Pas de frappe préventive l'un contre l'autre : cet étonnant accord secret passé entre l'Iran et Israël
C'est un accord noué avant le mouvement de protestation massif qui secoue l'Iran, marqué par une violente répression du régime. Il peut paraître à première vue surprenant, tant les tensions sont fortes entre Israël et l'Iran. Ces deux Etats rivaux se sont secrètement entendus par l'intermédiaire de la Russie, rapporte le Washington Post mercredi 14 janvier. Ils ont échangé des messages, via un intermédiaire russe, affirmant qu'ils ne lanceraient pas d'attaque préventive l'un contre l'autre, indique le célèbre quotidien américain.
Fin décembre, soit quelques jours avant le début des manifestations en Iran, des responsables israéliens ont informé les dirigeants iraniens, via la Russie, qu'ils ne lanceraient pas de frappes contre l'Iran si Israël n'était pas attaqué en premier. Téhéran a répondu - toujours par l'intermédiaire de Moscou, qui cherche à renforcer sa position auprès de Donald Trump afin d'obtenir des concessions dans les négociations sur la guerre en Ukraine - qu'il s'abstiendrait également de toute attaque préventive, selon des diplomates et des responsables régionaux informés de ces échanges sollicités par le quotidien américain. La semaine dernière, la chaîne de télévision publique israélienne KAN a rapporté que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait récemment demandé au président russe Vladimir Poutine de transmettre à l'Iran le message qu'Israël n'avait pas l'intention de l'attaquer.
Un "bon accord" pour Téhéran ?
Les responsables iraniens ont réagi positivement à l'initiative israélienne. Ils restaient toutefois méfiants quant aux intentions d'Israël, selon deux sources proches du dossier. L'Iran estimait que même si les assurances israéliennes étaient sincères, elles laissaient planer le doute quant à la possibilité que l'armée américaine lance des attaques contre l'Iran dans le cadre d'une campagne coordonnée par les deux alliés, tandis qu'Israël concentrerait ses forces exclusivement sur le Hezbollah, ont précisé ces mêmes sources.
Néanmoins, "pour l'Iran, c'était un bon accord" impliquant de rester à l'écart de tout affrontement entre Israël et le Hezbollah, la milice libanaise pro-iranienne, a déclaré un haut responsable de la région sous couvert d’anonymat. Les responsables américains ont indiqué au Washington Post que le soutien substantiel de l'Iran au Hezbollah a de toute façon déjà diminué, surtout depuis que Téhéran est confronté à des troubles intérieurs majeurs.
Le souvenir de la guerre des Douze jours
L'hostilité entre les deux ennemis jurés du Moyen-Orient, qui s'étaient affrontés lors d'un conflit de douze jours en juin, est connue. A ce moment-là, Israël avait lancé une attaque surprise d'envergure contre l'Iran alors même que des négociations nucléaires étaient en cours entre Washington et Téhéran. Plusieurs mois après cette guerre, les contacts entre Israël et l’Iran reflètent la volonté d'Israël d'éviter d'être perçu comme un facteur d'escalade des tensions avec l'Iran ou comme le fer de lance de nouvelles attaques contre ce pays, au moment même où l'Etat hébreu préparait une importante campagne militaire contre le Hezbollah, d'après des diplomates et des responsables régionaux. Ces assurances privées contrastent avec la rhétorique publique d’Israël à la fin de l’année dernière, lorsque ses responsables ont ouvertement évoqué la possibilité de mener de nouvelles frappes contre l'Iran afin de freiner ce qu’ils décrivaient alors comme le renouvellement rapide des stocks de missiles balistiques du pays.
Les violentes manifestations qui secouent l'Iran ces dernières semaines, mettant à l'épreuve le pouvoir du gouvernement, vont-elles modifier les calculs d'Israël et de l'Iran ? Les deux Etats ennemis respecteront-ils toujours leur accord privé ? Impossible de le savoir à ce stade. Après avoir menacé d'intervenir militairement en Iran, Donald Trump a semblé opérer un revirement mercredi, assurant que "les tueries prenaient fin" en Iran et que le régime des mollahs n'avait "pas prévu" d'exécuter des manifestants. Toute frappe militaire américaine pourrait en tout cas inciter l'Iran à riposter contre Israël, selon les analystes.
Un "silence" israélien intéressé
L'Etat hébreu observe avec un œil attentif et intéressé la contestation. "Israël suit de près la situation en Iran", a déclaré dimanche Benyamin Netanyahou. "Le peuple d’Israël et le monde entier sont en admiration devant le courage immense des citoyens iraniens", a-t-il dit, condamnant les "massacres de masse contre des civils" et espérant que l'Iran sera "bientôt délivré du joug de la tyrannie". Aucune menace contre le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, n'a cependant été proférée.
En dehors de quelques déclarations, comme celles-ci, les dirigeants israéliens sont apparus quelque peu en retrait. Israël semble ainsi attendre de voir comment évoluera le mouvement de protestation, et laisse au président américain le temps de décider d'une éventuelle action. "La consigne générale est de garder le silence", a déclaré un responsable israélien à CNN. Ce silence peut notamment s'expliquer par le fait que si Israël s'impliquait maintenant, il donnerait à Téhéran exactement ce dont il a le plus besoin : la possibilité de détourner l'attention des problèmes internes actuels et de la reporter sur un adversaire étranger, qui plus est son ennemi juré.
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