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Les États-Unis expulsent vers l'Iran trois anciens Gardiens de la révolution

Les autorités américaines annoncent avoir expulsé vers l'Iran trois anciens membres présumés des Gardiens de la révolution qui résidaient "illégalement" aux Etats-Unis depuis 2024. Bras armé idéologique du régime islamique, l'organisation est classée comme "terroriste" par Washington.

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« La libération de l’historien Iouri Dmitriev est particulièrement urgente, c’est une question de survie ! »

L’un des plus anciens prisonniers politiques de Vladimir Poutine est détenu en raison de son travail sur l’histoire de la terreur stalinienne, au sein de l’association russe Memorial. Dans une tribune au « Monde », un collectif de chercheurs, d’écrivains, d’artistes et de journalistes demande qu’il soit relâché.

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En Afrique, ces crises humanitaires guettées par l’oubli

Parmi les dix crises les moins documentées en 2025, huit se trouvent en Afrique, selon l’ONG Care. Une situation qui s’explique par un moindre intérêt des médias, une difficulté d’accès aux personnes en grande précarité et à l’insécurité de certaines zones.

© CARE

Dans le village de Beabea, à Madagascar, les habitants cultivent des plantes telles que le sisal et le lalanda afin de stabiliser les dunes, en juillet 2024.
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"Dôme d'or" : un an plus tard, le bouclier spatial de Donald Trump n'a guère avancé

Un an après son lancement, le projet de bouclier anti-missiles de Donald Trump avance à tout petits pas, entravé par des querelles et questionnements techniques qui paralysent cet ambitieux projet de sécurité nationale.

Par un décret exécutif signé le 27 janvier 2025, annonçant la création d'un "Dôme de fer américain" (officiellement baptisé "Dôme d'Or" lors d'une grande présentation quatre mois plus tard), le président américain a fixé un calendrier ambitieux pour doter les Etats-Unis d'un système de défense anti-aérien d'ici à 2028, mais seule une poignée de dollars, sur les 25 milliards alloués au programme l'été dernier, a été dépensée à ce jour, faute d'accord sur l'architecture générale de ce projet voué à se déployer dans l'espace.

Selon deux responsables de l'administration, les travaux de finalisation de cette architecture se poursuivent et le déblocage des fonds n'a pas encore débuté mais des montants importants pourraient être débloqués dans les prochains jours, une fois que les décisions clés seront prises.

Le groupe de travail sur le Dôme d'or "continue de respecter les objectifs fixés par le décret présidentiel", a assuré un responsable du Pentagone en réponse aux questions de Reuters. "Le plan de mise en œuvre et les technologies associées sont encore susceptibles d'évoluer mais les éléments fondamentaux de l'architecture sont désormais établis", a-t-il ajouté, précisant que ces éléments sont confidentiels.

Avec ou sans Groenland ?

Le projet prévoit d'associer les systèmes terrestres existants, qui comprennent notamment des missiles intercepteurs, des capteurs, des centres de commandement et de contrôle, à des éléments spatiaux destinés à détecter, suivre et potentiellement détruire des menaces en orbite, ce qui impliquerait la mise en place de réseaux satellitaires sophistiqués et d'armes orbitales qui font toujours l'objet de discussions.

Le retard pris par le programme s'explique en partie par des désaccords concernant des équipements spatiaux classifiés, a reconnu l'un des responsables interrogés. Un cadre de l'industrie de défense estime que cela pourrait concerner des normes de communication, un autre des armes anti-satellites, auxquelles les Etats-Unis se sont longtemps opposés en raison du risque de chute des débris. Washington avait critiqué la Chine lorsqu'elle s'était livrée en 2007 à un essai de missile antisatellite.

L'architecture spatiale du projet est l'une des questions qui restent à trancher avant que le directeur du programme, le général Michael Guetlein, puisse commencer à signer des contrats d'envergure, ont souligné l'un des responsables du gouvernement et les cadres de l'industrie de défense.

Une autre est celle du Groenland, avancée récemment par Donald Trump pour justifier l'acquisition par les Etats-Unis du territoire autonome danois. Selon l'un des responsables de l'administration, le Groenland ne fait pas partie du projet.

Un coût final de 175 milliards de dollars

La Force spatiale des Etats-Unis (Space Force) n'a pour l'heure signé qu'une demi-douzaine de mini-contrats pour la construction de prototypes concurrents de systèmes de défense antimissile.

Ces contrats, attribués notamment à Northrop Grumman NOC.N, True Anomaly, Lockheed Martin LMT.N et Anduril, d'une valeur d'environ 120 000 dollars chacun, constituent les premières étapes concrètes d'un programme dont le coût final a été estimé par Trump à 175 milliards de dollars.

Tom Karako, expert au Centre d'études stratégiques et internationales de Washington, juge peu probable que le Dôme d'or soit achevé d'ici 2028. "Beaucoup de choses peuvent être faites au cours des trois prochaines années en termes de meilleure intégration de ce que nous avons déjà, mais il est évident que des mesures seront mises en œuvre et évolueront après 2028."

© Maxppp

Donald Trump présente son projet de "Dôme d'or", le 20 mai 2025 à la Maison-Blanche.
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Iran : pourquoi la France hésite à sanctionner les Gardiens de la révolution

La France est mise sous pression par ses partenaires européens pour qu’elle accepte enfin l’inscription du Corps des Gardiens de la révolution, le bras armé du régime théocratique en Iran, sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent en débattre jeudi 29 janvier, alors que l’ampleur effrayante de la répression des manifestations en Iran ce mois-ci apparaît de plus en plus clairement.

Paris est isolé par le revirement de l’Italie, qui s’est déclarée favorable à la décision trois jours avant la réunion alors qu’elle faisait bloc avec la France et l’Espagne pour s’y opposer. Et Madrid, selon des diplomates européens, a fait savoir à ses partenaires qu’elle ne s’opposerait pas au consensus si la France devait s’y rallier. Selon les règles de l’UE, la décision doit être prise à l’unanimité des 27 Etats membres.

"Une telle décision serait un symbole majeur d’espoir pour le peuple iranien", plaide auprès de L’Express la députée européenne Hannah Neumann (Les Verts/Allemagne), qui préside la délégation du Parlement européen pour les relations avec le peuple iranien. "Les Gardiens de la révolution terrorisent leur propre peuple, ils terrorisent toute la région et ils terrorisent les Iraniens en Europe et ailleurs. Il n’y a pas de doute qu’il s’agit d’une organisation terroriste. On ne soutient pas la cause de l’opposition iranienne par des belles photos, mais par ce genre de décisions concrètes", explique l’eurodéputée.

Ce jeudi, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept doivent se prononcer sur un train de sanctions visant 21 responsables politiques et sécuritaires iraniens ainsi que dix entreprises impliquées dans la fabrication de drones. L’écrasante majorité des Etats membres, ainsi que le Parlement européen, plaident pour y ajouter l’inscription sur la liste terroriste du Corps des Gardiens de la révolution, qui ont joué un rôle clé dans la répression qui aurait fait jusqu’à 30 000 morts.

Depuis plusieurs années, la France s’oppose à une telle décision, expliquant qu’elle aurait un impact négatif sur le dialogue diplomatique qu’elle doit mener avec Téhéran, par exemple à propos du nucléaire militaire ou de la libération des citoyens français détenus dans ce pays. Elle a longtemps fait valoir aussi qu’une décision de justice dans un Etat membre de l’UE était un préalable indispensable. Mais ce dernier argument ne tient plus depuis qu’un tribunal allemand a jugé, en 2023, qu’un attentat terroriste contre une synagogue à Bochum, dans la Ruhr, avait été commandité depuis Téhéran par le Corps des Gardiens.

"Il y a déjà des sanctions européennes visant certains responsables des Gardiens, dont les avoirs en Europe ont été gelés et qui sont interdits de venir sur le territoire", dit Hannah Neumann. "Mais la décision à prendre maintenant aura une portée bien supérieure, ajoute-t-elle. Dès qu’ils seront reconnus comme terroristes, ils seront officiellement identifiés comme une menace pour la sécurité européenne. Cela permettra d’utiliser beaucoup d’outils contre eux, par exemple contre tous ceux qui, même non intentionnellement, font des affaires avec eux, ou des banques qui leur versent de l’argent", explique-t-elle.

Le Parlement européen a voté à plusieurs reprises pour l’inscription des Gardiens sur la liste terroriste mais la décision finale revient au Conseil des ministres de l’UE. Reste à voir si la prudence diplomatique de Paris, qui pourrait aussi tenir à la crainte de représailles de la part de Téhéran, pourra résister longtemps à la pression de ses partenaires et à la dramatique dégradation de la situation en Iran depuis le début de l’année.

© REUTERS

Depuis plusieurs années, la France explique qu'une telle décision aurait un impact négatif sur le dialogue diplomatique qu’elle doit mener avec Téhéran.
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Quantique, intelligence artificielle... L'Europe à la traîne face à la Chine et aux Etats-Unis

L’équipe de recherche de Natixis CIB s’est penchée, en novembre dernier, sur la place de la Chine, des Etats-Unis et de l’Europe dans trois technologies critiques : intelligence artificielle, semi-conducteurs, informatique quantique. Supervisée par Alicia Garcia Herrero, la cheffe économiste pour l’Asie-Pacifique, cette étude analyse les brevets portant sur des "innovations radicales" - un nouveau brevet pour lequel il n’existe aucun brevet similaire antérieur et qui est repris au moins cinq fois dans des brevets ultérieurs. Verdict : l’Europe est largement à la traîne.

L'écosystème industriel de l'Europe semble sous-dimensionné pour rivaliser avec la Chine et les Etats-Unis.
L'écosystème industriel de l'Europe semble sous-dimensionné pour rivaliser avec la Chine et les Etats-Unis.

En matière d’intelligence artificielle, la Chine a réalisé en quelques années des progrès stupéfiants dans la vision par ordinateur, qui permet le développement de systèmes de surveillance et de navigation autonome, notamment aérienne. Les Etats-Unis restent les solides leaders de l’apprentissage automatique et de la cybersécurité, tandis que l’Europe tire son épingle du jeu dans les télécommunications et la robotique.

Du côté des semi-conducteurs, la Chine a déposé 65 % du total des brevets innovants entre 2019 et 2023. En dépit des barrières à l’exportation érigées par les Etats-Unis, les puces fabriquées en Chine n’ont cessé de gagner en précision, grâce notamment à un soutien gouvernemental sans faille incarné par le programme "Made in China 2025", lancé en 2015. Mais l’amont de la chaîne, la conception, est toujours une spécialité américaine, des entreprises comme Intel, Qualcomm, Applied Materials et Micron ayant mis en place un réseau dense de coopération.

La Chine fait presque jeu égal avec les Etats-Unis dans certains secteurs technologiques critiques.
La Chine fait presque jeu égal avec les Etats-Unis dans certains secteurs technologiques critiques.

Dans ses recommandations pour permettre à l’Europe de rattraper son retard, l’équipe de Natixis CIB rappelle l’importance de la commande publique afin de stimuler la demande. "En exigeant l’intégration de technologies critiques dans les contrats publics — de l’IA dans les services publics aux communications quantiques sécurisées dans les infrastructures —, l’Union peut créer des marchés immédiats qui permettent de faire passer les innovations du laboratoire au déploiement, favorisant ainsi le cercle vertueux de la diffusion des produits et du réinvestissement qui soutient l’avantage actuel de la Chine sur l’Union", relève l’étude. Le secteur des marchés publics de l’UE représente 2 000 milliards d’euros par an. Une manne qui pourrait tirer tout l’écosystème technologique européen.

© Mathias Penguilly / L'Express

L'Europe est de plus en plus distanciée par les Etats-Unis et la Chine dans le domaine technologique.
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Alexandre Orlov : l'ambassadeur de Russie en France, soupçonné d'être un espion du KGB

Les espions font souvent basculer l’Histoire. Dans l’ombre, depuis des siècles et partout sur la planète, certaines opérations ont défini le monde tel que nous le connaissons. Vous écoutez "Nid d’espions", le podcast de L’Express consacré au renseignement. Tous les mercredis, Charlotte Baris, accompagnée d'Etienne Girard, directeur adjoint de la rédaction et spécialiste des questions d’espionnage, ouvre un dossier secret-défense, dans lequel le rôle des espions a tout changé.

Le lundi 7 février 2022, à Moscou, la nuit est tombée et les rues sont enneigées. Emmanuel Macron vient d’entrer dans une immense salle du palais présidentiel russe. Vladimir Poutine est installé de l’autre côté de la pièce.

La tension entre la Russie et l’Ukraine monte depuis la fin du mois de décembre 2021. 100 000 soldats russes multiplient les manœuvres près des frontières ukrainiennes. On craint des attaques, voire une guerre... Mais Alexandre Orlov, diplomate russe en France, lui, n'y croit pas. "Ça sert à quoi à la Russie d’attaquer l’Ukraine ? Il n’y a aucun sens, aucun intérêt", affirme l'ambassadeur.

Alors que Vladimir Poutine lance son "opération spéciale" et attaque l’Ukraine, 17 jours plus tard, Orlov poursuit ses prises de parole pour défendre la Russie. Soupçonné d'être un espion du KGB depuis de nombreuses années, l'ambassadeur nie en bloc.

Dans cet épisode de "Nid d'espions", Étienne Girard et Charlotte Baris vous dressent le portrait d'Alexandre Orlov, un agent d’influence russe très francophile.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris et Étienne Girard, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : France24, RTL, Public Sénat

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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Pour aller plus loin 

Alexandre Orlov, le diplomate devenu agent d'influence de Vladimir Poutine en France

EXCLUSIF. Les 13 agressions de Poutine en France : l’effrayante note des services secrets

Du Mossad au KGB, l’histoire des kompromats : les seize machinations les plus folles de l’histoire

© Dylan Meiffret/PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Conférence contestée d'Alexandre Orlov, ancien ambassadeur de Russie en France, animée par le journaliste politique Vincent Hervouet, au Centre Universitaire Mediterraneen.
De nombreuses voix se sont élevées dans la salle, contredisant un grand nombre des propos de l'ancien diplomate.
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Donald Trump s’agite, et à la fin... c’est la Chine qui gagne

La Chine n’a pas eu de mal à se donner le beau rôle, au forum de Davos, ce 20 janvier, devant l'élite politico-économique mondiale. Alors que Donald Trump tétanisait les Européens avec sa menace de s’emparer du Groenland – avant de reculer –, le vice-Premier ministre chinois a endossé le costume de l'adulte responsable. Le monde ne doit pas retomber dans "la loi de la jungle, où les forts oppriment les faibles", s'est indigné He Lifeng. Quelques semaines plus tôt, après l’enlèvement du président Nicolas Maduro à Caracas par les forces spéciales américaines, Pékin avait fustigé des "actes hégémoniques" qui "violent gravement le droit international".

Le spectacle d’un leader républicain démantelant l’ordre mondial instauré par les Etats-Unis en 1945 est du pain bénit pour le régime communiste, qui se présente comme le gardien de ce système. Et qu’importe si la réalité est un brin différente, Pékin apportant son aide diplomatique et économique à la Russie dans sa guerre d'agression contre l’Ukraine depuis bientôt quatre ans.

"Le monde semble ne plus craindre la Chine"

Les outrances trumpiennes ouvrent en effet un boulevard au régime communiste, dans sa compétition avec les Etats-Unis pour le leadership mondial. "Alors que l'on peut se demander si Trump a un véritable plan face à la Chine, celle-ci déroule méthodiquement une stratégie de coalition avec les pays du 'Sud', en multipliant les partenariats et les projets régionaux, souligne Alice Ekman, directrice de la recherche à l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne. Cette diplomatie, qui joue sur l'effet de masse, va se poursuivre, même si des régimes amis sont affaiblis ou disparaissent".

Une étude du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) intitulée "How Trump is making China great again", réalisée avant la capture de Maduro, montre que le monde entier s’attend à ce que l’influence globale de la Chine grandisse dans la prochaine décennie. Selon ce sondage, de plus en plus de pays la voient comme "un allié ou un partenaire nécessaire". Cette opinion est désormais largement majoritaire en Afrique du Sud et au Brésil, et près de la moitié des Indiens y souscrivent, alors que les relations ont longtemps été houleuses entre New Delhi et Pékin. Est-ce un hasard ? Trump s'en est pris agressivement à ces trois pays récemment... "Le monde semble s'ouvrir davantage à la Chine, ou du moins ne plus la craindre", conclut l'étude.

A ce titre, celle-ci tente d'exploiter les tensions entre l'Amérique et ses alliés. Le revirement du Canada - longtemps la bête noire de Pékin pour avoir arrêté fin 2018 la directrice financière du géant chinois des télécoms Huawei – est spectaculaire. Le premier ministre Mark Carney, qui a marqué les esprits à Davos en dénonçant avec fermeté les dérives de Trump et en parlant d'un moment de "rupture", avait signé quelques jours plus tôt avec Xi Jinping, à Pékin, un accord commercial préliminaire portant sur les biens agricoles et les véhicules électriques. Vexé par la rebuffade du dirigeant canadien, Trump menace Ottawa de 100 % de droits de douane si cet accord de libre-échange est définitivement adopté.

Immense port en eau profonde au Pérou

En Europe aussi, la Chine pourrait marquer des points. Après des années de froid, le Royaume-Uni cherche à réchauffer la relation bilatérale. En amont d'un déplacement du premier ministre Keir Starmer à Pékin, son gouvernement vient de donner son feu vert à un projet chinois décrié pour ses risques sécuritaires : la création d'une gigantesque ambassade au cœur de Londres. "Le fait que les menaces américaine et chinoise soient mises sur le même plan joue en faveur de la Chine, alors même que son ambition reste de restructurer la gouvernance mondiale pour marginaliser l'Occident", observe Alice Ekman.

La diplomatie ayant horreur du vide, Pékin avance ses pions. À court terme, toutefois, l’équation reste compliquée pour le président chinois Xi Jinping. Le coup de force américain au Venezuela et l'évocation de possibles frappes contre l'Iran inquiètent un pouvoir communiste craignant par-dessus tout les "révolutions de couleur" et les changements de régime. Le raid américain a d'autant plus choqué Pékin que, la veille, Nicolas Maduro recevait une délégation chinoise à Caracas. La Chine ne perd pas seulement un proche partenaire diplomatique, elle risque aussi, avec la mainmise américaine sur Caracas, de ne pas rentabiliser ses investissements dans les infrastructures énergétiques du pays - le gouvernement vénézuélien doit encore rembourser 10 milliards de dollars à son créancier chinois, à qui Caracas fournissait du pétrole à bas coût.

Il n'y a pas qu'au Venezuela où le président chinois trouve son homologue américain sur sa route. Les Etats-Unis affirment vouloir contrer la Chine dans toute l’Amérique du Sud. "Des concurrents de l’autre hémisphère ont fait des percées importantes dans le nôtre, à la fois pour nous désavantager économiquement dans le présent et d’une manière qui pourrait nous nuire stratégiquement à l’avenir", écrit l'administration Trump dans sa Stratégie de sécurité nationale, publiée en décembre. Parmi les projets phares, Xi Jinping a inauguré au Pérou, en 2024 l'immense port en eau profonde de Chancay, au nord de Lima… au grand dam de hauts gradés américains, qui craignent qu’il puisse être un jour utilisé à des fins militaires. Le hongkongais CK Hutchison exploite, lui, deux ports du canal de Panama. Trump, qui veut "reprendre le contrôle" de ce canal, pousse pour que ces activités soient transférées à des intérêts américains.

La Chine ne devrait pas se retirer d'Amérique du Sud

Mais la Chine mise sur le temps long. À l'échelle sud-américaine, "certaines influences étrangères seront difficiles à inverser", reconnaît Washington dans le document cité plus haut. La Chine est déjà le premier partenaire commercial de la plupart des pays du continent, comme le Brésil, le Chili ou le Pérou. Et la tendance devrait se poursuivre, tant la deuxième puissance mondiale, du fait de sa force de frappe industrielle et technologique, a su se rendre indispensable. Tout un symbole : l’un des plus proches alliés de Trump, le président argentin Javier Milei, très virulent contre Pékin pendant sa campagne présidentielle, n’a finalement pas remis en cause l'observatoire spatial chinois "Espace lointain", installé en Patagonie, et a annoncé à Davos que son pays poursuivrait ses relations commerciales avec Pékin.

Sur ce continent, "la stratégie américaine ouvre la voie à davantage de contrôles des investissements, de surveillance réglementaire et de pression sur les gouvernements, pronostique Sun Chenghao, chercheur au Centre pour la sécurité internationale et la stratégie de l'université Tsinghua, à Pékin. Mais il est peu probable que la Chine se retire : elle mettra davantage l'accent sur des secteurs difficiles à qualifier de stratégiques, tels que l'énergie verte, l'agriculture, la santé publique, les parcs industriels et l'efficacité logistique."

Mis sur le qui-vive par l'imprévisibilité de Trump, les dirigeants chinois suivent aussi de près la situation au Moyen-Orient, à l'heure où le porte-avions USS Abraham Lincoln est arrivé dans le Golfe persique. La chute de la république islamique poserait à la Chine un problème plus important que celle de Maduro. Et pour cause : environ 13 % de ses importations de pétrole brut viennent d'Iran (contre 4 % pour le Venezuela). La Chine aurait cependant les moyens de rebondir, tant elle s'est rapprochée de l'Arabie saoudite et des pays du Golfe, diversifiant ses fournisseurs d'or noir. "Et même si Pékin verrait d'un mauvais œil toute intervention américaine en Iran, les autorités s'en serviraient comme preuve supplémentaire que les États-Unis perturbent violemment la politique internationale", résume Jonathan A. Czin, ancien expert de la CIA et aujourd'hui chercheur à la Brookings Institution, à Washington.

Les Chinois l'ont bien compris : même s'il a fait de sa zone d'influence sa priorité, Trump n'a pas renoncé à intervenir dans le reste du monde. Xi Jinping aurait tort de croire qu'il a le champ libre pour envahir Taïwan. Du reste, le président chinois n'est pas fou : "l'opération Caracas" lui a fait prendre conscience de l'impréparation de son armée - il multiplie d'ailleurs les purges au sein du haut commandement - et du fossé militaire qui la sépare des Etats-Unis. Ces derniers "cherchent à sécuriser leur base arrière stratégique tout en intensifiant la concurrence dans la région indo-pacifique par le biais d'alliances, de contrôles à l'exportation, d'ajustements de leur posture militaire et d'un endiguement technologique", synthétise le chercheur chinois Sun Chenghao.

Pour l'heure, le président américain se garde bien de provoquer son puissant homologue. A quelques mois d'une rencontre à Pékin, en avril prochain, Donald Trump, qui espère signer un accord commercial, se montre particulièrement conciliant. Alors que, sous Joe Biden, la Chine était décrite comme le principal défi de l'Amérique, la nouvelle stratégie de défense nationale prévoit des "relations respectueuses" avec Pékin et ne fait aucune mention de Taïwan. Jusqu'à quand ? Entre le roi du chaos et le maître du temps long, la trêve pourrait être de courte durée.

© Nate Kitch

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Accord sur les migrants : le Rwanda poursuit le Royaume-Uni en justice

En juillet 2024, le premier ministre britannique avait annulé le plan très controversé, négocié par Boris Johnson, qui prévoyait que le Rwanda accueille des migrants expulsés par Londres.

© Alastair Grant/AP

Le premier ministre britannique, Keir Starmer, à Londres, le 27 janvier 2026.
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