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Après Nicolas Maduro, et si Donald Trump kidnappait Emmanuel Macron ?

Après Nicolas Maduro, le président américain pourrait-il faire enlever Emmanuel Macron ? La question paraît saugrenue : contrairement au dictateur vénézuélien, le président français a été légitimement élu ; il dirige le pays qui est le plus ancien allié de Washington ; Donald Trump n’a formulé aucune accusation de narcotrafic contre lui et ne lui a pas demandé de quitter le pouvoir.

À bien regarder, pourtant, un tel scénario, même invraisemblable, aide à prendre la mesure de l’abîme dans lequel la relation transatlantique est tombée depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche il y a un an. L’Europe et l’Amérique ont connu des périodes de tension depuis la Seconde Guerre mondiale, par exemple lors de la crise du canal de Suez en 1956 ou de l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Mais jamais les membres de l’Alliance atlantique, celle qui se targuait encore récemment d’être "l’alliance la plus forte que le monde ait jamais connue", n’avaient été aussi proches du divorce.

Dans leur Stratégie nationale de sécurité, publiée en décembre, les Etats-Unis affichent leur intention de déstabiliser les gouvernements progressistes européens au profit des forces nationales populistes. Ils accompagnent le maintien de leur présence dans l’Otan de l’exigence d’un alignement absolu de leurs partenaires sur leurs seuls intérêts nationaux, au point qu’ils s’arrogent, au Groenland, le droit de s’approprier le territoire souverain d’un allié aussi fidèle que le Danemark. Dans ces conditions, s’en prendre à la France, vue comme le pays le plus réticent à s’aplatir devant Washington, pourrait tenter le 47e président américain.

L’administration Trump a montré qu’elle pouvait agir de manière totalement imprévisible sur la scène internationale. Elle ne respecte aucune forme ni aucun principe, si ce n’est la force. L’Amérique "se détourne progressivement de certains de ses alliés et s’affranchit des règles internationales qu’elle promouvait encore récemment", a déploré Emmanuel Macron, le 8 janvier, devant la conférence des ambassadeurs.

L'Europe classée dans le clan des faibles

De fait, Trump ne classe pas les pays en démocraties et autocraties, ni en alliés et adversaires, encore moins en amis et ennemis, mais simplement en forts et faibles. Ceux-là peuvent être traités en partenaires, ceux-ci ne méritent que d’être piétinés. L’Europe, pour son infortune, est classée à Washington dans le camp des faibles. Sa décision de ne pas riposter aux droits de douane américains infligés l’été dernier, dans l’espoir de conserver Washington à ses côtés pour soutenir l’Ukraine, a conforté cette image piteuse.

De tous les dirigeants des grands pays européens, Emmanuel Macron est le plus faible. L’allemand Merz s’appuie sur une coalition gouvernementale fragile, le britannique Starmer est au plus bas dans les sondages, l’espagnol Sanchez est mêlé à une affaire de corruption, le polonais Tusk cohabite avec un chef de l’Etat ultraconservateur… Mais aucun n’a une marge de manœuvre aussi étroite que le président français. Macron, qui ne peut pas se représenter l’an prochain, a dû subir l’humiliation de voir sa réforme des retraites suspendue par le Parlement. Il ne contrôle plus le législatif depuis sa dissolution ratée. Il affronte une impopularité record. Il est devenu ce qu’on appelle à Washington un "lame duck", un dirigeant aux mains liées.

A ce titre, il est une cible idéale pour Donald Trump. Bien sûr, celui-ci ne le fera probablement pas enlever. On se dit néanmoins que même si c’était le cas, cela ne changerait guère la face de l’Europe, tellement les mauvais calculs macroniens ont sapé la position de la France à Bruxelles. Il fut un temps où la voix de la France y était prépondérante. Ce n’est plus le cas. L’impasse dans laquelle Macron s’est enfermé à propos de l’accord de libre-échange conclu par l’UE avec le Marché commun d’Amérique du Sud (Mercosur), qu’il a soutenu avant de s’y opposer en vain, illustre de manière cruelle l’impuissance de celui qui se faisait fort, naguère, de remodeler l’Europe à sa main.

© MAXPPP

Donald Trump et Emmanuel Macron lors du sommet sur Gaza, organisé en Egypte le 14 octobre 2025.
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Coup de force de Donald Trump au Venezuela : ce Far-West mondial qui sidère l’Europe

Chaque semaine, Luc de Barochez, éditorialiste Europe à L'Express, publiera une chronique intitulée "Erasme" traitant d'une question de politique européenne afin d’éclairer les débats actuels. Pour cela, elle ne se limitera pas aux activités des institutions transnationales mais elle s’attachera aussi à la vie politique et intellectuelle, ainsi qu'aux questions de société ayant une résonance transfrontalière dans les pays de l’Europe au sens large. Le patronage d’Erasme de Rotterdam est choisi pour trois raisons : le grand penseur humaniste de la Renaissance militait pour l’unité entre Européens, qu’il jugeait liés par un destin commun ; il a observé une attitude critique des pouvoirs de son temps, exprimée dans sa devise “cedo nulli” (je ne cède rien à personne) ; et enfin, son nom est synonyme pour le grand public d’un programme éducatif européen couronné de succès, Erasmus. La première chronique est à découvrir ci-dessous.

Le grand retour de la diplomatie de la canonnière, version Donald Trump, stupéfie l’Europe. Car pour elle, les leçons de l’opération américaine au Venezuela sont tout aussi dérangeantes les unes que les autres.

Primo, le monde dans lequel l’Union européenne a grandi n’existe plus. Le droit de la force supplante désormais la force du droit. Pour l’UE, fille du doux commerce et du consensus, la survie va demander beaucoup plus qu’une réforme : une révolution. Simple entité juridique, elle doit devenir un acteur géopolitique doté non seulement des moyens de peser mais aussi de la volonté de les utiliser.

Secundo, Trump est on ne peut plus sérieux dans ses menaces. Le dictateur vénézuélien Nicolas Maduro l’a appris à ses dépens. Le Groenland, qui appartient au Danemark, est déjà ciblé par Washington pour une prochaine prédation. Et plus généralement, l’Europe doit s’attendre à une intensification des pressions sur le numérique, le commerce ou la défense, de la part d’une Amérique de plus en plus dominatrice.

Tertio, la Chine et la Russie qui ont vu, avec l’Iran et le Venezuela, deux de leurs alliés les plus proches ciblés par Trump en six mois, sont, à n’en pas douter, en train de préparer leur riposte. Laquelle risque fort d’impacter l’Europe et son économie, tant il est vrai que lorsque les grands carnivores s’affrontent, il vaut mieux ne pas être un herbivore égaré sur le champ de bataille.

L’Europe doit apprendre à ne compter que sur elle-même

Soyons justes : Trump n’est pas le premier à se moquer du droit international pour parvenir à ses fins. Vladimir Poutine s’est assis dessus quand il a annexé la Crimée en 2014. Il continue à le violer chaque jour en agressant militairement l’Ukraine. Et contrairement à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’exfiltration du dictateur vénézuélien par les Etats-Unis peut se justifier moralement. Maduro était le chef d’un régime brutal, coupable de violations massives des droits de l’homme. Il s’était maintenu au pouvoir bien qu’il ait perdu l’élection présidentielle de 2024. Ni les Etats-Unis, ni l’Union européenne, ni la France ne le reconnaissaient plus comme un chef d’Etat légitime. Pour la Maison-Blanche, il n’était qu’un simple quidam, narcotrafiquant présumé, qui devait répondre de ses crimes devant la justice. L’immunité fonctionnelle due à tout chef d’Etat ne s’appliquerait donc pas dans son cas, car elle ne peut pas servir de prétexte à l’impunité.

Il n’en reste pas moins que l’opération américaine constitue une violation éhontée de la charte des Nations unies, qui stipule dans son article 2, alinéa 4, que tout Etat doit respecter la souveraineté des autres Etats et leur indépendance politique et s’abstenir de recourir à la force. Car maintenant que Trump a fait incarcérer Maduro et proclamé qu’il allait gouverner lui-même le Venezuela, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher d’autres pays de monter des opérations militaires similaires ciblant des dirigeants étrangers qu’ils jugent hostiles.

La loi de la jungle est orthogonale au monde qui fut celui de l’Europe contemporaine. C’était un monde où des nations autrefois ennemies surent, à l’image de l’Allemagne et de la France, se réconcilier après les deux guerres mondiales pour construire une maison commune. Un monde où l’on pouvait compter sur les Etats-Unis pour être protégé, sur la Russie pour acquérir une énergie bon marché, sur la Chine pour y vendre ses produits. Un monde où l’on conquérait des marchés plutôt que des territoires ; où les nations devaient, pour s’enrichir, opter pour la coopération économique plutôt que pour la prédation. Un idéal qui ne s’est jamais vraiment concrétisé mais qui s’en approchait.

L’Europe doit tirer les leçons de sa disparition et, d’abord, apprendre à ne compter que sur elle-même. Elle ne part pas de zéro : en 2025, elle a montré qu’elle savait innover dans les crises lorsque ses intérêts stratégiques étaient menacés, en prenant en charge la quasi-totalité du soutien occidental à l’Ukraine. Mais en 2026, il va falloir aller beaucoup plus loin.

© REUTERS

Le président déchu vénézuélien Nicolas Maduro, lors de son arrivée aux Etats-Unis, le 5 janvier 2026.
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