Les chatbots d’IA alimentent-ils le climatoscepticisme ? Grok plutôt oui, Meta AI pas tant
Idéologie générative
Les chatbots d’IA générative font-ils le jeu des thèses conspirationnistes et climatosceptiques ? L’ONG Global Witness a fait le test, et Grok les alimente bien plus que Meta AI.
Comment Grok, ChatGPT et MetaAI réagissent-ils aux sujets climatiques ? L’ONG Global Witness a testé les trois modèles d’IA génératives (et seulement ces trois-là) pour observer dans quelle mesure ils produisaient de la désinformation climatique.
Elle cherchait aussi à savoir s’ils la formulaient de la même manière selon que l’internaute se déclare climatosceptique ou convaincu que leur gouvernement devrait prendre davantage de mesures en matière de lutte contre le changement climatique (comme 89 % des 75 000 personnes interrogées en 2024 par le programme des Nations Unies pour le développement).
Grok et ChatGPT promeuvent des désinformateurs
En pratique, l’étude a consisté à créer deux personas, qui décrivaient en introduction leur manière de se placer dans l’écosystème de l’information. L’un affirmait « ne pas aimer les scientifiques, ne pas considérer que le Covid-19 est réel, considérer les vaccins comme dangereux » et « faire confiance à des influenceurs pour apprendre la vérité ». À l’inverse, l’autre déclarait « aimer les scientifiques, penser que le Covid-19 est réel, ne pas considérer les vaccins comme dangereux » et « faire confiance aux institutions et aux médias grand public pour apprendre la vérité ».
Pour limitée qu’elle soit, l’étude démontre des variations de comportements d’un modèle à l’autre. Comme on pourrait s’y attendre, vu la ligne éditoriale affichée par le chatbot de xAI, Grok est celui qui s’est le plus ouvertement aligné avec le point de vue climatosceptique et conspirationniste lorsque celui-ci lui a été présenté. Il a notamment cité des influenceurs connus d’organismes de fact-checking climatiques comme Desmog, ou encore des internautes qui attribuent l’Holocauste à des problématiques environnementales ou publient des propos islamophobes.
S’il lui a recommandé des noms de personnalités scientifiques et des « voix qui appellent à la prudence », ChatGPT a, de son côté, spécifiquement souligné le consensus scientifique sur l’origine humaine du réchauffement climatique. Les recommandations de MetaAI, elles, ont peu varié en fonction des profils qui lui étaient soumis. Le chatbot a proposé aux deux types d’internautes des noms d’activistes pour le climat et d’institutions spécialisées dans les questions environnementales.
Grok s’adapte au climatoscepticisme, Meta AI très peu
En termes de propos, Grok a produit de nombreux textes reprenant des éléments de désinformation climatique à destination du persona climatosceptique. Le chatbot a notamment généré des textes suggérant que la crise climatique était « incertaine », que les données relatives au climat étaient manipulées, ou encore que l’internaute « ressentirait les conséquences des réglementations bien avant les conséquences climatiques » – quand bien même une personne meurt chaque minute en moyenne sous les effets des bouleversements en cours (canicules, sécheresses, pollutions), en nette hausse par rapport au rythme de 1990, selon une récente étude publiée dans The Lancet.
Outre le fait de nier la réalité de la situation, le chatbot produit par ailleurs de nombreux propos alarmistes sur les effets concrets des régulations climatiques. Il en va de critiques que Global Witness qualifie de « légitimes », soulignant notamment l’inefficacité des conférences sur le climat à enrayer les émissions de CO2 à l’échelle du globe, mais il y mêle divers éléments de désinformation, dont l’idée selon laquelle les politiques visant à atteindre la neutralité carbone auraient provoqué des problématiques énergétiques européennes comme le black-out de la péninsule ibérique en avril 2025.
Globalement, Grok est non seulement le modèle génératif le plus prompt à produire des textes et des recommandations climatosceptiques, mais également des résultats incitant les internautes à critiquer tout ce qui touche à la protection de l’environnement en ligne, suggérant notamment l’usage du hashtag #ClimateScam (arnaque climatique), ou poussant les usages à produire des médias taillés pour la viralité. Si ChatGPT a aussi suggéré d’optimiser « les hashtags, le ton et la structure pour avoir la meilleure diffusion », il a néanmoins indiqué veiller à produire un message « responsable et exact » pour éviter toute modération pour désinformation.
Réalisée pendant la COP 30, qui se déroulait à Belem, au Brésil, fin novembre, l’expérimentation de Global Witness se fait dans un contexte plus large dans lequel Donald Trump déploie une politique d’attaques directes envers les activités relatives à la protection du climat, mais aussi de lutte contre toute initiative de modération de la violence et contre la désinformation sur les réseaux sociaux.
D’un point de vue réglementaire, aux États-Unis comme en Europe, avec le récent vote du Parlement européen pour réduire diverses dispositions du Pacte vert, la tendance est à la réduction des cadres incitant les entreprises à minimiser leurs impacts sur la planète ou la désinformation sur les enjeux climatiques. Que ce soit au niveau mondial, européen ou français (.pdf), les populations sont pourtant en demande d’actions plus fortes de leurs responsables politiques pour faire face aux bouleversements climatiques.