Meta et Microsoft accélèrent leur trajectoire d’investissements au nom de l’IA
Le MOAT de l'IA ?
La publication, cette semaine, des résultats financiers trimestriels de Meta et de Microsoft révèle que les deux groupes ont largement dépassé leurs dépenses d’investissement programmées en 2025. Ils prévoient d’accélérer encore la cadence en 2026, au risque de soulever des inquiétudes, en bourse, quant à leur capacité à générer un retour sur investissement tangible. Chez Microsoft se pose aussi la question de la dépendance à OpenAI.
Avec 81,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires trimestriel (+ 17 % sur un an) et 38,3 milliards de dollars de résultat opérationnel (+ 21 %), les résultats trimestriels de Microsoft avaient a priori largement de quoi plaire aux marchés, d’autant que le numéro un mondial du logiciel a largement dépassé le consensus des analystes.
Las, l’action a reculé de 10 % jeudi à l’ouverture de Wall Street, et même si les incertitudes liées à la succession de Jerome Powell à la tête de la banque centrale des États-Unis ont certainement influencé le cours à la baisse, c’est surtout un autre indicateur financier qui a suscité la défiance des actionnaires : le poids des dépenses d’investissement consenties par Microsoft (dites capex, pour capital expenditures).
Le poids de l’investissement
Le groupe livre en effet des chiffres qui témoigne d’une accélération significative. En janvier 2025, Satya Nadella parlait de 80 milliards de dépenses d’investissement sur son exercice en cours. Cet exercice 2025 s’est finalement conclu le 31 juillet 2025 sur une enveloppe totale de 88,2 milliards de dollars. Et depuis, l’éditeur n’a pas ralenti la cadence, bien au contraire. Pour son premier trimestre 2026 (clos au 30 septembre dernier), il affichait 34,9 milliards de dollars de capex. Le deuxième trimestre, clos au 31 décembre et objet de la dernière publication de l’entreprise, se conclut quant à lui sur 37,5 milliards de dollars de capex.

Autrement dit, Microsoft a quasiment doublé son rythme d’investissement, ce qui ne serait pas forcément problématique si l’éditeur n’admettait pas réagir à une forme d’urgence. « Ce trimestre, environ les deux tiers de ces dépenses ont été consacrés à des actifs à courte durée de vie, principalement des GPU et des CPU », révèle ainsi Amy Hood, directrice financière de Microsoft, lors d’un échange avec les analystes.
Et cette fringale de composants ne semble même pas suffire :
« La demande de nos clients continue de dépasser notre offre. Par conséquent, nous devons trouver un équilibre entre la nécessité d’adapter au mieux notre offre à la demande croissante d’Azure et le développement de l’utilisation de l’IA propriétaire dans des services tels que M365 Copilot et GitHub Copilot, l’augmentation des investissements dans les équipes de R&D pour accélérer l’innovation produit et le remplacement continu des serveurs et équipements réseau en fin de vie. »
Bien que Microsoft affiche des résultats globaux en forte hausse, c’est vraisemblablement le parallèle entre les dépenses d’investissement annoncées et les performances de la division Intelligent Cloud, à laquelle appartient Azure, qui a suscité cette réaction de défiance des marchés. Cette dernière totalise en effet 32,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur le trimestre (+ 29 % sur un an), avec une accélération de 39 % pour les revenus générés spécifiquement par Azure et les services cloud.
La contribution d’OpenAI en question
Lors de leur échange avec les analystes, Satya Nadella et Amy Wood ont dévoilé quelques chiffres liés au partenariat de Microsoft avec OpenAI. Rappelons que, depuis fin octobre, le premier détient une participation de 27 % dans le capital du second, et du fait de cet accord étendu, Microsoft répercute une partie du résultat d’OpenAI dans son propre compte de résultats.
Pour ce deuxième trimestre, cette méthode comptable dite de « mise en équivalence » (equity method) permet à Microsoft d’ajouter 7,6 milliards de dollars à son résultat. Une contribution bienvenue, que vient cependant pondérer un autre chiffre, nettement moins positif dans un contexte d’offre largement inférieure à la demande.
Microsoft a en effet comptabilisé dans son carnet de commandes les promesses d’achat de ressources cloud formulées par OpenAI dans le cadre de leur partenariat. Ces dernières font exploser de 110 % ce backlog pour le porter à 625 milliards de dollars. Or Amy Hood a confirmé mercredi qu’environ 45 % de ces contrats signés mais non délivrés et évidemment non payés étaient attribués à OpenAI, dont la solvabilité n’est évidemment pas garantie.
De l’autre côté, OpenAI pèse aussi sur la stratégie d’investissement de Microsoft.
Les dépenses de Meta s’envolent, mais le cours suit
Meta a également publié (pdf) ses résultats financiers le 28 janvier, pour le quatrième trimestre de son exercice fiscal clos lui aussi au 31 décembre dernier. L’éditeur de Facebook réalise lui aussi un trimestre record, avec 59,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+ 24 % sur un an) et 22,77 milliards de bénéfice net (+ 9 %). Et lui aussi assume des investissements sans précédent : Meta affiche ainsi 22,1 milliards de dollars de capex sur le trimestre, pour un total de 72,21 milliards sur l’ensemble de l’année, soit + 84,1 % par rapport à 2024.

Et la tendance ne semble pas partie pour s’inverser, puisque Meta indique tabler sur des dépenses d’investissement comprises entre 115 et 135 milliards de dollars en 2026, sur des dépenses totales comprises entre 162 milliards et 169 milliards de dollars en 2026.
« La majeure partie de la croissance des dépenses sera imputable aux coûts d’infrastructure, notamment aux dépenses liées aux services cloud tiers, à une augmentation des amortissements et à des frais d’exploitation d’infrastructure plus élevés. », explique à ce sujet le groupe, qui indique par ailleurs anticiper une hausse des dépenses liées au salaire, justifiée par la course aux talents dans le domaine de l’IA.
Dans le discours qui entoure ces chiffres, Meta a pris soin de souligner la contribution, déjà réelle si l’on en croit son billet de blog dédié, de l’intelligence artificielle à son modèle d’affaires. Une façon sans doute de rassurer ceux qui craignent que le Superintelligence Labs voulu par Mark Zuckerberg devienne un gouffre financier comme l’ont été les projets liés au métavers et au Reality Labs. Une promesse a priori entendue par les investisseurs, puisque l’action Meta a gagné quelque 7 % dans la foulée de la publication.