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Reçu aujourd’hui — 29 novembre 2025

Daria Kaleniuk, ONG ukrainienne anti-corruption : "Yermak aurait dû être démis de son poste bien plus tôt"

29 novembre 2025 à 13:01

Deux semaines après la démission de deux ministres soupçonnés d’être impliqués dans le détournement de 100 millions de dollars dans le secteur énergétique, nouveau séisme au sommet de l’Etat ukrainien. Ce vendredi, le bras droit et puissant chef de cabinet de Volodymyr Zelensky, Andriy Yermak, a remis sa démission après la perquisition menée un peu plus tôt à son domicile par l’agence anti-corruption (NABU) et le parquet spécialisé anti-corruption (SAPO). En cause, sa possible implication dans cette affaire tentaculaire qui empoisonne la présidence ukrainienne au pire moment, alors qu’elle est engagée dans d’âpres négociations avec les Etats-Unis autour d’un plan pour mettre fin à la guerre avec la Russie.

"Sa destitution par le président offre néanmoins au pays une chance de se renforcer, de repenser sa gouvernance et de la rendre plus résiliente, en nommant des personnes intègres et compétentes aux plus hauts postes", juge Daria Kaleniuk, directrice exécutive de l’Anti-corruption Action Center (AntAC), l’une des ONG les plus en pointe en Ukraine dans la lutte contre la corruption. Entretien.

L’Express : Andriy Yermak a été limogé ce vendredi à la suite des perquisitions menées à son domicile. Était-ce inévitable ?

Daria Kaleniuk : C’est à mon sens une décision très positive. Je regrette simplement qu'elle ne soit pas arrivée avant. Volodymyr Zelensky s’appuyait beaucoup trop sur Andriy Yermak, tant en matière de politique intérieure que de politique étrangère. Il était ainsi devenu une sorte de directeur des ressources humaines pour tous les postes clés : ministres, vice-ministres, directeurs d’entreprises publiques, et même pour la nomination de certains responsables des forces de l’ordre. En cela, Andriy Yermak disposait de pouvoirs supérieurs à ceux d’un Premier ministre.

Mais l’enquête Midas a démontré que ce type d’approche ne fonctionne pas. Cela s’est traduit par le détournement d’au moins 100 millions de dollars, rien qu’en 2025, dans le seul secteur énergétique ukrainien. On peut supposer que d’autres cas de corruption à grande échelle ont eu lieu dans des secteurs clés de l’économie ukrainienne. Et cela, au beau milieu de la guerre. Par conséquent, Andriy Yermak aurait dû être démis de son poste bien plus tôt. Sa destitution par le président offre néanmoins au pays une chance de se renforcer, de repenser sa gouvernance et de la rendre plus résiliente, en nommant des personnes intègres et compétentes aux plus hauts postes. Rien n’est encore acquis, mais le départ d’Andriy Yermak nous donne des raisons d’espérer.

Pouvait-il ignorer la corruption révélée dans l’affaire Midas ?

C’est impossible, car toutes les décisions relatives à la gestion du pays - au niveau des vice-ministres, mais aussi à celui des dirigeants des entreprises publiques -, étaient filtrées par lui. Cela signifie qu’Andriy Yermak, à la position qui était la sienne, ne pouvait pas ignorer cette corruption à grande échelle. Et même dans l’hypothèse où il n’aurait pas eu connaissance de ces détournements de fonds, le fait d’avoir choisi des personnes qui s’y adonnent pour occuper des postes aussi importants le discrédite. Pour ces deux raisons, son limogeage est largement justifié.

Par ailleurs, lorsque la NABU et le SAPO effectuent des perquisitions, cela signifie généralement qu’il existe déjà des preuves qui ont été examinées par le tribunal et que celui-ci a autorisé ces investigations. Cela signifie donc que des éléments importants pour l’enquête pouvaient se trouver chez Andriy Yermak. Pour l’heure, il n’y a pas eu d’inculpation, mais nous en saurons davantage dans les jours ou semaines à venir.

Volodymyr Zelensky se retrouve-t-il dans une position particulièrement précaire après ces nouveaux développements ?

Il est toujours le président élu de l’Ukraine. Et je pense qu’il peut maintenir sa légitimité après ce limogeage. A vrai dire, le fait d’écarter des personnes dont l’intégrité faisait défaut me semble le placer dans une bien meilleure position. A l’issue de l’enquête et de ce type de décision, il pourra s’entourer de professionnels honnêtes et compétents, et ainsi renforcer sa présidence. J’applaudis donc sa décision de limoger Andriy Yermak. Mais j’espère aussi qu’il tirera les leçons du passé et qu’il ne reproduira pas les erreurs commises.

C’est en tout cas le plus grand scandale de corruption de sa présidence à ce jour…

Je dirais même que cela ne se limite pas à la période de la présidence de Zelensky. C’est l’enquête la plus complexe et la plus marquante menée par les organismes anticorruption ukrainiens depuis l’indépendance de l’Ukraine. L’Ukraine, en tant qu’État, n’a jamais connu d’enquête d’une telle ampleur au sein de l’entourage du président. Mais je tiens à souligner que cela signifie que les organismes anticorruption ukrainiens fonctionnent bien malgré la guerre. Et c’est un grand succès pour eux.

Volodymyr Zelensky a-t-il commis une erreur en tardant autant à limoger Andriy Yermak ?

C’est ce que je pense. Il aurait pu le limoger plus tôt, dès la révélation de l’enquête Midas. Cela fait deux semaines. C’était à mon sens le moment pour Zelensky de prendre la bonne décision. Mais mieux vaut tard que jamais. Du reste, d’autres personnes seront peut-être impliquées dans cette enquête, car NABU a souligné qu’il existe mille heures d’enregistrements audios, et ils n’en ont probablement reconstitué que dix pour cent, voire moins. Il est donc probable que l’enquête ne s’arrête pas là.

Cette crise survient en tout cas à un moment critique pour l’Ukraine, alors que Kiev est engagé dans des négociations très difficiles avec les États-Unis concernant le plan russo-américain pour mettre fin à la guerre. Cela ne risque-t-il pas d’affaiblir sa position dans les négociations ?

Je pense qu’en réalité, il n’y a que l’état de nos forces armées et de nos institutions qui puissent affaiblir la position de l’Ukraine dans les négociations. Et en bâtissant des institutions intègres, nous renforçons nos positions et nous devenons plus forts. La Russie n’a de toute façon aucune intention de faire la paix. Son intention réelle est de nous rayer de la carte. Par ailleurs, ce n’est pas à Washington et à la Maison Blanche de décider comment mettre fin à cette guerre, mais au peuple ukrainien, avec l’aide de ses partenaires européens. Et nous sommes très reconnaissants envers l’Europe pour son soutien, et espérons qu’il se poursuivra, afin de gagner cette guerre et empêcher toute capitulation. Car toutes ces discussions sur un accord de paix ne consistent en définitive qu’à vendre l’Ukraine à la découpe. Or nous ne sommes pas prêts à cela. Ce n’est pas la paix, mais l’anéantissement du pays.

Craignez-vous que la Russie n’essaie d’exploiter la situation ?

La Russie diffuse constamment un narratif selon lequel l’Ukraine est le pays le plus corrompu du monde. Et elle continuera de répandre ce type de message quoi que nous fassions. Mais peu importe ce que dit la Russie, car elle n’est autre que l’Etat agresseur. Ce qui m’importe, c’est de savoir que nos institutions sont capables d’enquêter sur la corruption à grande échelle, même en temps de guerre. Et elles ont prouvé qu’en Ukraine, nous disposons d’un système de contrôle et d’équilibre des pouvoirs. Il existe des institutions démocratiques capables d’identifier la corruption et de la sanctionner pénalement. En Ukraine, des individus ou des institutions ont la capacité de contester le président, et c’est une bonne chose. Et la réalité, c’est que la Russie ne peut pas en dire autant.

Pensez-vous que NABU et SEP puissent être la cible de nouvelles attaques du pouvoir après ces récents développements ?

Ce risque me semble limité aujourd’hui, parce qu’ils n’ont plus d’ennemis clairement identifiés. Je crois qu’il est donc peu probable que des attaques, telles que celles de l’été dernier, lorsqu’une loi sapant l’indépendance des instances anticorruption avait été votée, avant que le pouvoir ne fasse marche arrière sous la pression, se reproduisent. A mon sens, ce type d’attaque portrait la marque d’Andriy Yermak, mais il n’est plus en poste aujourd’hui.

Que devrait faire Volodymyr Zelensky pour renforcer la lutte contre la corruption en Ukraine ?

Il doit suivre les recommandations du rapport d’adhésion à l’UE. A cet égard, il me semble nécessaire de restructurer le Bureau du Procureur général et le Bureau d’enquêtes d’État. Les responsables de ces services de police doivent être sélectionnés dans le cadre d’une procédure de sélection concurrentielle et rigoureuse. Jusqu’à présent, le Procureur général, Ruslan Kravchenko, obéissait aux ordres illégaux d’Andriy Yermak et lançait des attaques contre les organismes anticorruption en fabriquant des accusations contre eux. Il doit donc démissionner, tout comme Andriy Yermak.

De plus, le Parlement doit voter une loi en bonne et due forme, prévoyant la nomination d’un nouveau Procureur général. C’est ce que prévoit le rapport d’adhésion à l’UE. Il devrait en être de même pour le Bureau d’enquêtes d’État. Ce service menait également des persécutions, notamment politiques, contre des agents de NABU et SAPO, ainsi que contre notre organisation, et en particulier contre notre président, Vitaly Chabounine. Il est donc essentiel d’assainir tous ces services.

Comment la lutte contre la corruption s’inscrit-elle dans le combat plus large que mène l’Ukraine contre la Russie ?

La lutte contre l’agression russe et celle contre la corruption sont étroitement liées. Pour le comprendre, prenons l’exemple de l’affaire Midas. Lorsqu’il y a détournement de fonds dans les infrastructures énergétiques critiques, cela signifie que ces mêmes infrastructures ne seront pas aussi bien préparées qu’elles devraient l’être pour faire face aux attaques régulières de missiles et de drones russes. Et que par là même, cela entraînera davantage de coupures de courant aux conséquences graves et parfois mortelles dans certaines situations.

De même, s’il y a détournement de fonds dans le secteur de la défense, cela signifie que l’Ukraine ne produira, par exemple, pas autant d’armements et d’équipements qu’elle le pourrait. Et que l’armée ne recevra de facto pas tout le matériel qu'elle aurait dû avoir en temps voulu. Ce qui, là encore, peut se traduire par davantage de morts au sein de nos forces. La lutte contre la corruption et celle contre l’envahisseur russe sont donc très directement liées. La corruption, comme l’incompétence au sein de nos institutions étatiques, est une chose que nous ne pouvons pas nous permettre. Cela contribue à notre affaiblissement. Toutes nos décisions doivent reposer sur le professionnalisme, l’intégrité, le patriotisme, et la volonté de servir le peuple en temps de guerre. Pas sur l’intérêt particulier d’une poignée d’individus.

© AFP

Reçu hier — 28 novembre 2025

Vers des élections en Ukraine ? "Le risque d'ingérence russe serait de 100 %"

28 novembre 2025 à 05:45

Avec la révélation du plan en 28 points concocté par Washington et Moscou pour mettre fin à la guerre, revient sur la table l’épineuse question de l’organisation d’élections en Ukraine. Vieille antienne de Donald Trump, qui, un mois après sa prise de fonction, avait traité le président ukrainien de "dictateur sans élection", cette clause, également réclamée par le Kremlin, soucieux d’éjecter Volodymyr Zelensky du pouvoir, prévoit ainsi l’organisation d’élections "dans 100 jours". Un délai très court, remplacé dans la contre-proposition européenne par la formulation plus vague "dès que possible". Initialement prévue en avril 2024, la dernière présidentielle a été ajournée depuis lors en raison de la loi martiale. Problème, dans un pays où près d’un million de personnes sont toujours mobilisées sous les drapeaux et 7 autres millions ont fui à l’étranger, cet appel aux urnes relève du casse-tête. Est-ce pour autant impossible ? "Il faut tout reprendre à zéro, juge Olha Aivazovska, présidente du conseil d'administration de l'ONG Opora, une organisation de référence chargée de la surveillance des élections et du processus électoral en Ukraine. La législation actuelle n’est plus adaptée pour conduire ces élections à court terme, car la guerre a modifié en profondeur les conditions d’exercice du vote." Entretien.

L’Express : Le plan en 28 points dévoilé la semaine dernière prévoit la tenue d'élections dans les 100 jours suivant la signature potentielle d'un accord de cessez-le-feu. Est-ce réellement possible en si peu de temps ?

Olha Aivazovska : Pas du tout. Malheureusement, l'Ukraine n'a pas eu la possibilité d’organiser d’élection depuis le début de l’invasion russe, et nos capacités à y parvenir sont plus réduites que par le passé. Cela s’explique par les très nombreux défis que représenterait l’organisation d’un scrutin dans le contexte actuel. Tout d’abord, il nous faut mettre en place une législation électorale spécifique, qui permettra de garantir la sécurité du vote dans ses multiples composantes. Actuellement, par exemple, près de 30 % du territoire ukrainien est miné, ce qui rend la logistique extrêmement problématique, ne serait-ce que pour l'acheminement des bulletins de vote et du matériel pour le jour du scrutin. Cette même législation devra par ailleurs mettre en place les instruments permettant de déterminer là où le processus électoral est possible, car de nombreuses communes ont été partiellement ou totalement détruites.

C’est particulièrement le cas pour les élections locales, car certaines zones ne comptent plus que 10 % d’électeurs, ce qui compromet la représentativité des instances qui seraient élues. En parallèle, de nombreuses infrastructures physiques, comme les bureaux de vote, ont été détruites pendant la guerre. Et nous manquons par ailleurs des ressources humaines pour s’occuper de l’organisation du scrutin. Il va donc être nécessaire de former de nombreux personnels, afin qu'ils acquièrent les compétences nécessaires et soient en mesure de faire face aux risques potentiels qui pourraient survenir. A l’heure actuelle, rien ne garantit que le processus électoral pourra se dérouler normalement si la Russie tente d'interférer dans les élections, à travers des attaques, ou de la désinformation. Le processus électoral sera donc très différent de ce qu’il pouvait être avant le début de la guerre, et nécessitera de facto des investissements supplémentaires.

Le système électoral doit donc être revu en profondeur…

Absolument. La protection physique des candidats, des bureaux de vote, la mise en place de protocoles de cybersécurité suffisamment développés pour les bases de données électorales d'État, nécessitent des moyens et du temps. Or, l'Ukraine n'a pas encore lancé le processus. Pour l’heure, personne ne sait à quelle élection fait précisément référence le plan de paix russo-américain. S’agit-il d’une élection présidentielle dans un délai de 100 jours ? Si c’est effectivement le cas, cela signifie que nous n’aurions que 10 jours pour organiser tout le processus électoral, dans la mesure où les campagnes présidentielles s’étalent habituellement sur 90 jours. C’est bien sûr impossible.

Encore une fois, il faut tout reprendre à zéro. Certaines circonscriptions qui étaient auparavant utilisées lors des législatives se trouvent par exemple aujourd’hui en territoire occupé. La législation actuelle n’est donc plus adaptée pour conduire ces élections à court terme, car la guerre a modifié en profondeur les conditions d’exercice du vote. Organiser des élections protégées et préparées de manière adéquate exigera des ressources considérables, dont l'État ukrainien est totalement dépourvu.

De combien de temps l'Ukraine aurait-elle besoin pour organiser des élections en cas d’arrêt des combats ?

Selon notre feuille de route, si la situation ne s’aggrave pas, ce serait impossible avant au moins six mois voire un an. On peut regarder les exemples du passé pour établir un point de comparaison. Après la guerre dans les Balkans, un délai de neuf mois avait été prévu avant de nouvelles élections. Pourtant, le pays n’était pas aussi vaste que l’Ukraine, et les infrastructures n’avaient pas subi autant de dégâts que les nôtres.

Les migrations engendrées par la guerre compliquent également la donne…

Effectivement, le registre électoral national n'a pas été mis à jour ces quatre dernières années. Il a été fermé après l'invasion à grande échelle, et les informations sur les électeurs ne sont plus valides compte tenu de l’ampleur des migrations aussi bien internes que dans d’autres pays. Or il est indispensable de prévoir suffisamment de temps pour que les personnes concernées puissent déposer une demande de changement d'adresse électorale. Et cela représente des millions de personnes. Actuellement, plus de 10 millions d'électeurs vivent hors des territoires contrôlés par le gouvernement ukrainien où ils sont inscrits. Cela représente plus de 30 % du corps électoral total. Pour mettre à jour le registre électoral national, une campagne de mobilisation et de sensibilisation est nécessaire, ainsi qu'un délai suffisant pour permettre à chaque électeur d’actualiser ses informations.

Justement, au moins 7 millions d'Ukrainiens ont fui à l'étranger depuis le début de l'invasion à grande échelle. Comment garantir leur droit de vote ?

C’est un enjeu primordial, car il serait extrêmement préjudiciable que les Ukrainiens résidant actuellement à l'étranger – soit plus de 20 % de la population ukrainienne – n'aient pas la possibilité de voter. En Pologne, par exemple, il n’y aurait actuellement que quatre bureaux de vote disponibles, alors que près d'un million d'Ukrainiens y vivent. Cela s’explique par le fait que, selon la législation actuelle, seules les ambassades ou les consulats peuvent participer au scrutin pour le vote à l’étranger. Il est donc important de faire en sorte qu’un nombre suffisant d’infrastructures situées en dehors des frontières ukrainiennes puissent offrir la possibilité de voter.

Dans le cas contraire, si 20 % de la population n'a pas la possibilité de voter physiquement, ces élections ne seront pas suffisamment inclusives pour être qualifiées de démocratiques, libres et équitables. L'Ukraine doit donc signer des accords bilatéraux avec chaque pays, comme la France, l’Allemagne, la Pologne, et tous les autres, disposés à soutenir ce processus et à installer davantage de bureaux de vote hors des ambassades. De plus, nous pourrions compléter ce dispositif avec un système de vote anticipé, pour permettre aux citoyens de se rendre aux bureaux de vote tout au long de la semaine. Ce type de méthode existe et est utilisé dans de nombreux pays, mais pas en Ukraine.

Près d’un million d’Ukrainiens servent actuellement au sein de l’armée. Est-il vraiment envisageable qu’ils puissent tous participer à un scrutin ?

C’est une autre difficulté, et il n’y a malheureusement pas de solution miracle. Cela dépendra de leur lieu de déploiement et de leurs missions au moment du vote. S'ils se trouvent près des lignes de front, il est peu probable qu'ils seront en mesure de voter - ce qui pose un problème de représentativité. Pour ceux qui seront un peu à l’arrière, on pourrait en revanche ouvrir des bureaux de vote spéciaux, ou leur accorder des créneaux horaires leur permettant de voter dans des bureaux civils classiques. L'exercice du droit de vote pour tous les groupes de population doit constituer un principe fondamental pour les premières élections d'après-guerre, car la légitimité des représentants élus dépendra de la qualité de la participation au scrutin.

L’autre enjeu, en ce qui concerne les citoyens qui servent actuellement sous les drapeaux, est de leur permettre de se présenter comme candidat s’ils le souhaitent - en particulier en ce qui concerne les élections législatives ou locales. Ce qui est actuellement impossible si vous êtes en service actif. Il faut en effet se rappeler qu’il y a cinq ans, 95 % des militaires actuels étaient des civils, et nous devons donc leur offrir une chance de participer. Un processus inclusif serait un outil efficace pour prévenir les conflits au sein de la société, car tous ceux qui investissent aujourd'hui leur vie et leurs ressources dans la sécurité et la défense du pays doivent avoir la possibilité de se faire entendre.

Quel serait le risque d'ingérence russe si des élections se tenaient en Ukraine après un cessez-le-feu ?

Le risque d'ingérence russe est de 100 %. La Russie a systématiquement instrumentalisé le processus politique en Ukraine, pour s'assurer la loyauté de certains groupes au pouvoir. On peut citer l’exemple de l’ancien député Viktor Medvedtchouk, qui a été l’une des grandes courroies de transmission de Poutine sur la scène politique ukrainienne. A la suite de l’invasion à grande échelle, la Russie investira encore plus de ressources pour tenter d’occuper politiquement l’Ukraine. De la même manière qu’elle le fait en Géorgie.

Moscou cherchera à polariser la société au maximum et à attiser les tensions entre différents groupes de la population. On peut donc s’attendre à tout un éventail d’actions contre l’infrastructure électorale, voire à des attaques directes contre certains candidats dans le but de saper la confiance dans le bon déroulement du processus électoral.

Concrètement, de quelle manière pourrait-elle s’y prendre ?

Les Russes sont passés maîtres dans l'art de la manipulation politique et nous en avons eu la preuve dans de nombreuses élections européennes récentes. En Moldavie, la Russie a par exemple utilisé la messagerie Telegram pour recruter des agents d’influence prêts à servir ses intérêts contre rémunération.

Au-delà de cette seule application, nous avons également vu en Roumanie comment elle avait utilisé l’ensemble des réseaux sociaux pour interférer dans les élections. Ces tentatives ont été stoppées de manière très difficile par la commission électorale roumaine. L'Ukraine doit donc tirer les leçons des dernières campagnes électorales dans les pays voisins et mettre en place un système de défense contre ces risques potentiels. La protection du processus électoral contre toute ingérence russe sera une question absolument cruciale.

© AFP

Vers des élections en Ukraine ? "Le risque d'ingérence russe serait de 100 %"

28 novembre 2025 à 05:45

Avec la révélation du plan en 28 points concocté par Washington et Moscou pour mettre fin à la guerre, revient sur la table l’épineuse question de l’organisation d’élections en Ukraine. Vieille antienne de Donald Trump, qui, un mois après sa prise de fonction, avait traité le président ukrainien de "dictateur sans élection", cette clause, également réclamée par le Kremlin, soucieux d’éjecter Volodymyr Zelensky du pouvoir, prévoit ainsi l’organisation d’élections "dans 100 jours". Un délai très court, remplacé dans la contre-proposition européenne par la formulation plus vague "dès que possible". Initialement prévue en avril 2024, la dernière présidentielle a été ajournée depuis lors en raison de la loi martiale. Problème, dans un pays où près d’un million de personnes sont toujours mobilisées sous les drapeaux et 7 autres millions ont fui à l’étranger, cet appel aux urnes relève du casse-tête. Est-ce pour autant impossible ? "Il faut tout reprendre à zéro, juge Olha Aivazovska, présidente du conseil d'administration de l'ONG Opora, une organisation de référence chargée de la surveillance des élections et du processus électoral en Ukraine. La législation actuelle n’est plus adaptée pour conduire ces élections à court terme, car la guerre a modifié en profondeur les conditions d’exercice du vote." Entretien.

L’Express : Le plan en 28 points dévoilé la semaine dernière prévoit la tenue d'élections dans les 100 jours suivant la signature potentielle d'un accord de cessez-le-feu. Est-ce réellement possible en si peu de temps ?

Olha Aivazovska : Pas du tout. Malheureusement, l'Ukraine n'a pas eu la possibilité d’organiser d’élection depuis le début de l’invasion russe, et nos capacités à y parvenir sont plus réduites que par le passé. Cela s’explique par les très nombreux défis que représenterait l’organisation d’un scrutin dans le contexte actuel. Tout d’abord, il nous faut mettre en place une législation électorale spécifique, qui permettra de garantir la sécurité du vote dans ses multiples composantes. Actuellement, par exemple, près de 30 % du territoire ukrainien est miné, ce qui rend la logistique extrêmement problématique, ne serait-ce que pour l'acheminement des bulletins de vote et du matériel pour le jour du scrutin. Cette même législation devra par ailleurs mettre en place les instruments permettant de déterminer là où le processus électoral est possible, car de nombreuses communes ont été partiellement ou totalement détruites.

C’est particulièrement le cas pour les élections locales, car certaines zones ne comptent plus que 10 % d’électeurs, ce qui compromet la représentativité des instances qui seraient élues. En parallèle, de nombreuses infrastructures physiques, comme les bureaux de vote, ont été détruites pendant la guerre. Et nous manquons par ailleurs des ressources humaines pour s’occuper de l’organisation du scrutin. Il va donc être nécessaire de former de nombreux personnels, afin qu'ils acquièrent les compétences nécessaires et soient en mesure de faire face aux risques potentiels qui pourraient survenir. A l’heure actuelle, rien ne garantit que le processus électoral pourra se dérouler normalement si la Russie tente d'interférer dans les élections, à travers des attaques, ou de la désinformation. Le processus électoral sera donc très différent de ce qu’il pouvait être avant le début de la guerre, et nécessitera de facto des investissements supplémentaires.

Le système électoral doit donc être revu en profondeur…

Absolument. La protection physique des candidats, des bureaux de vote, la mise en place de protocoles de cybersécurité suffisamment développés pour les bases de données électorales d'État, nécessitent des moyens et du temps. Or, l'Ukraine n'a pas encore lancé le processus. Pour l’heure, personne ne sait à quelle élection fait précisément référence le plan de paix russo-américain. S’agit-il d’une élection présidentielle dans un délai de 100 jours ? Si c’est effectivement le cas, cela signifie que nous n’aurions que 10 jours pour organiser tout le processus électoral, dans la mesure où les campagnes présidentielles s’étalent habituellement sur 90 jours. C’est bien sûr impossible.

Encore une fois, il faut tout reprendre à zéro. Certaines circonscriptions qui étaient auparavant utilisées lors des législatives se trouvent par exemple aujourd’hui en territoire occupé. La législation actuelle n’est donc plus adaptée pour conduire ces élections à court terme, car la guerre a modifié en profondeur les conditions d’exercice du vote. Organiser des élections protégées et préparées de manière adéquate exigera des ressources considérables, dont l'État ukrainien est totalement dépourvu.

De combien de temps l'Ukraine aurait-elle besoin pour organiser des élections en cas d’arrêt des combats ?

Selon notre feuille de route, si la situation ne s’aggrave pas, ce serait impossible avant au moins six mois voire un an. On peut regarder les exemples du passé pour établir un point de comparaison. Après la guerre dans les Balkans, un délai de neuf mois avait été prévu avant de nouvelles élections. Pourtant, le pays n’était pas aussi vaste que l’Ukraine, et les infrastructures n’avaient pas subi autant de dégâts que les nôtres.

Les migrations engendrées par la guerre compliquent également la donne…

Effectivement, le registre électoral national n'a pas été mis à jour ces quatre dernières années. Il a été fermé après l'invasion à grande échelle, et les informations sur les électeurs ne sont plus valides compte tenu de l’ampleur des migrations aussi bien internes que dans d’autres pays. Or il est indispensable de prévoir suffisamment de temps pour que les personnes concernées puissent déposer une demande de changement d'adresse électorale. Et cela représente des millions de personnes. Actuellement, plus de 10 millions d'électeurs vivent hors des territoires contrôlés par le gouvernement ukrainien où ils sont inscrits. Cela représente plus de 30 % du corps électoral total. Pour mettre à jour le registre électoral national, une campagne de mobilisation et de sensibilisation est nécessaire, ainsi qu'un délai suffisant pour permettre à chaque électeur d’actualiser ses informations.

Justement, au moins 7 millions d'Ukrainiens ont fui à l'étranger depuis le début de l'invasion à grande échelle. Comment garantir leur droit de vote ?

C’est un enjeu primordial, car il serait extrêmement préjudiciable que les Ukrainiens résidant actuellement à l'étranger – soit plus de 20 % de la population ukrainienne – n'aient pas la possibilité de voter. En Pologne, par exemple, il n’y aurait actuellement que quatre bureaux de vote disponibles, alors que près d'un million d'Ukrainiens y vivent. Cela s’explique par le fait que, selon la législation actuelle, seules les ambassades ou les consulats peuvent participer au scrutin pour le vote à l’étranger. Il est donc important de faire en sorte qu’un nombre suffisant d’infrastructures situées en dehors des frontières ukrainiennes puissent offrir la possibilité de voter.

Dans le cas contraire, si 20 % de la population n'a pas la possibilité de voter physiquement, ces élections ne seront pas suffisamment inclusives pour être qualifiées de démocratiques, libres et équitables. L'Ukraine doit donc signer des accords bilatéraux avec chaque pays, comme la France, l’Allemagne, la Pologne, et tous les autres, disposés à soutenir ce processus et à installer davantage de bureaux de vote hors des ambassades. De plus, nous pourrions compléter ce dispositif avec un système de vote anticipé, pour permettre aux citoyens de se rendre aux bureaux de vote tout au long de la semaine. Ce type de méthode existe et est utilisé dans de nombreux pays, mais pas en Ukraine.

Près d’un million d’Ukrainiens servent actuellement au sein de l’armée. Est-il vraiment envisageable qu’ils puissent tous participer à un scrutin ?

C’est une autre difficulté, et il n’y a malheureusement pas de solution miracle. Cela dépendra de leur lieu de déploiement et de leurs missions au moment du vote. S'ils se trouvent près des lignes de front, il est peu probable qu'ils seront en mesure de voter - ce qui pose un problème de représentativité. Pour ceux qui seront un peu à l’arrière, on pourrait en revanche ouvrir des bureaux de vote spéciaux, ou leur accorder des créneaux horaires leur permettant de voter dans des bureaux civils classiques. L'exercice du droit de vote pour tous les groupes de population doit constituer un principe fondamental pour les premières élections d'après-guerre, car la légitimité des représentants élus dépendra de la qualité de la participation au scrutin.

L’autre enjeu, en ce qui concerne les citoyens qui servent actuellement sous les drapeaux, est de leur permettre de se présenter comme candidat s’ils le souhaitent - en particulier en ce qui concerne les élections législatives ou locales. Ce qui est actuellement impossible si vous êtes en service actif. Il faut en effet se rappeler qu’il y a cinq ans, 95 % des militaires actuels étaient des civils, et nous devons donc leur offrir une chance de participer. Un processus inclusif serait un outil efficace pour prévenir les conflits au sein de la société, car tous ceux qui investissent aujourd'hui leur vie et leurs ressources dans la sécurité et la défense du pays doivent avoir la possibilité de se faire entendre.

Quel serait le risque d'ingérence russe si des élections se tenaient en Ukraine après un cessez-le-feu ?

Le risque d'ingérence russe est de 100 %. La Russie a systématiquement instrumentalisé le processus politique en Ukraine, pour s'assurer la loyauté de certains groupes au pouvoir. On peut citer l’exemple de l’ancien député Viktor Medvedtchouk, qui a été l’une des grandes courroies de transmission de Poutine sur la scène politique ukrainienne. A la suite de l’invasion à grande échelle, la Russie investira encore plus de ressources pour tenter d’occuper politiquement l’Ukraine. De la même manière qu’elle le fait en Géorgie.

Moscou cherchera à polariser la société au maximum et à attiser les tensions entre différents groupes de la population. On peut donc s’attendre à tout un éventail d’actions contre l’infrastructure électorale, voire à des attaques directes contre certains candidats dans le but de saper la confiance dans le bon déroulement du processus électoral.

Concrètement, de quelle manière pourrait-elle s’y prendre ?

Les Russes sont passés maîtres dans l'art de la manipulation politique et nous en avons eu la preuve dans de nombreuses élections européennes récentes. En Moldavie, la Russie a par exemple utilisé la messagerie Telegram pour recruter des agents d’influence prêts à servir ses intérêts contre rémunération.

Au-delà de cette seule application, nous avons également vu en Roumanie comment elle avait utilisé l’ensemble des réseaux sociaux pour interférer dans les élections. Ces tentatives ont été stoppées de manière très difficile par la commission électorale roumaine. L'Ukraine doit donc tirer les leçons des dernières campagnes électorales dans les pays voisins et mettre en place un système de défense contre ces risques potentiels. La protection du processus électoral contre toute ingérence russe sera une question absolument cruciale.

© AFP

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Ankara, le 19 novembre 2025.
Reçu avant avant-hier

Guerre en Ukraine : la capture de Pokrovsk, une victoire qui coûterait cher à la Russie

18 novembre 2025 à 07:30

Après des mois d’un inimaginable bain de sang, la bataille pour la ville de Pokrovsk s’approche dangereusement de son épilogue. Confrontées à des infiltrations incessantes de troupes russes par le sud et la menace d’un encerclement par le nord, les forces ukrainiennes apparaissent dans une position de plus en plus précaire pour assurer la défense de la cité. La prise de cette localité - comme celle de la ville jumelle de Myrnohrad avec laquelle elle formait un ensemble d’environ 100 000 habitants avant la guerre - serait la plus importante enregistrée par l’armée russe depuis celle d’Avdiivka en février 2024. Une conquête qui ne manquerait pas d’être mise à profit politiquement par Vladimir Poutine, alors qu’il a fait de la capture du Donbass son objectif numéro un.

Difficile néanmoins de faire abstraction de l’hécatombe consentie par ses forces pour en arriver là. "La conquête de Pokrovsk serait plus une victoire politique que militaire, abonde le général Nicolas Richoux, ancien commandant de la 7e brigade blindée. Sur le plan militaire, c’est un effort disproportionné par rapport aux gains." A Pokrovsk comme dans le reste du pays, les pertes enregistrées par l’armée russe sont abyssales. Rien qu’en octobre, on en compterait au moins 25 000 (morts, blessés, disparus), principalement dans cette ville, a annoncé Volodymyr Zelensky devant la presse le 7 novembre. Quelques jours plus tôt, les renseignements britanniques en recensaient plus de 350 000 dans l’ensemble du pays depuis le début de l’année. Cela, pour une progression d’un peu moins de 3 500 kilomètres carrés - soit environ la moitié d’un département français.

"Militairement, sa valeur s’est fortement réduite"

Sur le plan stratégique, Pokrovsk a en outre vu son intérêt baisser au fil du temps. Autrefois plaque tournante de premier plan pour approvisionner le front grâce à ses nombreux axes logistiques, la ville a vu ce rôle décliner au fur et à mesure de l’avancée russe. "Avec le rapprochement de la ligne de front, c’était devenu un cul-de-sac, confirme le général Richoux. Militairement, sa valeur s’est fortement réduite." Résultat, les Ukrainiens n’ont eu d’autres choix au cours des derniers mois que de trouver des voies d’approvisionnement alternatives, pour couvrir les besoins de leurs troupes engagées dans ce secteur. Réduisant du même coup l’importance du hub constitué par Pokrovsk dans la conduite des opérations.

La capture de la ville n’en resterait pas moins un coup dur pour les forces ukrainiennes, qui continuent résolument à s’y accrocher. Pourrait-elle ouvrir la voie à une brèche plus large dans leurs défenses ? A ce stade, le scénario d’une percée des forces russes au-delà des frontières de la ville semble encore improbable, pointent les observateurs militaires. "Les forces russes manquent d’élan et leur mode de combat actuel ne leur permettra pas d’en gagner, souligne, dans un récent post, Michael Kofman, chercheur principal au Carnegie Endowment for International Peace. L’infiltration [des Russes] permet une offensive progressive, mais ne peut aboutir à des percées opérationnelles significatives." Les Ukrainiens disposent par ailleurs de lignes de défense où se replier et réorganiser leurs forces. "La défense de Pokrovsk avait créé des élongations dans le dispositif ukrainien, ajoute le général (2S) Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense nationale. Un possible retrait des Ukrainiens sur des positions arrières leur permettrait de consolider la ligne de front."

Ceinture de forteresses

De fait, même en cas de prise de Pokrovsk, la route vers la conquête de l’ensemble du Donbass - environ 10 % sont toujours sous contrôle ukrainien - s’annonce encore longue et coûteuse pour les forces russes. Depuis la prise d’Avdiivka en février 2024, à une quarantaine de kilomètres plus à l’est, il leur a fallu pas moins de 21 mois pour parvenir jusqu’à Pokrovsk. Et le plus dur reste à venir. Plus au nord, l’Ukraine dispose encore de sa "ceinture de forteresses", sa principale ligne de défense fortifiée dans l’oblast de Donetsk depuis 2014. Composée de plusieurs villes bastions dont Sloviansk et Kramatorsk, deux cités distantes d’une dizaine de kilomètres l’une de l’autre, qui rassemblaient avant le conflit près de 300 000 habitants, elle constitue encore un obstacle majeur que les Russes n’ont pas les moyens de franchir dans un avenir proche.

Reste une inconnue de poids : l’impact qu’aurait la conquête de la ville sur Donald Trump qui, à plusieurs reprises cette année, n’a pas hésité à faire pression sur l’Ukraine pour la pousser à rendre les armes. "La Russie craint énormément les décisions radicales que pourraient prendre les Etats-Unis en cas d’échec sur le champ de bataille, a résumé Volodymyr Zelensky début novembre. C’est pourquoi il est crucial pour elle de tout faire pour s’emparer de Pokrovsk, quel que soit le moyen, afin de revendiquer une victoire militaire." Un moyen pour le chef du Kremlin d’essayer de renforcer sa position dans les négociations en vue d’un cessez-le-feu réclamé par le président américain. Et peut-être lui faire oublier que la partie est encore loin d’être gagnée.

© afp.com/Iryna Rybakova

Photo prise le 25 mars 2025 et publiée le 26 par le service de presse de la 93e brigade mécanisée des forces terrestres ukrainiennes montrant une vue de la ville de Pokrovsk, sur la ligne de front, en Ukraine
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