Après le Venezuela, l’Iran ? Le dernier cauchemar de l’ayatollah Khamenei
En pleine nuit en ce 2 janvier, réunion d’urgence au Conseil suprême de la sécurité nationale iranien. Confronté depuis le 28 décembre à un vaste mouvement de contestation contre l’hyperinflation et la violence des autorités, Donald Trump a provoqué un vent de panique à Téhéran, en menaçant directement le régime des mollahs : si l’Iran venait à éliminer encore des "manifestants pacifiques" - les ONG dénombrent déjà une vingtaine de victimes -, alors les Etats-Unis seraient prêts à venir à leur "secours", a averti le président américain...
Enième coup de menton d’un Donald Trump imprévisible ou volonté réelle de provoquer une bonne fois pour toutes la chute de l’ayatollah Khamenei ? Au moment où le républicain joue la carte de l’intimidation, à Téhéran, personne n’est encore au courant de ce qui se trame dans la "war room" de Washington... Dans une spectaculaire opération militaire, Nicolas Maduro et sa femme sont arrêtés par une unité des forces spéciales et déportés manu militari vers les Etats-Unis.
"Il y a désormais une jurisprudence vénézuélienne en matière de changement de régime", analyse David Khalfa, cofondateur de l’Atlantic Middle East Forum (Amef). "En Iran, Donald Trump pourrait aussi franchir le Rubicon lors d'une opération qui consisterait à capturer, voire à éliminer le guide suprême, pour faire en sorte que l'aile la plus modérée du régime prenne le relais et devienne plus conciliante vis-à-vis des intérêts américains, golfiens et israéliens", anticipe le chercheur. Les chiffres de l’activisme militaire du président républicain, notamment dans le monde arabe, accréditent cette thèse. Au total, 637 frappes aériennes - du Yémen au Nigeria en passant par la Syrie et l’Iran - ont été menées par les Etats-Unis entre son retour à la Maison-Blanche et le 8 décembre 2025, selon les données de l’ONG Armed Conflict Location & Event Data. Déjà plus que Joe Biden en quatre années de mandat !
Caracas, un allié fidèle de l’Iran
Alors que les Gardiens de la révolution n’ont pas encore eu le temps de digérer la débâcle de la guerre des douze jours en juin 2025, le nouveau coup de force est déjà un sérieux revers pour "l’Axe de la résistance" iranien, dont Caracas est un allié fidèle.
La manne financière en provenance du Venezuela, qui irrigue l’Iran et ses proxys dans la région, risque de se tarir avec la prise de contrôle de Washington. Rien que les exportations clandestines de pétrole iranien - via des réseaux parallèles au Venezuela - auraient rapporté près de 54 milliards de dollars annuels entre 2022 et 2023. Le Hezbollah, la principale milice chiite du Liban, est accusé depuis plusieurs décennies d’avoir mis en place au Venezuela un vaste réseau criminel mêlant drogue, blanchiment et trafic d’armes afin de financer ses activités et d’aider l’Iran à contourner les sanctions américaines.
En Israël, l’opération XXL de Donald Trump contre le "parrain" vénézuélien a été unanimement saluée par la classe politique. Benyamin Netanyahou y voit une nouvelle occasion d’affaiblir un régime iranien qui doit faire face simultanément à une contestation intérieure grandissante, combinée à une pression militaire israélo-américaine maximale.
"Mais en Iran, comme au Venezuela, la question du regime change pose celle de la future séquence politique. Il faut un plan", tempère Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de Chatham House. "En changeant seulement la tête du pouvoir iranien, le système en place ne sera pas nécessairement remis en cause", précise la chercheuse. Dans le cercle proche de l’ayatollah Khamenei, tous les scénarios sont sur la table. Même celui de fuir vers la Russie, comme le rapporte le Times sur la base d’un rapport du renseignement britannique. Pour le Guide, mieux vaut Moscou que New York.
© ZUMA Press Wire via Reuters Conn