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Pas de frappe préventive l'un contre l'autre : cet étonnant accord secret passé entre l'Iran et Israël

C'est un accord noué avant le mouvement de protestation massif qui secoue l'Iran, marqué par une violente répression du régime. Il peut paraître à première vue surprenant, tant les tensions sont fortes entre Israël et l'Iran. Ces deux Etats rivaux se sont secrètement entendus par l'intermédiaire de la Russie, rapporte le Washington Post mercredi 14 janvier. Ils ont échangé des messages, via un intermédiaire russe, affirmant qu'ils ne lanceraient pas d'attaque préventive l'un contre l'autre, indique le célèbre quotidien américain.

Fin décembre, soit quelques jours avant le début des manifestations en Iran, des responsables israéliens ont informé les dirigeants iraniens, via la Russie, qu'ils ne lanceraient pas de frappes contre l'Iran si Israël n'était pas attaqué en premier. Téhéran a répondu - toujours par l'intermédiaire de Moscou, qui cherche à renforcer sa position auprès de Donald Trump afin d'obtenir des concessions dans les négociations sur la guerre en Ukraine - qu'il s'abstiendrait également de toute attaque préventive, selon des diplomates et des responsables régionaux informés de ces échanges sollicités par le quotidien américain. La semaine dernière, la chaîne de télévision publique israélienne KAN a rapporté que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait récemment demandé au président russe Vladimir Poutine de transmettre à l'Iran le message qu'Israël n'avait pas l'intention de l'attaquer.

Un "bon accord" pour Téhéran ?

Les responsables iraniens ont réagi positivement à l'initiative israélienne. Ils restaient toutefois méfiants quant aux intentions d'Israël, selon deux sources proches du dossier. L'Iran estimait que même si les assurances israéliennes étaient sincères, elles laissaient planer le doute quant à la possibilité que l'armée américaine lance des attaques contre l'Iran dans le cadre d'une campagne coordonnée par les deux alliés, tandis qu'Israël concentrerait ses forces exclusivement sur le Hezbollah, ont précisé ces mêmes sources.

Néanmoins, "pour l'Iran, c'était un bon accord" impliquant de rester à l'écart de tout affrontement entre Israël et le Hezbollah, la milice libanaise pro-iranienne, a déclaré un haut responsable de la région sous couvert d’anonymat. Les responsables américains ont indiqué au Washington Post que le soutien substantiel de l'Iran au Hezbollah a de toute façon déjà diminué, surtout depuis que Téhéran est confronté à des troubles intérieurs majeurs.

Le souvenir de la guerre des Douze jours

L'hostilité entre les deux ennemis jurés du Moyen-Orient, qui s'étaient affrontés lors d'un conflit de douze jours en juin, est connue. A ce moment-là, Israël avait lancé une attaque surprise d'envergure contre l'Iran alors même que des négociations nucléaires étaient en cours entre Washington et Téhéran. Plusieurs mois après cette guerre, les contacts entre Israël et l’Iran reflètent la volonté d'Israël d'éviter d'être perçu comme un facteur d'escalade des tensions avec l'Iran ou comme le fer de lance de nouvelles attaques contre ce pays, au moment même où l'Etat hébreu préparait une importante campagne militaire contre le Hezbollah, d'après des diplomates et des responsables régionaux. Ces assurances privées contrastent avec la rhétorique publique d’Israël à la fin de l’année dernière, lorsque ses responsables ont ouvertement évoqué la possibilité de mener de nouvelles frappes contre l'Iran afin de freiner ce qu’ils décrivaient alors comme le renouvellement rapide des stocks de missiles balistiques du pays.

Les violentes manifestations qui secouent l'Iran ces dernières semaines, mettant à l'épreuve le pouvoir du gouvernement, vont-elles modifier les calculs d'Israël et de l'Iran ? Les deux Etats ennemis respecteront-ils toujours leur accord privé ? Impossible de le savoir à ce stade. Après avoir menacé d'intervenir militairement en Iran, Donald Trump a semblé opérer un revirement mercredi, assurant que "les tueries prenaient fin" en Iran et que le régime des mollahs n'avait "pas prévu" d'exécuter des manifestants. Toute frappe militaire américaine pourrait en tout cas inciter l'Iran à riposter contre Israël, selon les analystes.

Un "silence" israélien intéressé

L'Etat hébreu observe avec un œil attentif et intéressé la contestation. "Israël suit de près la situation en Iran", a déclaré dimanche Benyamin Netanyahou. "Le peuple d’Israël et le monde entier sont en admiration devant le courage immense des citoyens iraniens", a-t-il dit, condamnant les "massacres de masse contre des civils" et espérant que l'Iran sera "bientôt délivré du joug de la tyrannie". Aucune menace contre le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, n'a cependant été proférée.

En dehors de quelques déclarations, comme celles-ci, les dirigeants israéliens sont apparus quelque peu en retrait. Israël semble ainsi attendre de voir comment évoluera le mouvement de protestation, et laisse au président américain le temps de décider d'une éventuelle action. "La consigne générale est de garder le silence", a déclaré un responsable israélien à CNN. Ce silence peut notamment s'expliquer par le fait que si Israël s'impliquait maintenant, il donnerait à Téhéran exactement ce dont il a le plus besoin : la possibilité de détourner l'attention des problèmes internes actuels et de la reporter sur un adversaire étranger, qui plus est son ennemi juré.

© REUTERS

Israël et l'Iran sont deux ennemis jurés qui s'affrontent au Moyen-Orient.
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Groenland : ce que l'on sait de l'exercice militaire européen à laquelle la France participe

C'est la première action concrète depuis les menaces de Donald Trump. Plusieurs pays européens, dont la France, ont annoncé mercredi 14 janvier l'envoi cette semaine de soldats au Groenland pour prendre part à une mission conjointe. "À la demande du Danemark, j'ai décidé que la France participera aux exercices conjoints organisés par le Danemark au Groenland, l'Opération Endurance Arctique", a annoncé Emmanuel Macron sur le réseau social X. "De premiers éléments militaires français sont d'ores et déjà en chemin. D'autres suivront."

Le déploiement militaire français comprend un nombre non précisé de membres d'unités de montagne aguerries aux climats froids, a appris l'AFP mercredi auprès de l’armée française. A ce stade, selon les premiers éléments communiqués par le ministère des armées au Monde, il s'agit seulement d'un déploiement de troupes dans le cadre de ce qui est qualifié "d'exercice interallié". Cet entraînement est caractéristique des entraînements au "grand froid" que la France, comme d'autres pays, ont relancé depuis le début de la guerre en Ukraine, en 2022. Le président français doit apporter des précisions ce jeudi matin lors d'un Conseil de défense, en partie consacré au Groenland, mais aussi à la situation en Iran, qui a été convoqué en urgence à 8h à l'Élysée.

La région contient potentiellement de nombreuses réserves d'hydrocarbures inexploitées.
La région contient potentiellement de nombreuses réserves d'hydrocarbures inexploitées.

Des "divergences fondamentales" constatées lors d'une réunion

Un peu plus tôt, mercredi, Donald Trump avait répété que les Etats-Unis avaient besoin du Groenland, disant ne pas pouvoir compter sur le Danemark pour protéger l'île. Le "Groenland est très important pour la sécurité nationale, y compris celle du Danemark", a-t-il dit. "Et le problème", a-t-il poursuivi devant les journalistes, "c'est qu'il n'y a rien que le Danemark puisse faire si la Russie ou la Chine veulent occuper le Groenland". "Mais nous, on peut tout faire. Vous l'avez constaté la semaine dernière avec le Venezuela", a ajouté le président américain dans le bureau Ovale.

Celui-ci s'exprimait devant les journalistes après la tenue, plus tôt dans la journée à la Maison-Blanche, d'une réunion entre représentants de haut rang américains, danois et groenlandais lors de laquelle des "divergences fondamentales" ont été constatées. Le ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen, la représentante du Groenland Vivian Motzfeldt, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio et le vice-président américain J.D. Vance participaient à cette réunion. A l'issue des discussions, qui ont duré moins de deux heures, le premier a souligné que l'administration Trump n'avait pas changé d'avis concernant la nécessité d'acquérir le Groenland : "Il est clair que le président (Trump) a ce souhait de conquérir le Groenland."

Présence militaire renforcée

En amont des discussions à la Maison-Blanche, Nuuk et Copenhague ont déclaré avoir commencé à renforcer leur présence militaire au Groenland et autour de l'île, en coopération étroite avec des alliés de l'Otan, afin de réaliser leur promesse d'accroître la défense de l'Arctique. Selon le ministère danois de la Défense, un éventail d'exercices militaires sont prévus dans ce cadre tout au long de l'année 2026. "La sécurité en Arctique est d'une importance capitale pour le Royaume et nos alliés arctiques. Il est donc essentiel que nous renforcions, en étroite coopération avec nos alliés, notre capacité d'intervention dans la région", a déclaré Troels Lund Poulsen.

Dans un communiqué, le ministère danois de la Défense a précisé que des aéronefs, des moyens navals et des troupes danoises supplémentaires seraient déployés immédiatement au Groenland et dans ses environs dans le cadre d'exercices et d'entraînements intensifiés. Ce déploiement comprendra "l'accueil de forces alliées, la mise en œuvre d'avions de chasse et des missions de sécurité maritime", a ajouté le ministère.

Allemagne, Suède… Le soutien de pays européens

A Berlin, un porte-parole du gouvernement a fait savoir à Reuters que l'Allemagne enverrait ce jeudi des soldats de reconnaissance au Groenland, confirmant une information de Bild.

"L'objectif est d'examiner les conditions-cadres en vue d'éventuelles contributions militaires destinées à soutenir le Danemark dans la garantie de la sécurité dans la région, par exemple dans le domaine des capacités de surveillance maritime", a déclaré le ministère de la Défense allemand dans un communiqué. Selon ce ministère, une équipe de reconnaissance de 13 soldats sera déployée au Groenland, pour des exercices se déroulant jusqu'à samedi.

La Norvège et la Suède ont effectué des annonces similaires. Des militaires suédois doivent être dépêchés au Groenland, à la demande du Danemark, afin de "préparer les prochaines étapes dans le cadre de l’exercice danois 'Operation Arctic Endurance'", a développé le Premier ministre Ulf Kristersson sur X. Pour sa part, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réitéré le soutien de l'UE au Groenland. "Nous respectons les souhaits et les intérêts des Groenlandais, et ils peuvent compter sur nous", a-t-elle affirmé lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Le nombre de troupes envoyées s’annonce toutefois relativement modeste à ce stade. Comme le précise Le Monde, les Norvégiens ont annoncé l’envoi de seulement deux officiers. Ce type de déploiement en milieu polaire reste en effet très exigeant : l'envoi d’hommes et de matériels dans un environnement aussi extrême que le Groenland est un défi pour les armées, en raison du froid et de la nuit polaire.

© REUTERS

Donald Trump a redit mercredi qu'il souhaitait s'emparer du Groenland.
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Appel inattendu avec Donald Trump : comment la Colombie a évité l’escalade militaire américaine

Un "malade" gérant "des usines de cocaïne" qui expédiraient de la drogue aux Etats-Unis. Voilà comment Donald Trump qualifiait le président colombien Gustavo Petro le 3 janvier dans un contexte de tensions entre Washington et Bogota à la suite de l'opération militaire américaine au Venezuela contre Nicolas Maduro. Interrogé sur la possibilité d'une opération militaire américaine dirigée cette fois contre la Colombie, Donald Trump avait répondu : "Ça me paraît une bonne idée."

Les menaces de Donald Trump semblent avoir été prises au sérieux par l'ancien guérillero Gustavo Petro. Moins d'une semaine après ce regain de tensions entre Washington et Caracas, le changement de ton est notable après un appel téléphonique entre les deux dirigeants, mercredi le 7 janvier. Donald Trump a annoncé vendredi qu’il rencontrera son homologue colombien à la Maison-Blanche début février. "Je suis certain que cela se passera très bien pour la Colombie et les Etats-Unis, mais il faut absolument empêcher l'entrée de cocaïne et d'autres drogues aux Etats-Unis", a écrit Donald Trump sur les réseaux sociaux. "Cela a été un grand honneur de parler avec le président de la Colombie, qui m'a téléphoné pour m'expliquer la situation en matière de drogues et concernant d'autres désaccords que nous avons eus. J'ai apprécié le fait qu'il m'appelle et le ton qu'il a employé et j'ai hâte de le rencontrer dans un avenir proche."

De son côté, Gustavo Petro a déclaré que cet échange "amical" était "historique". Dans un entretien accordé à El Pais, le président colombien de gauche a indiqué que, lors de cette conversation, Donald Trump lui a "confié qu'il envisageait de commettre des actes répréhensibles en Colombie". "Le message était clair : ils préparaient déjà quelque chose, ils planifiaient une opération militaire", raconte Gustavo Petro au quotidien espagnol.

Des attaques sur les réseaux sociaux pendant un an

L'appel cordial entre les deux hommes est une rupture avec l'approche adoptée par les deux dirigeants depuis près d'un an, consistant à utiliser les réseaux sociaux pour s'attaquer mutuellement, souvent par des publications sarcastiques et acerbes, à leurs politiques et personnalités respectives. Ce changement de ton inattendu pourrait modifier le cours des événements dans une région devenue instable après l’enlèvement du président vénézuélien par les Etats-Unis.

Si tel est le cas, ce serait grâce à cet appel téléphonique organisé à la hâte par des membres des deux gouvernements. Dans une interview accordée au New York Times jeudi, Gustavo Petro a précisé avoir parlé pendant la majeure partie des 55 minutes de l'appel, ne laissant à Donald Trump la parole que pendant les 15 dernières minutes. Gustavo Petro a déclaré qu'aucune exigence ni proposition concrète de collaboration n'avait été formulée, ce qui viendrait plus tard, peut-être lors de la visite à la Maison-Blanche en février.

Comme le mentionne le New York Times, cet échange soulève la possibilité que Gustavo Petro, à l'instar des dirigeants de gauche au Brésil et au Mexique, puisse éviter les sanctions brandies par Washington, telles qu'une action militaire unilatérale ou des droits de douane supplémentaires, et trouver un juste milieu entre satisfaire aux exigences de Donald Trump et rester fidèle à ses convictions. Gustavo Petro, dont le mandat arrive à échéance, quittera ses fonctions cette année, et les élections sont prévues en mai et juin prochain.

"Il voulait se concentrer sur un sujet précis : le narcotrafic"

Le président colombien a clairement indiqué qu'il ne dissimulerait pas ses convictions pour apaiser Donald Trump et qu'il chercherait à défendre son point de vue par le dialogue. Dans l'interview accordée au quotidien américain, Gustavo Petro a précisé qu'il comptait toujours interroger Donald Trump sur son soutien aux énergies fossiles au détriment des énergies renouvelables. Il a également qualifié de "fasciste" le service américain de l'immigration et des douanes (ICE), dont les agents ont été impliqués dans une fusillade mortelle cette semaine au Minnesota, tuant une femme de 37 ans.

Le sujet sur lequel les deux dirigeants semblaient s'accorder était la nécessité de lutter activement contre la production et le trafic de drogue, a indiqué Gustavo Petro. "Il n'a pas parlé du Venezuela, ni d'aucun sujet international. Il voulait se concentrer sur un sujet précis : le narcotrafic", a déclaré le président colombien à propos de son homologue américain, qui s'est entretenu avec lui en présence de plusieurs responsables, dont le vice-président J.D. Vance et le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Comme le note le quotidien américain, la position de Gustavo Petro sur la question semble s'être durcie. Deux éléments semblent accréditer cette ligne. D’abord, la suspension des pourparlers de paix avec l'ELN, un groupe révolutionnaire colombien devenu narco-guérilla qui s'est de plus en plus heurté aux forces gouvernementales et aux groupes rivaux, notamment le long de la frontière avec le Venezuela, et qui a été cité dans l'acte d'accusation du gouvernement américain contre Nicolas Maduro. Gustavo Petro a déclaré que, le week-end dernier, il avait demandé à son conseil de sécurité d'autoriser une intensification des opérations militaires contre ce groupe. Gustavo Petro a également réaffirmé à Donald Trump que les saisies de cocaïne atteignent un niveau record. Le taux de croissance de la culture de la coca en Colombie a ralenti, mais il reste à des niveaux historiques, tout comme la production de cocaïne.

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Le président américain Donald Trump s'est entretenu par téléphone avec le président colombien Gustavo Petro le 7 janvier 2026.
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Cette négociation secrète entre le Vatican et les États-Unis pour offrir une porte de sortie à Nicolas Maduro

Le Vatican est une puissance spirituelle… mais aussi diplomatique. Vendredi 9 janvier, le pape Léon XIV, premier pape américain, a dénoncé le recours à la force militaire pour atteindre des objectifs diplomatiques lors d'un discours annuel de politique étrangère. "Une diplomatie qui promeut le dialogue et recherche le consensus de tous a été remplacée par une diplomatie de la force", a déploré le souverain pontife, élu en mai dernier, devant 184 ambassadeurs accrédités au Vatican.

Faisant référence à la capture, le week-end dernier, du président vénézuélien Nicolas Maduro par le président américain Donald Trump, le pape a appelé les gouvernements du monde à respecter la volonté du peuple vénézuélien à l'avenir et à sauvegarder ses droits humains et civils. En décembre dernier, Léon XIV, qui a critiqué certaines politiques de Donald Trump par le passé, avait exhorté le président américain à ne pas évincer Nicolas Maduro en recourant à la force militaire. "Le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération", avait déclaré le souverain pontife. Le Washington Post révèle que le Vatican a même négocié avec les Etats-Unis afin d’offrir une porte de sortie à Nicolas Maduro avant sa capture par Washington.

Dans une enquête publiée vendredi 9 janvier, le quotidien américain dévoile les contours d’une réunion tenue la veille de Noël au Vatican, et jusqu'alors passée sous silence. Le cardinal Pietro Parolin, numéro deux du Vatican et médiateur diplomatique de longue date, a convoqué en urgence Brian Burch, ambassadeur des Etats-Unis près le Saint-Siège - cette entité juridique qui représente l’Église catholique à l’ONU - pour obtenir des précisions sur les projets américains au Venezuela, selon des documents gouvernementaux obtenus par le Washington Post. Pietro Parolin aurait demandé si les États-Unis ne ciblaient que les trafiquants de drogue, ou si l'administration Trump cherchait également à changer de régime. Selon ces documents, Pietro Parolin a concédé que Nicolas Maduro devait partir, mais le Vatican a exhorté les Etats-Unis à lui offrir une porte de sortie.

Moscou prêt à accorder l'asile à Nicolas Maduro

Toujours selon ces documents, lors de cette conversation avec Brian Burch le 24 décembre dernier, le cardinal italien, figure influente du pays, a déclaré que la Russie était prête à accorder l'asile à Nicolas Maduro. Le Venezuela représente un point d'appui important pour la Russie en Amérique latine. Moscou a notamment accordé des prêts considérables à Caracas pour l'aider à surmonter les sanctions américaines. La Russie demeure par ailleurs un acteur majeur de l'industrie pétrolière vénézuélienne.

Pietro Parolin a également imploré les Américains de faire preuve de patience pour amener le dirigeant autoritaire à accepter cette offre. "Ce qui a été proposé à Nicolas Maduro, c'est qu'il puisse partir et profiter de son argent", a déclaré une personne au fait de l'offre russe à nos confrères américains. "L'une des conditions était que Vladimir Poutine garantisse sa sécurité."

Pietro Parolin a suggéré que les Etats-Unis pourraient fixer une date limite pour le départ de Nicolas Maduro du pays et donner des assurances à sa famille. Le cardinal a en outre exprimé sa "très grande perplexité face au manque de clarté de la stratégie américaine au Venezuela", toujours d’après ces documents. Il a appelé à la patience et à la retenue. Mais la Maison-Blanche avait fini d'attendre et la suite de l'histoire est connue : une semaine après cette réunion secrète au Vatican, Nicolas Maduro et sa femme étaient ainsi arrêtés par les forces spéciales américaines lors d'un raid qui a fait environ 75 morts et transférés à New York pour y être jugés pour trafic de drogue.

La longue tradition de médiation du Vatican

Comme le précise le Washington Post, la réunion tenue secrètement au Vatican s'inscrivait dans une série de tentatives infructueuses - menées par les Américains et leurs intermédiaires, les Russes, les Qataris, les Turcs, l'Église catholique et d'autres - pour désamorcer une crise diplomatique grandissante et trouver un refuge pour Nicolas Maduro.

Le Vatican joue depuis longtemps un rôle crucial dans les négociations internationales avec Caracas. Il y a dix ans, le Saint-Siège a tenté, sans succès, de parvenir à un accord entre Nicolas Maduro et l'opposition divisée. Plus récemment, le Vatican a cherché à instaurer un dialogue avec le gouvernement vénézuélien par l'intermédiaire de ses hauts dignitaires ecclésiastiques sur place.

Pietro Parolin, autrefois nonce apostolique (agent diplomatique du Saint-Siège) à Caracas, porte un intérêt particulier au Venezuela. Il a également servi d'intermédiaire auprès de l'administration Trump sur les dossiers ukrainien et russe, selon une source proche des négociations interrogée par le quotidien américain.

Un pape américain en conflit ouvert avec Donald Trump

En tant que chef d'une communauté mondiale de 1,4 milliard de catholiques, Léon XIV occupe une position d'influence rare, lui permettant de contester la politique de Donald Trump. Le président américain se doit donc d'agir avec une prudence inhabituelle lorsqu'il le confronte, relève Politico. Donald Trump, qui a l'habitude de fustiger ses détracteurs avec des invectives, s'est montré exceptionnellement mesuré face aux critiques du pape, notamment parce qu'il compte un grand nombre de catholiques parmi son électorat.

Les proches de Donald Trump, eux, n'hésitent pas à le critiquer. Les conservateurs catholiques proches du milliardaire l'ont dénoncé comme "pape marxiste woke"," "laïc", "mondialiste" et même "apostat", rappelle Politico. De son côté, le pape ne semble pas rechercher activement la confrontation avec Donald Trump. "Il évitera toute attaque personnelle", a déclaré un responsable du Vatican à Politico. "Il s'appuiera sur l'enseignement de l'Église, non pas en réaction à Donald Trump, mais comme il le dirait de toute façon."

La question migratoire est devenue le principal champ de bataille entre le pape et les conservateurs américains ces derniers mois. Le souverain pontife s’inscrit en faux contre la rhétorique déshumanisante et la violence dont sont victimes les personnes visées par la politique d'expulsion de Donald Trump. Léon XIV a lancé un appel public pour que les migrants aux Etats-Unis soient traités avec humanité et dignité. Sa détermination à défendre ce qu'il considère comme des principes moraux non négociables, notamment la protection des plus faibles, se heurte toutefois de plus en plus aux fondements du trumpisme.

© REUTERS

Le président américain Nicolas Maduro arrive le 5 janvier 2026 au tribunal de Manhattan, à New York (États-Unis), pour comparaître devant un juge américain.
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"Isolement de la France", "une plaie pour Macron"... Le raté français sur le Mercosur vu d'Europe

Vingt-cinq ans de négociations pour l'adopter. Les États membres de l'Union européenne (UE) ont approuvé vendredi 9 janvier la signature de l'accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur malgré l'opposition de plusieurs pays, dont la France. Les ambassadeurs des Vingt-Sept réunis à Bruxelles ont donné leur feu vert à cette signature, décision confirmée par la suite par les pays de l'UE.

Ces autorisations ouvrent la voie à la signature de l'accord par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avec le Marché commun du Sud, qui regroupe l'Argentine, la Bolivie, le Brésil et le Paraguay, à Asuncion. La cérémonie de signature de cet accord, le plus important signé par l'UE en matière d'allègement douanier puisqu'il supprimerait quatre milliards d'euros de surtaxes sur les exportations, aura lieu ce 17 janvier.

L'Italie longtemps hésitante

L'accord a été arraché par la Commission européenne, notamment grâce au soutien de l'Italie, resté longtemps incertain, qui a fini par céder après la promesse faite par Ursula von der Leyen d'une avance sur 45 milliards d'euros d'aides de la politique agricole commune (PAC) débloquée en 2028 - plus tôt que prévu. "Un geste particulièrement destiné à l'Italie, qui menaçait de faire pencher la balance contre le Mercosur et qui est désormais convaincue", indique le quotidien suisse Le Temps. Emmanuel Macron a également salué cette annonce, sans pour autant se laisser convaincre de pencher en faveur du "oui".

Privée du soutien de l'Italie, la France n'était plus en mesure de bloquer l'approbation du texte. Bien que la Pologne, la Hongrie, l'Irlande et l'Autriche aient également voté contre, les opposants au Mercosur n'arrivaient plus à atteindre le seuil de la minorité de blocage qui nécessite de représenter au moins 35 % de la population européenne. Au moins 15 pays représentant 65 % de la population totale du bloc européen ont voté pour.

Un moment qui "restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron"

Pour Le Temps et bien d'autres, l'opposition publique du président français sur le sujet "isole la France". "Les diplomates français se plaignent que (la présidente italienne du Conseil des ministres, NDLR) Giorgia Meloni revendique le succès comme le sien, car ils auraient été ceux qui auraient travaillé avec la Commission pour des mesures en faveur de l'agriculture", indique Il Foglio. Selon le quotidien italien milanais, qui a interrogé "plusieurs sources", Emmanuel Macron s'était pourtant "convaincu qu'il n'y avait plus de raison de s'opposer au Mercosur", conscient "à quel point la signature sur le Mercosur est importante économiquement et géopolitiquement pour une UE qui a besoin d'une stratégie de diversification devant Donald Trump". Mais confronté à la colère de ses agriculteurs "qui bénéficient d'un fort soutien dans la population", selon le quotidien allemand Tageszeitung, Emmanuel Macron était "contraint de voter 'non' contre ses convictions, d'accepter d'être mis en minorité dans l'UE et de subir des critiques en France pour son isolement et sa défaite", estime Il Foglio. "L'alternative était de voter 'oui', d'enflammer la protestation agricole, de provoquer la chute du gouvernement Lecornu et d'être accusé de trahir la France", ajoute le quotidien milanais.

"Face à l'impopularité profonde de l'accord en France, Emmanuel Macron se retrouve dans la position délicate de devoir s'y opposer tout en défendant les concessions obtenues", estime également Politico Europe. "L'incapacité de la France à stopper le Mercosur restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron", juge ce média. "L'échec du président français, fervent europhile, à empêcher la conclusion de l'accord est un constat humiliant du déclin de l'influence de Paris au sein de l'UE, où la France a longtemps été réputée pour son exceptionnalisme et son droit de veto." En outre, analyse Politico, "l'incapacité de la France à bloquer l'accord commercial UE-Mercosur vendredi permet aux partis d'opposition d'enfoncer le clou face à un Emmanuel Macron déjà fragilisé pour le reste de son mandat".

Un vote crucial du Parlement européen

Le Parlement européen devra toutefois se prononcer à majorité simple sur l'accord avec le Mercosur avant qu'il n'entre en vigueur. Le soutien du Parlement sur les questions de libre-échange "ne sera pas chose aisée", rappelle El Pais. "Cela pourrait même déclencher une nouvelle motion de censure contre le gouvernement d'Ursula von der Leyen, cette fois-ci de la part du groupe d'extrême droite Patriots", relève le quotidien espagnol.

"Le scrutin pourrait être très serré : dans l’assemblée, les considérations idéologiques se superposent aux sensibilités nationales", indique également Le Soir, précisant qu'une "fronde monte déjà". Ainsi, quelque 150 députés européens issus de plusieurs groupes politiques, soit un cinquième du Parlement, appellent déjà l'assemblée à saisir la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), constate le quotidien belge. "Si cette résolution devait être votée et la Cour saisie, cela suspendrait la ratification par les eurodéputés", selon le quotidien belge. "L'étape de la signature de l'accord ne constitue pas la fin de l'histoire", affirmait laconiquement jeudi Emmanuel Macron par le biais d'un communiqué de l'Elysée.

© via REUTERS

La France va voter contre l'accord commercial entre l'Union européenne (UE) et le Mercosur, a déclaré jeudi 8 janvier 2026 Emmanuel Macron.
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