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En Syrie, troisième nuit d’affrontements entre l’armée et les forces kurdes

Les autorités syriennes ont annoncé, jeudi, un couvre-feu dans plusieurs quartiers d’Alep, dont les deux à majorité kurde de cette ville du nord du pays.

© Ghaith Alsayed/AP

Des habitants déplacés des quartiers de Cheikh-Maqsoud et d’Achrafieh trouvent refuge dans une mosquée à Alep, en Syrie, jeudi 8 janvier 2026.
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Importante manifestation contre le pouvoir à Téhéran, Donald Trump menace l’Iran de « frapper très fort » en cas de répression sanglante

Au moins 45 manifestants, dont huit mineurs, ont été tués depuis le début de la mobilisation en Iran, fin décembre, selon un nouveau bilan, jeudi, de l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège.

© UGC/AFP

Des forces de sécurité iraniennes utilisent des gaz lacrymogène pour disperser des manifestants, dans le bazar de Téhéran, sur cette capture d’écran réalisée à partir d’images UGC publiées sur les réseaux sociaux, le 6 janvier 2026.
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« A Gaza et ailleurs, le soin humanitaire est tombé de son piédestal, et c’est une chute brutale »

L’anthropologue Michel Agier explique, dans une tribune au « Monde », que les organisations humanitaires sont aujourd’hui mises en cause dans leur fondement même, soupçonnées d’imposture par des gouvernants d’extrême droite.

© OMAR AL-QATTAA / AFP

Un Palestinien se rend à pied à la clinique de Médecins sans frontières, à Gaza, le 31 décembre 2025.
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Mercosur : pourquoi le non de la France n'empêchera pas le vote du texte

Emmanuel Macron a annoncé jeudi 8 janvier, dans un communiqué et sur ses réseaux sociaux, que la France voterait "contre la signature de l'accord entre l'Union européenne et les pays du Mercosur". Un accord "d'un autre âge", selon le chef de l'Etat, négocié "sur des bases trop anciennes".

Malgré des "avancées incontestables, le constat doit être dressé d'un rejet politique unanime de l'accord, comme l'ont clairement montré les récents débats à l'Assemblée nationale et au Sénat", a-t-il déclaré. Une position qui ne suffira toutefois probablement pas à bloquer le texte au niveau européen.

La France est favorable au commerce international, mais l’accord UE-Mercosur est un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes (mandat de 1999).

Si la diversification commerciale est nécessaire, le gain économique de l’accord UE-Mercosur…

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) January 8, 2026

Depuis plusieurs semaines, la France tente de rallier d’autres Etats membres afin de constituer une minorité de blocage au sein du Conseil de l’Union européenne - une coalition représentant au moins 35 % de la population de l’UE, nécessaire pour empêcher l’adoption d’un texte commercial. Mais cette coalition ne s’est pas matérialisée. Malgré le soutien de la Pologne, de la Hongrie, de l’Autriche et de l'Irlande, d’autres pays clés comme l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne ou les pays scandinaves, ont choisi de soutenir le traité ou de ne pas s’opposer frontalement, sapant ainsi cette stratégie de blocage. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a d'ailleurs jugé mercredi 7 janvier qu’un tel accord offrirait des "avantages énormes" et un "potentiel considérable" pour l’Europe.

Cette séquence européenne intervient alors qu'Emmanuel Macron est, une fois encore, confronté à la gronde des agriculteurs. Ceux-ci s'inquiètent d'une arrivée massive de produits agricoles bon marché, susceptibles de concurrencer leurs productions et de fragiliser leurs exploitations déjà sous pression. Ces derniers mois, la France affirme avoir oeuvré pour obtenir de Bruxelles des garanties supplémentaires : une clause de sauvegarde spécifique, des mesures de réciprocité sur les conditions de production, un renforcement des contrôles sanitaires en Europe et des audits vétérinaires et phytosanitaires dans les pays tiers, a énuméré Emmanuel Macron sur X.

Vingt-ans de négociations

Dans le cadre des politiques commerciales, l’Union européenne peut adopter certains accords à la majorité qualifiée, ce qui signifie que l’opposition d’un Etat membre ne suffit pas à arrêter le processus si une majorité d’autres Etats y est favorable. La Commission peut également être amenée à scinder le volet commercial du reste de l’accord, ce qui permettrait une adoption sans nécessiter l’unanimité stricte de tous les Etats.

Sauf revirement de dernière minute, les Etats membres devraient autoriser vendredi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à signer l'accord conclu en décembre 2024. Après vingt-cinq ans de négociations, une signature pourrait avoir lieu dès lundi au Paraguay.

© via REUTERS

La France va voter contre l'accord commercial entre l'Union européenne (UE) et le Mercosur, a déclaré jeudi 8 janvier 2026 Emmanuel Macron.
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Enlèvement de Nicolas Maduro : pourquoi le raid américain aurait pu virer au fiasco

L’opération spéciale a été présentée par Donald Trump comme un succès retentissant. Une mission "parfaitement exécutée". Pourtant, le raid américain visant à capturer le président Nicolas Maduro à Caracas le 3 janvier dernier a frôlé la catastrophe à plusieurs reprises, pointe le New York Times dans un long récit publié le 7 janvier, basé sur les dires de "responsables américains actuels et anciens, qui ont parlé sous couvert d’anonymat". La mission, nommée "Absolute Resolve" impliquait plus de 150 aéronefs lancés depuis 20 bases différentes, reposant sur une coordination complexe.

Les hélicoptères de l’armée américaine ont survolé Caracas aux premières heures du samedi 3 janvier, glissant à basse altitude au-dessus de la capitale vénézuélienne pour atteindre le complexe fortifié de Nicolas Maduro. Selon le NYT, les appareils sont alors rapidement pris sous le feu vénézuélien. Le premier hélicoptère de l’assaut, "un gigantesque MH-47 Chinook à double rotor" est endommagé, son pilote et planificateur de la mission est "touché trois fois à la jambe".

L'hélicoptère principal presque abattu

À ce moment, "le succès de l’opération est en jeu" juge le NYT, qui décrit une mission dont l’échec d’un seul élément aurait pu créer des risques catastrophiques pour tous les soldats impliqués. Et de convoquer le souvenir "mortel du Black Hawk abattu à Mogadiscio, en Somalie, en 1993, qui avait déclenché une bataille féroce au cours de laquelle 18 soldats américains étaient morts et 73 blessés".

Le chinook endommagé, pourtant, se stabilise avec l’aide du copilote, et maintient sa capacité à voler. Il parvient à déposer des troupes américaines à l’intérieur du complexe privé du président, avant de retourner en sécurité sur le navire de guerre Iwo Jima stationné au large des côtes vénézuéliennes.

En tout à 2h01 du matin, plus de 80 commandos ont été déployés à Caracas au fil des atterrissages. Dans le complexe, les opérateurs du 160e Régiment d’aviation des opérations spéciales essuient d’intenses échanges de tirs avec la garde privée du président Maduro, avant de parvenir à faire sauter la porte de sa chambre pour le faire prisonnier, lui et sa compagne.

72 Vénézuéliens et Cubains tués

Le chef de vol, que le Pentagone n’a pas identifié pour des raisons de sécurité, a subi de graves blessures, mais se rétablit dans un hôpital du Texas avec un autre soldat, a indiqué l’armée mardi. Cinq autres militaires ont été traités pour blessures et libérés. Les responsables militaires ont qualifié les actions du chef de vol cette nuit-là d’"héroïques". "C’était l’une des démonstrations les plus impressionnantes, efficaces et puissantes de la force et de la compétence militaire américaines de l’histoire américaine", a proclamé Donald Trump après le retour de toutes les troupes.

Du côté vénézuélien, les victimes ont été nombreuses : selon les responsables vénézuéliens, environ 40 Vénézuéliens et 32 Cubains ont été abattus par les forces américaines.

© REUTERS

Un hélicoptère transportant le président vénézuélien capturé, Nicolas Maduro, atterrit à l’héliport de Downtown Manhattan le 5 janvier 2026.
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Jacek Bartosiak : "Les Européens doivent être capables de franchir la frontière psychologique de la violence"

Jacek Bartosiak est l’un des penseurs géostratégiques polonais les plus influents. Fondateur et directeur général du think tank Strategy & Future, il est l’auteur de plusieurs best-sellers, écoulés à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, consacrés aux enjeux de sécurité en Europe centrale et orientale, en Eurasie et dans le Pacifique. En 2025, il publie "Les yeux grands ouverts : stratégie polonaise en cas de guerre mondiale" (Non traduit).

Suivi par près d’un demi-million de personnes sur les réseaux sociaux, il est devenu une figure incontournable du débat public. Dans un pays traditionnellement atlantiste, ses positions profondément critiques à l’égard des États-Unis détonnent. Ultra-sceptique quant à la crédibilité de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, il plaide pour une alliance resserrée de la Pologne avec les pays scandinaves, les États baltes, la Turquie et, bien sûr, l’Ukraine, afin de faire face à une menace russe qu’il juge imminente. Un réalignement qui gagne du terrain au sein de la communauté stratégique polonaise, et progressivement parmi la classe politique. "Une guerre en Europe, au‑delà de l’Ukraine, est très probable", avertit ce spécialiste connu pour son franc-parler et un brin provocateur. Entretien.

L'Express : Pourquoi Donald Trump et les Européens n'arrivent-ils pas à mettre fin à la guerre en Ukraine ?

Jacek Bartosiak : Parce que les oppositions fondamentales n’ont pas été résolues sur le champ de bataille. La Russie estime qu’elle n’a pas suffisamment gagné cette guerre. L’Ukraine considère qu’elle ne l’a pas perdue - elle a remporté la guerre navale en mer Noire, enregistré des succès spectaculaires autour de Kiev, Kharkiv et Kherson, et développé une industrie de haute technologie. Dans ces conditions, il est hors de question pour les Ukrainiens d’accepter la paix à n’importe quel prix, même sous la pression américaine.

Par ailleurs, l’Occident, l’Europe et la Russie ne sont pas capables de s’entendre sur les principes qui devraient fonder l’architecture de sécurité après la guerre.

La Russie est coutumière d’une approche maximaliste lors des grandes négociations. Comment faut-il négocier avec le Kremlin ?

Tout dépend de l’objectif poursuivi. La manière la plus simple de négocier serait de vaincre la Russie, comme l’illustre le traité de Brest-Litovsk signée en 1918 [L’empire allemand obtient alors la fin des combats sur le front est de la Première Guerre mondiale face au nouveau pouvoir bolchevique, NDLR]. Ce n’est évidemment pas facile, mais, en tous les cas, il faut cesser de croire au mythe selon lequel la Russie prendrait toujours l’ascendant psychologique dans les négociations.

La difficulté actuelle tient aussi à d’autres facteurs. Les Américains ont découvert qu’ils ne contrôlaient pas Kiev autant qu’ils le pensaient. Et les Européens, après avoir été lâchés cette année par les États-Unis, ont fini par comprendre que Washington négociait leur sécurité sans même les consulter.

Il est dans l’intérêt de l’Europe que l’Ukraine continue à se battre pour protéger le continent et conserver la maîtrise de cet espace stratégique. Une partie importante de l’armée ukrainienne estime d’ailleurs que la Russie peut être battue.

Les pays d’Europe centrale et orientale, eux aussi, refusent une mauvaise paix. Les exigences russes dépassent largement la question ukrainienne : Moscou remet en cause le stationnement des troupes de l’Otan [en Europe de l'Est, NDLR], le droit à l’armement, la souveraineté stratégique. Typiquement, les Polonais n’accepteront pas que ces décisions soient prises sans eux.

Mais dans le même temps, l’Europe, Pologne comprise, ne veut pas entrer en guerre, ce qui serait pourtant nécessaire pour garantir pleinement ces revendications. C’est toute la quadrature du cercle.

Comment les Européens devraient-ils par ailleurs négocier avec les Etats-Unis de Donald Trump ?

Depuis plusieurs années, les États-Unis mènent une politique antieuropéenne. Sur le plan macroéconomique, ils cherchent à affaiblir l’industrie européenne et à nous rendre dépendants de leurs ressources. C’est une forme de tribut impérial. Yánis Varoufákis [économiste et ancien ministre des Finances de la Grèce, NDLR] parle à juste titre de technoféodalisme : domination par les marchés de capitaux, le dollar, et les grandes entreprises technologiques.

Les États-Unis protègent leur propre modèle économique, même si cela doit se faire au détriment de la sécurité de leurs alliés. Je me suis longtemps demandé comment les élites européennes pouvaient l’ignorer ou l’accepter. Les Français font peut-être exception, en raison d’un héritage gaullien fondé sur l’autonomie stratégique vis-à-vis de l’Otan et la possession d’une dissuasion nucléaire indépendante.

Aujourd’hui, c’est l’Ukraine qui défend l’Europe, pas les États-Unis. Les garanties nucléaires américaines ne sont pas crédibles : Washington n’a pas la même évaluation des risques que ses alliés. Les États-Unis n’entreront pas dans une guerre nucléaire pour défendre l’Europe centrale et orientale. Ils ne maîtrisent pas une éventuelle escalade avec la Russie, manquent de forces terrestres, ne sont pas prêts à une guerre de haute intensité comme elle a lieu en Ukraine, et se préparent surtout à une confrontation économique majeure avec la Chine.

C’est pourquoi l’Europe doit bâtir une politique de sécurité autonome et dialoguer avec la Chine. Un grand accord commercial avec Pékin serait mutuellement bénéfique : l’Europe obtiendrait un répit face à la surproduction chinoise, et Pékin verrait d’un bon œil l’émancipation européenne vis-à-vis de Washington.

Comment percevez-vous la réaction de la classe politique polonaise face à la politique de Donald Trump ?

Malheureusement, les élites polonaises sont en état de choc. Nous avons besoin d’une politique d’équilibrage, pas d’une stratégie de soumission à un hegemon. Il faut construire des contrepoids régionaux, notamment en matière de sécurité, avec la Suède, la Finlande, l’Ukraine et la Turquie [deuxième armée de l'Otan en matière d'effectifs, NDLR], afin de bâtir un système militaro stratégique capable de contenir la Russie. Et cela suffira à la dissuader.

Les 10 000 soldats américains actuellement stationnés en Pologne seront-ils maintenus ?

À terme, elles se retireront. Pour l’instant, leur présence sert à maintenir une influence politique à très faible coût, sans garanties de sécurité réelles. Dans leur stratégie de sécurité nationale, les États-Unis critiquent l’Europe, parlent de déclin civilisationnel et annoncent vouloir traiter uniquement avec des partenaires idéologiquement compatibles. C’est une stratégie qui vise à fragmenter l’Europe. Un classique du "diviser pour mieux régner". Les Polonais ne devraient pas s’y soumettre.

En cas de conflit, les États-Unis défendraient-ils la Pologne ?

Pour que j’y croie, il faudrait me présenter des preuves concrètes. Par exemple, un stationnement massif de soldats américains avec leurs familles, ou des troupes déployées en première ligne dans les États baltes, au plus près de la frontière russe, de manière à ce que toute avancée implique de passer "sur des corps américains". Autre possibilité : le déploiement d’armes nucléaires américaines en Pologne, à des points stratégiques que les Russes devraient nécessairement bombarder s’ils voulaient attaquer le pays.

Pourquoi ne croyez-vous pas à la défense européenne ?

Parce qu’elle n’existe pas réellement. L’Europe n’a ni forces crédibles, ni chaînes de commandement opérationnelles, ni industrie de défense suffisante, ni unité de vue sur les objectifs à atteindre.

La France, quant à elle, est en première ligne de la "coalition des volontaires" soutenant l’Ukraine. Elle a également signé un traité d’amitié avec la Pologne. Apparaît-elle à vos yeux comme un garant de sécurité crédible ?

Non plus. La France dispose de forces armées trop faibles. Elle est géographiquement trop éloignée. Sa doctrine nucléaire, ainsi que les capacités qui lui sont rattachées, ne sont pas conçues pour défendre l’Europe dans son ensemble, et encore moins la Pologne.

La dissuasion française n’est crédible qu’en cas d’attaque directe contre la France. Pour qu’elle le soit pour la Pologne, il faudrait, par exemple, que des armes nucléaires françaises non stratégiques - donc à faible puissance - soient stationnées sur le territoire polonais. Il faudrait un véritable partage nucléaire avec la Pologne : que des techniciens polonais aient accès aux dépôts, puissent charger des bombes nucléaires françaises sur des avions polonais. Que les Russes le sachent, et qu’ils en aient peur.

Il faudrait en outre que la décision d’emploi soit déléguée à un niveau inférieur : qu’elle ne relève plus seulement du président français, mais disons d’un officier sur le terrain, dont l’identité et les intentions seraient impossibles à anticiper pour les Russes. Cette incertitude les rendrait totalement nerveux.

De plus, pour que les garanties de sécurités françaises soient réelles, il faudrait que des soldats français soient présents en Pologne, prêts à mourir dès le premier jour d’une guerre conventionnelle. La mort de soldats français, causée par la Russie, provoquerait une telle indignation au sein de l’opinion publique française, qu’elle desserrerait ensuite les contraintes politiques pesant sur l’emploi de l’arme atomique dans le cadre d’un partage nucléaire.

Vous pensez donc que la Pologne devrait construire son propre potentiel nucléaire ?

Le problème est plus large. En réponse à ce que font aujourd’hui les États-Unis, l’Europe devrait reconnaître qu'elle est entrée dans une nouvelle ère et accepter que les États la composant acquièrent leur propre dissuasion. Cela nous protégerait aussi bien de la Russie et ses chantages, que des supposées garanties américaines conditionnées à de lourds tributs financiers.

Ce serait une rupture radicale avec l’ordre international actuel, mais après une phase de désordre relatif, la situation se stabiliserait. Les États-Unis et la Russie seraient furieux, ce qui démontrerait le renforcement de la position de l’Europe dans le monde.

Sur quels partenaires la Pologne devrait-elle compter ?

Pendant trente ans, la Pologne a compté sur les États-Unis pour la sécurité et l’Union européenne pour l’économie. Ce modèle ne fonctionne plus.

Pour bâtir un équilibre fonctionnel, il faut coopérer avec des États qui partagent le même niveau de risque et dont les sociétés refusent de devenir des colonies russes : la Suède, la Finlande, les États baltes, dans une moindre mesure la Roumanie. La Turquie entre aussi dans l’équation.

La Pologne et l’Ukraine sont la clé de cette configuration. C’est ainsi que dans l’Histoire, la République des Deux Nations [de 1569 à 1795, sur un territoire couvrant une grande partie des actuelles Pologne, Ukraine, Biélorussie ainsi que des États baltes, NDLR] a pu contenir la Russie impériale.

Une telle coalition permettrait de contrôler l’escalade dans la guerre hybride et de forcer la Russie à des dilemmes stratégiques profonds. Cela serait suffisant pour contenir une politique russe fondée sur la coercition et la violence à l’égard du continent européen.

Pensez-vous vraiment qu’une telle alliance serait suffisante pour faire face à la Russie ?

Complètement. Au nord, nous contrôlerions la mer Baltique. Au sud, nous repousserions la flotte russe en mer Noire. Et sur le plan terrestre, nous disposons de capacités d’attrition suffisantes.

Ensemble, les industries technologiques ukrainienne, scandinave et polonaise pourraient constituer une véritable barrière face à la Russie. Nous aurions besoin de capacités de frappe en profondeur sur le territoire adverse. Les Ukrainiens démontrent à quel point cela est crucial.

Du reste, le développement actuel des technologies militaires, la baisse des coûts et la démocratisation des systèmes de missiles, des drones de longue portée et des capacités de frappe rendent ce plan possible.

L’absence de dissuasion de ces pays, à ce stade, ne serait-elle pas leur grande faiblesse ?

C’est transitoire. Et puis, une dissuasion conventionnelle peut suffire. La Russie n’a pas utilisé l’arme nucléaire en Ukraine. L’Ukraine se défend sans craindre l’emploi de l’arme nucléaire sur son territoire. L’Europe a peur ; les Ukrainiens, non.

En outre, sur le plan conventionnel, il est possible d’exercer une dissuasion très efficace. Prenons l’exemple de l’oblast russe de Kaliningrad : il doit être un otage stratégique de l’État polonais. En cas de menace imminente d'attaque russe, la Pologne pourrait s’en emparer, et imposer un blocus maritime, aérien et terrestre, jusqu’à son asphyxie. Et la Russie ne pourrait pas réagir.

De la même manière, il est possible de bloquer l’ensemble du commerce russe dans le golfe de Finlande, ainsi qu’en mer Noire. Suivant un tel scénario, la Russie serait pratiquement privée de toute capacité d’exportation. C’est parfaitement réalisable. À une condition toutefois : être prêt à assumer cette confrontation.

Craignez-vous que la guerre menée par la Russie s'étende à d'autres pays que l'Ukraine ?

Oui. Les Russes se sentent aujourd’hui supérieurs militairement et psychologiquement. Ils pourraient s’emparer de Narva, en Estonie, sous prétexte de protéger les russophones. Les Américains diraient : "Bon, d’accord…". Et l’Europe occidentale ne réagirait pas.

Il ne s’agit pas seulement de points de PIB investis dans la Défense, de chiffres abstraits, mais d’être capable de franchir la frontière psychologique de la violence. Les Russes sont en train de le faire : ils tuent, ils meurent, ils sont prêts au sacrifice. Les Ukrainiens aussi, cela se ressent jusqu’à Kiev.

En Europe occidentale, ce n’est pas le cas. C’est pourquoi la seule réponse possible est une alliance régionale fonctionnelle, sinon, la Russie nous imposera sa propre architecture de sécurité.

Vous parlez de Narva. La Pologne pourrait-elle également constituer une cible ?

Oui, bien sûr. Il pourrait s’agir d’une attaque massive de drones. Ou bien la prise d’une petite ville à l’est de la Pologne, près de la frontière avec la Biélorussie, ou au nord, à proximité de l’oblast de Kaliningrad. Les Russes y positionneraient des unités de drones d’élite et révèleraient au grand jour l’impuissance polonaise face à ce type d’attaques.

L’Europe occidentale serait paralysée, enchaînant les réunions intergouvernementales… sans qu’il n’en ressorte rien de concret.

A quel horizon un tel scénario pourrait-il se produire ?

Je ne parle pas de deux ou trois ans, mais d'une période située bien avant. A mon sens, nous entrons dans cette situation critique dès maintenant, et à très grande vitesse.

Que devraient faire les décideurs politiques pour s’y préparer ?

Développer des capacités de défense active. Des unités militaires expérimentales, capables de combattre comme on le fait aujourd’hui à l’Est. Des capacités de frappes en profondeur, un renseignement capable d’opérer profondément à l’Est, et surtout des systèmes de drones et de robotisation avec des capacités de ciblage indépendantes des technologies américaines ou ouest européennes, pour réagir de manière autonome à la menace russe.

© Ludovic Marin/Pool via REUTERS

Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky s'expriment lors d'une conférence de presse, au palais de l'Élysée, le 6 janvier 2026.
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Les États-Unis avaient-ils le droit de saisir le pétrolier battant pavillon russe ?

DÉCRYPTAGE - Washington affirme que le navire intercepté mercredi l’a été pour «violation des sanctions américaines», en vertu d’un mandat délivré par un tribunal fédéral américain. Moscou y voit une atteinte au droit international, qui consacre la liberté de navigation en haute mer.

© US EUROPEAN COMMAND via X / REUTERS

Un garde-côte américain observe aux jumelles le navire Marinera, ex-Bella-1, saisi par les États-Unis le mercredi 7 janvier 2026.
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Accord UE-Mercosur : l’Italie, prête à changer de camp, crie déjà victoire

DÉCRYPTAGE - Sur le fond favorable au Mercosur qui favorise ses entreprises exportatrices, le gouvernement Meloni a mis en scène son opposition, le temps d’obtenir de nouvelles concessions pour ses agriculteurs hostiles à cet accord.

© Benoit Tessier / REUTERS

Le gouvernement de Giorgia Meloni va voter en faveur de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur.
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À Minneapolis, des habitants manifestent pour dénoncer la mort de Renee Nicole Good, abattue par l’ICE

La femme de 37 ans a été tuée ce mercredi après avoir été touchée par des tirs d'un agent de l'ICE, la police américaine de l'immigration. Un millier de manifestants se sont rassemblés au lendemain du drame dénonçant le “meutre” de la mère de trois enfants.Quelques affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre en marge du rassemblement.

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