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L'affaire révolte une partie du monde enseignant de l'autre côté des Alpes. En Italie, les élèves de plusieurs lycées ont été invités à répondre à une enquête sur leur quotidien en cours, distribuée via des tracts durant le mois de janvier. Un QR code, visible sur ces imprimés, les guidait alors vers une série de questions. Leur contenu, relevant de thématiques politiques, fait aujourd'hui polémique. "Avez-vous un ou plusieurs professeurs de gauche qui diffusent de la propagande en cours ?", interroge ainsi la consultation.
Une formulation qui interpelle nombre d'acteurs du monde éducatif dans le pays, alors que la liberté d'enseignement est inscrite dans la Constitution italienne. Si l'épisode fait autant réagir, c'est avant tout en raison de son origine. En effet, ces tracts ont été élaborés par l'Azione Studentesca, une organisation étudiante d'extrême droite, aujourd'hui proche de Fratelli d'Italia, le parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.
Syndicats, professeurs, opposition politique... Après la révélation de ce questionnaire, la presse italienne s'est fait l'écho de nombreuses critiques contre la démarche des militants qui l'ont diffusé dans plusieurs lycées du pays. "Profiler les enseignants de gauche est du fascisme : Giorgia Meloni devrait prendre ses distances", a ainsi tonné le chef de file du Parti démocrate (centre gauche) au Sénat, Francesco Boccia, selon des propos rapportés par Avvenire. "Ce que sont en train de faire les jeunes de Fratelli d’Italia nous rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire", s'est pour sa part indigné dans le Corriere della Sera le député AVS (gauche) Angelo Bonelli.
Les détracteurs de l'enquête réalisée auprès des élèves pointent le nombre de précisions demandées dans ce questionnaire pour faire remonter les cas de professeurs "de gauche" qui diffuseraient de "la propagande politique" en classe. Pour eux, la méthode employée pourrait s'apparenter à une forme de "fichage" politique. Certes, aucun nom précis d'enseignant incriminé n'est exigé par l'Azione Studentesca. En revanche, les lycéens sont invités à renseigner la ville et l'établissement où évoluent les professionnels concernés. Ils ont aussi la possibilité d'expliquer en détail la façon dont ils estiment que leurs professeurs diffuseraient des idées de gauche lors de ses heures de cours. Tant d'éléments, qui, assemblés, pourraient faciliter une identification de certains d'entre eux.
En réaction à cette enquête, plusieurs responsables politiques ont déposé plainte dans la région du Frioul-Vénétie Julienne pour engager des poursuites en justice dans cette affaire. La secrétaire générale de Cisl Scuola, l'un des principaux syndicats enseignants en Italie, a également annoncé son souhait de saisir les tribunaux, qualifiant la situation d'"extrêmement grave". "Nous sommes une fois de plus contraints de réfuter ces accusations mensongères", a répondu Riccardo Ponzio, le président de l'organisation de jeunesse, dans un communiqué. "En réalité, aucun nom ni prénom n'est apparu dans les réponses à une question concernant la propagande de professeurs de gauche dans les établissements scolaires, question qui faisait partie d'un questionnaire anonyme plus large sur l'état de l'éducation en Italie."
Dans la ville de Pordenone, où les tracts en question ont été relayés, la polémique a conduit les enseignants à se justifier sur leur manière de donner cours. "Je suis très critique envers le gouvernement Meloni", a développé, auprès du média local Pordenone Today, Paolo Venti, un des professeurs ayant dénoncé l'initiative de l'Azione Studentesca. "Quand je m'exprime, je m'exprime en tant qu'homme de gauche, avec mes propres idées, mes propres analyses. (...) J'ai donc abordé des sujets politiques en classe, car il n'y a pas d'autre solution, mais je ne me suis jamais livré à de la propagande politique, car je n'ai jamais cherché à convaincre qui que ce soit." L'enseignant affirme ainsi que des nombreux élèves "de droite" et en désaccord avec ses opinions quittent régulièrement sa salle de classe. "Je n'ai jamais cherché à les faire changer d'avis", jure-t-il.
Confronté à ce débat éruptif, le gouvernement a choisi d'afficher un certain détachement à l'égard du dossier. Giorgia Meloni, directement pointée du doigt par certains opposants politiques, n'a pas réagi à ces mises en cause. "D'après les informations dont nous disposons pour le moment, il s'agit d'une initiative indépendante menée par plusieurs élèves, qui auraient réalisé une sorte de sondage anonyme", a tenté de dédramatiser la sous-secrétaire à l'Éducation, Paola Frassinetti, auprès du Corriere della Sera. "Compte tenu de l'anonymat, il ne s'agit ni d'un fichage ni d'une mise à l'écart, mais plutôt d'une initiative similaire à d'autres, reflétant des sensibilités et des positions politiques différentes." Le ministère de l'Éducation a toutefois ouvert une enquête sur le sujet.
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