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Des exercices militaires controversés au nom des BRICS en Afrique du Sud

Les marines chinoises, russes, iraniennes, émirati et sud-africaine participent à ces entraînements organisés à l’initiative de Pékin. Ces manœuvres, les premières sous l’égide de l’organisation des BRICS élargis, envoient un message d’unité face à la puissance américaine.

© RODGER BOSCH / AFP

Le navire lance-missiles chinois « Tangshan » est amarré à False Bay, près de Simon’s Town, près du Cap, en Afrique du Sud, le 6 janvier 2026.
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EN DIRECT, Iran : l’ayatollah Ali Khamenei compare Donald Trump aux « tyrans et [aux] arrogants de ce monde » et affirme qu’il « sera renversé »

Le président américain a déclaré dimanche que le régime iranien était prêt à « négocier » après ses menaces d’opération militaire, ajoutant qu’« une rencontre est en cours de préparation ». Il a cependant prévenu que les Etats-Unis pourraient « devoir agir avant une rencontre ».

© Bureau du Guide suprême iranien/Agence WANA via REUTERS

L’ayatollah Ali Khamenei, lors d’une réunion à Téhéran, en Iran, le 3 janvier 2026.
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Manifestations en Iran : Reza Pahlavi, le fils du chah déchu qui attend son heure

"Je me prépare (…) à rentrer dans ma patrie pour être avec vous, grande nation iranienne, lorsque notre révolution nationale aura triomphé. Je crois que ce jour est très proche." Depuis le début des mobilisations contre la vie chère en Iran, qui ont pris progressivement une tournure politique appelant à la chute du régime, Reza Pahlavi multiplie les messages de soutien aux opposants sur X. Âgé de 65 ans, le fils du dernier chah d'Iran, renversé par la révolution islamique en 1979, est depuis exilé aux Etats-Unis, et détient le titre symbolique de souverain successeur, non reconnu par le régime iranien en place.

"C'est la bataille finale, Pahlavi reviendra !", ont scandé certains manifestants, démontrant la popularité croissante de celui qui se fait appeler prince lors de ses interventions publiques. "Aux yeux de nombreux Iraniens, notamment les jeunes, qui appellent à la fin du régime militaro-politique et ses pratiques rétrogrades, Reza Pahlavi incarne la modernité, la laïcité, et la possibilité pour l’Iran de renouer avec la communauté internationale", témoigne ainsi une ex-partisane du mouvement réformiste, auprès du Figaro.

Il faut dire que son nom revient sans cesse au gré des périodes de tensions qui agitent le pays. En 2009, lorsque des manifestations éclatent après la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad, Reza Pahlavi appelle par exemple "les forces de l'ordre à la désobéissance civile et à la neutralité" (un appel réitéré ce dimanche 11 janvier). En 2013, il crée également le Conseil national iranien pour des élections libres, un mouvement installé à Paris qui se donne pour objectif de regrouper les minorités ethniques, des religieux, des monarchistes et des républicains unis dans le même but de renverser le régime, mais dont les divisions internes ont fortement réduit l'influence, rappelle la BBC. En 2022 enfin, Reza Pahlavi a soutenu le mouvement Femme, Vie, Liberté, ces Iraniennes descendues dans les rues après la mort de Mahsa Amini, arrêtée et tuée par la police des mœurs pour un voile mal porté.

Une figure qui divise

S'il rejette l'usage de la violence et appelle à un référendum pour décider de la future organisation politique de son pays, Reza Pahlavi ne fait néanmoins pas consensus. Bien que son nom évoque le progressisme de son père (droit de vote des femmes en 1963, modernisation de l’industrie), il est également associé à l’extrême violence exercée par la Savak, la police politique d’alors – des années sombres que le prince héritier s’est toujours gardé de dénoncer. En outre, la proximité de Reza Pahlavi avec l’entourage de Benyamin Netanyahou - avec lequel il s’affiche en photo sur sa page X en 2023 - fait grincer des dents. Selon une enquête conjointe du quotidien israélien Haaretz et TheMarker, appuyée par les recherches de Citizen Lab, un centre de recherche de l’Université de Toronto, une vaste opération d’influence israélienne en langue persane aurait été orchestrée et financée par Israël dès juin dernier, pour présenter le fils du chah comme la figure légitime d’un futur Iran.

Conséquence : certains manifestants se méfient de ce "héros" autodéclaré, au point de scander "ni chah, ni mollah" dans les rues de la capitale. "La question des circonstances de son retour interroge. Si c'est à la faveur d'une intervention étrangère, il pourrait être perçu comme un personnage importé", souligne aussi l'historien Jonathan Piron pour France 24, alors que Donald Trump a menacé de "frapper très fort" le régime iranien, que l'armée américaine a déjà bombardé fin juin 2025. Vendredi, le locataire de la Maison-Blanche a d'ailleurs déclaré qu'il n'était "pas certain qu'il soit approprié" de rencontrer le fils du dernier chah d'Iran, démontrant que le soutien de Washington n'était pas acquis. Il "n'a pas, à proprement parler, les qualités qui plaisent à Trump. Il est plutôt intellectuel et manque du charisme nécessaire pour séduire quelqu'un comme Trump", subodore le politologue Arash Azizi, cité par CNN.

© REUTERS

Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier chah d'Iran, participe à une conférence de presse sur la situation en Iran et la nécessité de soutenir les Iraniens, à Paris, en France, le 23 juin 2025.
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Etats-Unis : mis sous pression par Donald Trump, le président de la Fed menacé de poursuites pénales

La pression auquel il fait face monte encore d'un cran. Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, a déclaré dimanche 11 janvier que l'administration du président Donald Trump l'avait menacé de poursuites pénales en lien avec l'une des auditions qu'il a effectuées l'été dernier devant le Congrès, à propos des rénovations du siège de la banque centrale.

Régulièrement visé par des critiques de Donald Trump, qui lui reproche depuis son retour au pouvoir en janvier dernier de ne pas baisser suffisamment les taux d'intérêt, Jerome Powell a dénoncé un "prétexte" destiné à accentuer la pression sur la Fed pour qu'elle réponde aux demandes du président américain.

Il a fait savoir que la Réserve fédérale avait reçu vendredi des convocations du département de la Justice pour témoigner devant un grand jury, une étape préalable à de possibles inculpations et qui constitue une escalade significative dans les tensions entre Donald Trump et Jerome Powell.

Réagissant au communiqué diffusé dimanche soir par le patron de la Fed, le sénateur républicain Thom Tillis, membre de la commission sénatoriale des Banques, a déclaré que la menace d'inculpation soulevait des questions sur l'"indépendance et la crédibilité" du département de la Justice. Thom Tillis a ajouté sur le réseau social X qu'il s'opposerait à de quelconques candidats nominés par Donald Trump pour siéger à la Fed "tant que cette question juridique ne sera pas complètement réglée". La commission sénatoriale des Banques a notamment pour mission d'examiner les candidatures proposées pour les postes à la Réserve fédérale, dont sa présidence.

"Démarche sans précédent"

Jerome Powell a été nommé à la tête de la Fed en 2018 par Donald Trump, lors du premier mandat présidentiel de ce dernier, avant d'être confirmé à son poste par Joe Biden. Son mandat actuel doit prendre fin en mai prochain.

"J'ai un profond respect pour la règle de droit et l'imputabilité dans notre démocratie", a dit Jerome Powell dans le communiqué. "Mais cette démarche sans précédent doit être regardée dans le contexte plus large des menaces et des pressions de l'administration" à propos des taux d'intérêt. "Cette nouvelle menace ne concerne pas mon audition en juin dernier, ni les rénovations des bâtiments de la Réserve fédérale", a-t-il ajouté. "Ce sont des prétextes", a-t-il poursuivi, y voyant la "conséquence" de la politique monétaire de la Fed. Celle-ci, a-t-il dit, est fixée pour "servir le public, pas pour suivre les préférences du président".

Donald Trump a nié avoir connaissance des mesures prises par le département de la Justice. "Je ne sais rien du tout à propos de cela", a-t-il déclaré dimanche soir à la chaîne de télévision NBC News. "Mais (Powell) n'est pas très bon à la Fed, et il n'est pas très bon pour construire des bâtiments".

Un porte-parole du département de la Justice a décliné une demande de commentaire, se contentant de déclarer que la ministre fédérale de la Justice avait demandé aux procureurs du pays d'enquêter en priorité sur toute malversation qui concernerait l'argent des contribuables.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump presse la Fed de réduire nettement les taux d'intérêt, reprochant à la banque centrale de nuire à l'économie et évoquant à plusieurs reprises l'hypothèse de limoger Jerome Powell, bien qu'un locataire de la Maison-Blanche n'a pas autorité pour prendre une telle décision uniquement en raison d'un désaccord sur la politique monétaire.

Le président américain a également tenté en août de limoger une gouverneure de la Réserve fédérale, Lisa Cook, une mesure bloquée par une juge fédérale. L'affaire a été transmise à la Cour suprême américaine.

La présidence de Donald Trump "touche le fond"

L'indépendance des banques centrales, tout du moins pour fixer les taux d'intérêt afin de contrôler l'inflation, est considérée comme un pilier d'une politique économique solide, protégeant les responsables monétaires face à de quelconques considérations politiques à court terme et leur permettant de se focaliser sur des objectifs à long terme.

Aux yeux de Peter Conti-Brown, historien spécialiste de la Fed à l'université de Pennsylvanie, la présidence de Donald Trump "touche le fond" avec l'enquête ouverte contre Jerome Powell. "Le Congrès n'a pas conçu la Fed pour qu'elle reflète les fluctuations quotidiennes du président, et comme la Fed a repoussé les efforts du président Trump (...), il jette tout le poids du droit pénal américain" contre le patron de la Fed, a-t-il dit.

La Maison-Blanche a multiplié depuis l'an dernier les critiques contre le projet de rénovation du siège de la Fed, situé à Washington, dont le coût est estimé à 2,5 milliards de dollars. Certains analystes ont estimé à l'époque que l'administration Trump cherchait ainsi à faire pression pour obtenir de la Fed des taux d'intérêt plus bas - en vain, Jerome Powell détaillant même les raisonnements de la banque centrale sur le site internet de celle-ci et transmettant des lettres explicatives à des membres de l'administration.

En juin dernier, dans le cadre d'auditions annuelles devant le Congrès sur la politique monétaire, Jerome Powell a été interrogé sur les travaux de rénovation, qu'il a décrits comme nécessaires en raison d'infrastructures obsolètes. Donald Trump a effectué le mois suivant une rare visite présidentielle au siège de la Fed, lors de laquelle Jerome Powell lui a servi de guide.

Jerome Powell, qui s'est globalement gardé de répondre aux multiples critiques et menaces de Donald Trump, a de nouveau promis dimanche de "continuer à faire le travail pour lequel le Sénat" l'a nommé. Si son mandat de président de la Fed prend fin en mai, il est en droit de rester au conseil des gouverneurs jusqu'au 31 janvier 2028, ce qui, le cas échéant, empêcherait Donald Trump de nommer un gouverneur à la place de Jerome Powell avant son ultime année à la Maison-Blanche.

© via REUTERS

Le président de la Fed Jerome Powell s'exprime dans une vidéo, le 11 janvier 2026.
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Aide à mourir : un débat qui divise nos voisins européens

Le débat français sur la fin de vie dure depuis vingt-cinq ans, et il n'est pas près d’être clos. Amendée par l’Assemblée le 27 mai 2025, la proposition de loi sur le "droit à l’aide à mourir" sera examinée à partir du 20 janvier par le Sénat. Et les échanges promettent d’être animés, tant le sujet divise.

À huis clos, ce 7 janvier, la Commission des affaires sociales de la chambre haute en a fortement atténué l’esprit. Plutôt qu’accorder au patient un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie, les sénateurs se sont prononcés pour un dispositif "d’assistance médicale à mourir" pour les seules personnes en "phase terminale". Ce qui en restreint la portée à "ceux qui vont mourir" et non à "ceux qui veulent mourir", comme le résument les co-rapporteurs LR, Christine Bonfanti-Dossat et Alain Milon. Le vote aura lieu le 28 janvier, avant que le texte ne revienne à l’Assemblée en deuxième lecture. L’occasion de se rendre compte que, chez nos voisins aussi, ce sujet clivant et douloureux suscite des débats.

En Espagne, un fragile consensus

Depuis 2021, la "Ley Organica" autorise l’euthanasie et le suicide assisté. L’épilogue d’un long combat politique et philosophique, porté depuis 2002 par les partis de gauche et des organisations civiles. Mais le pays reste traversé par une profonde fracture éthique, du fait de l'opposition de certains mouvements chrétiens, pour qui cette loi viole l’article 15 de la Constitution, garantissant le droit à la vie. Si "l’aide à mourir" se développe lentement (334 euthanasies en 2023, sur 766 demandes), le débat est loin d’être clos.

En Belgique, une législation soutenue par la société

En Belgique, la mort par euthanasie représentait 3 décès sur 100 en 2023. Votée en 2002, la loi indique que le patient doit être capable de discernement, souffrir d'une pathologie incurable, et un double avis médical reste obligatoire. Depuis 2014, l’euthanasie est autorisée pour les mineurs dans des situations médicales sans issue. Une législation soutenue par la majorité, et qui incite certains Français à franchir la frontière : 106 y ont été euthanasiés en 2024, selon l’Autorité belge de contrôle, soit deux fois plus qu'en 2022.

De plus en plus d'euthanasies sont pratiquées chaque année outre-Quiévrain.
De plus en plus d'euthanasies sont pratiquées chaque année outre-Quiévrain.

Aux Pays-Bas, un système précurseur et très encadré

En devenant le premier pays du monde à légaliser l'euthanasie, en 2001, les Pays-Bas ont suscité des débats dans le monde entier. Pour que sa demande soit acceptée, un patient doit remplir des conditions draconiennes, dites "critères de minutie". Son cas doit notamment être examiné par une commission composée d’un médecin, d’un expert en éthique et d’un juriste. Depuis février 2024, les enfants de moins de 12 ans souffrant de maladies incurables, et dont la mort est imminente, y sont éligibles.

En Allemagne, un sujet douloureux, qui ravive l'Histoire

En Allemagne, le mot "euthanasie" évoque une époque sombre, celle du régime nazi et de son programme d’extermination de masse. Pour cette raison, l’Allemagne refuse toute forme d’euthanasie active. En 2015, la Cour de Karlsruhe a toutefois stipulé qu’un patient avait le droit de mourir de manière autonome, même avec l'aide de tiers (suicide assisté). Un millier d’Allemands y ont recours chaque année. Le Bundestag a lancé des consultations, qui pourraient donner lieu, à terme, à une réforme de l'euthanasie.

La Pologne, un pays encore très religieux

Dans ce pays où l’influence de l’Église catholique reste forte, l’euthanasie est illégale et le restera sans doute encore longtemps. Si les rares sondages semblent indiquer que la population polonaise est partagée sur la question, le droit à l’aide à mourir n’est pas très présent dans le débat public. Dans la pratique médicale, un patient atteint d’un mal incurable a la possibilité de refuser la poursuite d’un traitement qui lui est administré, si celui-ci n’a aucun effet.

© Shutterstock

Les débats sur l'aide à mourir ne concernent pas que la France, loin de là.
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Donald Trump, aux racines de sa matrice économique : enquête sur un ovni idéologique

En apparence, rien ne semble relier Donald Trump à Friedrich Nietzsche. Le premier, qui s'est longtemps vanté de n'avoir jamais rien lu d'autre que la Bible, ne s'est sans doute jamais plongé dans le dédale des écrits du second. Et pourtant, en multipliant les coups d’éclat, le président américain épouse, jusqu’à l’incarner, l’une des obsessions du philosophe de la fin du XIXe siècle. Une quête monomaniaque, impulsive, aveugle, de puissance, qui pousse Donald Trump à piétiner les règles communes, balayer les normes installées et dynamiter l’ordre établi d’un "vieux monde" dont il faudrait libérer les esprits et les peuples. Une forme de "transvaluation des valeurs", comme le théorisa le penseur allemand, il y a plus d'un siècle et demi.

La séquence de ce début d’année est un condensé du logiciel trumpien. Une copie nietzschéenne. Une intervention militaire au Venezuela au mépris du droit et des règles internationales, la destitution d'un président-dictateur et la mainmise sur les ressources pétrolières du pays. Puis, à peine rassasié d’or noir vénézuélien, une offensive commerciale sur le Groenland et ses ressources naturelles et un accord arraché à 140 pays pour exempter les multinationales américaines du taux mondial minimal d’imposition de 15 % prévu dans un traité international signé sous l’égide de l’OCDE en 2021. Dans la foulée, Trump annonce le retrait immédiat des Etats-Unis de 66 organisations internationales, principalement rattachées aux Nations unies.

Alors que le président américain va fêter dans quelques jours la première année de son retour à la Maison-Blanche, l’Europe assiste, tétanisée, à la destruction d’une architecture économique et géopolitique qu’elle n’a cessé de porter. "Les États-Unis ne défendent plus les valeurs démocratiques et le respect du droit international qu’ils proclamaient jadis. Ils ont adopté la logique des autocraties qu’ils prétendent combattre : la force prime le droit, les sphères d’influence l’emportent sur la souveraineté, la puissance justifie l’action", décortique Alicia Garcia-Herrero, la cheffe économiste de Natixis à Hongkong.

On ne combat que ce que l'on connaît. Comment, alors, qualifier la doctrine économique du locataire de la Maison-Blanche ? Les optimistes - ou naïfs - se rassurent en répétant que Trump n’a aucune colonne vertébrale et qu’il se bornerait à mettre en musique "l'art du deal" qu'il a lui-même théorisé. Pire : qu'il changerait d'avis comme de chapeau texan.

Donald Trump, un ovni idéologique

Une versatilité brocardée au début de l'été dernier par l'acronyme Taco, "Trump always chickens out", que l'on pourrait traduire en français par "Trump finit toujours pas se dégonfler". "Ceux qui croient au Taco ont tort. Certes, en matière de droits de douane, Trump a revu une partie de sa copie initiale, mais en bout de course, les tarifs ont augmenté partout. Vis-à-vis du bloc européen, ils étaient en moyenne de 1,2 % avant son élection. Ils grimpent aujourd'hui à 15 %", relève l'économiste suisse John Plassard, de la banque genevoise Cité Gestion.

Les "Trumponomics" ne se résumeraient donc pas à une succession de décisions irrationnelles et inconsistantes. "Son corpus économique est le reflet de l'hétérogénéité de son électorat. Il a été élu par les laissés-pour-compte de la mondialisation, grâce aux milliards des techno-libertariens de la Silicon Valley et l'appui du noyau dur des républicains pur jus. Le résultat, c'est une politique qui ne ressemble à aucune autre", avoue Antoine Bouet, le directeur du Cepii, le Centre d'études prospectives et d'informations internationales.

Pour décrire cet ovni idéologique, commençons par ce qu'il n'est pas. Rien à voir avec un libéralisme chimiquement pur. La main de Trump sur le fonctionnement de l'économie et le cours des affaires est partout. "Surtout, le président s'assoit sur le droit alors que le respect de la règle de droit est la pierre angulaire du libéralisme économique", détaille Eric Monnet, historien de l'économie et professeur à l'EHESS.

Rien à voir non plus avec la version 2.0 d'un keynésianisme d'Etat. Certes, sa grande loi budgétaire votée de justesse au début de l'été - le "One Big Beautiful Bill" – a les atours d'une relance budgétaire massive. Mais elle promeut surtout la baisse des impôts sur les entreprises et les plus riches, et la réduction des transferts sociaux. "C'est une relance pro business destinée à soutenir l'offre", analyse Jonathan Hartley, chercheur à l'université Stanford en Californie.

Rien à voir, enfin, avec un néo-reaganisme. "Si Trump fait du Reagan lorsqu'il abaisse les taux d'imposition des entreprises et dérégule massivement des pans entiers de l'économie, le laisser-faire de l'ancien président républicain n'est pas vraiment de son goût. Sa politique est finalement très éloignée de la révolution néolibérale anglo-saxonne des années 1980", poursuit Jonathan Hartley.

"Yes we CANE"

Alors, comment qualifier la ligne trumpienne ? On se souvient du "Yes we can", le slogan de campagne de Barack Obama. Trump, lui, a inventé le "Yes we CANE", pour Capitalisme Autoritaire Népotique d'Etat.

"Si l'on veut comprendre les racines du trumpisme, il faut faire de l'archéologie économique. Remonter aux XVIIe et XVIIIe siècle l'âge d'or du mercantilisme, avant les débuts de la macroéconomie classique", souligne Eric Monnet. Une doctrine qui justifiait le colonialisme et faisait de la capacité d'un pays à imposer ses normes, ses lois et ses routes commerciales, l'instrument de sa puissance. A cette aune, le commerce international est forcément un jeu à somme nulle où il n'y a que des perdants et des gagnants. "En affirmant que les raisons du déficit commercial américain sont liées aux pratiques déloyales de ses partenaires, Trump a remis au goût du jour le mercantilisme", poursuit Eric Monnet. Un système où les très grandes entreprises privées, à qui l'Etat accorde des quasi-monopoles en contrepartie de généreux subsides, mènent la danse. Comme si les géants américains de la tech étaient devenus les dignes héritiers de la Compagnie des Indes.

Un monde, enfin, où l'Etat s'immisce dans la vie des affaires et dont le colbertisme français fut la meilleure illustration. "Quatre siècles plus tard, le gouvernement américain n'a eu de cesse, en 2025, d'influer sur le fonctionnement des entreprises en multipliant les prises de participation au capital de sociétés qui n'avaient pas besoin qu'il vole à leur secours. L'Amérique de Trump est devenue socialiste", s'enflamme Tad DeHaven, analyste politique au Cato Institute, un think tank libertarien de Washington. En contrepartie du rachat du géant US Steel par le japonais Nippon Steel, l'Etat américain s'est arrogé une "golden share" au capital de l'aciériste, avec un droit de véto sur toutes les décisions de la direction. De même, le gouvernement fédéral s'est invité au capital de nombreuses compagnies minières et producteurs de terres rares, comme MP Material, Lithium America, Vulcan ou Trilogy Metal. Il a forcé la main du géant des semi-conducteurs Intel pour prendre 10 % de l'entreprise, devenant ainsi son premier actionnaire. Début décembre, enfin, il a accepté que Nvidia, la star américaine des puces, vende à nouveau ses trésors technologiques à la Chine. Mais à la condition expresse qu'elle lui reverse 25 % des futurs profits réalisés dans l'empire du Milieu. Une trentaine d'autres "deals" seraient dans les tuyaux d'après la Maison-Blanche.

"Cette imbrication étroite entre profits publics et privés légitimise les conflits d'intérêts, voire la corruption," estime Eric Monnet. Un capitalisme de connivences et de copinage prend ainsi ses quartiers à Washington. Car si le chantre de l'America First est obnubilé par la notion de puissance, c'est d'abord au profit de son clan et de son propre porte-monnaie.

Le trumpisme survivra-t-il à Trump ?

Au gré de ses visites d'Etat, de mirifiques contrats tombent dans l'escarcelle de ses entreprises. En mai dernier, alors que le Vietnam négociait ferme les droits de douane imposés par l'administration américaine, le Premier ministre du pays, Pham Minh Chinh, inaugurait un gigantesque programme immobilier, près de Hanoï, dans l'orbite de la galaxie Trump. Le mois dernier, le Parlement serbe a donné son feu vert pour faire table rase d'un bâtiment emblématique bombardé par l'Otan et remplacé prochainement... par une tour Trump. Et que dire des juteuses affaires des fils du président, Eric et Donald junior, dans les stablecoins – ces crypto-devises indexées au dollar - dont leur père a considérablement assoupli la réglementation pour assurer leur essor.

Combien de temps les "Trumponomics" vont-ils électriser la planète. Dit autrement, le trumpisme survivra-t-il à Trump ? Pour l'heure, l'échec annoncé n'a pas eu lieu dans le pays. La croissance a même accéléré au troisième trimestre 2025. "La locomotive américaine devrait finir l'année sur un rythme voisin de 3 %", projette Raphaël Gallardo, le chef économiste de Carmignac. L'inflation a peu déraillé, malgré la hausse des droits de douane. A défaut de créer beaucoup d'emplois, comme le montrent les chiffres du chômage, cette dynamique du PIB repose néanmoins sur un levier unique : le boom de l'intelligence artificielle qui tire largement l'économie, de la construction des data centers à celle des centrales électriques jusqu'à la fabrication des puces électroniques. Sans cette révolution de l'IA, l'activité serait chancelante.

Le problème, c'est qu'une partie de l'électorat Maga, et notamment la classe ouvrière des grandes régions industrielles, ne s'y retrouve pas. De fait, si la Bourse caracole, la confiance des ménages a fortement chuté. Les garde-fous, notamment institutionnels, sont affaiblis et les grands groupes, à l'unisson, jouent opportunément le jeu trumpien. "Les entreprises achètent sa politique car la croissance tient. Si elle vacille, elles lui demanderont immédiatement des comptes. Le business est le dernier contre-pouvoir ", veut croire Yann Coatanlem, économiste et directeur d'une start-up dans la finance à New York.

Le tic-tac serait donc enclenché ? Sébastien Laye, un économiste franco-américain, aujourd'hui conseiller du parti républicain, ne croit guère à la contrainte du sablier. "A la fin de ce second mandat, le "reset" de la politique américaine sera terminé et le régime de l'après-guerre froide, qui ne correspondait plus aux intérêts économiques de l'Amérique, définitivement enterré. Les successeurs de Trump, même s'ils sont démocrates, ne pourront plus le remettre en cause." Il suffira alors à J.D. Vance, le vice-président, ou Marco Rubio, le secrétaire d'Etat, de se glisser dans les mocassins de leur mentor.

© REUTERS

Donald Trump voit dans la capacité d'un pays à imposer ses normes, ses lois et ses routes commerciales, l'instrument de sa puissance.
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La force brute de Trump ne boutera pas la Chine hors de l’Amérique latine

Le commerce est devenu le vecteur de la puissance chinoise et les profondes dépendances déjà créées pèsent plus que l’arme des pressions diplomatiques, voire militaires, brandie par les Etats-Unis.

© ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Le président américain Donald Trump accueille son homologue argentin Javier Milei à la Maison Blanche, le 14 octobre 2025.
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Accord UE-Mercosur : les agriculteurs maintiennent la pression, le blocage de l’A63 à Bayonne est levé

Le barrage établi dans la nuit dans les Pyrénées-Atlantiques a été levé, à l’aube d’une nouvelle journée de mobilisation agricole en France et en Europe contre l’accord UE-Mercosur.

© LOU BENOIST / AFP

Des agriculteurs français se tiennent près d’un drapeau du syndicat Jeunes Agriculteurs (JA) sur un rond-point du port du Havre, dans le nord-ouest de la France, le 11 janvier 2026, dans le cadre de manifestations nationales contre l’accord UE-Mercosur.
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EN DIRECT, guerre en Ukraine : l’armée russe progresse dans les oblasts de Kharkiv et de Donetsk ; la situation reste « sous contrôle total », affirme Kiev

Les forces russes tentent de consolider leurs positions dans le nord-est de l’Ukraine, selon les analystes du groupe ukrainien Deep State, pour lancer une offensive vers Khotine, une manœuvre visant à menacer directement Soumy, la capitale régionale.

© TETIANA DZHAFAROVA / AFP

Des tentes d’un point d’invincibilité dans lesquelles les habitants peuvent recharger leurs appareils et se réchauffer, après les attaques de missiles et de drones russes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. A Kiev, le 11 janvier 2026.
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En direct : Trump affirme que l'Iran veut négocier, Washington étudie des options militaires

Le président américain a déclaré dimanche que les dirigeants iraniens avaient appelé pour "négocier" après ses menaces d'opération militaire. Le président Massoud Pezeshkian a, lui, exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". Suivez notre direct.

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