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La viande toujours plus chère en Europe : combien coûte un steak chez nos voisins ?

"C’est du jamais vu", commente l’agroéconomiste Jean-Paul Simier. En cinq ans, le prix de la viande a augmenté de 30 % dans l’ensemble de l’Union européenne. Une flambée alimentée par la diminution des cheptels et du nombre d’éleveurs, la moindre demande pour les protéines animales et la multiplication des maladies touchant les troupeaux. A ce rythme, manger un steak deviendra bientôt un luxe inaccessible.

En France, les consommateurs paient déjà un prix 30 % plus élevé que la moyenne de l'UE selon Eurostat, qui tient compte des différences de revenus d’un pays à l’autre. Cet écart tient d’abord à notre spécificité : en France, on consomme historiquement de la viande de bœuf issue de l’arrière de l’animal, comme la bavette ou le faux-filet. Des pièces de qualité, plus chères. Les marges des intermédiaires contribuent aussi à gonfler l’addition, alimentant la colère des agriculteurs sur fond d’accord Mercosur. Leur crainte ? Que la viande sud-américaine importée se concentre sur le haut de gamme, produisant les mêmes dégâts que le bœuf néo-zélandais.

Allemagne : l’effet charcuterie à la rescousse des ménages

Comme la France, l’Allemagne voit elle aussi son cheptel diminuer dangereusement. Et ses ménages paient leur viande plus cher que dans l’ensemble de l’Union. Cependant, à revenus comparables, l’addition y est un peu moins salée. Une conséquence de "l’effet charcuterie", viande bon marché largement consommée outre-rhin. Les végans, eux, se réjouissent. Selon une enquête récente menée dans plusieurs supermarchés, le prix des protéines animales dépasse désormais celui de leurs alternatives végétales.

Suisse : la viande rouge devient un produit de luxe

N’appartenant pas à l’Union européenne, la Suisse a su protéger son marché de la viande de la concurrence étrangère. Elle rémunère très correctement ses éleveurs et possède des années d’avance en matière de bien-être animal. Mais ce modèle haut de gamme, qui repose sur de petites exploitations, a un coût : les Suisses paient leur viande plus de deux fois plus cher que la moyenne de l'UE. L’écart est même si important avec les pays voisins qu’il entraîne une flambée des importations illégales en provenance… de France.

Pologne : Varsovie à l’assaut des marchés des pays voisins

Comme plusieurs pays d'Europe de l'est, la Pologne affiche des prix de la viande défiant toute concurrence : - 20 % environ par rapport à la moyenne européenne. Une différence qui s’explique notamment par la qualité moindre des produits sur le marché : vaches laitières au lieu des races à viande, partie avant (moins noble) de l’animal… Profitant de normes moins exigeantes, les éleveurs de poulets polonais concentrent plus d’animaux d'élevage au mètre carré, dénonçait récemment The Guardian. Ce qui explique leur percée dans les pays voisins.

Irlande : Dublin sur le qui-vive après l’accord sur le Mercosur

En augmentant le revenu des éleveurs sans assommer les consommateurs, la hausse récente des prix de la viande a plutôt profité à l’Irlande. Selon les experts, ce pays, qui ne manque pas de bétail, est même dans une position idéale pour tirer parti de la diminution des cheptels dans le reste de la zone. Seule ombre au tableau : l’accord Mercosur. Même si les importations sud-américaines s’annoncent limitées (1,5 % du marché de l'UE pour le bœuf), elles pourraient à terme réduire l’attrait pour les produits irlandais haut de gamme.

Grèce : Des produits de moins en moins bon marché

Les touristes français de passage à Athènes pour une visite de l’Acropole peuvent encore y trouver des plats à bas prix. Mais le pays subit comme les autres l’inflation sur la viande rouge. La Grèce importe 80 % du bœuf qu’elle consomme, principalement depuis la France, l’Allemagne et les Pays-Bas. Avec un prix en hausse ininterrompue (il pourrait bientôt atteindre 20 euros par kilo), nombre de ménages s’inquiètent. Certains limiteraient déjà leurs achats de steaks à deux par mois, affirme un sondage récent.

© REUTERS

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