intervention à Cuba ou au Mexique.

"Diplomatie de la canonnière"

Un an à peine après son "come-back", Donald Trump a renversé toutes les tables : il a brisé l’alliance historique entre l’Amérique et l’Europe, fait fi du droit international et remis au goût du jour la "diplomatie de la canonnière" prisée par ses lointains prédécesseurs afin de soumettre l’Amérique latine et les Caraïbes, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Coup d’éclat inouï, ce 3 janvier 2026 restera dans l’Histoire comme le jour où les États-Unis auront imposé le retour de la loi du plus fort, transformant l'Occident en un Far-West.

Ceux qui continuent à ne voir en lui qu’un clown erratique font une erreur d'analyse. Le président américain a beau ne pas être à un revirement près, il sait où il va. "Même s’il n’a pas réellement d’idéologie en matière de politique internationale, il a des idées bien arrêtées sur le sujet", souligne Martin Quencez, chef du bureau parisien du German Marshall Fund. Et il n’hésite pas à les appliquer, quitte à désorienter une partie de sa base électorale, qui s’attendait à ce que l’apôtre de "l’America first" se désengage des crises planétaires. "Le candidat que l’on pensait isolationniste pendant sa campagne s’est révélé être un impérialiste", résume Jacob Heilbrunn, qui dirige à Washington la revue de géopolitique The national interest.

Trump veut faire de la zone sa mare nostrum

Il ne fait d’ailleurs aucun mystère de ses intentions. La stratégie de sécurité nationale, feuille de route de politique étrangère publiée le mois dernier par la Maison-Blanche, exprime clairement son projet : l’Amérique doit "rester la nation la plus grande et la plus prospère de l’histoire de l’humanité". Et cette reconquête commence dans l’arrière-cour des Etats-Unis : l’Amérique latine. "Après s'être désintéressé du continent depuis un quart de siècle et avoir laissé ses ennemis (Chine, Russie, Iran) y prospérer, les Américains ont compris qu'ils devaient remettre de l'ordre dans la région, analyse l’historienne franco-vénézuélienne Elizabeth Burgos. Ils savent que s'ils ne parviennent pas à créer une dissuasion en Amérique latine, ils n’y arriveront nulle part ailleurs." Rebaptiser le golfe du Mexique en golfe d’Amérique en février dernier n’avait donc rien d’une lubie. Trump veut faire de cette zone sa mare nostrum. "La domination américaine dans l'hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question", a-t-il promis, après le retour des hélicos américains de Caracas.

À qui le tour ? Cuba ? Le régime communiste, qui soutenait activement le Venezuela en échange de pétrole bon marché, a de quoi s’inquiéter. "Cuba est prêt à s’effondrer", a prédit Donald Trump. Donnera-t-il un coup de pouce ou attendra-t-il que l’île, privée de ressources, tombe comme un fruit mûr ? La chute du pouvoir castriste constituerait en tout cas un joli trophée pour le président américain, à l’approche des élections de mi-mandat, en novembre prochain. Et pour le secrétaire d’Etat Marco Rubio, d’origine cubaine, qui aspire à un changement de régime à La Havane. Après le Venezuela, le Mexique et la Colombie, autres acteurs du narcotrafic qui obsède Trump, sont dans le collimateur. [Gustavo Petro, le président colombien] "ferait bien de se méfier", avertit le milliardaire.

Nicolas Maduro lors de son arrivée à New York, le 6 janvier.
Nicolas Maduro lors de son arrivée à New York, le 6 janvier.

L'accès aux ressources, bataille du XXIe siècle

L’enjeu est aussi économique, face à un rival chinois qui domine la production de minerais critiques pour les technologies du futur et a, comme l’Amérique, d’énormes besoins énergétiques. Trump a affiché la couleur en annonçant que les compagnies pétrolières américaines allaient "dépenser des milliards de dollars" [au Venezuela]. La reconstruction de cette industrie en ruine pourrait cependant prendre une décennie.

"L’accès aux ressources est la bataille du XXIe siècle, rappelle Maud Quessard, directrice du domaine Euratlantique à l'Institut de Recherche Stratégique de l'École militaire. Les barons de la 'tech', piliers de l’administration Trump, sont les premiers concernés, tant cette industrie est énergivore." Sans compter que pour faire tourner ces ogres faits de câbles, de batteries et de puces, il faut aussi des tonnes de cuivre, de lithium, de cobalt… "La sécurisation de l’accès aux chaînes d’approvisionnement et aux matériaux essentiels" figure noir sur blanc dans les objectifs de la Stratégie de sécurité nationale. Elle justifie la prédation la plus décomplexée, dans une logique néocoloniale assumée. Le leader républicain a même donné un nom à cette vision : la doctrine "Donroe", contraction de Donald et du nom du 5e président américain, James Monroe, qui posa en 1823 les bases de la domination des Etats-Unis sur tout le continent.

On peut donc s’attendre à d’autres actions spectaculaires, pronostique Jacob Heilbrunn. Tout, chez Trump, laisse penser qu’il va vouloir "accrocher d’autres scalps à sa ceinture" : "On trouve chez lui un instinct de prédateur, mais aussi une volonté de détourner l’attention de l’affaire Epstein et d'inverser les mauvais sondages avant les midterms." Son principal moteur reste cependant son ego. "Son rêve ultime est de rester dans l'Histoire comme le plus grand président américain. Il sait que ce n'est pas en réduisant l'inflation qu'il y parviendra. Alors il veut des conquêtes", poursuit le politologue.

Quel est le plan au Venezuela ?

Euphorique, après une victoire éclair contre un adversaire faible, Trump serait toutefois avisé de garder la tête froide. "Pour l'instant, tout le monde se réjouit de la destitution de Nicolas Maduro, un personnage peu recommandable. Mais quel est le plan pour la suite ?, interroge l’ancien diplomate américain John E. Herbst. Trump a réussi la partie la plus facile, comme il avait été simple de renverser Saddam Hussein en Irak et les Talibans en Afghanistan. C’est après que les choses se compliquent. Eviter que le Venezuela ne sombre dans le chaos n’ira pas de soi. Pour rétablir l'ordre dans un pays que vous avez décapité, il faut pouvoir s’appuyer sur des personnes légitimes." Or, Trump a écarté du pouvoir Maria Corina Machado, dont le camp avait pourtant remporté les dernières élections vénézuéliennes. Il se murmure qu’il n’aurait pas apprécié qu’elle accepte un prix Nobel de la paix qui, selon lui, lui revenait… Marco Rubio aurait par ailleurs estimé que l'opposante n'était pas en position de contrôler l'armée, une condition qu'il juge indispensable.

Faisant feu de tout bois, le 47e président américain menace aussi de frapper "très durement" l’Iran si Téhéran poursuit sa répression sanglante contre les manifestations en cours. Mais dans l’immédiat, ce sont ses vues sur le Groenland qui tétanisent les Européens. Les Etats-Unis "ont besoin" de cet immense territoire pour leur "sécurité nationale", a-t-il réaffirmé récemment, en promettant de "s’occuper" du sujet dans "environ deux mois".

L’intérêt est à la fois géostratégique (du fait du renforcement de la présence chinoise et russe dans l’Arctique) et économique : ce territoire est gorgé d'uranium, de fer et de terres rares, des matériaux sur lesquels Pékin exerce un quasi-monopole. "L’annexion du territoire d’un Etat allié serait difficile à faire avaler au Congrès, estime Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux. Mais Trump peut exercer une pression maximale sur les Européens pour obtenir leur soumission volontaire."

Car, pour arriver à ses fins, le président businessman, qui se targue d’avoir mis fin à huit conflits en un an, n’a pas seulement recours aux forces spéciales. "L’administration Trump fait de la diplomatie minière un pilier central de ses négociations", notamment dans les "régions ravagées par la guerre et riches en minéraux", explique Heidi Crebo-Rediker, chercheuse principale au Council on Foreign Relations dans une récente note. En marge de l’accord entre le Rwanda et la République démocratique du Congo le 5 décembre, les Etats-Unis ont ainsi obtenu un accès préférentiel aux réserves minérales congolaises. De même, à la faveur de sa "médiation" dans le conflit indo-pakistanais, Karachi s’est engagé à lui fournir des terres rares. Donald Trump place également ses pions au Donbass, bassin minier ukrainien au cœur des négociations de paix entre Kiev et Moscou.

La Chine pourrait y voir le signe d'un contexte international plus permissif

Ces manœuvres sont observées de près par ses adversaires. La Chine, qui rêve du leadership mondial, a assisté à une nouvelle démonstration de la suprématie militaire américaine. Reçu, la veille du raid américain, par Nicolas Maduro, un émissaire chinois était bien placé pour constater que les radars chinois ont été inefficaces... Dans le même temps, le président chinois voit sa propagande facilitée. Comment l’Amérique pourrait-elle désormais lui opposer le droit international en cas d’attaque contre Taïwan, que Pékin considère comme partie intégrante de son territoire ? "Bien qu'il soit peu probable que la Chine reproduise une opération militaire similaire, Pékin pourrait interpréter les actions de Washington comme le signe d'un contexte international plus permissif (…) La normalisation du recours unilatéral à la force pourrait lever les freins aux pressions économiques, aux opérations en zone grise ou à l'intimidation militaire dans le détroit de Taïwan", écrivent, dans une note, des chercheurs du Conseil européen pour les relations internationales.

Ce n’est pas Vladimir Poutine qui s’en plaindra. Certes, le chef du Kremlin voit, après l’Iran et la Syrie, tomber un autre de ses soutiens. Et la mainmise de l’or noir vénézuélien par Washington n’est pas une bonne nouvelle pour celui qui tire l’essentiel de ses ressources des hydrocarbures. Mais il faudra des années avant que le pétrole vénézuélien n’inonde à nouveau les marchés. À plus court terme, les méthodes musclées de Trump et de sa "république impériale", pour reprendre l’expression de Raymond Aron, vont surtout conforter Moscou dans sa guerre totale et l’enhardir dans la menace qu’il fait peser sur les pays baltes. Entre un Poutine qui rêve de reconstituer un empire et un Trump qui convoite ouvertement "l’île des Inuits", l’Europe n’a plus le choix. Elle doit montrer les muscles. Mais le peut-elle ?

© REUTERS

Donald Trump lors d'une conférence de presse au Trump-Kennedy Center, le 6 janvier 2026.
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