Santé : le ministère met en place une stratégie pour lutter contre la désinformation en ligne
Alors que la pandémie de Covid-19 a marqué un accroissement de la circulation de fausses informations en santé, notamment via les réseaux sociaux, la Ministre de la santé, Stéphanie Rist, lance une stratégie pour « y répondre de manière concrète, durable et collective ».
Des outils de diffusion d’informations et de riposte contre la désinformation, la constitution d’un « observatoire de la désinformation en santé » et la mise en place d’outils de mesure de la perception des citoyens… La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, semble vouloir agir contre la désinformation en santé dont la circulation s’est fortement accrue depuis le début de la pandémie de Covid-19.
Elle vient de lancer une « stratégie nationale contre la désinformation en santé » en s’appuyant sur le rapport que lui ont remis lundi 12 janvier Mathieu Molimard, Dominique Costagliolia et Hervé de Maisonneuve.
« La parole publique en santé est trop dispersée, trop lente face à la viralité »
Dans leur texte [PDF], les trois médecins rapporteurs affirment que la plupart des acteurs qu’ils ont interrogés « décrivent une augmentation de la désinformation en santé, alimentée par une littératie scientifique déficiente, un esprit critique insuffisant, la viralité numérique, la perte de repères scientifiques et la diffusion organisée de contenus trompeurs ». Des journalistes scientifiques, des organismes de santé, des politiques ou même des plateformes de réseaux sociaux comme Meta ou YouTube (le rapport note le « seul refus explicite d’entretien » de la part de la plateforme X/Twitter) ont été auditionnés.
Pour les auteurs, « si notre système scientifique, pris dans son ensemble, est solide, la parole publique en santé est trop dispersée, trop lente face à la viralité ». Et la désinformation touche « tous les domaines » de la santé : « vaccination, cancer, alimentation, santé mentale, santé des femmes, pratiques de soins non conventionnelles ou risques environnementaux ».
Les profils des acteurs de la désinformation en santé en France sont « variés » : influenceurs, groupes militants, professionnels de santé ou scientifiques dévoyés… « Les industriels, qu’ils commercialisent des produits de santé ou des produits impactant la santé, peuvent aussi être à l’origine de désinformation en santé », expliquent-ils. Et les trois médecins constatent que « la détection et la réponse à la désinformation restent inorganisées ».
Écoute et riposte prévues par le ministère
C’est à ce problème que veut remédier Stéphanie Rist. Sa stratégie se déploie sur trois axes. De l’écoute et des consultations citoyennes, d’abord, avec l’exploration des perceptions et logiques de croyance et un baromètre national sur la question. Mais aussi l’observation en ligne « dans la durée des attitudes et pratiques des citoyens face à la désinformation en santé » et la volonté de « recueillir leurs réactions en temps réel et tester des hypothèses de communication ». Un « comité » composé de 27 citoyens a aussi été mis en place. Il doit remettre un avis à la fin du mois de janvier ou début février.
La ministre explique travailler à la mise en place d’un « Observatoire de la désinformation
en santé » dont elle ne donne pour l’instant pas la composition. Celui-ci doit « être l’acteur essentiel de l’identification et de la compréhension des phénomènes de désinformation en santé ».
Concernant la riposte sur le numérique, un dispositif d’« infovigilance en santé » doit être lancé à partir de fin janvier. En s’appuyant sur de la veille et de la détection de fausses informations en santé, il est censé conduire à la mise en place d’outils de diffusion d’informations et de riposte sur ces sujets adaptés aux plateformes comme TikTok et YouTube Shorts, avec comme « site de référence » l’espace « décryptages » du site sante.fr (et non Santé.fr comme écrit dans le rapport). Espérons qu’un effort de modernisation du site soit prévu avant le lancement de la campagne.
Enfin, pour « bâtir un socle de confiance propice à l’information en santé », le ministère élabore des « kits pédagogiques sur l’information en santé à destination des enseignants
et enfants ». Il veut aussi intégrer plus la désinformation en santé au sein des programmes
de recherche. Il aurait été d’ailleurs intéressant que, pour le rapport sur lequel il s’appuie, le ministère ne sollicite pas seulement le regard de médecins mais aussi celui de chercheuses et chercheurs en sciences de l’information et en sociologie.




















