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Aux États-Unis, la multiplication de data centers suscite une opposition locale croissante

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Aux États-Unis, la multiplication de data centers suscite une opposition locale croissante

Courant 2025, les oppositions contre des projets de centres de données se sont multipliées aux États-Unis, au point d’inciter plusieurs géants de la tech à prendre des engagements pour minimiser leurs impacts, notamment sur les factures d’énergie.

25 projets de centres de données ont été abandonnés en 2025 aux États-Unis sous l’effet d’oppositions locales, soit quatre fois plus que l’année précédente. Au moins 99 autres projets sont contestés à travers le pays, sur un total de 770 projets annoncés.

Concrètement, environ 40 % des projets qui rencontrent une opposition ont été remisés aux oubliettes, calcule le média spécialisé dans les questions environnementales Heatmap. En quadruplant en un an, l’indicateur du nombre de projets finalement abandonnés a augmenté plus vite que la plupart des autres éléments habituellement suivis par le marché des centres de données, à commencer par leur consommation globale d’électricité (+ 22 % aux États-Unis en un an).

Une dynamique qui n’étonne pas nécessairement les spécialistes, dans la mesure où la multiplication des projets industriels entraîne aussi celle des risques de ne voir certains d’entre eux arriver à leurs termes. Auprès de Heatmap, l’ancien directeur de la stratégie énergétique de Meta indique s’attendre à ce que seulement 10 % des projets préparés actuellement ne voient finalement le jour. La tendance illustre néanmoins l’attention croissante que les populations portent à ce type de projets, quand bien même leurs représentants politiques peinent à s’emparer du sujet.

La lutte contre les data centers, « grand unificateur » politique

Dans un contexte politique tendu, l’opposition aux data centers est aussi décrite localement comme le « grand unificateur » de la droite et de la gauche états-uniennes. En octobre, des militants a priori irréconciliables du mouvement « Stop the Steal » (initialement engagé pour s’opposer à la perte de l’élection présidentielle par Donald Trump en 2020) et des Socialistes démocrates d’Amérique se sont ainsi réunis en une seule coalition pour s’opposer à un projet de construction de plus d’une dizaine de centres de données dans le Michigan.

Si ces dynamiques sont visibles sur le terrain, elles ne se traduisent en revanche pas nécessairement en parole ou en acte de la part des représentants politiques. De fait, les dépenses politiques des porteurs de projets technologiques ont clairement participé à l’évolution politique récente du pays : en amont des élections de mi-mandat, démocrates comme républicains se disputent de nouveau leurs faveurs financières, explique The Guardian.

Les rares à avoir pris la parole sont plutôt issus de la gauche du Parti démocrate – ainsi de Bernie Sanders –, mais des Républicains comme le gouverneur démocrate de Floride Ron DeSantis ont aussi proposé des jeux de mesures pour protéger les résidents de l’arrivée de géants de l’IA et de vastes centres de données.

Pression croissante sur les réseaux énergétiques

Parmi les inquiétudes citées le plus fréquemment par les opposants aux divers projets de centres de données, on trouve celles relatives aux pollutions générées par leurs activités, à leur consommation en eau, à leurs effets sur l’emploi (l’intelligence artificielle étant comprise comme destructrice d’emplois alors que les centres de données, eux, en génèrent peu) ou, surtout, celles concernant la somme d’énergie nécessaire à l’alimentation de ces fermes de serveurs.

La multiplication des centres de données pose ainsi des problèmes croissants aux fournisseurs locaux d’électricité. Dans 13 États qui s’étendent du New Jersey au Kentucky, relève par exemple le Wall Street Journal, 67 millions de personnes obtiennent leur électricité de l’organisation à but non lucratif PJM. À leurs côtés, les multiples usines de données de la « data center alley », en Virginie du Nord, se fournissent aussi auprès de PJM.

Et la croissance de leurs besoins en énergie est telle (envisagée à+ 4,8 % par an pendant la prochaine décennie par PJM, alors que la consommation avait globalement plafonné jusqu’ici) qu’elle met le réseau en danger d’atteindre sa capacité maximum dans les moments de fortes demandes. Dans un tel cas de figure, l’opérateur pourrait se retrouver obligé d’imposer des coupures de courant tournantes pendant les périodes de fortes chaleurs ou de grand froid.

La concurrence des différents types d’usagers participe par ailleurs à faire grimper les factures d’électricité, de 12 à 16 % dans des États comme la Virginie, l’Illinois ou l’Ohio. Le mécontentement des consommateurs est tel que des sociétés comme Amazon commencent à affirmer agir activement pour maintenir les prix locaux à un niveau raisonnable.

Pour autant, certains responsables politiques dont le secrétaire d’État à l’Énergie Chris Wright ont proposé de faire évoluer les règles de gestion des réseaux, voire d’imposer aux sociétés numériques « d’apporter leur propre énergie » pour minimiser l’impact de l’essor de l’IA sur les factures. La suggestion ouvre elle-même de nouveaux débats, notamment sur la propension de la filière à tirer celles des énergies fossiles et du nucléaire.

Ce 13 janvier, Microsoft est donc allée un cran plus loin avec une initiative dite « community-first », dans laquelle l’entreprise s’engage à payer l’intégralité de ses coûts énergétiques, à refuser les allégements fiscaux locaux sur ses terrains, à réapprovisionner en eau au-delà de ce qu’elle consomme, à investir dans l’éducation à l’IA et divers programmes communautaires, et à faire tout cela avec plus de transparence.

S’il est respecté, un tel engagement signifierait une évolution nette de la part du géant, dans la mesure où son nom n’est pas toujours clairement affiché sur les projets de centres de données, et où Microsoft a encore récemment profité d’abattements fiscaux dans l’Ohio ou l’Iowa.

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Influenceurs, réseaux sociaux : face aux nouvelles dérives, appliquer et renforcer la loi

Plus de moyens pour appliquer les textes
Influenceurs, réseaux sociaux : face aux nouvelles dérives, appliquer et renforcer la loi

Dans un rapport remis au gouvernement, le député Arthur Delaporte et l’ex-député Stéphane Vojetta formulent 78 recommandations pour faire face aux « nouvelles dérives » qui émergent en ligne. En jeu : permettre l’application de l’existant et « combler les angles morts ».

Encouragement des comportements addictifs et des dépenses excessives, trop faible protection des mineurs… Ce 13 janvier, le député du Calvados Arthur Delaporte (PS) et l’ancien député des Français établis hors de France Stéphane Vojetta (Renaissance) remettaient au Premier ministre le résultat de leurs travaux des derniers mois sur les nouveaux risques numériques.

Intitulé « Influence et réseaux sociaux : face aux nouveaux défis, structurer la filière de la création, outiller l’État et mieux protéger », le rapport dresse le bilan de ce qu’a permis de mettre en place la « loi influenceur », portée par les mêmes députés et adoptée en juin 2023. Il formule aussi 78 recommandations pour « faire appliquer le droit existant » et « combler les angles morts de la régulation ».

Dans le lot, certaines devraient « se traduire en actes » dès les prochaines semaines, d’après la ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hénanff. Ainsi de la création d’un « portail-guichet unique des signalements des « désordres numériques » aux pouvoirs publics », qui permettrait aux internautes de signaler en un seul espace tous les types de problématiques rencontrés en ligne. En retour, le dispositif permettrait à l’État de suivre plus précisément les menaces émergentes, et de rediriger les plaintes vers les signaleurs de confiance. 


Un arsenal robuste mais des pressions à l’atténuation des régulation

« L’arsenal législatif national et européen est de plus en plus robuste », saluent d’emblée les députés. La directive sur les services numériques, en particulier, constitue « une avancée majeure pour rééquilibrer la relation entre plateformes, utilisateurs et autorités publiques ».

Mais des défis nouveaux « surgissent chaque jour », au gré de l’évolution des pratiques et des outils – la rédaction du rapport a aussi bien été marquée par les travaux de la commission TikTok que par l’affaire relative au décès de Jean Pormanove, en direct sur Kick, ou diverses polémiques relatives aux pratiques de Vinted et Shein.

La durée de certaines procédures, notamment européennes, est « très longue », relèvent encore les députés. Et « l’attitude des pays où sont basées les plateformes (principalement les États-Unis et la Chine) peut également atténuer l’ambition régulatrice en raison de menaces de représailles à peine voilées », admettent Arthur Delaporte et Stéphane Vojetta, citant la récente interdiction de visa pour les États-Unis de l’ancien député européen Thierry Breton et de plusieurs défenseurs des droits numériques.

Au terme des auditions de 170 personnes et de la création de divers autres espaces d’échange, les auteurs du rapport proposent des mesures alternativement du ressort du gouvernement, du Parlement, de diverses institutions françaises ou de la Commission européenne. Certaines consistent notamment à harmoniser diverses positions, dont celles de la France et du Parlement européen, sur l’âge d’accès aux réseaux sociaux (13 ans) et le contrôle parental entre 13 et 16 ans.

Nudification, prostitution, masculinisme

La remise du rapport elle-même a été marquée par l’actualité récente. Alors que des deepfakes pornographiques non consentis ont déferlé sur X fin décembre 2025, « nous ne devons pas tolérer que des outils comme Grok dénudent des femmes sans leur consentement », a déclaré la ministre en conférence de presse, critiquant la réponse « insuffisante et hypocrite » de xAI. Propriété d’Elon Musk, la maison mère de X et Grok a décidé de ne rendre la génération d’images accessible qu’à des utilisateurs payants. Les députés recommandent, eux, d’interdire la mise à disposition des utilisateurs de fonctionnalités de nidification, généralement appuyées sur des outils d’IA.

Après s’être penché sur le cas spécifique des créateurs de contenus pour adultes, notamment via des plateformes comme OnlyFans ou MYM, ils suggèrent d’envisager « la création d’un régime de co-responsabilité pénale des plateformes en ligne qui tirent profit de l’exploitation du système prostitutionnel », mais aussi d’interdire le démarchage et le recrutement de créateurs de contenus pour adultes, avec circonstance aggravante lorsqu’une telle démarche vise des mineurs.

Soulignant les difficultés de caractériser les discours masculinistes, les auteurs du rapport appellent aussi à étendre la loi de 1881 relative à la provocation à la violence ou à la haine à toute forme de promotion de discours incitant à ce type de violences et de haine. Pour « mieux lutter contre la promotion de l’idéologie masculiniste sur les réseaux sociaux », les députés soulignent aussi le besoin de réfléchir à la « caractérisation des actes masculinistes dont les auteurs sont issus de milieux radicaux (…) comme des actes terroristes et d’apologie du terrorisme ».

« Renforcer les moyens de la puissance publique »

Globalement, la ministre a déclaré vouloir « renforcer les pouvoirs d’enquête des autorités chargées de la régulation », que ce soit celle de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) ou de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF). Un axe de travail cohérent avec l’appel des auteurs du rapport à « renforcer les moyens de la puissance publique ».

Ces derniers invitent notamment le gouvernement à saisir la DGCCRF pour examiner les pratiques de monétisation des jeux vidéo, ou encore à suspendre temporairement la plateforme TikTokShop pour en exiger la mise en conformité avec le droit de la consommation. Aux côtés notamment de Shein, la plateforme est accusée de promouvoir un modèle qui alimente directement la croissance de l’ultra-fast-fashion, y compris via des campagnes agressives de recrutements d’influenceurs, dont les promesses de gains elles-mêmes sont sujettes à caution.

Pour améliorer la défense des consommateurs et de la protection intellectuelle, les députés proposent par ailleurs d’accorder « à titre expérimental » le statut de signaleur de confiance à des organismes dédiés.

Le 13 janvier, Anne Le Henanff a indiqué que la mise en place d’un registre public des agents d’influenceurs, soumis à autorisation d’exercer, et que la publication d’une charte à destination des pouvoirs publics recourant aux influenceurs compteraient parmi les mesures rapidement mises en œuvre.

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