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Corée du Nord : pour Kim Jong-un, hors de question de subir le même sort que Nicolas Maduro

La capture, le 3 janvier, du président vénézuélien Nicolas Maduro rend nerveux le régime nord-coréen. Sa crainte : voir son leader, Kim Jong-un, subir le même sort que le satrape de Caracas. D’où un communiqué au vitriol, dès le lendemain de l’opération américaine, par l’agence officielle KCNA, fustigeant un "acte hégémonique des Etats-Unis" ou encore une "violation grave de la souveraineté du pays" et une "atteinte flagrante à la Charte des Nations Unies et au droit international".

Pyongyang en a rajouté une couche le 5 janvier, à la faveur de tirs de missiles hypersoniques menés sous la supervision de Kim Jong-un. Ces lancements ont été présentés par les organes de propagande comme une "tâche stratégique très importante" pour maintenir et développer une "force de dissuasion nucléaire puissante et fiable" dans un contexte de "crise géopolitique et des événements internationaux complexes". Une allusion claire à l’arrestation de Nicolas Maduro et un message pour le président américain, Donald Trump : l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord distingue la famille Kim du clan Maduro. Et il peut servir si nécessaire.

Pour les exégètes du régime nord-coréen, la réaction du régime prouve que la spectaculaire opération menée au cœur de la nuit sur Caracas a surpris Pyongyang. "Kim Jong-un constate une nouvelle fois la puissance et la menace que représentent les États-Unis, qui peuvent faire tout ce qu’ils veulent", observe Koh Yu-hwan, professeur d'études nord-coréennes à l'université Dongguk, à Séoul.

Une paranoïa compréhensible

Tout en étant convaincus que les États-Unis ne peuvent pas mener une telle opération contre eux, les dirigeants du Nord devraient renforcer davantage les contrôles internes pour faire face à toute éventualité et écarter le risque d’infiltrations au sein du pouvoir.

La prudence - voire la paranoïa - nord-coréenne peut se comprendre. Le Venezuela est un des rares pays d'Amérique latine à entretenir des liens diplomatiques avec son régime. Avant Nicolas Maduro, il y a eu le dictateur irakien Saddam Hussein, chassé du pouvoir par les Américains en 2003, et le tyran libyen Mouammar Kadhafi, renversé et tué en 2011 parce qu’il avait - selon les analystes nord-coréens - renoncé à son arsenal nucléaire. A la mort de Mouammar Kadhafi, la Corée du Nord avait interdit à ses ressortissants de l’étranger de rentrer au pays et avait renforcé les contrôles idéologiques internes. Le régime s’inquiétait des risques de troubles internes et avait jugé nécessaire de bloquer les informations sur la disparition du chef d'Etat Libyen.

Pyongyang n’oublie pas non plus que Donald Trump a envisagé pendant son premier mandat (2016-2020) des frappes préventives sur des sites sensibles nord-coréens afin de dissuader le pays de poursuivre son programme nucléaire et balistique - avant de se tourner vers des solutions diplomatiques pour tenter de négocier la dénucléarisation du pays. L’administration Trump a aussi commandité des opérations militaires secrètes sur le sol nord-coréen, révélées à travers l’échec d’une mission de la SEAL Team 6 des forces spéciales, menée au début de 2019 pour installer un système d’écoutes en Corée du Nord.

"Unité de décapitation"

Même si Séoul et Washington ont déclaré ne pas chercher à faire tomber le gouvernement nord-coréen, ces deux pays ont bien établi des stratégies visant à renverser Kim Jong-un. En 2017, l’armée sud-coréenne a créé une "unité de décapitation" sur le modèle de l’unité d’élite américaine Delta Force qui a capturé Nicolas Maduro. Sa mission : éliminer les dirigeants nord-coréens en cas de guerre. Des entraînements spécifiques sont régulièrement inclus dans les exercices annuels organisés par les deux alliés.

Face à ces menaces, le régime nord-coréen a modifié en 2022 sa loi sur la politique nucléaire. Désormais, l’usage des armes atomiques peut être décidé en cas d’attaque contre ses dirigeants. "Si les États-Unis éliminaient Kim Jong-un, le vice-président Pak Jong-chon, numéro 2 de la puissante Commission militaire centrale du Parti, hériterait du contrôle des armes nucléaires et lancerait une frappe contre les États-Unis, précise Cheong Seong-chang, de l’institut Sejong à Séoul. Et s’il était capturé, Pak Jong-chon ou Kim Yo-jong, sœur du dirigeant et directrice adjointe du Comité central du Parti, brandirait la menace de frappes nucléaires contre les États-Unis ou leur allié sud-coréen pour exiger le retour du leader."

L’affaire vénézuélienne donne ainsi l’opportunité à la propagande nord-coréenne d’insister sur l’idée que "malgré les difficultés économiques, le développement des armes nucléaires est justifié", complète Lim Eul-chul, de l’université Kyungnam. Le coup de force américain à Caracas interroge aussi sur les répercussions du coup de force américain à Caracas sur l’organisation d’un éventuel sommet Kim-Trump, envisagé en marge de la visite du président américain en Chine, prévue en avril. Michael Bosack, ancien de la Commission militaire d’armistice des Nations unies en Corée, estime que le régime "pourrait déterminer que c’est le refus de Nicolas Maduro de traiter avec Donald Trump qui a conduit à son arrestation, ce qui l’inciterait à changer de cap et à rouvrir les canaux de dialogue".

Koh Yu-hwan, de l’université Dongguk, rappelle toutefois que la situation a changé depuis le premier mandat de Donald Trump, quand le président américain menaçait de déchaîner sur la Corée du Nord le "feu et la furie". "Aujourd’hui, Kim Jong-un a achevé le développement de ses capacités nucléaires. Il peut même se permettre de refuser que la dénucléarisation soit un prérequis pour discuter."

Le "leader suprême" peut aussi compter sur le soutien de la Russie, avec laquelle il a signé en juin 2024 un accord de partenariat stratégique prévoyant une assistance mutuelle en cas d’agression. La Chine devrait aussi l’épauler. Pékin retisse les liens avec son allié historique nord-coréen, comme l’a montrée l’invitation de Kim Jong-un aux célébrations, en septembre, du 80e anniversaire de la victoire sur le Japon. Mais même protégé par son puissant parrain, une chose est certaine : Kim Jong-un ne baissera jamais la garde.

© via REUTERS

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un visite les principales entreprises d'armement au cours du dernier trimestre 2025, sur cette photo publiée par l'agence de presse officielle nord-coréenne Korean Central News Agency le 26 décembre 2025. KCNA via REUTERS
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Donald Trump réitère ses menaces sur le Groenland

Donald Trump a assuré vendredi qu'il comptait passer un accord avec le Danemark pour acquérir le Groenland, et que Washington emploierait pour cela "la manière douce" ou "la manière forte".

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Aux Etats-Unis, la liaison de la journaliste Olivia Nuzzi avec le trumpiste Robert F. Kennedy Jr secoue les médias

La carrière de l’une des journalistes américaines les plus influentes s’est brutalement interrompue à l’automne 2024, lorsqu’il a été révélé qu’elle entretenait, depuis plusieurs mois, une relation amoureuse avec le futur ministre de la santé du gouvernement Trump, l’antivax Robert F. Kennedy Jr. Les Mémoires d’Olivia Nuzzi, publiés début décembre, éludent les criantes questions de déontologie que ce scandale met au jour.

© Devin Oktar Yalkin/The New York Times/REDUX/ REA

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À Crans-Montana, l'enquête se poursuit après l'incarcération du gérant du bar

Un peu plus d'une semaine après l'incendie dans un bar à Crans-Montana qui a coûté la vie à 40 personnes, un hommage a été rendu vendredi en Suisse aux victimes, en présence notamment de leurs proches. Le gérant du bar a passé sa première nuit en détention, sa femme, elle reste libre et a pris la parole pour la première fois.

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Guerre en Ukraine : le nouveau tir de missile Orechnik russe près de la frontière polonaise, un avertissement aux Occidentaux

Le recours à cette arme hypersonique à portée intermédiaire, qui peut emporter une charge conventionnelle ou nucléaire, constitue la riposte du Kremlin à l’accord scellé à Paris, le 6 janvier, par lequel Washington s’est engagé à participer aux garanties de sécurité offertes à l’Ukraine en cas de cessez-le-feu.

© Services de sécurité d’Ukraine/via REUTERS

Un morceau du missile russe Orechnik, dans la région de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, le 9 janvier 2026.
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En Ukraine, le soldat tout miel avec les abeilles

L’apiculteur ukrainien Dmytro Kushnir a délaissé ses ruches pour s’engager sur le front. L’invasion russe a mis à mal la production de miel, dont l’Ukraine était, avant la guerre, un des grands fournisseurs mondiaux.

© Dmytro Kushnir/Collection personnelle

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Les compagnies pétrolières peu pressées d’investir au Venezuela, au grand dam de Trump

Donald Trump a convoqué vendredi à la Maison-Blanche les grands groupes pétroliers, leur promettant monts et merveilles pour les convaincre d’investir massivement au Venezuela. Mais il n’a guère suscité l’enthousiasme, constate la presse internationale.

© Evelyn Hockstein / REUTERS

Le président américain Donald Trump pointant du doigt, lors d’une réunion avec des dirigeants de l’industrie pétrolière à la Maison-Blanche à Washington, le 9 janvier 2026 (REUTERS/Evelyn Hockstein).
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Incendie de Crans-Montana : en Suisse, une journée de deuil national et la question « sur les responsabilités, y compris celles des autorités »

Le président de la République, Emmanuel Macron, a assisté, vendredi, aux côtés des chefs d’Etat suisse et italien, à une cérémonie émouvante en hommage aux quarante jeunes victimes et aux nombreux blessés de la tragédie survenue le 1ᵉʳ janvier dans la station helvétique.

© LAURENT GILLIERON/AFP

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Le dernier repas du condamné, une tradition qui éclaire la peine de mort aux Etats-Unis

Six verres de bière, un litre de glace à la menthe aux pépites de chocolat, du poulet frit… Le dernier repas accordé aux condamnés à mort est un rituel codifié qui permet de mettre en scène une peine capitale où existerait encore « une forme d’humanité ».

© California Department of Corrections and Rehabilitation via Getty Images/AFP

La chambre à gaz de la prison d’Etat de San Quentin (Californie), avant son démantèlement, le 13 mars 2019.
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La guerre est-elle une invention récente ? Archéologues et anthropologues débattent

La guerre est-elle aussi vieille que l’homme ou est-elle née avec la révolution de l’agriculture ? Les spécialistes bataillent depuis des décennies sur le sujet.

© De Agostini via Getty Images

Incrustation de nacre et d’ivoire représentant un char de guerre tiré par deux chevaux piétinant un ennemi. Objet provenant du site archéologique de Mari (aujourd’hui Tell Hariri), en Syrie. Civilisation assyrienne, IIIᵉ millénaire avant J.-C. Au Musée national de Damas.
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EN DIRECT, guerre en Ukraine : le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira lundi à la suite des frappes massives russes et de l’utilisation du missile Orechnik par Moscou

Six pays, dont la France, ont soutenu cette demande de réunion formulée par l’Ukraine. Une attaque sur Kiev, dans la nuit de jeudi à vendredi, a fait quatre morts et privé de chauffage la moitié des immeubles résidentiels de la capitale.

© ANDREW KRAVCHENKO / AFP

Une personne roule à vélo dans une rue non éclairée pendant une coupure d’électricité à Kiev, le 9 janvier 2026, à la suite d’attaques russes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes.
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Dans la Corne de l’Afrique, le réveil diplomatique de l’Arabie saoudite

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© Alex Brandon/AP

Fayçal Ben Farhan Al Saoud, ministre des affaires étrangères saoudien, et Marco Rubio, secrétaire d’Etat, à Washington, le 7 janvier 2026.
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Déjà à genoux, Cuba se rapproche du gouffre

Véritable parcours du combattant, la vie quotidienne des Cubains se résume à une lutte pour la survie. Après l’intervention des États-Unis au Venezuela, l’arrêt des exportations de pétrole du précieux allié “serait le coup de grâce”, souligne “The Wall Street Journal”.

© Dessin de Ramsés, Cuba.

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