Telegram touché par le gel de 427 millions d’euros d’obligations russes
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Alors que Pavel Durov multiplie les efforts pour distancier sa plateforme du pouvoir russe, 427 millions d’obligations émises par Telegram se retrouvent gelées dans le cadre des sanctions occidentales contre le pays de l’Est.
Mise à jour 15h40 : ajout de la précision de Telegram.
Le patron de Telegram Pavel Durov a beau avoir manœuvré pour élaguer les liens de son entreprise avec la Russie, 500 millions de dollars (427 millions d’euros) d’obligations sont gelées dans le cadre des sanctions occidentales contre Moscou.
Au fil des années récentes, la société a lancé une série d’émissions obligataires pour racheter sa dette existante, détaille le Financial Times, dont 1,45 milliard d’euros en mai dernier. Telegram aurait ainsi racheté l’essentiel des obligations arrivant à échéance en 2026. Les 427 millions d’euros d’obligations gelées viennent illustrer les liens que la société maintient néanmoins avec le pays d’origine de son fondateur.
Pavel Durov : une carrière de refus de partage de données utilisateurs
Historiquement, Pavel Durov s’est fait connaître pour avoir cofondé VKontakte, l’équivalent russe de Facebook, en 2007. Après avoir refusé de partager les données de certains utilisateurs ukrainiens avec les services secrets russes, en 2014, Pavel Durov a déclaré s’être fait licencier. Il a ensuite été contraint de vendre ses parts à des entités liées au Kremlin.
En 2013, avec son frère Nikolai, l’entrepreneur a co-fondé Telegram, dont il a refusé de partager le code source avec le FSB. D’abord implantée à Berlin, le siège de l’entreprise a rapidement été déménagé à Dubai.
En avril 2018, alors que son patron avait de nouveau refusé au Kremlin d’accéder à des données d’utilisateurs, la plateforme de messagerie était bannie de Russie. Le blocage a été levé deux ans plus tard, en juin 2020, après que l’entreprise a démontré sa « volonté » d’aider les autorités locales dans leur lutte contre le terrorisme. À l’été 2025, le service était de nouveau limité en Russie, aux côtés de WhatsApp (Meta), au motif qu’il n’agirait pas suffisamment pour lutter contre la fraude et le terrorisme.
L’épineuse question des liens de Telegram avec la Russie
Malgré ces passes d’armes, les doutes subsistent : quels sont les liens qu’entretient Telegram avec le Kremlin ? Pour Pavel Durov, toute spéculation sur le sujet relève de la « théorie du complot ». Son récent biographe Nikolay Kononov, qui décrit l’entrepreneur comme ayant « un QI très élevé », mais « enclin aux théories du complot », déclare n’avoir trouvé aucune preuve que Durov ait travaillé avec ou pour le gouvernement russe.
En 2025, une enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) révélait néanmoins que le maintien de ses serveurs et la gestion d’une large part des adresses IP du service de messagerie étaient assurés par la société de Vladimir Vedeneev, un ingénieur russe ayant travaillé à plusieurs reprises avec des acteurs de la défense russe et les services du FSB.
L’information relative aux 427 millions d’euros d’obligations touchés par les sanctions occidentales, elle, émerge alors que Pavel Durov travaille à une possible entrée en bourse de sa société. Auprès de Next, Telegram note que le montant fait référence « à l’émission obligataire de 2021 » et ne présente, en soi, « aucun risque » pour l’entreprise. « Conformément aux pratiques standard, les fonds destinés au remboursement des obligations sont transférés à un intermédiaire international, et les paiements ultérieurs aux obligataires ne relèvent plus de la responsabilité de la société, même si certains détenteurs ne sont pas en mesure de les recevoir. »
Formulé dès le printemps 2024, le projet d’entrée en bourse de la société avait pris du retard sous le coup des sanctions que lui a imposées la justice française à partir de l’été 2024. Les mesures qui visaient son dirigeant ont été définitivement levées en novembre 2025.
