Donald Trump reconnaît la nécessité d’« améliorations » dans les opérations anti-immigration, selon son émissaire à Minneapolis
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Une hausse de la TVA pour fournir davantage de ressources à l'armée ? En Suisse, le Conseil fédéral l'envisage sérieusement. La proposition, portée par Martin Pfister, à la tête du département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, fait débat dans la nation alpine. Concrètement, le plan du responsable prévoit d'augmenter de 0,8 % la taxe sur la valeur ajoutée pour améliorer les capacités de défense suisses. Dans un contexte de menace sécuritaire accrue pour l'Europe, et donc pour la Confédération suisse, "des moyens financiers supplémentaires sont nécessaires pour protéger la population et le pays", justifie Martin Pfister dans un communiqué. "L’augmentation prévue des dépenses de l’armée à 1 % du PIB d’ici à 2032 n’est pas suffisante."
Si ce projet aboutissait, il permettrait à Berne de récupérer 31 milliards de francs suisses sur une période de dix ans, soit environ 33,6 milliards d'euros. Et donc, à terme, de pousser l'effort en matière de défense entre 1,3 et 1,5 % du PIB. Encore bien loin des 5 % du PIB (dont 3,5 % strictement dédiés aux dépenses militaires) décidés en juin dernier par la quasi-totalité des membres de l'Otan, mais un pas important pour le pays d'un peu plus de 9 millions d'habitants traditionnellement neutre. Avec ces possibles fonds, la Suisse serait en mesure de financer de nouveaux systèmes de défense antiaériens, dont elle manque aujourd'hui. Les États-Unis s'étaient engagés à lui livrer un précieux système antimissile Patriot, mais ils ont depuis reporté cette livraison à une date inconnue.
La Suisse, qui a identifié les menaces hybrides comme un des principaux risques sécuritaires dans les prochaines années, cherche aussi à se doter de systèmes antidrones. Si le territoire helvétique n'a pas directement été concerné, plusieurs États européens ont dû faire face depuis l'été dernier à de multiples incursions d'engins volants de ce type, difficiles à identifier et abattre sans technologies spécifiques à cette lutte. Si un incident similaire au survol d'une vingtaine de drones russes au-dessus de la Pologne en septembre avait eu lieu en Suisse, les appareils "n'auraient pas pu être abattus", avait à l'époque alerté Martin Pfister, lors d'un entretien au Aargauer Zeitung. Le principal modèle d'avion de chasse à disposition de l'armée suisse, le FA-18, n'aurait pas été "capable de détecter de tels drones, notamment en raison des performances insuffisantes de son système radar", soulignait-il.
Dans ces circonstances, la plupart des forces politiques suisses s'accordent sur la nécessité de renforcer les capacités armées du pays. En revanche, le mécanisme présenté par Martin Pfister pour financer cette action ne convainc pas les différents partis du pays. À part les centristes, camp auquel il appartient, l'immense majorité des responsables des autres formations politiques ont exprimé de véhémentes critiques à l'égard de cette idée de hausse de la TVA. "En un mot, c’est non : nous ne soutenons pas une nouvelle hausse fiscale", a évacué Damien Cottier, élu fédéral du Parti libéral-radical (centre-droit), auprès du Temps. Même opposition dans les rangs des Vert'libéraux (centre gauche), des Vert-e-s (gauche) ou de l'Union démocratique du centre (droite radicale). Ce dernier parti populiste, qui détient le plus de sièges à l'Assemblée fédérale, appelle avant tout à reverser des fonds liés "au chaos de l'asile" pour financer le renforcement de l'armée.
Un autre argument est avancé par le Parti socialiste suisse, seconde formation la plus représentée au Parlement. Dans un communiqué, son coprésident, Cédric Wermuth, s'est en effet dit "très sceptique" quant à la réalisation du plan porté par Martin Pfister. Le responsable pointe du doigt l'ampleur des contrats passés en matière militaire par Berne à Washington. 36 avions de combat F-35 de fabrication américaine avaient ainsi été commandés en 2022 par la Confédération, pour un montant de 6 milliards de francs suisses (6,4 milliards d'euros).
Mais, en décembre, les États-Unis ont notifié qu'il leur était impossible d'honorer ce contrat sans surcoût, contraignant Berne à annoncer sa décision d'acheter finalement moins d'appareils. "Si le Conseil fédéral veut augmenter la TVA pour l’armée, il ne peut pas en même temps engloutir des milliards dans des chars, des systèmes d’artillerie et des avions de combat F-35", tacle ainsi l'élu socialiste, dans un communiqué. La hausse de ce prélèvement indirect est de toute façon encore loin d'être actée. Pour entrer en vigueur, la mesure devra passer par une révision de la Constitution. Une évolution qui, afin d'être effective, doit absolument être validée par le peuple suisse, par voie de référendum.

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L'affaire révolte une partie du monde enseignant de l'autre côté des Alpes. En Italie, les élèves de plusieurs lycées ont été invités à répondre à une enquête sur leur quotidien en cours, distribuée via des tracts durant le mois de janvier. Un QR code, visible sur ces imprimés, les guidait alors vers une série de questions. Leur contenu, relevant de thématiques politiques, fait aujourd'hui polémique. "Avez-vous un ou plusieurs professeurs de gauche qui diffusent de la propagande en cours ?", interroge ainsi la consultation.
Une formulation qui interpelle nombre d'acteurs du monde éducatif dans le pays, alors que la liberté d'enseignement est inscrite dans la Constitution italienne. Si l'épisode fait autant réagir, c'est avant tout en raison de son origine. En effet, ces tracts ont été élaborés par l'Azione Studentesca, une organisation étudiante d'extrême droite, aujourd'hui proche de Fratelli d'Italia, le parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.
Syndicats, professeurs, opposition politique... Après la révélation de ce questionnaire, la presse italienne s'est fait l'écho de nombreuses critiques contre la démarche des militants qui l'ont diffusé dans plusieurs lycées du pays. "Profiler les enseignants de gauche est du fascisme : Giorgia Meloni devrait prendre ses distances", a ainsi tonné le chef de file du Parti démocrate (centre gauche) au Sénat, Francesco Boccia, selon des propos rapportés par Avvenire. "Ce que sont en train de faire les jeunes de Fratelli d’Italia nous rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire", s'est pour sa part indigné dans le Corriere della Sera le député AVS (gauche) Angelo Bonelli.
Les détracteurs de l'enquête réalisée auprès des élèves pointent le nombre de précisions demandées dans ce questionnaire pour faire remonter les cas de professeurs "de gauche" qui diffuseraient de "la propagande politique" en classe. Pour eux, la méthode employée pourrait s'apparenter à une forme de "fichage" politique. Certes, aucun nom précis d'enseignant incriminé n'est exigé par l'Azione Studentesca. En revanche, les lycéens sont invités à renseigner la ville et l'établissement où évoluent les professionnels concernés. Ils ont aussi la possibilité d'expliquer en détail la façon dont ils estiment que leurs professeurs diffuseraient des idées de gauche lors de ses heures de cours. Tant d'éléments, qui, assemblés, pourraient faciliter une identification de certains d'entre eux.
En réaction à cette enquête, plusieurs responsables politiques ont déposé plainte dans la région du Frioul-Vénétie Julienne pour engager des poursuites en justice dans cette affaire. La secrétaire générale de Cisl Scuola, l'un des principaux syndicats enseignants en Italie, a également annoncé son souhait de saisir les tribunaux, qualifiant la situation d'"extrêmement grave". "Nous sommes une fois de plus contraints de réfuter ces accusations mensongères", a répondu Riccardo Ponzio, le président de l'organisation de jeunesse, dans un communiqué. "En réalité, aucun nom ni prénom n'est apparu dans les réponses à une question concernant la propagande de professeurs de gauche dans les établissements scolaires, question qui faisait partie d'un questionnaire anonyme plus large sur l'état de l'éducation en Italie."
Dans la ville de Pordenone, où les tracts en question ont été relayés, la polémique a conduit les enseignants à se justifier sur leur manière de donner cours. "Je suis très critique envers le gouvernement Meloni", a développé, auprès du média local Pordenone Today, Paolo Venti, un des professeurs ayant dénoncé l'initiative de l'Azione Studentesca. "Quand je m'exprime, je m'exprime en tant qu'homme de gauche, avec mes propres idées, mes propres analyses. (...) J'ai donc abordé des sujets politiques en classe, car il n'y a pas d'autre solution, mais je ne me suis jamais livré à de la propagande politique, car je n'ai jamais cherché à convaincre qui que ce soit." L'enseignant affirme ainsi que des nombreux élèves "de droite" et en désaccord avec ses opinions quittent régulièrement sa salle de classe. "Je n'ai jamais cherché à les faire changer d'avis", jure-t-il.
Confronté à ce débat éruptif, le gouvernement a choisi d'afficher un certain détachement à l'égard du dossier. Giorgia Meloni, directement pointée du doigt par certains opposants politiques, n'a pas réagi à ces mises en cause. "D'après les informations dont nous disposons pour le moment, il s'agit d'une initiative indépendante menée par plusieurs élèves, qui auraient réalisé une sorte de sondage anonyme", a tenté de dédramatiser la sous-secrétaire à l'Éducation, Paola Frassinetti, auprès du Corriere della Sera. "Compte tenu de l'anonymat, il ne s'agit ni d'un fichage ni d'une mise à l'écart, mais plutôt d'une initiative similaire à d'autres, reflétant des sensibilités et des positions politiques différentes." Le ministère de l'Éducation a toutefois ouvert une enquête sur le sujet.
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