France Identité teste la preuve d’âge avec « double anonymat »… qui n’est pas anonyme
Mr Patate, le retour !
France Identité est en train d’ajouter une corde à son arc : la vérification de l’âge. Entre les sites pornos réservés aux plus de 18 ans et les réseaux sociaux aux plus de 15 ans, c’est dans l’air du temps.
En France, la vérification d’âge est en place depuis l’été dernier pour les sites pornos (18 ans minimum). Comme nous l’avions testé, les applications validaient parfois n’importe quoi, notamment une carte d’identité de Mr Patate ou de Dora l’exploratrice. En ce début d’année, le gouvernement avance sur son projet de loi pour interdire l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux.
France Identité teste la preuve d’âge
France Identité est une application Android et iOS permettant de gérer vos papiers d’identité, de se connecter à des services via FranceConnect sans mot de passe (en scannant un QR Code) et de générer des justificatifs d’identité à usage unique (sous la forme d’un PDF). L’application expérimente depuis peu une fonctionnalité supplémentaire : la vérification d’âge.
Sur X, le compte officiel indique que l’application « France Identité comporte une fonctionnalité, actuellement en expérimentation, pour fournir une preuve d’âge. Aucune donnée personnelle n’est communiquée : ni le nom, ni le prénom, ni la date de naissance », pas plus que l’âge exact. Le service reçoit « uniquement la preuve d’âge minimal (de type “plus de 18 ans”) » :
« Rien n’est transmis sans le consentement de l’utilisateur. Aucune donnée n’est conservée sur l’usage de cette preuve d’âge. Le principe du double anonymat est respecté. »
Comme l’a indiqué Macro Zedong sur X, une page sur le site officiel France-identite.gouv.fr permet de tester la vérification d’âge. Trois niveaux sont proposés : plus de 15, 18 ou 21 ans, avec des QR Code différents. Nous avons tenté l’expérience sur un iPhone avec la version 1.3.4134 de l’application France Identité, sans succès. Nous avons obtenu un message d’erreur bateau : « Erreur Application France Identité ». Si vous avez plus de chance, n’hésitez pas à nous le faire savoir.
Trust me !
Stelau est crédité comme prestataire. Cette société française se présente comme un « cabinet indépendant spécialisé dans le domaine de la sécurité des systèmes d’information » et c’est à peu près tout ce que l’on sait sur la vérification d’age actuellement dans France Identité.
C’est d’ailleurs ce manque de transparence qui fait bondir le compte CrowINT spécialisé dans la cybersécurité (et aussi en charge de l’infrastructure du projet Le Débunk Café). Il rappelle entre autres que le code critique du backend (la partie serveur) « n’est pas public » ; impossible donc de confirmer les promesses des développeurs.
Pour utiliser France Identité, il faut « être majeur », disposer d’un smartphone compatible et d’une Carte Nationale d’Identité française (les nouvelles, au format CB). Pour rappel, depuis mars 2025, il est possible de « renouveler de manière anticipée votre carte d’identité pour utiliser France Identité ». Il est précisé qu’en cas de perte ou de vol, « un timbre fiscal de 25 € est obligatoire ». Mais s’il faut déjà « être majeur », quel intérêt en l’état de proposer une preuve d’âge supérieur à 15 ans ? Cette question n’a pas non plus de réponse.
Rappel : le « double anonymat » n’est pas anonyme
Le « double anonymat », nous en parlions en septembre dernier car il est dans le référentiel de l’Arcom sur les exigences techniques des systèmes de vérification d’âge. Il porte, pour rappel, très mal son nom car… il « n’est pas “anonyme” au sens du RGPD ». Il permet certes « une grande confidentialité », reconnait l’Arcom. La CNIL indique simplement qu’il « permet de protéger au mieux la vie privée des internautes ».
La Commission rappelle le principe de fonctionnement, dans le cas des sites pornos et donc d’un âge minimum de 18 ans :
- Le site auquel l’internaute accède reçoit la preuve de sa majorité mais ne connaît pas son identité.
- Le prestataire de la solution de contrôle d’âge connaît l’identité de l’internaute mais ne sait pas quels sites il consulte.
Il existe pourtant un terme qui serait mieux adapté : la « double confidentialité ». Problème, l’Arcom ne l’utilise qu’une seule fois dans son référentiel de 22 pages, contre pas moins de 19 fois pour « double anonymat »… qui n’est pas deux fois plus anonyme.
